L'homélie du dimanche (prochain)

18 novembre 2018

Le préfet le plus célèbre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Le préfet le plus célèbre

Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année B
25/11/2018

Cf. également :

Le Christ-Roi, Barbara et les dinosaures
Faut-il être humble ou jupitérien pour gouverner ?
Les trois tentations du Christ en croix
La violence a besoin du mensonge
Divine surprise
Le Christ Roi fait de nous des huiles
Non-violence : la voie royale
Roi, à plus d’un titre
Un roi pour les pires


Chaque dimanche, plus d’un milliard de personnes récitent son nom sans le connaître. Il n’était qu’un obscur fonctionnaire d’une lointaine province agitée de l’empire romain. On n’a retrouvé de lui qu’une inscription sur une pierre à Césarée en Palestine, avec le nom de son maître Tibère. Pourtant, Pilate sert de repère à la foi chrétienne, au point de l’insérer dans le Credo comme un ancrage historique essentiel.

La fête du Christ-Roi (Jn 18, 33b-37) nous rend témoins du dialogue étonnant entre le prophète de Galilée et le préfet romain le plus célèbre de l’histoire. Qu’avons-nous à apprendre de Pilate ? En quoi éclaire-t-il la royauté du Jésus devenu la nôtre par le baptême ?


Qui était Ponce Pilate ?

Ponce PilateSon nom le désigne comme membre de l’ordre équestre du sud de l’Italie, les Pontii (d’où Ponce), du clan des Samni. C’est à ces chevaliers que Rome confiait les préfectures des territoires perdus de l’empire. Son nom est peut-être la trace de son origine marine : Pontius = de la mer / Pilatus = armé (d’une lance).

Quoi qu’il en soit, on ne sait rien de lui avant qu’il soit nommé en Judée par Tibère (de 26 à 37). Là, il réside à Césarée de Philippe pour éviter la populace de Jérusalem et ses violences récurrentes. Il restera 11 ans à ce poste : longévité assez rare pour un préfet à l’époque, grâce à ses soutiens auprès de Tibère. Il se fait remarquer par un cynisme et une violence extrêmes. Il brave la fierté juive en installant des boucliers d’or avec des images de l’empereur dans Jérusalem (or la foi juive proscrit le culte des images). Devant l’indignation du peuple, il recule cette fois-ci. Mais sa main ne tremblera pas pour donner l’ordre de massacrer à coups de gourdins des manifestants juifs protestant contre le détournement de l’argent du Temple de Jérusalem pour faire construire un aqueduc [1]. Et sa répression sanglante d’un rassemblement de samaritains au monde Garizim fait tant de bruit que le légat voisin de Syrie, son hiérarchique, le déferrera à Rome pour être jugé. Mais Tibère meurt avant que Pilate n’arrive à Rome. Selon une tradition reprise par Eusèbe, il tomba en disgrâce sous le règne de Caligula et finit par se suicider, à Vienne (France) ou Lucerne (Suisse) selon des légendes peu crédibles (la tradition éthiopienne le fait mourir martyr à Rome, une fois converti au christianisme). On perd ensuite sa trace.

Tacite (Annales, XV, 44) fait mention de Pilate très brièvement en parlant des chrétiens : « Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Pontius Pilatus ».

Au total, les historiens comme Flavius Joseph ou Philon d’Alexandrie [2] font de lui un portrait beaucoup moins flatteur que les Évangiles. Pour les premiers chrétiens, il fallait en effet atténuer la responsabilité des Romains dans l’assassinat de Jésus si on voulait vivre en bonne intelligence avec eux partout dans l’empire [3]. Quitte à charger les autorités juives (ou le peuple entier pour Jean) d’une culpabilité beaucoup plus écrasante. Ce qui hélas sera à la source d’un antisémitisme ecclésial indigne de Jésus.

Ainsi le célèbre geste de Pilate qui « s’en lave les mains » après la clameur de la foule réclamant Barabbas plutôt que Jésus n’est guère crédible. Cette ablution rituelle est typiquement juive (Dt 21, 6-8) [4]  et on voit mal Pilate - qui justement veut ne rien avoir en commun avec les juifs (« est-ce que je suis juif, moi ? ») - adopter cette coutume religieuse pour lui-même, qui plus est dans l’exercice public de son autorité impériale romaine.

Bref, Pilate était un sale type, un fonctionnaire dur et inflexible, dont les chrétiens ont cherché à adoucir les traits pour ne pas compromettre leurs relations déjà précaires avec les autorités romaines (les persécutions commenceront très vite après la mort du Christ).

Tel qu’il est, cruel kapo à l’image retravaillée par la tradition orale chrétienne et la plume des évangélistes, Ponce Pilate nous intéresse cependant à plus d’un titre.


Une foi historique

Les journalistes : des Ponce Pilate ! dans Interventions de l'auteur pilateD’abord   on l’a dit   Pilate enracine solidement la foi chrétienne dans l’histoire. Impossible de réduire le christianisme à une théorie, une doctrine ou une idée lorsqu’on prononce la phrase : « crucifié pour nous sous Ponce Pilate, il souffrit sa passion et fut mis au tombeau ». La foi chrétienne est d’abord constituée d’événements historiques. Viennent ensuite les interprétations, légitimement innombrables, qui feront la relecture de ces événements inépuisables pour y déceler la bonne nouvelle incarnée par ce juif de Palestine. Grâce à cette mention de Ponce Pilate, l’Église est sans cesse obligée de revenir à ces événements, de les mettre en relation avec les événements contemporains, empêchée ainsi de transformer sa foi en idéologie ou pure philosophie.

