L'homélie du dimanche (prochain)

8 mai 2022

Ouvrir à tous la porte de la foi

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Ouvrir à tous la porte de la foi

Homélie du 5° Dimanche de Pâques / Année C
15/05/2022

Cf. également :

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde
Dieu nous donne une ville
À partir de la fin !
Amoris laetitia : la joie de l’amour
Persévérer dans l’épreuve
Comme des manchots ?
Aimer ses ennemis : un anti-parcours spirituel
J’ai trois amours
Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?
Conjuguer le verbe aimer à l’impératif
Dieu est un trou noir
Briefer et débriefer à la manière du Christ

Matteo Ricci et la querelle des rites chinois

Matteo RicciAvez-vous déjà entendu parler de cette controverse célèbre ? Elle opposa les jésuites et les Missions Étrangères de Paris (MEP) autour d’une question stratégique pour l’évangélisation de la Chine au XVII° siècle : faut-il occidentaliser l’Église chinoise naissante ou siniser la foi chrétienne ?
En effet, trente années après la mort de François Xavier aux portes de la Chine (1552), des jésuites italiens, Michel Ruggieri et Matteo Ricci, pénètrent dans ce territoire. Ils se font admettre dans la société des lettrés chinois. Leur souci est de respecter les coutumes et la culture chinoise. Ils vont jusqu’à adapter la célébration de la messe, et en 1615 le pape Paul V autorise la liturgie en chinois. Il fut accordé en particulier l’autorisation de célébrer la tête couverte, car tel était le signe du respect en Extrême-Orient. Ce point peut paraître mineur, mais c’était l’indice d’une adaptation possible des rites sacrés, dès lors que leur signification profonde n’en était pas altérée. La Congrégation de la Propagande, créée en 1622 par Grégoire XV, va dans le même sens.
Mais l’arrivée des ordres mendiants en Chine provoque la ‘querelle des rites chinois’. Ils dénoncent « avec horreur les pratiques des jésuites qui permettaient aux chrétiens chinois de rendre à Confucius et aux morts les honneurs traditionnels habituels aux idolâtres de ce pays ». La querelle opposera surtout les jésuites, défenseurs des rites chinois, et les missionnaires des MEP, adversaires.
Dans cette controverse il y avait trois points importants :
- la question de savoir si la commémoration des ancêtres était en pratique un rite civil ou si elle avait une signification religieuse,
- la question de savoir si les cérémonies exécutées en l’honneur de Confucius par des savants chinois étaient séculières ou religieuses,
- la question de savoir si on pouvait trouver un accord concernant le mot chinois le plus approprié pour exprimer le concept « Dieu ».

Après bien des interdictions et autorisations successives, Benoît XIV finit par condamner définitivement dans un décret l’usage des rites chinois en 1742. L’incompréhension dont la papauté fait preuve à l’occasion de la querelle des rites détourne alors nombre de Chinois : en 1717, l’empereur chinois Kangxi, qui avait publié un édit de tolérance en faveur de la foi catholique en Chine, est tellement mécontent de la décision de Rome qu’il retire l’édit en question. Dès 1723, les missionnaires sont expulsés et les chrétiens persécutés, fragilisant une Église qui ne comptait guère plus de 200 000 chrétiens en Chine dès la fin du XVII° siècle. L’Église venait de perdre une occasion de se développer à l’intérieur de la culture chinoise.
Pie XII allait mettre fin en 1939 à l’interdiction de pratiquer les « rites chinois ». Et en 1946 l’Église catholique en Chine sera autorisée et encouragée par le pontife romain à établir une hiérarchie autochtone de plein droit, acceptée par le gouvernement chinois.
Trop tard, pourrait-on dire ! La querelle des rites chinois était une occasion historique dont l’Église n’a pas su tirer parti pour se préparer aux mutations ultérieures.

Dans un premier temps cependant, les autorités romaines avaient pris le parti des jésuites, avec notamment en 1659 une lettre admirable de la Congrégation De Propaganda Fide aux vicaires apostoliques du Tonkin et de Chine. Cette lettre est devenue ensuite une charte de l’évangélisation en pays inconnu, inspirant des missionnaires envoyés en Amérique latine, en Asie, en Afrique, dans les îles et ailleurs les siècles suivants. La lettre énonce les principes de ce qu’on appellerait aujourd’hui l’inculturation de l’Évangile dans des pays non occidentaux :

Ouvrir à tous la porte de la foi dans Communauté spirituelle 220px-Ricci_Guangqi_2« Ne mettez aucun zèle, n’avancez aucun argument pour convaincre ces peuples de changer leurs rites, leurs coutumes et leurs mœurs à moins quelles ne soient évidemment contraires à la religion et à la morale. Quoi de plus absurde que de transporter chez les Chinois la France, lEspagne, l’Italie ou quelque autre pays d’Europe ? Nintroduisez pas chez eux nos pays, mais la foi, cette foi qui ne repousse ni ne blesse les rites ni les usages daucun peuple, pourvu quils ne soient pas détestables, mais bien au contraire veut quon les protège.

Il est pour ainsi dire inscrit dans la nature de tous les hommes d’estimer, d’aimer, de mettre au-dessus de tout au monde les traditions de leur pays et ce pays lui-même. Aussi n’y a-t-il pas de plus puissante cause d’éloignement et de haine que d’apporter des changements aux coutumes propres à une nation, principalement à celles qui y ont été pratiquées aussi loin que remontent les souvenirs des anciens. Que sera-ce si, les ayant abrogées, vous cherchez à mettre à la place les mœurs de votre pays, introduites du dehors ? Ne mettez donc jamais en parallèle les usages de ces peuples avec ceux de lEurope ; bien au contraire, empressez-vous de vous y habituer.

Admirez et louez ce qui mérite la louange. Pour ce qui ne le mérite pas, s’il convient de ne pas le vanter à son de trompe comme font les flatteurs, vous aurez la prudence de ne pas porter de jugement, ou en tout cas de ne rien condamner étourdiment et avec excès.

Quant aux usages qui sont franchement mauvais, il faut les ébranler plutôt par des hochements de tête et des silences que par des paroles, non sans saisir les occasions grâce auxquelles, les âmes une fois disposées à embrasser la vérité, ces usages se laisseront déraciner insensiblement ».

Il s’agissait donc de ne pas confondre la substance de la foi et son expression culturelle, le fond et la forme, le fruit et sa gangue. Que ce soit en matière de foi, de morale ou de liturgie, il est injuste d’imposer à un peuple des coutumes et des normes occidentales s’il a déjà dans son génie propre de quoi exprimer le cœur de l’Évangile.
La lettre indiquait également qu’il serait sage pour les missionnaires de se tenir à l’écart de toute affaire politique au sein des royaumes chinois, et de renoncer absolument à toute forme d’exercice du pouvoir, en lien avec le pouvoir colonisateur français notamment, pour éviter que l’annonce de l’Évangile soit polluée par des intérêts politiques :

« Aux peuples prêchez l’obéissance à leurs princes (…) ne critiquez pas leurs actions, même celles des princes qui vous persécuteraient. N’accusez pas leur dureté, ne reprenez rien dans leur conduite, mais dans la patience et le silence attendez de Dieu le temps de la consolation. Refusez-vous absolument à semer dans leurs territoires les germes d’aucun parti, espagnol, français, turc, persan ou autre. Bien au contraire, extirpez à la racine autant qu’il est en votre pouvoir toutes les rivalités de ce genre. Et si l’un de vos missionnaires, dûment averti, continue à alimenter de telles dissensions, renvoyez-le immédiatement en Europe, de peur que son imprudence ne mette les affaires de la religion en grand péril ».

