L'homelie du dimanche

26 juillet 2016

Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 21 h 51 min

« Ne vous étonnez pas, frères, si le monde vous hait. » (1 Jn 3,13)

 

Un prêtre a été assassiné ce matin à l’arme blanche, le Père Jacques Hamel.

Il célébrait la messe dans l’église de St Etienne du Rouvray, près de Rouen.

D’autres personnes ont été blessées.

Les deux terroristes ont été abattus. Visiblement des « radicalisés » islamistes, comme on les appelle désormais.

Jacques Hamel avait 84 ans. 

L’émotion est considérable.

Car en plus de tuer un innocent, c’est s’attaquer à un symbole que d’égorger un prêtre pendant qu’il célèbre l’eucharistie.

 

Mgr. Lebrun, l’évêque de Rouen, et Mgr. Vingt-Trois, cardinal archevêque de Paris, donnaient ce soir à TF1 quelques éléments pour aller plus loin que la seule émotion, bien légitime :

 

- il n’est pas surprenant que des chrétiens soient visés.

Depuis longtemps, les chrétiens d’Orient sont persécutés, exilés, massacrés dans une grande indifférence occidentale.

Ces chrétiens savent que l’islam politique est rarement tolérant, et que les pays où l’islam est religion d’État voient peu à peu leurs chrétiens chassés, expulsés. L’Iran, l’Irak, le Liban, l’Afghanistan, la Syrie, la Lybie, le Nigéria etc. ont eu leur population chrétienne divisée par deux ou même quasiment réduite à rien.

 

- c’est non seulement à un symbole chrétien que les terroristes s’attaquent, mais également à la laïcité à la française, qui garantit à chaque religion sa liberté de conscience et de culte.

 

- nul doute qu’ils cherchent à diviser le peuple français, à susciter la méfiance entre chrétiens et musulmans, car un pays divisé est affaibli de l’intérieur, et ne pourra plus mener ses guerres à l’extérieur, dont celle contre Daech.

 

- nous gagnerons la guerre contre Daech. Mais le fanatisme ne s’éteindra pas pour autant. Il a d’autres racines, profondes, et d’autres arguments pour séduire des personnalités fragiles ou malades psychologiquement. Il faut donc dès maintenant penser au-delà de la défaite militaire de Daech.

 

- multiplier les militaires et les surveillances policières ne pourra pas empêcher les attentats, qui sont par nature quasi-imprévisibles. La sécurité absolue est une illusion. Il nous faut apprendre à vivre avec cette violence présente au quotidien chez nous, potentiellement partout.

 

- cela demande de lutter contre Daech avec d’autres armes que les bombes ou les bougies.

Les musulmans en premier lieu doivent réfléchir à un magistère qui promulguerait les interprétations du Coran conformes à leur tradition. Sinon les sourates meurtrières du Coran – et il y en beaucoup – feront toujours autant de dégâts dans la tête de musulmans peu instruits qui prennent le texte pour la parole de Dieu incréée, c’est-à-dire  sans interprétation possible.

Cela demande aussi que l’Occident invoque d’autres causes que la seule liberté d’aller boire une bière sur les terrasses en ville. On ne combat par une soif d’absolu par une culture du divertissement…

 

- la parole du Christ sur l’amour des ennemis résonne avec d’autant plus de force en ces circonstances :

« Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous diffament. » (Lc 6, 27-28 ; 35)

« Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,33)

Et Paul renchérit : « si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s’il a soif, donne-lui à boire; ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête.  Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. » (Rm 12, 20-21)

Matthieu 5:44 

L’Église catholique est en deuil, et avec elle la communauté nationale comme pour la tuerie de Nice, du Bataclan, de Charlie Hebdo… Après le temps de la colère viendra celui de la réflexion. C’est là que nous devrons refuser les solutions trop faciles, les démissions idéologiques.

Actuellement, l’heure est au recueillement, et à la prière pour tous ceux que ce drame touche de près.

Mais hélas, d’autres attentats nous obligeront à reposer ces questions de fond, encore et encore.

