L'homélie du dimanche (prochain)

15 octobre 2011

« Tous pourris » ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Tous pourris » ?

 

Homélie du 29° dimanche ordinaire / Année A / 16/10/2011

 

« Tous pourris ! »

« Tous pourris » ? dans Communauté spirituelle medium_politiqueÀ l’heure où des ‘affaires’ éclaboussent chaque jour de hauts responsables, ce slogan populiste reprend hélas de la vigueur.

Or la Bible n’a jamais versé dans ce dénigrement facile du politique.

Les prophètes ne sont certes pas tendres pour les rois : ils dénoncent haut et fort les abus du pouvoir. Mais en même temps l’art du politique est quasi sacramentel dans la Bible.

Le souci du bien commun que manifestent David ou Salomon est une participation directe à la bienveillance divine.

La défense de la veuve, de l’orphelin et de l’immigré est au coeur du gouvernement des Sages et des Juges, parce que au coeur de Dieu.

Les prêtres du Temple de Jérusalem ou les rabbis des synagogues veillent jalousement à ce que les lois religieuses protégeant les petits et les pauvres soient respectées, car il y va de la sainteté d’Israël.

 

 Christ dans Communauté spirituelleLa première lecture de ce dimanche va plus loin encore. Cyrus, le roi païen de Perse, est appelé Christ ! La traduction liturgique comme souvent n’est pas fidèle au texte : « Parole du Seigneur à son oint (Christ), au roi Cyrus » est une traduction plus exacte d’Is 45,1. Le titre de Messie = Oint = Christ (c’est le même mot en hébreu, français, grec) lui est décerné alors que Cyrus ne connaît même pas le Dieu d’Israël ! « A cause de mon serviteur Jacob et d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai décerné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. » (Is 45,4)

Pourquoi a-t-il ainsi droit à un titre que seuls les rois-messie et Jésus pourront revendiquer ?

Parce qu’il exerce sa responsabilité politique selon le coeur de Dieu, sans le savoir.

On a retrouvé un cylindre de Cyrus qui atteste de sa politique très libérale envers les peuples qu’il avait soumis. « Puissent tous les dieux que j’ai réinstallés dans leurs cités saintes, demander chaque jour pour moi longue vie » (cylindre de Cyrus). Il associe les populations à la grandeur de son empire, et favorise la prospérité économique en allégeant les contraintes des royaumes qu’il conquiert.

Au titre de ce respect des cultures des peuples de son empire, Cyrus va permettre aux juifs exilés à Babylone depuis 587 de rentrer enfin chez eux, 50 ans après. Il décrète la reconstruction du Temple de Jérusalem, la restitution des ustensiles d’or et d’argent enlevés au Temple par Nabuchodonosor.

Un peu ce qu’a fait l’ONU après la guerre pour le retour du peuple juif en Palestine, dans le futur État d’Israël. Mais l’ONU n’a pas été aussi messianique que Cyrus : les conditions du retour n’ont pas été prévues, ni pensées, et se sont avérées catastrophiques…

 

Qualifier un chef d’État païen de Messie (OintChrist) est un événement considérable qui peut nous aider à retrouver la grandeur du pouvoir politique.

Oui, des chefs d’État, même loin apparemment des valeurs évangéliques, peuvent faire dans l’histoire une oeuvre inspirée.

Oui, de hauts responsables, s’ils écoutent leur conscience et la sagesse des peuples, vont servir le dessein de Dieu, même sans le connaître.

Oui, notre devoir de citoyens est de croire à ce travail de l’Esprit au coeur de tous, même et surtout des adversaires.

 

En marche vers 2012, vous devinez que ce type de convictions va placer les chrétiens à contre-courant de bien des clichés sur la politique.

 

Non, ils ne sont pas « tous pourris » : certains sont mêmes des saints authentiques.

Non, il ne faut pas s’en désintéresser. Au contraire, les soutenir, garder le contact avec nos élus, nourrir les débats de société avec eux est à la portée de tous.

Non, les Cyrus d’aujourd’hui ne sont pas tous des opportunistes. Ils peuvent manifester un respect, une intelligence qui rend possible le vivre ensemble, juifs et non juifs, musulmans et chrétiens, croyants et non-croyants. C’est la noblesse de la mission des politiques que d’organiser ce vivre ensemble. Isaïe nous dit même que c’est une des traces de Dieu dans l’histoire.

