L'homelie du dimanche

14 septembre 2016

Prier pour la France ?

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Prier pour la France ?

Homélie du 25° Dimanche du temps ordinaire / Année C
18/09/2016

Cf. également :

Éthique de conviction, éthique de responsabilité

Trompez l’Argent trompeur !

 

Un appel des évêques de France

Suite au meurtre de du père Jacques Hamel, Mgr Pontier, président de la conférence des évêques de France, appelait les catholiques à prier pour la France le 15 août 2016 :

« Prier pour la France a souvent tenu une place particulière le 15 août pour les Catholiques.
En cette fête d’espérance nous invitons à ce que la prière universelle des messes de ce jour mentionne cette intention et qu’à midi sonnent à la volée les cloches de nos églises.
Que Dieu bénisse notre pays dans les épreuves qu’il traverse. »

Communiqué du 01/08/2013
Mgr. Pontier, Président de la Conférence des évêques de France

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Cela rejoint pour une part l’exhortation de l’apôtre Paul dans notre deuxième lecture :

« J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. » (1 Ti 2, 1-2)

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Mais l’expression « prier pour la France » peut susciter un certain malaise. En 2012, le cardinal Vingt-Trois avait lui aussi demandé une prière pour la France, avec une intention particulière pour la famille, sur fond de débat sur le mariage pour tous, suscitant des incompréhensions…

Un rapide survol des sites Internet et des vidéos Youtube liés à ce slogan laisse une impression mitigée : la plupart sont très liés à des piétés mariales remontant à la consécration de la France à Marie par Louis XIII, dont le 15 août est justement la date anniversaire. Il y flotte une certaine nostalgie d’une France supposée chrétienne (catholique) autrefois, puis ayant plus ou moins renié les promesses de son baptême (selon les mots de Jean Paul II en France). « Prier pour la France » nourrit alors toutes les visions restauratrices de l’emprise de la religion catholique sur la société française. On lit également nombre de textes et de commentaires sur ces sites qui entretiennent ce malaise : opinions d’extrême droite, antirépublicaines, dénonciations violentes des évolutions sociétales actuelles…

L’expression a donc une tonalité très conservatrice sur le plan politique, avec des relents plus ou moins monarchiques.

 

Dieu serait-il nationaliste ?

Afficher l'image d'origineDans l’histoire européenne, la foi chrétienne a souvent été instrumentalisée à des fins politiques. L’empereur Constantin le premier a bien vu au IIIe siècle que la Croix pouvait devenir le nouveau vecteur d’unification de l’empire romain.

« Par ce signe tu vaincras » : Clovis a relayé cette utilisation de la croix en vue d’asseoir le royaume des Francs sur l’autorité divine elle-même. Et bien sûr, la monarchie de droit divin a prolongé ce lien entre le pouvoir et l’autel, dont la consécration des rois de France dans la cathédrale de Reims par la fiole d’huile quasi-messianique était le symbole. Le vœu de Louis XIII de consacrer la France à Marie s’inscrit dans cette longue tradition monarchique.

On a vu de tout temps les armées prier Dieu de leur accorder la victoire (Gott mit uns !) comme si Dieu prenait parti pour une nation contre une autre… Israël l’a cru autrefois, mais nombre d’expériences militaires désastreuses lui ont mille fois prouvé le contraire peu à peu dans son histoire.

Dieu serait-il nationaliste ?

Difficile aujourd’hui de projeter sur le Christ, champion de la fraternité universelle, une préférence pour un peuple précis, ou une structure politique finalement contingente, éphémère, que ce soit la tribu, l’empire, la nation, le royaume où la république…

 

Prier pour quelqu’un

En réalité, Paul n’exhorte pas les Romains à prier pour la Palestine, ou pour Rome, ou pour une entité politique quelconque (la Nation existait pas alors, au sens où nous la pensons depuis le XVIIIe siècle). Il invite à prier pour des hommes et des femmes en situation de responsabilité politique : « pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité ».

Afficher l'image d'origine« La France » a quelque chose d’impersonnel, alors que la prière est éminemment personnelle. On ne prie pas pour une chose, un concept ou une grande idée. On prie pour quelqu’un ou des personnes humaines bien concrètes et uniques. Sinon l’idéologie n’est jamais loin. Les Allemands ont prié pour le troisième Reich et la grande Allemagne. Les Francs ont prié pour l’empire de Charlemagne. Les Anglais, qui n’ont pas coupé le cordon entre la reine et l’Église anglicane, prient cependant pour la reine (God save the queen) et non pour le Royaume-Uni.