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17 novembre 2015

Vous n’aurez pas ma haine

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 18 h 46 min

« Vous n’aurez pas ma haine »

 

Antoine Leiris vit à Paris et a perdu la mère de son fils de 17 mois, vendredi soir, lors des attaques terroristes à Paris.

Il a publié sur Facebook ce texte très beau, où il refuse la haine :

 

« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’ai peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus. »

cf. https://www.facebook.com/antoine.leiris

Des bougies bleu-blanc-rouge à Aix-en-Provence...

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18 mars 2015

La corde à nœuds…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

La corde à nœuds…

Homélie du 5ème Dimanche de Carême / Année B
Dimanche 22 Mars 2015

Un vieux rabbin racontait :

La corde à nœuds… dans Communauté spirituelle plat« Chacun de nous est relié à Dieu par un fil.
Ce fil peut être tendu, vibrant, chaleureux…, ou bien distendu, relâché…
Et lorsqu’on commet un péché, le fil est cassé.
Mais lorsqu’on regrette son péché, Dieu fait un nœud au fil.
Du coup, le fil est plus court après la réconciliation qu’avant le péché.
Et le pécheur réconcilié est un peu plus près de Dieu !

Ainsi, de faute en repentir, de nœud en nœud, Dieu nous rapproche de lui… »

 

Finalement, chacun de nos péchés est l’occasion pour Dieu de rac­courcir d’un cran la corde à nœuds ; et pour nous d’arriver plus vite près du cœur de Dieu ! C’est le fameux « simul peccator et justus » de Martin Luther (« à la fois pécheur et justifié »).

Même nos péchés peuvent nous rapprocher de Dieu, grâce au pardon…

Voilà le fil rouge de notre Carême qui arrive ainsi à son terme : le pardon offert, dans le sacrement de réconciliation notamment. C’est bien le nœud par lequel Dieu lui-même vient renouer la relation coupée ou abîmée. Et ainsi, il nous rapproche sans cesse davantage de lui.

Dimanche dernier, il s’agissait, tel le pêcheur avec sa ligne de traîne, de défaire les noeuds existentiels qui nous empêchent de filer une vie droite. Ce dimanche, il s’agit plutôt de laisser Dieu lui-même raccourcir la distance entre lui et tous, en acceptant qu’il nous « rabiboche » avec lui, comme on disait autrefois d’une couturière qui arrivait à remettre ensemble des tissus séparés.

C’est bien la Nouvelle Alliance annoncée par Jérémie :« Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés ». Et comment cela se fait-il ? Comment Dieu procède-t-il pour renouer avec nous ? Écoutez Jérémie toujours : « Je mettrai la loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai dans leur cœur » (Jr 31, 31-34).

Ici ce n’est plus l’image du fil renoué, mais celle du passage de l’extérieur à l’intérieur.

radar-tron%C3%A7on charia dans Communauté spirituelleTant que la loi est à l’extérieur de nous-mêmes, nous restons à l’extérieur de l’amour qu’est Dieu. Par exemple : si je respecte la limitation de vitesse sur une Nationale parce que j’ai peur des radars (et il y en a pas mal !), je respecte la loi certes, mais de l’extérieur. Je subis la pression policière, et du coup je peste quand il faut rouler à 90 km/h alors qu’il n’y a personne la nuit… Par contre, si je respecte la même limitation de vitesse en pensant aux victimes que je pourrais faire en roulant trop vite, si de moi-même je me limite par amour des autres finalement plus que par peur du gendarme, alors là c’est comme si la loi était inscrite à l’intérieur, au plus profond de moi-même.

La peur est utile pour éviter les excès de vitesse ; l’amour est plus précieux encore pour intérioriser une conduite qui ne sera pas dangereuse pour autrui.