Pourquoi irions-nous dans le camp des sceptiques et des railleurs ? Les Cyrus modernes ont besoin d’être reconnus et soutenus.

 

Dans l’évangile, Jésus semble se tenir à distance de cette conception messianique du politique. Pour lui, il y a plus sobrement « Dieu et César », et chacun agit dans son ordre.

Cyrus le Christ nous empêche de séparer absolument politique et foi en Dieu.

Jésus le Christ rétablit la légitime autonomie de chacun.

L’enjeu étant, bien sûr, de conjuguer les deux…

 

 

1ère lecture : Les empires sont dans la main de Dieu (Is 45, 1.4-6a)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur au roi Cyrus, qu’il a consacré, qu’il a pris par la main, pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée :

« A cause de mon serviteur Jacob et d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai décerné un titre, alors que tu ne me connaissais pas.

Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre : en dehors de moi, il n’y a pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. »

 

Psaume : 95, 1a.3, 4.5b, 7-8a, 9a.10ac

R/ Au Seigneur notre Dieu, tout honneur et toute gloire

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Il est grand, le Seigneur, hautement loué,
redoutable au-dessus de tous les dieux :
lui, le Seigneur, a fait les cieux.

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »
Il gouverne les peuples avec droiture.

 

2ème lecture : La foi, l’espérance et la charité de la communauté (1Th 1, 1-5b)

Commencement de la lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Nous, Paul, Silvain et Timothée, nous nous adressons à vous, l’Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et en Jésus Christ le Seigneur. Que la grâce et la paix soient avec vous.

A tout instant, nous rendons grâce à Dieu à cause de vous tous, en faisant mention de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l’Évangile chez vous n’a pas été simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, certitude absolue.

 

Evangile : A César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 15-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Rendez au Seigneur, vous les dieux, rendez au Seigneur gloire et puissance, rendez au Seigneur la gloire de son nom. Alléluia. (cf. Ps 28, 1-2)

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? »
Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. »
Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? – De l’empereur César », répondirent-ils.
Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Patrick Braud

Mots-clés : , , ,

20 août 2011

Les insignes du politique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les insignes du politique

 

Homélie du 21° Dimanche ordinaire / Année A

21/08/2011

 

Les militaires arborent quasi naturellement des rangées de médailles sur leur uniforme. Les politiques semblent plus sobres. Pourtant, à bien y regarder, ils recherchent eux aussi les distinctions qui feront d’eux des êtres à part.

La première lecture de ce 21° dimanche ordinaire peut nourrir une réflexion sur les insignes du politique : ceux que Dieu récuse, ceux que Dieu aime trouver chez les responsables en charge de la conduite de l’État.

 

Le syndrome du sépulcre surélevé, ou l’obsession de la gloire post-mortem

Pour comprendre pourquoi Dieu chasse le gouverneur Shebna de son poste, il faut Les insignes du politique dans Communauté spirituelle pt35524reprendre l’intégralité du texte d’Isaïe 22,19-23 (bizarrement tronqué par le choix liturgique). C’est parce que Shebna s’est construit un « sépulcre surélevé » que Dieu l’expulse de sa place de gouverneur. Se construire un tel sépulcre est en effet le signe d’une obsession hélas très courante chez les politiques : vouloir laisser une trace dans l’histoire. Shebna veut qu’après sa mort (sépulcre), on soit obligé de lever les yeux pour penser à lui (surélevé), et qu’en levant les yeux ont soit obligé de penser à lui… D’ailleurs, l’étymologie de son nom – Shebna vient d’une racine dont le sens est : croître - indique qu’il veut se grandir à tout prix. Alors que Eliakim à l’inverse signifie : celui que Dieu établit, qui donc ne se grandit pas lui-même.

 

Le sépulcre surélevé de Shebna illustre bien le syndrome de cette obsession politique dévastatrice : construire sa statue post-mortem, laisser une trace impérissable dans l’histoire. Des premiers empires de l’Extrême-Orient aux guerres napoléoniennes, jusqu’à la pyramide du Louvre ou la Très Grande Bibliothèque, les souverains ont si souvent été hantés par cette recherche de l’immortalité à travers leur gloire post-mortem.