Maximum illud. - Aux sources d'une nouvelle ère missionnaireLes objectifs sont clairs : créer un clergé autochtone, s’adapter aux mœurs et aux coutumes du pays tout en évitant de s’ingérer dans les affaires politiques, et enfin, ne prendre aucune décision importante sans en référer à Rome. Ajoutons que la condition de vie des missionnaires devrait s’inspirer de la pauvreté évangélique pour ne pas peser sur les communautés locales, et pour ne pas dépendre de l’argent étranger :

« Vous ne voudrez pas vous rendre odieux pour des questions matérielles. Souvenez-vous de la pauvreté des Apôtres qui gagnaient de leurs mains ce qui leur était nécessaire ».
‘Prêtres au travail’ aurait dû être la condition ordinaire des missionnaires, voire du clergé autochtone…

Benoît XV en rétablissant la légitimité d’une liturgie chinoise rappellera ce critère :

« Si le missionnaire se laisse en partie guider par des vues humaines et se préoccupe, fût-ce partiellement, de servir les intérêts de sa patrie, au lieu de se conduire en tout point en véritable apôtre, toutes ses démarches seront aussitôt discréditées aux yeux de la population ; celles-ci en viendront facilement à s’imaginer que le christianisme n’est que la religion de telle nation étrangère, que se faire chrétien est accepter la tutelle et la domination d’une puissance étrangère et renier sa propre patrie ».
Benoît XV, Maximum illud, 1919

 

Ouvrir aux nations la porte de la foi

Voyage_Paul_1 Camus dans Communauté spirituellePaul et Barnabé de retour à Antioche racontent leur voyage autour de la Méditerranée : Lystre, Iconium, Antioche de Pisidie, la Pamphylie, Pergé, Attalia, et finalement retour à Antioche de Syrie d’où ils étaient partis, envoyés par l’Église qui leur avait imposé les mains pour cela. Notre première lecture (Ac 14,21-27) montre ces deux envoyés faire leur débrief : ils racontent comment l’Esprit « a ouvert aux nations païennes la porte de la foi ». Superbe expression ! Pour en mesurer toute la portée, il faut se souvenir qu’aujourd’hui encore devenir juif implique d’accepter toutes les obligations et coutumes juives, de la circoncision au shabbat en passant par le châle de prière, les tsitsits etc. Les premiers chrétiens n’étaient jamais que des juifs messianiques, ils auraient pu vouloir obliger les païens à adopter toutes ces règles pour se convertir au Christ. D’ailleurs, c’est ce qui a failli arriver, sous la pression des juifs un peu traditionalistes de Jérusalem. Il aura fallu une assemblée plénière (« le premier concile ! ») et une vigoureuse intervention de Pierre racontant le baptême du centurion Corneille pour adopter une philosophie missionnaire dont la lettre de 1659 est très proche : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Courage ! » (Ac 15,28-29).

Du coup, on comprend qu’ouvrir aux nations la porte de la foi implique de ne rien leur imposer qui serait étranger au cœur du message. Et surtout ne pas confondre l’expression sémitique de la foi naissante avec son substrat essentiel. Sinon, comme il faut être de mère juive pour être juif, le christianisme des premiers siècles serait resté une petite secte confidentielle…
Il y avait tant d’interdits et d’obligations qui auraient rebuté les païens et les auraient empêché d’entrer dans l’Église : la circoncision pour les hommes, les bains rituels pour les femmes, la cacherout, les strictes obligations du shabbat, l’hébreu, les vêtements, l’interdiction de manger avec des impurs etc. Le passage aux païens a décanté la foi juive de son habillage, certes légitime en Israël, mais superflu et même contre-productif ailleurs.

Malheureusement, la querelle des rites chinois montre que, à partir de l’Édit de Milan environ (313), l’Église de Rome imposera souvent ses coutumes romaines, sa liturgie, sa langue, ses fêtes aux peuples colonisés. Byzance, la seconde Rome, fera de même à l’exception notable de Cyrille et Méthode au IX° siècle : ils créeront l’alphabet slave pour traduire le génie des peuples de l’Est, leur inventer une liturgie propre, et leur évangélisation intégrera le meilleur des cultures slaves.

Laisser Dieu ouvrir aux nations la porte de la foi demande donc de ne pas faire de copier-coller dans l’évangélisation, et de discerner les pierres d’attente qui dans chaque culture permette d’enraciner l’Évangile, au lieu de badigeonner une société d’un vernis de foi occidentale qui se lézarderait et disparaîtrait aussi vite que les Églises chrétiennes du nord de l’Afrique sous les coups de boutoir de l’islam dès le VII° siècle…

 

L’inculturation

Couverture Inculturation et problématique de l'unité de l'EgliseMais que signifie inculturer l’Évangile ? À vrai dire, les juifs avaient déjà commencé à tenir compte des cultures non sémitiques, notamment pour les juifs exilés qui devaient y vivre leur foi. On pense évidemment à la LXX (Septante), la traduction grecque de la Torah hébreu. C’est tellement difficile à avaler pour les traditionalistes de l’époque – on ne touche pas à la langue sacrée ! – qu’il a fallu inventer la légende des 70 vieillards pour légitimer la traduction grecque de la Torah. On aurait confié cette difficile tâche de traduction à 70 savants chevronnés qui travaillaient chacun de leur côté, sans communiquer, mais arrivèrent au final à la même version grecque, mot pour mot ! Belle légende que ce miracle qui fonde l’inculturation de la Bible, et toute l’exégèse. Oui, il est légitime de traduire la Bible dans une autre langue que l’original ! Les musulmans ne franchiront jamais le pas, et continuent d’apprendre le Coran par cœur en arabe. Juifs et chrétiens ont découvert que chaque langue peut porter la révélation du Dieu unique.

Il n’y a pas que la LXX qui témoigne de l’effort incessant d’inculturation du peuple choisi. La Commission Théologique Internationale rappelle qu’Israël a emprunté aux peuples voisins la plupart de ses rites et de ses fêtes :

« Les plus anciennes institutions d’Israël (par exemple la circoncision, le sacrifice du printemps, le repos du sabbat) ne lui sont pas spécifiques. Il les a empruntées aux peuples voisins. Une grande partie de la culture d’Israël a une origine semblable. Cependant, le peuple de la Bible a fait subir à ces emprunts de profonds changements quand il les a incorporés à sa foi et à sa pratique religieuse. Il les a passés au crible de la foi au Dieu personnel d’Abraham, libre créateur et sage ordonnateur de l’univers, en qui le péché et la mort ne sauraient trouver leur source. C’est la rencontre de ce Dieu, vécue dans l’Alliance, qui permit de comprendre l’homme et la femme comme des êtres personnels et de rejeter en conséquence les comportements inhumains inhérents aux autres cultures ».
Commission Théologique Internationale, Foi et inculturation, 1988, n° 2,3

Le génie d’Israël a été d’historiciser ces fêtes et coutumes, c’est-à-dire de les rattacher à des moments-clés de l’histoire du peuple (l’Exode, l’Exil, la Création etc.), superposant ainsi une signification monothéiste aux significations naturelles, rurales, intégrées dans la fête nouvelle. Saint Martin évangélisait la Gaule en pratiquant ce type d’inculturation, reprenant des lieux sacrés païens pour y construire des églises, baptisant des sources et des bois pour en faire des lieux de pèlerinage, s’inspirant des personnages des contes et légendes pour en faire des héros chrétiens etc.

La Commission Théologique Internationale précise que l’inculturation est un processus, c’est-à-dire un échange permanent entre Églises :

« Le processus d’inculturation peut être défini comme l’effort de l’Église pour faire pénétrer le message du Christ dans un milieu socioculturel donné, appelant celui-ci à croître selon toutes ses valeurs propres, dès lors que celles-ci sont conciliables avec l’Évangile. Le terme inculturation inclut l’idée de croissance, d’enrichissement mutuel des personnes et des groupes, du fait de la rencontre de l’Évangile avec un milieu social ».
Commission Théologique Internationale, Foi et inculturation, 1988, n° 1,11

Apôtres des Slaves (Slavorum Apostoli - Lettre encyclique) (Documents d'Église) par [Jean-Paul II]Le Synode des évêques de 1985, qui célébrait le vingtième anniversaire de la clôture du concile Vatican II, a parlé de l’inculturation comme de « l’intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, et l’enracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines ».

