L'homélie du dimanche (prochain)

16 octobre 2014

Refusez la pression fiscale !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 02 min

Refusez la pression fiscale !

Homélie du 29° dimanche du temps ordinaire
19/10/2014

Une histoire d’impôt

Nous croyons être les seuls ou les premiers à souffrir des prélèvements fiscaux imposés par un État endetté au-delà du raisonnable. L’évangile de ce dimanche (Mt 22,15-21) nous invite à relativiser : il y a 2000 ans – déjà ! – César faisait lourdement peser sur ses provinces conquises au loin le poids de sa domination militaire. Pour financer les combats de ses légions aux frontières de l’empire, pour payer les fonctionnaires de l’administration romaine, et tout simplement pour enrichir Rome qui finira par sombrer devant les Barbares à cause de tant de luxe et d’opulence récoltée sur le dos des vaincus.

Hier comme aujourd’hui, l’impôt payé à Rome n’était pas très populaire ! Doublement même à l’époque de Jésus, car il était le symbole de l’occupation militaire d’Israël.

« Est-il permis oui ou non de payer l’impôt à l’empereur ? » est donc une question piège. S’il répond non, Jésus se rallie les faveurs du peuple, mais passe pour un dangereux rebelle politique aux yeux des Romains. S’il dit oui, il échappe à la force romaine, mais passe pour un collaborateur aux yeux des juifs.

Sa réponse énigmatique nous met sur la voie d’une double sagesse toujours actuelle :

- refusez de vous laisser enfermer dans des pièges binaires.

- refusez de laisser l’argent vous détourner de votre chemin intérieur.

 

1. Refusez de vous laisser enfermer dans des pièges binaires

Le numérique nous a fait passer à l’ère du binaire, du moins en première approximation. En informatique, tout est 0 ou 1. Le reste n’est que combinaisons et enchaînements logiques.

Le risque est grand de plaquer cette logique binaire sur les émotions, les sentiments, les réalités sociales, économiques et politiques…

« Est-il permis, oui ou non, de… » :

- se séparer de son conjoint quand il n’y a plus rien en commun ?
- interrompre la vie dans le ventre d’une mère ?
- mettre fin à une vie végétative ou indigne ?
- taxer les plus riches pour entretenir les plus pauvres ?
- exploiter le gaz de schiste pour sortir du chômage massif ?
- bombarder les djihadistes après avoir déstabilisé tout le Moyen-Orient ?…
Et vous pouvez vous-même allonger la liste.

Beaucoup voudraient des réponses claires, rapides, univoques.
Oui/non. Blanc/noir. L’axe du bien/l’axe du mal.

Pourtant, même les vieux westerns savaient introduire des nuances : les bandits n’étaient pas toujours ceux qu’on aurait pu croire, les Indiens n’étaient pas tous si sauvages !

Jésus va plus loin. Il récuse la logique binaire de ses adversaires ; il ne se lance pas non plus dans de subtiles arguties à l’infini pour noyer le poisson. Il répond à cette question par une autre question, et par une énigme. Autrement dit, il retourne à  l’envoyeur le constat à faire, et l’oblige ensuite à réfléchir par lui-même. Car les pharisiens et les hérodiens attendaient une solution simple qui les déchargerait de leur responsabilité. « Puisque tu es un maître, parle et nous t’obéirons » semblent-ils dire avec hypocrisie.

Comme si le rôle d’un maître spirituel était de décider pour ses disciples !

Jésus les renvoie à leur responsabilité, à leur liberté, à la capacité à discerner par  eux-mêmes ce qui est juste. « Vous voyez l’effigie de César sur la pièce de monnaie. Vous avez en vous l’image de Dieu dont vous êtes l’effigie vivante. Alors réfléchissez et faites vous-mêmes la part des choses ».

Dans le même état d’esprit, ailleurs, Jésus dira : « qui m’a établi juge pour juger de vos affaires ? » (Lc 12,14)

L’énigme de sa réponse sur la pièce de monnaie lui permet de ne pas se laisser enfermer dans une fausse alternative oui/non. Les intégrismes – dont le djihad aujourd’hui nous montre hélas une résurgence – veulent répondre à la place de leurs fidèles, et par des réponses ultra-simplistes : oui/non. C’est paradoxalement ce qui fait leur force : dans un monde complexe où les questions sont complexes, dans une culture qui prône l’individualisme mais laisse l’individu seul pour décider, la tentation existe de s’en remettre à quelqu’un d’autre pour savoir quoi faire. Et les jeunes acquiescent facilement à cette forme de radicalisme : une cause simple pour laquelle se sacrifier, quelqu’un qui a des solutions simples sur les questions actuelles, une exigence forte et claire. Autrefois, ces générations étaient séduites par le marxisme, Che Guevara ou Mao. Puis ce fut le mouvement hippie qui cherchait à revenir à l’essentiel. Puis la génération de l’humanitaire et les remèdes simples aux problèmes compliqués du sous-développement…

Maintenant, ceux que l’Occident insupportent (et il y a de quoi parfois) découvrent le discours djihadiste qui leur propose une vision du monde en blanc et noir, en oui/non, et il est logique hélas qu’ils soient tentés.

Refuser les logiques binaires est donc un vrai enseignement de sagesse de Jésus, pertinent à toute époque.

 

2. Refusez de laisser l’argent vous détourner de votre chemin intérieur

C’est le deuxième piège de la question du jour. Car c’est bien d’argent qu’il s’agit. Doit-il faire de nous des alliés de César, ou des résistants (qui rétabliront le shekel en 1948 comme monnaie nationale lors du retour en Israël !) ?

La pression fiscale est telle qu’on ne peut y échapper (même ceux qui souffrent de ‘phobie administrative’ finissent par être rattrapés par le fisc !).