Questionner Jésus en direct

Le préfet le plus célèbre dans Communauté spirituelleInterroger Jésus est au départ de toute aventure spirituelle : qui es-tu ? Es-tu le roi des juifs ? La curiosité de Pilate est à mettre à son crédit. Il aurait pu se contenter de le faire exécuter comme tant d’autres, sans interrogatoire direct (ne parlons même pas de procès !). Mais non : il le fait appeler auprès de lui. C’est un détour qui commence comme le détour de Moïse pour observer le buisson en feu. Jésus est bien pour Pilate ce buisson insignifiant, mais capable d’enflammer Jérusalem avec sa prédication messianique. Prendre le temps d’interroger par soi-même ce qui trouble les autres est une attitude qui honore Pilate et qui devrait être la nôtre. Ne pas juger sur des buzz, des vidéos virales sur Youtube ou Facebook, fake news invérifiables, rumeurs, réputations sulfureuses, mais se faire une idée par soi-même.

 

 

Royauté ou vérité ?

Le dialogue qui s’ensuit dans l’entrevue Pilate/Jésus est quelque peu surréaliste. Tous deux ne parlent pas de la même chose. Pilate est obnubilé par la royauté, particulièrement intrigué par celle attribuée à Jésus. Il est pourtant le préfet de l’empereur, donc de celui qui était au-dessus de tous les rois. Un nouveau roi juif pourrait être une opportunité, ou peut-être une menace. Pilate souffre en quelque sorte du complexe Napoléon : établir à tout prix une autorité au-dessus des princes et rois aux alentours. Jésus quant à lui ne semble pas du tout intéressé par la royauté, mais par la vérité :

« C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix ».

Étrange dialogue : le préfet de César fait face à l’Oint de Dieu, l’un avec ses gardes l’autre sans même un avocat (mais l’Esprit de Dieu est un merveilleux conseiller !), Pilate cherchant un roi et Jésus cherchant à manifester la vérité.

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Arrivé à ce point du dialogue, Pilate semble décrocher : « qu’est-ce que la vérité ? », lance-t-il dubitatif, sans guère attendre de réponse. Sa longévité politique l’a rendu cynique : on peut tout justifier au nom de Rome, il faut être prêt à tout et son contraire pour demeurer au pouvoir.

La maladie dont souffrent nos sociétés démocratiques libérales pourrait bien trouver là  une de ses causes : le désintérêt de nos concitoyens vis-à-vis de la république, des élections, de notre personnel politique, repose sur une exaspération légitime. Les élus ne songent qu’à conserver le pouvoir et ne représentent plus ceux qui ont voté. Les faits divers et les sondages gouvernent davantage que la vision du bien commun. Ceux qui font les lois ne se préoccupent pas de vérité mais de « royauté », pour reprendre les termes du dialogue Pilate/Jésus, c’est-à-dire de se maintenir en place. Sans transcendance, le débat démocratique s’épuise en rapport de forces où les opinions publiques et les lobbys font oublier ce qui est au-dessus des intérêts particuliers. Et l’Europe fédérale de Bruxelles, qui voudrait incarner cette transcendance laïque, tombe elle-même dans le piège de la confiscation par quelques-uns du pouvoir appartenant à tous.

La royauté ou la vérité ?

Pilate ne s’aperçoit pas que sa question est mal posée. Il aurait dû demander : qui est la vérité ? Car la vérité n’est pas une chose. Ce faisant, ses yeux auraient contemplé devant lui la réponse vivante à sa quête intérieure. Car le prisonnier Jésus incarne paradoxalement la vérité sur l’homme dans sa dignité la plus profonde. C’est pourquoi Jean a – ironiquement - mis sur les lèvres de Pilate deux déclarations qui se révéleront prophétiques a posteriori :

- Ecce homo (« voici l’homme » Jn 19,5), car Jésus humilié non-violent et pardonnant est bien l’image de Dieu vivant en chacun de nous.

- La mention que Pilate a voulue sur le panneau attaché à la croix : « Jésus de Nazareth roi des juifs » (I. N. R. I.) est le titre royal, dérisoire vendredi, triomphal dimanche, qui convient à ce crucifié couronné d’épines (Jn 18,19).

Jésus ne revendique jamais pour lui-même ce titre royal. Il prêche bien un royaume, mais celui de son Père. Il cherchait à l’établir, mais dans les cœurs et pas dans l’administration  politique ; par la douceur et non par la violence. Ses armes sont l’esprit de service (le lavement des pieds), la guérison, la pauvreté volontaire, le combat contre le mal, toutes choses à l’opposé des moyens ordinaires par lesquels les royaumes se maintiennent, les républiques se défendent, les théocraties imposent leur loi. C’est pourquoi le royaume de Jésus (en réalité le royaume de Dieu qui lui est partagé comme à un fils) n’est pas de ce monde, et contestera toujours la prétention des politiques à établir le royaume de Dieu sur terre…

tableau montrant Ponce Pilate présentant Jésus de Nazareth aux habitants de Jérusalem


Ponce Pilate aurait dû écouter sa femme !

claudia1 Pilate dans Communauté spirituelleClaudia en effet a fait un songe, rapporte Jean (Mt 27,19), où elle a vu ce galiléen comme provenant d’auprès de Dieu. Elle le confie à son mari, qui en est peut-être troublé si réellement qu’il a cherché à sauver Jésus en recourant au subterfuge de cette coutume (non attestée historiquement) de la libération d’un prisonnier lors de la fête de Pâques.