La même année, Jean-Paul II fêtant Cyrille et Méthode la définissait simplement :

« L’inculturation est l’incarnation de l’Évangile dans les cultures autochtones et, en même temps, l’introduction de ces cultures dans la vie de l’Église ».
Jean-Paul II, Lettre encyclique Slavorum Apostoli à l’occasion du 11° centenaire de l’œuvre d’évangélisation des saints Cyrille et Méthode, 1985, n°21.

On le voit : il ne s’agit pas de canoniser trop vite tous les éléments d’une culture, car certains seront contraires à l’Évangile. Par exemple : l’excision des fillettes, la culture de la mafia, les discriminations hommes-femmes, la peur animiste devant l’invisible, l’individualisme moderne etc. De même, il serait injuste d’occidentaliser une Église naissante sous prétexte de lui annoncer la foi. Il s’agit en somme de « conjuguer le oui et le non de Dieu à notre monde » : en chaque culture, des éléments magnifiques témoignent du travail de l’Esprit bien avant l’arrivée de missionnaires chrétiens. Et d’autres éléments sont au contraire foncièrement opposés à l’Évangile. Entre ces deux extrêmes, beaucoup de valeurs locales demandent à être travaillées, transformées, baptisées pour porter le plus fidèlement possible le cœur de la foi.

C’est sur le plan liturgique que l’inculturation est la plus spectaculaire. Par exemple, le passage du latin aux langues locales dans la liturgie grâce à Vatican II a fait grincer bien des dents, mais sans cette inculturation de la liturgie, où en serions-nous ? Le passage au latin à Rome au IV° siècle, alors que seul le grec était la langue noble, avait déjà choqué les tenants d’une Tradition figée, immobile. En Afrique, on est allé plus loin en africanisant les rites des funérailles chrétiennes, en parlant de l’Église comme d’une famille africaine, ou même au Zaïre en célébrant la messe selon un rite propre, le rite zaïrois approuvé par Rome depuis 1988. Tous ceux qui ont vécu des messes en Afrique noire savent que les danses, les costumes traditionnels, les youyous des femmes, l’omniprésence des ancêtres etc…, tout cela est repris et assumé dans la liturgie eucharistique où l’assemblée se reconnaît, adhère, participe avec joie, corporellement et affectivement, sans rien perdre du contenu essentiel de la foi.

Inculturer l’Évangile, c’est encore pour chaque Église locale traduire la Bible dans sa langue, ses langues, instaurer des catéchistes laïcs ici ou des diacres permanents là, publier un catéchisme national actualisant le catéchisme de l’Église catholique, discerner ce qui est bon ou dangereux dans les lois votées dans le pays, susciter et accompagner les spiritualités intégrant le génie de chaque peuple etc.

L’inculturation est une œuvre ecclésiale, où chacun de nous a sa part. Car il est de notre devoir de baptisés d’écouter ce que l’Esprit dit à notre Église pour faire évoluer notre culture et mieux y adapter l’expression de notre foi.

 

Ouvrir à mon prochain la porte de la foi

Je%CC%81sus%20frappe%20porte_0 ChineTerminons sur une note plus personnelle, qui impliquera chacun. Car l’inculturation n’est pas qu’une œuvre collective. C’est également une attitude personnelle, qui concerne notre relation à nos collègues, amis, familles qui sont loin du Christ. À nous de trouver les mots qui sauront toucher le cœur de l’autre. Au lieu de réciter un discours appris, à nous de partir de la culture de l’autre pour y greffer notre témoignage, notre annonce. Ouvrir à mon prochain la porte de la foi relève d’une pédagogie pleine de respect et d’attention, pratiquant par questionnements plus que par affirmations, par témoignage plus que par contrainte, afin de mettre l’autre en contact avec le Christ, tel Jean-Baptiste au bord du Jourdain.

Cela nous demande encore de lever les obstacles qui empêchent l’autre de croire, comme un verrou tourné sur la porte de sa foi. C’est par exemple un malheur innocent qui l’éloigne de la possibilité de croire (un deuil, un accident, un handicap…), ou bien une vision déformée de l’Église, ou bien une ignorance de la profondeur humaine de la Bible, ou bien des arguments intellectuels qui demandent à débattre (l’Inquisition, les croisades, l’origine de l’univers, la science etc.). Ouvrir à l’autre la porte de la foi, c’est lever un à un ces verrous, ces obstacles qui l’empêchent, et patiemment lui permettre d’entendre le Christ lui murmurer : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi » (Ap 3,20).

Ouvrir la porte de la foi, c’est également fermer celle du malheur. Au sens où Albert Camus décrivait cette porte dans l’Étranger (1942), lorsque Meursault tire sur un arabe qui le menace de son couteau sur la plage :

C’est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu. Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma main sur le révolver. La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant, que tout a commencé. J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux. Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût.
Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur »…

Nos meurtres, nos enfermements, nos dénis font claquer sur nous la porte du malheur. Seule une pédagogie du pardon, un cheminement de vérité et de réconciliation pourront déverrouiller cette porte pour ouvrir celle de la foi, de la confiance dans la puissance de l’amour sur le mal. Que serait la mission chrétienne sans cette dimension proprement thérapeutique ?

« L’Esprit à ouvert aux nations païennes la porte de la foi ».
Inculturons donc l’Évangile, en général dans la vie de chaque Église, et en particulier dans nos relations avec nos proches, avec nous-même !

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » (Ac 14, 21b-27)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Paul et Barnabé, retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie ; ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui. Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie. Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi.

Psaume
(Ps 144 (145), 8-9, 10-11, 12-13ab)
R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! ou : Alléluia. (Ps 144, 1)

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Ils annonceront aux hommes tes exploits,
la gloire et l’éclat de ton règne :
ton règne, un règne éternel,
ton empire, pour les âges des âges.

Deuxième lecture
« Il essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21, 1-5a)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

Évangile
« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 31-33a.34-35)
Alléluia. Alléluia. Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt.
Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »
Patrick BRAUD

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18 août 2019

Maigrir pour la porte étroite

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Maigrir pour la porte étroite

Homélie pour le 21° Dimanche du temps ordinaire / Année C
25/08/2019

Cf. également :

Qui aime bien châtie bien ?
Dieu aime les païens
Jésus et les « happy few » : une autre mondialisation est possible
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Prenez la porte
Le berger et la porte

Bethléem ou la loge

Maigrir pour la porte étroite dans Communauté spirituelle Porte-dentrC3A9e-de-la-Basilique-de-la-NativitC3A9-C3A0-BethlC3A9emSi vous avez un jour le bonheur d’aller à Bethléem, vous verrez l’étrange entrée de la basilique de la Nativité : une porte si basse qu’il faut se courber – voire se casser en deux pour les plus grands – si on veut la passer. C’est bien sûr un écho de notre parabole d’aujourd’hui (Lc 13, 22-30), qui appelle à l’humilité pour entrer dans le royaume des cieux :

Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? »
Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas.

Ainsi, qu’on soit prince ou qu’on soit gueux, la condition est la même pour entrer : se faire tout petit. L’effort sera plus important pour les « grands de ce monde », alors que les « petites gens » se faufileront aisément. Ce symbole est d’ailleurs repris dans le rite d’entrée dans la plupart des loges maçonniques. Pour les francs-maçons, la porte basse signifie qu’il faut demander à entrer dans la loge, demander d’acquérir le savoir et la sagesse, accepter d’être guidé pour progresser. Le glossaire général du symbolisme maçonnique nous indique que la « Porte du temple », placée entre les deux Colonnes, est un symbole particulièrement parlant et que, pour subir son Initiation, le Profane pénètre dans la Loge par la « Porte basse ». Le rituel maçonnique veut en effet que le candidat à l’Initiation soit obligé de se courber lors de sa première entrée dans la Loge. Bien que cette attitude puisse inciter à faire preuve d’humilité, il ne s’agit pas d’humilier le candidat, mais de lui signifier qu’il meurt à la vie profane pour renaître à une vie nouvelle.

