L'homelie du dimanche

31 janvier 2017

Mesdames-Messieurs les candidats, avez-vous lu Isaïe ?

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Mesdames-Messieurs les candidats, avez-vous lu Isaïe ?

Homélie du 5° dimanche du temps ordinaire / année A
05/02/2017

Cf. également :

On n’est pas dans le monde des Bisounours !

L’Église et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ?

Le coup de gueule de saint Jacques

La bande des vautrés n’existera plus

Maison de prière pour tous les peuples

Nourriture contre travail ?


Demandez le programme !

Lisez à haute voix la première lecture de ce dimanche, en y mettant quelques intonations « de bruit et de fureur » :

Ainsi parle le Seigneur : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi. (Is 58, 7-10)

Afficher l'image d'origineVous croiriez presque avoir en main le programme de Mélenchon pour les élections présidentielles de 2017 ! Il y a bien des résonances entre ce que le prophète Isaïe met sur les lèvres de Dieu lui-même et les propositions politiques des révoltés d’aujourd’hui : partager avec les pauvres, délivrer de la domination financière, accueillir les sans-abri, rétablir la justice…

Une différence – majeure – est qu’Isaïe s’adresse à chacun en l’appelant à pratiquer lui-même, chez lui en premier, la justice et le respect de la liberté de chacun envers les pauvres, alors que les programmes l’attendent de la fiscalité, de l’État, des réformes institutionnelles, bref : des autres.

C’est en Amérique latine que cette lecture d’Isaïe et les autres textes bibliques parlant des pauvres a produit la forme la plus aboutie d’engagement social, qu’on appelle la théologie de la libération.

 

Qu’est-ce que la théologie de la libération ?

Les théologiens les plus marquants de ce courant la définissent comme une pratique de libération des opprimés :

« La théologie de la libération cherche à articuler une lecture de la réalité à partir des pauvres et en vue de la libération des pauvres ; elle utilise en fonction de cela les sciences de l’homme et de la société, elle médite théologiquement et postule des actions pastorales qui facilitent la marche des opprimés » (Léonardo Boff, De la libération, 1984)

On pourrait dire que c’est notre texte d’Isaïe traduit en réformes sociales et politiques, suite à une analyse des inégalités et injustices se produisant dans la société actuelle. Plus qu’une idéologie, ce courant se voulait au départ porté par les pauvres et pour eux, par le biais notamment des multitudes de communautés ecclésiales de base (CEB) où la Bible est élue et interprétée par tous dans le sens de la libération des opprimés.

Le moment fondateur fut la Conférence de l’épiscopat latino-américain à Medellin en 1968, où l’on utilisa allègrement le terme libération. Selon Leonardo Boff, cette époque était marquée par « une indignation éthique devant la pauvreté et la marginalisation de grandes masses ». D’où la nécessité d’une théologie vécue et écrite « de l’envers de l‘histoire », d’après l’expression de Gustavo Gutierrez. De très nombreux religieux, des prêtres, prirent fait et cause pour les classes paupérisées, n’hésitant pas à joindre des mouvements sociaux et politiques. Ils mirent en place la création des communautés ecclésiales de base, organisèrent des systèmes d’éducation populaires etc.

Benoit XVI et la théologie de la libération dans 2 P Benoit XVI theologie-de-la-liberation-2-300x224On se souvient que des dérives sont alors apparues, liées à l’utilisation de la grille marxiste (on est dans les années 60) pour analyser les causes de la pauvreté en termes de classes antagonistes et de rapports de force à inverser. L’image de Jean-Paul II réprimandant Ernesto Cardenal en 1983 à sa descente d’avion (prêtre et ministre sandiniste) au Nicaragua reste dans la mémoire comme un avertissement fait à une déviation idéologique insupportable, où la théologie de la libération perdait sa saveur biblique en s’inféodant au marxisme.

Le premier texte officiel romain (1984) sur la théologie de la libération fut logiquement très négatif, allumant un contre-feu pour stopper cette dérive. La Congrégation pour la doctrine de la foi, présidée par un certain cardinal Ratzinger, y accusait la théologie de la libération d’introduire, sans recul critique, l’analyse marxiste à l’intérieur du discours théologique. « Cet emprunt à l’idéologie totalisante du marxisme a pour conséquence une perversion de la foi chrétienne », expliquait Mgr Ratzinger, en faisant référence à la politisation radicale des affirmations de la foi (Jésus aurait été un leader révolutionnaire) et aux jugements théologiques, notamment la théorisation de l’Église du peuple de Dieu comme Église de classe.

Une fois ces premiers excès écartés, les pauvres d’Amérique latine ont pourtant continué à lire les prophètes bibliques invitant à la libération de toute forme de servitude, et ont continué à s’engager pour le respect des droits des pauvres. Avec des figures remarquables : Dom Helder Camara (archevêque d’Olinda et de Recife au Brésil : « Je nourris un pauvre et l’on me dit que je suis un saint. Je demande pourquoi le pauvre n’a pas de quoi se nourrir et l’on me traite de communiste »), Mgr Oscar Romero (assassiné en 1980 pour avoir dénoncé la répression de l’armée et l’oligarchie au pouvoir alors qu’il célébrait l’eucharistie) etc.