Refusez la pression fiscale ! dans Communauté spirituelle StatereJésus lui-même s’est astucieusement débrouillé pour que cette question de l’impôt ne le détourne pas de sa mission essentielle. On connaît peu ce passage étrange de l’évangile de Matthieu où l’on raconte que Jésus a littéralement sorti de l’eau son prélèvement fiscal :

Comme ils étaient venus à Capharnaüm, les collecteurs du didrachme s’approchèrent de Pierre et lui dirent: « Est-ce que votre maître ne paie pas le didrachme »  « Mais si », dit-il. Quand il fut arrivé à la maison, Jésus devança ses paroles en lui disant: « Qu’en penses-tu, Simon? Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes ou impôts? De leurs fils ou des étrangers? »  Et comme il répondait: « Des étrangers », Jésus lui dit: « Par conséquent, les fils sont exempts.  Cependant, pour ne pas les scandaliser, va à la mer, jette l’hameçon, saisis le premier poisson qui montera, et ouvre-lui la bouche: tu y trouveras un statère; prends-le et donne-le leur, pour moi et pour toi. » (Mt 17, 24-27)

Peut-être est-ce une allusion à la contribution que les chrétiens, symbolisés par le fameux symbole du poisson (ictus) ont apporté aux finances de Jésus et de ses disciples ? Quoi qu’il en soit, là encore Jésus s’en tire avec élégance : il honore l’obligation de l’impôt sans se laisser détourner de sa route pour autant.

Et c’est bien cela notre enjeu à nouveau aujourd’hui : refuser que l’impôt nous écrase injustement tout en honorant ce qu’il représente d’obligation solidaire. Assumer le rôle de l’argent à travers ce partage forcé, sans pour autant que l’argent devienne une obsession, un petit dieu qui nous détourne de notre chemin intérieur.

On croyait autrefois qu’une saignée était le meilleur remède aux maladies mystérieuses. Nous pouvons redécouvrir que les prélèvements sur nos richesses constituent effectivement un rappel salutaire pour ne pas absolutiser l’accumulation matérielle. Et en même temps, la liberté du Christ face à César nous invite à résister à ce qu’une politique fiscale peut avoir d’injuste et de dangereux.

 

« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ».

Cette réponse énigmatique de Jésus nous libère des fausses logiques binaires, et de la déification de l’argent ou du politique.

À nous de discerner comment la laisser faire son chemin en nous…

 

1ère lecture : Les empires sont dans la main de Dieu (Is 45, 1.4-6a)

Lecture du livre d’Isaïe

Parole du Seigneur au roi Cyrus, qu’il a consacré, qu’il a pris par la main, pour lui soumettre les nations et désarmer les rois, pour lui ouvrir les portes à deux battants, car aucune porte ne restera fermée : « À cause de mon serviteur Jacob et d’Israël mon élu, je t’ai appelé par ton nom, je t’ai décerné un titre, alors que tu ne me connaissais pas. Je suis le Seigneur, il n’y en a pas d’autre : en dehors de moi, il n’y a pas de Dieu. Je t’ai rendu puissant, alors que tu ne me connaissais pas, pour que l’on sache, de l’orient à l’occident, qu’il n’y a rien en dehors de moi. »

Psaume : 95, 1a.3, 4.5b, 7-8a, 9a.10ac

R/ Au Seigneur notre Dieu, tout honneur et toute gloire

Chantez au Seigneur un chant nouveau, 
racontez à tous les peuples sa gloire, 
à toutes les nations ses merveilles !

Il est grand, le Seigneur, hautement loué,
redoutable au-dessus de tous les dieux :
lui, le Seigneur, a fait les cieux. 

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté :
Allez dire aux nations : « Le Seigneur est roi ! »
Il gouverne les peuples avec droiture.

2ème lecture : La foi, l’espérance et la charité de la communauté (1Th 1, 1-5b)

Commencement de la lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Nous, Paul, Silvain et Timothée, nous nous adressons à vous, l’Église de Thessalonique qui est en Dieu le Père et en Jésus Christ le Seigneur. Que la grâce et la paix soient avec vous.
À tout instant, nous rendons grâce à Dieu à cause de vous tous, en faisant mention de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père. Nous le savons, frères bien-aimés de Dieu, vous avez été choisis par lui. En effet, notre annonce de l’Évangile chez vous n’a pas été simple parole, mais puissance, action de l’Esprit Saint, certitude absolue.

Evangile : À César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu (Mt 22, 15-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Rendez au Seigneur, vous les dieux, rendez au Seigneur gloire et puissance, rendez au Seigneur la gloire de son nom. Alléluia. (cf. Ps 28, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Les pharisiens se concertèrent pour voir comment prendre en faute Jésus en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : « Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le vrai chemin de Dieu ; tu ne te laisses influencer par personne, car tu ne fais pas de différence entre les gens. Donne-nous ton avis : Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? »
Mais Jésus, connaissant leur perversité, riposta : « Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt. »
Ils lui présentèrent une pièce d’argent. Il leur dit : « Cette effigie et cette légende, de qui sont-elles ? – De l’empereur César », répondirent-ils.
Alors il leur dit : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Patrick BRAUD

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25 septembre 2014

Changer de regard sur ceux qui disent non

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Changer de regard sur ceux qui disent non

Homélie du 26° dimanche du temps ordinaire / année A
28/09/14

Le contexte historique de cette ‘parabole des deux fils’ l’explique en partie.

À l’heure où Matthieu écrit, les disciples du Christ, juifs pour la plupart, font la douloureuse expérience de se faire exclure des synagogues et
rejeter par leurs frères juifs. À tel point que la rupture sera officialisée par le synode de Jamnia en 90, où les rabbins excluront officiellement les chrétiens des synagogues. Ils rajouteront même une malédiction anti-chrétiens [1] 
(la birkat ha-minim  ou bénédiction contre les hérétiques = les
chrétiens) à leur prière tri-quotidienne de Shemoneh Esreh (les 18 bénédictions).