Depuis l’ouverture en Christ de l’Alliance à tous les hommes, pourquoi Dieu préférerait une telle nation plutôt que telle autre ? Aurait-il un projet spécifique pour la France comme Israël en est convaincu pour lui-même ? La fraternité évangélique pratiquerait-elle la préférence nationale ?

Les chrétiens n’ont jamais voulu idolâtrer la nation. Les Français savent d’expérience que les liaisons dangereuses entre l’Église et la France sont finalement désastreuses.

Il suffit de relire la lettre à Diognète (IIe siècle) pour retrouver cette conviction tranquille qui habitait Paul :

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« Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Ce n’est pas à l’imagination ou aux rêveries d’esprits agités que leur doctrine doit sa découverte ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine humaine. Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. »

Nous sommes des citoyens honnêtes et loyaux du pays où nous habitons, quels que soient son régime et sa population, mais nous ne sommes le support d’aucun pouvoir en place.

L’idolâtrie de la Nation a été fortement dénoncée par Pie XI, qui a fait lire le texte allemand de son encyclique Mit Brennender Sorge dans toutes les églises du Reich le dimanche des rameaux 1937, en guise d’avertissement, contre l’avis d’Hitler évidemment furieux :

« Seuls des esprits superficiels peuvent tomber dans l’erreur qui consiste à parler d’un Dieu national, d’une religion nationale ; seuls ils peuvent entreprendre la vaine tentative d’emprisonner Dieu, le Créateur de l’univers, le Roi et le Législateur de tous les peuples, devant la grandeur duquel les nations sont « comme une goutte d’eau suspendue à un seau » (Es 40,15)  dans les frontières d’un seul peuple, dans l’étroitesse de la communauté de sang d’une seule race. » (n° 15)

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Prier pour la paix

Au titre de la citoyenneté honnête et loyale prônée par Paul et Diognète, les chrétiens ont toujours prié pour que la paix règne entre les hommes là où ils habitaient, au sein de leur société, de leur peuple. Cette prière n’est pas une pétition pour un concept, mais une supplique pour que Dieu suscite des acteurs de paix, et que la conversion des cœurs puisse permettre la fin du conflit, la réconciliation des personnes et des communautés en cause. Cette paix n’a d’ailleurs pas de nationalité. Prier pour la paix ne s’arrête pas aux frontières de la France : la paix au Mali, en Libye, en Syrie, en Iran, en Irak… nous tient à cœur autant que la paix en France, car les disciples du Christ ne sont étrangers à aucune détresse de leurs frères et sœurs en humanité.

 

Prier pour et non contre

Dernière précision : Paul exhorte les chrétiens à prier pour des responsables politiques qui sont ses ennemis, qui persécutent les chrétiens. Il écrit cela alors que lui-même vient juste de sortir de prison, en devinant bien qu’il y retournera. Sa prière n’est pas d’éliminer ses adversaires, mais de les doter de l’Esprit Saint pour savoir gouverner les peuples avec sagesse et dans la paix !

Dès que la prière se fait négative, se dresse contre, souhaite la disparition des autres, nourrit le ressentiment au lieu de l’amour des ennemis, elle n’est plus chrétienne.

 

Alors, prier pour la France ?

Oui, si c’est prier pour la paix entre chrétiens et musulmans en France, pour que se lèvent  des artisans de paix, des acteurs de dialogue et du vivre ensemble.

Non, si c’est raviver la nostalgie d’une France supposée catholique, ou stigmatiser des ‘dérives’ républicaines voire pire encore la communauté musulmane dans son ensemble.

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Mieux vaudrait comme toujours en revenir à l’Écriture, et suivre simplement les conseils de Paul :

« Bien-aimé,  j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. (…) Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute. »

 

1ère lecture : Contre ceux qui « achètent le faible pour un peu d’argent » (Am 8, 4-7)

Lecture du livre du prophète Amos

Écoutez ceci, vous qui écrasez le malheureux pour anéantir les humbles du pays, car vous dites : « Quand donc la fête de la nouvelle lune sera-t-elle passée, pour que nous puissions vendre notre blé ? Quand donc le sabbat sera-t-il fini, pour que nous puissions écouler notre froment ? Nous allons diminuer les mesures, augmenter les prix et fausser les balances. Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales. Nous vendrons jusqu’aux déchets du froment ! » Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits.

