L'homelie du dimanche

27 novembre 2017

Laissez le présent ad-venir

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Laissez le présent ad-venir


Homélie du 1° Dimanche de l’Avent / Année B
03/12/2017

Encore un Avent…
Bonne année !
Se laisser façonner
Gravity, la nouvelle arche de Noé ?
Sous le signe de la promesse
L’absence réelle
La limaille et l’aimant
La « réserve eschatologique »
Le syndrome du hamster

La météo du jour

Laissez le présent ad-venir dans Communauté spirituelle

- Savez-vous quel temps il fera demain ?
- Facile ! me direz-vous. Un clic sur le site de météo France et j’ai les prédictions : « pluies éparses ».
- N’y a-t-il pas une autre information à côté du nuage avec ses gouttes ?
- Si : un chiffre. 3.
- Et donc ?
- ? ? ?
- C’est ce qu’on appelle l’indice de confiance des prédictions météo. Il varie entre 0 (très peu sûr) à 5 (quasi certain). Car en réalité, il n’y a rien de plus difficile à prévoir que la météo, terrestre ou marine. La prédiction du lendemain est à peu près fiable (quoique localement cela puisse varier beaucoup !). Celle de la semaine est moyennement fiable. Celle à 15 jours n’est qu’une indication de tendance. Et on a pu démontrer qu’au-delà de 15 jours, il est strictement impossible (mathématiquement) de prédire quel temps il fera…

 

À l’improviste

Jésus ne pouvait connaître la théorie du chaos qui sous-tend cette imprévisibilité radicale de ce qui va arriver. Mais il en a l’intuition spirituelle. Pour lui visiblement, le présent de Dieu n’est pas la simple prolongation du passé humain. Il peut se produire du neuf à tout instant, déjouant les plans, les stratégies, les calculs. « Vous ne savez pas… » : ce constat d’inconnaissance revient très souvent dans les Évangiles. « Vous ne savez pas quand ce sera le moment. [...]  Vous ne savez pas quand vient le maître de la maison…»

Ici, c’est l’ignorance de la date du cambriolage, du retour du maître parti en voyage, du royaume de Dieu lui-même. C’est « à l’improviste » que se manifeste l’arrivée du maître.

slide_2 Avent dans Communauté spirituelleLe présent de Dieu ne peut donc pas se programmer, se planifier. Il n’est pas prédictible, plus encore que la météo à 15 jours. Surveiller ou contrôler ne sert à rien. C’est veiller qui est l’attitude juste, c’est-à-dire guetter les signes d’une ad-venue inattendue et imprévisible.

Le présent de la foi chrétienne est un événement, au sens littéral du terme : ex-venire = ce qui vient d’ailleurs. Il nous est donné par un Autre. Il échappe à toute mainmise.

Plus encore : ce présent nous vient du futur. Le Christ ressuscité venant à notre rencontre engendre dans notre vie ces événements par lesquels il nous invite à orienter notre existence vers la plénitude finale. « Deviens qui tu seras » : notre vocation en Christ reflue sur notre condition actuelle, tel le mascaret remontant de la mer au fleuve par l’embouchure en une étrange vague à contre-courant…

D’où le nom du temps liturgique qui commence : ad-ventus = Avent = ce qui vient vers nous.

 

De Laplace à Planck

Les conséquences spirituelles de cette conception adventiste du présent sont majeures. Prenons une comparaison avec les sciences physiques. La mécanique classique d’Isaac Newton et Johannes Kepler assignait une place et une vitesse à chaque chose, à chaque instant, de façon sûre et certaine. Le physicien Pierre-Simon de Laplace affirmait triomphalement que les lois de la nature avec les conditions initiales suffisaient à tout prévoir de l’évolution du monde [1] !

Puis est venu Henri Poincaré avec la démonstration qu’on ne sait mathématiquement pas résoudre les équations de l’attraction gravitationnelle de trois corps distincts. À trois c’est impossible, alors avec des myriades de planètes… !

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Konrad Lorenz a enfoncé le clou avec son fameux effet papillon pour illustrer l’imprédictibilité de la météo : les battements d’ailes d’un papillon au Brésil peuvent provoquer de proche en proche un ouragan sur les côtes du Texas ! Les équations du temps sont trop sensibles aux infimes variations des conditions initiales pour qu’on sache réellement où elles conduisent. Elles se mettent à diverger très vite.

Benoît Mandelbrot a enchaîné avec sa théorie des fractales, où de surprenantes figures apparaissent d’elles-mêmes dans la nature comme dans les mathématiques.