Même les pires bourreaux ont auprès d’eux des conseillers, des messagers (des « anges ») – ici c’est une femme – qui les avertissent lorsqu’ils franchissent des seuils dans l’injustice et l’inhumanité. Tous ceux qui exercent le pouvoir – entreprise, collectivités locales, famille, association etc. – ont eux aussi ces voix à leurs côtés leur murmurant de faire attention à tel ou tel, car là cela va trop loin. S’ils n’écoutent pas ces messagers à leurs côtés, les tenants du pouvoir deviendront cyniques et cruels comme Pilate…


Les ambiguïtés de Pilate et les nôtres

Saint Joseph d'Arimathie vient demander à Pilate de lui donner le corps de Notre Seigneur après sa mort en CroixPour être complet, il faut saluer en finale la décision de Pilate de remettre le corps de Jésus à Joseph d’Arimathie, au lieu de le laisser exposé aux corbeaux pendant le sabbat. Mais en même temps, il accorde aux autorités juives le droit de placer des gardes autour du sépulcre de Jésus pour empêcher le vol de son cadavre.

Ambigu, Ponce Pilate l’aura été jusqu’au bout, préférant jouer sur tous les tableaux plutôt que de prendre parti pour la vérité, obnubilé par le pouvoir et sa conservation à tout prix. Machiavel n’a rien inventé…

S’il y a un peu de Ponce Pilate en nous, cela doit nous rendre vigilants sur ce qui nous guide : la royauté (le pouvoir) ou la vérité ?
Et Pilate peut également nous rendre vigilants sur nos ambiguïtés, provenant comme chez lui du désir de conserver à tout prix la maîtrise et le pouvoir, quitte à prendre « en même temps » les décisions les plus contradictoires.
Prenons garde à ce que, au nom du Christ-Roi, nous ne devenions pas les Pilate de nos proches…

 

 


[1]. « En ce même temps survinrent des gens qui lui rapportèrent ce qui était arrivé aux Galiléens, dont Pilate avait mêlé le sang à celui de leurs victimes.  Prenant la parole, il leur dit: « Pensez-vous que, pour avoir subi pareil sort, ces Galiléens fussent de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens? » (Lc 13, 1-2)

[2]. Philon affirme que Pilate se caractérisait par « sa vénalité, sa violence, ses vols, ses assauts, sa conduite abusive, ses fréquentes exécutions des prisonniers qui n’avaient pas été jugés, et sa férocité sans bornes » (Légation à Caïus 302).

[3]. Pilate est même rangé parmi les saints de l’Église éthiopienne et de l’Église copte ! Selon cette tradition, il se serait converti en secret au christianisme, sous l’influence de sa femme Claudia Procula (ou Claudia Procla ou Abroqla). Ils sont tous les deux fêtés le 25 juin. Les Églises grecques orthodoxes honorent seulement cette dernière sous le nom de Claudia Procula.

[4]. « Tous les anciens de la ville la plus proche de l’homme tué se laveront les mains dans le cours d’eau, sur la génisse abattue.  Ils prononceront ces paroles: « Nos mains n’ont pas versé ce sang et nos yeux n’ont rien vu.  Pardonne à Israël ton peuple, toi Yahvé qui l’as racheté, et ne laisse pas verser un sang innocent au milieu d’Israël ton peuple. Et ce sang leur sera pardonné. »

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Sa domination est une domination éternelle » (Dn 7, 13-14)

Lecture du livre du prophète Daniel

Moi, Daniel, je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme ; il parvint jusqu’au Vieillard, et on le fit avancer devant lui. Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite.

Psaume
(Ps 92 (93), 1abc, 1d-2, 5)
R/ Le Seigneur est roi ; il s’est vêtu de magnificence.
(Ps 92, 1ab)

Le Seigneur est roi ;
il s’est vêtu de magnificence,
le Seigneur a revêtu sa force.

Et la terre tient bon, inébranlable ;
dès l’origine ton trône tient bon,
depuis toujours, tu es.

Tes volontés sont vraiment immuables :
la sainteté emplit ta maison,
Seigneur, pour la suite des temps.

Deuxième lecture
« Le prince des rois de la terre a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu » (Ap 1, 5-8)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

À vous, la grâce et la paix, de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le premier-né des morts, le prince des rois de la terre.
À lui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, qui a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen. Voici qu’il vient avec les nuées, tout œil le verra, ils le verront, ceux qui l’ont transpercé ; et sur lui se lamenteront toutes les tribus de la terre. Oui ! Amen !
Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers.

Évangile
« C’est toi-même qui dis que je suis roi » (Jn 18, 33b-37) Alléluia. Alléluia.

Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Alléluia. (Mc 11, 9b-10a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Pilate appela Jésus et lui dit : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus lui demanda : « Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » Pilate répondit : « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » Jésus déclara : « Ma royauté n’est pas de ce monde ; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » Pilate lui dit : « Alors, tu es roi ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »
Patrick BRAUD

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30 novembre 2016

Isaïe, Marx, et le vol de bois mort

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Isaïe, Marx, et le vol de bois mort

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année A
04/12/2016

Cf. également :

Devenir des précurseurs

Maintenant, je commence

Crier dans le désert

Le Verbe et la voix

Res et sacramentum

Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

Une foi historique

 

Une volée de bois mort

En 1842, la Diète (= le parlement local) d’Augsbourg rédige un projet de loi qui prévoit de punir, emprisonner et faire payer les gens qui seraient pris à ramasser les bois morts dans une propriété privée. Le jeune Marx (il a 24 ans) s’indigne (à juste titre !) et écrit quatre articles de presse pour dénoncer la violence faite aux pauvres. Car ce sont les pauvres qui pour se chauffer ramassent les bois morts dans les forêts des riches.
Quelle est cette soi-disant justice qui ignore le droit des pauvres ?