Du coup, un deuxième texte romain (1986) est paru, faisant une relecture beaucoup plus positive de cette expérience populaire. Le cardinal Ratzinger pouvait y reconnaître désormais un apport fondamental au trésor commun de toute l’Église : l’option préférentielle pour les pauvres. C’est devenu un des concepts clés de la Doctrine sociale de l’Église.

« Il faut réaffirmer, dans toute sa force, l’option préférentielle pour les pauvres : C’est là une option, ou une forme spéciale de priorité dans la pratique de la charité chrétienne dont témoigne toute la tradition de l’Église. Elle concerne la vie de chaque chrétien, en tant qu’il imite la vie du Christ, mais elle s’applique également à nos responsabilités sociales et donc à notre façon de vivre, aux décisions que nous avons à prendre de manière cohérente au sujet de la propriété et de l’usage des biens. Mais aujourd’hui, étant donné la dimension mondiale qu’a prise la question sociale, cet amour préférentiel, de même que les décisions qu’il nous inspire, ne peut pas ne pas embrasser les multitudes immenses des affamés, des mendiants, des sans-abri, des personnes sans assistance médicale et, par-dessus tout, sans espérance d’un avenir meilleur ». (Compendium de la Doctrine sociale de l’Église n° 182)

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Construire la société (droit, justice, économie, politique…) à partir des plus pauvres, traduire en actes – individuels et collectifs – cette option (ou amour) préférentielle  (mais non exclusive des riches !) est donc l’honneur du politique. Il est juste de lire Isaïe devant les candidats de 2017 et de leur demander : êtes-vous d’accord avec ces priorités ? Comment comptez-vous nous aider à les mettre en œuvre ? Et les mettre en œuvre au sein de l’État ?

 

Un drôle de crucifix

Le pape François est-il un théologien de la libération ? Un cadeau a fortement intrigué – voire scandalisé - beaucoup d’observateurs : le président bolivien Evo Morales a offert au pape François lors de sa visite en Amérique du Sud un crucifix en forme de faucille et de marteau [1]. Les conservateurs romains eurent vite fait de propager la fausse rumeur : le pape serait-il marxiste sous couvert de défendre les pauvres ?

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En Argentine, le cardinal Bergoglio a longuement fréquenté et vécu avec les communautés ecclésiales de base. En tant que provincial jésuite, il a parcouru une bonne partie de l’Amérique latine et pris le temps de voir, d’écouter les paysans, les ouvriers, les chrétiens de la base réclamant des réformes au nom du dieu d’Isaïe. C’est pourquoi le pape François parle plus volontiers de théologie du peuple que de la libération. Cette théologie « recherche les chemins de la libération intégrale de notre peuple, en mettant en avant la nouveauté évangélique, sans tomber dans les réductions idéologiques » disait le futur pape François. Car le peuple a ce sens de la foi (sensus fidei) qui lui fait lire les prophètes bibliques, les Évangiles et toute la foi chrétienne comme un appel à la réconciliation de tous dans le respect des plus petits (et non à la lutte des classes remplaçant une dictature par une autre). Alors que les théologiens de la libération identifient le Peuple de Dieu au peuple comme classe, la théologie du peuple entend le « Peuple de Dieu » comme les peuples de la terre, chacun avec sa culture propre et son enracinement. En Amérique latine, les garants de la culture et des valeurs de chaque peuple sont avant tout les pauvres. Ce sont eux qui maintiennent vivante la notion de peuple, qui sont le plus attachés à leur culture. D’où une sollicitude et une attention supplémentaires aux pauvres. D’où l’importance, pour la théologie du peuple que prône le pape, de l’évangélisation de la culture, et de l’inculturation de l’Évangile. En plus de la justice sociale et de la lutte évangélique pour le respect des plus humbles.

 

En vue des élections de 2017

Afficher l'image d'origineLe Christ nous appelle à être sel de la Terre et lumière du monde dans l’évangile de ce dimanche. Cela vaut pour notre participation au débat politique ! Avons-nous à cœur de relire Isaïe et tous nos prophètes pour préparer cette échéance ? Serons-nous discerner les exigences concernant chacun individuellement et tous collectivement ? Aurons-nous le courage d’interpeller les candidats à la présidentielle – et aux législatives ! – sur le partage avec les pauvres, l’accueil des sans-abri, le combat contre toute forme d’oppression, de servitude et de haine [2] ?

La Fondation Abbé Pierre publie son 22° rapport sur le mal logement en France. Elle va rencontrer tous les candidats à la présidentielle pour leur soumettre ses propositions sur le logement

cf. http://www.fondation-abbe-pierre.fr/nos-actions/comprendre-et-interpeller/31-janvier-2017-22e-rapport-sur-letat-du-mal-logement-de-la-fondation 

Voilà une action exemplaire qui montre comment la foi chrétienne peut être active pour transformer la condition des plus démunis.

Au-delà de notre vote, si nécessaire, porterons-nous l’option préférentielle pour les pauvres au cœur de nos responsabilités professionnelles et nos engagements associatifs ? de notre vie familiale, de quartier… ?