Dans ce contexte d’affrontement et de ruptures, on comprend que l’ouverture aux païens que Jésus a appris à pratiquer devienne ensuite la dynamique de l’Église naissante.

Le premier fils de la parabole désigne donc le peuple de la première Alliance, qui a d’abord dit oui à Dieu, mais finalement se détourne du Christ qui lui est envoyé.

« Celui-ci figure bien le peuple hébreu qui avec tant d’empressement disait à Moïse :  » Tout ce que
Dieu nous dira nous le ferons  » ; et qui ensuite au lieu d’aller travailler à la vigne de Dieu en tua l’héritier » (Saint Jérôme : commentaire de l’évangile selon saint Matthieu).

Le deuxième fils désigne les païens, qui dans un premier temps ont dit non au Dieu unique, en pratiquant le
polythéisme et l’immoralité, mais qui finalement vont se tourner en masse vers Lui en acceptant son envoyé, Jésus de Nazareth.

Au-delà de ce contexte historique, l’intérêt de cette parabole réside dans son appel à voir autrement les refus opposés à Dieu.

Changer de regard sur ceux qui disent non est en effet le résultat de la parabole.

Le père est assez patient pour ne pas se mettre en colère contre le deuxième fils. Il lui laisse le temps de cheminer, de changer d’avis, de changer de vie. Pourtant, Jésus aime bien ceux qui ont une parole droite : « que votre oui soit oui, que votre non soit non » (Mt 5,37). Mais il n’en devient pas pour autant dur et intransigeant, au contraire.

Et nous, quel regard portons-nous sur ceux qui semblent dire non à Dieu (et dont nous faisons parfois partie !) ?

 

En famille

Toute famille a ses adolescents qui par principe commencent par s’opposer. Comme si pour exister il leur grincheuxfallait d’abord montrer qu’ils sont libres, et que s’ils obéissent c’est par eux-mêmes et non parce que cela leur est imposé. Et ce n’est pas qu’une question d’âge !

Changer de regard sur ces ados rétifs, c’est leur faire confiance, ne pas les braquer, ne pas les acculer à des conflits sans retour.
C’est savoir attendre, avec patience, qu’un conseil, une parole ou un geste d’affection finisse par faire leur effet, sans s’imposer par la force.
C’est ne pas retenir absolument (sauf danger mortel) celui qui voudra s’engager dans une autre voie que celle souhaitée.
Ce lâcher-prise éducatif n’est pas de la démission ni de l’abandon, car il suppose d’abord l’exigence d’un appel : va travailler à ma vigne, et ensuite le soutien d’un accompagnement sans faille.

 

Changer de regard sur ceux qui disent non dans Communauté spirituelle RO30105330En Église

Comme le disait Bernadette Soubirous : je suis chargée de vous le dire, pas de vous le faire croire.

La culture de l’appel qui caractérise l’Église nous demande de pratiquer l’interpellation sans nous lasser : mets-toi au service de la communauté, tout en laissant cet appel faire son chemin librement en l’autre. L’ivraie et le bon grain vont grandir ensemble, mais l’appel lancé produira du fruit, un jour ou l’autre.

Ce qui est vrai pour l’appel à servir l’Église l’est aussi pour l’évangélisation.
La première annonce de l’Évangile va souvent rencontrer des premiers refus, des oppositions. À nous de savoir patiemment accompagner, proposer à nouveau, sans imposer jamais.

 

En entreprise

Eh oui, même en entreprise nous pouvons changer de regard sur ceux qui disent non !

Nous avons tous eu des collègues Schtroumpfs grincheux, qui semblent par principe résister à toute forme de changement…
Beaucoup commencent par râler, protester. Certains vont plus loin et se mettent en embuscade pour faire échouer tel projet, tel changement, comme un renard prêt à saccager le poulailler.
Pourtant, nous avons tous fait l’expérience de voir tel collègue changer et devenir participant au lieu de se mettre hors jeu. Pourquoi ? Parce qu’on lui a laissé le temps de réfléchir, parce qu’on a nourri sa réflexion, parce qu’il y a eu des formations, des témoignages, des échanges. Et souvent ceux qui résistent ainsi rendent service au changement, car ils obligent l’entreprise à mûrir le projet, à l’améliorer, à intégrer les objections légitimes, à donner des preuves et des moyens pour que chacun ait le désir de s’y engager activement.

 

1ere_couv_EFCS3 Carême dans Communauté spirituelleUn patron d’une SSII indienne qui a révolutionné son entreprise raconte qu’il a très distingué trois groupes de salariés dans la transformation managériale qu’il a impulsée :

- les transformeurs : ceux qui sont naturellement et instinctivement d’accord avec le changement, et qui vont l’incarner facilement et vite.

- les attentistes : ceux qui ont besoin de temps et de preuve avant de basculer du côté de l’adhésion. Ils commencent par dire : oui, mais…, et grâce à leurs objections prises en compte, le projet s’affine et se bonifie, si bien qu’ils peuvent s’y engager librement, stimulés par l’exemple des transformeurs.

- les renards : ceux qui vont faire semblant de dire oui, mais ne rateront pas une occasion de démolir les premières transformations naissantes. «  On a déjà essayé  ». «  Vous voyez bien que les résultats ne suivent pas  ». «  C’était mieux avant  »... On reconnaît là l’attitude du premier fils de la parabole. Si le changement s’amplifie et devient vraiment le bien commun de l’entreprise, alors soit ces renards s’en vont d’eux-mêmes, constatant qu’ils ne sont pas faits pour cela, soit il faut les faire partir pour ne pas compromettre la réussite des autres. Dura lex…

 

Dans le monde associatif ou le voisinage

La transposition est également facile. Si vous vous arrêtez aux premières réactions des gens que vous sollicitez pour servir un quartier, une association, une démarche collective, vous risquez fort de ne persuader personne de vous suivre ! Alors que les premiers refus obligent à mieux expliquer, à mieux organiser et à mieux faire vivre le projet présenté. Et les appels réitérés trouvent toujours leur public lorsqu’ils sont justifiés et correspondent à de vrais besoins.