Afficher l'image d'origineLes Pères de l’Église répétaient sans cesse aux riches des premiers siècles : in necessitate omnia communia (en cas de nécessité, toutes choses sont communes). Il en reste une trace dans le droit de glanage encore en vigueur en France depuis le 2 novembre 1554 !

« Le droit de glaner est autorisé aux pauvres, aux malheureux, aux gens défavorisés, aux personnes âgées, aux estropiés, aux petits enfants. Sur le terrain d’autrui, il ne peut s’exercer qu’après enlèvement de la récolte, et avec la main, sans l’aide d’aucun outil ». 

La résurgence actuelle de ce droit se manifeste par le droit de chiner les déchets récupérables des hypermarchés, les fruits et légumes ou fleurs après un jour de marché, ramasser après la récolte les pommes de terre ou les fruits restés sur le sol d’un verger etc. [1]

Notre première lecture d’Isaïe 11,1-10 lie la venue du Messie à une justice enfin respectueuse des petits :

« Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins. »

Voici comme en écho quelques lignes d’un article du jeune Marx du 25/10/1842 :

« Nous autres, gens qui ne sommes pas pratiques, nous revendiquons au nom de la foule pauvre, démunie politique et socialement, ce que cette horde docile de domestiques, ces soi-disant historiens ont inventé comme la véritable pierre philosophique pour transformer toute prétention impure en pur or juridique. Nous réclamons pour la pauvreté le droit coutumier, plus précisément un droit coutumier qui ne soit pas local, mais qui soit celui de la pauvreté dans tous les pays. Nous allons plus loin encore, et nous soutenons que le droit coutumier, par sa nature, ne peut être que le droit de cette masse du bas de l’échelle, de cette masse élémentaire qui ne possède rien »

La justice humaine est souvent une justice de classe : demandez aux noirs américains s’ils ont des chances égales aux blancs devant la peine d’emprisonnement. Demandez aux parisiens et banlieusards ayant le teint basané ou un prénom arabe ou africain s’ils ont les mêmes chances d’être contrôlés dans le métro…

La justice a toujours dû lutter pour son indépendance. Malgré la célèbre distinction de Montesquieu en faveur de l’indépendance des pouvoirs (législatif, exécutif, juridique), nos démocraties modernes favorisent toujours les puissants dans leurs tribunaux. Les juges ont plus souvent la main lourde pour les petits que pour les notables…

Isaïe, les Pères de l’Église et Marx connaissaient bien ces contradictions sociales, ou une justice injuste maintient les pauvres en état de domination et d’exploitation. Et cela continue !

L’espérance messianique va alors va s’incarner dans l’attente d’un pouvoir politique (pour les juifs, il sera issu de Jessé, père du roi David) qui enfin faire droit aux pauvres et leur rendra justice. L’exercice de cette justice messianique apaisera la société, au point que les vieux antagonismes disparaîtront : le loup et l’agneau, le veau et le lionceau, la vache et l’ourson, le lion et le bœuf, le nourrisson et le cobra, la vipère et l’enfant pourront cohabiter pacifiquement. On attendrait cela aujourd’hui pour chrétiens et musulmans, noirs et blancs, juifs et arabes, hétérosexuels et homosexuels, salariés et chômeurs, droite et gauche etc..

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Si Jésus était le Messie…

Afficher l'image d'origineDe là découle un argument extrêmement fort des juifs (voire des musulmans) contre le christianisme : si Jésus était vraiment le Messie, annoncé par Isaïe et les prophètes, il aurait dû rétablir cette juste justice. Le droit des pauvres devrait être respecté, la justice devrait défendre les petits ! Si c’était le cas, ça se saurait…

Force est de constater que depuis la mort de Jésus de Nazareth, le monde n’est pas meilleur qu’avant. En 2000 ans, la justice n’a guère progressé. Les antagonismes sont tout aussi effrayants qu’avant, sinon pires (cf. les hécatombes guerrières du XX° siècle, le plus sanglant de toute l’histoire de l’humanité). Tous les signes annonciateurs du Messie dans la Bible sont aux abonnés absents…

Les premiers chrétiens ont très vite fait ce constat désabusé : la mort de Jésus avait tout changé pour eux personnellement, mais pas grand-chose pour les sociétés environnantes. Même la conversion de Constantin au IV° siècle n’apportera pas la justice messianique attendue. Le droit romain est certes un progrès par rapport aux  droits barbares. Mais les dérives seront telles – avec hélas le concours des Églises - que la sentence de l’Ecclésiaste reste vraie 20 siècles après : « il n’y a rien de nouveau sous le soleil ».

L’eschatologie prend le relais du politique

Afficher l'image d'origineLes protestations chrétiennes contre la justice injuste se sont alors déplacées vers  l’attente eschatologique : puisque la première venue n’a pas été décisive, la deuxième le sera sûrement ! C’est le sens de la période liturgique de l’Avent : s’ouvrir à une transformation du monde qui ne sortira pas de l’effort de nos mains – on a vu que cet effort humain est stérile - mais de l’initiative de Dieu, de son irruption dans l’histoire humaine pour manifester la vocation de l’homme en plénitude.

L’Avent nous oblige à ne pas idolâtrer le progrès occidental, le nirvana bouddhiste ou le néant athée : Dieu créera un monde nouveau où la justice régnera.

