L'homelie du dimanche

14 juillet 2012

Plus on possède, moins on est libre

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Plus on possède, moins on est libre

 Homélie du 15° dimanche ordinaire / Année B
15/07/2012

Le ressentiment contre une Église trop riche

Qu’est-ce qui a en grande partie causé le rejet de l’Église catholique chez les Français de toutes classes sociales au XVIII° siècle ? Essentiellement les privilèges matériels qu’elle avait accumulés au fil des siècles. Le ressentiment des paysans était grand contre ces princes de l’Église qui possédaient trop et exigeaient toujours plus, en collectes, taxes et autres dons en nature. Les nobles voyaient d’un mauvais oeil ces concurrents parader à la cour royale ou dans les demeures aristocratiques comme s’ils y étaient chez eux. Même le bas clergé, rangé au côté du Tiers État lors des États Généraux de 1789, se plaignait des conditions de vie extravagantes de leurs évêques et responsables directs, alors que eux arrivaient tout juste à survivre dans les paroisses pauvres. Il régnait entre prêtres, entre les clercs et le peuple, une grande inégalité et une grande injustice. Si bien que les confiscations des biens ecclésiaux par la Révolution devinrent le symbole de l’exaspération de la population envers une Église devenue trop riche, trop puissante.

En cette période où la Grèce fait beaucoup parler d’elle au coeur de la crise de l’euro, il se pourrait que l’Église grecque comprenne un jour qu’elle aussi doit accepter de lâcher de ses possessions et de ses privilèges, si elle veut garder l’estime de ses enfants. Cette Église grecque est hégémonique, comme si elle voulait faire contrepoids à l’hégémonie musulmane qui risque d’étouffer hélas les pays voisins. Lorsque tout un peuple souffre sur le plan économique, voir les popes, les monastères, les paroisses continuent à mener grand train, ne pas payer d’impôts et bénéficier d’aides de l’État va être de plus en plus insupportable.

Est-ce à ce genre de contradictions que Jésus pense lorsqu’il prescrit à ses 12 envoyés « de ne rien emporter pour la route, de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture », ni même de tunique de rechange ! (Mc 6,7-13).

Jésus sait d’expérience que pour libérer les autres (« chasser les démons »), il faut d’abord être soi-même libéré de toute possession. Pour être plus fort que le mal, (« il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais »), il leur faut être libre de toute soif de pouvoir économique ou social.

Pour être au service, Jésus a voulu que son Église soit pauvre.

Chaque fois que les chrétiens ont oublié cette prescription, l’Église a commencé à décliner spirituellement, même si elle s’installait socialement. Chaque fois que les réformateurs l’ont ramené à cet ordre évangélique (les ermites, François d’Assise, Charles de Foucauld ou autres), elle a retrouvé un rayonnement bien au-delà de ses appartenances.

 

Pour une Église servante et pauvre

« Pour une Église servante et pauvre » : ce leitmotiv du concile Vatican II a entraîné un renouveau en profondeur, des favelas d’Amérique latine aux bidonvilles de Calcutta en passant par les ‘igloos’ du quart-monde en Europe (cabanes de tôle où se réfugiaient les familles dans les cités d’urgence).

Il se pourrait que cet élan conciliaire soit aujourd’hui mis à mal et contesté par de jeunes générations rêvant de reconquête et de pouvoir sur les masses. Mais ce serait une illusion de croire que l’avenir de l’Église passe par la puissance sociale et institutionnelle.

D’autres Églises, notamment baptistes et pentecôtistes, vivent à la lettre la finale de notre évangile de ce dimanche : chasser les démons, faire des onctions d’huile pour guérir les malades etc. On connaît les rassemblements charismatiques spectaculaires où des milliers de personnes proclament leur conversion et disent être guéris, libérés. Si tout cela s’accompagne du désintéressement prescrit par Jésus à ses apôtres, rien à redire. Si par contre ce soi-disant service se traduit en sommes d’argents mirobolantes, en domination d’un leader sur ses convertis, en lutte insensée pour prendre le pouvoir sur une société supposée pervertie (cf. les scandales des télévangélistes aux USA), alors l’avertissement du Christ résonne comme une mise en garde : « n’emportez rien pour la route… ».

