L'homelie du dimanche

24 juillet 2017

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien

Homélie pour le 17° dimanche du temps ordinaire / Année A
30/07/2017 

Cf. également :

Quelle sera votre perle fine ?
Acquis d’initié
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie
Épiphanie : la sagesse des nations
L’identité narrative : relire son histoire
L’événement sera notre maître intérieur

 

Le scribe d’Astérix

Il existe sur une Youtube une vidéo culte (plus d’un million de vues !), extraite du film Astérix et Cléopâtre. On y voit Astérix (Christian Clavier) demander au scribe de Cléopâtre en quoi consiste son métier. Le scribe part alors dans une description improbable, philosophique et hilarante de son activité professionnelle. Il termine par cette réplique devenue culte elle aussi : « je chante l’amour, je ne suis qu’amour »… Astérix et Obélix ont le visage qui s’allonge au fur et à mesure, ne comprenant pas grand-chose au galimatias du scribe, pourtant plus profond qu’il n’y paraît…

Ce scribe d’Astérix est totalement compatible avec celui de Jésus dans notre évangile ! Dans sa quatrième parabole sur le royaume des cieux de ce dimanche (cf. , Mt 13, 44-52)  Jésus évoque en effet le travail créatif et innovant du scribe authentique : « tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »

 

De quoi, de qui êtes-vous le scribe ?

Cette mini parabole s’adresse donc aux scribes. Métier de copiste à l’origine, le scribe était devenu également l’exégète des textes qu’il diffusait. Rappelons qu’à l’époque, le canon des Écritures n’était pas encore définitivement fixé. De nombreux manuscrits circulaient (comme par exemple ceux de la mer Morte), mais on ne distinguait pas encore les canoniques des apocryphes. Le scribe faisait connaître des textes, et les accompagnait de commentaires oraux, en lien avec les docteurs de la Loi. C’est d’ailleurs la tradition orale qui primait. Les manuscrits n’étaient jamais que la retranscription fidèle des récits qui avaient été forgés dans la prédication orale et se répétaient avec exactitude.

Les révélations des manuscrits de la mer Morte

Et vous, de quoi êtes-vous le scribe ?

Une vieChacun de nous peut se considérer comme scribe de son propre parcours de vie. Puisque l’Alliance de chacun avec Dieu est une histoire sainte, il y a beaucoup à raconter, beaucoup à écrire des évènements traversés avec Dieu comme compagnon de route. Des Mémoires de Charles De Gaulle aux biopics pour adolescents, tout le monde pressent confusément qu’il faut écrire quelque chose de sa vie ou de la vie des autres. C’est un devoir commun d’humanité !

La mort récente de Simone Veil a par exemple ravivé ce besoin non seulement de se souvenir mais de raconter (la Shoah, le Parlement européen, la loi sur l’IVG…) en puisant dans cette vie exemplaire des sources d’inspiration pour aujourd’hui. Il y aura des livres, des films, des émissions TV sur cette histoire d’une jeune fille juive échappant à la mort des camps nazis pour devenir une figure féminine hors du commun.

Mais chacun de nous est une Simone Veil à sa mesure ! Raconter à ses enfants, petits-enfants est un devoir d’héritage. Et on ne raconte jamais ce qui nous a touché – du rire aux larmes – de façon froide et purement « factuelle ». On le fait avec le recul des années, en fonction du contexte présent, selon les destinataires etc.

Tirer de son trésor du neuf et de l’ancien dans Communauté spirituelle scribe-ptahchepses

De qui êtes-vous le scribe ?

Le danger de la fonction de scribe est de devenir un flagorneur, un biographe officiel des puissants. Le scribe de Jésus est libre : parce qu’il s’est « converti » (« disciples du royaume des cieux ») il n’est plus le fonctionnaire d’un pouvoir, mais un « maître de maison », capable d’indépendance. Produire sa propre interprétation des événements, sans autre intérêt que celui du royaume des cieux, est la marque du scribe chrétien. Au lieu de reproduire les commentaires autorisés, les avis de la pensée dominante, ce scribe n’appartient à personne sinon au royaume des cieux. Avons-nous cette liberté intérieure ? Sommes-nous capables de nous émanciper des récits officiels pour produire notre propre histoire, notre relecture des événements de notre vie ?

 

Le trésor des scribes

Vierge de l'Annonciation de Fra AngelicoC’est de son trésor que le scribe selon Jésus puise de quoi nourrir ses lecteurs/auditeurs. Ce trésor, c’est tout d’abord l’Écriture bien sûr qu’il est chargé de transmettre. Pour nous, c’est également le trésor des événements, heureux ou difficiles, qui nous parlent de Dieu et de notre itinéraire avec ou sans lui. Si chacun était persuadé que sa vie est un trésor, il en prendrait soin mieux encore que de son assurance-vie ! L’histoire d’un couple, d’une carrière professionnelle, d’un engagement social ou politique, d’une passion artistique ou culturelle… : ce qui nous est arrivé a tant de valeur ! C’est de cela que nous pouvons / devons tirer de quoi nourrir les générations futures, à commencer par nos proches, mais pas seulement.

Cela demande de prendre du recul, de méditer sur les méandres de notre existence,  de ruminer l’imprévu et l’étonnement qui ont jalonné ce parcours. À l’image de Marie qui gardait toutes ces choses en son cœur…

Impossible d’être le scribe du royaume des cieux sans se livrer régulièrement à cet exercice de relecture des événements, pour y discerner les paroles que Dieu nous y adresse, ses appels qu’il nous faut transmettre à d’autres. Cela va de la semaine de retraite dans un monastère cet été à la minute d’examen de conscience en fin de soirée. Cela engendre la prière d’action de grâces pour le don reçu et la prière de supplication pour  réussir à déchiffrer, à décrypter l’inouï – joyeux ou souffrant – qui nous est survenu.

 

Du neuf et de l’ancien

Une fois assurés dans notre métier de scribe, et conscients du trésor qui nous est confié, Jésus nous demande de pratiquer l’alliage du neuf et de l’ancien. Pour le scribe juif, c’est  savoir lire la nouveauté chrétienne dans la Torah, la Sagesse et les Prophètes. Pour l’exégète chrétien, c’est savoir enraciner la révélation chrétienne dans l’Ancien Testament. Finalement il s’agit de lire l’ancien à la lumière du nouveau, et réciproquement !

Ce n’est pas vrai seulement des deux testaments ! C’est vrai aussi pour le trésor de ne vie.

Du neuf et de l'ancienNe pas répéter indéfiniment – en s’y enfermant – les blessures du passé. Ne pas nourrir la nostalgie du « c’était mieux avant ». Et à l’inverse ne pas pratiquer la table rase de ceux qui croient pouvoir bâtir sans racines.

Cela ressemblerait presque au fameux slogan de Valéry Giscard d’Estaing en 1974 : « le changement dans la continuité » ! C’est en effet une gageure de ne pas opposer créativité et fidélité, innovation et tradition. Mais c’est notre responsabilité éthique. Vis-à-vis de nous-mêmes d’abord : honorer notre passé, assumer ce que nous avons fait ou pas fait, tout en nous tournant vers l’avenir avec énergie.