 


[1] . Le crucifix offert par le président bolivien Evo Morales est une réplique de celui en bois que tailla, dans les années 1970, le jésuite espagnol Luis Espinal, en forme de faucille et marteau, sur lequel il fixa le Christ de ses premiers vœux de religieux (il fut ordonné en 1962 en Catalogne). Il mena à partir de 1968, date de son arrivée en Colombie, un apostolat engagé auprès des pauvres, comme journaliste et réalisateur de films qui dénonçaient les injustices et les abus de la dictature militaire. Il participa également aux grèves des mineurs et des travailleurs. Le 21 Mars 1980, il fut enlevé, torturé, et finalement abattu sur ordre du dictateur luis Garcia Meza Tejada. Avant son entretien avec le président Morales, le pape François alla se recueillir devant la croix érigée à l’entrée du quartier d’Achachicala, à La Paz, où fut retrouvé le corps supplicié du prêtre, et loua le courage de ce défenseur du droit des opprimés: « Il prêcha l’évangile, cet évangile qui nous apporte la liberté, qui nous rend libre, comme tout enfant de Dieu ».

[2] . cf. Conseil permanent de la conférence des évêques de France, Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique, Octobre 2016.

 

 

1ère lecture : « Ta lumière jaillira comme l’aurore » (Is 58, 7-10)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : Partage ton pain avec celui qui a faim, accueille chez toi les pauvres sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront vite. Devant toi marchera ta justice, et la gloire du Seigneur fermera la marche. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi, tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi.

Psaume : Ps 111 (112),.4-5, 6-7, 8a.9

R/ Lumière des cœurs droits, le juste s’est levé dans les ténèbres. ou : Alléluia ! (cf. Ps 111, 4)

Lumière des cœurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
homme de justice, de tendresse et de pitié.
L’homme de bien a pitié, il partage ;
il mène ses affaires avec droiture.

Cet homme jamais ne tombera ;
toujours on fera mémoire du juste.
Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
le cœur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.

Son cœur est confiant, il ne craint pas.
À pleines mains, il donne au pauvre ;
à jamais se maintiendra sa justice,
sa puissance grandira, et sa gloire

2ème lecture : « Je suis venu vous annoncer le mystère du Christ crucifié » (1 Co 2, 1-5)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je me suis présenté à vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien d’un langage de sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi repose, non pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Evangile : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5, 13-16)
Acclamation :Alléluia. Alléluia.
Moi, je suis la lumière du monde, dit le Seigneur. Celui qui me suit aura la lumière de la vie.
Alléluia.(cf. Jn 8, 12)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, avec quoi sera-t-il salé ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Patrick BRAUD

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2 septembre 2015

La revanche de Dieu et la nôtre

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La revanche de Dieu et la nôtre

Homélie du 23° Dimanche du temps ordinaire / Année B
06/09/2015

Le retour de Dieu sur la scène publique

« La revanche de Dieu ».

La revanche de Dieu et la nôtre dans Communauté spirituelle 925310991La formule d’Isaïe dans notre première lecture est devenue célèbre :

« Dites aux gens qui s’affolent : ‘Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver’. » (Is 35, 4-7)

Le livre éponyme de Gilles Kepel [1] en 1991 a fait date en France. Il y expliquait pourquoi et comment la question de Dieu et de la religion – que les Lumières en Europe et la laïcité en France avec cru faire disparaître de la sphère publique – revenait en force dans tous nos débats de société. Depuis, ce constat s’est d’ailleurs renforcé : voile islamique, cantines et halal, djihadistes français, « je ne suis pas Charlie »… : les sujets foisonnent où la religion - et singulièrement l’islam – redevient une dimension essentielle du fameux « vivre ensemble républicain ». De quoi faire se retourner le petit père Combes dans sa tombe !

La raison pour Gilles Kepel de cette revanche de Dieu dans la vie publique réside dans le retournement des arguments des Lumières contre la raison elle-même. Les promesses de l’émancipation révolutionnaire n’ont pas été tenues. Pire encore, les ‘désillusions du progrès’ (Raymond Aron) font douter de l’idée de bonheur prophétisée par les idéaux du XVIIIe siècle. La science devient dangereuse pour l’homme et manipule la dignité humaine. La technique devient catastrophique, et la protestation écologique a bien du mal à endiguer sa domination destructrice. L’économie mondialisée continue à générer des inégalités monstrueuses et de plus en plus répandues. La question de l’infini n’en finit pas de tarauder l’inconscient collectif, et l’au delà de la mort – un hors champ  pour les Lumières – ne disparaît pas de la quête individuelle et collective, etc. Les religions monothéistes ont bien saisi qu’il y avait là un moment favorable pour partir à la reconquête de l’espace social.

Projections 2050 Pew Research Center

Une très sérieuse étude du Pew Research Center estime que les sans-religion (‘unaffiliated’) baisseront de 16,4% à 13,2% de la population mondiale entre 2010 et 2050 [2]

La phrase attribuée à Malraux sur le retour du religieux au 21° siècle s’avère être une bonne prévision sociologique !