Évidemment, il faut bien quelques moyens matériels pour vivre. Jésus n’est pas naïf. Il est même très réaliste en revendiquant l’efficacité de sa pauvreté apostolique :« Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni besace, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ?  ’De rien’, dirent-ils. » (Lc 22,35)  Il sait que l’hospitalité ne manquera jamais à ceux qui se dévouent pour les autres. La nourriture sera offerte à ceux qui se dépensent sans compter pour la communauté. Comme le dira Paul en parlant de son ministère : « tout ouvrier mérite son salaire ». Il est juste que l’apôtre reçoive de ceux à qui il est envoyé. Ce qui l’amène d’ailleurs à faire l’expérience de la dépendance, par amour. Les bonzes tibétains doivent mendier leur bol de riz dans la rue. Les ouvriers de l’Évangile doivent compter sur la générosité de ceux à qui ils annoncent l’Évangile, sans esprit d’accumulation ni de domination.

Tel est bien le sens du denier de l’Église par exemple. Indispensable aux diocèses et aux paroisses pour survivre, il dépend entièrement de la libre générosité des habitants ; il traduit leur attachement à l’Église et aux services qu’elle leur procure; il est suffisant pour vivre (à peine en réalité, car sans les legs et les dons le déficit serait grand) mais pas pour s’enrichir. Et c’est très bien ainsi !

Le vrai enjeu pour chacun est d’examiner ce qu’il possède : ma richesse est-elle un obstacle au service des autres ? Suis-je assez libre pour servir avec désintéressement ? Pour accepter d’être envoyé quelque part « sans pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans la ceinture » ?

Et bien sûr on peut étendre cette pauvreté matérielle à toute forme de pauvreté « en esprit » (Mt 5) : être envoyé ailleurs, que ce soit dans un cadre professionnel, associatif ou ecclésial, suppose un réel détachement intérieur, en ne possédant pas trop de certitudes, de jugements établis ou de positions dominantes qui empêcheraient de se mettre au service de ceux vers qui nous sommes envoyés.

Amos dans la première lecture témoigne qu’il n’a pas recherché la mission de prophète qui lui est tombée dessus. « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël » (Am 7,15). Il a quitté son troupeau, s’est frotté au roi d’Israël, il n’a gagné ni terre, ni argent ni titre dans cette mission. 

Sa pauvreté à lui était d’aller « les mains nues » au devant des inconnus que Dieu lui désignait.

Cette pauvreté est toujours la nôtre. Conjuguée à une simplicité de vie matérielle, elle sera le ferment le plus puissant de la nouvelle évangélisation de notre vieux continent…

 

Plus on possède, moins on est mobile.

Plus on accumule, moins il est facile de se laisser envoyer ailleurs.

Tous ceux qui ont déménagé souvent le savent d’expérience !

Tout en gardant « un bâton pour la route », à quelle simplification matérielle sommes-nous appelés pour mieux répondre à l’appel du Christ ?

 

1ère lecture : La mission divine du prophète (Am 7, 12-15)

Lecture du livre d’Amos

Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Va-t’en d’ici avec tes visions, enfuis-toi au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser ; car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume.»
Amos répondit à Amazias : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ »

Psaume : 84, 9ab.10, 11-12, 13-14

R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? 
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple. 
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

