L'homelie du dimanche

16 juillet 2018

Il a détruit le mur de la haine

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Il a détruit le mur de la haine


Homélie pour le 16° dimanche du temps ordinaire / Année B
22/07/2018

Cf. également :

Medium is message
Du bon usage des leaders et du leadership
Des brebis, un berger, un loup
Le berger et la porte
La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste
Un manager nommé Jésus


Résultat de recherche d'images pour "mstislav rostropovitch mur de berlin"Vous souvenez-vous de la chute du mur de Berlin en 1989 ? De ces images incroyables où des jeunes gens abattaient à coups de pioche le symbole de la guerre froide ? Des familles d’Est et d’Ouest s’embrassant incrédules place de Magdebourg ? De Mitislav Rostropovitch venu poser son violoncelle au milieu des débris du mur pour jouer les sonates de Bach en hommage à la liberté retrouvée et au génie allemand enfin réunifié ?

C’est un peu de cette joie et beaucoup plus encore que Paul exulte en constatant que la résurrection du Christ a aboli toutes les séparations entre les hommes, au premier rang desquelles la distinction entre juifs et païens qui était alors comme un apartheid social opposant les uns et les autres :

C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine (2° lecture de ce dimanche : Ep 2, 13-18).

Paul sait de quoi il parle : pharisien, fils de pharisien, formé à la prestigieuse école de Gamaliel, il a autrefois théorisé la différence juifs / païens, et il a même usé de violence en son nom. En Christ ressuscité, ces murs de haine tombent. Plus besoin de circoncision pour mettre à part quelques-uns, car tous sont appelés. La marque spirituelle du baptême - discrète et invisible - prend le relais, car les baptisés ont pour mission de servir l’unité entre tous. Paul affirme que devant le monde nouveau de la résurrection affluant vers nous, les vieilles oppositions sociales ou même biologiques ne tiennent plus :

Il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus (Ga 3,28).

Nous n’avons pas encore tiré toutes les conséquences de cette destruction des murs de haine, entre croyants et incroyants, hommes et femmes, conditions sociales… L’Église catholique notamment a pu dans son histoire devenir complice des bâtisseurs de murs entre les peuples avec la colonisation en Afrique ou en Amérique latine, entre les sexes avec une dérive patriarcale omniprésente, entre conditions  sociales avec tant d’hésitation à promouvoir les laissés-pour-compte de la Révolution industrielle etc.

Jésus sur le mur Banque d'images - 10664885

En 1989, l’euphorie était telle qu’on pensait ne plus jamais revoir des murs par sur nos cartes de géographie (à part peut-être les restes historiques de la Grande Muraille de Chine, si symbolique elle aussi). Hélas, Donald Trump a inclus dans ses promesses électorales le projet fou d’un mur (plutôt des grillages en fait) entre le Mexique et les USA. Hélas, des kilomètres de béton vertical ont été construits par les Israéliens pour les ‘protéger’ des palestiniens. Hélas, on parle en France de construire un mur végétalisé à Calais pour séparer les migrants des zones d’embarquement etc.

Quand on totalise les longueurs de tous les murs construits entre les hommes ces  dernières années, on arrive à… la circonférence de la terre (65 murs construits et planifiés, soit 40.000 km de long). Oui, vous avez bien lu : c’est comme si un immense mur ceinturait désormais notre planète pour couper l’humanité en deux !

Carte des murs entre pays

Et ce n’est sans doute pas fini. Les pressions migratoires venant du sud sont si fortes que l’Europe va ériger d’autres frontières, terrestres maritimes, physiques  ou invisibles, pour essayer de limiter ces flux jugés inquiétants et dangereux pour l’identité et la cohésion des peuples européens.

Face à cet amer constat d’une planète se hérissant à nouveau de murs de haine en tous genres et en tous lieux, les chrétiens doivent revenir à l’expérience forte faite par Paul : communier au Christ ressuscité, c’est ne faire qu’un avec son Corps qui est l’humanité tout entière rassemblée en lui. Les haines s’appuyant sur les réelles difficultés de coexistence n’auront pas de prise sur eux. Les murs leur font horreur et ils deviendront acteurs de leur chute à nouveau. Les séparations sociales, idéologiques ou sexuelles leur apparaîtront injustes et inutiles.

Ce n’est pas un programme politique, c’est le fruit d’une expérience spirituelle.

Ce n’est pas une morale obligée, qui contraindrait par exemple les chrétiens à s’aligner sur les discours ‘droits-de-l’hommistes’ les plus clivants. Non, c’est la paisible et joyeuse découverte de Paul : la haine n’est plus possible depuis que  Christ est mort pour nous tous ; les murs sont inefficaces depuis que l’Esprit Saint a été répandu sur toute chair afin de former une seule famille humaine.

 

Histoire des murs par QuételPour les non-chrétiens, d’autres arguments devront être évoqués pour les convaincre d’abandonner ces absolutisations de nos différences.

Ainsi Elisabeth Vallet (politologue canadienne de l’université du Québec à Montréal ) identifie quatre principaux problèmes, paradoxes ou apories, causés par les murs :

· Les murs ne servent à rien car ils induisent des logiques de transgression. On a dénombré 150 tunnels sous la frontière mexicano-américaine. Les trafiquants contournent les murs et barrières par la mer avec des sous-marins ou par les airs avec des drones… Ces stratégies de contournement sont multiples, de plus en plus sophistiquées et dangereuses à mesure que les murs se renforcent.

· Les murs viennent fracturer une zone transfrontalière, donc déstructurer une économie locale.

· Alors que les passages de frontières pouvaient être pendulaires, saisonniers, temporaires – on pouvait revenir en arrière, retourner dans son pays d’origine, ces murs empêchent paradoxalement ceux qui les ont franchis de ressortir du pays où ils sont indésirables.

