L'homelie du dimanche

20 décembre 2016

Les 3 naissances de Noël

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Les 3 naissances de Noël

Homélie pour la fête de Noël 2016 / Année A
24/12/2016

Cf. également :

Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…

Le mot français Noël vient du latin natal, natalis = naissance. Le vieux français disait Naël. L’espagnol ou l’italien s’en souviennent : on se salue avec un Feliz Navidad, qui vient du latin nativitatem = naissance. La plupart des langues européennes font dériver Noël de la naissance (sauf l’Allemand Weihnachten = nuits de veille et l’anglais Christmass = messe du Christ).

Afficher l'image d'origineÀ regarder l’enfant déposé dans la crèche cette nuit, on devine que c’est bien la naissance physique de Jésus de Nazareth qui est en jeu. Mais à bien y réfléchir, il n’y a pas une seule mais trois naissances en jeu à Noël. La mystique rhénane, ce courant spirituel du XIV° siècle, a popularisé cette conception de Noël. Jean Tauler par exemple commente ainsi le sens de la fête :

« On fête aujourd’hui, dans la sainte chrétienté, une triple naissance où chaque chrétien devrait trouver une jouissance et un bonheur si grands qu’il en soit mis hors de lui-même ; il y a de quoi le faire entrer en des transports d’amour, de gratitude et d’allégresse ; un homme qui ne sentirait rien de tout cela devrait trembler.
- La première et la plus sublime naissance est celle du Fils unique engendré par le Père céleste dans l’essence divine, dans la distinction des personnes.
- La seconde naissance fêtée aujourd’hui est celle qui s’accomplit par une mère qui dans sa fécondité garda l’absolue pureté de sa virginale chasteté.
- La troisième est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une bonne âme.
Telles sont les trois naissances qu’on célèbre aujourd’hui par trois messes. »
Jean Tauler, sermon pour la nuit de Noël.

Examinons rapidement les conséquences de ces trois naissances pour nous.

1. L’engendrement éternel du Verbe en Dieu

La première naissance est la plus mystérieuse, celle qui nous échappe radicalement.
Comment décrire avec des Afficher l'image d'originemots humains ce qui appartient à l’essence divine : se partager sans se diviser ? La clé de la naissance du Verbe en Dieu est sans doute l’amour. Un Dieu unique et solitaire pourrait être tout-puissant, créateur, rédempteur comme dans le judaïsme et l’islam, mais il ne pourrait être amour en lui-même. Parce que Dieu est amour, pas seulement pour l’homme mais en lui-même, il suscite une altérité au plus intime de son être. « Engendré non pas créé », le Verbe est de toute éternité le résultat de l’amour qui se donne sans se diviser. Et le mouvement de cet élan mutuel, c’est l’Esprit de Dieu, vivante relation tissant la communion trinitaire.

Quelles conséquences pour nous ?

Puisque nous sommes à l’image de Dieu, l’engendrement éternel du Verbe au nom de l’amour nous pousse à engendrer nous-mêmes, non pas en copiant (c’est impossible !) mais en participant à cet élan de don et de réception dans toutes nos relations humaines. Donner sans contrepartie est le propre du Père. Se recevoir inconditionnellement quoi qu’il arrive est la marque du Fils. Ne pas interrompre cette circulation du donner et du recevoir est le sceau de l’Esprit.

La structure de l’engendrement éternel du Verbe appliqué à l’humain pourrait donc ressembler à une circulation du don, une économie du don comme disent les Pères grecs : demander /donner / recevoir /rendre.

Nous passerons ainsi de la première « naissance » à un système d’échanges économiques où ce qui est échangé n’est pas des biens (argent, richesses, choses matérielles) mais des relations sociales (être alliés, solidaires, pouvoir compter les  uns sur les autres etc.). Rien que pour cela, il serait dommage de fêter Noël à rebours de cette économie du don ! Nos cadeaux ne sont pas là pour nous faire plaisir, ni faire pression ou exiger du donnant-donnant. Les paquets enrubannés sous les sapins témoignent que nous sommes faits pour engendrer et être engendrés,  ainsi que cela se passe au cœur de la Trinité. Les réveillons à côté de la crèche ne seront pas parjures s’ils nourrissent l’affection partagée, la communauté de destin réaffirmée, le désir de faire un tout en restant plusieurs.