Werner Heisenberg et Max Planck avec la mécanique quantique ont troublé encore davantage la vieille conception déterministe en démontrant que dans l’infiniment petit, on ne pouvait pas connaître à la fois la masse et la vitesse d’une particule, et qu’il fallait donc parler de probabilité de présence plutôt que de présence…

« Vous ne savez pas… » semble être le refrain de cette théorie du chaos, déterministe (Lorenz) ou indéterministe (Planck). Le fait d’accepter de ne pas savoir permet paradoxalement d’observer des phénomènes inaperçus autrement. C’est comme si le nuage d’inconnaissance (ouvrage anonyme du XIV° siècle) ou la docte ignorance (c’est le titre d’un ouvrage de Nicolas de Cues au XV° siècle) filtraient la lumière pour éclairer des événements surgissant à l’improviste. Dans cette nouvelle physique, le réel possède la capacité de s’auto-organiser, sans autre apport que lui-même. De nouvelles structures, de nouvelles organisations émergent sans que personne les aient prévues, sans qu’on ait pu les annoncer, les décrire ou même les imaginer auparavant.

 

Un présent adventiste

61PpiWFUwWL._AC_UL320_SR194,320_ effectuationToutes proportions gardées, le présent du royaume évoqué par Jésus ressemble à l’émergence des physiques du chaos. Les psychanalystes et les tenants du développement personnel vous répètent à l’envie que c’est notre passé qui vous détermine. Avec une approche très mécaniste, ils croient que c’est en plongeant dans la préhistoire de la souffrance qu’on peut s’en libérer, par la parole, la reconnaissance de victimes et de coupables. Symétriquement, les idéologies politiques du XX° siècle nous ont vendu une autre approche elle aussi très mécaniste : faire table rase du passé et fabriquer le surhomme (communiste ou nazi) à la force du poignet.

Le présent évoqué par Jésus ne relève ni de Freud, ni de Marx ou Nietzsche. C’est un présent émergeant, événementiel, où la confession de non-savoir entraîne la vigilance, qui permet de discerner les signes d’une émergence inouïe, d’une advenue étonnante. C’est un présent qui nous vient de notre avenir en Christ et non de notre passé humain.

C’est par exemple Jacques Fesch devenant saint en allant vers l’échafaud.
C’est Paul Claudel surpris et bouleversé par un Magnificat à Notre-Dame de Paris.
C’est Thérèse de Lisieux entendant son père soupirer après la ‘comédie’ de Noël faite pour elle.
C’est l’Abbé Pierre laissant éclater sa colère devant un bébé mort de froid en l’hiver 1954.
C’est la facture de la jambe d’Ignace de Loyola qui l’immobilise et lui fait lire la vie des saints.
C’est Bernadette Soubirous attentive à l’inhabituel dans la tutte aux cochons (grotte de Massabielle) lorsqu’elle va ramasser du bois mort pour sa famille.
C’est Augustin le manichéen qui dans sa quête intérieure entend le fameux : ‘tolle et lege’ (‘prends et lis ’) pour découvrir la Bible.
C’est…

Le Christ vient aujourd’hui dans nos vies, comme un voleur, « à l’improviste ». Il y a des surgissements qui ne s’expliquent qu’ainsi, des événements qui en sont la trace, des émergences spirituelles qui en prennent des formes surprenantes. Le tout est d’être assez éveillés pour ne pas les manquer, assez vigilants pour en accueillir l’imprévu.

L’Avent est le temps de cette radicale disponibilité au présent de Dieu, capable de faire surgir ce qui n’aurait pas dû ou pas pu arriver, capable de créer du si neuf qu’il en est inimaginable ou impossible auparavant.

 

Du management à l’effectuation

Un petit clin d’œil pour terminer. Ce débat entre déterminisme et imprédictibilité qui agite les scientifiques rebondit de façon intéressante dans un autre domaine. Il oppose en management les tenants d’une conception classique à ceux qui essaient de penser le chaos et l’auto-organisation en entreprise. Les tenants du management classique sont connus : Ford et le taylorisme, Toyota et le lean management, les psys ou les coaches individuels et le développement personnel, les entraîneurs sportifs et le coaching d’équipe etc. Les offres pullulent sur le marché des cabinets conseils ! Chacun essaie de bâtir son concept-clé (organisation scientifique du travail, lean, coaching, équipe performante etc.), écrit des livres dessus, et trouve ainsi des clients pour tester leurs théories.

couvertureUn autre courant (avec le même risque) essaie depuis peu de s’inspirer de la théorie du chaos pour mieux libérer l’énergie des travailleurs. Plutôt que de contrôler, de prévoir et d’organiser, les managers et dirigeants auraient peut-être intérêt à accompagner, laisser s’auto-organiser, favoriser l’émergence [2] de ce qu’on n’a pas prévu. La co-construction, l’itération, la centration sur les moyens disponibles plus que sur des objectifs irréalistes, la confiance dans l’initiative sont quelques-unes des valeurs clés de ces nouveaux leaders. Cela relève de la maïeutique (accompagner le réel pour qu’il accouche de lui-même) et non du calcul prévisionnel. Ce management par effectuation se caractérise par le discernement des effets possibles, des efforts produits par les libres interactions entre les collaborateurs, et avec le marché [3]. Il cherche à profiter des opportunités qui surgissent et non à les provoquer, à laisser le chaos proliférer au lieu de tout contrôler en mode directif descendant, confiant dans la capacité d’auto-organisation et d’émergence qui fera surgir de ce chaos de nouvelles initiatives. Bref : en management également, laisser advenir le présent est peut-être plus humanisant, plus fécond, que de diriger les hommes et finalement de les manipuler (c’est la même racine que le mot management).