· Les murs « invitent les mafias à la table de la frontière ». On ne peut plus franchir un mur sans faire appel à des structures criminelles, et de plus en plus criminalisées. Une situation plus grave que le problème originel est ainsi créée.

Ce n’est pas donc seulement au nom de notre foi que nous pouvons appeler à détruire ces murs : notre raison nous y invite également.

 

Le mur de haine ne se construit pas qu’entre les peuples. Il peut séparer des proches à l’intérieur d’une même famille. Il peut s’alimenter de doctrines, libérales  ou syndicales, qui opposent des collègues au sein d’une entreprise. Il peut, brique par brique, monter à nouveau en plein cœur de chacun et l’enfermer dans ses  peurs ou ses difficultés relationnelles.

Roger Waters et les Pink Floyd chantaient dans les années 80 qu’il faut détruire ce mur où nous ne sommes qu’une brique parmi d’autres, impersonnelle et séparatrice. Le film The Wall a eu un énorme retentissement justement parce qu’il faisait appel à cette espérance d’un monde sans murs.

Unissons nos forces à celles de tous les hommes de bonne volonté pour faire tomber ces murs de haine se nourrissant de la peur et la nourrissant en retour.

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Je ramènerai le reste de mes brebis, je susciterai pour elles des pasteurs » (Jr 23, 1-6)

Lecture du livre du prophète Jérémie

Quel malheur pour vous, pasteurs ! Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage – oracle du Seigneur ! C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple : Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Eh bien ! Je vais m’occuper de vous, à cause de la malice de vos actes – oracle du Seigneur. Puis, je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leur enclos, elles seront fécondes et se multiplieront. Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue – oracle du Seigneur.
 Voici venir des jours – oracle du Seigneur, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice. En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »

Psaume
(Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6)
R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer. (cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

Deuxième lecture
« Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité » (Ep 2, 13-18)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ. C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ; il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix, et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine. Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches. Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père.

Évangile

« Ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6, 30-34) Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent. Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, après leur première mission, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné. Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

23 avril 2018

Le témoin venu d’ailleurs

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le témoin venu d’ailleurs

Homélie pour le 5° dimanche de Pâques / Année B
29/04/2018

Cf. également :

Que veut dire être émondé ?
La parresia, ou l’audace de la foi
Persévérer dans l’épreuve
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société

Le témoin venu d’ailleurs

Hervé a fait de la prison. Moins d’un an, « pour une bêtise ». À sa sortie, pas grand-monde pour l’accueillir. Ses frères et sœurs dispersés dans toute la France lui envoient un vague message. Il ose quand même se montrer à la réunion de famille suivante. Évidemment, tout le monde ‘tord le nez’ devant lui, évitant de parler de choses qui fâchent, ne le saluant que du bout des lèvres. Tout le monde, sauf un beau-frère autrefois distant, qui prend le temps d’échanger, de lui tendre la perche pour raconter ce qu’il souhaite raconter. Intrigué, Hervé se demande pourquoi il y a que Médéric - cette pièce rapportée - pour lui accorder un peu de valeur. L’interrogeant à son tour, il comprend que Médéric, dont les parents sont d’origine maghrébine, est toléré dans le cercle familial, mais pas vraiment admis ni adopté. Entre moutons noirs, ils se sont reconnus. Pour Hervé, le soutien n’est pas venu de ses proches, mais du deuxième cercle, d’un témoin qui vient d’ailleurs et se révèle un allié inattendu.

Les réunions, le mouton noir du travail – 3 principales raisons de se réunir

Trouver des alliés là où on ne l’attendait pas… N’avez-vous jamais fait cette expérience au travail, en famille, entre amis ?

Pour surmonter les exclusions qui nous rendent douloureusement étranger à nos proches, c’est parfois l’appui d’un étranger qui nous est offert. C’est en tout cas l’expérience que Barnabé fait vivre à la première communauté chrétienne de Jérusalem dans notre première lecture (Ac 9,26-31). Ils ont connaissance des persécutions que Saul inflige à leurs frères en Syrie. Dans ce contexte de dénonciation et d’emprisonnement, ils ont peur d’être exclus des synagogues, livrés au pouvoir romain, accusés de blasphème et d’hérésie. Mais voilà que Barnabé plaide la cause de Saul. Il raconte longuement ce qui lui est arrivé sur le chemin de Damas. Il atteste que Saul est devenu un prédicateur de haute volée pour convaincre les juifs de langue grecque de la résurrection de Jésus.

Grâce à Barnabé, l’Église de Jérusalem découvre qu’elle peut recevoir une aide inattendue venue d’ailleurs. Il lui est donné le renfort d’un témoin exceptionnel, Saul, qu’elle n’a pas formé ni même évangélisé. Plus encore : ce témoin venu d’ailleurs est issu des rangs ennemis. Un ancien persécuteur ! « Paul ne respirait autrefois que menaces et carnage à l’égard des disciples du Seigneur » (Ac 9,1), et le voilà prêchant avec assurance (parresia) au nom du Seigneur !

Voilà d’ailleurs au passage pourquoi aimer ses ennemis n’a rien d’illogique, car Dieu peut faire surgir de l’ennemi d’aujourd’hui le meilleur allié de demain ! Il suffit d’y croire, de se laisser surprendre, et surtout de ne jamais enfermer définitivement quelqu’un dans des actes commis à un moment de son existence.

Nul doute que l’assurance de Saul a contribué à imposer le respect parmi les non-chrétiens, et à garantir à l’Église la paix que décrit le livre des Actes des apôtres.