2. La naissance historique de Jésus de Nazareth

La deuxième naissance est la plus facile apparemment à percevoir. Le fils né de Marie, dans une mangeoire Afficher l'image d'origine(prémonitoire ! car il est à croquer ce divin enfant qui deviendra pain de vie…) : scène de famille à la rue, hélas familière sur nos écrans de télévision et dans nos villes. Pourtant, ces quelques kilos de chair recèlent une équation impossible : beaucoup verront dans cet homme quelqu’un qui partage une intimité unique avec Dieu. Jésus se révélera à la fois comme entièrement de Dieu, et pleinement humain. Jamais un homme n’aura été aussi proche de Dieu, au point de faire un avec lui. Noël passa inaperçu aux yeux de la société juive de l’époque, car cette double appartenance ne se voyait pas encore. La naissance du Verbe en notre histoire nous appelle ainsi à ouvrir les yeux sur ces commencements obscurs où l’humain et le divin se rencontrent, en des ébauches improbables.

Dans l’art, le désintéressement, la sortie de soi, l’innovation véritable…

Il y a tant de façons pour Dieu de s’incarner !

3. La naissance du Verbe en nous

Cette troisième dimension de Noël est sans aucun doute la plus méconnue des foules de la nuit du 24 décembre. C’est pourtant un thème constant de la spiritualité chrétienne que la mystique rhénane a porté au plus haut. Chacun de nous en effet peut devenir la mère de Jésus, selon sa parole en Mc 3,31 35 : « quiconque fait la volonté de mon père est pour moi un frère, une sœur, une mère ». Les témoignages des Pères de l’Église sur cette maternité spirituelle sont innombrables. Ainsi la lettre à Diognète (III° siècle) se termine en mentionnant « le Logos toujours renaissant dans le cœur des  Saints ».

« Par  Dieu  seul  se  réalise  cette  naissance.  Et  elle  s’accomplit lorsque, comme une mère,  quelqu’un conçoit,  dans  le fond  vivant  de son  cœur,  l’immortalité  de  l’Esprit.  Il enfante  par  suite  sagesse  et justice,  sainteté  et  pureté  intérieure.  Et ainsi  chacun  peut  devenir mère de  Celui  qui,  par essence,  est  tout cela,  ainsi  que le  Seigneur lui-même  l’a dit  :  ‘quiconque  fait  la volonté  de mon  Père  des  cieux, celui-là m’est une mère’ »[1].

Afficher l'image d'origine

Maître Eckhart a creusé jusqu’à l’incandescence cet appel à engendrer le Verbe au-dedans de soi :

« À la source la plus profonde, je sourds dans l’Esprit Saint ; là n’est plus qu’une vie, qu’un être, qu’une œuvre. Tout ce que Dieu met en œuvre est unité. 

«  Le Père engendre dans l’éternité le Fils, comme son image.  » Le Verbe était auprès de Dieu et Dieu était le Verbe  » : comme le même que lui et de la même nature. Mais je vais plus loin et je dis : il l’a engendré dans mon âme ! [3]C’est pourquoi il m’engendre en tant que son Fils, sans restriction. [2] »

Engendrer le Verbe en nous : qu’est-ce à dire ?

- En se tournant vers Marie, on comprendra davantage ce que cet engendrement demande de confiance (« qu’il me soit fait selon ta parole »), de silence (les neuf mois de Nazareth), de relations à réordonner (cf. la crise avec son fiancé Joseph), de déplacements à opérer (dont celui de Nazareth à Bethléem est le symbole), d’exclusion à traverser (« il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune »).

Former le Christ en nous relève de cette attention maternelle de tous les instants, pour ne pas mettre en danger mais conforter ce début de vie si intime et si différent.

- En se tournant vers le Père, on découvrira sa capacité à se donner qui est l’engendrement véritable. La troisième naissance de Noël, intérieure, nous appelle à nous donner plutôt qu’à donner des choses, des cadeaux, des subsides. À nourrir ce germe de vie divine qui s’émerveille, se reçoit, s’alimente de toute parole venant de Dieu.

Noël résonne ainsi comme notre vocation à devenir le père du Verbe, au sens de l’engendrement éternel de l’amour se communiquant. Noël nous appelle par le même mouvement à devenir la mère du Christ, comme un liquide amniotique est un écosystème où notre vie, notre identité divine puise de quoi grandir, s’épanouir, sortir vers autrui et revenir en Dieu sans jamais le quitter ni se quitter soi-même.

Le Père engendre le Fils, de toute éternité à toute éternité : c’est la première naissance de Noël.
Par amour des hommes, le Verbe est engendré en Marie : c’est la deuxième naissance de Noël.
Par amour de Dieu, je participe à l’engendrement du Verbe en moi : c’est la troisième naissance de Noël.

Que ces trois engendrements transforment notre manière de donner la vie et de la recevoir !


[1] . Saint Grégoire de Nysse, Sur la  Virginité  (2  et 13), P.G. XLVI, 324 B et  380 D.
[2] . Les justes qui se dépouillent totalement deviennent Dieu, sermon 6.
[3] . La grâce divine de l’accomplissement, sur Lc 1,26.