 

 

Dans cet océan de religiosité, la France reste un îlot singulier, puisque les sans religion deviendront majoritaires, à 44% de la population, alors qu’en 2010 les chrétiens (= baptisés) sont encore à 63%.

 

Serait-ce donc cela, la revanche de Dieu prophétisée par Isaïe ? Serait-ce le retour en force sur la scène publique - quelquefois violent - du sentiment religieux décidément incontournable ?

Oui et non, pourrait-on dire.

- Oui, car vivre comme si Dieu n’existait pas est bien une idée folle, et finalement idolâtre, que la Bible dénonce comme une situation meurtrière, une illusion génératrice de violence et d’inhumanité. En ce sens, Dieu prend sa revanche lorsque l’homme découvre qu’il ne peut vivre sans lui.

- Non, car la revanche dont parle Isaïe n’est pas celle des sociologues et des historiens.

Elle comporte au moins deux différences que les chrétiens devront affirmer haut et fort face aux autres revanches terriblement mises en œuvre par des nostalgiques ou des fanatiques de toutes obédiences :

1) La revanche de Dieu n’est pas une vengeance.

2) La revanche de Dieu se mesure à l’assomption des petits et des pauvres.

Approfondissons chacun de ces deux points.

 

1) Prendre sa revanche sans se venger

La tentation existe de confondre revanche et vengeance.

Isaïe semble être encore tributaire de cette confusion, puisqu’il cite les deux dans la même phrase. Mais ce n’est pas du tout la même chose. Car finalement c’est bien le salut qui en jeu grâce à la revanche divine : « Dieu vient lui-même et va vous sauver », annonce Isaïe (Is 35,7). Pas question ici de supplicier les offenseurs d’Israël pour les punir, mais de donner la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, la marche aux boiteux, la parole aux muets etc.

La Bible se méfie de la vengeance et du cercle infernal de représailles successives qu’elle engendre. Déjà la loi du talion avait pour mission de restreindre la violence en infligeant des peines justement proportionnées au mal subi : un œil pour un oeil, pas deux ;  une dent pour une dent, pas deux. Le but de la justice biblique n’est pas de se venger, mais d’arrêter la violence.


Le Christ ira au bout de cette logique du talion en demandant d’aimer ses ennemis et de tendre l’autre joue à celui qui te frappe.

Se venger n’est donc pas dans les mœurs de Dieu.

Il fait tomber la pluie sur les bons comme sur les méchants. Il ne désire pas la mort du pécheur mais qu’il change de vie en se détournant du mal.

Se venger est dirigé contre l’agresseur, alors que prendre sa revanche est dirigé vers un avenir positif.

La revanche de Dieu, pour Isaïe, c’est faire revenir Israël sur sa terre. Pour le psaume 145, c’est garantir la sécurité des pauvres, de la veuve, de l’orphelin, de l’immigré. Pour les évangiles, la revanche de Dieu c’est la promotion des pauvres grâce aux guérisons de  Jésus et à leur réintégration sociale. Et finalement, l’ultime revanche de Dieu sera la résurrection de Jésus, sa victoire sur le mal et la mort annonçant nos propres victoires dès maintenant et au delà.

La vengeance est contre quelqu’un.

La revanche de Dieu est pour les humbles.


Nous pouvons donc nous aussi, en participant à la nature divine, être capables de renoncer à la vengeance et 10799-gf Dieu dans Communauté spirituellede convertir le mal subi en énergie positive afin de servir le bien commun.

C‘est par exemple Stephen Hawking prenant sa revanche sur la maladie en développant une pensée scientifique puissante. C’est Martin Gray se remettant à aimer alors que par deux fois sa famille a été anéantie (dans les camps nazis, puis par un incendie). C’est le père Joseph Wresinski, originaire des bas quartiers populaires d’Angers, qui fonde ATD Quart Monde. C’est même le peuple hébreu, qui prend sa revanche sur la Shoah en créant Israël (hélas, en retombant régulièrement dans la confusion avec la vengeance et ses représailles…). C’est Jean-Paul II - saint Jean-Paul II – qui prend sa revanche sur le communisme en ouvrant aux pays de l’Est la porte de la foi sans peur etc.

Chacun de nous est appelé à creuser cette distinction vengeance / revanche : comment prendre ma revanche (en faisant réussir tel projet ambitieux, en tirant profit de l’épreuve etc.) sans me venger de l’autre (conjoint, collègues, syndicaliste, patron, voisin…) ?

 

2) En revanche, c’est l’assomption des petits qui compte

Ce critère là d’une revanche authentiquement divine rejoint le concept d’option préférentielle pour les pauvres de la Doctrine sociale de l’Église.

Convertir l’offense subie en expérience de solidarité avec les plus pauvres, pour les faire grandir, les libérer, est un marqueur de la revanche authentique.

Isaïe annonce une espérance pour les aveugles, les sourds, les boiteux, les muets… Le psaume 145 énumère les oubliés à qui Dieu va rendre justice : opprimés, affamés, enchaînés, veuves, orphelins, étrangers… L’évangile montre Jésus libérant un sourd, parlant mal, et étranger (cf. Mc 7, 31-37)…

Malgré les violences raciales qui empoisonnent encore la vie des USA, la présidence de Barak Obama incarne la revanche de l’idéal américain sur l’esclavagisme et le ségrégationnisme des XVIIIe - XXe siècles. Un noir peut désormais devenir président de n’importe quel État.