Nous recevons souvent une aide d’horizons inconnus. Nous sommes compris par ceux  que nous ne comprenions pas. Nous recevons soutien et appui de ceux qui sont qui ont eux-mêmes connus l’exclusion et la marginalisation. Et nous sommes surpris de découvrir tel visage en renfort alors que nous en attendions d’autres plus proches.

pape Amazonie

Demeurer ouvert aux témoins venus d’ailleurs est donc une force du salut. La consanguinité en tout n’a jamais été une bonne chose… Même en entreprise, les alliés venus d’ailleurs se révèlent souvent plus efficaces que les structures bien en place depuis longtemps dans la société. À condition d’avoir cette ouverture d’esprit qui pousse à regarder ailleurs, à écouter d’autres discours, à recruter d’autres talents.

 

En relisant Ac 9,26-31, chacun de nous peut s’identifier aux trois acteurs principaux :

- l’Église de Jérusalem

Former une communauté n’est pas s’isoler, se protéger, et limiter l’accès aux seuls semblables. Savoir écouter, accueillir, intégrer les témoins venus d’ailleurs est un enjeu vital pour une paroisse, un groupe de prière, une chorale. Aujourd’hui, des parcours étranges nous troublent et frappent à notre porte : des gens venant du New Age, de l’écologie, du développement personnel, de voyages autour du monde, de recherches sur Internet, de lectures solitaires, d’expériences mystiques etc…
Les chercheurs de Dieu actuels sont déroutants pour les ‘vieux’ chrétiens. Ce sont pourtant les témoins que Dieu nous envoie pour rajeunir et revigorer notre vieille Église. Saurons-nous leur offrir une place, comme l’Église de Jérusalem associant Saul qui « allait et venait d’en Jérusalem avec eux » ?

- Barnabé

Barnabé est médiateur. Il introduit Saul dans l’Église. Il le parraine. Il s’en porte garant. Il apaise la peur que suscite le parcours inquiétant de cet ex-persécuteur. Il raconte ce qui est arrivé à Saul. Il atteste de sa transformation, de son « assurance au nom du Seigneur ». Sans Barnabé, difficile pour Paul d’entrer dans une communauté apparemment fermée sur elle-même et sa peur.

Soyons de ces Barnabés qui authentifient l’expérience spirituelle vécue par d’autres hors de notre Église, et qui les présentent à la communauté pour qu’elle s’en enrichisse ! Le catéchuménat des adultes est en première ligne pour faire ainsi évoluer les mentalités et nourrir l’Église de ce qu’elle a n’a pas semé.

Le témoin venu d'ailleurs dans Communauté spirituelle pauletbanabe

Il nous faut des Barnabés curieux de l’action de Dieu hors-les-murs, assez courageux pour accompagner des parcours hors-normes, missionnés en retour pour présenter à l’Église ces témoins venus d’ailleurs. Les équipes d’accompagnement au mariage, les équipes deuil auront elles aussi de ces histoires à raconter de gens apparemment très loin témoignant en réalité d’une profondeur, d’une qualité de recherche, d’une soif de la Bible etc. qui feraient du bien à l’assemblée dominicale !

- Saul

Eh oui ! Chacun de nous peut devenir le Saul de quelqu’un d’autre !

Saul ne garde pas pour lui la rencontre éblouissante du chemin de Damas. Saul comprend qu’aimer le Christ sans aimer son corps qui est l’Église n’est pas un amour authentique. Il « cherche à se joindre aux disciples », alors que ceux-ci le rejettent encore par peur de son passé meurtrier. Il accepte humblement de passer par la médiation de Barnabé plutôt que de s’imposer par lui-même. « Il va et vient dans  Jérusalem avec les disciples », comme un catéchumène avec ses compagnons, avant d’accepter d’être envoyé par eux à Tarse. Bref, il joue le jeu ecclésial, tout en se battant pour que la greffe prenne entre lui – pharisien expert en Écritures, citoyen romain, parlant grec couramment – et les pêcheurs un peu frustres choisis par Jésus autour du lac de Galilée…

Ne pas renoncer à sa différence tout en étant passionné de la communion entre tous : Saul ne reste pas isolé, il désire faire corps. À nous de garder cette double passion (de la différence, de la communion) au sein de nos assemblées.

Soyons tour à tour et les uns pour les autres Saul, Barnabé, les disciples de Jérusalem.
Et reconnaissons que les témoins venus d’ailleurs sont une bénédiction pour nos évolutions personnelles…

 

 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« Barnabé leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur » (Ac 9, 26-31)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là,arrivé à Jérusalem,Saul cherchait à se joindre aux disciples,mais tous avaient peur de lui,car ils ne croyaient pasque lui aussi était un disciple.Alors Barnabé le prit avec luiet le présenta aux Apôtres ;il leur raconta comment, sur le chemin,Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé,et comment, à Damas, il s’était exprimé avec assuranceau nom de Jésus.Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux,s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur.Il parlait aux Juifs de langue grecque,et discutait avec eux.Mais ceux-cicherchaient à le supprimer.Mis au courant,les frères l’accompagnèrent jusqu’à Césaréeet le firent partir pour Tarse.
L’Église était en paixdans toute la Judée, la Galilée et la Samarie ;elle se construisaitet elle marchait dans la crainte du Seigneur ;réconfortée par l’Esprit Saint,elle se multipliait.

PSAUME
(21 (22), 26b-27, 28-29, 31-32)
R/ Tu seras ma louange, Seigneur,dans la grande assemblée.
ou : Alléluia ! (cf. 21, 26a)

Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;
ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent :
« À vous, toujours, la vie et la joie ! »

La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur,
chaque famille de nations se prosternera devant lui :
« Oui, au Seigneur la royauté,
le pouvoir sur les nations ! »

Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;
on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
Voilà son œuvre !