 

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.
Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Psaume : Ps 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13ac

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.
C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux,
et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur !Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ; ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie.
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud

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2 mai 2016

Jésus : l’homme qui monte

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Jésus : l’homme qui monte

Homélie pour la fête de l’Ascension
05/05/2016

Cf. également :

Ascension : « Quid hoc ad aeternitatem ? »

Ascension : la joyeuse absence

Ascension : l’ascenseur christique

Une Ascension un peu taquine : le temps de l’autonomie

Les vases communicants de l’Ascension

Afficher l'image d'origineEn France, à gauche, on dit d’Emmanuel Macron que c’est l’homme qui monte en ce moment. Il monte dans les sondages. Sa cote médiatique est de plus en plus haute. Il séduit et paraît pouvoir rassembler largement au-delà des frontières de son camp. Bien qu’il ait fait Sciences-Po, l’ENA, banquier d’affaires chez Rothschild, directeur de cabinet, secrétaire général de l’Elysée, ministre, son ascension politique repose sur l’apparence qu’il a su se donner d’être un homme neuf.
À droite, on regarde attentivement la courbe de popularité de Bruno Lemaire : lui aussi est l’homme qui monte, à la surprise de beaucoup !

De tout temps, on emploie spontanément ce vocabulaire de l’Ascension, sociale ou politique, pour décrire la trajectoire de quelqu’un qui devient un personnage public, bien en vue, au-dessus des autres. 

Les évangélistes n’échappent pas à la règle. Face à l’étrange phénomène qui marque la fin des apparitions pascales, ils recourent à ces images de montée, d’élévation, d’ascension. À tel point que la fête de ce Jeudi en a pris le nom. Alors que le mot ne figure pas dans les textes.
Luc parle en effet de séparation, emporté au ciel. Dans les Actes des Apôtres (Lc 24,52), il écrit que Jésus s’en allait, s’éleva, et qu’une nuée vint le soustraire aux yeux des apôtres (Ac). Devant cette batterie de verbes, on devine que Luc est dépassé par l’événement que nous appelons l’Ascension, qui ne ressemble à rien de connu.

Pour mieux en apprécier la singularité, comparons l’Ascension de Jésus à celle d’Emmanuel Macron ou de Bruno Lemaire (chacun mettra qui il veut à leur place !). 

Au moins trois différences majeures nous permettent de ne pas réduire l’Ascension du Christ à ce que nous croyons en connaître.

 

1. Lorsque Jésus s’élève, ce n’est pas pour être visible

Afficher l'image d'origineLuc est formel : le ressuscité disparaît. Il n’est plus dans le champ des regards humains. Quand un leader politique s’élève, ou un chef d’entreprise, ou un personnage médiatique, c’est à l’inverse parce qu’il est de plus en plus sur le devant de la scène. « L’homme qui monte » est invité sur tous les plateaux de télévision. Le chanteur qui comme Renaud remonte des enfers (de l’oubli, de la drogue) est omniprésent le temps du lancement de son disque.
S’élever implique normalement d’être surexposé. D’ailleurs, pour grimper dans la hiérarchie d’une entreprise, il faut savoir se rendre visible, voire indispensable, être ‘bien vu’…
Jésus fait exactement l’inverse : au moment où il s’élève au plus haut, il n’est plus visible.

Il s’évanouit en quelque sorte en tant que personnage en vue.

Une ascension en toute humilité pourrait-on dire, où le fait d’être exalté au-dessus de toutes les créatures n’a rien d’imposant, de contraignant pour ceux qui regardent puisque justement il n’y a plus rien à voir (mais tout à croire !).

L’ambition chrétienne ressemble à cela : non pas être bien en vue, admiré de tous, imposant sa présence à tous. Au contraire : ne pas apparaître comme l’incontournable, ne pas sidérer ses proches en les forçant à nous regarder, fascinés par notre parcours.

C’était la manière des artistes du Moyen Âge, sculpteurs de cathédrales et verriers virtuoses : plus ils s’élevaient dans leur art, moins ils signaient leurs œuvres, laissant le prestige retomber sur le chef-d’œuvre roman ou gothique sans qu’on puisse y discerner leur signature nulle part. Seuls quelques compagnons maçons inscrivaient discrètement dans la pierre quelques symboles ou initiales à l’attention de leurs confrères. Le véritable talent était alors anonyme…

 

L’ascension chrétienne est incompatible avec l’orgueil, la domination (sinon du mal), le renom, la gloire individuelle (même Jésus reconnaît que sa gloire lui vient du Père), l’omniprésence… Vouloir s’élever pour être plus visible et ainsi admiré, envié, adulé ou craint est l’exact mouvement inverse de Jésus ressuscité disparaissant aux yeux de ses amis…

 

2. Lorsque que Jésus s’élève, c’est pour élever les autres

Afficher l'image d'origineSocialement ou politiquement, l’homme qui monte est un séducteur. Au sens étymologique du terme : il cherche à conduire à lui (en latin : se-ducere) des électeurs, des médias, l’attention du plus grand nombre.