Malgré les dérives eugénistes toujours actives, la revanche sur le handicap est d’accompagner dès la naissance – voire dès la conception - ceux d’entre nous qu’on enfermait autrefois dans des hôpitaux psychiatriques ou centres spécialisés et inhumains.

Un jour, la revanche de Dieu se manifestera pour ceux qui sont actuellement les méprisés de notre société : les familles des bidonvilles, les ombres clochardes sur nos trottoirs, les non-nés parce que non-désirés, les migrants pourchassés etc.

À chacun de se poser la question : comment convertir la violence subie en énergie pour faire réussir les petits d’aujourd’hui ?

Comment me détourner du passé douloureux pour me mobiliser au service de ceux vers qui il m’a projeté ?

 

Prendre sa revanche sans se venger.

Une revanche au service des plus petits.

Que l’Esprit du Christ nous initie à participer ainsi à la véritable revanche de Dieu.

 


[1]. KEPEL Gilles, La Revanche de Dieu. Chrétiens, juifs et musulmans à la reconquête du monde, Paris, Le Seuil, « Points », 1991, 282 p.

 

 Une première vidéo très courte résumant les projections du Pew research Center :

Une deuxième vidéo détaillant ces évolutions (pensez à mettre les sous-titres : cela vous aidera…)

 

1ère lecture : La revanche de Dieu (Is 35, 4-7a)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Dites aux gens qui s’affolent : « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. » Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie ; car l’eau jaillira dans le désert, des torrents dans le pays aride. La terre brûlante se changera en lac, la région de la soif, en eaux jaillissantes.

Psaume : Ps 145 (146), 6c-7, 8-9a, 9bc-10
R/ Je veux louer le Seigneur, tant que je vis.
ou : Alléluia. (Ps 145, 2)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

2ème lecture : « Dieu n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres pour en faire des héritiers du Royaume ? » (Jc 2, 1-5)
Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères, dans votre foi en Jésus Christ, notre Seigneur de gloire, n’ayez aucune partialité envers les personnes. Imaginons que, dans votre assemblée, arrivent en même temps un homme au vêtement rutilant, portant une bague en or, et un pauvre au vêtement sale. Vous tournez vos regards vers celui qui porte le vêtement rutilant et vous lui dites : « Assieds-toi ici, en bonne place » ; et vous dites au pauvre : « Toi, reste là debout », ou bien : « Assieds-toi au bas de mon marchepied. » Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? 

Evangile : « Il fait entendre les sourds et parler les muets »(Mc 7, 31-37)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Jésus proclamait l’Évangile du Royaume et guérissait toute maladie dans le peuple.
Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler, et supplient Jésus de poser la main sur lui. Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient. Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
Patrick BRAUD

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2 octobre 2014

Les sans-dents, pierre angulaire

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Les sans-dents, pierre angulaire

Homélie du 27° dimanche du temps ordinaire / Année A
05/10/14

Une émotion rassurante

Valérie Trierweiler écrit dans son livre choc ‘Merci pour ce moment’ que François Hollande « s’est présenté comme l’homme qui n’aime pas les riches. En réalité, le président n’aime pas les pauvres ». Elle poursuit : « Lui, l’homme de gauche, dit en privé: “les sans-dents” très fier de son trait d’humour. »

En écrivant que François Hollande se moquait des sans-dents, Valérie Trierweiler a suscité une énorme émotion, qui allait de l’indignation à la méfiance devant une telle outrance.

Que ses propos soient vrais ou non, la réaction générale fut plutôt rassurante. Traiter de sans-dents les pauvres, les exclus de Les sans-dents, pierre angulaire dans Communauté spirituellenotre société qui n’ont – c’est vrai - pas les moyens de soigner leur dentition est proprement insupportable. Le mépris ordinaire se change là en insulte dégradante. La gêne quotidienne devant les mendiants, SDF et autres silhouettes fantomatiques des couloirs du métro et des cartons-pour-dormir se transforme là on attaque déshumanisante. Que les laissés-pour-compte engendrent un certain malaise quand on les croise, chacun s’y habitue, hélas. Mais là, trop c’est trop ! On sent bien que c’est tout le lien social qui risque de se déchirer si un minimum de respect et de considération n’est pas accordé aux damnés de la terre.

Remarquez au passage combien est exacte malheureusement la description cinglante des sans-dents. Effectivement, les plus pauvres se reconnaissent à une dentition effroyable, à un sourire qui n’a rien d’étincelant. La survie dans la rue ou les squats est peu compatible avec l’hygiène et les soins dentaires. Rajoutez la chevelure qui la plupart du temps est devenue clairsemée et filasse, le visage portant la trace de la galère à travers bien des rides, cicatrices et autres crevasses où la peau n’a plus guère de fleur, et vous aurez un portrait réaliste de la misère, instinctivement repoussante.