 

Se construire un sépulcre surélevé est typiquement le genre de comportement politique que Dieu exècre.

Jésus n’a pas été tendre avec ces pratiques orgueilleuses où les puissants essaient d’utiliser les sépulcres pour immortaliser leur gloire :

« Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis: au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture; vous de même, au-dehors vous offrez aux yeux des hommes l’apparence de justes, mais au-dedans vous êtes pleins d’hypocrisie et d’iniquité.

Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et décorez les tombeaux des justes, tout en disant: Si nous avions vécu du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le sang des prophètes. Ainsi, vous en témoignez contre vous-mêmes, vous êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes! Eh bien! vous  comblez la mesure de vos pères! » (Mt 23,27-32)

D’ailleurs, Jésus n’a pas acheté ni hérité d’un tombeau pour lui-même. Joseph d’Arimathie est obligé de lui en trouver un, que la tradition place en contrebas à Jérusalem, et non surélevé (Jn 19,41 cf. Isaïe 53,9 : « On lui a donné un sépulcre avec les impies, et sa tombe est avec le riche, bien qu’il n’ait pas commis de violence et qu’il n’y ait pas eu de tromperie dans sa bouche. »)

 

Avec ce sépulcre surélevé, Shebna met en scène sa propre gloire, où il se grandit au-delà de la mort, en s’élevant lui-même.

Jésus à l’inverse traversera la mise en scène de sa propre honte ; il ne comptera pas sur lui-même pour l’au-delà de la mort, mais sur son Père qui l’élèvera plus haut que le sépulcre de Shebna !

 

Les responsables politiques que Dieu aime sont donc ceux qui ne sont pas obsédés par leur trace dans l’histoire. Ceux qui ne vont pas chercher à se grandir par leur action, mais rechercheront la gloire de ce qui est plus grand qu’eux et non la leur.

 

Les insignes du politique aimé de Dieu

 

Le texte d’Isaïe, après avoir stigmatisé le « sépulcre surélevé », parcourt les signes auxquels on reconnaît un véritable serviteur de la chose publique.

 

La tunique, ou la passion de l’unité

Être enveloppé de sa tunique est un symbole du lien permanent qui unit le chef à la source  clé dans Communauté spirituellede son pouvoir. Ainsi entouré de la référence continue à celui qui fonde son pouvoir, le politique aura la passion de servir l’unité de son peuple. Car la tunique de Eliakim fait irrésistiblement penser à la tunique de Jésus, que les soldats n’osent pas déchirer au pied de la croix (Jn 19,23). Le grand prêtre avait déchiré ses vêtements pour condamner Jésus (Mc 14,63). La tunique du Christ, elle, est resté d’une seule pièce, symbole de l’unité du genre humain que Jésus est venu réaliser dans sa passion (Jn 11,52 : Jésus est venu « rassembler dans l’unité des enfants de Dieu dispersés »).

 

Servir l’unité, l’unité de son peuple, l’unité du genre humain, est donc une des plus belles tâches du pouvoir politique que Dieu aime. La tunique de Eliakim, la tunique du crucifié en sont les insignes aux yeux de tous.

 

L’écharpe, où l’école du service

« Je le ceindrai de ton écharpe » : Dieu refait pour le politique un geste liturgique qui ephod cloucaractérise le grand prêtre. C’est ainsi qu’on attachait l’écharpe autour du cou du grand prêtre, pour qu’il porte l’éphod, ce bijou de 12 pierres précieuses symboles des 12 tribus d’Israël (Ex 28,8.27-28 ; 29,5 ; 39,5.20-21 ; Lv 8,7). Ceindre le politique d’une écharpe rappelle à tous, visuellement, qu’il est au service du peuple, et pas de ses intérêts. Shebna a été seulement un maître. Jésus sera maître et serviteur à la fois (Jn 13, 13-15). Les véritables pierres précieuses sont les communes, les visages des administrés. L’écharpe tricolore des maires aujourd’hui encore le rappelle, et signifie à tous qu’ils sont là au nom du peuple et pour le peuple. Ils sont liés par ce service comme l’éphod est lié au grand prêtre par l’écharpe.