 

Cette parabole des deux fils peut donc radicalement changer notre perception de ceux qui nous disent non.

Exercez-vous cette semaine à porter un tel regard sur celui ou celle qui dans votre famille, vos collègues, votre quartier ressemble au deuxième fils.

 

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1. Voici le texte de la Birkat ha Minim dans sa version palestinienne la plus simple, tel qu’il a été retrouvé dans la gueniza du Caire : « Que les apostats-renégats [mashoumadim = "ceux qui ont été détruits/ anéantis"] n’aient plus aucun espoir ; que le pouvoir de malheur [malkhout zadon1, c’est-à-dire l’empire romain] disparaisse rapidement de nos jours, que les notsrim et les minim [hérétiques, c’est-à-dire les chrétiens] aillent sur l’heure à leur perte, qu’ils soient effacés du livre de vie et qu’ils ne soient pas mentionnés parmi les justes. Béni soit le Seigneur qui courbe les méchants ».

1ère lecture : Dieu nous appelle chaque jour à nous convertir(Ez 18, 25-28)

Lecture du livre d’Ezékiel

Parole du Seigneur tout-puissant : Je ne désire pas la mort du méchant, et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur est étrange. » Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui est étrange ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, se pervertit, et meurt dans cet état, c’est à cause de sa perversité qu’il mourra. Mais si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de
ses fautes, il ne mourra pas, il vivra.

Psaume : 24, 4-5ab, 6-7, 8-9

R/ Souviens-toi, Seigneur, de ton amour.

Seigneur, enseigne-moi tes voies,
fais-moi connaître ta route.
Dirige-moi par ta vérité, enseigne-moi,
car tu es le Dieu qui me sauve.


Rappelle-toi, Seigneur, ta tendresse,

ton amour qui est de toujours.
Oublie les révoltes, les péchés de ma jeunesse ;
dans ton amour, ne m’oublie pas.

Il est droit, il est bon, le Seigneur,
lui qui montre aux pécheurs le chemin.
Sa justice dirige les humbles,
il enseigne aux humbles son chemin.

2ème lecture : L’unité dans l’amour à la suite du Christ (brève :
1-5)
 (Ph 2, 1-11)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, s’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les uns les autres, si l’on s’encourage dans l’amour, si l’on est en communion dans l’Esprit, si l’on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour, les mêmes sentiments ; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de lui-même, mais aussi des autres. 

Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus : lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en
devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.

C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Se convertir non en paroles, mais en actes (Mt 21, 28-32)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui ne fermez pas votre cœur, mais
écoutez la voix du Seigneur. Alléluia. (Ps 94, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : ‘Mon enfant, va travailler aujourd’hui à ma vigne.’ Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas.’ Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : ‘Oui, Seigneur !’ et il n’y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ». Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »
Patrick BRAUD

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18 septembre 2014

Personne ne nous a embauchés

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Personne ne nous a embauchés

Homélie du 25° dimanche du temps ordinaire / année A
21/09/2014

Dieu au Pôle Emploi

Les commentaires de cette parabole des ouvriers de la 11° heure sont innombrables (cf. par exemple : Les ouvriers de la 11° heure).

Personne ne nous a embauchés dans Communauté spirituelle Byzantine_agriculture

Centrons-nous aujourd’hui sur l’interrogation à la fois étonnée et douloureuse du maître de la vigne : « pourquoi restez-vous là à rien faire toute la journée ? »

On y trouve l’écho d’une conception du travail très parlante pour la mentalité du XXI° siècle.

« Personne ne nous a embauchés » : en formulant comme un reproche au monde du travail de n’avoir pas proposé à ces chômeurs de s’insérer dans l’œuvre commune (symbolisée de manière si noble par la vigne), cette parabole plaide pour une conception très personnaliste et sociale du travail.

Ne pas être embauché, c’est être exclu de la société humaine.

Aller travailler à la vigne, c’est devenir pleinement soi-même, en transformant le monde, en gagnant dignement sa vie, en faisant partie d’un corps social qui par son activité apporte joie et bonheur aux autres (le vin de la vigne !). À tel point que l’oisiveté (otium en latin) est devenue la mère de tous les vices : rester là à rien faire toute la journée est déshumanisant. On peut y lire en filigrane l’éloge du négoce (neg-otium en latin) qui se définit justement comme la négation de l’oisiveté, permettant à l’homme de répondre à l’appel de Dieu.

L’interrogation divine, et sa volonté d’embaucher coûte que coûte, même pour une heure seulement, même à prix d’or, nous rejoint par l’importance majeure que nous donnons au travail dans la réalisation de soi.

 

LES 7 SENS DU TRAVAIL

En s’inspirant des travaux de Fragnière [1] on peut distinguer 7 significations attribuées au travail tout au long de l’histoire. Le judaïsme et le christianisme à sa suite ont largement influencé ces conceptions du travail, mais pas seulement.

1. Le travail comme vocation sociale et épanouissement personnel

Quoi qu’en dise moult commentaires (partisans), c’est la première signification du travail que l’on trouve dans la Bible. Dans le jardin de la Genèse en effet, Dieu place l’homme pour le cultiver, dès l’origine, avant la chute : « Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour le cultiver et le garder » (Gn 2,15).

C’est donc que le travail humain participe à l’achèvement de la Création, et qu’il est fondamentalement bon pour l’homme de travailler. C’est en travaillant que l’homme réalise sa vocation de transformer le monde, d’en être le co-créateur, avec Dieu et à son image.

Cette vision très enthousiasmante du travail se retrouvera en partie dans la conception luthérienne et calviniste. Pour les réformateurs, c’est dans l’activité professionnelle que se pratique la véritable ascèse (et non pas hors du monde dans les monastères). Si quelqu’un est appelé à être sauvé, cela se vérifiera dans son travail. Le mot métier en allemand (Beruf) désigne à la fois le travail et la vocation : les réformés cherchent dans la réussite matérielle de leur business les signes de l’élection divine. Sauvés gratuitement, ils vérifient en gagnant de l’argent qu’ils sont bien bénis de Dieu [2].