Rien de cela dans l’Ascension du Christ. Il empêche ses disciples de « rester là à fixer le ciel », il les renvoie vers le Temple de Jérusalem, vers leurs frères en Galilée, vers l’attente de l’Esprit qui va les projeter ailleurs.

Il ne cherche pas à séduire, mais à conduire vers l’autre / vers le Tout-Autre.
Car sa passion n’est pas d’être le plus grand, mais d’ouvrir à chacun le chemin de la grandeur.
En ce sens, il y a là une certaine similarité avec ce que nous appelons une ascension sociale. Car l’ambition des parents est que leurs enfants vivent mieux qu’eux, et que, grâce à l’éducation, à la liberté d’entreprendre, ils profitent du fameux ascenseur social qui fait que les classes laborieuses deviennent des classes moyennes, avec l’espoir de continuer de génération en génération à avoir de meilleurs jobs, une plus grande qualité de vie.

Le ressuscité « entrant dans le ciel » (He) est le véritable ascenseur christique qui nous offre d’être élevé avec lui.

Puisque notre nature humaine est indissolublement liée à la sienne, le Verbe de Dieu assis à la droite du Père, « au plus haut », est le premier de cordée qui a planté le drapeau de notre humanité en pleine terre divine.

 

L’ascension chrétienne de chacun d’entre nous est à cette image : non pas nous élever pour être au-dessus, mais pour que ceux du dessous soient élevés avec nous. Une éruption solidaire en quelque sorte, ou la puissance de l’amour soulève les montagnes jusqu’au ciel et lève les obstacles à la dignité humaine des plus méprisés, des plus petits.

 

3. Lorsque Jésus s’élève,… c’est un passif !

Pour un homme politique, c’est un tour de force que de s’élever au-dessus des autres. Il y faut de l’énergie, de la ténacité, de la rage, de l’obstination… Des heures et des heures de réunion dans des salles à moitié vides, des tournées exténuantes de villages en immeubles, des alliances savamment négociées, des déceptions laborieusement surmontées, des trahisons qui font mal… Bref, c’est à la force du poignet qu’on s’élève chez les enfants des hommes.


Afficher l'image d'originePour le Ressuscité, c’est tout différent. Il
« est emporté », il « est enlevé », « exalté », il « est soustrait » à leurs yeux… : il s’en va, comme attiré de tout son être par un aimant puissant vers qui il se laisse aller.

De la même manière que Jésus ne s’est pas ressuscité lui-même, il ne s’est pas élevé à la force du poignet. Tout le contraire d’un self-made-man ! Il a repoussé par trois fois l’ultime tentation qu’on lui a fait miroiter alors qu’il pendait, lamentable, au bois du supplice : « sauve-toi toi-même ! » Parce qu’il est le Fils, en plénitude, il ne peut ni ne veut se sauver lui-même. Il reçoit tout de l’amour d’un autre qu’il appelle son Père. Son ascension également est un passif : il « est élevé ». Dans la force de l’Esprit, il participe de tout son être à se laisser attirer par son Père. En ce sens on peut dire qu’il s’élève, parce qu’il est élevé. Comme il s’est livré, parce que Dieu l’avait livré entre les mains des pécheurs.
Depuis l’origine, le Verbe de Dieu se reçoit de l’échange incessant l’unissant à son Père dans la circulation de l’Esprit d’amour entre eux et en eux. L’Ascension est cet ultime mouvement d’amour trinitaire où le Ressuscité ne s’approprie ni la vie reçue à travers la mort ni la gloire qui le porte au plus haut. Il continue à se recevoir, pour se donner, de toujours à toujours.

L’ascension chrétienne ne relève donc pas d’un orgueil démesuré. L’objectif pour nous n’est pas dans une ascèse impitoyable où il faudrait nous élever par nous-mêmes, ni dans son avatar contemporain qui est la quête d’un développement personnel harmonieux à tout prix, grâce à moult techniques de méditation ou d’ascèse revisitée. 

Être élevé n’est pas un effort : c’est une joyeuse acceptation.

Être assis au plus près de Dieu n’est pas la récompense accordée au bout d’un long parcours du combattant : c’est la joyeuse surprise du bon larron qui découvre qu’il va jouir de ce qu’il n’a pas mérité !

À nous de relayer cette divine surprise auprès de ceux qui se croient indignes, comme auprès de ceux qui s’épuisent à en être dignes.