 

Porte basse ou porte étroite ?

gros étroit dans Communauté spirituelleÀ vrai dire, le texte de Luc ne parle pas de porte basse, mais étroite.
Il n’y a que trois usages du mot « stenos »  (qui a donné sténodactylo etc.) = « étroit » dans toute la Bible, et c’est pour notre parabole (Mt 7,13.14 ; Lc 13,24). Cela ne contredit nullement l’humilité évoquée plus haut. Mais si franchir une porte basse demande se faire petit, passer une porte étroite demande de se faire… maigre ! Ce n’est pas tout à fait la même chose !

En fait, le gras dans la Bible a deux fonctions :

- sur les animaux offerts en sacrifice, il symbolise la part qui revient à Dieu. Comme la graisse fond sur l’autel brûlant pour couler dans le feu et finalement s’élever vers le ciel en fumée, ainsi une part de ce que nous possédons et consommons doit revenir à Dieu pour que nos biens ne nous empoisonnent pas, pour que nos possessions ne nous possèdent pas.

Dans le sacrifice de communion, on met à part la graisse des animaux offerts à Dieu. (Si 47,2)
Toute graisse revient au Seigneur. (Lévitique 3,16)

- sur les humains, le gras au contraire est signe d’idolâtrie, d’alourdissement du cœur, de domination des pauvres :

Dans mon peuple se trouvent des coupables aux aguets comme l’oiseleur accroupi, ils dressent des pièges et ils attrapent… des hommes. Tel un panier plein d’oiseaux, leurs maisons sont pleines de rapines : c’est ainsi qu’ils deviennent grands et riches, gras et reluisants. Ils battent le record du mal, ils ne respectent plus le droit, le droit de l’orphelin; et ils réussissent. Ils ne prennent pas en main la cause des pauvres. (Jérémie 5, 26-27)

Voici : pendant toute sa vie, le méchant se tourmente. […] C’est qu’il a levé la main contre Dieu, et qu’il a bravé le Puissant. C’est que la graisse a empâté son visage et le lard a alourdi ses reins. (Job 15, 20-27)

Le chapitre 3 du livre des Juges nous raconte que le roi de Moab asservit Israël pendant 18 ans. « C’était un homme très gros », précise le texte. Ehoud, de la tribu de Benjamin, se fit un poignard long de 50 cm environ pour pouvoir percer la graisse du tyran :

Ehoud dit:  » J’ai une parole de Dieu pour toi « , et le roi se leva de son siège. Ehoud étendit la main gauche, prit le poignard sur sa cuisse droite et l’enfonça dans le ventre du roi. Même la poignée entra après la lame et la graisse se referma sur la lame, car Ehoud n’avait pas retiré le poignard du ventre du roi;

Les psaumes relaient cette méfiance envers les gens dont la grasse opulence est suspecte :

Garde-moi comme la prunelle de l’œil, cache-moi à l’ombre de tes ailes, loin des méchants qui m’ont pillé et des ennemis mortels qui me cernent. Ils sont bouffis de graisse, leur bouche parle avec arrogance. (Ps 17, 8-10)

Des orgueilleux m’ont sali de leurs mensonges, moi, de tout cœur, j’observe tes préceptes. Leur cœur s’est figé comme de la graisse; moi, je me délecte de ta Loi. (Ps 119, 69-70)

De toute façon, il nous faut nous délester de la graisse qui nous empêcherait de passer la porte étroite ! On imagine mal Obélix ou Hercule Poirot réussir à passer une porte étroite comme une meurtrière…

 

Simplicité volontaire

L'ABC de la simplicité volontaire par BoisvertQue faut-il faire pour devenir aussi étroit que ce passage ? Un courant de pensée actuellement très vigoureux semble avoir entendu cet appel sur le plan de nos modes de vie. On l’appelle sobriété heureuse, frugalité, simplicité volontaire [1]. La simplicité volontaire est un mode de vie consistant à réduire volontairement sa consommation, ainsi que les impacts (sociaux, écologiques, personnels et collectifs…) de cette dernière.

Évidemment elle s’inscrit à contre-courant de l’économie libérale pour qui l’accumulation des biens, la course au ‘toujours plus’ est le fondement de la prospérité ! Réfréner son désir de posséder, réduire sa consommation pour ne pas s’épuiser dans une course sans fin ni épuiser la planète en la pillant toujours davantage : la simplicité volontaire cherche à rendre compatibles nos biens et le bien de tous (dont les générations futures), en essentialisant nos besoins, en respectant les équilibres naturels. Les chrétiens pourront s’intéresser à ces recherches nouvelles, car elles sont comme une harmonique de la porte étroite de ce dimanche.

 

Maigrir spirituellement

Porte étroiteUn peu comme la simplicité volontaire infléchit l’économie, l’image de la porte étroite peut infléchir notre vie spirituelle. Il s’agit bien de faire fondre nos excès comme la graisse des holocaustes. Il s’agit bien de nous délester de ce qui nous alourdit dans notre marche vers Dieu. Maigrir spirituellement pour passer la porte étroite nous appelle des conversions multiples :

 

- Nous libérer des ambitions dévorantes.

Le gras qui viendra obstruer le passage, c’est d’abord la convoitise, la boulimie. Que  chacun s’examine : quelles sont parmi mes ambitions celles qui m’épuisent parce qu’elles ne me correspondent pas vraiment ? Quels sont les rêves de réussite qui me font faire des folies ? qui sollicitent de moi une énergie au-delà du raisonnable ? qui atrophient mes autres réussites ? Quelle démesure (la fameuse hybris des Grecs) rend tel ou tel de mes projets insensé ?

Mais où s'arrêtera-t-il ?Nous connaissons tous des personnes qui deviennent amères ou frustrées à force de convoiter une promotion professionnelle, une réussite sociale, un niveau de vie qu’elles  n’atteindront jamais. Et il ne s’agit pas que de convoitises matérielles : même dans l’Église, certains ont des ambitions dévorantes (devenir évêque, cardinal, responsable de ceci ou de cela…) qui les corrompt et les épuise.

L’antidote est la simplicité du cœur prôné par les psaumes : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux. Je ne poursuis ni grand dessein ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse, comme un petit enfant tout contre sa mère » (Ps30). Thérèse de Lisieux a écrit des lignes extraordinaires sur cette « petite voie » de l’enfance spirituelle.

Car l’ambition mal placée est un Moloch qui dévore ses enfants. L’ambition authentiquement spirituelle serait plutôt du côté de l’aspiration à la sainteté, qui par définition s’accueille (Dieu seul est saint) et ne se conquiert pas

Cette libération des idoles vers lesquelles tout le monde se rue (Ps 15) est une affaire individuelle, et en même temps un enjeu de société : la course au PIB, à l’armement, au gaspillage énergétique, à l’individualisme forcené etc. font partie de cette graisse collective qui empêche une société de passer la porte étroite d’une vie commune respectueuse de chacun, de tous, de la planète, de l’avenir.

