L'homelie du dimanche

30 avril 2018

L’Esprit nous précède

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L’Esprit nous précède


Homélie pour le 6° dimanche de Pâques / Année B
06/05/2018

Cf. également :

Le communautarisme fait sa cuisine

Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures

L’agneau mystique de Van Eyck

 

Corneille est à Pierre ce que le chemin de Damas est à Paul : un bouleversement total.
Avant Damas, Paul croyait que tuer les hérétiques chrétiens étaient faire l’œuvre de Dieu.
Avant Corneille, Pierre croyait que seuls les circoncis pouvaient être baptisés. Il était naturellement persuadé qu’il fallait passer par le judaïsme pour devenir disciple du Christ (cf. la première lecture de ce dimanche : Ac 10, 25-48).
L'Esprit nous précède dans Communauté spirituelle AnticStore-Large-Ref-35707_03
Il a fallu que le Ressuscité en personne se manifeste à Paul pour qu’il change d’avis.
Il a fallu que l’Esprit Saint en personne se manifeste pour que Pierre accepte l’impensable : baptiser des païens (le centurion Romain Corneille et sa maisonnée). Il faudra d’ailleurs que l’Esprit Saint se manifeste à nouveau pour que Pierre accepte de ne pas imposer la circoncision ni les interdits alimentaires juifs aux non-juifs (Ac 15). La manifestation de l’Esprit pour l’admission de Corneille est le « chanter en langues » (glossolalie) déjà expérimenté par les apôtres lors de Pentecôte (Ac 2) :

« Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu ».

Pierre reconnaît là les signes de la descente de l’Esprit sur Corneille et sa famille, une nouvelle Pentecôte en quelque sorte. Il en tire logiquement la conclusion, révolutionnaire pour la mission de l’Église naissante :

« Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ ».

Cette conclusion est toujours valable à l’heure actuelle : si des païens se mettent à chanter les louanges de Dieu sous l’inspiration de l’Esprit Saint, qu’est-ce qui empêche de les baptiser ? Du coup, les missionnaires sont avertis : ‘l’Esprit vous précède. Sachez-le discerner dans la culture de ceux à qui vous êtes envoyés. Sachez le reconnaître lorsqu’il produit de beaux fruits chez les peuples lointains. Sachez authentifier ce qui est vrai, bon et grand dans la sagesse des nations. Apprenez à baptiser ces cultures, c’est-à-dire à accomplir en Christ leur génie, leur humanité, en vous appuyant sur ce que Dieu a déjà semé avant votre venue’.

La tradition patristique parlait des Semences du Verbe présente chez les païens. Ou bien de la préparation évangélique, c’est-à-dire des pierres d’attente enfouies dans l’histoire et la culture d’un peuple le préparant par avance à entendre l’Évangile, comme les graines enfouies dans le sol en attente de la pluie pour grandir et fleurir.

23447 Corneille dans Communauté spirituelleL’Esprit a ainsi précédé les évangélisateurs à travers les philosophes grecs, les sages africains ou chinois, et même les religions anciennes cherchant Dieu à tâtons.

Matteo Ricci et ses compagnons savaient bien en entrant en Chine qu’il leur faudrait s’appuyer sur cette action de l’Esprit préalable à leur action. Malheureusement, Rome sous l’influence de dominicains avaient oublié cette conviction missionnaire, et la triste affaire des rites chinois a compromis pour longtemps la capacité d’inculturation de l’Église catholique en Chine. Le film « Mission » a popularisé un autre effort missionnaire jésuite, auprès des Indiens guaranis en Amérique du Sud. Là encore, l’Église officielle ne s’est pas souvenue de l’épisode de Pierre et Corneille. La fin des communautés indiennes autonomes et indépendantes fondées par ces jésuites a fait tomber l’Église du côté des colonisateurs.

Si l’Esprit nous précède, impossible de faire table rase en arrivant quelque part, que ce soit à des milliers de kilomètres ou dans nos banlieues. Comment imposer (et par la force !) des rites, des liturgies, des disciplines romaines là où l’Esprit nous demande d’accompagner, de co-construire, d’accueillir ce que Dieu a prédisposé pour une vie de foi authentique ?