2ème lecture : Dieu nous a choisis depuis toujours (brève : 3-10) (Ep 1, 3-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ. En lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ : voilà ce qu’il a voulu dans sa bienveillance, à la louange de sa gloire, de cette grâce dont il nous a comblés en son Fils bien-aimé, qui nous obtient par son sang la rédemption, le pardon de nos fautes. Elle est inépuisable, la grâce par laquelle Dieu nous a remplis de sagesse et d’intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté, de ce qu’il prévoyait dans le Christ pour le moment où les temps seraient accomplis ; dans sa bienveillance, il projetait de saisir l’univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. 
En lui, Dieu nous a d’avance destinés à devenir son peuple ; car lui, qui réalise tout ce qu’il a décidé, il a voulu que nous soyons ceux qui d’avance avaient espéré dans le Christ, à la louange de sa gloire. Dans le Christ, vous aussi, vous avez écouté la parole de vérité, la Bonne Nouvelle de votre salut ; en lui, devenus des croyants, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit que Dieu avait promis, c’est la première avance qu’il nous a faite sur l’héritage dont nous prendrons possession au jour de la délivrance finale, à la louange de sa gloire.

Evangile : Jésus envoie les Douze appeler les hommes à la conversion (Mc 6, 7-13)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Sur toute la terre est proclamée la Parole, et la Bonne Nouvelle aux limites du monde. Alléluia. (cf. Ps 18, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais, et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton ; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture.
« Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir.
Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Patrick Braud

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25 septembre 2010

Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?

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Où est la bénédiction ? Où est le scandale ?

dans la richesse, ou la pauvreté ?

 

 

Homélie du 25/09/2010

26° Dimanche du temps ordinaire / Année C

 

·      Les textes de ce dimanche sont encore fois à connotation très économique ! Décidément, on ne peut pas soupçonner la Bible de se désintéresser des enjeux économiques et sociaux, au contraire.

Amos tonne contre la « bande des vautrés » qui oublie l’alliance d’Israël avec Dieu, et à cause de cela précipite le peuple dans la catastrophe de la déportation. Le scandale des riches étalant leur luxe façon bling-bling révèle l’idolâtrie où Israël s’est égaré.

Où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ? dans Communauté spirituelle 146Jésus, quant à lui, se sert d’une parabole pour dénoncer le scandale de la pauvreté. Que le pauvre Lazare voisine avec le riche anonyme en Israël montre qu’il y a ?quelque chose de pourri’ dans le circuit économique et la répartition des richesses.

 

·      Les attitudes issues de la Bible (ou du Coran) ont toujours hésité entre ces deux approches :

- la richesse est une bénédiction, mais la pauvreté est un scandale (qui contredit l’Alliance). C’est la ligne des textes de sagesse ou des textes de Loi dans l’Ancien Testament, et de certains courants du Nouveau Testament (Actes, Paul…).

- la richesse est un scandale, et la pauvreté est la condition privilégiée des élus de Dieu. C’est la ligne des prophètes dans l’Ancien Testament, et de Jésus (« heureux vous les pauvres ! »), de Jacques… Et à leur suite de St Benoît, François d’Assise…

 

·      De manière assez caricaturale, on présente souvent les juifs et les protestants (anglo-saxons) comme les héritiers de la première ligne de pensée, et les catholiques européens comme héritiers de la seconde. C’est un peu caricatural, car c’est oublier la grande tradition des Pères de l’Église des six premiers siècles. « Pas de pauvre chez toi » : telle était leur leitmotiv (tiré de Dt 15,4) pour réfléchir sur l’économie de l’époque. Ils n’élevaient pas tant la voix pour critiquer les riches que pour sauver les pauvres.

 

- Abraham qui reçoit ce pauvre, avait été riche, et par conséquent Dieu ne condamne pas tous les riches. Mais ce riche était pauvre de c?ur, il était humble, il était croyant, il faisait le bien (saint Augustin, sermon XIV).

 

- Ce n’était pas à cause de sa pauvreté que ce pauvre fut honoré par les anges, ni à cause de ses richesses que ce riche fut condamné aux tourments : dans le pauvre, c’est l’humilité qui fut honorée, et dans le riche, c’est l’orgueil qui fut condamné (…) Vous tous, qui que vous soyez, riches ou pauvres, apprenez à être pauvres et humbles : car on trouve des mendiants qui sont orgueilleux et des riches qui sont humbles (saint Augustin,  commentaire du Psaume LXXXV, 3).