Que ce temps de l’Avent nous convertisse à l’ouverture du cœur : laissons le présent advenir en nous.

 


[1]. C’est le fameux « démon de Laplace » : « Une intelligence qui, à un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent, si d’ailleurs elle était suffisamment vaste pour soumettre ces données à l’analyse, embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome ; rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir, comme le passé, serait présent à ses yeux. », Essai philosophique sur les probabilités, 1814.

[2]. Une structure est dite émergente si elle apparaît brutalement et est issue de la dynamique, c’est-à-dire que ses propriétés n’existaient pas préalablement dans les éléments qui l’ont composée. On appelle « émergence » une combinaison préexistante d’éléments préexistants produisant quelque chose de totalement inattendu. Un exemple classique de ce type de phénomène est celui de l’eau, dont les caractéristiques les plus remarquables sont totalement imprévisibles au vu de celles de ses deux composants, l’hydrogène et l’oxygène ; pourtant la combinaison des deux ingrédients donne naissance à quelque chose d’entièrement neuf.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais ! » (Is 63, 16b-17.19b ; 64, 2b-7)
Lecture du livre du prophète Isaïe

C’est toi, Seigneur, notre père ; « Notre-rédempteur-depuis-toujours », tel est ton nom. Pourquoi, Seigneur, nous laisses-tu errer hors de tes chemins ? Pourquoi laisser nos cœurs s’endurcir et ne plus te craindre ? Reviens, à cause de tes serviteurs, des tribus de ton héritage. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes seraient ébranlées devant ta face.
Voici que tu es descendu : les montagnes furent ébranlées devant ta face. Jamais on n’a entendu, jamais on n’a ouï dire, nul œil n’a jamais vu un autre dieu que toi agir ainsi pour celui qui l’attend. Tu viens rencontrer celui qui pratique avec joie la justice, qui se souvient de toi en suivant tes chemins. Tu étais irrité, mais nous avons encore péché, et nous nous sommes égarés. Tous, nous étions comme des gens impurs, et tous nos actes justes n’étaient que linges souillés. Tous, nous étions desséchés comme des feuilles, et nos fautes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoque plus ton nom, nul ne se réveille pour prendre appui sur toi. Car tu nous as caché ton visage, tu nous as livrés au pouvoir de nos fautes. Mais maintenant, Seigneur, c’est toi notre père. Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de ta main.

PSAUME

(79 (80), 2ac.3bc, 15-16a, 18-19)
R/ Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés ! 79, 4 

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

DEUXIÈME LECTURE
Nous attendons de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ (1 Co 1, 3-9)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, à vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ. Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est établi fermement parmi vous. Ainsi, aucun don de grâce ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir fermement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

ÉVANGILE

« Veillez, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison » (Mc 13, 33-37) Alléluia. Alléluia.
Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut. Alléluia. (Ps 84, 8)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Prenez garde, restez éveillés : car vous ne savez pas quand ce sera le moment. C’est comme un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et demandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand vient le maître de la maison, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin ; s’il arrive à l’improviste, il ne faudrait pas qu’il vous trouve endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »
Patrick BRAUD

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30 décembre 2015

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?

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Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?

 

Cf. également :

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu

L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Lot de consolation

Tauler, le métro et « Non sum »

Yardén : le descendeur

 

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année C
03/01/2016

 

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ? dans Communauté spirituelle 220px-Sant%27Apollinare_Nuovo_00En cette fête de l’Épiphanie, les mages offrent trois présents à l’enfant qui vient de naître. Or visiblement, il n’en a aucun usage immédiat ! Il eût mieux valu donner des vêtements chauds, une chambre à l’auberge, le secours d’une servante…

La question redouble quand on fait attention au terme grec utilisé pour ces fameux cadeaux des mages : δρον (dōron).

Dans le Nouveau Testament, il y a 19 usages de ce mot [1], essentiellement pour désigner des offrandes faites à Dieu lui-même. Par exemple : « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère; puis reviens, et alors présente ton offrande. » (Mt 5, 23-24)

Première indication donc : Mathieu veut nous dire que les mages reconnaissent déjà la divinité de cet enfant, puisqu’ils lui font des présents comme si c’était le Dieu du Temple de Jérusalem. Étonnant !

Cela ne résout toujours pas la question : pourquoi Dieu aurait-il besoin qu’on lui offre quelque chose ? Manquerait-il de richesses pour qu’on lui offre de l’or ? Aurait-il faim pour qu’on lui sacrifie des taureaux ou des colombes ?

Les prophètes de l’Ancien Testament avaient déjà réfléchi sur ces coutumes sacrificielles où il fallait soi-disant donner quelque chose à Dieu. Leur cheminement progressif les amène à contester ces pratiques (d’origine païenne)« C’est la miséricorde que je désire, et non les sacrifices », rappelle Jésus en Mt 12,7 citant Os 6,6.