En attendant, cette espérance peut déjà corriger, amender, transformer, accomplir les évolutions actuelles du droit et de la justice pour qu’elles correspondent à la vision messianique d’Isaïe. C’est la dimension politique de l’Avent : contester, protester, construire une autre justice qui prend souci du faible et du pauvre, qui sauve la vie des petits, qui délivre le pauvre qui appelle, ainsi que le chante le psaume 71 de ce dimanche.

La noblesse du combat politique pour les chrétiens s’enracine dans cette dimension eschatologique. Les évêques de France ont publié un message à l’approche des élections présidentielles de 2017 qui invite à revenir à cette option préférentielle pour les pauvres.

« Il est toujours bon de regarder la place qu’une société accorde aux plus faibles, aux plus fragiles en son sein, pour savoir s’il est en bonne santé, ce qui la fait tenir dans ses fondements. Ce sont toujours eux en effet qui nous aident à retrouver l’essentiel et le sens de l’homme que toute société doit protéger ». [2]

Comment chacun de nous va-t-il participer, apporter sa contribution à ce combat politique pour une juste justice ?


[1]. « Le glanage est étroitement lié aux coutumes locales et n’est admis que dans ce cadre-là » (arrêt de la cour d’appel de Montpellier, du 21 juin 2007). « Le ramassage de pommes de terre non récoltées sur des champs cultivés relève du glanage » (arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, du 20 novembre 1991).
[2] un monde qui change, retrouver le sens du politiqueDans un monde qui change, retrouver le sens du politique,Dans un monde qui change, retrouver le sens du politiqueDans un monde qui change, retrouver le sens du politique, Conseil permanent de la conférence des évêques de France, Bayard, 2016, p. 52.

 

1ère lecture : « Il jugera les petits avec justice » (Is 11, 1-10) Lecture du livre du prophète Isaïe

En ce jour-là, un rameau sortira de la souche de Jessé, père de David, un rejeton jaillira de ses racines. Sur lui reposera l’esprit du Seigneur : esprit de sagesse et de discernement, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur – qui lui inspirera la crainte du Seigneur. Il ne jugera pas sur l’apparence ; il ne se prononcera pas sur des rumeurs. Il jugera les petits avec justice ; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays. Du bâton de sa parole, il frappera le pays ; du souffle de ses lèvres, il fera mourir le méchant. La justice est la ceinture de ses hanches ; la fidélité est la ceinture de ses reins.  Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. La vache et l’ourse auront même pâture, leurs petits auront même gîte. Le lion, comme le bœuf, mangera du fourrage. Le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra ; sur le trou de la vipère, l’enfant étendra la main. Il n’y aura plus de mal ni de corruption sur toute ma montagne sainte ; car la connaissance du Seigneur remplira le pays comme les eaux recouvrent le fond de la mer.  Ce jour-là, la racine de Jessé sera dressée comme un étendard pour les peuples, les nations la chercheront, et la gloire sera sa demeure.

Psaume : Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 12-13, 17

R/ En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps. (cf. Ps 71, 7)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

Que son nom dure toujours ;
sous le soleil, que subsiste son nom !
En lui, que soient bénies toutes les familles de la terre ;
que tous les pays le disent bienheureux !

 

2ème lecture : Le Christ sauve tous les hommes (Rm 15, 4-9) Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, tout ce qui a été écrit à l’avance dans les livres saints l’a été pour nous instruire, afin que, grâce à la persévérance et au réconfort des Écritures, nous ayons l’espérance. Que le Dieu de la persévérance et du réconfort vous donne d’être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus. Ainsi, d’un même cœur, d’une seule voix, vous rendrez gloire à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ.

 Accueillez-vous donc les uns les autres, comme le Christ vous a accueillis pour la gloire de Dieu. Car je vous le déclare : le Christ s’est fait le serviteur des Juifs, en raison de la fidélité de Dieu, pour réaliser les promesses faites à nos pères ; quant aux nations, c’est en raison de sa miséricorde qu’elles rendent gloire à Dieu, comme le dit l’Écriture : C’est pourquoi je proclamerai ta louange parmi les nations,je chanterai ton nom.

 

Evangile : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche » (Mt 3, 1-12)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur,rendez droits ses sentiers.

 Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.

 Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »
Patrick BRAUD

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2 mai 2016

Jésus : l’homme qui monte

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Jésus : l’homme qui monte

Homélie pour la fête de l’Ascension
05/05/2016

Cf. également :

Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »

Ascension : la joyeuse absence

Ascension : l’ascenseur christique

Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie

Les vases communicants de l’Ascension

Afficher l'image d'origineEn France, à gauche, on dit d’Emmanuel Macron que c’est l’homme qui monte en ce moment. Il monte dans les sondages. Sa cote médiatique est de plus en plus haute. Il séduit et paraît pouvoir rassembler largement au-delà des frontières de son camp. Bien qu’il ait fait Sciences-Po, l’ENA, banquier d’affaires chez Rothschild, directeur de cabinet, secrétaire général de l’Elysée, ministre, son ascension politique repose sur l’apparence qu’il a su se donner d’être un homme neuf.
À droite, on regarde attentivement la courbe de popularité de Bruno Lemaire : lui aussi est l’homme qui monte, à la surprise de beaucoup !

De tout temps, on emploie spontanément ce vocabulaire de l’Ascension, sociale ou politique, pour décrire la trajectoire de quelqu’un qui devient un personnage public, bien en vue, au-dessus des autres. 

Les évangélistes n’échappent pas à la règle. Face à l’étrange phénomène qui marque la fin des apparitions pascales, ils recourent à ces images de montée, d’élévation, d’ascension. À tel point que la fête de ce Jeudi en a pris le nom. Alors que le mot ne figure pas dans les textes.
Luc parle en effet de séparation, emporté au ciel. Dans les Actes des Apôtres (Lc 24,52), il écrit que Jésus s’en allait, s’éleva, et qu’une nuée vint le soustraire aux yeux des apôtres (Ac). Devant cette batterie de verbes, on devine que Luc est dépassé par l’événement que nous appelons l’Ascension, qui ne ressemble à rien de connu.