DEUXIÈME LECTURE
« Voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de Jésus Christ et nous aimer les uns les autres » (1 Jn 3, 18-24)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Petits enfants,n’aimons pas en paroles ni par des discours,mais par des actes et en vérité.Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité,et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ;car si notre cœur nous accuse,Dieu est plus grand que notre cœur,et il connaît toutes choses.
Bien-aimés,si notre cœur ne nous accuse pas,nous avons de l’assurance devant Dieu.Quoi que nous demandions à Dieu,nous le recevons de lui,parce que nous gardons ses commandements,et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.Or, voici son commandement :mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ,et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé.Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu,et Dieu en lui ;et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

ÉVANGILE
« Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit » (Jn 15, 1-8)
Alléluia. Alléluia.
Demeurez en moi, comme moi en vous,dit le Seigneur ;celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit.
Alléluia. (Jn 15, 4a.5b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,Jésus disait à ses disciples :« Moi, je suis la vraie vigne,et mon Père est le vigneron.Tout sarment qui est en moi,mais qui ne porte pas de fruit,mon Père l’enlève ;tout sarment qui porte du fruit,il le purifie en le taillant,pour qu’il en porte davantage.Mais vous, déjà vous voici purifiésgrâce à la parole que je vous ai dite.Demeurez en moi, comme moi en vous.De même que le sarmentne peut pas porter de fruit par lui-mêmes’il ne demeure pas sur la vigne,de même vous non plus,si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne,et vous, les sarments.Celui qui demeure en moiet en qui je demeure,celui-là porte beaucoup de fruit,car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples.
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , , ,

9 novembre 2016

Nourriture contre travail ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Nourriture contre travail ?

Homélie pour le 33° dimanche du temps ordinaire / Année C 13/11/2016

Cf. également :

« Même pas peur »…

La « réserve eschatologique »

La destruction créatrice selon l’Évangile

Personne ne nous a embauchés

 

« Celui qui ne veut pas manger, qu’il ne travaille pas non plus »

·      St Paul dans notre 2° lecture (2 Th 3, 7-12) tonne contre ceux rajoutent du désordre à une communauté déjà fortement perturbée.

À y réfléchir, Le lien travail-nourriture nous est très familier !

« Travailler c’est trop dur, et mendier c ‘est pas beau » : ce refrain d’une chanson cajun des années 90 exprime bien la tension entre lenvie de paresse et la nécessité du travail.

Le Préambule de la Constitution française du 27 octobre 1946 écrit noir sur blanc : « Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi » (n° 5). Le devoir de travailler est donc inscrit dans la Constitution !
La Torah, mis par écrit au IV° siècle,  enseigne : « Quand tu bêches ton champ et qu’on t’annonce l’arrivée du Messie, finis d’abord de bêcher ton champ, lave-toi les mains, puis va accueillir le Messie ».
L’Ancien Testament se méfie de l’oisiveté comme de la peste. Il fustige au moins une trentaine de fois ce comportement humain, essentiellement dans le Livre des Proverbes.
« La paresse fait tomber dans l’assoupissement, et l’âme nonchalante éprouve la faim ». (Pr 19,15)
« Le paresseux dit : Il y a un lion dehors ! Je serai tué dans les rues ! » (Pr 22,13 : les paresseux ont toujours des excuses pour ne pas travailler. Dieu n’aime pas la paresse).
« Le paresseux est semblable à une pierre crottée, tout le monde le persifle. Le paresseux est semblable à une poignée d’ordures, quiconque le touche secoue la main » (Si 22,1-2).
« L’oisiveté enseigne tous les mauvais tours » (Si 33,28).
« L’oisiveté amène la pauvreté et la pénurie, car la mère de la famine, c’est l’oisiveté » (Tobie 4,13).

·      « Celui qui ne veut pas manger, qu’il ne travaille pas non plus » (2 Th 3,10).

Deux débats de société sont venus mettre à nouveau ce lien en question : les décisions du conseil général de Strasbourg de conditionner le RSA à quelques heures de travail bénévole [1], et la proposition d’un revenu (ou allocation) universelle qui apparaît dans des programmes des primaires présidentielles de 2017, à droite comme à gauche [2].

Vous le voyez : le lien entre travail et nourriture a fait l’objet de réflexions innombrables. Saint Paul en est un témoin : « Celui qui ne veut pas manger, qu’il ne travaille pas non plus ». Cette phrase a eu une postérité extraordinaire, pour le meilleur et pour le pire.

 

L’excuse eschatologique

De quoi s’agit-il ?

Le contexte dans lequel Paul écrit est très particulier. Les chrétiens de la ville de Thessalonique sont persuadés que le Christ va se manifester bientôt, et donc que la « fin », l’accomplissement de ce monde est proche. Dans ce climat d’attente eschatologique, toutes les priorités semblent bouleversées. Paul lui-même hésite : à quoi bon se marier, fonder une famille, alors que le Christ revient demain ? Et certains Thessaloniciens renchérissent : à quoi sert de travailler, d’amasser de l’argent, des biens, si le jugement dernier est à nos portes ? Le « chômage » de ces chrétiens un peu illuminés, « affairés sans rien faire », est donc théologique : ce n’est pas de la paresse volontaire, ni du sous-emploi, c’est une dérive presque sectaire de gens qui se désintéressent de l’ici-bas parce que l’au-delà est imminent.

Afficher l'image d'origine 

L’obligation du travail pour les riches

« Celui qui ne veut pas manger, qu’il ne travaille pas non plus ».

·      Cette phrase servit à éviter l’oisiveté, la mère de tous les vices comme dit la Bible, dans les monastères. Car l’abondance de terres et de revenus agricoles ou commerciaux des grandes abbayes les rendirent très riches. D’où la tentation de certains moines de s’installer comme rentiers, en faisant vaguement semblant de prier et d’étudier, mais surtout désireux de se mettre à l’abri d’une « honnête retirade » comme l’avouait Saint Vincent de Paul lui-même pour le début de son ministère. Car on oublie trop souvent que la maxime paulinienne s’applique aux riches comme aux pauvres ! L’obligation spirituelle de gagner son pain permit aux abbayes de rayonner pendant des siècles grâce à leur travail incessant. « Ora et labora » (prie et travaille) : la règle de saint Benoît inscrite sur la porte des abbayes inspire toujours l’équilibre de vie des bénédictins, constitué d’un tiers de sommeil, un tiers de prière, un tiers de travail.