 

- M’accepter joyeusement tel que je suis.

s'accepter potentiel-infini.beAyant ainsi renoncé à la poursuite de chimères destructrices, je peux me réconcilier avec moi-même. Pas besoin de me rêver autre que ce que je suis (même si cela ne me dispense pas de travailler sur moi-même). Consentir à soi est la base de la sagesse. C’est le fameux « comme toi-même » de l’impératif du Lévitique (et du Christ) : « aime ton prochain comme toi-même ». Si je ne suis pas en paix avec moi-même, mon histoire, ma famille, mon corps, mes capacités de tous ordres, comment pourrais-je accepter l’autre en tant qu’autre ? Je reprocherai chez lui ce que je n’accepte pas chez moi. Un peu comme Cahuzac se voulait chevalier blanc de la fraude fiscale alors qu’il la pratiquait allègrement pour son propre compte… Un peu comme la grenouille de La Fontaine qui veut se faire aussi grosse que le bœuf, et enfle jusqu’à éclater de convoitise !

Une certaine acceptation de soi, sans complaisance, nous permet de dégonfler les baudruches spirituelles autrement trop envahissantes.

 

- Nous délester du superflu, chacun et ensemble.

se-lib%C3%A9rer-du-superflu frugalitéIl n’y a rien de plus matériel que le spirituel ! Car la justesse de la relation à Dieu (dans son Esprit) va de pair avec une autre relation aux biens matériels. L’obésité de richesse a des conséquences spirituelles, et réciproquement. François d’Assise l’avait bien compris, qui demandait à ses frères d’épouser « Dame Pauvreté », afin d’être libres pour la mission (cf. Mt 10 : « n’emportez ni tunique, ni sandale de rechange… »). Dans les béguinages du nord de l’Europe, des milliers de femmes depuis le XII° siècle ont choisi un mode de vie communautaire remarquable, sobre et simple, chacune ayant sa maison, travaillant souvent à l’extérieur, partageant leurs biens ainsi que les prières et la vie fraternelle. Les oasis de paix au cœur des villes qu’elles ont construit se visitent toujours avec émotion et bonheur.

Au minimum, chacun aujourd’hui pourrait se poser les questions suivantes : qu’ai-je en trop ? De quoi ne me suis-je pas servi ou si peu depuis un an ? Pourrai-je le vendre, le louer, le partager, le donner ? Comment réduire mon empreinte carbone (transports, nourriture, énergie…) ? Qu’ai-je vraiment besoin de posséder en propre ?

Se délester du superflu est libératoire (et jubilatoire !) : l’énergie ainsi rendue disponible sera orientée vers d’autres buts bien plus humanisants.

Le superflu peut également relever de l’utilisation du temps : combien d’heures devant un écran chaque jour ? Combien de réunions professionnelles ou associatives inutiles ? Tout en laissant des plages de temps pour le repos et le ressourcement, quel est le superflu qui me distrait d’avoir le temps pour l’essentiel ?

On le voit : faire fondre ses graisses matérielles, temporelles et spirituelles demande un grand art du discernement, pour savoir distinguer l’essentiel du superflu, et trouver le courage de diminuer le second au profit du premier.

 

- Simplifier sa foi, sa prière, sa charité.

141105-choc-simplification-deligneJésus pouvait essentialiser les 613 commandements juifs en les ramenant à un seul. Paul limitait à trois les vertus importantes. Et les Pères de l’Église fondaient leur morale chrétienne sur la seule règle d’or (« Faites pour les autres tout ce que vous voudriez qu’ils fassent pour vous, car c’est là tout l’enseignement de la Loi et des prophètes » Mt 7,12).

Plus on avance vers la porte étroite, plus la foi se simplifie : loin des constructions alambiquées et obscures des théologiens scolastiques, à mille lieues des pensées ésotériques encombrées de symboles et de personnages imaginaires, la foi chrétienne tient en quelques convictions fortes. D’ailleurs la vérité en christianisme n’est pas un système d’énoncés ou de propositions à croire, mais c’est quelqu’un - le Vivant – en qui faire confiance.

Du coup la prière également se simplifie en avançant vers la porte étroite : pas besoin de rites compliqués, de liturgies hyper chargées, de mystérieux mantras à rabâcher, de longues retraites avec des gourous aux mille concepts. La relation de confiance à la source de tout amour engendre une prière toute simple : merci, pardon, s’il te plaît… Les psaumes en sont une belle école.

La charité n’a elle aussi pas besoin de s’enfler d’orgueil ou de calcul : se faufiler à travers l’étroit passage demandent d’abandonner aux autres ce qui nous empêche, et nous le faisons alors avec joie, sans avoir besoin de faire sonner de la trompette.

Me libérer des ambitions dévorantes, me délester de mon superflu, m’accepter joyeusement tel que je suis, simplifier ma foi /prière /charité : voilà au moins quatre pistes très concrètes, un quasi régime alimentaire pour maigrir spirituellement et devenir capable de se faufiler à travers la porte étroite.

Que vais-je choisir pour commencer cette semaine ?

Quel « régime » spirituel sur l’année à venir ?

 


[1]. On peut en trouver la trace dans les écrits de Léon Tolstoï, de John Ruskin (Unto This Last), Henry David Thoreau (Walden). Ce mode de vie est représenté, par exemple, par les abbayes contemplatives, par les franciscains ou encore les Communautés de l’Arche de Lanza del Vasto, inspiré par Gandhi, lui-même inspiré par Thoreau et Ruskin. On le retrouve aussi au Québec sous l’influence de penseurs comme Serge Mongeau et des éditions Écosociété.

 


Lectures de la messe

Première lecture
« De toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères » (Is 66, 18-21)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : connaissant leurs actions et leurs pensées, moi, je viens rassembler toutes les nations, de toute langue. Elles viendront et verront ma gloire : je mettrai chez elles un signe ! Et, du milieu d’elles, j’enverrai des rescapés vers les nations les plus éloignées, vers les îles lointaines qui n’ont rien entendu de ma renommée, qui n’ont pas vu ma gloire ; ma gloire, ces rescapés l’annonceront parmi les nations. Et, de toutes les nations, ils ramèneront tous vos frères, en offrande au Seigneur, sur des chevaux et des chariots, en litière, à dos de mulets et de dromadaires, jusqu’à ma montagne sainte, à Jérusalem, – dit le Seigneur. On les portera comme l’offrande qu’apportent les fils d’Israël, dans des vases purs, à la maison du Seigneur. Je prendrai même des prêtres et des lévites parmi eux, – dit le Seigneur.

Psaume
(Ps 116 (117), 1, 2)
R/ Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile. ou : Alléluia !
(Mc 16, 15)

Louez le Seigneur, tous les peuples ;
fêtez-le, tous les pays !

Son amour envers nous s’est montré le plus fort ;
éternelle est la fidélité du Seigneur !

Deuxième lecture
« Quand Dieu aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons » (He 12, 5-7.11-13)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, vous avez oublié cette parole de réconfort, qui vous est adressée comme à des fils : Mon fils, ne néglige pas les leçons du Seigneur, ne te décourage pas quand il te fait des reproches. Quand le Seigneur aime quelqu’un, il lui donne de bonnes leçons ; il corrige tous ceux qu’il accueille comme ses fils. Ce que vous endurez est une leçon. Dieu se comporte envers vous comme envers des fils ; et quel est le fils auquel son père ne donne pas des leçons ? Quand on vient de recevoir une leçon, on n’éprouve pas de la joie mais plutôt de la tristesse. Mais plus tard, quand on s’est repris grâce à la leçon, celle-ci produit un fruit de paix et de justice. C’est pourquoi, redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent, et rendez droits pour vos pieds les sentiers tortueux. Ainsi, celui qui boite ne se fera pas d’entorse ; bien plus, il sera guéri.