 

Jésus et les sans-dents

Pourquoi rappeler cette charge (juste ou injuste, seuls eux le savent) d’une femme trahie et jalouse envers son ex-compagnon ?

0eff19e9 angulaire dans Communauté spirituelleParce que l’indignation suscitée nous rappelle qu’il y a des limites à fixer au mépris des pauvres.
Parce que notre évangile de ce dimanche (Mt 21, 33-43) nous demande d’aller encore plus loin. Non seulement ne méprisons pas les exclus que nous engendrons, mais bien plus reconstruisons le lien social à partir d’eux. « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenu la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux. »

En faisant corps avec les sans-dents de son époque et de sa Palestine, Jésus est devenu lui-même un de ces rejetés devant lesquels on se bouche le nez pour ne pas subir leur déchéance. « Il n’avait plus apparence humaine » (Is 52,14) disait Isaïe en annonçant le Messie défiguré sous l’opprobre de la croix. « Je suis un ver, non pas un homme »  (Ps 22,7) gémissait le psaume que Jésus crucifié a su prier dans sa détresse.

 

Une bonne nouvelle pour les moins-que-rien

Pierre rejetée, pierre angulaire : d’habitude, on commente ce genre d’images en se plaçant du côté des bâtisseurs. Avec une conclusion fort logique : réintégrez les rejetés dans vos projets, vos constructions, si vous voulez que ce que vous construisez ne soit pas vain, promis à la destruction.

Et c’est déjà un message d’une extraordinaire portée sociale. « Si Dieu ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain » (Ps 127,1). Or la manière dont Dieu bâtit l’humanité nouvelle, c’est en partant des exclus pour en faire le pivot, le critère de réussite de la construction globale. Si donc nous voulons bâtir comme Dieu et avec lui, c’est en intégrant les exclus en amont, au fondement de nos projets que nous pourrons réussir.

Mais plaçons-nous maintenant du côté de ceux qui sont rejetés par les bâtisseurs, et le message est encore plus puissant :

Vous qui êtes humiliés aujourd’hui, Dieu vous remettra au centre.

Vous qu’on regarde à la dérobée, un jour dans le face-à-face avec Dieu vous retrouverez l’attention de vos frères.

Vous devant qui on se bouche le nez imperceptiblement lorsqu’on est obligé de vous frôler, vous êtes appelés à répandre autour de vous l’odeur même de la sainteté de Dieu !

Si vous êtes de ces invisibles qui n’apparaissent nulle part si ce n’est dans les statistiques du chômage ou de l’aide sociale, cet évangile est pour vous.

Si vous faites partie des 150 000 SDF qui en France sont à la charge des autres, ou bien des milliers d’immigrants sans existence légale, ou bien de la foule des anonymes que justement personne ne remarque parce que vous êtes en dehors des cercles qui comptent dans la société, alors réjouissez-vous : Dieu lui-même reconstruit l’humanité à partir de vous, dès maintenant.

Comment ? Vous seuls pouvez raconter.
Vous seuls pouvez témoigner de la façon dont Dieu s’y prend, à travers des rencontres, des événements, pour reconstruire des espérances autrefois ruinées.
Votre responsabilité est grande :
- proclamer à la face de tous ceux qui ont réussi que le rejet et l’exclusion n’auront pas le dernier mot.
- incarner la promesse qui a permis au Christ de traverser sa Passion : « la pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

Pourquoi ? Parce que votre expérience d’être « jeté dehors », « à l’extérieur de la vigne », peut aider les autres à devenir plus humains, si vous savez raconter et transmettre tout ce que vous apprenez de l’épreuve.

Et si vous ne faites pas partie de ce peuple de l’ombre, parce que vous avez à peu près réussi les grandes étapes de votre existence, alors prêtez l’oreille à ceux qui ont un message salutaire à vous transmettre.

40013_diaconia_440x260 exclusEt donnez-leur la parole.
Dans vos assemblées de prière, vos associations, vos  entreprises, vos quartiers, arrêtez de parler d’eux, de parler sur eux, de prier pour eux ; redonnez-leur la place qui est la leur dans votre prière, votre travail, votre vie sociale : au centre, pierre angulaire d’une nouvelle manière de vivre plus humaine et plus vraie.

L’Église est par nature le peuple des sans-dents, des invisibles, des pierres rejetées par les bâtisseurs.

Aux paroisses, communautés religieuses et diocèses de laisser les exclus occuper le centre de nos assemblées, et non pas la périphérie.

Arrêtons de parler sur la pauvreté ; laissons les plus pauvres prendre la parole au milieu de nous (cf. le rassemblement Diaconia 2013 à Lourdes) …

 

Lectures du 27° dimanche du temps ordinaire Année A 

Livre d’Isaïe 5,1-7.

Je chanterai pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau plantureux. Il en retourna la terre et en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien, je vais vous apprendre ce que je vais faire de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie. La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici l’iniquité ; il en attendait la justice, et voici les cris de détresse.

Psaume 80(79), 9-10.13-14.15-16a.19-20. 

La vigne que tu as prise à l’Égypte,
tu la replantes en chassant des nations.
Tu déblaies le sol devant elle,
tu l’enracines pour qu’elle emplisse le pays.