Certains courants actuels réhabilitent la conception optimiste de la Genèse.
Ainsi Isaac Getz se fait le chantre des entreprises « libérées » où les collaborateurs s’épanouissent en devenant responsables, libres et autonomes dans leur travail [3].
 Et le courant du « bonheur au travail » [4] veut à nouveau rendre possible l’épanouissement personnel à travers cette révolution du management. La « fun theory » expérimente que le plaisir au travail décuple les énergies et les résultats économiques [5] !
 

La « Fish philosophy » s’inspire du marché aux poissons de Pike Place à Seattle aux États-Unis pour développer humour, ambiance et passion au travail [6] etc.

2. Le travail comme peine et châtiment

C’est la conséquence de la deuxième partie du texte de la Genèse, après la chute :

« À la femme, il dit : « Je multiplierai les peines de tes grossesses, dans la peine tu enfanteras des fils. À l’homme, il dit:  » À force de peines tu tireras subsistance du sol tous les jours de ta vie. Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l’herbe des champs. À la sueur de ton visage tu mangeras ton pain, jusqu’à ce que tu retournes au sol… » (Gn 3, 16-19).

Tant de générations ont sacralisé le sens du devoir et l’obligation du travail dans cette perspective un peu janséniste de pénibilité inévitable, mais finalement salutaire !

3. Le travail comme instrument de rédemption

Glissant du signe de l’élection divine à l’instrument pour obtenir cette élection, catholiques et protestants ont développé ensuite une vision morale du travail où il faut en quelque sorte mériter son salut à force d’acharnement et de labeur.

Dans la tradition bénédictine, la devise des moines : Ora et Labora exprime cette heureuse complémentarité de la prière et du travail comme voies de sanctification indissociables.

4. Le travail comme force impersonnelle

C’est Taylor qui va marquer cette époque. Avec l’industrialisation croissante, le centre n’est plus l’homme mais la machine, l’homme devient second et le poste de travail est central (Friedman).

Une nouvelle notion se fait jour : celle de « force de travail » qui s’organise, s’achète en terme de marché. Il y a donc concentration de cette force et en  conséquence séparation du lieu du travail et du lieu de vie. On ne s’intéresse plus à l’œuvre mais au revenu du travail et tout est compté en terme monétaire. La valeur humaine du travail tend vers zéro, seule la valeur économique compte.

5. Le travail comme emploi

Aujourd’hui, le travail prend la forme de l’emploi où le salarié obtient un statut social avec des droits. Ce changement de la représentation du travail est important. Il touche aux problèmes les plus cruciaux de la situation présente, avec la distinction entre le travail nécessaire pour produire une quantité donnée de biens et la forme concrète de l’emploi lié à un contrat de travail et au statut social de protection qu’il confère.

L’emploi devient une finalité en soi. C’est le droit au travail par lequel on affirme qu’on ne peut exclure personne : cela devient la revendication fondamentale. Et ce qui est nouveau, c’est que la notion de travail n’est plus liée à ce que l’on fait mais au seul statut contractuel qui lie l’individu au système. Il en résulte la perte du sens de « l’œuvre ».

6. Le travail comme temps contraint

Dans une civilisation construite autour du travail, le temps humain se structure autour de lui : les études sont une préparation au travail et non d’abord une recherche de vérité ou de sagesse constructive de soi ; à l’âge de travailler, succède la retraite, à un âge également déterminé. Le travail apparaît comme temps contraint par opposition à un temps pour soi. Ce menu de la vie ne saurait être modifié en fonction d’autres aspirations que celles du travail.

Cela englobe tout le temps humain : dans le déroulement de la vie (études, travail, retraite), de l’année (travail, vacances). Cette organisation du travail donne un découpage propre à la situation de travailleur et s’impose à celle des événements de la vie comme le mariage, les naissances et le vieillissement. C’est pourquoi on parle d’un temps contraint et le travail devient calculé en fonction du temps consacré au travail. D’où les revendications légitimes d’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, pour éviter que le temps de travail ne soit trop envahissant.

7. Le travail comme activité socialisante

Nous recherchons aujourd’hui de nouvelles valeurs pour éviter la société duale qui se crée par suite du chômage et qui par le sens actuel donné au travail fabrique des exclus. Cela revient à découvrir des valeurs universelles qui valorisent toutes les valeurs précédentes, à savoir l’idée de peine, l’idée de récompense, l’idée de valorisation personnelle. Le travail donne une identité, une utilité sociale qui permet à l’individu d’exister et d’être reconnu. Le drame du chômage se situe justement dans cette absence de reconnaissance et de participation sociale.

 

Comment aujourd’hui inventer l’avenir ? En donnant une valeur nouvelle au travail à partir de l’idée que c’est l’échange qui fournit la richesse et pas seulement l’activité de production de biens, mais cela s’appliquant non seulement aux échanges économiques classiques, mais aussi entre les individus et groupes d’individus. Le travail devient alors activité d’échange et non statut, et cette activité est créatrice de travail.

Le problème n’est plus de chercher à donner du travail pour tous puisqu’il semble évident que la valeur dominante emploi va s’estomper progressivement. Par contre, il peut y avoir du travail pour tous si l’on accepte l’idée que tout est activité, puisque tout peut contribuer à l’échange entre individus, communautés, pays.