Le véritable sacrifice, c’est de s’offrir soi-même. « Si j’offre un sacrifice, tu n’en veux pas, tu n’acceptes pas d’holocauste. Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; tu ne repousses pas, ô mon Dieu, un coeur brisé et broyé… » (Ps 50, 18-19)

« En entrant dans le monde, le Christ dit: Tu n’as voulu ni sacrifice ni oblation; mais tu m’as façonné un corps. Tu n’as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour les péchés. Alors j’ai dit: Voici, je viens, car c’est de moi qu’il est question dans le rouleau du livre, pour faire, ô Dieu, ta volonté. » (He 10, 5-7).

 

Alors quel est le sens de ces cadeaux des mages à l’enfant-Dieu qui n’en a nul besoin ni envie ? Et pourquoi continuons-nous cette tradition des cadeaux entre nous, à Noël, pour le Nouvel An, comme si nous étions des mages et des enfants-Dieu les uns pour les autres ?

 

1. Offrir n’est pas marchander

Afficher l'image d'origineÉliminons déjà une fausse piste qui empoisonne pourtant tous les gestes religieux qui sont les nôtres. Acheter un cierge pour réussir un examen reste très populaire, mais surtout rentable pour le clergé qui fait commerce de ces cierges… La relation à Dieu n’est plus marchande en régime chrétien, depuis que Jésus a justement chassé les marchands du temple (cf. Le principe de gratuité)

. Si les cadeaux signifient : je te donne ceci pour que tu me donnes cela, alors c’est un trafic indigne qui n’a aucune chance de réussir avec Dieu. Ce genre de tentation de manipulation ou de pression ne fait que compromettre une amitié humaine.

Nos cadeaux ne sont pas des calculs, mais des dons sans espoir de retour ; pas des investissements, mais des jaillissements d’affection sans contrepartie. Sinon, mieux vaut déposer ces trésors au mont-de-piété…

 

2. Des cadeaux pour ne pas être tout

Afficher l'image d'origineLorsqu’on fait des présents aussi précieux que ceux des mages, c’est qu’on accepte de prendre sur ses richesses, de ne pas tout garder pour soi. Et en même temps, c’est dire à l’autre : tu comptes pour moi, tu es plus précieux à mes yeux que cet ordre/argent/myrrhe pourtant de grande valeur. C’est donc limiter sa volonté de toute-puissance, accepter de ne pas être tout, et laisser ainsi de la place à l’autre, rappel de mon incomplétude. Les mages par leurs offrandes reconnaissent en Jésus quelqu’un de plus grand qu’eux.

Nous disons à nos amis qu’ils nous manquent, que nous ne sommes pas nous-mêmes sans eux, lorsque nous arrivons avec un bouquet de fleurs à un repas ou une boîte de chocolats au chevet d’un malade. Les cadeaux nous aident à limiter notre désir inné d’autosuffisance pour vouloir avoir besoin de l’autre. Offrir nous fait aimer notre finitude…

 

3. Des cadeaux pour accepter de manquer

Dans l’Ancien Testament, c’est ainsi que le livre de l’Exode interprétait le prélèvement d’argent pour construire le sanctuaire.

Afficher l'image d'origineDonner son argent implique une limitation du désir de toute-puissance. Le désir de Dieu, de sa présence en moi et dans la communauté, implique la purification de mon désir d’être tout, que l’argent symbolise au plus haut point : si je ne paye pas, si je ne prélève pas de mon argent pour Dieu, la vérité de ce désir ne pourra pas se réaliser. Bien avant Freud, le peuple juif a expérimenté que l’argent comme le désir suscitent une soif inextinguible, une quête infinie. Cet infini peut faire de l’argent une idole : Mammon. C’est pourquoi Dieu demande au peuple de prélever sur ses richesses pour donner de l’argent afin de construire son Temple. « Voici le prélèvement que vous prendrez d’eux : de l’or, de l’argent, du bronze, de la pourpre de lin, du poil de chèvre. Ils me feront un sanctuaire et j’habiterai en eux » (Ex 25,2). Dieu n’habite pas le sanctuaire, mais le cœur de l’homme qui sait limiter et éduquer son désir, grâce à l’offrande.

Parce que nous acceptons de manquer, Dieu viendra faire sa demeure en nous. L’offrande à Dieu est donc l’appel d’air qui permet au feu divin de prendre en nous, de l’intérieur. Le cadeau fait à l’autre est l’appel à une relation d’amitié sans laquelle je ne suis pas pleinement moi-même.

 

4. Des cadeaux pour recevoir du Christ notre vocation de baptisés

L’Épiphanie (manifestation) du Christ aux mages montre clairement que les païens peuvent rencontrer le Christ, et revenir chez eux « par un autre chemin », c’est-à-dire profondément transformés par cette rencontre. Leurs trois présents ont une signification symbolique.

L’or désigne la royauté étonnante de cette enfant, annoncée par les prophètes (cf. première lecture), accomplie de manière déroutante sur la croix. Cette royauté est devenue celle des baptisés qui eux aussi – le Christ vivant en eux – exercent leurs responsabilités, leur pouvoir, leur profession comme un service royal.