Afficher l'image d'origine

Cela devrait faire réfléchir les rentiers d’aujourd’hui, ne comptant que sur le revenu de leur patrimoine et non sur leur intelligence créatrice…

·      De même, au Moyen Âge, l’injonction de Paul a contribué à réhabiliter les activités productives, notamment manuelles, mais également marchandes. Les seigneurs, les princes, les évêques ou abbés avaient tendance à se reposer sur la seule force de travail du Tiers État.
Rappelons quand même qu’on brandissait ce lien travail-nourriture contre les gueux et les marginaux, afin de consolider un ordre social basé sur le travail voulu par Dieu…

 

La naissance du capitalisme

C’est avec l’avènement du capitalisme au XIII° siècle en Europe, avec les grandes foires, le développement des marchands, la circulation et l’échange, que la maxime de saint Paul trouve son apogée. Travailler est un impératif spirituel, et pour autant il doit se conjuguer avec l’interdiction évangélique de tomber dans les péchés capitaux du luxe et de l’avarice. Le sociologue allemand Max Weber a théorisé cette « affinité élective » quil découvre entre l’esprit du capitalisme et l’éthique protestante du XVI° siècle, qui s’est beaucoup appuyée sur ce lien travail-nourriture-richesse-sobriété considéré comme une bénédiction divine :

Afficher l'image d'origine« Le travail … constitue surtout le but même de la vie, tel que Dieu l’a fixé. Le verset de saint Paul : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » vaut pour chacun, et sans restriction. La répugnance au travail est le symptôme d’une absence de la grâce…

La richesse elle-même ne libère pas de ces prescriptions. Le possédant, lui non plus, ne doit pas manger sans travailler, car même s’il ne lui est pas nécessaire de travailler pour couvrir ses besoins, le commandement divin n’en subsiste pas moins, et il doit lui obéir au même titre que le pauvre. Car la divine providence a prévu pour chacun sans exception un métier qu’il doit reconnaître et auquel il doit se consacrer. Et ce métier ne constitue pas… un destin auquel on doit se soumettre et se résigner, mais un commandement que Dieu fait à l’individu de travailler à la gloire divine.

Partant, le bon chrétien  doit répondre à cet appel : si Dieu vous désigne tel chemin dans lequel vous puissiez légalement gagner plus que dans tel autre (cela sans dommage pour votre âme ni pour celle d’autrui)  et que vous refusiez le plus profitable pour choisir le chemin qui l’est le moins,  vous contrecarrez l’une des fins de votre vocation, vous refusez de vous faire l’intendant de Dieu  et d’accepter ses dons, et de les employer à son service s’il vient à l’exiger.

Pour résumer ce que nous avons dit jusqu’à présent, l’ascétisme protestant, agissant à l’intérieur du monde, s’opposa avec une grande efficacité à la jouissance spontanée des richesses et freina la consommation, notamment celle des objets de luxe. En revanche, il eut pour effet psychologique de débarrasser des inhibitions de l’éthique traditionaliste le désir d’acquérir. Il a rompu les chaînes qui entravaient pareille tendance à acquérir, non seulement en la légalisant, mais aussi … en la considérant comme directement voulue par Dieu…

Plus important encore, l’évaluation religieuse du travail sans relâche, continu, systématique, dans une profession séculière, comme moyen ascétique le plus élevé et à la fois preuve la plus sûre, la plus évidente de régénération et de foi authentique, a pu constituer le plus puissant levier qui se puisse imaginer de l’expansion de cette conception de la vie que nous avons appelée, ici, l’esprit du capitalisme.

L’Éthique protestante et l’esprit du Capitalisme, trad. J. Chavy, Plon, 1964, p. 208-236.

L‘obligation de travailler structurant la Réforme lui a permis de concilier richesse et salut, travail profane et bénédiction divine, accumulation de capital et austérité de vie, donc réinvestissement de plus en plus productif

 

Le soupçon de paresse sur les pauvres

Afficher l'image d'origineAux temps modernes, à partir du XVII°-XVIII° siècle, d’autres courants idéologiques se saisirent de la phrase de Paul. Ils l’appliquèrent, non plus aux riches, mais aux pauvres. Le raisonnement de la Réforme avait déjà presque disqualifié les pauvres comme réprouvés par Dieu (puisque la richesse est une bénédiction divine, signe du salut accordé). La Révolution industrielle fit naître le soupçon de paresse : ces pauvres le sont parce qu’ils veulent profiter des aides sociales sans rien faire, profiter de l’État-providence sans fournir le moindre travail en compensation. On est allé jusqu’à contraindre les indigents au labeur forcé, en les enfermant dans des maisons surveillées ! Karl Marx a sacralisé la valeur-travail dans la droite ligne de la phrase de Paul, qui est entrée comme mot d’ordre socialiste dans le texte de la constitution soviétique de l’URSS en 1936 !

Plus tard les ultralibéraux comme Milton Friedman ou Margareth Thatcher l’ont utilisée  comme condamnation de l’assistanat et de l’oisiveté… des plus pauvres ! Les fortunes boursières ou industrielles pouvaient quant à elles se passer du travail…

 

Le débat sur l’allocation universelle (ou revenu universel d’existence)

Afficher l'image d'origineLe débat sur certaines exigences en contrepartie du versement des allocations sociales vient de . Alors que d’autres vont également défendre la dignité du travail et sa capacité d’harmonisation d’humanisation en cherchant à réinsérer au lieu d’assister. Ainsi Emmaüs, qui demande aux compagnons un vrai travail : chine, réparation, vente, services etc. pour pouvoir garder leur place dans une communauté Emmaüs.