 

  

 

Les clés, où le pouvoir de la décision

« Je mettrai sur son épaule la clé de la maison de David : s’il ouvre, personne ne  écharpefermera ; s’il ferme, personne n’ouvrira ». C’est une vraie délégation de pouvoir. Le responsable politique a réellement un « pouvoir des clés ». Il doit trancher, dire oui ou non, et sa décision doit être suivie d’effets.

Réintroduire le pouvoir de décision du politique dans la vie sociale reste un vaste programme : ne pas laisser les pouvoirs financiers décider tout seuls ; trancher sur des orientations décisives (de la peine de mort à la réforme fiscale…) ; faire des choix suivis d’effets : c’est toujours la grandeur de la responsabilité politique. Le pouvoir des clés remis par Jésus à Pierre dans l’évangile de ce dimanche est un archétype de ce que les politiques doivent assumer dans la vie du pays.

 

 

 

 

 

 

 

Le clou, où le poids de la charge

« Je l’enfoncerai comme un clou en un lieu solide » (Is 22,23).

Étrange, cette image du clou solidement planté dans le mur ! La traduction liturgique privilégie l’image d’un piquet enfoncé dans le sol, ce qui n’est pas tout à fait fidèle au texte. On voit bien que le clou est là pour qu’on y accroche une charge qui pèse lourd. S’il est solidement fixé, on pourra y suspendre du lourd. Sinon, il cédera à la première surcharge.

Belle image en fait de la solidité que Dieu veut conférer au politique : il saura supporter des charges lourdes (cf. l’emploi du temps de nos politiques, et leur responsabilité souvent écrasante), prendre des coups, résister à des tensions diverses…

On pense là encore aux clous qui ont fixé Jésus sur la croix. En se laissant clouer sur le bois, Jésus devient paradoxalement la figure de celui qui va jusqu’au bout de sa charge. Le politique tenté de fléchir sous le poids de sa mission pourra regarder vers le crucifié : solidement fixé à sa croix, attaché jusqu’au bout à faire la volonté de son Père, Jésus peut nourrir la fidélité et la ténacité de ceux sur qui la charge politique va faire peser un poids humainement démesuré.

 

Le sépulcre surélevé, la tunique, l’écharpe, les clés et le clou : que cette panoplie d’insignes inspire à nos politiques une passion du pouvoir telle que Dieu l’aime ! Et puissions-nous les soutenir sur ce chemin?

 

 

 

 

1ère lecture : Je te confierai les clefs de la maison de David(Is 22, 19-23)

 

Lecture du livre d’Isaïe

 Ainsi parle le Seigneur Yahvé Sabaot:

   Va trouver cet intendant,

   Shebna, le maître du palais:  16  »Que possèdes-tu ici, de qui te réclames-tu

   pour t’y tailler un sépulcre? »

   Il se taille un sépulcre surélevé,

   il se creuse une chambre dans le roc.  17 Voici que Yahvé va te rejeter, homme!

   t’empoigner avec poigne.  18 Il te roulera comme une boule,

   une balle vers un vaste espace.

   C’est là que tu mourras, avec tes chars splendides,

   déshonneur de la maison de ton maître.  19 Je vais te chasser de ton poste,

   je vais t’arracher de ta place.  20 Et le même jour, j’appellerai mon serviteur

   Elyaqim fils d’Hilqiyyahu.  21 Je le revêtirai de ta tunique,

   je le ceindrai de ton écharpe,

   je lui remettrai tes pouvoirs,

   il sera un père pour l’habitant de Jérusalem

   et pour la maison de Juda.  22 Je mettrai la clé de la maison de David sur son épaule,

   s’il ouvre, personne ne fermera,

   s’il ferme, personne n’ouvrira.  23 Et je l’enfoncerai comme un clou en un lieu solide;

   il deviendra un trône de gloire

   pour la maison de son père.  24 On y suspendra toute la gloire de la maison paternelle, les descendants et les rejetons, et tous les objets de petite taille, depuis les coupes jusqu’aux jarres.  25 Ce jour-là, oracle de Yahvé Sabaot, il cédera, le clou enfoncé dans un lieu solide, il s’arrachera et tombera; alors se détachera la charge qui pesait sur lui. Car Yahvé a parlé.