Pourquoi as-tu percé sa clôture ?
Tous les passants y grappillent en chemin ;
le sanglier des forêts la ravage
et les bêtes des champs la broutent.

Dieu de l’univers reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !
Seigneur, Dieu de l’univers, fais-nous revenir ;
que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés !

Lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens 4,6-9.

Frères, ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, dans l’action de grâce priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes.
Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut imaginer, gardera votre cœur et votre intelligence dans le Christ Jésus.
Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le à votre compte.
Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21,33-43.

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le moment de la vendange, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de la vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais ils furent traités de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘Ils respecteront mon fils. ‘ Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : ‘Voici l’héritier : allons-y ! tuons-le, nous aurons l’héritage ! ‘ Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit.
Patrick Braud

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28 août 2010

Un festin par dessus le marché

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Homélie du Dimanche 29 Août 2010 / Année C
22° Dimanche du temps ordinaire

 

Un festin par dessus le marché

 

« Quand tu donne un festin, n’invite pas tes amis? invite au contraire des pauvres, des estropiés, des aveugles? parce qu’ils n’ont rien à te rendre ».

·      Dans un premier temps, on se dit que cette injonction de Jésus ne peut être prise au pied de la lettre : trop difficile à suivre ! Pensez donc : on a déjà du mal à « rendre les invitations » de ceux qui nous ont accueilli à leur table ; alors inviter des inconnus ! Les « dîners en ville » se font rarement avec des handicapés ou des chômeurs?

Tenez : pensez aux mariages. Quand on a fait la liste de tous ceux qu’on doit absolument inviter au festin des noces (toujours la fameuse logique de « rendre la politesse »), il ne reste guère de place pour des gens un peu paumés, solitaires, marginaux. Même en faisant deux vitesses (le faire-part pour le cocktail et l’invitation pour le repas), il est rare de croiser à un mariage d’autres personnes que « des amis, des frères, des parents, de riches voisins »?

·      Ce constat serait presque désespérant : n’y a-t-il personne pour ouvrir sa table à ceux qui ne peuvent le leur rendre ?

En y regardant de près pourtant, on s’aperçoit que beaucoup plus de gens qu’on ne le croit pratiquent cette hospitalité.

Des jeunes par exemple donnent un ou deux ans de leur vie pour une mission humanitaire, pour une association de réinsertion, où visiblement ceux à qui ils viennent en aide ne pourront jamais leur rendre (du moins matériellement).

Un festin par dessus le marché dans Communauté spirituelle na15_2531588_1_px_501__w_ouestfrance_Ou bien des familles ouvrent leur table le Dimanche pour manger avec une personne handicapée d’un foyer de l’Arche de Jean Vanier.

D’autres accueillent pendant trois semaines d’été (par le Secours Catholique, Secours Populaire etc?) des enfants des banlieues pour leur offrir de vraies vacances où ils découvriront la mer, la montagne, les animaux de la ferme?.

D’autres encore, sans faire sonner la trompette devant eux, n’oublient jamais d’inviter à leur table de temps en temps la personne âgée isolée qui habite près de chez eux, ou la maman célibataire qui attend cette sortie comme une bouffée d’oxygène.

Des paroisses, des associations se démènent pour offrir un repas chaleureux aux SDF et autres épaves vivantes (ou du moins regardées comme telles) qui encombrent nos trottoirs?

Sans oublier les couples qui adoptent des enfants, tout en étant lucides sur les difficultés qui viendront plus tard lorsque les questions sur leur identité les perturberont plus ou moins?

Bref, regardez autour de vous avec ces lunettes du désintéressement que Jésus nous invite à chausser aujourd’hui : qui autour de moi pratique cette invitation large à ceux qui ne pourront jamais leur rendre ?

Et moi-même, où en suis-je – où en sommes-nous en famille – de cette ouverture de la table, du c?ur, à ceux qui ne m’inviteront jamais en retour ?

 

·      Les « pauvres, estropiés, boiteux, aveugles » du temps de Jésus sont toujours parmi nous. Il faudrait du coup être aveugle pour ne plus être sensible à ces solitudes et ces détresses modernes : les retraités des foyers long séjour et autres hospices-mouroirs, les sans-travail qui calculent chaque jour leur assiette au plus juste prix, les personnes handicapées qu’on parque à l’écart etc? Se couper de cet univers, c’est devenir inhumain. C’est vivre dans un autre monde sans vouloir entendre la souffrance de ceux qui « n’ont rien à rendre ».

  Festin_de_Babette désintéressement dans Communauté spirituelle

Aucune culpabilisation dans l’attitude que recommande Jésus : il ne s’agit pas de ne plus donner de festins. Au contraire, il s’agit de les multiplier, pour en faire profiter le maximum de laissés pour compte !

Il ne s’agit pas de jouer les hypocrites, ou les puritains, mais de savourer la vie à pleine bouche en s’associant des compagnons venus de l’infortune.

Nul besoin de cacher sa richesse ou sa chance : il suffit de ne pas la garder pour soi, et de ne pas la partager qu’entre soi, dans un cercle de relations privilégiées de gens qui me ressemblent trop?