L’idée d’une allocation universelle inconditionnelle s’inscrit dans cette ligne de discussion : pour les uns (libéraux), elle va remplacer toutes les aides actuelles, afin de responsabiliser celui qui devra ainsi gérer son revenu de base. En outre elle aurait le mérite d’éliminer le maquis bureaucratique qui gère l’aide sociale. L’argument du pourtant très libéral Friedrich Hayek (volume 3 de Law, Legislation and Liberty) est méconnu, mais fonde ce revenu universel sur la légitime autonomie de chacun pour ne pas dépendre de l’assistanat :

« L’assurance d’un certain revenu minimum pour tous, une espèce de plancher en-dessous duquel personne ne devrait tomber même lorsqu’il n’arrive pas à s’auto-suffire, apparaît non seulement comme une protection tout à fait légitime contre un risque commun à tous, mais un élément nécessaire de la Grande Société dans laquelle l’individu n’a plus de demande spécifique pour les membres d’une communauté particulière dans laquelle il est né ». 

L’économiste Guy Sorman défend cette approche. 

Pour les autres (plutôt à gauche), c’est au titre de notre qualité d’être humain que chacun a droit à une part de la richesse collective, même s’il ne travaille pas. De toute façon ce revenu universel d’existence n’est jamais conçu comme se substituant au travail. Son montant ne sera jamais suffisant pour vivre dans l’oisiveté. Thomas Piketty est représentatif de cette approche (quitte à le moduler en fonction des revenus).

Dans les primaires de l’élection présidentielle à gauche, Manuel Walls récuse l’idée d’un revenu universel comme contraire à sa vision du travail. Benoît Hamon veut au contraire pousser cette idée, et l’expérimenter par étapes en commençant rapidement par les moins de 25 ans. Qui l’emportera ?

Vous voyez que la phrase de St Paul sur le lien travail-nourriture n’a pas fini d’alimenter ces débats…

 

Et nous ?

« Celui qui ne veut pas manger, qu’il ne travaille pas non plus ».

Ce rapide parcours historique montre que la phrase de Paul est omniprésente dans l’histoire sociale de l’Occident ! Au début avertissement destiné à des millénaristes ; puis appliquée aux riches, aux pauvres ; récupérée par des idéologies libérales, socialistes ; nourrissant le développement d’une économie d’accumulation de richesses ainsi qu’une sobriété productive…

Et nous ?

Quel lien faisons-nous entre notre travail et notre nourriture, notre niveau de vie ?

Comment faisons-nous notre chemin entre paresse et labeur, sobriété et création de richesses, équilibre de vie entre travail et non travail ?

 


[1]. « Pas de bénévolat, pas de RSA » : le principe que souhaitait appliquer le Conseil départemental du Haut-Rhin et son président, Éric Straumann, à partir du 1er janvier 2017, a été jugé illégal par le Tribunal administratif de Strasbourg le 05/10/16. Cette mesure très controversée a été prise le 05/02/16 par le Conseil départemental. Elle imposait aux allocataires du RSA de réaliser sept heures de bénévolat hebdomadaires pour des associations, collectivités locales, maisons de retraite ou établissements publics.
[2]. Cf. par exemple la tribune d’une plateforme d’économistes dans la tribune du quotidien Libération du 12/11/2015 : http://www.liberation.fr/debats/2015/11/12/pour-un-revenu-universel-inconditionnel_1412916

1ère lecture : « Pour vous, le Soleil de justice se lèvera » (Ml 3, 19-20a)

Lecture du livre du prophète Malachie Voici que vient le jour du Seigneur, brûlant comme la fournaise. Tous les arrogants, tous ceux qui commettent l’impiété, seront de la paille. Le jour qui vient les consumera, – dit le Seigneur de l’univers –, il ne leur laissera ni racine ni branche. Mais pour vous qui craignez mon nom, le Soleil de justice se lèvera : il apportera la guérison dans son rayonnement.

Psaume : Ps 97 (98), 5-6, 7-8, 9

R/ Il vient, le Seigneur, gouverner les peuples avec droiture.  (cf. Ps 97, 9)

Jouez pour le Seigneur sur la cithare, sur la cithare et tous les instruments ; au son de la trompette et du cor, acclamez votre roi, le Seigneur !

Que résonnent la mer et sa richesse, le monde et tous ses habitants ; que les fleuves battent des mains, que les montagnes chantent leur joie.

Acclamez le Seigneur, car il vient pour gouverner la terre, pour gouverner le monde avec justice et les peuples avec droiture !

2ème lecture : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus » (2 Th 3, 7-12)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, vous savez bien, vous, ce qu’il faut faire pour nous imiter. Nous n’avons pas vécu parmi vous de façon désordonnée ; et le pain que nous avons mangé, nous ne l’avons pas reçu gratuitement. Au contraire, dans la peine et la fatigue, nuit et jour, nous avons travaillé pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous. Bien sûr, nous avons le droit d’être à charge, mais nous avons voulu être pour vous un modèle à imiter. Et quand nous étions chez vous, nous vous donnions cet ordre : si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. Or, nous apprenons que certains d’entre vous mènent une vie déréglée, affairés sans rien faire. À ceux-là, nous adressons dans le Seigneur Jésus Christ cet ordre et cet appel : qu’ils travaillent dans le calme pour manger le pain qu’ils auront gagné.

Evangile : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie » (Lc 21, 5-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche. Alléluia. (Lc 21, 28)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ce temps-là, comme certains disciples de Jésus parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara : « Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’ariver ? » Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : ‘C’est moi’, ou encore : ‘Le moment est tout proche.’ Ne marchez pas derrière eux ! Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. » Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel.

 Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. Cela vous amènera à rendre témoignage. Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu. C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , , , , ,

31 août 2016

Pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?

 

Homélie du 23° Dimanche du temps ordinaire / Année C
04/09/2016

Cf. également :

S’asseoir, calculer, aller jusqu’au bout 

 

Notre 2° lecture est à la fois émouvante et révoltante pour notre conscience politique du 21° siècle.

Émouvante, parce qu’on y voit Paul s’engager envers l’esclave Onésime et son maître Philémon en des termes affectueux et suppliants.

Révoltante, parce qu’on se dit aujourd’hui que Paul n’est pas allé jusqu’au bout de sa logique de fraternité. Au lieu de renvoyer l’esclave vers son maître, il aurait mieux fait de dénoncer l’esclavage pour le faire abolir…

 

Pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?

·       1° réponse : Parce que l’esclavage était une telle évidence sociale que même Paul ne pouvait penser l’abolir.

Afficher l'image d'origineIl y a sans doute une grande part de vérité dans cet argument : chaque époque a ses « points aveugles », ses « angles morts », que même les penseurs les plus brillants ne peuvent débusquer. Pensez aujourd’hui à nos aveuglements sur l’eugénisme, l’élimination d’enfants à naître (avortements en Europe, suppression des filles en Chine ou en Inde etc.)…  Ce n’est qu’avec le temps que l’esclavage paraîtra inhumain. Pendant des siècles, il sera aussi « naturel » à ses contemporains que le sont pour nous les points aveugles de notre culture qui scandaliseront les générations futures…

Mais si la foi chrétienne ne permet pas justement de lever le voile sur des pratiques inhumaines, alors quelle est son utilité sociale ?!! Le Christ a bien su bouleverser les mentalités sur la condition des exclus de son temps, sur la condition des lépreux, des femmes etc.. Paul lui-même a osé proclamer qu’il n’y avait plus désormais « ni juif ni grec, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre » (Ga 3,28) : pourquoi n’en a-t-il pas tiré toutes les conséquences ?

Pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?

 

·       2° réponse : Parce qu’il voulait la conversion des cœurs et non la réforme des structures.

Afficher l'image d'origineOn pourrait être tenté par cette réponse en lisant chez Paul la soumission aux autorités, le souci de ne choquer personne, de ne pas prêter le flanc aux critiques à cause des persécutions… Paul n’est pas un contestataire politique ou social ! Il ne veut pas renverser l’empereur, il ne veut pas réformer les lois et les structures des rapports sociaux de l’empire ; il prêche juste l’évangile du Ressuscité, la primauté de la grâce sur les œuvres, de la foi sur la loi.

Du coup, il reste comme bloqué dans sa pensée au niveau des seules relations interpersonnelles. Même lorsqu’il organise la collecte (« koïnonia ») pour l’Église de Jérusalem, il n’analyse pas les causes de la détresse matérielle de cette communauté (son ‘communisme’ trop radical et trop extrême notamment) : il se contente d’organiser la quête.

Si l’on s’en tient à cette lecture, la théologie de Paul pourrait devenir un formidable alibi (hélas !) pour dispenser les chrétiens de toute réforme politique et sociale (ou même ecclésiale…), et les focaliser sur la seule entraide individuelle. On entend encore ces discours faussement spirituels : ‘changer les structures ne sert à rien. C’est le cœur de l’homme qui seul compte.’ ‘Ne vous perdez pas dans l’action politique ou économique. Pratiquez la charité interpersonnelle, et laissez le reste à d’autres’….

Mais n’est-ce pas révoltant que l’Occident chrétien ait mis des siècles, avec ce genre d’arguments, avant d’ouvrir les yeux sur les horreurs de l’esclavage (l’abolition ne date que de la fin du 18° siècle) ? sur le travail des enfants ? sur la misère ouvrière ? sur la peine de mort ? sur les lois raciales ?…

La vision chrétienne de l’homme ne le réduit pas à sa dimension individuelle, ni collective : parce que chacun est une personne, chacun a le droit de vivre dans une société où les « structures de péché » sont combattues en tant que telles. Et l’esclavage est bien une structure de péché (qui perdure d’ailleurs aujourd’hui, sous d’autres formes).

 

Alors, pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?

·       3° réponse : En proclamant l’égalité fraternelle entre l’esclave et son maître, Paul a introduit le ver dans le fruit, qui finira par tomber tout seul.

Voilà une lecture plus subtile de Paul.

Afficher l'image d'origineEn effet, appeler un esclave « mon enfant », « une part de moi-même », « un frère bien-aimé », c’est proclamer un lien d’égalité et de fraternité bien plus fort que sa condition sociale.

C’est affirmer que « vivre en communion » avec lui est plus important que d’utiliser son statut pour le dominer et l’exploiter.

Le mot « communion » (« koïnonia ») qu’emploie Paul pour la relation à vivre entre lui, Onésime et Philémon est si fort que l’Église a choisi ce mot pour désigner son essence, son identité la plus profonde, lors du Concile Vatican II (et dans le Catéchisme de l’Église catholique également).

Vivre en communion avec un esclave tout en le considérant comme un frère bien-aimé, c’est finalement terriblement subversif ! Et si un maître avait vraiment pratiqué cela, suivi par tous les maîtres, alors l’esclavage serait vite devenu une coquille vide.

Mais Paul était-il naïf au point de croire que la générosité fraternelle suffirait à faire tomber l’esclavage ? Ignorait-il que les « structures de péché » résistent, et doivent parfois être renversées avec le courage d’un Gandhi ou d’un Martin Luther King ? Il ne pouvait pas rêver que les murailles de Jéricho tomberaient toutes seules, sans tambours ni trompettes…

 

Alors, pourquoi Paul n’a-t-il pas voulu abolir l’esclavage ?