 

Ne pas être visible, élever les autres, accepter de recevoir : il y a bien d’autres traits étonnants dans l’Ascension du Ressuscité, mais ces trois-là peuvent déjà transformer notre ambition professionnelle, familiale, sociale… et pourquoi pas politique ! ?

 

 

 

1ère lecture : « Tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva » (Ac 1, 1-11)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Cher Théophile, dans mon premier livre j’ai parlé de tout ce que Jésus a fait et enseigné depuis le moment où il commença, jusqu’au jour où il fut enlevé au ciel, après avoir, par l’Esprit Saint, donné ses instructions aux Apôtres qu’il avait choisis. C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu. Au cours d’un repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche : alors que Jean a baptisé avec l’eau, vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés d’ici peu de jours. » Ainsi réunis, les Apôtres l’interrogeaient : « Seigneur, est-ce maintenant le temps où tu vas rétablir le royaume pour Israël ? » Jésus leur répondit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »  Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux. Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs, qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Psaume : Ps 46 (47), 2-3, 6-7, 8-9

R/ Dieu s’élève parmi les ovations, le Seigneur, aux éclats du cor.
ou : Alléluia ! (Ps 46, 6)

Tous les peuples, battez des mains,
acclamez Dieu par vos cris de joie !
Car le Seigneur est le Très-Haut, le redoutable,
le grand roi sur toute la terre.

Dieu s’élève parmi les ovations,
le Seigneur, aux éclats du cor.
Sonnez pour notre Dieu, sonnez,
sonnez pour notre roi, sonnez !

Car Dieu est le roi de la terre :
que vos musiques l’annoncent !
Il règne, Dieu, sur les païens,
Dieu est assis sur son trône sacré.

2ème lecture : « Le Christ est entré dans le ciel lui-même »(He 9, 24-28 ; 10, 19-23)
Lecture de la lettre aux Hébreux

 Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent. Frères, c’est avec assurance que nous pouvons entrer dans le véritable sanctuaire grâce au sang de Jésus : nous avons là un chemin nouveau et vivant qu’il a inauguré en franchissant le rideau du Sanctuaire ; or, ce rideau est sa chair. Et nous avons le prêtre par excellence, celui qui est établi sur la maison de Dieu. Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère et dans la plénitude de la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d’affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis.

Evangile : « Tandis qu’il les bénissait, il était emporté au ciel » (Lc 24, 46-53)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
De toutes les nations, faites des disciples, dit le Seigneur.
Moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.
Alléluia. (Mt 28, 19a.20b)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur dit : « Il est écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. à vous d’en être les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut. » Puis Jésus les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit. Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Patrick BRAUD

 

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2 mars 2016

Servir les prodigues

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Servir les prodigues

Homélie du 4° dimanche de carême / Année C
06/03/1016

Cf. également :

Réconciliation verticale pour réconciliation horizontale

Ressusciter, respirer, se nourrir…

Changer de regard sur ceux qui disent non

 

Reprenons une des méthodes toutes simples pour méditer, étudier, et prier un texte biblique. Lorsqu’il s’agit d’un récit ou d’une parabole, on peut s’identifier successivement à chaque personnage, et tranquillement éprouver ce qu’il éprouve, voir ce qu’il voit etc. tant que cela nourrit la méditation.

Attardons-nous dans cette parabole du fils prodigue à une catégorie de personnages souvent ignorés et passés sous silence : les serviteurs, autrement dit les domestiques de la maison paternelle.

Ils nous disent quelque chose de notre responsabilité envers ceux qui sont loin comme envers ceux qui sont proches.

Ils nous rappellent la vocation d’accueil et de lien qui doit exister au sein de nos assemblées chrétiennes.

 

Laisser partir ceux qui veulent

Les serviteurs du domaine n’entrent en scène apparemment dans notre parabole qu’au verset 22, lorsque le père les appelle pour faire fête au fils prodigue.
Pourtant, on devine qu’ils sont là depuis le début. Ils ont sans doute été navrés, comme le père, de voir partir ce fils cadet avec sa part d’héritage (prodigue vient du latin prodigere  = « pousser devant soi » et « dépenser avec profusion » : le  prodigue est donc celui qui dissipe son héritage follement). Ils ont dû être obligés de préparer ce partage, d’aider à le réaliser, et d’aider le fils à rassembler  ses affaires afin de partir.
Ils apprennent ainsi du père à ne pas retenir ceux qui veulent transgresser, ceux qui apparemment renient leur famille, humaine ou spirituelle.

Nous sommes ces serviteurs si nous acceptons ainsi de laisser partir hors de l’Église ceux qui veulent chercher leur liberté ailleurs, un sens à leur vie autrement.

Non sans craindre pour eux.

Non sans trembler pour les détresses et les impasses dans lesquelles ils vont s’enfermer eux-mêmes.