Pour mieux en apprécier la singularité, comparons l’Ascension de Jésus à celle d’Emmanuel Macron ou de Bruno Lemaire (chacun mettra qui il veut à leur place !). 

Au moins trois différences majeures nous permettent de ne pas réduire l’Ascension du Christ à ce que nous croyons en connaître.

 

1. Lorsque Jésus s’élève, ce n’est pas pour être visible

Afficher l'image d'origineLuc est formel : le ressuscité disparaît. Il n’est plus dans le champ des regards humains. Quand un leader politique s’élève, ou un chef d’entreprise, ou un personnage médiatique, c’est à l’inverse parce qu’il est de plus en plus sur le devant de la scène. « L’homme qui monte » est invité sur tous les plateaux de télévision. Le chanteur qui comme Renaud remonte des enfers (de l’oubli, de la drogue) est omniprésent le temps du lancement de son disque.
S’élever implique normalement d’être surexposé. D’ailleurs, pour grimper dans la hiérarchie d’une entreprise, il faut savoir se rendre visible, voire indispensable, être ‘bien vu’…
Jésus fait exactement l’inverse : au moment où il s’élève au plus haut, il n’est plus visible.

Il s’évanouit en quelque sorte en tant que personnage en vue.

Une ascension en toute humilité pourrait-on dire, où le fait d’être exalté au-dessus de toutes les créatures n’a rien d’imposant, de contraignant pour ceux qui regardent puisque justement il n’y a plus rien à voir (mais tout à croire !).

L’ambition chrétienne ressemble à cela : non pas être bien en vue, admiré de tous, imposant sa présence à tous. Au contraire : ne pas apparaître comme l’incontournable, ne pas sidérer ses proches en les forçant à nous regarder, fascinés par notre parcours.

C’était la manière des artistes du Moyen Âge, sculpteurs de cathédrales et verriers virtuoses : plus ils s’élevaient dans leur art, moins ils signaient leurs œuvres, laissant le prestige retomber sur le chef-d’œuvre roman ou gothique sans qu’on puisse y discerner leur signature nulle part. Seuls quelques compagnons maçons inscrivaient discrètement dans la pierre quelques symboles ou initiales à l’attention de leurs confrères. Le véritable talent était alors anonyme…

 

L’ascension chrétienne est incompatible avec l’orgueil, la domination (sinon du mal), le renom, la gloire individuelle (même Jésus reconnaît que sa gloire lui vient du Père), l’omniprésence… Vouloir s’élever pour être plus visible et ainsi admiré, envié, adulé ou craint est l’exact mouvement inverse de Jésus ressuscité disparaissant aux yeux de ses amis…

 

2. Lorsque que Jésus s’élève, c’est pour élever les autres

Afficher l'image d'origineSocialement ou politiquement, l’homme qui monte est un séducteur. Au sens étymologique du terme : il cherche à conduire à lui (en latin : se-ducere) des électeurs, des médias, l’attention du plus grand nombre.

Rien de cela dans l’Ascension du Christ. Il empêche ses disciples de « rester là à fixer le ciel », il les renvoie vers le Temple de Jérusalem, vers leurs frères en Galilée, vers l’attente de l’Esprit qui va les projeter ailleurs.

Il ne cherche pas à séduire, mais à conduire vers l’autre / vers le Tout-Autre.
Car sa passion n’est pas d’être le plus grand, mais d’ouvrir à chacun le chemin de la grandeur.
En ce sens, il y a là une certaine similarité avec ce que nous appelons une ascension sociale. Car l’ambition des parents est que leurs enfants vivent mieux qu’eux, et que, grâce à l’éducation, à la liberté d’entreprendre, ils profitent du fameux ascenseur social qui fait que les classes laborieuses deviennent des classes moyennes, avec l’espoir de continuer de génération en génération à avoir de meilleurs jobs, une plus grande qualité de vie.

Le ressuscité « entrant dans le ciel » (He) est le véritable ascenseur christique qui nous offre d’être élevé avec lui.

Puisque notre nature humaine est indissolublement liée à la sienne, le Verbe de Dieu assis à la droite du Père, « au plus haut », est le premier de cordée qui a planté le drapeau de notre humanité en pleine terre divine.

 

L’ascension chrétienne de chacun d’entre nous est à cette image : non pas nous élever pour être au-dessus, mais pour que ceux du dessous soient élevés avec nous. Une éruption solidaire en quelque sorte, ou la puissance de l’amour soulève les montagnes jusqu’au ciel et lève les obstacles à la dignité humaine des plus méprisés, des plus petits.

 

3. Lorsque Jésus s’élève,… c’est un passif !

Pour un homme politique, c’est un tour de force que de s’élever au-dessus des autres. Il y faut de l’énergie, de la ténacité, de la rage, de l’obstination… Des heures et des heures de réunion dans des salles à moitié vides, des tournées exténuantes de villages en immeubles, des alliances savamment négociées, des déceptions laborieusement surmontées, des trahisons qui font mal… Bref, c’est à la force du poignet qu’on s’élève chez les enfants des hommes.


Afficher l'image d'originePour le Ressuscité, c’est tout différent. Il
« est emporté », il « est enlevé », « exalté », il « est soustrait » à leurs yeux… : il s’en va, comme attiré de tout son être par un aimant puissant vers qui il se laisse aller.