Psaume : Ps 112 (113), 1-2, 5-6, 7-8

R/ Louez le nom du Seigneur : de la poussière il relève le faible.
ou : Alléluia ! (Ps 112, 1b.7a)

Louez, serviteurs du Seigneur,
louez le nom du Seigneur !
Béni soit le nom du Seigneur,
maintenant et pour les siècles des siècles !

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu ?
Lui, il siège là-haut.
Mais il abaisse son regard
vers le ciel et vers la terre.

De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
pour qu’il siège parmi les princes,
parmi les princes de son peuple.

2ème lecture : « J’encourage à faire des prières pour tous les hommes à Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1 Tm 2, 1-8)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé,  j’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu, il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous. Aux temps fixés, il a rendu ce témoignage, pour lequel j’ai reçu la charge de messager et d’apôtre – je dis vrai, je ne mens pas – moi qui enseigne aux nations la foi et la vérité. Je voudrais donc qu’en tout lieu les hommes prient en élevant les mains, saintement, sans colère ni dispute.

Evangile : « Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent » (Lc 16, 1-13)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Jésus Christ s’est fait pauvre, lui qui était riche, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté.
Alléluia. (cf. 2 Co 8, 9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : ‘Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.’ Le gérant se dit en lui-même : ‘Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.’ Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : ‘Combien dois-tu à mon maître ?’ Il répondit : ‘Cent barils d’huile.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.’ Puis il demanda à un autre : ‘Et toi, combien dois-tu ?’ Il répondit : ‘Cent sacs de blé.’ Le gérant lui dit : ‘Voici ton reçu, écris 80’.

Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande. Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ? Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ? Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »
Patrick BRAUD

 

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20 juillet 2016

Que demander dans la prière ?

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Que demander dans la prière ?


Cf. également :

La force de l’intercession
Les 10 paroles du Notre Père
Ne nous laisse pas entrer en tentation 

Homélie du 17° dimanche du temps ordinaire / Année C
24/07/2016


Des milliers de cierges brûlent chaque jour devant la grotte de Lourdes. Ils portent  les espoirs de ceux qui les ont déposés là : pour guérir, pour moins souffrir, pour des proches… Pourtant chacun de nous a déjà fait l’amère expérience d’une prière déçue : j’ai demandé ceci, et rien n’est arrivé, au contraire…

Il y a une énigme dans la prière que Jésus veut lever à travers l’enseignement du Notre Père et de ses paraboles sur la force de l’intercession (Lc 11, 1-13). La plupart des malades à Lourdes savent bien qu’ils ne guériront pas par la seule force de la prière, et pourtant ils ne cessent pas de demander. À l’opposé, beaucoup sont devenus athées parce qu’ils ont assisté, impuissants malgré leur prière, à la mort d’un parent, au succès de l’injuste, à la victoire des puissants, à la réussite des  malfaisants…

Qu’est-ce donc qu’une prière de demande ?

 

Pas d’instrumentalisation de la prière

Le Décalogue commande : « Tu n’invoqueras pas le Nom du Seigneur ton Dieu en vain ». C’est vrai du blasphème, mais plus encore de cette prière païenne que serait utiliser le Nom de Dieu pour ses propres intérêts.

Maître Eckhart stigmatisait avec un humour féroce ceux qui utilisent la foi pour leurs objectifs purement terrestres :

« Celui qui aime Dieu en vue de son propre intérêt l’aime comme il aime sa vache…
pour le lait et le fromage qu’elle lui donne…
Ainsi font toutes les personnes qui aiment Dieu pour l’extérieur ou la consolation intérieure…
ils n’aiment pas vraiment Dieu …
mais leur propre avantage… »
Sermon 16b

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Saint Augustin allait encore plus loin, dénonçant tous les « Gott mit uns » futurs  comme des impostures :