Non sans veiller, comme le père, matin après matin, et guetter les signes du retour du fils sur la route au loin…

L’Église serait une secte si elle retenait de force ceux qui veulent en sortir.
Sans les abandonner, elle préfère la liberté de partir à la pression pour rester en faisant semblant ou en y étant obligé.

Afficher l'image d'originePanneaux en ivoire d’un coffret : histoire du fils prodigue – Paris, vers 1250-1270 

Faut-il inclure dans ces départs de fils prodigues les départs des enfants d’aujourd’hui pour Daech, vers la Syrie, la Libye, voulant rejoindre un prétendu califat islamique ? La question est douloureuse. Instinctivement, les parents cherchent à retenir leurs enfants et à les empêcher de partir (l’autorisation parentale de sortie de territoire pour les mineurs vient heureusement d’être rétablie pour garantir cette autorité). Instinctivement, la république française cherche à réprimer et punir ceux qui s’engagent sur cette voie (cf. le débat sur la déchéance de nationalité…).

Ces réactions sont légitimes. Elles ne pourront jamais cependant constituer des digues étanches. Remplacer l’adhésion (à notre culture, à notre vision de société) par la contrainte ne tient qu’un temps, en état d’urgence. À terme, reconquérir le coeur de sa jeunesse est pour le monde non musulman un défi dont l’enjeu est la paix sociale. En attendant, laisser partir les prodigues qui veulent dilapider l’héritage culturel de l’Occident nous oblige à écouter, accompagner, débattre, convaincre ou non, et garder ouverte la porte, la frontière du retour pour ces enfants perdus de la république…

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Habiller et nourrir les prodigues de retour

Au retour du prodigue, les serviteurs obéissent à l’ordre paternel de tout faire pour fêter celui qui revient. Ils lui passent le plus beau vêtement, symbole de son identité filiale retrouvée, renouvelée. Ils lui mettent la bague au doigt, symbole de son alliance restaurée avec sa famille. Comme Israël est à nouveau fiancée par Yahvé après l’Exil, comme l’Église est ré-épousée par le Christ après chacune de ses forfaitures.

Les serviteurs se réjouissent de ces noces sans cesse réactualisées, et accomplissent ce geste si fort de passer l’alliance au doigt de celui qui ne se croyait plus rien.

Restaurer la dignité des moins-que-rien est la joie des serviteurs que nous sommes. Surtout lorsque cette déchéance de nationalité divine semble s’imposer à eux de l’intérieur.

Combien de SDF dans la rue en sont venus à désespérer d’eux-mêmes ?
Combien de collègues de travail n’osent croire à leur utilité sociale, à leur capacité d’évoluer, à leur droit à l’erreur ?

Tuer le veau gras pour fêter le retour, c’est apprendre à valoriser, à raconter, à célébrer toutes ces victoires, petites et grandes, où la dignité d’un être humain est enfin restaurée après un passage à vide.

Habiller les prodigues, c’est aujourd’hui revêtir de blanc les nouveaux baptisés enfant ou adultes. C’est préparer une belle célébration de mariage avec des fiancés. C’est ne pas condamner mais au contraire intégrer ceux qui autrefois étaient méprisés comme pécheurs publics (divorce, avortement, homosexualité…).

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Informer le fils fidèle

La dernière mission des serviteurs dans la parabole est d’informer le fils aîné. À sa demande, un domestique lui raconte le retour de son frère, la joie de son père et la fête pour toute la maisonnée car c’est une vraie résurrection que de retrouver ainsi son frère « en bonne santé ». On ne sait pas ce que ce serviteur a ressenti devant la colère jalouse de l’aîné qui réclame justice en raison de sa fidélité (qui n’est pas sans rappeler la jalousie de Caïn envers Abel, ou le conflit entre Jacob et Ésaü…). Il a dû être navré à nouveau de ces dissensions familiales. Peut-être s’est-il dit que ces riches ne savent pas apprécier ce qu’ils ont, car toute cette histoire n’arriverait pas dans le petit peuple des domestiques, où l’héritage ne peut diviser les familles car il n’y en a pas, où l’on n’a pas les moyens de fêtes fastueuses avec veau gras qui rendraient jaloux les uns et privilégiés les autres…

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En tout cas, il a fait son devoir en informant le fils fidèle de la merveille accomplie en son frère.