 

Psaume : Ps 137, 1-2a, 2bc-3, 6a.8

 

R/ Toi, le Dieu fidèle, poursuis ton oeuvre d’amour

De tout mon coeur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne. 

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force. 

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble.
Le Seigneur fait tout pour moi.
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’oeuvre de tes mains.

 

2ème lecture : Profondeur insondable du mystère du salut (Rm 11, 33-36)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu !
Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables !
Qui a connu la pensée du Seigneur ? Qui a été son conseiller ?
Qui lui a donné en premier, et mériterait de recevoir en retour ?
Car tout est de lui, et par lui, et pour lui.
À lui la gloire pour l’éternité ! Amen.

 

Evangile : « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux »(Mt 16, 13-20)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Sur la foi de Pierre le Seigneur a bâti son Église, et les puissances du mal n’auront sur elle aucun pouvoir.Alléluia. (cf. Mt 16, 18)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle.
Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu’il était le Messie.
Patrick Braud 

Mots-clés : , , , , , ,

25 décembre 2010

Une famille réfugiée politique

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Une famille réfugiée politique 

 

Homélie pour la fête de la Sainte Famille / Année A

Dimanche 26 Décembre 2010

 

·       D’habitude, pour la fête de la Sainte Famille, on parle… de la vie familiale ! Une foisn’est pas coutume, projetons une autre lecture sur l’évangile de cette fête. Peut-être à cause des récentes Semaines Sociales de France qui avaient pour thème : « Migrants. Un avenir à construire ensemble » les 26 – 28 novembre derniers à Paris (cf. http://www.ssf-fr.org )

 

·       Car notre Sainte Famille traverse visiblement ce que beaucoup de familles réfugiées politiques traversent aujourd’hui.

Lisez bien les deux premiers chapitres de l’évangile de Matthieu : on ne sait pas dans le texte où habitait Joseph avant la naissance de Jésus. Comme si son village d’origine était « flouté ». Bon nombre de clandestins vous diront qu’ils ne peuvent parler de leur pays d’origine, sous peine d’y être ramenés de force, et qu’ils sont obligés à cause de cela de cacher leur passé.

Matthieu précise ensuite que Jésus est né à Bethléem, et qu’après la venue des mages, la famille a été obligée de fuir : « va te réfugier au pays d’Égypte » entend-il en rêve… C’est donc trois réfugiés politiques qui arrivent d’Israël en Égypte : ils fuient la violence du régime d’Hérode où leur vie est menacée. Ils sont obligés de rester immigrés en Égypte jusqu’à la mort du tyran. Quand ils pourront enfin revenir, après cette période d’exil et de migration, ils ne pourront même pas revenir dans le village d’origine de Joseph. En effet, le fils d’Hérode règne en Judée, et Joseph a peur d’y retourner. Il subit alors comme une deuxième émigration, intérieure à son pays, en allant s’établir à Nazareth (toujours averti en rêve), village dont il ne connaît rien sinon qu’il est en Galilée, région plus sûre pour sa famille.

 

·       Voilà donc notre Sainte Famille : d’un village d’origine inconnue, migrante en Égypte, réfugiée politique pendant plusieurs années, déracinée puis replantée ailleurs à Nazareth, l’inconnue…

 

Peut-on alors fêter la Sainte Famille sans penser à toutes ces familles de notre époque encore déracinées, obligées d’émigrer, mendiant le statut de réfugiés politiques là où leurs pas les conduisent ?

Jean-Paul II réaffirmait régulièrement le droit à l’émigration comme un droit fondamental :

« [le bien commun universel] englobe toute la famille des peuples, au-dessus de tout égoïsme nationaliste. C’est dans ce contexte qu’il faut considérer le droit à émigrer. L’Eglise reconnaît ce droit à tout homme, sous son double aspect: possibilité de sortir de son pays et possibilité d’entrer dans un autre pays à la recherche de meilleures conditions de vie » (Message pour la Journée mondiale des migrations 2001).