 

Une brève histoire théologique du travail

On peut tenter une synthèse de l’évolution historique de ces différentes conceptions du travail dans le tableau suivant :  

PÉRIODE

ÉVOLUTION
SOCIALE 
DU TRAVAIL

CONCEPTION
RELIGIEUSE DU TRAVAIL

 

 

 

Courant optimiste

Courant  pessimiste
(ou réaliste)

 

ANTIQUITÉ

(Grèce, Rome)

 

 

 

JUDAÏSME

AT

Division sociale:
patriciens / soldats / plèbe

Le statut social
(esclave, patricien…) n’est pas lié au ‘travail’, qui n’est pas encore
‘valeur d’échange’

Les philosophes veulent
diriger la cité, et délèguent le travail manuel, considéré comme ‘servile’,
aux  inférieurs

Travail manuel = peine, contrainte

 

Avodah
= culte = travail

Valorisation du travail
manuel qui obtient la bénédiction, et qui permet à l’homme de réaliser sa vocation
d’être co-créateur avec Dieu, à son image (Adam travaille le jardin de la
Genèse avant la chute)

Le travail non manuel
concurrence l’œuvre de Dieu (villes, richesses)

La pénibilité du travail vient de la faute
d’Ada
m

Insistance sur le shabbat pour relativiser l’importance du travail

Thème du repos
eschatologique

 

 

 

PÉRIODE PATRISTIQUE
(6° siècles)

Pas de séparation entre
‘maison’ et ‘travail’

Le travail est source
de dignité

Il permet de pratiquer
la charité

Il évite l’oisiveté (otium, d’où l’éloge du neg-otium
= négoce)

Il construit l’interdépendance
sociale

MONACHISME

Il y a unité entre
travail / méditation de l’Écriture / prière

Le travail est un moyen
de croissance
spirituelle
(ascèse)

Certains métiers sont
interdits: prêtres païens, jeux du cirque, prostitution…

La réussite dans le
travail fait tomber dans le piège de l’argent et de la domination

(le travail a besoin de
la Rédemption)

 

 

 

 

 

 

MOYEN ÂGE

(en Occident)

Division sociale
féodale:

oratores / bellatores /
laboratores

opus spirituale / opus
civile / opus artificiale

Le ‘salaire’ est une
subsistance assurée et non une rétribution d’un ‘travail’

Apparition des
« paroisses », des « confréries » et des
« métiers » (avec leurs saints patrons)

MONACHISME

Ora et Labora (St
Benoît)

Consécration -
Bénédiction – Sanctification de l’univers (cf. Canon Romain) par le don ou
l’utilité sociale

La Devotio Moderna
favorise les confréries

Travail-châtiment

Sanctification par la
pénitence

(dolorisme,
eschatologie-évasion par le haut)

Pas de représentation
de Jésus‑Travailleur

Métiers interdits:
usuriers, jongleurs, arts et commerce pour les clercs

Dévalorisation du
travail non-manuel (ars mechanica = ‘adultère’) quand il n’est pas au service
de l’Église

 

 

 

RÉFORMES
(en Occident)

Débuts du capitalisme
marchand

Contestation de l’idée
de perfection réservée à une élite => travail = voie ordinaire vers la
sainteté

Luther: Beruf (métier =
vocation)  Calvin: Vocatio

Insistance sur
l’individu, la conscience, le libre-arbitre

La réussite dans le
travail est signe de la prédestination divine au salut (pas une récompense,
mais l’effet du salut gratuitement accordé par Dieu),
l’échec est signe de la réprobation divine

 

 

 

 

 

 

 

TEMPS MODERNES

Dissociation maison /
travail (Manufactures)

Le travail devient valeur
d’échange, et donc emploi (marché de l’emploi)

Le travail devient une
force impersonnelle

Apparition des
« corporations » (XVIII°)

puis des syndicats
(XIX°)

Mythe du Progrès
(technique) par le travail

Travail = facteur
déterminant du temps humain

Les exclus du travail
prolifèrent…

Redécouverte de la
figure de Jésus‑Travailleur

DOCTRINE SOCIALE :

Le travail comme
facteur de personnalisation : réalisation personnelle et intégration
sociale

Le travail comme voie
de sanctification, et de charité-justice

Droits du travail

VATICAN II

Le travail comme
instrument de réalisation du Royaume et accomplissement de la dimension
royale du baptême

La morale chrétienne
était surtout domestique et personnelle => difficulté d’élaborer une
morale sociale et collective du travail avant 1891

Appels à la résignation
sociale dans le monde du travail (car enfer / paradis)

Pas d’idolâtrie du
travail

(lutte pour le Dimanche
libre)

Réalité humaine
traversée par le mal, et qui a besoin de la Rédemption

 

Que dis-tu de ton travail aujourd’hui ?

Ce parcours historique nous ramène à notre responsabilité actuelle, personnelle et collective, vis-à-vis de la réalité du travail :

- à quelle vigne suis-je appelé à travailler ?

- quel sens est-ce que je donne à ce travail ?

- comment me faire l’écho du désir de Dieu d’embaucher les autres à sa vigne ?

 

____________________________________________________________ 

1. Cf. G. Fragnière, « Les sept sens du travail », Futuribles, novembre 1987.
2. Cf. Max WEBER, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1904.
3. Cf. Liberte & Cie, Brian M. Carney et Isaac Getz, Fayard, 2012.
4. Cf. Happy RH : Le bonheur au travail. Rentable et durable, Laurence Vanhee et Isaac Getz, Ed. La Charte, 2013.
5. Ex : http://www.youtube.com/watch?v=2lXh2n0aPyw
6.  Ex : https://www.youtube.com/watch?v=TbtsfyrEF_c ; https://www.youtube.com/watch?v=-ZKiJejNRtw 

 

1ère lecture : « Mes pensées ne sont pas vos pensées » (Is 55, 6-9)

Lecture du livre d’Isaïe

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme pervers, ses pensées !
Qu’il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

Psaume : 144, 2-3, 8-9, 17-18

R/ Proche est le Seigneur de ceux qui l’invoquent.