 

9782204102551 EspritDans la tradition chrétienne, c’est le rôle de l’Esprit Saint de faire passer de l’extérieur à l’intérieur : du texte à la Parole, de la lettre à l’Esprit, de l’obligation au don gratuit … Depuis notre Baptême et notre Confirmation, nous n’avons plus besoin qu’une loi extérieure nous dise ce qu’il faut faire.« Ils n’auront plus besoin d’instruire chacun son compagnon. Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands ». (Jn, 31) C’est ce qu’on appelle le sens de la foi des fidèles (sensus fidei). L’Esprit Saint est répandu en chacun pour discerner le bien du mal. Il parle à travers la conscience de tout homme de bonne volonté lorsqu’il écoute cette voix intérieure lui souffler : « fais ceci, évite cela ». Il inspire nos décisions pour qu’elles ne soient plus prises sous la contrainte mais par amour.

Depuis la Nouvelle Alliance scellée dans le sang du Christ, il jaillit en chacun de nous une source de liberté qui inspire nos actes et nos pensées de l’intérieur, du plus profond.

Cette loi nouvelle, inscrite dans nos cœurs, nous fait vivre sous le signe du pardon.

L’ancienne loi, extérieure, ne pouvait déboucher que sur la désobéissance, la fraude, l’hypocrisie, le « pas vu / pas pris », ou au contraire sur le rigorisme sévère des intégristes de la loi.

La nouvelle loi vient du plus intime de nous-mêmes, ou plutôt de Dieu au plus intime de nous-mêmes. Nous ne pouvons la renier sans nous renier nous-mêmes. Voilà pourquoi il est plus facile de vivre sous le régime de la grâce que de la loi, car l’une vient de l’intérieur – de Dieu en nous – alors que l’autre vient de l’extérieur, de Dieu hors de nous.

Toute sa vie, Jésus a combattu ceux qui enfermaient la relation à Dieu dans des rites extérieurs : sacrifices d’animaux, obsession de la pureté du corps, hypocrisie pharisienne… Ne faudrait-il pas, dans le même esprit, combattre aujourd’hui ceux qui voudraient enfermer l’Église dans une position extérieure au monde, jugeant de haut et condamnant ce qui va contre sa loi ? Dieu merci nous n’avons pas dans le monde chrétien l’équivalent de la charia, que les djihadistes de Daesh ou Boko Haram veulent d’imposer de force (pensez au magnifique film « Timbuktu », hélas très réaliste). Il ne peut y avoir de charia, de loi extérieure s’imposant à tous, pour un disciple du Christ : l’Alliance Nouvelle jaillit du cœur de l’homme, pas de la contrainte.

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Le signe de cette Alliance Nouvelle annoncée par Jérémie, c’est le pardon : le fil sans cesse renoué de notre relation à Dieu et aux autres.

Le sang du Christ est le sceau de cette Alliance Nouvelle et éternelle, sang « versé pour nous et pour la multitude en rémission des péchés » (prière eucharistique).

Alors, pour préparer votre confession de Carême, revisitez les liens qui vous unissent à Dieu et à vos frères. Comme la corde du rabbin, ces liens sont par endroit coupés, ou distendus, ou disparus… Laissez Dieu renouer avec vous. Approchez-vous de son pardon. Laissez-vous aimer…

 

 

 

 

1ère lecture : « Je conclurai une alliance nouvelle et je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31, 31-34)
Lecture du livre du prophète Jérémie

Voici venir des jours – oracle du Seigneur –, où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle. Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte : mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue, alors que moi, j’étais leur maître – oracle du Seigneur.

Mais voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passés – oracle du Seigneur. Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands – oracle du Seigneur. Je pardonnerai leurs fautes, je ne me rappellerai plus leurs péchés.

Psaume : 50 (51), 3-4, 12-13, 14-15
R/ Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. (50, 12a)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.

2ème lecture : « Il a appris l’obéissance et est devenu la cause du salut éternel » (He 5, 7-9)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Evangile : « Si le grain de blé tombé en terre meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 20-33)

Acclamation : Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive, dit le Seigneur ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Gloire à toi, Seigneur, gloire à toi. (Jn 12, 26)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque. Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus. Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.  Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.
Patrick BRAUD

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18 février 2015

Ne faisons pas mentir la croix du Christ !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 14 h 00 min

Ne faisons pas mentir la croix du Christ !