 

Une famille réfugiée politique dans Communauté spirituelle Familles+r%C3%A9fugi%C3%A9es+%C3%A0+Bassikounou

 

Benoît XVI est lui aussi très clair. Dans son message du 26/10/10 pour la journée mondiale du migrant et du réfugié, il écrit :

« De ce lien profond entre tous les êtres humains découle le thème que j’ai choisi cette année pour notre réflexion : »Une seule famille humaine », une seule famille de frères et s?urs dans des sociétés qui deviennent toujours plus multiethniques et interculturelles, où les personnes de diverses religions aussi sont encouragées au dialogue, afin que l’on puisse parvenir à une coexistence sereine et fructueuse dans le respect des différences légitimes. (?)

Dans le même temps, les États ont le droit de réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières, en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine. En outre, les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale ».

 

·       Les récentes Semaines Sociales invitaient à dédramatiser le débat sur l’immigration. Chaque année, 80 millions de passagers franchissent les frontières de la France. Sur ce nombre il y a entre 150 000 et 200 000 migrants, soit un pour 400 !

Environ 3 % (seulement) de la population mondiale (6,5 milliards) se transforme en migrants, en se répartissant ainsi :

Migrations Nord => Nord 53 millions / Sud => Sud 61 millions / Nord => Sud 14 millions

Sud => Nord 62 millions.

Ce n’est donc pas un raz-de-marée massif et incontrôlé…

En France, il y a 3,5 millions d’étrangers (soit 5,8 % de la population totale) dont 2 millions sont devenus français. Cette immigration, relativement stable, date de loin (italiens, polonais…). Elle contribue lentement à renouveler et à transformer la société. On estime que un quart de la population résidante en France a au moins un grand parent né à l’étranger !

 

·       Derrière ces chiffres, il y a des visages, des familles, valises à la main, se retrouvant à la rue dans des pays dont ils ne comprennent pas la langue.

Derrière ces chiffres, il y a tant d’associations, chrétiennes notamment : la Cimade, le Secours Catholique, le CCFD, les conférences Saint-Vincent-de-Paul, la Pastorale des migrants etc….

Derrière ces chiffres, il y a… la Sainte famille elle-même : ballottée de Judée à l’Égypte, de l’Égypte à la Galilée, Joseph et Marie protègent leur enfant de la violence politique et religieuse en partant sur les chemins de la migration…

 

Faisons chacun ce que nous pouvons pour soutenir ceux qui les soutiennent, pour participer au débat public sur l’immigration, et y faire entendre la petite voix de l’Évangile…

 

 

1ère lecture : Les vertus familiales (Si 3, 2-6.12-14)

 

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants, il renforce l’autorité de la mère sur ses fils.
Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes,
celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor.
Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé.
Celui qui glorifie son père verra de longs jours, celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère.
Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie.
Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force.
Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée, et elle relèvera ta maison si elle est ruinée par le péché.

 

Psaume : Ps 127, 1-2, 3, 4.5bc

 

R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni
l’homme qui craint le Seigneur.
Tu verras le bonheur de Jérusalem
tous les jours de ta vie.

2ème lecture : Vivre ensemble dans le Christ (Col 3, 12-21)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frère,
puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez votre coeur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience.
Supportez-vous mutuellement, et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire. Agissez comme le Seigneur : il vous a pardonné, faites de même.
Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection.
Et que, dans vos coeurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps. 

Vivez dans l’action de grâce.
Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse ; par des psaumes, des hymnes et de libres louanges, chantez à Dieu, dans vos coeurs, votre reconnaissance.
Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.
Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient.
Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle.
Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ; dans le Seigneur, c’est cela qui est beau.
Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager.

 

Evangile : La Sainte Famille en Égypte et à Nazareth (Mt 2, 13-15.19-23) 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Vraiment, tu es un Dieu caché, Dieu parmi les hommes, Jésus Sauveur ! Alléluia. (cf. Is 45, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Après le départ des mages, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »
Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte,
où il resta jusqu’à la mort d’Hérode. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

Après la mort d’Hérode, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et reviens au pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »

Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et rentra au pays d’Israël.

Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth.
Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.
Patrick Braud 

Mots-clés : , , , , ,
123