De la même manière que Jésus ne s’est pas ressuscité lui-même, il ne s’est pas élevé à la force du poignet. Tout le contraire d’un self-made-man ! Il a repoussé par trois fois l’ultime tentation qu’on lui a fait miroiter alors qu’il pendait, lamentable, au bois du supplice : « sauve-toi toi-même ! » Parce qu’il est le Fils, en plénitude, il ne peut ni ne veut se sauver lui-même. Il reçoit tout de l’amour d’un autre qu’il appelle son Père. Son ascension également est un passif : il « est élevé ». Dans la force de l’Esprit, il participe de tout son être à se laisser attirer par son Père. En ce sens on peut dire qu’il s’élève, parce qu’il est élevé. Comme il s’est livré, parce que Dieu l’avait livré entre les mains des pécheurs.
Depuis l’origine, le Verbe de Dieu se reçoit de l’échange incessant l’unissant à son Père dans la circulation de l’Esprit d’amour entre eux et en eux. L’Ascension est cet ultime mouvement d’amour trinitaire où le Ressuscité ne s’approprie ni la vie reçue à travers la mort ni la gloire qui le porte au plus haut. Il continue à se recevoir, pour se donner, de toujours à toujours.

L’ascension chrétienne ne relève donc pas d’un orgueil démesuré. L’objectif pour nous n’est pas dans une ascèse impitoyable où il faudrait nous élever par nous-mêmes, ni dans son avatar contemporain qui est la quête d’un développement personnel harmonieux à tout prix, grâce à moult techniques de méditation ou d’ascèse revisitée. 

Être élevé n’est pas un effort : c’est une joyeuse acceptation.

Être assis au plus près de Dieu n’est pas la récompense accordée au bout d’un long parcours du combattant : c’est la joyeuse surprise du bon larron qui découvre qu’il va jouir de ce qu’il n’a pas mérité !

À nous de relayer cette divine surprise auprès de ceux qui se croient indignes, comme auprès de ceux qui s’épuisent à en être dignes.

 

Ne pas être visible, élever les autres, accepter de recevoir : il y a bien d’autres traits étonnants dans l’Ascension du Ressuscité, mais ces trois-là peuvent déjà transformer notre ambition professionnelle, familiale, sociale… et pourquoi pas politique ! ?

 

 

 

1ère lecture : « Tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva » (Ac 1, 1-11)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »  Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Psaume : Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9

R/ Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor.
ou : Alléluia ! (Ps 46, 6)

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations,
le Seigneur, aux éclats du cor.
Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
sonnez pour notre roi, sonnez !

Car Dieu est le roi de la terre :
que vos musiques l’annoncent !
Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.

2ème lecture : « Le Christ est entré dans le ciel lui-même »(He 9, 24-28 ; 10, 19-23)
Lecture de la lettre aux Hébreux

 Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent. Frères, c’est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus : nous avons là un chemin nouveau et vivant qu’il a inauguré en franchissant le rideau du Sanctuaire ; or, ce rideau est sa chair. Et nous avons le prêtre par excellence, celui qui est établi sur la maison de Dieu. Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.

Evangile : « Tandis qu’il les bénissait, il était emporté au ciel » (Lc 24, 46-53)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
De toutes les nations, faites des disciples, dit le Seigneur.
Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
Alléluia. (Mt 28, 19a.20b)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur dit : « Il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. à vous d’en être les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut. » Puis Jésus les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Patrick BRAUD

 

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19 novembre 2011

Roi, à plus d’un titre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Roi, à plus d’un titre

 

Homélie pour la fête du Christ-Roi / Année A / 20/11/2011

 

La figure du Christ-Roi est le point d’orgue final de toutes nos années liturgiques. La célébrissime parabole du jugement dernier de Mt 25 met en scène un roi qui sépare, qui répartit l’héritage paternel entre les élus, et qui envoie les damnés en enfer.

 

Une récupération nostalgique

Arrêtons-nous sur cette image du roi qui a donné son nom à la fête liturgique.

En France, parler du Christ-Roi peut susciter un certain malaise. L’extrême droite catholique ne s’est jamais remise du « meurtre du père » que représente pour elle Roi, à plus d'un titre dans Communauté spirituelle parle_commande_regnel’exécution de Louis XVI en 1793. L’Action Française (condamnée en cela par Rome) a toujours cherché à exploiter ce thème du ?règne social du Christ’ pour constituer une contre-société soi-disant catholique, où tout serait régi par les lois de l’Église. Du coup, parler du Christ-Roi a souvent un parfum d’intégrisme, ou au moins d’intégralisme, c’est-à-dire d’une vision de la société où le religieux commanderait au politique. « Parle, commande, règne » chantaient nos aînés en réaction contre les violences de la loi de 1905…

 

Avouons-le : en régime présidentiel largement plébiscité malgré ses faiblesses, dire que Jésus est roi ne simplifie pas le dialogue avec les non chrétiens.

On peut essayer de contourner la difficulté en repoussant cette royauté à la fin des temps seulement, ce qui permet d’échapper au soupçon de totalitarisme religieux pour aujourd’hui. Ou bien en élargissant cette royauté à l’univers entier, ce qui dilue son impact local.

 

Le roi a plus d’un titre

Ne pourrait-on pas replacer cette appellation Christ-Roi dans l’ensemble des autres appellations utilisées pour dire qui est Jésus ?

Car ce roi a plus d’un titre. Le seul titre royal ne peut suffire à le définir, et les autres titres qui lui sont décernés empêchent d’absolutiser ce titre royal, tout en lui redonnant son importance réelle.