Homélie du Dimanche 22 Février 2015 – Année B
1er Dimanche de Carême

Ne faisons pas mentir la croix du Christ ! dans Communauté spirituelle 35Christ_entier
Allons-nous faire mentir la Croix du Christ ?
Allons-nous rendre vaine sa mort ?
En nous éloignant du pardon, c’est comme si nous effacions sa Passion des tablettes de l’histoire.
Pire encore : en négligeant d’être pardonnés ou de pardonner, nous annulons la Résurrection du Christ qui devient alors inutile.

C’est Saint Pierre qui nous le dit dans sa lettre : « Frères, le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui le juste, il est mort pour les coupables, afin de vous introduire devant Dieu ».

Avons-nous vraiment pris conscience que Jésus est mort pour les coupables que nous sommes ? Si nous disons que nous n’avons pas de péché, non seulement nous faisons de Dieu un menteur (1Jn 1,10), mais en plus nous insinuons que le Christ est mort pour rien. Et sans nous en rendre compte, nous nous coupons en même temps du dynamisme de Résurrection qui est à l’œuvre dans notre baptême. « Être baptisé, martèle Pierre, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager avec une conscience droite, et participer ainsi à la résurrection de Jésus-Christ ».

Donc, confesser son péché, c’est donner raison à la Croix du Christ, lui qui a cloué sur le bois de la Croix le billet de la dette qui nous étranglait, disait St Paul (Col 2,14). À l’image du bon larron :« Pour nous, c’est juste : nous recevons ce que nos actes ont mérité ; mais lui n’a rien fait de mal… Jésus souviens-toi de moi quand tu viendras comme roi » (Lc 23,41)

« S’il n’y avait pas eu la croix, le Christ n’aurait pas été crucifié (…) Les sources de l’immortalité n’auraient pas jailli de son côté, le document reconnaissant le péché n’aurait pas été déchiré, nous n’aurions pas reçu la liberté, nous n’aurions pas profité de l’arbre de vie, le paradis ne se serait plus ouvert. S’il n’y avait pas eu la Croix, la mort n’aurait pas été terrassée, l’enfer n’aurait pas été dépouillé de ses armes » (homélie de St André de Crête, 660-740).

La contemplation du Christ en croix peut donc nous amener à nous rapprocher du sacrement du pardon avec confiance : s’il a donné sa vie pour nous tels que nous sommes, avec nos grandeurs et nos misères, nos élans et nos contradictions, pourquoi refuser d’être pécheurs ?

Pourquoi nous cacher derrière de faux alibis : ‘je n’ai pas le temps, on ne trouve jamais un prêtre disponible (c’est faux !), je ne sais plus comment faire (c’est peut-être vrai, mais c’est facile à rattraper !)’ ?

Pourquoi nous dissimuler derrière de faux arguments : ‘pas besoin de passer pour un prêtre, j’ai pas tué, j’ai pas volé, je dis toujours la même chose’… ?

Il suffit de camper devant la Croix du Christ, et de la laisser nous redire : « c’est pour toi que Jésus a souffert, c’est pour toi que le Christ est mort. Vas-tu accepter le cadeau de vie qu’il te fait ainsi, ou lui répondre que tout va bien pour toi et que tu n’as pas besoin d’un tel sacrifice ? »

Je me souviens de Laetitia, la fille de bons amis, qui avait 5 ans. Elle arrivait dans une maison qu’elle ne connaissait pas, où on passait le week-end ensemble. On la laisse découvrir sa chambre. Quand on revient 10 mn plus tard, une grosse larme roule sur sa joue alors qu’elle fixe le crucifix accroché au mur.

- « Laetitia, tu pleures ? »
- « Regarde celui qui est accroché là : pourquoi on lui a fait tant de mal ? »
Il faudrait retrouver la Laetitia qui est nous et pleurer nous aussi sur le mal commis, pour le confier au Christ. Un peu comme Marie-Madeleine qui pleure sur les pieds de Jésus, et deviendra le premier témoin de la Résurrection.
Heureux ceux qui pleurent sur leur péché !
Heureux ceux qui participent ainsi à la Résurrection de Jésus-Christ !