Résultat de recherche d'images pour "van eyck sybilles triptyque"Au XV° siècle, dans la ville flamande de Gand (actuellement en Belgique), les frères Van Eyck ont peint un sublime triptyque dit « de l’agneau mystique ». Au dos de ce triptyque (qui reste replié en dehors des fêtes), on voit Jean-Baptiste et Jean l’évangéliste  annonçant le Christ Agneau de Dieu, ainsi que les prophètes Michée et Zacharie, mais on y voit également deux autres prophètes – des prophétesses plus exactement – deux Sibylles païennes (de Cumes et d’Éryhtrée) annonçant elles aussi le Christ à leur manière. C’est donc que dans l’Europe éclairée des XV° et XVI° siècles, on croyait toujours à cette action de l’Esprit hors des frontières visibles de l’Église, avant même la venue des évangélisateurs. Singulière ouverture d’esprit que celle de Van Eyck ! Ce détail de peinture flamande décrit pourtant la conviction acquise par Pierre devant Corneille envahi par l’Esprit : l’Esprit nous précède dans le cœur de nos contemporains, comme le Christ ressuscité précédait ses disciples en Galilée.

L’Esprit prépare en secret le chemin que pourra emprunter l’Évangile au plus intime de l’histoire de chacun. Ce serait donc un véritable péché contre l’Esprit (le plus impardonnable selon la parole de Jésus) que de ne pas croire en une pré-histoire de chacun avec Dieu, ou de ne pas s’appuyer sur ces Semences du Verbe pour annoncer l’Évangile.

Le concile Vatican II a retrouvé avec bonheur cette veine théologique datant des Pères de l’Église :

Dans toutes ces valeurs (du monde moderne), l’accueil du message évangélique pourra trouver une sorte de préparation, et la charité divine de  celui qui est venu pour sauver le monde la fera aboutir (Gaudium et Spes n° 57).

En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique [1] et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie (Lumen Gentium n° 16).

« Les chrétiens doivent être familiers avec leurs traditions nationales et religieuses, découvrir avec joie et respect les semences du Verbe qui s’y trouvent cachées » (Ad Gentes n° 11).

Quand l’Esprit-Saint, qui appelle tous les hommes au Christ par les semences du Verbe et la prédication de l’Évangile, et produit dans les cœurs la soumission de la foi, engendre à une nouvelle vie dans le sein de la fontaine baptismale ceux qui croient au Christ, il les rassemble en un seul peuple de Dieu (…) (Ad Gentes n° 15).

semis

Plutôt que d’arriver en dénigrant ce qui existait avant, l’Église depuis Corneille apprend humblement à écouter ce que l’Esprit lui dit à travers le génie propre à chacun et à tous.

Et si nous apprenions apporter le même regard sur nos proches, sur les étrangers rencontrés au hasard de nos rencontres ?

Vis-à-vis de nos proches, il s’agit de se laisser étonner par ce que nous ne connaissons pas encore chez eux, de ne pas les enfermer dans des étiquettes mais de croire qu’ils sont capables de ruptures, de moments d’inspiration « cornéliens ». Un enfant, un conjoint, un collègue peuvent avoir de ces fulgurances ou un souffle quasi divin les transporte et leur suggère des paroles et des actes habités par Dieu lui-même.

Vis-à-vis des étrangers rencontrés occasionnellement, il s’agit d’abord de renoncer à croire les connaître à l’avance, et puis de se laisser surprendre là aussi par toute forme de sagesse et de justice exprimée à leur manière.

Le missionnaire véritable se laisse évangéliser par ceux à qui il est envoyé…

Les Pères Blancs par exemple au XIX° siècle prenaient une année pour apprendre la langue, les coutumes, les proverbes des ethnies africaines avant d’y être envoyés. Ils étaient les premiers à transcrire par écrit leur langue locale, en publiant grammaire, dictionnaire et proverbes, valorisant ainsi les trésors culturels de ces peuples. Ce faisant, ils furent émerveillés de découvrir que bien souvent un Ancien Testament oral les attendait dans ces cultures, les préparant à accueillir l’Évangile avec enthousiasme : la croyance en un Dieu unique, créateur, la présence des ancêtres, la solidarité familiale, l’amour de la paix, le sens de la fête…
Aussi ont-ils patiemment construit à partir de ces prémisses, et en collaboration avec les habitants (les catéchistes laïcs surtout) des Églises authentiquement africaines, dont l’inculturation devrait nous faire pâlir d’envie.

Pierre a reconnu chez le païen Corneille que l’Esprit l’avait précédé. Regardons les Corneille qui nous entourent avec ce regard de foi, et nous aurons comme Pierre tant de choses à raconter des merveilles que Dieu accomplit chez les païens !