C’est une démarche à mi-chemin entre l’exploration du passé de type psychanalytique et la création ex nihilo de type start-up comme les GAFA il y a 10 ans… La doxa psychanalytique  croit que rien ne peut se dénouer sans visiter d’abord les combles et le grenier de notre histoire personnelle. Fasciné par le poids du passé, ce travail en a perdu plus d’un, car il est incapable par lui-même de produire autre chose que le fruit du passé, incapable d’accueillir ce qui nous vient de l’avenir, ce qui nous est donné gratuitement en rupture totale avec nos conditionnements d’autrefois.

À l’inverse, le mode start-up devient dangereux s’il oublie d’intégrer les contraintes du passé, s’il ne pense qu’à l’instant en négligeant le long terme.

La fixation sur l’ancien engendre blocage et immobilisme. La séduction exclusive du nouveau génère précarité et perte d’identité. Penser un pays en mode start-up est tout autant idolâtre (de la nouveauté) que le traditionalisme en matière religieuse (refuser le travail de l’Esprit qui actualise sans cesse le dépôt de la foi).

Sur le plan personnel, tirer du neuf de l’ancien repose sur une philosophie du temps proprement chrétienne. Ni cyclique à la manière de la Tradition des Anciens, ni linéaire à la manière du Progrès des Lumières, le temps chrétien est plutôt… hélicoïdal ! C’est-à-dire qu’il navigue sans cesse entre la promesse de Dieu et ce qu’elle a déjà réalisé dans nos vies,  pour discerner ce qu’elle est en train de créer de nouveau aujourd’hui. L’eucharistie est par excellence cet enroulement symbolique de la mémoire et de l’avenir, de la continuité et de la rupture, de l’ancien et du nouveau.

Apprenons patiemment à pratiquer une telle lecture de nos histoires humaines. Encourageons-nous mutuellement à tirer du trésor de nos vies à la fois du neuf et de l’ancien !

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Tu m’as demandé le discernement » (1 R 3, 5.7-12)
Lecture du premier livre des Rois
 En ces jours-là, à Gabaon, pendant la nuit, le Seigneur apparut en songe à Salomon. Dieu lui dit : « Demande ce que je dois te donner. » Salomon répondit : « Ainsi donc, Seigneur mon Dieu, c’est toi qui m’as fait roi, moi, ton serviteur, à la place de David, mon père ; or, je suis un tout jeune homme, ne sachant comment se comporter, et me voilà au milieu du peuple que tu as élu ; c’est un peuple nombreux, si nombreux qu’on ne peut ni l’évaluer ni le compter. Donne à ton serviteur un cœur attentif pour qu’il sache gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ; sans cela, comment gouverner ton peuple, qui est si important ? »
 Cette demande de Salomon plut au Seigneur, qui lui dit : « Puisque c’est cela que tu as demandé, et non pas de longs jours, ni la richesse, ni la mort de tes ennemis, mais puisque tu as demandé le discernement, l’art d’être attentif et de gouverner, je fais ce que tu as demandé : je te donne un cœur intelligent et sage, tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. »

PSAUME
(Ps 118 (119), 57.72, 76-77, 127-128, 129-130)
R/ De quel amour j’aime ta loi, Seigneur ! (Ps 118, 97a)

Mon partage, Seigneur, je l’ai dit,
c’est d’observer tes paroles.
Mon bonheur, c’est la loi de ta bouche,
plus qu’un monceau d’or ou d’argent.

Que j’aie pour consolation ton amour
selon tes promesses à ton serviteur !
Que vienne à moi ta tendresse, et je vivrai :
ta loi fait mon plaisir.

Aussi j’aime tes volontés,
plus que l’or le plus précieux.
Je me règle sur chacun de tes préceptes,
je hais tout chemin de mensonge.

Quelle merveille, tes exigences,
aussi mon âme les garde !
Déchiffrer ta parole illumine
et les simples comprennent.

DEUXIÈME LECTUR
« Il nous a destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils » (Rm 8, 28-30)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien, puisqu’ils sont appelés selon le dessein de son amour. Ceux que, d’avance, il connaissait, il les a aussi destinés d’avance à être configurés à l’image de son Fils, pour que ce Fils soit le premier-né d’une multitude de frères. Ceux qu’il avait destinés d’avance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire.

ÉVANGILE
« Il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ » (Mt 13, 44-52) Alléluia. Alléluia.
Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à la foule ces paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un trésor caché dans un champ ; l’homme qui l’a découvert le cache de nouveau. Dans sa joie, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète ce champ.
 Ou encore : Le royaume des Cieux est comparable à un négociant qui recherche des perles fines. Ayant trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu’il possède, et il achète la perle.
 Le royaume des Cieux est encore comparable à un filet que l’on jette dans la mer, et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, on s’assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde : les anges sortiront pour séparer les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. »
 « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent : « Oui ». Jésus ajouta : « C’est pourquoi tout scribe devenu disciple du royaume des Cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien. »
Patrick BRAUD

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17 juillet 2017

Le levain dans la pâte : interprétations symboliques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le levain dans la pâte : interprétations symboliques

 

Homélie pour le 16° dimanche du temps ordinaire / Année A
23/07/2017

Cf. également :

Ecclésia permixta

La patience serait-elle l’arme des forts ?

Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

L’Eglise et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ?

Parmi toutes les paraboles sur le Royaume de Dieu ce dimanche, arrêtons-nous sur l’une des plus connues : le levain dans la pâte. Elle est courte, facilement mémorisable, elle se prête à un infini d’interprétations symboliques qui lui ont assuré un grand succès dans l’histoire de l’Église et au-delà :

« Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » cf. Mt 13, 24-43

Caté : La parabole du levain dans la pâte

Les Père de l’Église y ont d’abord vu une image de l’humilité du Christ :

Il est le plus petit de tous les germes, car il est venu, mais non dans la puissance royale, non dans la richesse, non dans la sagesse de ce monde (St Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 180-185)

Puis une image de la double nature du Christ :

Le levain est un élément qui vient se joindre à la farine. Jésus, en tant qu’il était de la même nature que ses pères, pouvait se comparer au grain de blé : mais ayant ajouté à cette nature humaine la nature divine, il devient un ferment à l’égard de celle-là. Déjà il est partout dans la loi ancienne, il est partout mais caché ; il est révélé par les prophètes, et il commence à se manifester dans l’Évangile : c’est lui qui ramène tout à l’unité (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 187-188).

Ils ont reconnu à travers la femme de la parabole tantôt Marie, tantôt l’Église, les deux étant constamment indissociables dans le christianisme primitif :

Cette femme qui mêle le ferment divin à la masse de l’humanité c’est la Vierge Marie ; comme la mort était venue par Ève, la vie vient à tous par Marie (saint Pierre Chrysologue : sermon XCIX).