Chaque jour je te bénirai,
je louerai ton nom toujours et à jamais.
Il est grand, le Seigneur, hautement loué ;
à sa grandeur, il n’est pas de limite.
Le Seigneur est tendresse et pitié,

lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

2ème lecture : « Pour moi, vivre c’est le Christ » (Ph 1, 20c-24.27a)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, soit que je vive, soit que je meure, la grandeur du Christ sera manifestée dans mon corps. En effet, pour moi, vivre c’est le Christ, et mourir est un avantage. Mais si, en vivant en ce monde, j’arrive à faire un travail utile, je ne sais plus comment choisir. Je me sens pris entre les deux : je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c’est bien cela le meilleur ; mais, à cause de vous, demeurer en ce monde est encore plus nécessaire. Quant à vous, menez une vie digne de l’Évangile du Christ.

Evangile : La générosité de Dieu dépasse notre justice (Mt 20, 1-16)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. La bonté du Seigneur est pour tous, sa
tendresse, pour toutes ses œuvres : tous acclameront sa justice.Alléluia. (cf. Ps 144, 7-9)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait cette parabole : « le Royaume des cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit au petit jour afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. Il se mit d’accord avec eux sur un salaire d’une pièce ’argent pour la journée, et il les envoya à sa vigne. Sorti vers neuf heures, il en vit d’autres qui étaient là, sur la place, sans travail. Il leur dit : ‘Allez, vous aussi, à ma vigne, et je vous donnerai ce qui est juste.’ Ils y allèrent. Il sortit de nouveau vers midi, puis vers trois heures, et fit de même. Vers cinq heures, il sortit encore, en trouva d’autres qui étaient là et leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous restés là, toute la journée, sans rien faire ?’ Ils lui répondirent : ‘Parce que personne ne nous a embauchés.’ Il leur dit : ‘Allez, vous aussi, à ma vigne.’

Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : ‘Appelle les ouvriers et distribue le salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers.’ Ceux qui n’avaient commencé qu’à cinq heures s’avancèrent et reçurent chacun une pièce d’argent. Quand vint le tour des premiers, ils pensaient recevoir davantage, mais ils reçurent, eux aussi, chacun une pièce
d’argent. En la recevant, ils récriminaient contre le maître du domaine : ‘Ces derniers venus n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous, qui avons enduré le poids du jour et de la chaleur !’ Mais le maître répondit à l’un d’entre eux : ‘Mon ami, je ne te fais aucun tort. N’as-tu pas été d’accord avec moi pour une pièce d’argent ? Prends ce qui te revient, et va-t’en.
Je veux donner à ce dernier autant qu’à toi : n’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ?’
Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers. »
Patrick BRAUD

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25 juillet 2014

Quelle sera votre perle fine ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Quelle sera votre perle fine ?

Homélie du 17° dimanche du temps ordinaire / Année A
27/07/2014

 

Tout vendre pour acheter une perle à nulle autre pareille (Mt 13, 44-52) : pour qui, pour quoi seriez-vous prêts à faire cela ? Qu’est-ce qui pourrait être assez important à vos yeux pour y sacrifier tout le reste ?

Quelle sera votre perle fine ? dans Communauté spirituelle perle

Autrement dit, quel est votre royaume de Dieu qui anime et focalise vos énergies les plus vitales ? Pour qui seriez-vous prêts à risquer votre vie ?

À cette question, dans les sondages, les Français répondent en grande majorité : la famille, les proches. Cela paraît assez naturel. C’est quand même assez paradoxal à une époque où la famille est facilement malmenée, divisée, séparée. Raison de plus sans doute pour y tenir.

Y aurait-il un absolu au-dessus de la famille qui mériterait d’y consacrer le meilleur de soi-même ?

 

Mais au fait, quel est votre absolu, réellement ?

 

Le dieu de l’agenda

agenda marchand dans Communauté spirituelleUn exercice assez simple pour repérer ce qui est pour nous comme un dieu, c’est-à-dire ce qui occupe une place capitale dans nos raisons de vivre, est de relire son agenda sur plusieurs mois. Calmement, tranquillement, refaites défiler sur votre Outlook, sur Lotus Notes ou sur votre calepin les six derniers mois au moins. Repérez les rendez-vous qui reviennent souvent, régulièrement, ceux qui sont soulignés en rouge, ce qui n’y sont pas mais dont vous savez qu’ils remplissent les vides de l’agenda. Au besoin listez par écrit tout cela.

Qu’est-ce que mon agenda révèle de mes vraies priorités ? Quel est le dieu caché qui finalement attire à lui le plus clair de mon temps ? Ou quels rendez-vous, même minoritaires en durée, sont pourtant les plus importants pour moi au milieu de tout le reste ? Si je devais sacrifier la plupart de mes activités, laquelle voudrais-je sauvegarder et défendre bec et ongle quoiqu’il arrive ?

 

Il y a effectivement un petit dieu – ou des petites idoles – qui se cache entre les lignes de l’agenda. En prendre conscience est la première étape vers une libération intérieure : ai-je choisi ce qui est pour moi la perle fine dont parle l’Évangile, ou bien la vie m’impose-t-elle des choix inconscients qui me font adorer des priorités qui ne sont finalement pas les miennes ?

 

Le dieu de l’agenda peut se cacher derrière l’omniprésence d’un écran (télé, smartphone, ordinateur, console de jeu), l’invasion de la vie professionnelle jour et nuit, des engagements si prenants qu’ils en deviennent idolâtres etc.

Débusquer ces ersatz de royaume de Dieu à travers l’agenda permet de nous rendre libres pour désirer la vraie perle fine, et non la verrerie de pacotille.

 

L’ultimate concern

9780334046158 paraboleUn théologien protestant de génie, Paul Tillich, a forgé le concept d’ultimate concern (préoccupation ultime) pour désigner ce qui existentiellement tient lieu pour quelqu’un de perle fine pour laquelle tout sacrifier . L’expression de Tillich en allemand est : was uns unbedingt angeht , c’est-à-dire ce qui nous atteint, nous concerne et nous met en question de manière inconditionnée, sans que l’homme puisse y mettre aucune condition préalable.