L’encens désigne la prêtrise exercée par le Christ, puisque les parfums d’encens brûlaient sur l’autel du Temple lorsque les prêtres offraient des sacrifices. Or le Christ s’est offert lui-même au lieu des animaux. C’est de ce sacerdoce dont vivent les baptisés en Christ, faisant de leur existence « une vivant offrande à la louange de la gloire de Dieu » (prière eucharistique n° 4). Le sacerdoce commun des baptisés consiste à s’offrir soi-même en présent pour ceux qu’on aime, et plus encore pour ceux que nous n’arrivons pas à aimer ou qui ne nous aiment pas.

La myrrhe est un produit funéraire pour embaumer les corps. Elle annonce symboliquement l’ensevelissement de Jésus, après la croix, cette déchéance inacceptable pour les juifs comme pour les Romains ou pour le Coran. Offrir de la myrrhe à un enfant serait une faute de goût si le bois de la mangeoire n’annonçait pas déjà celui de la croix. Cette capacité prophétique à discerner ce qui est en jeu dans le présent est devenue celle des baptisés. Nous recevons du Christ d’être prophétiques lorsque nous discernons les véritables enjeux par exemple de la crise écologique actuelle, ou des formidables progrès des sciences et technologies pour l’être humain etc.

Afficher l'image d'origine

 

Offrir des présents au Christ, c’est donc accepter de recevoir de lui qui nous sommes réellement : prêtre/prophète/roi. Sans cette démarche des mages, nous pourrions avoir l’illusion de croire pouvoir l’être par nous-mêmes. Faire ces cadeaux nous sauve de l’auto-suffisance, de l’auto-réalisation.

 

5. Des cadeaux pour que l’amour circule entre nous

Afficher l'image d'originePrélever quelques objets ou un peu d’argent pour offrir peut donc devenir un authentique chemin de communion à l’autre. Si on purifie ce geste de tous les relents de calcul et de domination, on peut y deviner l’amorce de la circulation de ce que l’anthropologue Marcel Mauss appelait le don / contre-don (cf. Le potlatch de Noël) : offrir, c’est accepter que l’autre me manque, et entrer dans une relation où le cadeau fait à l’un l’entraînera à offrir lui-même à un autre et ainsi de suite. La seule dette qu’il nous faut conserver entre nous, c’est celle de l’amour, écrivait saint Paul. Les cadeaux reçus nous obligent en ce sens que, en les recevant, nous contractons une dette à faire circuler. En les donnant, nous entrons dans une relation vivante et ouverte.

 

Même après ces fêtes de fin d’année, continuons donc à nous offrir des présents, sans autre raison que de laisser l’amour de Dieu circuler entre nous…

 



[1]. Mt 2,11/ Mt 5,23 / Mt 5,24 / Mt 5,24 / Mt 8,4 / Mt 15,5 / Mt 23,18 / Mt 23,19 / Mt 23,19 / Mar 7,11 / Lc 21,1 / Lc 21,4 / Ep 2,8 / He 5,1 / He 8,3 / He 8,4 / He 9,9 / He 11,4 / Ap 11,10

 

 

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton coeur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur.

Psaume : 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut.

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux ! 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes.
Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Sur ces paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.
En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

 

 

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10 décembre 2014

Un présent caché

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Un présent caché

Homélie du 3° Dimanche de l’Avent / Année B
14/12/2014

cf. également : Tauler, le Métro et Non Sum


« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1,6-28).

Un présent caché dans Communauté spirituelle arton33

C’est au présent que Jean-Baptiste annonce la venue du Christ au milieu de nous. Après l’impératif du 1er Dimanche de l’Avent (« Veillez ! ») et le futur du 2ème Dimanche (« il vous baptisera dans l’Esprit Saint »), voici maintenant que l’Avent se conjugue au présent : « Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

Cette déclaration prophétique de Jean-Baptiste peut d’abord s’appliquer à chacun de nous. Nous connaissons si mal nos voisins, nos amis, et même notre famille !

Je me souviens, lorsque mon père est mort, nous avons fait comme beaucoup de familles : nous nous sommes assis autour de la table pour parler de lui, évoquer nos souvenirs, rassembler notre vie avec lui. Ce fut comme un puzzle dont chacun détenait quelques pièces : en les mettant en commun, peu à peu se dessinait le portrait d’un homme plus riche et plus complexe que ce que chaque enfant croyait en connaître. Surprise en effet pour nous 5, les frères et sœurs : nous n’avions pas eu le même père ! Au sens où sa manière d’être père pour l’aîné n’était pas sa manière d’être père pour le 5ème, 10 ans après … Il avait changé avec les années, il ne se révélait pas de la même manière à chacun de ses 5 enfants : bref au milieu de nous se tenait un père que nous ne connaissions pas vraiment. Ce n’est qu’après sa mort que nous apprenons qui il était, en sachant bien que Dieu seul nous le fera connaître en plénitude…  

Les responsables de l’animation pastorale doivent avoir ce souci : faire en sorte que des liens personnels se nouent  dans la paroisse (dans l’aumônerie etc.) ; que nos assemblées ne soient pas impersonnelles et froides ; que le tissu relationnel entre nous soit suffisamment chaleureux pour qu’un nouveau venu ne s’y sente pas un inconnu. Certains doivent assumer ce rôle de climatiseur qui souffle un air de fraternité à travers toute l’Église !