La mode actuelle serait dit-on à éliminer toute forme de culpabilité pour essayer d’aller mieux. Si le mal arrive, on vous dit que c’est la faute d’un coupable qu’il faut traquer et faire payer. Ou bien on vous dit que c’est la faute de vos parents, de votre  passé traumatisant. Ou bien encore c’est la faute de la société qui vous manipule et vous empêche d’être libre etc.

782034 Carême dans Communauté spirituelleEh bien, redisons avec force que le sentiment de culpabilité peut être utile. Sans lui, les bourreaux nazis, staliniens ou cambodgiens font leur travail en toute bonne conscience  (relisez Les Bienveillantes  de Jonathan Littell) ; sans lui les djihadistes de tous bords assassinent des innocents en croyant honorer leur Dieu…

C’est lui qui devrait nous réveiller avant de nous habituer à notre péché.
C’est lui qui nous  pousse à faire la lumière en nous au lieu de tout rejeter sur les autres.
C’est lui qui nous fait découvrir que « nous n’avons droit » à rien vis-à-vis de Dieu ; tout ce que nous recevons de lui est gracieux, gratuit.
La foi chrétienne appelle à la responsabilité personnelle : impossible de se défausser en disant toujours : ‘c’est les autres…’

« Le Christ est mort pour les coupables afin de les introduire devant Dieu ».
Celui qui ne se reconnaît jamais coupable ne pourra pas être introduit devant Dieu. Puissions-nous réapprendre à plaider coupable grâce à un tel médiateur qui ne veut que notre salut !

Cette semaine, contemplez davantage la Croix du Christ : à votre travail (discrètement !), dans votre chambre, ou la croix de votre chapelet dans votre poche. Qu’elle vous fasse méditer la phrase de Pierre :

« Frères, le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui le juste, il est mort pour les coupables, afin de vous introduire devant Dieu ».

 

 

 

1ère lecture : Alliance de Dieu avec Noé qui a échappé au déluge (Gn 9, 8-15)

Lecture du livre de la Genèse

Dieu dit à Noé et à ses fils : « Voici que moi, j’établis mon alliance avec vous, avec votre descendance après vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous : les oiseaux, le bétail, toutes les bêtes de la terre, tout ce qui est sorti de l’arche. Oui, j’établis mon alliance avec vous : aucun être de chair ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre. » Dieu dit encore : « Voici le signe de l’alliance que j’établis entre moi et vous, et avec tous les êtres vivants qui sont avec vous, pour les générations à jamais : je mets mon arc au milieu des nuages, pour qu’il soit le signe de l’alliance entre moi et la terre. Lorsque je rassemblerai les nuages au-dessus de la terre, et que l’arc apparaîtra au milieu des nuages, je me souviendrai de mon alliance qui est entre moi et vous, et tous les êtres vivants : les eaux ne se changeront plus en déluge pour détruire tout être de chair. »

Psaume : 24 (25), 4-5ab, 6-7bc, 8-9

R/ Tes chemins, Seigneur, sont amour et vérité pour qui garde ton alliance. (cf. 24, 10)

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.

Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,
ton amour qui est de toujours.
Dans ton amour, ne m’oublie pas,
en raison de ta bonté, Seigneur.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair, mais vivifié dans l’Esprit. C’est en lui qu’il est parti proclamer son message aux esprits qui étaient en captivité. Ceux-ci, jadis, avaient refusé d’obéir, au temps où se prolongeait la patience de Dieu, quand Noé construisit l’arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvées à travers l’eau. C’était une figure du baptême qui vous sauve maintenant : le baptême ne purifie pas de souillures extérieures, mais il est l’engagement envers Dieu d’une conscience droite et il sauve par la résurrection de Jésus Christ, lui qui est à la droite de Dieu, après s’en être allé au ciel, lui à qui sont soumis les anges, ainsi que les Souverainetés et les Puissances.

Evangile : « Jésus fut tenté par Satan, et les anges le servaient » (Mc 1, 12-15)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 4b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus venait d’être baptisé. Aussitôt l’Esprit le pousse au désert et, dans le désert, il resta quarante jours, tenté par Satan. Il vivait parmi les bêtes sauvages, et les anges le servaient.  Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. »
Patrick BRAUD

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