Évangile

« On viendra de l’orient et de l’occident prendre place au festin dans le royaume de Dieu » (Lc 13, 22-30)
Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie, dit le Seigneur ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Alléluia. (Jn 14, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, tandis qu’il faisait route vers Jérusalem, Jésus traversait villes et villages en enseignant. Quelqu’un lui demanda : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? » Jésus leur dit : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, car, je vous le déclare, beaucoup chercheront à entrer et n’y parviendront pas. Lorsque le maître de maison se sera levé pour fermer la porte, si vous, du dehors, vous vous mettez à frapper à la porte, en disant : ‘Seigneur, ouvre-nous’, il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes.’ Alors vous vous mettrez à dire : ‘Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.’ Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.’ Là, il y aura des pleurs et des grincements de dents, quand vous verrez Abraham, Isaac et Jacob, et tous les prophètes dans le royaume de Dieu, et que vous-mêmes, vous serez jetés dehors. Alors on viendra de l’orient et de l’occident, du nord et du midi, prendre place au festin dans le royaume de Dieu. Oui, il y a des derniers qui seront premiers, et des premiers qui seront derniers. »
Patrick BRAUD

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7 octobre 2015

Chameau et trou d’aiguille

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Chameau et trou d’aiguille

Homélie du 28° dimanche du temps ordinaire/Année B
11/10/2015

Cf. également :

À quoi servent les riches ?
Plus on possède, moins on est libre
Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?
Les sans-dents, pierre angulaire
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie

Dans ce texte archi connu dit « du jeune homme riche » (mais dans notre évangile de Mc 10, 17-30 rien ne dit qu’il est jeune !) les pistes d’actualisation foisonnent (cf. liste ci-dessus).
Pour une fois, attardons-nous sur un détail amusant, passé dans la sagesse proverbiale populaire : « il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ». Étonnant non, ce rapprochement entre un chameau et une aiguille !? Comme dirait Lautréamont (le poète), c’est beau comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie !

Comment interpréter cette sentence énigmatique de Jésus ?

Explorons quatre pistes.

 

1. L’hyperbole : Jésus force le trait pour décourager les riches
CamelL’image utilisée relève du procédé littéraire appelé hyperbole : on exagère, on en rajoute, on radicalise la réalité évoquée. Ainsi lorsque Jésus dit qu’il vaut mieux enlever la poutre qu’on a dans son oeil plutôt que de voir la paille qui est dans l’œil du voisin. Cela relève de ce procédé hyperbolique. Ici, le rapprochement d’un chameau et d’une aiguille est tellement improbable, impossible, qu’on voit très clairement que Jésus veut décourager les riches de persévérer dans leur richesse. Et quand on connaît la difficulté qu’il y a à faire passer un camélidé bi-bosse par le trou d’une aiguille, sauf dans le cas où cette dernière serait aux proportions de la Tour Eiffel, on se rend compte que les portes du Paradis sont définitivement fermées à notre Oncle Picsou.

Le message est fort : vous les riches, vous êtes dans une impasse si vous continuez à jouer sur les deux tableaux. Le Royaume de Dieu est incompatible avec l’état d’esprit d’égoïsme, d’absence de compassion, de séparation des pauvres, de domination, d’exploitation etc. qu’engendre inéluctablement la richesse accumulée.
Point barre.
Même la phrase suivante : « pour Dieu rien n’est impossible », ne suffira pas à sauver les riches malgré eux.

L’avertissement n’a rien perdu de son actualité.

 

2. Le symbole.

camel gateCertains commentaires font allusion à une petite porte dans les remparts de Jérusalem. Après le coucher du soleil, cette porte restait ouverte plus longtemps que les grandes portes qui étaient plus difficiles à défendre. Les chameaux ne pouvaient y passer qu’en se défaisant de toutes leurs charges. C’est une porte identique qui se trouvait autrefois à Toulouse, à l’emplacement de la place du Capitole à l’entrée de la rue du Taur ; une maquette de cette porte se trouve au musée Raymond IV de Toulouse.

Malheureusement, dans Néhémie 3, une liste des 12  portes de Jérusalem est donnée et il n’y est pas question de cette porte de l’Aiguille. On n’a trouvé aucune trace archéologique de cette porte, et l’expression ‘trou d’une aiguille’ (et non pas ‘trou de l’aiguille’) ne semble pas vraiment confirmer cette explication…

Reste que faire allusion à cette petite porte – si elle existait - était très efficace pour les auditeurs de Jésus connaissant les accès à Jérusalem.

Du coup le message est plus positif : de même que les caravaniers sont obligés de faire plier les  genoux aux chameaux, et de les décharger de leurs colis pour passer sous la porte du Trou de l’Aiguille, de même les riches, s’ils acceptent de ployer le genou devant Dieu et de se décharger de leur superflu, peuvent entrer dans le Royaume de Dieu. L’homme riche de notre évangile tombe à genoux devant Jésus : allusion à ce passage de la porte étroite ?…

D’ailleurs, les usages du mot chameau dans la Bible consonnent avec cette interprétation  symbolique. Le nombre de chameaux possédés par un clan était un étalon de sa réussite. Une dot se mesurait en chameaux, ânes et autres troupeaux d’animaux. Et quand la reine de Saba vient rencontrer le roi Salomon à Jérusalem, c’est avec des caravanes de chameaux chargés d’aromates et de pierres précieuses :
2Ch 9,1 : « La reine de Saba apprit la renommée de Salomon et vint à Jérusalem éprouver Salomon par des énigmes. Elle arriva avec de très grandes richesses, des chameaux chargés d’aromates, quantité d’or et de pierres précieuses » Cf. 1R 10,2.
Le prophète Isaïe s’en souviendra :
« Des multitudes de chameaux te couvriront, des jeunes bêtes de Madiân et d’Epha; tous viendront de Saba, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges de Yahvé » »  Is 60,6.

Le chameau était un animal impur, comme en témoigne Dt 14,7 :
« Toutefois, parmi les ruminants et parmi les animaux à sabot fourchu et fendu, vous ne pourrez manger ceux-ci: le chameau, le lièvre et le daman, qui ruminent mais n’ont pas le sabot fourchu; vous les tiendrez pour impurs ».
Associer le chameau à la richesse était habile, car cela engendrait instinctivement une réaction de répulsion.

Dans le Nouveau Testament, il n’y a que trois usages du mot chameau : ici en Mc 10 et parallèles, en Mc 1,6 pour Jean-Baptiste vêtu d’une peau de chameau, et encore Mt 23,24, où le chameau représente les énormes contradictions et incohérences que les pharisiens acceptent sans sourciller dans leur vie :
« Guides aveugles, qui arrêtez au filtre le moustique et engloutissez le chameau… »

Quand Jean-Baptiste s’habille de poils de chameau, c’est comme si en quelque sorte il avait tué l’animal, en portant sa dépouille : son vêtement désigne son combat contre la richesse qui empêche d’entrer l’homme dans le Royaume de Dieu.

L’avertissement symbolique lié à cette interprétation rejoint celui, explicite, de l’Apocalypse :
« Tu t’imagines: me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien; mais tu ne le vois donc pas: c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! » (Ap 3,17)

 

3. Un jeu de mots hébraïque

L’hébreu est une langue qui invite à jouer avec les lettres, les sens et les pictogrammes [1].  Même si nous ne devons pas forcément chercher là le premier sens, il est fort probable que Jésus tenait compte de ces images connues pour appuyer son enseignement. Chameau, “Gamal” (en Anglais : camel), vient du verbe distribuer, rétribuer, faire participer aux bénéfices. ‘Gamal’ est apparenté à la 3ème lettre de l’alphabet hébraïque : GIMEL. Le mot chameau s’écrit ainsi :

dalethgimel_resizedbeth

Le pictogramme de la lettre du milieu a la forme de quelqu’un qui marche. L’hébreu se lit de droite à gauche… La lettre GIMEL vient après la lettre BETH (qui signifie : maison – pensez à Bethléhem = maison du pain) et avant la lettre DALETH, qui signifie « pauvre ».
Selon le Midrash (commentaire rabbinique), le GIMEL suggère un homme riche qui quitte sa maison (BETH) en courant à la rencontre du pauvre DALETH avec qui il partage ses bénéfices.

riche et pauvre les 3 lettres

Tout ce jeu de lettres et de mots souligne moins l’idée que l’homme devrait se défaire de toutes les choses matérielles (ce qui est un discours religieux habituel mais assez moralisant), mais accentue plutôt la nécessité d’un élan du cœur qui conduit à un mouvement sincère et spontané vers les autres. C’est peut-être ce qui manquait à ce jeune homme riche qui semblait se contenter de ses devoirs religieux…

 

4. Un chameau qui donne du fil à retordre

Chameau et trou d’aiguille dans Communauté spirituelle 85267421_oDans cette dernière interprétation, on pense qu’il y a pu avoir confusion entre deux mots grecs : KAMELON = chameau (cf. Camel en anglais et ses fameuses cigarettes, Kamel en allemand etc.) et KAMILON = corde.