 

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

C’est vrai également de beaucoup de personnes ignorées dans la société.

- Dans une entreprise, c’est le salarié que personne ne remarque et qui pourtant fait merveille dans la vie associative ou culturelle en dehors.

- Dans une maison de retraite, c’est le pensionnaire qui passe inaperçu, mais dont on réalise  après son départ qu’il était le ciment, le lien entre tous les autres pensionnaires, par sa gentillesse et son sourire.

La_maison_de_Matriona_et_autres_recits avenir dans Communauté spirituelle- Alexandre Soljenitsyne raconte que dans l’été 1953, de retour d’exil, sans attache et sans le sou, il trouve un petit emploi de professeur de mathématiques en Russie. Dans le village, une vieille femme – Matriona – accepte de l’héberger, plus pour lui rendre service qu’autre chose. L’auteur nous raconte la vie misérable de Matriona, et le terme accidentel de son existence : la brave femme encaisse tous les travers et n’agit que pour aider son prochain. Le livre : « la maison de Matriona » s’achève par cette phrase superbe : « … elle n’avait pas accumulé d’avoir pour le jour de sa mort. Une chèvre blanc sale, un chat bancal, des ficus… Et nous tous qui vivions à ses côtés, n’avions pas compris qu’elle était ce juste dont parle le proverbe et sans lequel il n’est village qui tienne. Ni ville. Ni notre terre entière. »

Au milieu de ce village se tenait cette vieille femme, Matriona, que personne ne connaissait vraiment, mais qui pourtant soutenait le village à bout de bras de manière  invisible…

Les responsables de l’animation pastorale ont pour mission de valoriser chacun dans la communauté. Non pas de tout faire à la place des autres, mais d’appeler des autres à faire vivre le Corps du Christ. S’appuyant sur le Conseil Paroissial, les responsables des différents services paroissiaux, sans oublier les communauté de religieux-ses, ils vont chercher à discerner le charisme de chacun, et à lancer des appels en fonction du bien commun. Ne passons pas à côté des Matrionas d’aujourd’hui. Aidons-nous à rester vigilants sur la place unique, la valeur unique  de chacun.

 

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

bon-cadeau-cheque-cadeau futurBien sûr, la déclaration prophétique de Jean-Baptiste – et vous voyez que le rôle d’un prophète est de dévoiler le présent bien plus que de prédire le futur – vise d’abord Jésus, la présence de Jésus, Messie ignoré, au milieu de son peuple. C’est Jésus au présent, c’est le présent de sa présence pourrait-on dire en français, avec le double sens du mot présent : il se tient là au milieu de nous, le plus souvent ignoré, mais réellement efficace aujourd’hui. Et il est le véritable cadeau, le présent que Dieu nous fait, gracieusement, gratuitement.

- Inconnu, il se sert de tant de visages et d’évènements pour se laisser découvrir.

- Méconnu, il supporte patiemment caricatures et clichés, sans cesser de se livrer, et d’irriguer secrètement la vie du Père.

- Méprisé, il ne rend pas le mal pour le mal, et ne désespère jamais du changement du cœur de l’homme.

- Adoré, il échappe à la connaissance de ceux qui voudraient le posséder, et les emmène toujours ailleurs, vers un Dieu toujours plus grand…

Les responsables de l’animation pastorale doivent passionnément lire les signes des temps, localement. Quels signes révèlent la présence du Christ au milieu de nous ? Quelles personnes nous parlent du passage du Christ dans nos vies ? Des enfants du caté et leurs parents aux familles en deuil ou aux adultes qui demandent le baptême, le Christ ne cesse de nous donner des signes de sa présence. Aidons-nous à déchiffrer sans cesse les évènements de nos vies à la lumière de l’Évangile du Christ.

 

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

Notre Avent prend donc une couleur de présent : celui que nous attendons est déjà là au milieu de nous, en nous.

Ouvrons les yeux sur ce présent qui ne demande qu’à se manifester : la richesse et la complexité de nos proches, le rôle secret et caché des Matrionas d’aujourd’hui, l’amitié du Christ dans nos joies et dans nos peines.

 

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ».

Alors ne cessez pas de le chercher, et de le chercher encore…

« Le chercher avec le désir de le trouver, le trouver avec le désir de le chercher encore » (St Augustin)

Pour ne pas passer à côté de lui sans le remarquer.

Pour ne pas gâcher le présent que Dieu nous donne.

 

 

1ère lecture : Le Sauveur apporte la joie (Is 61, 1-2a.10-11)

Lecture du livre d’Isaïe

L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et aux captifs la liberté, annoncer une année de bienfaits, accordée par le Seigneur.

Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a enveloppé du manteau de l’innocence, il m’a fait revêtir les vêtements du salut, comme un jeune époux se pare du diadème, comme une mariée met ses bijoux. De même que la terre fait éclore ses germes, et qu’un jardin fait germer ses semences, ainsi le Seigneur fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

Psaume : Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54

R/ J’exulte de joie en Dieu, mon Sauveur !