 

- Il n’englobe pas tous les riches dans cet homme, car de même que toute pauvreté n’est pas sainte, toute richesse n’est pas criminelle : c’est la jouissance effrénée qui entache la richesse, et c’est la sainteté qui relève la pauvreté (saint Ambroise de Milan, commentaire de l’évangile selon saint Luc, VIII 13).

 

·      Où est le scandale ? Où est la bénédiction ?

Selon que l’on réponde : la richesse, où la pauvreté (en s’appuyant à chaque fois sur la Bible) ont aura des régimes économiques fort différents.

- Si la richesse est une bénédiction et la pauvreté un scandale, alors aucun complexe à avoir vis-à-vis de la réussite ou de la fortune. Au contraire, elle servira à combattre le scandale de la pauvreté, essentiellement par le don et la philanthropie d’ailleurs. Pensez par exemple à Bill Gates, qui assume son statut d’homme le plus riche de la planète (ou presque), en consacrant tout son temps depuis l’an 2000 à sa Fondation Bill et Melinda Gates. Il y consacre 95 % de sa fortune pour lutter contre les maladies et l’analphabétisme dans les pays du Sud.

 

- Si la pauvreté est une béatitude et la richesse un scandale, alors l’idéal chrétien est incarné par des moines, des religieux (François d’Assise, mère Teresa, soeur Emmanuelle…) qui échappent à la course à l’argent. Les autres chrétiens, faute de mieux, s’appliquent à leur travail en ne cherchant pas d’abord à s’enrichir.

 

·      Faut-il choisir ?

- C’est vrai que beaucoup de juifs et de protestants (et de musulmans) sont sur la première ligne.

 9782717840346 bénédiction dans Communauté spirituelleAvec d’autres : l’utopie d’éradiquer la pauvreté est présente aussi bien dans le libéralisme d’Adam Smith que dans le marxisme. Adam Smith « enquête sur les causes des richesses des nations » en 1776 justement pour comprendre comment on devient riche, et pour étendre ce mécanisme à toutes les sociétés. Le marxisme ? lui - lutte pour une société sans classes, où tout est commun, où il n’y a plus de pauvres.

Des catholiques eux aussi rêvent d’une société sans pauvres. Paul VI par exemple faisait en 1967 une lecture très politique de cette parabole, qui allait en ce sens, en l’appliquant aux rapports Nord-Sud de l’époque :

« Il ne s’agit pas seulement de vaincre la faim ni même de faire reculer la pauvreté. Le combat contre la misère, urgent et nécessaire, est insuffisant. Il s’agit de construire un monde où tout homme, sans exception de race, de religion, de nationalité, puisse vivre une vie pleinement humaine, affranchie des servitudes qui lui viennent des hommes et d’une nature insuffisamment maîtrisée; un monde où la liberté ne soit pas un vain mot et où le pauvre Lazare puisse s’asseoir à la même table que le riche. »

Paul VI, Popularum Progressio n° 47, 1967

 

- C’est vrai également que beaucoup de catholiques suivent la deuxième ligne. La volonté de régulation morale du capitalisme par exemple s’inscrit dans ce courant réaliste. « Des pauvres vous en aurez toujours parmi vous » disait Jésus (Mc 14,7 ; Mt 26,11 ; Jn 12,8). On peut juste éviter les excès, moraliser les appétits, protéger les plus faibles.

 

- Pourtant, on se prend à rêver d’un monde où la richesse des riches serait une bénédiction pour les pauvres, et où le dépouillement volontaire serait un chemin de sainteté et de bonheur pour tous.

L'abondance frugale : Pour une nouvelle solidarité

Certains parlent de « l’abondance frugale » (Jean-Baptiste de Foucauld, Ed. Odile Jacob, 2010) ou de « sobriété / simplicité volontaire et heureuse » (cf. par ex. : MONGEAU, Serge : La simplicité volontaire, plus que jamais? Ed. Écosociété, Montréal, 1998? à ne pas confondre avec la décroissance?).