Beaucoup demandent ce qu’il ne faut pas demander, dans l’ignorance où ils sont de ce qui leur est vraiment utile. Il faut éviter deux choses dans la prière, demander ce qu’il ne faut pas demander et demander à celui qu’il n’est pas permis d’invoquer. Il ne faut rien demander au démon, aux idoles, aux faux dieux. C’est à Jésus-Christ, le Seigneur notre Dieu, au Dieu, Père des prophètes, des apôtres et des martyrs, au Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, au Dieu, Créateur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qu’ils contiennent, c’est à lui qu’il faut demander ce dont vous avez besoin. Cependant il faut éviter de demander même à Dieu des choses défendues. Sous prétexte qu’on doit demander ce qui est nécessaire à la vie présente, ta prière sera sans fruit si tu l’adresses à des idoles sourdes et muettes ; de même si tu demandes à Dieu le Père qui est dans les cieux la mort de tes ennemis, à quoi ta prière te servira-t-elle ? N’avez-vous pas entendu dire ou lu vous-mêmes, dans le psaume où est prédit le châtiment du traître Judas, comment le prophète parle de lui : « Que sa prière lui soit imputée comme un nouveau péché ! » Si donc, quand tu te lèves pour prier, c’est du mal que tu souhaites à tes ennemis, ta prière t’est comptée comme un péché (…).
Saint Augustin, sermon LVI

Demander un scorpion pour empoisonner son voisin n’est évidemment pas une prière chrétienne. Crier Allah Akbar en se faisant sauter au milieu d’une foule encore moins. Au moment le plus tragique pour lui, Jésus a crié non pas pour être sauvé, mais pour que ses bourreaux soient sauvés : « Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

 

Essentialiser la demande

Alors, est-il encore légitime de demander quelque chose à Dieu pour soi-même ?

Des milliers de personnes persévèrent dans la supplication, mais des milliers d’autres ont renoncé à demander quoi que ce soit à Dieu, parce qu’il semble impuissant à agir dans l’histoire des hommes. D’ailleurs, ne serait-il pas profondément injuste que Dieu change le cours des choses pour quelques-uns seulement en échange de leur soumission dans la prière ? Et les autres ? Un tel Dieu serait inique, et ennemi de la liberté humaine…

Afficher l'image d'origineFace à toutes ces contestations de la prière de demande, la Bible n’a cessé de purifier cet élan de l’homme vers Dieu pour que la prière devienne accueil plus que manipulation, disponibilité plus qu’exigence, cheminement plus que volontarisme. Le plus bel exemple dans l’Ancien Testament de cette essentialisation de la prière est la demande de Salomon. Alors que Dieu lui offre de demander ce qu’il veut, Salomon condense son désir en allant au plus important : la sagesse, la capacité de discerner ce qui est bon pour le peuple dont il a la charge.

Dieu dit à Salomon : « Puisque tel est ton désir, puisque tu n’as demandé ni richesse, ni trésors, ni gloire, ni la vie de tes ennemis, puisque tu n’as pas même demandé de longs jours, mais sagesse et savoir pour gouverner mon peuple dont je t’ai établi roi,  la sagesse et le savoir te sont donnés. Je te donne aussi richesse, trésors et gloire comme n’en eut aucun des rois qui t’ont précédé et comme n’en auront point ceux qui viendront après toi « . (Sg 1, 11-12)

Voilà le deuxième cheminement qui est le nôtre : après le renoncement à demander ce qui est contraire à l’amour, essentialiser notre demande pour finalement nous concentrer sur le plus important : le pain quotidien, le pardon, la délivrance du mal, ainsi que nous l’enseigne le Christ dans le Notre Père.

Que demander dans la prière ? dans Communauté spirituelle rafael-salomon2b 

Demander l’Esprit Saint

Jésus va encore plus loin : le véritable objet de la prière chrétienne de demande n’est pas quelque chose, mais quelqu’un : l’Esprit Saint en personne.

« Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Demander l’Esprit Saint, ce n’est pas demander la richesse ou la santé, la réussite ou la gloire, c’est chercher à habiter dans l’intimité divine, la laisser habiter en nous, pour traverser tous les événements qui nous arrivent en pleine communion avec Dieu.

St Ignace de Loyola a très bien indiqué à ses compagnons jésuites que l’objet de la prière n’est pas de demander ceci ou cela, mais de demeurer en Dieu quoiqu’il arrive. Cette « indifférence » ignacienne est aujourd’hui encore enseignée dans les exercices spirituels des retraites jésuites :

Afficher l'image d'origine« L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.

D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin
et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont pour lui un obstacle à cette fin.

Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées,
en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre-arbitre et ne lui est pas défendu ;
de telle sorte que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage
la santé que la maladie,
la richesse que la pauvreté,
l’honneur que le déshonneur,
une vie longue qu’une vie courte
et de même pour tout le reste,
mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés. »

Exercices Spirituels de saint Ignace, n° 23, Principe et Fondement

Afficher l'image d'origineCharles de Foucauld à sa manière avait découvert lui aussi que l’essentiel de la prière est de se laisser tomber dans les bras de Dieu, en lui faisant confiance au point de ne rien lui demander d’autre que lui-même :

Mon Père,

Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu….