Cette femme c’est aussi l’Église qui doit faire pénétrer Jésus au-dedans de notre âme jusqu’à ce que la chaleur de la sagesse céleste remplisse les parties les plus secrètes de notre cœur (saint Ambroise : commentaire de l’évangile selon saint Luc, VII 187).

On peut également partir de la réalité matérielle et fonctionnelle du levain.

Le levain dans la pâte : interprétations symboliques dans Communauté spirituelle levain+liqu+m%c3%bbrQu’est-ce que le levain ? Le dictionnaire Larousse écrit :

Morceau de pâte en cours de fermentation incorporé à la pâte en cours de pétrissage pour en provoquer la levée par dégagement de gaz carbonique.

La levure est issue d’un phénomène de moisissures (les micro-organismes). Il en faut très peu pour faire lever la pâte. À condition que le levain ait été correctement mélangé à l’ensemble, la pâte (à pain) gonfle et devient légère, aérée, sans que l’on puisse à la fin distinguer à nouveau la levure de la pâte où elle s’est dissoute à jamais.

Il y a six caractéristiques de l’action du levain que nous pouvons retenir pour notre propre action de chrétiens dans le monde aujourd’hui.

Moisir – s’enfouir – être minoritaire – se disperser – transformer – se perdre.

Bien sûr, une seule image ne suffit pas décrire entièrement le mystère du Royaume de Dieu. Il faut adjoindre à celle du levain les autres paraboles, où il est souvent question d’un tandem (antinomique) : sel/lumière, bon grain/ivraie, graine de moutarde, brebis au milieu des loups, drachme perdue…

Pourtant, depuis la fin du siècle dernier, la symbolique du levain dans la pâte a perdu du terrain dans l’imaginaire des chrétiens. Catholiques ou protestants parlent de reconquête, se retrouvent entre eux dans des communautarismes à la mode, affirment clairement une identité visible voire agressive.

Cf. L’Eglise et la modernité: sel de la terre ou lumière du monde ?

Raison de plus pour redécouvrir combien les harmoniques – non exclusives – de cette métaphore du levain devraient structurer notre présence au monde.

 

Moisir

C’est évidemment curieux de choisir un tel verbe – connoté très négativement – et de commencer par lui ! Mais les champignons de la levure ne sont ni plus ni moins que des moisissures microscopiques. Moisir, c’est peut-être – au plan spirituel – faire l’expérience de sa propre part d’ombre, pâlir d’effroi devant ses contradictions et son incohérence. Impossible de rejoindre les autres utilement sans d’abord plonger en soi et regarder avec courage les décompositions intérieures qui nous travaillent.

Plus encore, le levain évoque cette part d’humanité que l’on considère comme moisie, au rebut, déchet de la société. Ce n’est pas pour rien que Pâques est la fête des pains sans levain, et qu’il faut éliminer toute trace de cette impureté dans les maisons juives avant de célébrer Pessah. Or Jésus s’est identifié à ce levain impur que l’on met dehors pour Pâques (Jn 19,14). Lui, le saint de Dieu, il a fait corps avec les impurs, des lépreux aux adultères, des païens aux zélotes. Sur la croix, il devient un maudit de Dieu (Ga 3,13 ; Dt 21,23), identifié à ce que l’humanité produit de pire en matière de criminalité et de blasphème.
Or, si le levain fait lever la pâte, c’est parce qu’il est composé de cette inhumanité repoussée par les dominants.

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Impossible de contribuer au bien commun sans « moisir » d’abord avec les exclus de notre temps, ce qui commence avec soi-même. C’est par exemple Jean Vannier recueillant chez lui des personnes handicapées mentales qu’on allait placer en institution, ou l’Abbé Pierre partageant la vie et le travail des premiers compagnons d’Emmaüs.

 

S’enfouir

Comment ne pas s’étonner que le Verbe de Dieu vienne s’enfouir dans une bourgade perdue d’un peuple juif qui n’est certes pas le plus grand ni le plus nombreux des peuples de nos manuels d’histoire !? Et pourtant, Jésus est devenu universel à partir de sa singularité juive, judéenne, et grâce à elle.

Celui qui ne sait pas s’enfouir dans une culture, un peuple, avec ses coutumes, sa langue, sa sagesse ou son histoire ne pourra faire lever l’ensemble. Les Pères Blancs envoyés en Afrique noire au XVIII° siècle commençaient par une année d’école, pour apprendre la langue, les proverbes, les coutumes de l’ethnie vers qui ils allaient être envoyés.

S’enfouir est à l’inverse de tous les ghettos, replis sur soi ou citadelles qui sont trop souvent le lot des expatriés ou des immigrés. S’enfouir, c’est se faire romain avec les romains, manger africain avec les africains, s’habiller indien avec les indiens, servir le thé au Japon comme les Japonais… Comment susciter un élan pour tous en restant à distance, cloisonné dans un autre univers ? Ce fut l’une des sources de l’anticléricalisme en France, car le haut clergé ne vivait plus au milieu du peuple ni comme lui. C’est aujourd’hui l’un des reproches les plus violents fait à nos politiques, qui ne savent plus de quoi est fait le quotidien des plus modestes, parce qu’ils ne fréquentent plus leurs quartiers, n’ont plus les mêmes joies ni les mêmes soucis.

Savoir s’enfouir, à la manière du Christ 30 années caché à Nazareth, est l’indispensable préambule à l’efficacité du levain.

Pélobate cultripède. Enfouissement dans le sable

Être minoritaire

Répétons-le : très peu de levain suffit (comme le sel). Bien des chrétiens rêvent de redevenir majoritaires en France ou ailleurs, avec une nostalgie mauvaise conseillère. Le but de l’Église n’est pas de contrôler ni de devenir l’ensemble de la société (à l’inverse de l’ambition musulmane). Elle est de faire lever le royaume de Dieu en pleine humanité. Point n’est besoin pour les baptisés d’être nombreux ou au pouvoir. La condition de minoritaires  leur va bien. Ce fut leur condition au cours des trois premiers siècles du christianisme, et cela ne les a pas empêchés, au contraire, d’embraser le bassin méditerranéen du feu de l’Évangile !
Cf. Le petit reste d’Israël, ou l’art d’être minoritaires

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Se disperser

Le levain s’éparpille dans toute la pâte, par nature et par travail du pétrin. S’il reste concentré, certaines parties lèveront trop, d’autres pas du tout. Les chrétiens n’ont pas vocation à vivre ensemble : il leur faut s’éparpiller dans la vie sociale à travers les professions, les associations, les loisirs les plus variés. S’ils se retrouvent, c’est pour se raconter l’action de l’Esprit Saint chez ceux qu’ils rencontrent (à la manière des Actes des Apôtres), pour reprendre des forces en communiant à l’ekklèsia et à l’eucharistie avant d’être à nouveau renvoyés à leurs responsabilités ordinaires (« allez dans la paix du Christ » / ite missa est).

Même les communautés monastiques, apparemment monobloc, veulent en pratiquant l’accueil et l’hospitalité ne pas se couper de la multiplicité des détresses et des espoirs du monde qui les entoure.