Mon âme exalte le Seigneur,
mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur.
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Son amour s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Il comble de bien les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour.

 

2ème lecture : Comment préparer la venue du Seigneur (1Th 5, 16-24)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Thessaloniciens

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne repoussez pas les prophètes, mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal.

Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers, et qu’il garde parfaits et sans reproche votre esprit, votre âme et votre corps, pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, le Dieu qui vous appelle : tout cela, il l’accomplira.

 

Evangile : « Il se tient au milieu de vous » (Jn 1, 6-8.19-28)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Prophète du Très-Haut, Jean est venu préparer la route devant le Seigneur et rendre témoignage à la Lumière. Alléluia. (cf. Lc 1, 76 ; Jn 1, 7)
Evangile de Jésus Christ selon saint Jean

Il y eut un homme envoyé par Dieu. Son nom était Jean. Il était venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage.

Et voici quel fut le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il le reconnut ouvertement, il déclara : « Je ne suis pas le Messie. » Ils lui demandèrent : « Qui es-tu donc ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Non. — Alors es-tu le grand Prophète ? » Il répondit : « Ce n’est pas moi. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix qui crie à travers le désert : Aplanissez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, certains des envoyés étaient des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Si tu n’es ni le Messie, ni Élie, ni le grand Prophète, pourquoi baptises-tu ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas : c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis même pas digne de défaire la courroie de sa sandale. »
Patrick BRAUD

 

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3 décembre 2014

Maintenant, je commence

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Maintenant, je commence

Homélie du 2° Dimanche de l’Avent / Année B 07/12/2014

cf. également : Res et sacramentum

 

Maintenant, je commence dans Communauté spirituelle Le-futur« Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint »

Il y a bien un futur au cœur de la foi chrétienne. Un futur qui se retrouve dans nos 3 lectures.

- La voix d’Isaïe proclame une action de Dieu imminente dans le désert : « tout ravin sera comblé, toute montagne sera abaissée, les passages tortueux seront aplanis, la gloire du Seigneur se révélera, tous verront que le Seigneur a parlé ». (Is 40, 1-9).

- Cette voix dans le désert, Jean-Baptiste la fait à nouveau retentir : « Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint » (Mt 1,8).

- Et Pierre évoque l’avenir grandiose qui nous attend à partir de là : « le jour du Seigneur viendra comme un voleur. Les cieux disparaîtront, les éléments seront détruits, la terre sera brûlée, un ciel nouveau et une terre nouvelle viendront, où résidera la justice » (2P 3, 8-11).

Après l’impératif du 1er Dimanche de l’Avent : « veillez ! », voici ce que le 2ème Dimanche nous met devant un futur extraordinaire.

Veiller ouvre donc sur une promesse : il y a bien un futur à attendre ; il y a bien une plénitude de l’Esprit Saint qui nous « immergera » (baptizein en grec =baptiser) un jour.

La Bible devient Parole de Dieu pour nous lorsqu’elle nous ouvre à ce futur, à cette promesse à laquelle Dieu est et sera fidèle.

Cet avenir de Dieu sera sans commune mesure avec le temps présent : il s’agit bien d’une nouvelle création du monde, selon Isaïe, que la Résurrection du Christ le 8ème jour inaugure et anticipe.

Quand cela arrivera-t-il ? Nous n’en savons rien.

Jésus lui-même avoue ne pas savoir (Mc 13,32) : seul le Père peut en fixer le moment. Mais ce que nous savons, c’est que« le temps est court » (1Co 7,29) ; qu’il va vers sa plénitude (la « fin des temps »), et que cette plénitude promise est déjà à l’œuvre.

Avouons-le : nous avons du mal à laisser ce futur de Dieu nous rejoindre. Nous extrapolons toujours ce qui se passe actuellement pour imaginer ce qui se passera après. Or Dieu est capable de faire du neuf, du radicalement neuf, dès maintenant !

Prenons quelques exemples :

 avenir dans Communauté spirituelleDans l’évangile de Jean, la crise est ce moment « critique » où il devient manifeste que certains comportements / attitudes conduisent à la mort (‘no future’) alors que d’autres ouvrent à l’avenir. La croix est la crise suprême : pour les uns elle est la fin, pour les autres elle déchire le ciel et marque l’avenir ouvert.

Ainsi de nos crises humaines : elles marquent la fin d’un monde, mais pas encore la fin du monde ! C’est donc qu’un nouveau monde peut émerger de l’ancien qui s’efface : de nouvelles relations internationales, une régulation mondiale de l’économie, une vigilance accrue sur les dérives de la financiarisation, un souci commun du long terme etc…

L’Apocalypse n’est pas ce qu’on veut nous faire croire : pour saint Jean, ce n’est pas la catastrophe finale, c’est le dévoilement de la réalisation de la promesse de Dieu, la révélation et l’accomplissement du futur attendu !