Nous sommes un peu ainsi. Pour dire qui est votre collègue de travail, vous emploierez plusieurs titres : Monsieur, mari de, père de, responsable de, chef, président, secrétaire, trésorier, cousin, grande gueule, chouchou, roi de la combine ou tête de Turc de l’équipe etc…

Il nous faut plusieurs titulatures pour approcher le mystère d’une personne.

À plus forte raison pour Jésus : le titre de roi ne s’éclaire qu’en faisant système avec les autres titres qu’on lui attribue.

 

Titulature royale

Si le titre de roi vous fait peur par excès d’autorité, souvenez-vous qu’on appelle également Jésus « Rabbi », c’est-à-dire : enseignant plein de sagesse et de pédagogie, formant ses disciples dans une relation d’initiation, sans domination aucune.

Si décidément vous n’êtes pas royalistes, quittez votre représentation politique en appelant Jésus « Berger » (Jn 10), Agneau de Dieu (Jn 1) ou serviteur (Jn 13, cf. Is 42 ; 49 ; 52-53).

Si roi vous semble un titre obsolète, appelez-le « l’Alpha et l’Oméga » (Ap 1,8 ; 21,6 ; 22,13).

Si roi est un titre qui vous parle, enrichissez-le de « prince de la paix » (cf. Is 9), « prince de la vie » (Ac 3,15), « rejeton de David » (Ap 5,5), « roi des rois » et « seigneurs des seigneurs » (Ap 17,14 ; 19,16).

Ce roi-là est Sauveur, Emmanuel, Dieu avec nous (Lc 2,11). Il est en même temps prophète, grand prêtre (cf. la lettre aux Hébreux). Sa grandeur est telle qu’on le compare au Logos des Grecs : le Verbe en personne (Jn 1).

 

Sa manière d’être roi sera celle d’un consolateur, d’un avocat (1Jn 2,1), d’un époux (Mt 9 ; 25), d’un témoin fidèle (Ap 1,5).

Il est le nouvel Adam (Rm 5), le lion de la tribu de Judas (Ap 5,5), le Messie (= l’Oint = le Christ), la porte (Jn 10), le premier-né (Col 1,18 ; Ap 1,5) etc…

Son intimité avec Dieu est telle qu’on l’appelle fils de Dieu (Lc 1,35 etc.) et fils de l’homme (Jn 1,51 ; 6 cf. Dn7,13).

 

Bref, c’est de manière royale que Jésus exerce les autres titres qu’on lui décerne. Et ces titres renvoient à une royauté unique et paradoxale où Jésus se révèle plus roi que les rois humains.

 

Une révélation, pas une projection

C’est d’ailleurs une règle d’interprétation des titres de Jésus. On prend une réalité  Jésus dans Communauté spirituellehumaine, sociale, politique, pour essayer d’approcher l’identité de cet homme. Mais en réalité, il faut faire un mouvement inverse.

C’est à partir de l’identité de Jésus que nous pouvons comprendre ce qu’est un roi, un prince, un berger, un leader etc…

Les titres messianiques ne sont que des images.

Mais ce sont davantage des révélations sur l’homme que des projections sur Dieu.

Celui qui veut savoir ce qu’est un roi en vérité peut lire dans la vie de Jésus une révélation proprement politique. Jésus n’est pas roi à la manière humaine. Ce sont les rois, les présidents, les responsables humains qui sont appelés à exercer leur mandat dans l’Esprit de Jésus.

 

C’est d’ailleurs un argument fort dans la controverse avec les musulmans qui nous reprochent d’appeler Jésus « fils de Dieu ». Pour eux, Dieu ne peut pas avoir de fils, car il n’a pas de femmes ! Il devrait être facile de leur montrer que ce titre n’est qu’une image, et qu’en vérité ce sont les fils humains qui sont appelés à ressembler à Jésus, beaucoup plus que Jésus ne ressemble aux enfants des hommes.

 

Fêter le Christ-Roi n’a donc à rien de nostalgique ni d’intégriste : c’est fêter ce à quoi tout pouvoir est appelé.

Et chacun d’entre nous détient du pouvoir, qui fait de lui un roi d’une manière ou d’une autre.

 

 

1ère lecture : Dieu, roi et berger d’Israël, jugera son peuple (Ez 34, 11-12.15-17)

Lecture du livre d’Ezékiel

Parole du Seigneur Dieu : Maintenant, j’irai moi-même à la recherche de mes brebis, et je veillerai sur elles. Comme un berger veille sur les brebis de son troupeau quand elles sont dispersées, ainsi je veillerai sur mes brebis, et j’irai les délivrer dans tous les endroits où elles ont été dispersées un jour de brouillard et d’obscurité. C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, déclare le Seigneur Dieu. La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la soignerai. Celle qui est faible, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai, je la ferai paître avec justice. Et toi, mon troupeau, déclare le Seigneur Dieu, apprends que je vais juger entre brebis et brebis, entre les béliers et les boucs.

 

Psaume : 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

 

2ème lecture : La royauté universelle du Fils (1Co 15, 20-26.28)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal. C’est lui en effet qui doit régner jusqu’au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort. Alors, quand tout sera sous le pouvoir du Fils, il se mettra lui-même sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous.

 

Evangile : La venue du Fils de l’homme, pasteur, roi et juge de l’univers (Mt 25, 31-46)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Béni soit le règne de David notre Père, le Royaume des temps nouveaux ! Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient ! Alléluia. (cf. Mc 11, 9-10)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire. Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres : il placera les brebis à sa droite, et les chèvres à sa gauche.

Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’
Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’
Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’
Patrick Braud

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