·      Pourquoi agir ainsi ? Pourquoi ouvrir son festin aux marginaux et aux exclus de la société ? Pourquoi ce désintéressement prôné par Jésus ? Par souci humanitaire ? Par altruisme ?…

Le texte donne deux raisons en fait : « tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre » et « cela te sera rendu à la résurrection des justes ».

- La première raison est sans doute la plus radicale, et la plus fondamentale.

Parce que ceux à qui tu donnes ne peuvent te le rendre, tu ressembles de plus en plus à Dieu lui-même, qui donne sans compter ni calculer de retour. Tu quittes la sphère des relations marchandes : donnant-donnant, gagnant-gagnant, pour entrer dans le cercle des relations divines. C’est pourquoi ce bonheur est le plus profond : donner comme Dieu donne nous fait vivre de son bonheur à lui, « par dessus le marché ». « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout le reste vous sera donné par dessus le marché ».

François Varillon a eu cette formule géniale pour montrer comment un don sans calcul nous divinise : « il faut appeler divin l’amour qui est assez fort pour ne pas exiger la réciprocité comme condition de sa constance » (in L’humilité de Dieu).

Inviter l’autre sans calcul, sans pourquoi, sans « retour sur investissement », sans autre but que lui-même nous fait entrer dans l’intimité heureuse de Dieu : voilà la première raison du désintéressement prôné par Jésus. 

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- La deuxième raison apparaît alors comme le prolongement de cette perspective de gratuité : « cela te sera rendu à la résurrection des justes ».

Le processus de divinisation que cette pratique de l’hospitalité met en route sera pleinement accomplie et manifestée au-delà de la mort, en Dieu. « Faites-vous des trésors dans le ciel », dit Jésus ailleurs. Loin de revenir à un calcul intéressé (« acheter son paradis » !), cette perspective eschatologique (visant la fin des temps) permet de relativiser les valeurs actuelles, et d’avoir le courage d’agir comme Dieu agit, lui qui est plein d’amour « envers les bons comme envers les méchants ». Inviter ceux qui ne peuvent rien donner en retour n’est jamais qu’anticiper l’invitation que Dieu accomplira un jour en plénitude. Tout ce que nous aurons vécu ici-bas selon cette logique du « pur amour » sera récapitulé en Christ, lui qui est par excellence le don de Dieu, sans retour ni calcul ?

 

·      Alors, passons en revue cette semaine notre pratique de l’invitation à notre table, à nos finances, à nos festins de tous ordres : puisque Dieu le premier se livre à nous sans calculer le retour, à qui pouvons-nous transmettre pareille invitation ? Quels « pauvres, estropiés, aveugles » pouvons-nous avoir la joie de faire asseoir à notre table ?…

 

 

1ère lecture : Exhortation à l’humilité (Si 3, 17-18.20.28-29)

Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur.
Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur.
La puissance du Seigneur est grande, et les humbles lui rendent gloire.
La condition de l’orgueilleux est sans remède, car la racine du mal est en lui.
L’homme sensé médite les maximes de la sagesse ; l’idéal du sage, c’est une oreille qui écoute.

Psaume : Ps 67, 4-5ac, 6-7ab, 10-11

R/ Béni soit le Seigneur : il élève les humbles

Les justes sont en fête, ils exultent ;
devant la face de Dieu ils dansent de joie.
Chantez pour Dieu, jouez pour son nom.
Son nom est Le Seigneur ; dansez devant sa face.

Père des orphelins, défenseur des veuves, 
tel est Dieu dans sa sainte demeure. 
A l’isolé, Dieu accorde une maison ; 
aux captifs, il rend la liberté.

Tu répandais sur ton héritage une pluie généreuse, 
et quand il défaillait, toi, tu le soutenais. 
Sur les lieux où campait ton troupeau, 
tu le soutenais, Dieu qui es bon pour le pauvre.

2ème lecture : La fête éternelle sur la montagne de la nouvelle Alliance (He 12, 18-19.22-24a)

Frères, quand vous êtes venus vers Dieu, il n’y avait rien de matériel comme au Sinaï, pas de feu qui brûle, pas d’obscurité, de ténèbres, ni d’ouragan, pas de son de trompettes, pas de paroles prononcées par cette voix que les fils d’Israël demandèrent à ne plus entendre.

Mais vous êtes venus vers la montagne de Sion et vers la cité du Dieu vivant, la Jérusalem céleste, vers des milliers d’anges en fête
et vers l’assemblée des premiers-nés dont les noms sont inscrits dans les cieux. Vous êtes venus vers Dieu, le juge de tous les hommes, et vers les âmes des justes arrivés à la perfection.
Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une Alliance nouvelle.

Evangile : Pour avoir part au royaume de Dieu : choisir la dernière place, inviter les pauvres (Lc 14, 1a.7-14)

Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas.
Remarquant que les invités choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole :
« Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu’un de plus important que toi.
Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire : ‘Cède-lui ta place’,
et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : ‘Mon ami, avance plus haut’, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi.
Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. »
Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi t’inviteraient en retour, et la politesse te serait rendue.
Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ;
et tu seras heureux, parce qu’ils n’ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes. » 
 Patrick Braud

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