C’est ce que nous devons continuer à faire : en accueillant les catéchumènes, tenons  au courant les fidèles de la paroisse des merveilles accomplies en chaque conversion. En accompagnant ceux qui vont se marier, racontons à l’assemblée du dimanche combien l’Évangile a de la saveur quand on aime, et comment cela fait découvrir l’Église autrement. En préparant les obsèques avec les familles en deuil, la plupart du temps non pratiquantes, faisant des ponts avec la paroisse pour qu’elles s’y sentent accueillies, soutenues, lorsqu’elle viendront à la messe célébrée pour leur  défunt ou croiseront des paroissiens dans la rue. En parlant du baptême à des parents eux-mêmes souvent non catéchisés, informons les fidèles baptisés des découvertes qui lancent ces parents sur le chemin d’un lien plus familier avec l’Église. Etc. !

 

Nous ne serions pas serviteurs du Père si nous n’avions pas la passion d’accueillir les enfants infidèles tout en maintenant la communion avec les chrétiens ‘de souche’.

 

Laisser partir ceux qui le veulent.
Habiller et nourrir les prodigues.
Informer les fidèles.
Ce triple rôle des serviteurs de la parabole semble mineur. Mais sans eux, le Père n’aurait pas pu manifester sa miséricorde.

Servir les prodigues tout en faisant le lien avec les fidèles : cela se joue en paroisse, au travail, en famille…

 

 

1ère lecture : L’arrivée du peuple de Dieu en Terre Promise et la célébration de la Pâque (Jos 5, 9a.10-12)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, le Seigneur dit à Josué :
« Aujourd’hui, j’ai enlevé de vous le déshonneur de l’Égypte. »
Les fils d’Israël campèrent à Guilgal et célébrèrent la Pâque le quatorzième jour du mois, vers le soir, dans la plaine de Jéricho. Le lendemain de la Pâque, en ce jour même, ils mangèrent les produits de cette terre : des pains sans levain et des épis grillés. À partir de ce jour, la manne cessa de tomber, puisqu’ils mangeaient des produits de la terre. Il n’y avait plus de manne pour les fils d’Israël, qui mangèrent cette année-là ce qu’ils récoltèrent sur la terre de Canaan.

Psaume : Ps 33 (34), 2-3, 4-5, 6-7
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9a)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

2ème lecture : « Dieu nous a réconciliés avec lui par le Christ » (2 Co 5, 17-21)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. Le monde ancien s’en est allé, un monde nouveau est déjà né. Tout cela vient de Dieu : il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. Car c’est bien Dieu qui, dans le Christ, réconciliait le monde avec lui : il n’a pas tenu compte des fautes, et il a déposé en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu.

Evangile : « Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)

Acclamation :
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! » Alors Jésus leur dit cette parabole : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : ‘Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.’ Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre. Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : ‘Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.’ Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : ‘Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.’ Mais le père dit à ses serviteurs : ‘Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.’ Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : ‘Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.’ Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : ‘Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !’ Le père répondit : ‘Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! »
Patrick BRAUD

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4 juin 2011

Le dialogue intérieur

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le dialogue intérieur

 

Homélie du 7° Dimanche de Pâques    05/06/11

 

·      La force de cet homme, c’est qu’il semble habité par une relation d’échange continu avec un autre qui l’aime. Le courage de cet homme, qui va plonger dans sa Passion, il le puise dans un dialogue intérieur, qui visiblement le soutient et lui donne la force d’avancer.

 

Dans l’Évangile de Jean, c’est encore plus flagrant que dans les trois autres : Jésus n’est lui-même qu’en étant tendu vers un Autre que lui-même, avec qui il est profondément uni. D’où ces longs passages où Jésus parle à son Père. Il « lève les yeux » vers lui et lui dit en confiance sa joie, son désir, son attente.

Supprimez ce dialogue intérieur et Jésus s’effondre, incapable de rien faire par lui-même.

Il est celui qui incarne au plus haut point une relation vivante où l’autre fait tellement partie de soi qu’on se surprend à lui parler même en marchant, en travaillant, en se rasant le matin…

 

Ici, c’est à un moment particulièrement angoissant que ce dialogue se fait intense : Jésus serait qu’il va « passer » de ce monde à son Père (Jn 17). Il parle longuement à celui qui est la source et le terme de sa trajectoire humaine. Il s’appuie sur ce dialogue intérieur pour confier ceux qu’il aime, pour ne pas perdre courage, pour aller jusqu’au bout : « je viens vers toi » (Jn 17,11).

 

·      D »ailleurs, que faisons-nous à l’eucharistie, pendant ce long moment solennel où les prêtres semblent absorbés par la prière eucharistique ? Avez-vous déjà réalisé qu’en fait, c’est à un long dialogue de Jésus avec son Père dans lequel nous sommes ainsi introduits ? La prière eucharistique s’adresse au Père, à travers ce que le Fils a fait ou fait pour nous.

Le lien d’unité qu’est l’Esprit Saint, lien vivant unissant les deux, nous unit alors au Christ pour entrer à travers lui dans l’intimité de ce dialogue trinitaire.