 

Qu’est-ce qui est le meilleur pour moi ?

Demander l’Esprit Saint, ce n’est donc pas faire pression sur Dieu pour obtenir ce que je veux, car moi-même je ne sais pas ce qui est le meilleur pour moi. Peut-être tel succès deviendrait-il ma perte spirituelle ? Peut-être telle guérison m’emmènerait-elle loin de ma vocation cachée ? Peut-être ce divorce se révélera-t-il finalement plus fécond que je ne peux le penser ? Peut-être ce licenciement m’orientera-t-il sur d’autres réussites professionnelles ?

Nous ne savons pas où nous conduisent les événements : pourquoi vouloir à tout prix maîtriser ce qui arrive ? Pourquoi ne pas nous laisser façonner par ces événements pour que Dieu invente avec nous un autre accomplissement, sur d’autres routes ?

Jésus a incarné au plus haut point cette prière de demande : décentrée de ses intérêts propres, renonçant à imposer sa vision de l’avenir (« Père, si cette coupe peut passer loin de moi… Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux… »), habitée par l’Esprit jusqu’au bout (« il rendit l’Esprit »).

Apprenons à convertir notre prière de demande, pour qu’elle devienne finalement le désir fort, le désir vrai de vivre en communion avec Dieu tout ce qui nous arrive, ce qui est le propre de l’Esprit Saint habitant en nous.

 

 

1ère lecture : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère si j’ose parler encore » (Gn 18, 20-32)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome. Alors le Seigneur dit : « Comme elle est grande, la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. » Les hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le Seigneur. Abraham s’approcha et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? » Le Seigneur déclara : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. » Abraham répondit : « J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq. » Abraham insista : « Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le Seigneur déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas. » Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. » Abraham dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ? » Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas. » Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas. »

Psaume : Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8

R/ Le jour où je t’appelle, réponds-moi, Seigneur. (cf. Ps 137, 3)

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ;
de loin, il reconnaît l’orgueilleux.
Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre,
ta main s’abat sur mes ennemis en colère.

Ta droite me rend vainqueur.
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

2ème lecture : « Dieu vous a donné la vie avec le Christ, il nous a pardonné toutes nos fautes » (Col 2, 12-14)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix.

Évangile : « Demandez, on vous donnera » (Lc 11, 1-13)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; c’est en lui que nous crions « 
Abba », Père.
Alléluia. (Rm 8, 15bc)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : ‘Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. » Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.’ Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose’. Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Patrick BRAUD

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13 janvier 2016

Intercéder comme Marie

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Intercéder comme Marie

Cf. également :

La hiérarchie des charismes

Jésus que leur joie demeure

 

Homélie du 2° dimanche du temps ordinaire / Année C
17/01/2015

 

Comment prier pour les autres ? Où peut en trouver une école d’intercession ?

L’épisode des noces de Cana nous donne une référence solide : la mère de Dieu elle-même.

 

1. Partir du lien qui nous unit

Lisez attentivement comment elle intervient dans ce premier signe qui manifeste la gloire de Jésus à Cana. Elle n’est citée que trois fois dans ce passage, et toujours en tant que mère.

C’est peut-être un premier indice : si vous voulez intercéder pour quelqu’un, il faut d’abord partir de votre responsabilité, votre lien avec lui ou elle. Ici, c’est bien au titre de sa vocation de mère que Marie intervient. Nous, c’est parce que nous sommes parents, amis, voisins, collègues… de ceux que nous voulons porter dans la prière.

Cette identité de mère lui est d’ailleurs contestée par Jésus : « femme, que me veux-tu ? » Les commentaires les plus fins de cette réplique cinglante l’interprètent comme la vraie naissance de Jésus dans l’évangile de Jean : lorsque Marie accepte que son fils existe par lui-même, c’est comme si elle accouchait symboliquement de son enfant. Acceptant d’être femme, à juste distance de son fils, elle devient authentiquement mère en écoutant sa parole et en s’y conformant. « Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère et une soeur et une mère » (Mt 12,49).

Voilà donc une première piste pour intercéder : partir du lien qui nous unit à ceux que nous voulons présenter devant Dieu, en acceptant que ce lien soit retravaillé, transformé, accompli par le fait même de l’exposer à la parole de Dieu dans la prière.