Un baptisé à lui tout seul ne peut assumer l’intégralité de cette dispersion. Mais à plusieurs, il est essentiel de vérifier régulièrement la surface et la qualité de la diaspora vécue, quitte à envoyer en mission là où justement il n’y a personne. La diaspora juive demeure le mode de vie ordinaire de l’Église. Elle fait même partie de son identité catholique, c’est-à-dire orientée vers la totalité de l’humanité.

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Transformer

S’enfouir, être présent au maximum à nos réalités contemporaines : oui, mais pas seulement pour être présent. Le levain possède une efficacité spectaculaire, et visible ! La pâte lève alors qu’elle était compacte et lourde. La puissance de la levure se juge à la transformation opérée. Ainsi la qualité de la vie spirituelle des baptisés se juge aux fruits qu’elle produit  dans l’ensemble de la société. Car il ne s’agit pas d’épouser les mœurs environnantes pour devenir complice ! Il s’agit de faire corps avec le meilleur de nos contemporains pour que l’Esprit les élève vers Dieu. Les premières générations de chrétiens ont apporté avec eux le respect de la vie humaine, de la dignité féminine, de l’égalité entre maîtres et esclaves, toutes valeurs qui n’étaient pas évidentes dans l’empire romain ou dans les nations barbares. Les générations d’aujourd’hui seront levain dans la pâte si elles réussissent à  humaniser davantage la vie en entreprise, le partage des richesses, le respect de la vie et des plus faibles etc. Cette transformation se joue dans les quartiers, les familles, mais aussi dans les lois, la création artistique, l’innovation sociale…

À quoi bon des églises pleines si elles sont incapables de rendre la société meilleure ? À quoi bon des baptisés par millions s’ils suivent aveuglement Hitler ou Pétain, s’ils se saisissent de la machette entre Hutus et Tutsis, s’ils aggravent les inégalités entre riches et pauvres ? À l’inverse, un Desmond Tutu et un Nelson Mandela renversent l’apartheid ; un Jean Monnet et un Maurice Schumann construisent la paix en Europe sur le pardon franco-allemand et la coopération économique ; les Pères Blancs mettent par écrit les langues indigènes et leur grammaire ; Jean Paul II s’engage dans la lutte contre le communisme en Pologne et donne des coups de pioches spirituels qui finiront par casser le mur de Berlin etc. etc.

 

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Se perdre

À la fin du pétrin, le levain ne se distingue plus de la pâte. Comme dans l’immixtion eucharistique, où on ne peut plus distinguer l’eau du vin dans le calice. Il s’agit bien de se perdre, par amour. Impossible pour le levain de calculer un ROI (retour sur investissement), de planifier une prise de pouvoir, d’obtenir gloire et reconnaissance à la fin de l’opération, car il n’existe plus, purement et simplement ! Le désintéressement est aussi naturel au levain que l’ambition aux politiques… La seule ambition du levain, c’est que la pâte lève, et il sait que c’est au prix de sa propre disparition en tant que levain.

Le Christ a vécu au plus haut ce désintéressement. Par amour, il a accepté de se perdre, d’aller au plus bas, aux enfers mêmes. C’est « par-dessus le marché » que Dieu l’a relevé, exalté en même temps qu’il élevait et exaltait notre nature humaine.

Sans désintéressement, la transformation n’est ni puissante ni pérenne.

Sans gratuité, l’ego sépare à nouveau ce que l’amour avait réuni, à la manière d’une émission instable, huile et vinaigre.

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Moisir, s’enfouir, être minoritaire, se disperser, transformer, se perdre : choisissez le verbe qui en ce moment résonne pour vous comme un appel de Dieu.

Regardez cette semaine comment l’incarner davantage dans vos responsabilités ordinaires.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Après la faute tu accordes la conversion » (Sg 12, 13.16-19)
Lecture du livre de la Sagesse
Il n’y a pas d’autre dieu que toi, qui prenne soin de toute chose : tu montres ainsi que tes jugements ne sont pas injustes. Ta force est à l’origine de ta justice, et ta domination sur toute chose te permet d’épargner toute chose. Tu montres ta force si l’on ne croit pas à la plénitude de ta puissance, et ceux qui la bravent sciemment, tu les réprimes. Mais toi qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, car tu n’as qu’à vouloir pour exercer ta puissance. Par ton exemple tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain ; à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion.

PSAUME
(Ps 85 (86), 5-6, 9ab.10, 15-16ab)
R/ Toi qui es bon et qui pardonnes, écoute ma prière, Seigneur. (cf. Ps 85, 5a.6a)

Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent,
écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.

Toutes les nations, que tu as faites,
viendront se prosterner devant toi,
car tu es grand et tu fais des merveilles,
toi, Dieu, le seul.

Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié,
lent à la colère, plein d’amour et de vérité !
Regarde vers moi,
prends pitié de moi.

DEUXIÈME LECTURE
« L’Esprit lui-même intercède par des gémissements inexprimables » (Rm 8, 26-27)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. Et Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu que l’Esprit intercède pour les fidèles.

ÉVANGILE
« Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson » (Mt 13, 24-43)
Alléluia. Alléluia.
Tu es béni, Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as révélé aux tout-petits les mystères du Royaume ! Alléluia. (cf. Mt 11, 25)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus proposa cette parabole à la foule : « Le royaume des Cieux est comparable à un homme qui a semé du bon grain dans son champ. Or, pendant que les gens dormaient, son ennemi survint ; il sema de l’ivraie au milieu du blé et s’en alla. Quand la tige poussa et produisit l’épi, alors l’ivraie apparut aussi. Les serviteurs du maître vinrent lui dire : ‘Seigneur, n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ ? D’où vient donc qu’il y a de l’ivraie ?’ Il leur dit : ‘C’est un ennemi qui a fait cela.’ Les serviteurs lui disent : ‘Veux-tu donc que nous allions l’enlever ?’ Il répond : ‘Non, en enlevant l’ivraie, vous risquez d’arracher le blé en même temps. Laissez-les pousser ensemble jusqu’à la moisson ; et, au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Enlevez d’abord l’ivraie, liez-la en bottes pour la brûler ; quant au blé, ramassez-le pour le rentrer dans mon grenier.’ »
 Il leur proposa une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a prise et qu’il a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent et font leurs nids dans ses branches. » Il leur dit une autre parabole : « Le royaume des Cieux est comparable au levain qu’une femme a pris et qu’elle a enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. »
Tout cela, Jésus le dit aux foules en paraboles, et il ne leur disait rien sans parabole, accomplissant ainsi la parole du prophète : J’ouvrirai la bouche pour des paraboles, je publierai ce qui fut caché depuis la fondation du monde.
Alors, laissant les foules, il vint à la maison. Ses disciples s’approchèrent et lui dirent : « Explique-nous clairement la parabole de l’ivraie dans le champ. » Il leur répondit : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme ; le champ, c’est le monde ; le bon grain, ce sont les fils du Royaume ; l’ivraie, ce sont les fils du Mauvais. L’ennemi qui l’a semée, c’est le diable ; la moisson, c’est la fin du monde ; les moissonneurs, ce sont les anges. De même que l’on enlève l’ivraie pour la jeter au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. Le Fils de l’homme enverra ses anges, et ils enlèveront de son Royaume toutes les causes de chute et ceux qui font le mal ; ils les jetteront dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. Alors les justes resplendiront comme le soleil dans le royaume de leur Père.
Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! »
Patrick BRAUD