D’ailleurs, l’araméen GAMLA peut signifier aussi bien le chameau que la corde (tressée de poils de chameau).

En français, le dictionnaire Larousse de 1929 donnait encore une définition similaire du mot chameau : « Ensemble des fils de la chaîne, qui, sous le nom de poils, forment la partie veloutée des moquettes et de certains velours. Se dit aussi des velours coupés sur le métier pendant le tissage ». C’est donc un chat-mot qui a mot-chas le sens de la phrase [2]

La phrase exacte de Jésus serait alors : il est plus facile a un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu qu’à une corde de passer par le chas d’une aiguille. Ce qui avouons-le est déjà moins disproportionné ! La tâche semble difficile, mais moins improbable avec une corde qu’avec un chameau !

Signalons enfin que le Coran a gardé une trace de célèbre verset évangélique : Mohamed a réutilisé ce qu’il avait entendu des chrétiens de Médine en forgeant le verset suivant :
« Pour ceux qui traitent de mensonges Nos enseignements et qui s’en écartent par orgueil, les portes du ciel ne leur seront pas ouvertes, et ils n’entreront au Paradis que quand le chameau pénètre dans le chas de l’aiguille. Ainsi rétribuons-Nous les criminels » (Sourate 7,40).

Quelle que soit l’interprétation qui vous semble la plus pertinente - et après tout les quatre méritent peut-être d’être gardées ensemble - l’avertissement est clair : la richesse est un obstacle à la suite radicale du Christ.

À l’heure des parachutes dorés, retraites chapeaux et autres indemnités ou salaires invraisemblables de certains sportifs ou autres dirigeants, le rappel du danger que représente la richesse pour la vie spirituelle est salutaire.

Quel chameau ! Quel chas !

À bon entendeur chalut…

 


[2]. De même que le dromadaire n’est finalement qu’un chameau qui bosse à mi-temps…

 

 

 

1ère lecture : « À côté de la sagesse, j’ai tenu pour rien la richesse » (Sg 7, 7-11)
Lecture du livre de la Sagesse

J’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. Je l’ai préférée aux trônes et aux sceptres ; à côté d’elle, j’ai tenu pour rien la richesse ; je ne l’ai pas comparée à la pierre la plus précieuse ; tout l’or du monde auprès d’elle n’est qu’un peu de sable, et, en face d’elle, l’argent sera regardé comme de la boue. Plus que la santé et la beauté, je l’ai aimée ; je l’ai choisie de préférence à la lumière, parce que sa clarté ne s’éteint pas. Tous les biens me sont venus avec elle et, par ses mains, une richesse incalculable.

Psaume : Ps 89 (90), 12-13, 14-15, 16-17

R/ Rassasie-nous de ton amour, Seigneur :
nous serons dans la joie.
cf. Ps 89, 14)

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Rends-nous en joies tes jours de châtiment
et les années où nous connaissions le malheur.

Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs
et ta splendeur à leurs fils.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains ;
oui, consolide l’ouvrage de nos mains.

2ème lecture : « La parole de Dieu juge des intentions et des pensées du cœur » (He 4, 12-13)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants ; elle va jusqu’au point de partage de l’âme et de l’esprit, des jointures et des moelles ; elle juge des intentions et des pensées du cœur. Pas une créature n’échappe à ses yeux, tout est nu devant elle, soumis à son regard ; nous aurons à lui rendre des comptes.

Evangile : « Vends ce que tu as et suis-moi » (Mc 10, 17-30)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. » Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit: « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit: « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. » Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle. »
Patrick BRAUD

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9 mai 2014

Prenez la porte

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Prenez la porte

Homélie du 4ème Dimanche de Pâques ? Année A
11/05/2014

Bien dans ses gonds

« Prenez la porte ! »

Cette injonction vous rappellera peut-être quelques souvenirs humiliants du collège ou du lycée. Lorsqu’un professeur excédé en vient à ordonner de prendre la porte, c’est qu’il ne voit plus que l’exclusion du fautif comme remède au désordre. Prendre la porte résonne donc comme une menace, une sanction, qui annonce bien des ennuis à venir (le surveillant général à voir, le mot aux parents, les heures de retenue à la clé…).

Ici, dans l’image prise par Jésus pour parler de son rôle, c’est exactement l’inverse. Quand il dit : « je suis la porte », il invite les mécréants de tout poil à prendre cette porte-là, dans le sens de la communion avec Dieu au lieu de l’exclusion par les hommes. Prenez la porte dans Communauté spirituelle tom-et-jerry-la-porte-fermee-sur-jerryUne entrée au lieu d’une sortie en somme. Voilà peut-être pourquoi les premiers à prendre cette parole au sérieux sont ceux qui se sont déjà pris des portes en pleine figure, qu’on leur a claquées au nez pour leur dire non.

 

Prendre la porte qu’est le Christ, c’est rentrer chez soi en quelque sorte.

C’est découvrir qu’en passant par lui, l’accès au plus intime de nous-mêmes se conjugue avec l’accès à Dieu le tout autre. Car Jésus ne conduit pas à lui-même. Il conduit à un Autre, que nul nom ne peut enfermer. Telle une porte, il ne cesse d’accompagner les hommes dans leur mouvement de découverte d’un plus grand que lui. Comme il ne sort jamais de ses gonds, il ouvre sur l’infini d’un mystère qu’il habite (et qui l’habite) au plus haut point, car une porte fait déjà partie de la pièce sur laquelle elle ouvre.

Charlot et la porte du grenier

GoldRushFiche Christ dans Communauté spirituelleVous connaissez sans doute cette histoire pleine d’humour que Chaplin a merveilleusement jouée : Charlot s’évertue à ouvrir la porte d’un grenier ; il tire, il s’évertue, il tire encore, il transpire. Rien à faire : le verrou semble solide, la poignée tourne dans le vide. Épuisé, Charlot s’affale de tout son long dans le couloir, et là surprise? la porte s’ouvre toute seule, de l’intérieur? 

Il en est de même ici : la porte qu’est le Christ n’est pas un effort  à faire, ce n’est pas une épreuve à passer, c’est au contraire une ouverture à accueillir, laquelle ne nous doit rien, mais se propose à nous gratuitement, sans mérite de notre part, comme la porte du grenier qui s’ouvre d’elle-même, de l’intérieur.

Qu’avez-vous fait, machinalement, pour venir à la messe ce Dimanche ? Vous avez franchi la porte d’une église. Sans vous en rendre compte, vous accomplissez à chaque fois une étape extraordinairement symbolique : franchir la porte. Passer du dehors au-dedans, pour participer à l’eucharistie. D’ailleurs, dans bien des églises médiévales, on accordait tant d’importance à ce passage de la porte qu’on l’entourait d’un narthex, le domaine réservé aux catéchumènes, c’est-à-dire aux non baptisés, pour qu’ils se préparent à entrer un jour dans l’Église par le baptême.

À la fin de la messe, nous franchissons cette porte en sens inverse, pour passer de l’assemblée au monde, du dedans au dehors, suite à l’envoi final : « allez dans la paix du Christ ».

C’est donc que la porte commande la respiration même de notre foi.