____________________________________
[1]
. L’expression trouve son origine chez Eusèbe de Césarée (III°-IV° siècles).

 

 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Même sur les nations païennes, le don de l’Esprit Saint avait été répandu » (Ac 10, 25-26.34-35.44-48)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Comme Pierre arrivait à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine,celui-ci vint à sa rencontre,et, tombant à ses pieds, il se prosterna.Mais Pierre le releva en disant :« Lève-toi.Je ne suis qu’un homme, moi aussi. »Alors Pierre prit la parole et dit :« En vérité, je le comprends,Dieu est impartial :il accueille, quelle que soit la nation,celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. »Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole.Les croyants qui accompagnaient Pierre,et qui étaient juifs d’origine,furent stupéfaits de voir que, même sur les nations,le don de l’Esprit Saint avait été répandu.En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu.Pierre dit alors :« Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? »Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ.Alors ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux.

PSAUME

(Ps 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4)

R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations.
ou : Alléluia !
 (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

DEUXIÈME LECTURE
« Dieu est amour » (1 Jn 4, 7-10)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,aimons-nous les uns les autres,puisque l’amour vient de Dieu.Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu.Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu,car Dieu est amour.
Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous :Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui.Voici en quoi consiste l’amour :ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu,mais c’est lui qui nous a aimés,et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.

ÉVANGILE
« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 9-17)
Alléluia. Alléluia. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole,dit le Seigneur ;mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,Jésus disait à ses disciples :« Comme le Père m’a aimé,moi aussi je vous ai aimés.Demeurez dans mon amour.Si vous gardez mes commandements,vous demeurerez dans mon amour,comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père,et je demeure dans son amour.Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous,et que votre joie soit parfaite.Mon commandement, le voici :Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande.Je ne vous appelle plus serviteurs,car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ;je vous appelle mes amis,car tout ce que j’ai entendu de mon Père,je vous l’ai fait connaître.Ce n’est pas vous qui m’avez choisi,c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez,que vous portiez du fruit,et que votre fruit demeure.Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom,il vous le donnera.Voici ce que je vous commande :c’est de vous aimer les uns les autres. »
Patrick BRAUD

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12 octobre 2016

À temps à contretemps

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À temps et à contretemps

Homélie du 29° Dimanche du temps ordinaire / Année C
16/10/2016

Cf. également :

Ne baissez pas les bras !

La grenouille qui ne se décourageait jamais

L’effet saumon

Quand faut-il parler, et quand faut-il se taire ?
Vaut-il mieux compatir ou réagir ?

Devant un ami qui vient de perdre un proche, devant un collègue en souffrance ou un jeune à la dérive, vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions.

Discerner quel est le moment favorable pour une parole forte est un art difficile. Qui n’a jamais regretté d’avoir risqué un encouragement ou un reproche alors qu’il aurait mieux valu attendre ? À l’inverse, ne rien dire ou ne rien faire risque de passer pour de la complicité ou de la lâcheté…

Paul tranche la question avec autorité : « annonce la Parole à temps et à contretemps ». Essayons de voir ce que ce que cela peut vouloir dire pour nous aujourd’hui.

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À temps

Il est des événements, des cultures, des peuples où la Parole de Dieu est attendue, plus ou moins consciemment. La Bible apparaît alors comme un achèvement, une plénitude, un accomplissement. Dans beaucoup d’ethnies africaines par exemple, il y a depuis des siècles une sagesse qui trouve dans les Psaumes, les Proverbes, Qohélet et tous les écrits sapientiaux de l’Ancien Testament une résonance quasi naturelle. Leur conception du monde contient déjà l’intuition d’un dieu créateur. Pour ces cultures, la mort permet de rejoindre les ancêtres. Annoncer la résurrection du Christ et la nôtre dans cet univers est ‘simple’, au sens où la Parole de Dieu s’inscrit dans la continuité et le parachèvement des valeurs traditionnelles.

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Pierres d’attente

Dans notre culture occidentale, et particulièrement française, il y a également des « pierres d’attente » sur lesquels greffer l’annonce de l’espérance chrétienne. Les questions sociales notamment : défendre la dignité des exclus, lier le combat pour la justice et la fraternité à l’Évangile, révéler la beauté de la Création et l’écologie chrétienne qui en découle…

La Doctrine sociale de l’Église est toujours une idée neuve en Europe, qui vient rencontrer et magnifier les attentes de tant d’acteurs économiques et sociaux !