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28 septembre 2016

Les deux serviteurs inutiles

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Les deux serviteurs inutiles

Homélie du 27° Dimanche du temps ordinaire / Année C
02/10/2016

Cf. également :

L’ « effet papillon » de la foi

L’injustifiable silence de Dieu

et encore :

Jesus as a servant leader

Servir les prodigues

Entre dans la joie de ton maître

Restez en tenue de service

 

L’art pour rien

La prochaine fois que vous sortirez de la gare SNCF Paris Nord, laissez-vous étonner par un drôle de bâtiment de travers. Il s’agit d’une maison, avec de vraies fenêtres, ports, murs, toit… mais une maison qui penche, toute inclinée, émergeant du sol avec un rien d’ivresse.

Maison GDN

Les voyageurs qui acceptent de se laisser surprendre s’arrêtent, penchent la tête, tordent le cou pour retrouver l’axe familier d’une maison bien droite. Ils sourient, sortent leur smartphone pour immortaliser l’objet, en parler aux collègues, à la famille : « regardez ce qu’ils ont mis Gare du Nord ! »

Détruisez cet abri Naf-Naf factice et tout continuera comme avant : les trains seront toujours en retard, les foules iront du métro aux quais et des quais au métro, les brasseries vous proposeront leurs croque-monsieur avec le demi-pression et le petit noir qui les accompagnent si bien. Bref, cette maisonnée est réellement non-nécessaire.

Elle ne sert à rien, et c’est bien cela qui fait sa magie. Elle peut susciter un étonnement quasi-philosophique, ou l’indifférence des gens importants et pressés d’avoir – eux au moins – une tâche à accomplir.

La maison-tour-de-Pise est inutile : quel bonheur de la voir là, sans raison, sans prétention d’efficacité ou de rentabilité !

L’art et l’inutile ont bien un air de famille.

Si vous êtes sensible à l’art dans votre quotidien, vous serez également touché par ces serviteurs inutiles de la parabole de Jésus (Lc 17, 5-10). À l’instar de cette maisonnette-pour-rien, ils nous disent quelque chose d’essentiel sur la vraie beauté de la vie, et cela tourne évidemment autour du service désintéressé.

 

Les deux serviteurs inutiles

« Nous ne sommes que des serviteurs inutiles ».

Célébrissime réplique d’une parabole souvent commentée (Lc 17, 5-10). Parfois, des traductions essaient d’atténuer la dureté du propos en traduisant : serviteurs « ordinaires », ou « simples » serviteur comme la traduction liturgique de ce dimanche. Au moins, être ordinaire ne supprimerait pas toute utilité ! La tentation d’être un « président ordinaire » en quelque sorte…

Le texte grec ne dit pas ordinaires ni simples mais ἀχρεῖοί (achreioi) = inutiles, sans profit.

Inutile implique que le maître pourrait fort bien se passer des services de ce domestique qui pourtant a trimé toute la journée, bien au-delà du cadre des 35 heures !

De fait, Dieu n’avait pas besoin de l’homme. Il l’a créé sans nécessité aucune, par pure gratuité de l’amour voulant se communiquer.

De fait, Dieu pourrait fort bien se passer de l’homme, et peut-être cela arrivera-t-il un jour si, comme les dinosaures en leur temps, nous ne voyons pas venir les ‘météorites’ capables de nous faire disparaître de la surface de la Terre.

Nous ne sommes donc pas utiles à Dieu, et croire que nous pourrions mériter quoi que ce soit envers lui relève d’un l’orgueil démesuré.

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De même, Dieu ne nous est pas utile : nous ne croyons pas en lui pour obtenir la santé, la richesse, la gloire, contrairement à ce que prêchent tant d’évangélistes et de fondamentalistes chrétiens. Nous ne le servons pas pour obtenir une récompense.

Labourer, mettre les tables, servir le repas n’est pas un calcul pour se faire bien voir, être félicité et distingué devant tous. Il y a là d’ailleurs de quoi transformer l’état d’esprit de tout salarié vis-à-vis de son entreprise ou de ses chefs…

Remplacez le labour par votre activité professionnelle, en entreprise ou ailleurs, remplacez le service des tables par vos actions solidaires, généreuses, humanistes, et vous aurez ainsi une remise en cause radicale de tous vos motif plus ou moins intéressés pour faire ceci ou cela.

Le Christ nous fait une recommandation décisive, dont les orgueils et les pouvoirs que l’Église a si souvent brigués au cours de ses 20 siècles d’histoire montrent qu’elle n’est pas inutile : la recommandation de ne jamais se prévaloir devant Dieu du service accompli dans la communauté.

 

Ajoutons que dans la parabole de Jésus, ce n’est pas le maître qui appelle ses serviteurs « inutiles ». Ce sont eux qui sont invités à le reconnaître par eux-mêmes. « Dites : nous ne sommes que des serviteurs inutiles ». C’est la prise de conscience des disciples qui est sollicitée d’eux.

Découvrez par vous-même qu’agir par intérêt n’est que vanité.
Expérimentez alors la joie qu’il y a à servir en abandonnant toute notion d’utilité ou de profit.
La diaconie chrétienne ne relève ni de l’utilitarisme ni de l’intéressement.
« La rose fleurit sans pourquoi » (Angélus Silesius).

 

Les deux usages de l’expression

Afficher l'image d'origineL’expression « serviteurs inutiles » ne se retrouve que deux fois dans toute la Bible, et uniquement dans le Nouveau Testament. La première occurrence est ici en Luc 10,7 avec notre parabole des serviteurs inutiles. La deuxième occurrence est en Matthieu 25,30, dans la parabole dite des talents. Cette fois-ci, c’est bien le maître qui dit au serviteur apeuré ayant enfoui son argent (ses talents) :

« Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l’abondance, mais à celui qui n’a pas on ôtera même ce qu’il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. » (Mt 25, 29-30)

Le rapprochement entre ces deux seuls usages est terriblement exigeant. Tout serviteur est invité à se découvrir inutile, et pourtant s’il n’apporte pas une plus-value à Dieu, il est jeté dans les ténèbres ! S’il trime 20 heures par jour, il ne peut en attendre aucune reconnaissance ! Si à l’inverse il se tourne les pouces en laissant ses talents dormir, il se fera taper durement sur les doigts. S’il reçoit peu, ce n’est pas pour en faire peu. S’il reçoit beaucoup, c’est pour donner beaucoup. S’il a réussi une mission, ce n’est pas pour la médaille. S’il enchaîne les missions, ce n’est pas pour laisser une œuvre derrière lui, un nom, un héritage. Bigre !