Dans les soubresauts actuels de l’économie se révèle la vérité du système ancien. Le dévoilement de la cupidité, de la courte vue et des contradictions des marchés financiers peut contribuer à faire émerger un monde nouveau qui aura pris conscience de ses dérives et aura rebâti une économie profondément renouvelée.

Keynes, le grand économiste qui est la référence des actions publiques en ce moment, a construit sa théorie après la 1ère crise de la guerre de 14-18, n’a pas été écouté ni après cette guerre, ni après la crise de 1929. Il aura fallu attendre la 2ème guerre pour voir ses idées être appliquées après 1945, et inspirer les réactions des États à la crise de 2008.

Chaque épreuve peut devenir un seuil.

De la crise peut émerger un monde nouveau ; de tout mal peut émerger un bien plus grand encore.

D’autres exemples pourraient être pris dans l’histoire personnelle de chacun :

guenard%20plus%20fort%20que%20la%20haine%20 commencement- La jambe cassée d’Ignace de Loyola lui a ouvert le chemin de la conversion.

- L’enfance dorée de Charles de Foucauld a déposé en lui la soif d’une vie plus intense, réalisée plus tard dans le dénuement du désert de l’Assekrem.

- L’enfance maltraitée de Tim Guénard aurait pu le conduire à la haine ; mais il parcourt la France pour témoigner que l’amour du Christ l’a guéri de son passé et que l’avenir est toujours possible.

- Nous connaissons bien des personnes qui ne se laissent pas enfermer dans leur passé, qu’il soit douillet ou douloureux, mais se hâtent avec bonheur vers l’avenir qui leur vient de leur confiance en Dieu. Ils sont comme ces pèlerins qui ne se découragent jamais de marcher vers Saint Jacques de Compostelle ou le Mont St Michel, même lorsque les Pyrénées semblent trop hautes, même lorsque la marée semble trop rapide.

Un moine, le bienheureux Guérric d’Igny (1070-1157), écrivait :

« le voyageur sage et empressé, lorsqu’il sera arrivé au terme, ne fera que commencer, de sorte que, oubliant ce qui est en arrière, il se dira chaque jour : ‘maintenant, je commence’ ».

 

 criseRépétez-vous chaque matin, chaque jour – de plénitude ou de crise – : « maintenant, je commence ».

D’ailleurs, c’est le début de notre évangile de ce Dimanche: « Commencement de la Bonne Nouvelle… » Cette bonne nouvelle ne fait que commencer dans mon histoire.

Et elle ira « de commencements en commencements, par d’éternels commencements qui n’auront jamais de fin » (Grégoire de Nysse).

Oui, il y a un futur.

Oui il y a une plénitude à venir.

« Maintenant, je commence ».

 

 

1ère lecture : « Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 1-5.9-11)
Lecture du livre d’Isaïe

« Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. Parlez au cœur de Jérusalem et proclamez que son service est accompli, que son crime est pardonné, et qu’elle a reçu de la main du Seigneur double punition pour toutes ses fautes. »

Une voix proclame : « Préparez à travers le désert le chemin du Seigneur. Tracez dans les terres arides une route aplanie pour notre Dieu. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées, les passages tortueux deviendront droits, et les escarpements seront changés en plaine. Alors la gloire du Seigneur se révélera et tous en même temps verront que la bouche du Seigneur a parlé. »

Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda :« Voici votre Dieu. » Voici le Seigneur Dieu : il vient avec puissance et son bras est victorieux. Le fruit de sa victoire l’accompagne et ses trophées le précèdent. Comme un berger, il conduit son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, et il prend soin des brebis qui allaitent leurs petits.

Psaume : 84, 9ab.10, 11-12, 13-14

R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut.

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

2ème lecture : « Nous attendons les cieux nouveaux et la terre nouvelle » (2P 3, 8-14)
Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre Apôtre

Frères bien-aimés, il y a une chose que vous ne devez pas oublier : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur n’est pas en retard pour tenir sa promesse, comme le pensent certaines personnes ; c’est pour vous qu’il patiente : car il n’accepte pas d’en laisser quelques-uns se perdre ; mais il veut que tous aient le temps de se convertir. Pourtant, le jour du Seigneur viendra comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments en feu seront détruits, la terre, avec tout ce qu’on y a fait, sera brûlée. Ainsi, puisque tout cela est en voie de destruction, vous voyez quels hommes vous devez être, quelle sainteté de vie, quel respect de Dieu vous devez avoir, vous qui attendez avec tant d’impatience la venue du jour de Dieu (ce jour où les cieux embrasés seront détruits, où les éléments en feu se désagrégeront). Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. Dans l’attente de ce jour, frères bien-aimés, , faites donc tout pour que le Christ vous trouve nets et irréprochables, dans la paix.

Evangile : Jean Baptiste annonce la venue du Seigneur (Mc 1, 1-8)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez la route : tout homme verra le salut de Dieu. Alléluia. (Cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu.

Il était écrit dans le livre du prophète Isaïe : Voici que j’envoie mon messager devant toi, pour préparer la route. À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.

Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui. Tous se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en reconnaissant leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Patrick BRAUD

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