On comprend mieux l’enjeu spirituel de l’affirmation étonnante de Jésus dans l’évangile de ce Dimanche : « Je suis la porte ». Le mot porte est répété 4 fois dans ce chapitre 10 de St Jean, comme pour signifier l’universalité de cette porte qu’est le Christ pour tous les peuples, venant de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du Sud (4 = les 4 points cardinaux).

 

Le slalom des portes de nos vies 

Du coup, on n’arrête pas de franchir symboliquement des portes tout au long de notre pèlerinage de la foi.

Chaque étape de notre vie, de notre naissance jusqu’à notre mort, nous fait passer d’une porte à l’autre, tels des skieurs qui enchaînent les accélérations et les virages de haut en bas du slalom spécial où ils courent pour la victoire.

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 « Je suis la porte »…

À quels moments de notre existence franchissons-nous cette porte qu’est Jésus lui-même ?

- Souvenez-vous : à chaque baptême, nous accueillons symboliquement l’enfant ou l’adulte sur le seuil de l’église. Par le baptême, accueilli à la porte, chacun est invité à entrer, grâce au Christ et par lui, dans un autre univers.

- Souvenez-vous : à chaque mariage, le prêtre (ou le diacre !) va chercher les fiancés à la porte, pour qu’ils la franchissent avec lui. C’est pour signifier que le mariage est un passage, une Pâque, lorsqu’on se marie « dans le Seigneur ». Et si la mariée est en blanc pour franchir la porte, c’est bien en rappel du baptême, car se marier participe à la mort et à la résurrection du Christ (mourir sans cesse à son égoïsme pour naître sans cesse à la communion avec l’être aimé).

– Souvenez-vous encore : lorsque nous célébrons les obsèques d’un proche, nous accueillons le cercueil à la porte de l’église. Celui qui est uni au Christ traverse la mort comme on passe la porte : simplement?

Ainsi de notre naissance à notre mort en passant par le mariage, tous les évènements de notre existence peuvent devenir à travers le Christ comme des seuils à franchir, des portes qui s’ouvrent sur un au-delà.

En affirmant : « Je suis la porte », Jésus nous invite ainsi à passer par lui pour découvrir la vraie vie, la vie « en abondance ».

Ceux qui ne passent pas par cette porte désignent pour Jésus les pharisiens à qui il adresse cette parole. C’est sans doute sous la plume de Jean les premières sectes soi-disant chrétiennes, gnostiques ou païennes en fait. Confronté à la fin du 1er siècle aux divisions dans les groupes chrétiens, Jean nous donne ainsi par son évangile un critère de discernement précieux. Ceux qui ne passeraient pas Jésus pour sauver l’homme risquent fort de n’être finalement que des bandits et des voleurs.

Hélas, la suite de l’histoire lui a souvent donné raison : les idéologies qui ont voulu se bâtir contre le Christ ou sans lui se sont finalement révélées inhumaines et destructrices. Des grandes hérésies des premiers siècles aux systèmes totalitaires du 20ème siècle, sans oublier les sectes ou les pensées néo-païennes d’aujourd’hui, le refus de passer par la porte qu’est le Christ se retourne contre l’humanité elle-même.

 « Je suis la porte »…

Dans les autres évangiles, Jésus appelle ses disciples à lutter pour entrer par la porte étroite (Lc 13,24).

Si vous avez eu la chance d’aller à Bethléem en pèlerinage, vous avez du vous courber et vous faufiler à travers la porte basse et étroite de la basilique de la Nativité. Ce n’est pas facile de passer par le Christ ! Il nous avertit : parvenir au lieu de notre vraie naissance est exigeant. Mais cette porte étroite débouche réellement sur la naissance de l’homme à la vie de Dieu, comme à Bethléem?

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« Je suis la porte »…

Dans le livre de l’Apocalypse, Saint Jean  écrira une variation sur ce thème de la porte. « Voici : je me tiens à la porte et je frappe, dit le Christ. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi »(Ap 3,20). Et juste après, Jean a la vision d’une « porte ouverte au ciel », avec une voix qui lui dit : « Monte ici » (Ap 4,1).

Ainsi le Christ : il nous ouvre l’accès à nos greniers intérieurs, ces trésors de vie que l’Esprit de Dieu a déposé en nous. C’est par lui, avec lui et en lui, comme nous le chantons au sommet de la prière eucharistique, que nous pouvons avoir accès à nous-mêmes, ou plutôt avoir accès à Dieu en nous, et à nous en Dieu.

C’est cela, « avoir la vie en abondance », une « vie éternelle ».

 « Je suis la porte »…

Comment entendre cette parole aujourd’hui ?  

Eh bien : examinez tous les domaines où vous ne passez pas par le Christ pour faire vos choix.

Visualisez ces moments où le Christ n’est pas la porte de vos décisions, où vous ne voulez pas le mêler à vos affaires importantes : l’argent, la carrière, les loisirs, votre consommation, votre famille?.

C’est là-dessus qu’il vous faut alors travailler.

N’escaladez pas par-dessus, ne fracturez pas d’autres fenêtres : revenez au Christ, entrez par lui dans votre avenir.

 « Je suis la porte »…

Écoutons cette parole : qu’elle travaille en nous toute cette semaine…

 

1ère lecture : Pierre appelle à la conversion, et il baptise les premiers convertis (Ac 2, 14a.36-41)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, avait pris la parole ; il disait d’une voix forte : « Que tout le peuple d’Israël en ait la certitude : ce même Jésus que vous avez crucifié, Dieu a fait de lui le Seigneur et le Christ. »
Ceux qui l’entendaient furent remués jusqu’au fond d’eux-mêmes ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? »
Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour obtenir le pardon de ses péchés. Vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.

C’est pour vous que Dieu a fait cette promesse, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, tous ceux que le Seigneur notre Dieu appellera. »
Pierre trouva encore beaucoup d’autres paroles pour les adjurer, et il les exhortait ainsi : « Détournez-vous de cette génération égarée, et vous serez sauvés. »

Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre se firent baptiser. La communauté s’augmenta ce jour-là d’environ trois mille personnes.

Psaume : Ps 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer. 

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ; 
il me conduit par le juste chemin 
pour l’honneur de son nom. 

Si je traverse les ravins de la mort, 
je ne crains aucun mal, 
car tu es avec moi : 
ton bâton me guide et me rassure. 

Tu prépares la table pour moi 
devant mes ennemis ; 
tu répands le parfum sur ma tête, 
ma coupe est débordante. 

Grâce et bonheur m’accompagnent 
tous les jours de ma vie ; 
j’habiterai la maison du Seigneur 
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Celui qui a souffert pour nous est devenu notre berger (1 P 2, 20b-25)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, si on supporte la souffrance en ayant fait le bien, c’est une grâce aux yeux de Dieu.
C’est bien à cela que vous avez été appelés, puisque le Christ lui-même a souffert pour vous et vous a laissé son exemple afin que vous suiviez ses traces, lui qui n’a jamais commis de péché ni proféré de mensonge : couvert d’insultes, il n’insultait pas ; accablé de souffrances, il ne menaçait pas, mais il confiait sa cause à Celui qui juge avec justice.
Dans son corps, il a porté nos péchés sur le bois de la croix, afin que nous puissions mourir à nos péchés et vivre dans la justice : c’est par ses blessures que vous avez été guéris.
Vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes revenus vers le berger qui veille sur vous.

Evangile : Jésus est le bon pasteur et la porte des brebis (Jn 10, 1-10)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis et ses brebis le connaissent : pour elles il a donné sa vie.Alléluia. (cf. Jn 10, 14-15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jésus parlait ainsi aux pharisiens :
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit.
Celui qui entre par la porte, c’est lui le pasteur, le berger des brebis.
Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.
Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix.
Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. »

Jésus employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire.
C’est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis.
Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.
Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage.
Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. »
Patrick Braud

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