La vraie raison d’être du service est en lui-même. Rabindranath Tagore l’exprimait avec poésie :

« Je dormais et je rêvais que la vie n’était que joie.
Je m’éveillais et je vis que la vie n’est que service.
Je servis et je compris que le service est joie ».

Les sculpteurs, maître-verriers et peintres du Moyen Âge ne signaient pas leurs chefs-d’œuvre : l’important pour eux n’était pas de passer à la postérité, mais de réjouir les passants, les visiteurs de toutes conditions. L’anonymat et le service vont bien ensemble. Ste Bernadette Soubirous à Nevers pratiquait cette humilité de retrait : « Quand on soigne un malade, il faut se retirer avant de recevoir un remerciement. On est suffisamment récompensé par l’honneur de lui donner des soins. »

Afficher l'image d'origineLe serviteur inutile de Luc ne peut ni ne veut s’enorgueillir de ce qu’il accomplit. À l’inverse, le serviteur inutile de Mathieu est jeté dehors à cause de sa stérilité.

Le paradoxe chrétien est donc de tenir ensemble ces deux figures contradictoires : travailler d’arrache-pied pour transformer ce monde et lui faire produire des fruits de justice et de paix tout en ne s’attachant pas à nos réussites, sans non plus stériliser aucun des talents reçus, et sans d’autre attente que la joie de servir pour elle-même.

 

Devant Dieu, quel mérite pourrions-nous avancer ? Il nous a façonnés gratuitement. Il nous aime gratuitement.
Jésus prescrivait aux Douze envoyés en mission : « vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10,8).
Réexaminons toutes nos raisons d’agir à la lumière de ce désintéressement caractéristique de l’Évangile du Christ.

 

 

1ère lecture : « Le juste vivra par sa fidélité » (Ha 1, 2-3 ; 2, 2-4)

Lecture du livre du prophète Habacuc

Combien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ? Devant moi, pillage et violence ; dispute et discorde se déchaînent. Alors le Seigneur me répondit : Tu vas mettre par écrit une vision, clairement, sur des tablettes, pour qu’on puisse la lire couramment. Car c’est encore une vision pour le temps fixé ; elle tendra vers son accomplissement, et ne décevra pas. Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard.

Celui qui est insolent n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité.

Psaume : Ps 94 (95), 1-2, 6-7ab, 7d-8a.9

R/ Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur !

(cf. Ps 94, 8a.7d)

Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
Allons jusqu’à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
Oui, il est notre Dieu ;
nous sommes le peuple qu’il conduit.

Aujourd’hui écouterez-vous sa parole ?
« Ne fermez pas votre cœur comme au désert,
où vos pères m’ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit. »

2ème lecture : « N’aie pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur » (2 Tm 1, 6-8.13-14)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. Tiens-toi au modèle donné par les paroles solides que tu m’as entendu prononcer dans la foi et dans l’amour qui est dans le Christ Jésus. Garde le dépôt de la foi dans toute sa beauté, avec l’aide de l’Esprit Saint qui habite en nous.

Evangile : « Si vous aviez de la foi ! » (Lc 17, 5-10)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
La parole du Seigneur demeure pour toujours ; c’est la bonne nouvelle qui vous a été annoncée.
Alléluia. (cf. 1 P 1, 25)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les Apôtres dirent au Seigneur : « Augmente en nous la foi ! » Le Seigneur répondit : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : ‘Déracine-toi et va te planter dans la mer’, et il vous aurait obéi.

Lequel d’entre vous, quand son serviteur aura labouré ou gardé les bêtes, lui dira à son retour des champs : ‘Viens vite prendre place à table’ ? Ne lui dira-t-il pas plutôt : ‘Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et boive. Ensuite tu mangeras et boiras à ton tour’ ? Va-t-il être reconnaissant envers ce serviteur d’avoir exécuté ses ordres ? De même vous aussi, quand vous aurez exécuté tout ce qui vous a été ordonné, dites : ‘Nous sommes de simples serviteurs : nous n’avons fait que notre devoir’ »
Patrick BRAUD

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16 mars 2016

Rameaux, kénose et relèvement

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Rameaux, kénose et relèvement

Cf. également :
Briser la logique infernale du bouc émissaire
Les multiples interprétations symboliques du dimanche des rameaux
Le tag cloud de la Passion du Christ
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?
C’est l’outrage et non pas la douleur
Il a été compté avec les pécheurs
Sortir, partir ailleurs…

Homélie pour le dimanche des Rameaux / Année C
20/03/2016

 

La parabole christique

Non seulement Jésus parlait en paraboles, mais il vivait aussi en parabole ! Au sens mathématique du terme (Y =a*x²+ b*x+ c)…). Car la trajectoire de sa vie ressemble à une parabole inversée, en forme de U majuscule, dont le récit de la Passion de ce dimanche des Rameaux constitue le sommet, en creux.

Paul, dans la deuxième lecture (Ph 2, 6-11), décrit très exactement ce mouvement de sortie de soi, de descente, jusqu’à toucher le fond (la croix, la descente aux enfers), et ensuite l’exaltation (huperupsôsen : « il l’a sur-élevé » écrit Paul en parlant de la résurrection). On peut ainsi tracer la courbe suivie par le Christ en suivant les mots mêmes de Paul :


parabole-philippiens

 

La kénose, premier versant de la parabole

Le verbe utilisé dans Ph 2, 6-11 pour décrire le premier mouvement de la parabole, descendant, est ékénôsen = se vider de soi pour se tourner entièrement vers autrui. C’est ce verbe grec qui a donné le mot kénose en français. Impressionnant ! La manière d’être de Dieu, c’est de se vider de sa divinité (par amour pour l’homme), de s’anéantir afin de devenir l’un de nous.

Depuis son incarnation, et jusqu’au paroxysme de la mort sur le bois de la croix, assimilé aux maudits par ce châtiment, le Verbe de Dieu se laisse dépouiller de sa puissance, de sa divinité même !

Dès lors, impossible pour nous de rêver le suivre sans passer également par notre propre kénose.

Que veut dire se vider de soi pour un disciple de Jésus ? Que signifie vivre la kénose au XXIe siècle ? Les saints les plus récents nous disent quelque chose de ce mouvement en forme de parabole inversée. St Jean XXIII renonçait à sa tiare papale, à sa chaise à porteurs, limousine et autres oripeaux de gloire et de puissance hérités d’une histoire ‘mélangée’ où le pouvoir ecclésiastique ne pratiquait guère cet abaissement volontaire. St Jean-Paul II, athlète de Dieu luttant haut et fort contre le communisme des pays de l’Est, est devenu un vieillard affaibli, tremblant, malade, dépendant. Mère Teresa a quitté son école ‘pour bonnes familles’ avec juste un seau et un sari, et son désir de rejoindre les mourants rejetés par la société indienne au plus bas de la condition humaine.