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Semences du Verbe

Annoncer la Parole à temps demande donc de s’appuyer sur ce que les Pères de l’Église appelaient les « semences du Verbe » :

St Justin par exemple dès le II° siècle voyait dans les philosophes une pré-annonce évangélique : « les Stoïciens ont établi en morale des principes justes : les poètes en ont exposé aussi, car la semence du Verbe est innée dans tout le genre humain ». « De fait, tous les écrivains pouvaient, grâce à la semence du Logos implantée en eux, voir la réalité, d’une manière indistincte (…) ». « Tout ce que philosophes et poètes ont dit de l’immortalité de l’âme, des châtiments après la mort, de la contemplation des choses célestes et des doctrines semblables, c’est pour en avoir repris les principes chez les prophètes qu’ils ont pu le concevoir et l’exposer. De là vient que chez tous, apparemment, il y a des semences de vérité… » (Apologie II).

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Le Verbe de Dieu, avant même d’avoir pris chair en Jésus, était mystérieusement à l’œuvre dans les siècles antérieurs, et jusque dans le monde des nations.

Paul VI, puis Jean-Paul II, insisteront sur les conséquences missionnaires de cette action de Dieu dans le monde :

« Les religions non chrétiennes possèdent un patrimoine impressionnant de textes profondément religieux. Elles ont appris à des générations de personnes à prier. Elles sont toutes parsemées d’innombrables « semences du Verbe«  (S. Justin I Apologia 46,1-4 ; II Apologia  7,1-4 ; 10,1-3 ; 13,3-4 ; Clément d’Alexandrie Stromata I, 19,91-94) AGD 11; LG 17 et peuvent constituer une authentique « préparation évangélique«  LG 16  pour reprendre un mot heureux du Concile Vatican II emprunté à Eusèbe de Césarée (Préparation Evangelica, I,1) (Evangelii Nuntiandi n° 53, 1975). »

« À juste titre, les Pères de l’Église voyaient dans les diverses religions comme autant de reflets d’une unique vérité, comme des « semences du Verbe » témoignant que l’aspiration la plus profonde de l’esprit humain est tournée, malgré la diversité des chemins, vers une direction unique, en s’exprimant dans la recherche de Dieu et, en même temps, par l’intermédiaire de la tension vers Dieu, dans la recherche de la dimension totale de l’humanité, c’est-à-dire du sens plénier de la vie humaine (Redemptor Hominis n° 11, 1979). »

 

Préparation évangélique

Afficher l'image d'origineLe concile Vatican II a repris cette idée patristique pour inviter les missionnaires à s’appuyer sur ce qu’il y a de beau, de vrai, de bon et de grand chez les peuples vers qui ils sont envoyés. C’est ce qu’on appelle la préparation évangélique. Les mentalités, les coutumes déjà présentes dans une culture ou un peuple avant que l’Évangile soit annoncé, et qui pourtant sont en parfaite résonance avec lui : « le goût des sciences et la fidélité sans défaillance à la vérité dans les recherches scientifiques, la nécessité de travailler en équipe dans des groupes spécialisés, le sens de la solidarité internationale, la conscience de plus en plus nette de la responsabilité que les savants ont d’aider et même de protéger les hommes, la volonté de procurer à tous les conditions de vie plus favorables, à ceux-là surtout qui sont privés de responsabilité ou qui souffrent d’indigence culturelle. Dans toutes ces valeurs, l’accueil du message évangélique pourra trouver une sorte de préparation, et la charité divine de  celui qui est venu pour sauver le monde la fera aboutir » (GS 57).

« En effet, tout ce qui, chez eux, peut se trouver de bon et de vrai, l’Église le considère comme une préparation évangélique et comme un don de Celui qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie » (LG 16).

Dieu « prépare ainsi au cours des siècles la voie à l’évangile » (DV 3).

 

Pour annoncer la parole à temps, commençons donc par nous passionner pour tout ce que la société autour de nous produit d’aspirations légitimes, de justes combats, d’intuitions sur l’homme et sa vocation.
Valorisons ce que le monde professionnel sait produire en termes d’humanisme et d’intelligence.
Relayons les aspirations à plus de gratuité, de beauté et de simplicité qui se font jour actuellement etc. etc.

 

À contretemps

Afficher l'image d'originePaul sait d’expérience que l’annonce de l’Évangile peut susciter autant de résistance que d’enthousiasme, autant de rejet que d’adhésion. Il a pris des risques pour annoncer l’Évangile en osant contredire les dogmes de l’époque, en sachant que cela lui coûterait cher (fouet, prison, décapitation) parce que ses auditeurs n’accepteront pas facilement la révélation évangélique. Il y a en effet en Christ une force de contestation de toute  culture, de toute société : contestation de nos aveuglements, de nos habitudes, de nos modes de vie.