Afficher l'image d'origineLes Noces de Cana. Vers 1384-90.
Fresque du transept sud de l’église du Saint-Sauveur
à Tsalenjikha en Géorgie. 

Les trois mentions de Marie à Cana sont très sobres :

- la mère de Jésus était là

- la mère de Jésus lui dit : ils n’ont plus de vin

- sa mère dit aux serviteurs : faites tout ce qui vous dira.

Cela suffit pourtant à nous enraciner dans une belle attitude d’intercession à la manière de Marie.

 

2. Être là

Afficher l'image d'origineÇa n’a l’air de rien, mais la première condition de l’intercession est rarement remplie : être là.

Au temps de Jésus, cela signifiait être présent physiquement, s’être déplacé pour aller voir celui qui a besoin de nous, que ce soit ici à Cana pour partager une grande joie ou plus tard à Béthanie pour aller voir Lazare etc.

Au XXI° siècle, être là pour l’autre passe bien sûr par la présence physique - et Dieu sait combien elle est toujours déterminante - mais également par la présence vocale, écrite, audiovisuelle etc. Une lettre, un coup de fil, un mail, un audio-call avec Skype, un chat sur Facebook, une photo sur Instagram… : les moyens ne manquent pas de prouver à l’autre que nous sommes avec lui, et d’éprouver ainsi sa détresse et son manque.

Chacun en fait un jour l’expérience : lorsque la maladie est trop dure ou dure trop longtemps, lorsque la galère devient honteuse homme et socialement déclassante, lorsque les ennuis deviennent très sérieux, beaucoup de relations ‘ne sont plus là’, c’est-à-dire ne répondent plus présent à nos appels à l’aide, surtout s’ils ne sont pas explicites. Il y a mille  manières de détourner la tête et d’aller ailleurs. Il y a mille excuses qui permettent de ne pas se compromettre.

Être là, comme Marie sortie de chez elle pour répondre à l’invitation de Cana, est la première attitude de ceux qui veulent intercéder.

 

3. Présenter à Dieu le constat de la situation

Afficher l'image d'origine« Ils n’ont plus de vin ». Ce n’est pas une demande de la part de Marie : c’est un constat. Adressée à son fils, il résonne non pas comme une injonction, mais comme une grande confiance.

« Cela vaut la peine d’approfondir un peu plus la compréhension de ce passage évangélique : pour mieux comprendre Jésus et Marie, mais précisément aussi pour apprendre de Marie à prier de manière juste. Marie n’adresse pas une véritable demande à Jésus. Elle dit simplement: « Ils n’ont pas de vin » (Jn 2, 3). En Terre Sainte, les noces étaient fêtées pendant une semaine entière; tout le village y participait, et l’on consommait donc de grandes quantités de vin. Or, les époux se trouvent en difficulté, et Marie le dit simplement à Jésus. Elle ne demande pas une chose précise, et encore moins que Jésus exerce son pouvoir, accomplisse un miracle, produise du vin. Elle confie simplement le fait à Jésus et Lui laisse la décision sur la façon de réagir. Nous constatons ainsi deux choses dans les simples paroles de la Mère de Jésus : d’une part, sa sollicitude affectueuse pour les hommes, l’attention maternelle avec laquelle elle perçoit la situation difficile d’autrui; nous voyons sa bonté cordiale et sa disponibilité à aider. […]

Mais à ce premier aspect très familier à tous s’en ajoute un autre, qui nous échappe facilement : Marie remet tout au jugement du Seigneur. »

Extrait de l’homélie de Benoît XVI à Alttoting (Allemagne), 11 septembre 2006

Cf. http://www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/benoit-xvi-commente-les-noces-de-cana#sthash.z8jv7cIE.dpuf

C’est comme si Marie disait à Jésus : ‘tu as vu ce que j’ai vu ? Ce n’est pas à moi de te dicter ce qu’il faut faire pour les mariés, tu le sais mieux que moi. Je ne te demande pas ceci ou cela en particulier. Personne ne sait ce qui est le mieux pour l’autre ou pour lui-même. Mais, simplement, avec confiance, j’attire ton attention sur telle situation qui va devenir douloureuse. Je remets entre tes mains ces nouveaux mariés dont la joie est compromise. Fais pour le mieux.