Il s’agit toujours de quitter un univers trop séparé, trop éloigné de ceux qui sont en bas de la parabole, pour aller rejoindre, faire corps avec eux et leur ouvrir la voie du relèvement (de la sur-exaltation dont parle Paul dans le deuxième mouvement de la parabole). Quelque soit le degré de pouvoir que vous détenez - et chacun de nous en détient - vous aurez à regarder en bas ce qui sont aux enfers. Sortir de soi (et de son confort, sa tranquillité, son auto-suffisance) est alors le premier pas pour - avec le Christ - aller chercher et sauver ceux qui sont les maudits de notre temps. À la manière d’un champion de tremplin de ski, tout commence par ce basculement en avant, dans le vide d’une pente vertigineuse où tout s’accélère pour aller au plus bas au plus vite…

 

Nous sommes des anti-Harpagon

Tout le monde se souvient de l’Harpagon de Molière et de sa cassette remplie d’argent. « Ma cassette, ma cassette ! » L’angoisse de l’avare le fait serrer contre lui de toutes ses forces ce coffret emprisonnant son coeur.

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En Ph 2,6-11, le verbe grec utilisé pour décrire le lâcher prise du Verbe ressemble fort en négatif à cela : ékénôsen. « Jésus ne saisit pas comme une proie à retenir d’être l’égal de Dieu », traduit fort joliment la Bible de Jérusalem.

Ne pas retenir, mais laisser faire.

Ne pas prendre, mais accepter de perdre, pour recevoir le don gratuit.

Bannir la jalousie, la comparaison avec autrui, pour se réjouir de ce qui est donné à chacun, dont soi-même.

Ne pas être Harpagon, c’est ouvrir les doigts de la main pour laisser les êtres et les choses aller vers leur devenir. C’est se laisser conduire plutôt que de vouloir maîtriser. Le Christ incarne au plus haut cette attitude intérieure de dépossession, pour servir au lieu d’utiliser, pour communier avec les pécheurs au lieu de les dominer.

« Il n’a pas jugé prenable (harpagmon) l’égalité à Dieu » : le Christ ne se comporte pas comme Adam en Gn 2-3. Le texte de la Genèse utilise en effet le mot grec harpagmon correspondant au geste de saisir. Le nom Harpagon vient de là : ce sont les doigts crochus. Or ce qui caractérise Adam de Gn 2-3, c’est le geste de prendre (au sens de s’approprier) le fruit selon la parole du serpent : « Le jour où vous en mangerez […] vous serez comme des dieux (ou égaux à Dieu) » (Gn 3,5). Autrement dit, pour le Christ, nouvel Adam, le rapport à la divinité est un rapport qui n’est pas un rapport de préhension mais un rapport de mains ouvertes, c’est-à-dire d’évacuation, car c’est la condition pour qu’il y ait donation.

C’est ainsi que Dieu aime : en se tournant sans cesse vers l’autre, gratuitement, sans aucune trace de repli sur lui-même, pour se donner et se recevoir. Les théologiens vous diront que la kénose économique révèle laquelle la kénose immanente de la Trinité…

Plus simplement, si Dieu en Jésus nous aime jusqu’à se vider de sa puissance pour nous, c’est parce que en lui-même, de toute éternité, il est sortie de soi pour se donner à l’autre, dans l’incessante circulation d’amour trinitaire qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. La façon dont Dieu nous aime est la façon dont il est amour en lui-même : il n’y a aucune différence entre Jésus descendant au plus bas de nos enfers infrahumains et l’étreinte amoureuse du Père avec le Fils dans l’Esprit. La Trinité-pour-les-hommes, que la kénose de Jésus révèle comme sortie de soi, don gratuit, offrande absolue, désir de servir, est bien la Trinité-en-soi, élan de communion entre les trois personnes divines. La kénose est au coeur de l’identité divine comme elle est au coeur de la mission de Jésus, et donc de la nôtre.

 

La théorie U du changement

Terminons par une note plus terre-à-terre : ce mouvement parabolique de la kénose, trajectoire du Verbe de Dieu prenant chair, prenant croix, puis tombeau, et élevé à la droite du Père, a inspiré des psychologues réfléchissant sur notre capacité à traverser les changements de notre existence. Bizarrement, peut-être parce que nous sommes à l’image de Dieu, il semble que la courbe du ressenti humain lors d’un changement majeur, par exemple en entreprise, suit une évolution proche de celle que nous avons décrite en Ph 2, 6-11. Ainsi, la « théorie U » représente les étapes que chacun aura à parcourir lors d’un changement :

lc3a2cher-prise-laisser-venir

De même, Elisabeth Kübler-Ross a observé les étapes du désormais fameux « travail de deuil » qui nous est nécessaire pour accepter de perdre un être aimé, ou pour accepter un changement majeur qui nous déstabilise :

courbe-du-deuil

C’est sans aucun doute une forme dégradée de notre deuxième lecture… Mais quand même, cela donne à réfléchir !

 

Suivre le Christ dans sa Passion tout au long de la semaine sainte, et à travers les étapes de notre vie, nous fera parcourir un chemin semblable.

Basculons donc avec courage vers le bas du tremplin, où nous attendent ceux pour qui le Christ est mort : des sans-grade, des moins que rien, des oubliés, ceux qui ne compte pas… Et si nous en faisons partie, reprenons courage : le relèvement est proche !

 

Procession des Rameaux
Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem : (Lc 19, 28-40)
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus partit en avant pour monter à Jérusalem. Lorsqu’il approcha de Bethphagé et de Béthanie, près de l’endroit appelé mont des Oliviers, il envoya deux de ses disciples, en disant : « Allez à ce village d’en face. À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s’est encore assis. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘Pourquoi le détachez-vous ?’ vous répondrez : ‘Parce que le Seigneur en a besoin.’ » Les envoyés partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit. Alors qu’ils détachaient le petit âne, ses maîtres leur demandèrent : « Pourquoi détachez-vous l’âne ? » Ils répondirent : « Parce que le Seigneur en a besoin. » Ils amenèrent l’âne auprès de Jésus, jetèrent leurs manteaux dessus, et y firent monter Jésus. À mesure que Jésus avançait, les gens étendaient leurs manteaux sur le chemin. Alors que déjà Jésus approchait de la descente du mont des Oliviers, toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus, et ils disaient : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! » Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, réprimande tes disciples ! » Mais il prit la parole en disant : « Je vous le dis : si eux se taisent, les pierres crieront. »

Messe de la Passion
1ère lecture : « Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » (Troisième chant du Serviteur du Seigneur) (Is 50, 4-7)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Le Seigneur mon Dieu m’a donné le langage des disciples, pour que je puisse, d’une parole, soutenir celui qui est épuisé. Chaque matin, il éveille, il éveille mon oreille pour qu’en disciple, j’écoute. Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe. Je n’ai pas caché ma face devant les outrages et les crachats. Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : Ps 21 (22), 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Ps 21, 2a)

Tous ceux qui me voient me bafouent ;
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure ;
Ils me percent les mains et les pieds,
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Mais tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2 6-11)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu.
 Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes.
 Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
 C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom,
 afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers,
 et que toute langue proclame : « Jésus Christ est Seigneur » à la gloire de Dieu le Père.