Est Dieu pour quelqu’un ce qui finalement le concerne de manière ultime, ce qui le saisit, le passionne, exerce sur lui une emprise absolue.

Beaucoup de gens peuvent dire : le plus important pour moi, c’est la famille, et pourtant se conduire tous les jours en adeptes de l’alcool, de l’argent ou du pouvoir etc.

Être concerné de manière ultime par l’acquisition d’une perle rare, c’est orienter  ses choix, ses actions, ses calculs vers l’acquisition de ce trésor caché. C’est établir un ordre des priorités de son existence, en sachant et distinguant ce qui est essentiel de ce qui est relatif, ce qui est premier de ce qui est second.

 Ignace Loyola parle d’ordonner sa vie au but ultime qu’il a découvert, lui, grâce à sa jambe cassée si lente à guérir : servir et louer Dieu en toute chose.

Saint Benoît découvre la perle du monachisme et quitte tout pour s’enfoncer dans l’amitié avec Dieu, à travers la vie en communauté des moines : ne rien préférer au Christ est sa perle unique.

Jean Vanier quitte son métier et son statut social d’officier de marine canadien pour aller vivre avec Raphaël et Philippe, personnes handicapées, jusqu’alors remisées en hôpital psychiatrique. Sa perle fine s’appelle l’Arche, lieu de vie et de salut pour ceux que le handicap noie sous un déluge d’exclusion.

 

La liste est longue des chrétiens qui ont un jour découvert leur perle rare, leur perle singulière et unique. Pour elle, ils ont alors ré-ordonné leur vie, leur usage de l’argent, de la famille, pour posséder ce trésor caché et intensément désiré.

Pour cela, l’essentiel est évidemment de chercher, de chercher et de chercher encore.

Un bon négociant fait toutes les foires et tous les salons d’Europe et d’ailleurs pour trouver le produit rêvé. Celui qui ne s’exerce pas à désirer quelque chose de plus haut, plus vrai, plus fort risque de passer à côté de l’affaire du siècle dénichée  dans un vide-grenier improbable.

 

Dans la première lecture, Salomon rêve littéralement d’être un roi différent. Pour devenir sage à la manière de Dieu, il serait prêt à abandonner tous les signes de sa puissance, majesté et fortune. Habité par ce songe, Salomon découvre que ce qu’il désire au plus profond de lui-même, c’est exercer le pouvoir au service de son peuple et non du sien. Le fait même de désirer cette perle de la sagesse lui permettra de devenir le roi le plus aimé de tous, jusqu’en Égypte, jusqu’en Saba. Seule sa passion des femmes étrangères (son harem légendaire) le détournera de cet alignement d’avec sa perle fine. Avec la sagesse du gouvernement comme objectif prioritaire entre tous, Salomon aura vécu avant Jésus sa parabole sur la perle du royaume de Dieu. Saint Louis, roi de France, sera pour nous un nouveau Salomon. Les politiques sont donc concernés au premier chef par le discernement de ce qui est pour eux l’ultimate concern de leur engagement !

 

Trésor caché, perle fine de grande valeur : qu’est-ce qui oriente vraiment nos choix de vie ?

Pour qui, pour quoi sommes-nous prêts à sacrifier tout le reste ?

 

 


[1]« Man, like every living being, is concerned about many things, above all about those which condition his very existence…If [a situation or concern] claims ultimacy it demands the total surrender of him who accepts this claim…it demands that all other concerns…be sacrificed. » P.Tillich, Dynamics of Faith.

[2]. « Viele Menschen sind von etwas ergriffen, was sie unbedingt angeht », P. Tillich, Die verlorene Dimension. 

 

 

1ère lecture : Salomon demande à Dieu le véritable trésor (1R 3, 5.7-12)

Lecture du premier livre des Rois

À Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon.
Il lui dit : « Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai. »
Salomon répondit : « Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi à la place de David mon père ; or, je suis un tout jeune homme, incapable de se diriger,et me voilà au centre du peuple que tu as élu ; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un coeur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; comment sans cela gouverner ton peuple, qui est si important ? »
Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit :
« Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis ; mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un c?ur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. »

Psaume : Ps 118, 57.72, 76-77, 127-128, 129-130

R/ De quel amour j’aime ta loi, Seigneur !

Mon partage, Seigneur, je l’ai dit,
c’est observer tes paroles.
Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche,
plus qu’un morceau d’or ou d’argent.

Que j’aie pour consolation ton amour
selon tes promesses à ton serviteur !
Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai :
ta loi fait mon plaisir.

Aussi j’aime tes volontés,
plus que l’or le plus précieux.
Je me règle sur chacun de tes préceptes,
je hais tout chemin de mensonge.

Quelle merveille, tes exigences,
aussi mon âme les garde !
Déchiffrer ta parole illumine,
et les simples comprennent.

2ème lecture : Dieu fait tout pour que nous partagions un jour la gloire du Christ (Rm 8, 28-30)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères,
nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour.
Ceux qu’il connaissait par avance, il les a aussi destinés à être l’image de son Fils, pour faire de ce Fils l’aîné d’une multitude de frères.
Ceux qu’il destinait à cette ressemblance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a justifiés, il leur a donné sa gloire.

Evangile : Les paraboles du Royaume. Le trésor caché et la perle – Le filet (brève : 44-46) (Mt 13, 44-52)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es béni, Dieu notre Père, Seigneur de l’univers, toi qui révèles aux petits les mystères du Royaume !Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Jésus disait à la foule cette parabole :
« Le Royaume des cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
Ou encore : Le Royaume des cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines.
Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.
Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons.
Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien.
Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges viendront séparer les méchants des justes et les jetteront dans la fournaise : là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Avez-vous compris tout cela ? ? Oui », lui répondent-ils.
Jésus ajouta : « C’est ainsi que tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
Patrick BRAUD

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