·       4° réponse : Paul a si fortement espéré le retour imminent du Christ qu’il en a oublié la transformation de la société en attendant.

Cette réponse-là est particulièrement séduisante.

Afficher l'image d'origineC’est vrai qu’en l’an 50-70 environ où Paul écrit, il croit toujours voir de ses yeux revenir le Christ pour le Jugement Dernier. Cela nous paraît un peu naïf là encore, 2000 ans après, mais l’effervescence eschatologique du temps de Paul était énorme, à tel point qu’il était obligé quand même de rappeler aux chrétiens de Thessalonique de travailler à gagner leur vie au lieu de se tourner les pouces en attendant le retour du Christ.

Entièrement tourné vers cette espérance grandiose de voir enfin tout récapitulé dans le Christ à la plénitude des temps, Paul – on le comprend – s’intéresse beaucoup moins aux urgences sociales de son époque, aux injustices politiques, économiques pourtant criantes…

Quand tout va se terminer bientôt, ce n’est plus l’heure d’entreprendre de vastes réformes, lentes et laborieuses…

Certains chrétiens ont pu dans l’histoire prolonger faussement cette ligne eschatologique en prétendant se détourner du « monde », pour ne se consacrer qu’à l’au-delà. Pourquoi changer la misère actuelle des pauvres si la seule chose qui compte est leur bonheur après ? On voit ce que produit ce genre de raisonnement…

Reste que Paul, lui, authentiquement et sincèrement tourné vers la venue du Christ en gloire, considère ne pas avoir le temps de transformer les structures injustes, mais appelle cependant à une révolution radicale en accueillant l’esclave comme un frère bien-aimé.

Gardons la nouveauté extraordinaire du regard de Paul sur l’esclave Onésime, de sa vie « en communion » avec lui, et mettons en œuvre en même temps ce que la Doctrine sociale de l’Église a ensuite développé sur les révolutions nécessaires pour combattre les structures injustes.

Accueillons l’esclave tout en combattant l’esclavage : jamais l’un sans l’autre.

Transposez aux esclavages qui nous entourent, aux combats à mener aujourd’hui : conjuguer l’humanitaire et le politique par exemple, l’aide individuelle et la réflexion sur les causes profondes à changer etc…

Accueillir l’esclave tout en combattant l’esclavage : comment traduire cela dans l’usage de notre argent, de notre hospitalité, de notre temps… personnellement et ensemble ?

 


1ère lecture : « Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? » (Sg 9, 13-18)
Lecture du livre de la Sagesse

Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu ? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur ? Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables ; car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées. Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée ; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert ? Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits ; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

Psaume : Ps 89 (90), 3-4, 5-6, 12-13, 14.17abc

R/ D’âge en âge, Seigneur, tu as été notre refuge.  (Ps 89, 1)

Tu fais retourner l’homme à la poussière ;
tu as dit : « Retournez, fils d’Adam ! »
À tes yeux, mille ans sont comme hier,
c’est un jour qui s’en va, une heure dans la nuit.

Tu les as balayés : ce n’est qu’un songe ;
dès le matin, c’est une herbe changeante :
elle fleurit le matin, elle change ;
le soir, elle est fanée, desséchée.

Apprends-nous la vraie mesure de nos jours :
que nos cœurs pénètrent la sagesse.
Reviens, Seigneur, pourquoi tarder ?
Ravise-toi par égard pour tes serviteurs.

Rassasie-nous de ton amour au matin,
que nous passions nos jours dans la joie et les chants.
Que vienne sur nous la douceur du Seigneur notre Dieu !
Consolide pour nous l’ouvrage de nos mains.

2ème lecture : « Accueille-le, non plus comme un esclave, mais comme un frère bien-aimé » (Phm 9b-10.12-17)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Philémon

Bien-aimé, moi, Paul, tel que je suis, un vieil homme et, qui plus est, prisonnier maintenant à cause du Christ Jésus, j’ai quelque chose à te demander pour Onésime, mon enfant à qui, en prison, j’ai donné la vie dans le Christ. Je te le renvoie, lui qui est comme mon cœur. Je l’aurais volontiers gardé auprès de moi, pour qu’il me rende des services en ton nom, à moi qui suis en prison à cause de l’Évangile. Mais je n’ai rien voulu faire sans ton accord, pour que tu accomplisses ce qui est bien, non par contrainte mais volontiers. S’il a été éloigné de toi pendant quelque temps, c’est peut-être pour que tu le retrouves définitivement, non plus comme un esclave, mais, mieux qu’un esclave, comme un frère bien-aimé : il l’est vraiment pour moi, combien plus le sera-t-il pour toi, aussi bien humainement que dans le Seigneur. Si donc tu estimes que je suis en communion avec toi, accueille-le comme si c’était moi.

Evangile : « Celui qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple » (Lc 14, 25-33)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Pour ton serviteur, que ton visage s’illumine : apprends-moi tes commandements.
Alléluia. (Ps 118, 135)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple.

Quel est celui d’entre vous qui, voulant bâtir une tour, ne commence par s’asseoir pour calculer la dépense et voir s’il a de quoi aller jusqu’au bout ? Car, si jamais il pose les fondations et n’est pas capable d’achever, tous ceux qui le verront vont se moquer de lui : ‘Voilà un homme qui a commencé à bâtir et n’a pas été capable d’achever !’ Et quel est le roi qui, partant en guerre contre un autre roi, ne commence par s’asseoir pour voir s’il peut, avec dix mille hommes, affronter l’autre qui marche contre lui avec vingt mille ? S’il ne le peut pas, il envoie, pendant que l’autre est encore loin, une délégation pour demander les conditions de paix.
Ainsi donc, celui d’entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple. »
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,
1234