 

L’eucharistie est une initiation au dialogue intérieur…

 

Le Christ nous associe à la conversation qu’il entretient avec son Père. D’où cet « admirable commerce » eucharistique, où l’échange amical et aimant divinise ceux qui s’y laissent introduire.

 

·      Où en sommes-nous de notre « dialogue intérieur » ?

Acceptons-nous de laisser le silence, la solitude nous décoller de notre immédiat pour nous  situer en face d’un autre ? Si nous sommes toujours le nez dans le guidon, rivés à nos objectifs à court terme, envahis par les bruits du monde, nous risquons d’étouffer cette capacité de trouver en nous un partenaire « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes ».

 

Évidemment, des circonstances dramatiques obligent parfois à cette plongée en soi : une chimiothérapie longue avec tant de passages à vide, un divorce qui n’en finit pas, une période de chômage désespérante… D’ailleurs dans ces situations le dialogue intérieur prend plutôt la forme d’une révolte, d’une colère, d’une accusation devant tant d’injustice et d’insignifiance, ou d’un silence résigné… Mais le simple fait de dire tout cela à quelqu’un, au lieu de le garder pour soi, est salutaire.

 

En ce sens, prier peut être ne rien dire, mais le dire à quelqu’un.

 

Se tenir devant l’autre intérieur, que ce soit pour l’accuser, se réjouir, le bénir ou rester muet en face de lui, c’est déjà un dialogue intérieur qui ouvrira bien des portes.

 

Jésus est habitué à cette échange de souffle entre lui et son Père : que ce soit devant le tombeau de Lazare pour le remercier à l’avance, à Gethsémani pour transpirer son angoisse, ou ici en Jn 17 pour confier ceux qu’il aime au moment de partir.

Ce dialogue intérieur est comme une basse continue qui constitue l’identité la plus vraie de cet homme étonnant. À tel point qu’en l’appelant Christ, ses amis reconnaissent en lui l’image du Père, le partenaire privilégié d’une relation de dialogue unique, grâce à l’Esprit qui les unit.

 

Dans l’eucharistie, Jésus nous fait entrer dans ce dialogue continu qui l’alimente.

 

Dans le Notre Père, il nous tourne avec lui et en lui vers la source ultime. Jésus ne conduit pas à lui-même : il oriente vers l’Autre avec lequel il ne fait qu’un.

 

·      Voilà donc l’enjeu du dialogue intérieur : nous maintenir perpétuellement en état d’accueillir ce que Dieu nous donne ; exprimer le désir qui nous anime.

 

C’est peut-être cela la prière perpétuelle à laquelle aspirait Paul, les ermites du désert et les Pères de l’Église : tout faire sans interrompre jamais notre dialogue intérieur.

Faire 300 km en voiture, se laver les dents le matin, saluer le voisin, goûter une musique qui convient à notre âme, savourer un beau paysage, déguster un bon vin, un moment d’amitié? [1] : soignons notre dialogue intérieur !

 


[1]Les bénédictions juives expriment très bien ce désir de parler à Dieu en toutes circonstances : bénir Dieu à l’occasion d’un repas, d’un voyage, d’une visite, et même des toilettes (oui, il existe une bénédiction juive pour ce moment-là aussi, car rien de ce qui est créé ne peut être exclu du dialogue intérieur !).

1ère lecture : Les disciples réunis dans la prière après l’Ascension (Ac 1, 12-14)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem, qui n’est pas loin. (La distance ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.)
Arrivés dans la ville, ils montèrent à l’étage de la maison ; c’est là qu’ils se tenaient tous : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, arthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques.
D’un seul coeur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.

Psaume : Ps 26, 1, 4abcd, 7-8

R/ Oui, nous verrons la bonté de Dieu sur la terre des vivants

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ? 

J’ai demandé une chose au Seigneur, 
la seule que je cherche : 
habiter la maison du Seigneur 
tous les jours de ma vie.

Écoute, Seigneur, je t’appelle ! 
Pitié ! Réponds-moi ! 
Mon coeur m’a redit ta parole : 
« Cherchez ma face. »

2ème lecture : Bienheureux les persécutés pour le Christ (1P 4, 13-16)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Mes bien-aimés, puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera.
Si l’on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, puisque l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous.
Si l’on fait souffrir l’un de vous, que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur.
Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien.

 

Evangile : La grande prière de Jésus : « Père, glorifie ton Fils » (Jn 17, 1-11a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur ne vous laisse pas orphelins : il reviendra vers vous, alors votre c?ur connaîtra la joie.Alléluia. (cf. Jn 14, 18; 16, 22)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l »heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie.
Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
Or, la vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’oeuvre que tu m’avais confiée.
Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde.
J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole.
Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi,
car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi, et ils ont cru que c’était toi qui m’avais envoyé. 

Je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux.
Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

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