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Lc 22, 14 – 23, 56)
Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant, jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Luc

Indications pour la lecture dialoguée : Les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. Quand l’heure fut venue, Jésus prit place à table, et les Apôtres avec lui. Il leur dit : X « J’ai désiré d’un grand désir manger cette Pâque avec vous avant de souffrir ! Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement accomplie dans le royaume de Dieu. » L. Alors, ayant reçu une coupe et rendu grâce, il dit : X « Prenez ceci et partagez entre vous. Car je vous le déclare : désormais, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que le royaume de Dieu soit venu. »

L. Puis, ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : X « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » L. Et pour la coupe, après le repas, il fit de même, en disant : X « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. Et cependant, voici que la main de celui qui me livre est à côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux cet homme-là par qui il est livré ! » L. Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres quel pourrait bien être, parmi eux, celui qui allait faire cela.

 Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ? Mais il leur dit : X « Les rois des nations les commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, que le plus grand d’entre vous devienne comme le plus jeune, et le chef, comme celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves. Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi. Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.

Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé. Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. » L. Pierre lui dit : D. « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. » L. Jésus reprit : X « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que toi, par trois fois, tu aies nié me connaître. »

L. Puis il leur dit : X « Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni sac, ni sandales, avez-vous donc manqué de quelque chose ? » L. Ils lui répondirent : D. « Non, de rien. » L. Jésus leur dit : X « Eh bien maintenant, celui qui a une bourse, qu’il la prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une. Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les impies. De fait, ce qui me concerne va trouver son accomplissement. » L. Ils lui dirent : D. « Seigneur, voici deux épées. » L. Il leur répondit : X « Cela suffit. »

 L. Jésus sortit pour se rendre, selon son habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Arrivé en ce lieu, il leur dit : X « Priez, pour ne pas entrer en tentation. » L. Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. S’étant mis à genoux, il priait en disant : X « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » L. Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait. Entré en agonie, Jésus priait avec plus d’insistance, et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient sur la terre. Puis Jésus se releva de sa prière et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis, accablés de tristesse. Il leur dit : X « Pourquoi dormez-vous ? Relevez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »

L. Il parlait encore, quand parut une foule de gens. Celui qui s’appelait Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour lui donner un baiser. Jésus lui dit : X « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? » L. Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : D. « Seigneur, et si nous frappions avec l’épée ? » L. L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite. Mais Jésus dit : X « Restez-en là ! » L. Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit. Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, grands prêtres, chefs des gardes du Temple et anciens : X « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous n’avez pas porté la main sur moi. Mais c’est maintenant votre heure et le pouvoir des ténèbres. »

 L. S’étant saisis de Jésus, ils l’emmenèrent et le firent entrer dans la résidence du grand prêtre. Pierre suivait à distance. On avait allumé un feu au milieu de la cour, et tous étaient assis là. Pierre vint s’asseoir au milieu d’eux. Une jeune servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : A. « Celui-là aussi était avec lui. » L. Mais il nia : D. « Non, je ne le connais pas. » L. Peu après, un autre dit en le voyant : F. « Toi aussi, tu es l’un d’entre eux. » L. Pierre répondit : D. « Non, je ne le suis pas. » L. Environ une heure plus tard, un autre insistait avec force : F. « C’est tout à fait sûr ! Celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. » L. Pierre répondit : D. « Je ne sais pas ce que tu veux dire. » L. Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta. Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre. Alors Pierre se souvint de la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. » Il sortit et, dehors, pleura amèrement.

 Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le rouaient de coups. Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : F. « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » L. Et ils proféraient contre lui beaucoup d’autres blasphèmes.

Lorsqu’il fit jour, se réunit le collège des anciens du peuple, grands prêtres et scribes, et on emmena Jésus devant leur conseil suprême. Ils lui dirent : F. « Si tu es le Christ, dis-le nous. » L. Il leur répondit : X « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j’interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite de la Puissance de Dieu. » L. Tous lui dirent alors : F. « Tu es donc le Fils de Dieu ? » L. Il leur répondit : X « Vous dites vous-mêmes que je le suis. » L. Ils dirent alors : F. « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes, nous l’avons entendu de sa bouche. » L. L’assemblée tout entière se leva, et on l’emmena chez Pilate.

 On se mit alors à l’accuser : F. « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le trouble dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et il dit qu’il est le Christ, le Roi. » L. Pilate l’interrogea : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-même qui le dis. » L. Pilate s’adressa aux grands prêtres et aux foules : A. « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. » L. Mais ils insistaient avec force : F. « Il soulève le peuple en enseignant dans toute la Judée ; après avoir commencé en Galilée, il est venu jusqu’ici. » L. À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya devant ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là.

 À la vue de Jésus, Hérode éprouva une joie extrême : en effet, depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle. Il lui posa bon nombre de questions, mais Jésus ne lui répondit rien. Les grands prêtres et les scribes étaient là, et ils l’accusaient avec véhémence. Hérode, ainsi que ses soldats, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant il y avait de l’hostilité entre eux.

 Alors Pilate convoqua les grands prêtres, les chefs et le peuple. Il leur dit : A. « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant d’introduire la subversion dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » L. Ils se mirent à crier tous ensemble : F. « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. » L. Ce Barabbas avait été jeté en prison pour une émeute survenue dans la ville, et pour meurtre. Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole. Mais ils vociféraient : F. « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » L. Pour la troisième fois, il leur dit : A. « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le relâcher après lui avoir fait donner une correction. » L. Mais ils insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient. Alors Pilate décida de satisfaire leur requête. Il relâcha celui qu’ils réclamaient, le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

 L. Comme ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus. Il se retourna et leur dit : X « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’ Alors on dira aux montagnes : ‘Tombez sur nous’, et aux collines : ‘Cachez-nous.’ Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »

 L. Ils emmenaient aussi avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter. Lorsqu’ils furent arrivés au lieu dit : Le Crâne (ou Calvaire), là ils crucifièrent Jésus, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche. Jésus disait : X « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » L. Puis, ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.

 Le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : F. « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! » L. Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée, en disant : F. « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »

 L. Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

 L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : A. « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! » L. Mais l’autre lui fit de vifs reproches : A. « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. » L. Et il disait : A. « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. » L. Jésus lui déclara : X « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

 L. C’était déjà environ la sixième heure (c’est-à-dire : midi) ; l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure, car le soleil s’était caché. Le rideau du Sanctuaire se déchira par le milieu. Alors, Jésus poussa un grand cri : X « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » L. Et après avoir dit cela, il expira.

(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)

À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendit gloire à Dieu : A. « Celui-ci était réellement un homme juste. » L. Et toute la foule des gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, observant ce qui se passait, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, se tenaient plus loin pour regarder.

 Alors arriva un membre du Conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste, qui n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le règne de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un tombeau taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le jour de la Préparation de la fête, et déjà brillaient les lumières du sabbat. Les femmes qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.
Patrick BRAUD

 

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