Adam Smith faisait déjà l’éloge de l’opulence nouvelle alliée à « la frugalité de nos pères » :

« Voilà ce que fait le prodigue : en ne bornant pas sa dépense à son revenu, il entame son capital. Comme un homme qui dissipe à quelque usage profane les revenus d’une fondation pieuse, il paye des salaires à la fainéantise avec ces fonds que la frugalité de nos pères avait pour ainsi dire consacrés à l’entretien de l’industrie. »

Et Smith n’oubliait pas de conjuguer l’opulence et la frugalité avec la sympathie pour l’autre, c’est-à-dire le désir d’être aimé, respecté, dans la confiance et la réciprocité.

·      Alors : où est la bénédiction ? Où est le scandale ? dans la richesse, ou la pauvreté ?

 

Ne répondons pas trop vite…

 

 

 

1ère lecture : Contre le gaspillage insolent des riches (Am 6, 1a.4-7)

Malheur à ceux qui vivent bien tranquilles dans Jérusalem, et à ceux qui se croient en sécurité sur la montagne de Samarie.
Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les meilleurs agneaux du troupeau, les veaux les plus tendres ; ils improvisent au son de la harpe, ils inventent, comme David, des instruments de musique ; ils boivent le vin à même les amphores, ils se frottent avec des parfums de luxe, mais ils ne se tourmentent guère du désastre d’Israël !
C’est pourquoi maintenant ils vont être déportés, ils seront les premiers des déportés ; et la bande des vautrés n’existera plus.

 

Psaume : Ps 145, 5a.6c.7ab, 7c-8, 9-10a

 

R/ Chantons le Seigneur : il comble les pauvres !

Heureux qui s’appuie sur le Seigneur son Dieu ;
il garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés,
aux affamés, il donne le pain.

Le Seigneur délie les enchaînés,
le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes.

Le Seigneur protège l’étranger,
il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera !

 

2ème lecture : Vivre la foi au Christ (1Tm 6, 11-16)

Toi, l’homme de Dieu, cherche à être juste et religieux, vis dans la foi et l’amour, la persévérance et la douceur.
Continue à bien te battre pour la foi, et tu obtiendras la vie éternelle ; c’est à elle que tu as été appelé, c’est pour elle que tu as été capable d’une si belle affirmation de ta foi devant de nombreux témoins.
Et maintenant, en présence de Dieu qui donne vie à toutes choses, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une si belle affirmation, voici ce que je t’ordonne :
garde le commandement du Seigneur, en demeurant irréprochable et droit jusqu’au moment où se manifestera notre Seigneur Jésus Christ.
Celui qui fera paraître le Christ au temps fixé, c’est le Souverain unique et bienheureux,le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs,
le seul qui possède l’immortalité,lui qui habite la lumière inaccessible,lui que personne n’a jamais vu,et que personne ne peut voir. A lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

 

Evangile : Parabole du riche et de Lazare (Lc 16, 19-31)

Jésus disait cette parabole :
« Il y avait un homme riche, qui portait des vêtements de luxe et faisait chaque jour des festins somptueux.
Un pauvre, nommé Lazare, était couché devant le portail, couvert de plaies.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais c’étaient plutôt les chiens qui venaient lécher ses plaies.
Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; il leva les yeux et vit de loin Abraham avec Lazare tout près de lui.
Alors il cria : ‘Abraham, mon père, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. ?
Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : Tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur. Maintenant il trouve ici la consolation, et toi, c’est ton tour de souffrir.
De plus, un grand abîme a été mis entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient aller vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne vienne pas vers nous.’
Le riche répliqua : ‘Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
J’ai cinq frères : qu’il les avertisse pour qu’ils ne viennent pas, eux aussi, dans ce lieu de torture ! »
Abraham lui dit : ‘Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
- Non, père Abraham, dit le riche, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.’
Abraham répondit : ‘S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.’ »
Patrick Braud

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