Annoncer la parole à contretemps est alors à un témoignage courageux, qui peut aller jusqu’au martyre.

À contretemps, les chrétiens romains des premiers siècles refuseront d’adorer l’empereur, de pratiquer l’avortement.

À contretemps, les martyrs africains ont dénoncé la corruption de certains royaumes.

À contretemps, alors que l’intelligentsia se laissait fasciner, les papes des XVIII° et XIX°  siècles ont dénoncé le nazisme et le communisme comme des idéologies inhumaines, « intrinsèquement perverses ».

C’est « l’effet saumon » de l’annonce de l’Évangile : oser aller à contre-courant, ne pas se modeler sur le monde présent, contester ce qu’une culture génère d’inhumanité, résister au conformisme ambiant.

 

Demandons à l’Esprit Saint dans la prière la grâce de ce discernement : quand devrai-je parler ? à temps ? à contretemps ?

 

 

 

1ère lecture : « Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort » (Ex 17, 8-13)
Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, le peuple d’Israël marchait à travers le désert. Les Amalécites survinrent et attaquèrent Israël à Rephidim. Moïse dit alors à Josué : « Choisis des hommes, et va combattre les Amalécites. Moi, demain, je me tiendrai sur le sommet de la colline, le bâton de Dieu à la main. » Josué fit ce que Moïse avait dit : il mena le combat contre les Amalécites. Moïse, Aaron et Hour étaient montés au sommet de la colline. Quand Moïse tenait la main levée, Israël était le plus fort. Quand il la laissait retomber, Amalec était le plus fort. Mais les mains de Moïse s’alourdissaient ; on prit une pierre, on la plaça derrière lui, et il s’assit dessus. Aaron et Hour lui soutenaient les mains, l’un d’un côté, l’autre de l’autre. Ainsi les mains de Moïse restèrent fermes jusqu’au coucher du soleil. Et Josué triompha des Amalécites au fil de l’épée.

Psaume : Ps 120 (121), 1-2, 3-4, 5-6, 7-8

R/ Le secours me viendra du Seigneur qui a fait le ciel et la terre. (Ps 120, 2)

Je lève les yeux vers les montagnes :
d’où le secours me viendra-t-il ?
Le secours me viendra du Seigneur
qui a fait le ciel et la terre.

Qu’il empêche ton pied de glisser,
qu’il ne dorme pas, ton gardien.
Non, il ne dort pas, ne sommeille pas,
le gardien d’Israël.

Le Seigneur, ton gardien, le Seigneur, ton ombrage,
se tient près de toi.
Le soleil, pendant le jour, ne pourra te frapper,
ni la lune, durant la nuit.

Le Seigneur te gardera de tout mal,
il gardera ta vie.
Le Seigneur te gardera, au départ et au retour,
maintenant, à jamais.

2ème lecture : « Grâce à l’Écriture, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien » (2 Tm 3, 14 – 4, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, demeure ferme dans ce que tu as appris : de cela tu as acquis la certitude, sachant bien de qui tu l’as appris. Depuis ton plus jeune âge, tu connais les Saintes Écritures : elles ont le pouvoir de te communiquer la sagesse, en vue du salut par la foi que nous avons en Jésus Christ. Toute l’Écriture est inspirée par Dieu ; elle est utile pour enseigner, dénoncer le mal, redresser, éduquer dans la justice ; grâce à elle, l’homme de Dieu sera accompli, équipé pour faire toute sorte de bien.

Devant Dieu, et devant le Christ Jésus qui va juger les vivants et les morts, je t’en conjure, au nom de sa Manifestation et de son Règne : proclame la Parole, interviens à temps et à contretemps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, toujours avec patience et souci d’instruire.

Evangile : « Dieu fera justice à ses élus qui crient vers lui » (Lc 18, 1-8)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Elle est vivante, énergique, la parole de Dieu ; elle juge des intentions et des pensées du cœur.
Alléluia. (cf. He 4, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager : « Il y avait dans une ville un juge qui ne craignait pas Dieu et ne respectait pas les hommes. Dans cette même ville, il y avait une veuve qui venait lui demander : ‘Rends-moi justice contre mon adversaire.’ Longtemps il refusa ; puis il se dit : ‘Même si je ne crains pas Dieu et ne respecte personne, comme cette veuve commence à m’ennuyer, je vais lui rendre justice pour qu’elle ne vienne plus sans cesse m’assommer.’ » Le Seigneur ajouta : « Écoutez bien ce que dit ce juge dépourvu de justice ! Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice. Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? »
Patrick BRAUD

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