 

La véritable prière de demande est bien celle-là : non pas ‘donne-moi ceci ou cela’, mais vois  là où j’en suis, là où il en est, et agit selon ton cœur’. C’est ce que les autres évangélistes appellent demander l’Esprit Saint plutôt que de demander du pain du poisson ou une pierre.

 

4. Laisser le Christ agir

« Faites tout ce qui vous dira ».

Marie ignore comment son fils va réagir. Elle ne sait pas s’il va intervenir directement ou non. Elle crée seulement les conditions de son action. Elle dégage les obstacles éventuels. On dirait aujourd’hui qu’elle crée un environnement propice à la résolution du problème. Attendre avec confiance l’action du Christ en faveur de celui pour qui j’intercède, sans chercher à la maîtriser, mais en m’engageant pour que soit possible : voilà la troisième et dernière attitude de Marie intercesseuse…

C’est la célèbre spiritualité du laisser-faire (Dieu), ou du non-agir (qui est une action véritable, cf. Le management du non-agir et « Laisse faire » : éloge du non-agir )

 

Les noces de Cana. Miniature du Codex Egbert.  Entre 980 et 993. Trèves. Stadtbibliothek. Les noces de Cana. Miniature du Codex Egbert.
Entre 980 et 993. Trèves. Stadtbibliothek. 


Intercéder pour l’autre (et pas seulement ceux que nous aimons instinctivement, rappelons-le !) est donc un cheminement spirituel qui peut s’inspirer de Marie à Cana :

- partir du lien qui nous unit en acceptant qu’il soit remodelé dans et par cette  intercession.

- être la, physiquement, au bout du fil, du stylo ou du clavier, faire le déplacement intérieur qui permet d’être aux côtés (à côté) de l’autre.

- présenter à Dieu le constat de la détresse de l’autre, sans exercer de pression, avec confiance.

- laisser le Christ agir tout en créant les conditions de possibilité de son action.

 

5. Être comme Marie : un catalyseur

Ajoutons juste que Marie ne s’attribue aucune gloire du signe de Cana. Elle n’a été qu’un catalyseur amorçant la réaction de Jésus.

Dans une réaction chimique, un catalyseur est une substance différente des deux substances en présence, sans laquelle il n’y aurait aucune interaction entre les deux. Le catalyseur se combine avec l’une pour réagir ensuite avec l’autre, mais à l’issue de la réaction chimique il est à nouveau distinct du composé final, comme s’il n’y avait été pour rien. C’est bien là le rôle de l’intercesseur-catalyseur : favoriser l’action de Dieu pour l’autre, et se retirer lorsqu’elle est accomplie.

 

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Que Marie de Cana nous inspire une intercession fidèle à l’Esprit de Dieu dont elle était remplie !

 

 

1ère lecture : « Comme la jeune mariée fait la joie de son mari » (Is 62, 1-5)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas, et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse que sa justice ne paraisse dans la clarté, et son salut comme une torche qui brûle. Et les nations verront ta justice ; tous les rois verront ta gloire. On te nommera d’un nom nouveau que la bouche du Seigneur dictera. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu. On ne te dira plus : « Délaissée ! » À ton pays, nul ne dira : « Désolation ! » Toi, tu seras appelée « Ma Préférence », cette terre se nommera « L’Épousée ». Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « L’Épousée ». Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu.

Psaume : Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 7-8a, 9a.10ac

R/ Racontez à tous les peuples les merveilles du Seigneur !

(Ps 95, 3)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur, la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.
Allez dire aux nations : Le Seigneur est roi !
Il gouverne les peuples avec droiture.

2ème lecture : « L’unique et même Esprit distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier » (1 Co 12, 4-11)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier.

Evangile : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée » (Jn 2, 1-11)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Dieu nous a appelés par l’Évangile à entrer en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ.
Alléluia. (cf. 2 Th 2, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

 En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres). Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Patrick BRAUD

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14 novembre 2015

Pray for Paris

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 35 min

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Des dizaines de morts et de blessés.

Une haine insensée pour une cause folle.

La prière pour les victimes, pour leurs familles, pour notre pays, pour nos ennemis, la compassion et la solidarité qui vont avec, sont  pour l’instant la seule réponse  possible à ce cri meurtrier « Allah akbar » clamé par les terroristes et qui déshonore l’islam.

 

Le logo et le hashtag #prayforparis témoignent dans les réseaux sociaux de cette immense émotion qui nous saisit tous.

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