L'homélie du dimanche (prochain)

21 mai 2011

La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société

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La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société

Homélie pour le 5° Dimanche de Pâques / Année A

22/05/2011

 

 « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

 

Ce verset du psaume 118, repris par Pierre (1P 2,4-9), a dû habiter la pensée de Jésus depuis son enfance. Au moment de la trahison, du procès, de la condamnation et de la croix, plus que jamais ce verset viendra éclairer son chemin. Sur la croix, Jésus est identifié par son Père à ceux que tout le monde rejette : le pouvoir romain pour cause d’agitation politique, les autorités religieuses pour cause de blasphème, le peuple pour cause de banditisme criminel. Abandonné de tous, Jésus fait l’expérience absolue du rejet. Il fait corps avec ceux qui sont rejetés de tous. Il devient « la pierre rejetée par les bâtisseurs ».

 

Sa résurrection par Dieu est alors le signe que lorsque Dieu reconstruit une humanité nouvelle, il le fait à partir de ceux qui sont en bas de l’échelle.

Il part des exclus pour relever tout le peuple.

Il s’appuie sur les damnés, les criminels, les bandits, les blasphémateurs pour que l’homme nouveau ne reproduise plus ces mises à l’écart terribles.

 

Le Père Joseph Wresinski

Quelqu’un a bien compris la dimension politique et sociale de ce renversement opéré par La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société dans Communauté spirituellela pierre rejetée et devenue angulaire. C’est le Père Joseph Wresinski. Né à Angers au XXe siècle dans une famille pauvre marquée par la séparation, la violence, l’humiliation des bidonvilles, il inventera le terme de Quart Monde pour redonner à ces familles marginales la dignité et la fierté d’appartenir à un peuple en marche.

« Devenir combattant pour les exclus n’est pourtant pas si simple, car on ne se fait pas militant pour des individus épars : une mère ivrogne, une sorcière, un gosse malingre, par-ci, par-là. Il a fallu que je les rencontre en un peuple, il a fallu que je me découvre faisant partie de ce peuple, que je me retrouve à l’âge adulte dans ces gosses des cités dépotoirs autour de nos villes, dans ces jeunes sans travail et qui pleurent de rage. Ils perpétuent la misère de mon enfance et me disent la pérennité d’un peuple en haillons.

Il est en notre pouvoir de mettre en échec cette pérennité. La misère n’existera plus, demain, si nous acceptons d’aider ces jeunes à prendre conscience de leur peuple, à transformer leur violence en combat lucide, à s’armer d’amour, d’espoir et de savoir, pour mener à sa fin la lutte de l’ignorance, de la faim, de l’aumône et de l’exclusion. » [1]

 

Les pauves sont l’Église

Prêtre, il reste pourtant du poil-à-gratter pour son Église ! Car si « les pauvres sont l’Église », selon sa très belle formule, force est de constater que bien souvent l’Église parle sur les pauvres, prie pour les pauvres, agit en leur faveur, mais rarement leur laisse la parole, la responsabilité, l’action au coeur de l’Église.

« L’Église invente à chaque époque pour faire reculer tel genre nouveau de misère et l’éternelle misère de malchance qui niche partout, mais elle finit par n’avoir pas assez de moyens et peut-être plus assez de coeur devant ces trop difficiles à aider. Elle ne sait plus leur parler, elle n’ose plus. Il y a des lieux, des temps et des gens d’Église qui perdent le contact avec les plus pauvres. L’histoire est remplie de ces élans vers la misère qui finissent en collèges pour les riches. Mais je le dis, je l’affirme, prise globalement et surtout regardée dans son c?ur profond et ses saints, l’Église est l’Église des pauvres. Là où je suis je vois très bien pourquoi c’est elle qui peut aller le plus loin pour eux.

- Pourquoi?

- Elle transforme leur coeur, elle les sauve, elle les remet dans l’espérance et dans l’amour. Ces démunis en viennent à se donner eux aussi, ils cherchent à rendre service et ça desserre l’étau de leur misère, ils sont capables de penser aux autres, de se priver. Devant des choses pareilles je vous assure qu’on est avec Dieu, dans l’action de Dieu. » [2]

 

Construire à partir des rebuts de la société

Le Père Joseph ne cesse de plaider pour que l’Église se reconnaisse dans « le visage des  exclus dans Communauté spirituellemisérables ». Unie au Christ, pierre rejetée par les bâtisseurs, l’Église doit elle aussi faire l’expérience d’être avec ces « rebuts de l’Humanité », d’être elle-même considérée comme un rebut.  « Jusqu’à l’heure présente, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes nus, maltraités et errants; nous nous épuisons à travailler de nos mains. On nous insulte et nous bénissons; on nous persécute et nous l’endurons; on nous calomnie et nous consolons. Nous sommes devenus comme l’ordure du monde, jusqu’à présent l’universel rebut » (1Co 4,11-13)

« Tu as fait de nous des balayures, un rebut parmi les peuples. » (Lm 3,45)

« Tout ce que j’ai d’oppresseurs fait de moi un scandale; pour mes voisins je ne suis que dégoût, un effroi pour mes amis. Ceux qui me voient dans la rue s’enfuient loin de moi, comme un mort oublié des coeurs, comme un objet de rebut. » (Ps 31,12-13)

 

« En fait, nous sommes une contestation permanente pour l’État, nous lui rappelons son rôle de défenseur des plus défavorisés, nous lui proposons, par notre action, des expérimentations. Nous sommes un signe de contradiction vis-à-vis de toute institution qui cherche d’abord à se perpétuer. Y compris l’Église qui fut longtemps l’asile des exclus, leur recours, leur lieu de révolte et de libération. L’Église semble ne plus vouloir se reconnaître dans le visage des misérables, qui est celui du Christ souffrant. Elle y perd son identité? Et pourtant ce rebut de l’humanité, ce déchet, c’est le petit reste des élus, le Peuple sauvé par Dieu ». [3]

 

Qui sont les « pierres angulaires » aujourd’hui ?

« La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

Du combat du Père Joseph Wresinski à la place centrale à donner aux exclus dans nos entreprises, nos assemblées, nos familles même, que la pierre d’angle qu’est Jésus nous inspire une vraie politique de résurrection, chacun à notre échelle.

 


[1]« Les Pauvres sont l’Église », entretiens du père Joseph Wresinski avec Gilles Anouil, Le Centurion, 1983, pp. 7-15.

[2]in : « Si nous parlions de Dieu ? », André Sève, Le Centurion, 1985.

[3]Témoignage Chrétien n° 1741, 17 novembre 1977, Interview du Père Joseph par Philippe Warnier.

 

1ère lecture : Les premiers auxiliaires des Apôtres (Ac 6, 1-7)

 

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque : ils trouvaient que, dans les secours distribués quotidiennement, les veuves de leur groupe étaient désavantagées.
Les Douze convoquèrent alors l’assemblée des disciples et ils leur dirent : « Il n’est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des repas.
Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, qui soient des hommes estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse, et nous leur confierons cette tâche.
Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole. »
La proposition plut à tout le monde, et l’on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d’Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un païen originaire d’Antioche converti au judaïsme.
On les présenta aux Apôtres, et ceux-ci, après avoir prié, leur imposèrent les mains.

La parole du Seigneur était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs accueillaient la foi.

 

Psaume : Ps 32, 1.2b-3a, 4-5, 18-19

 

R/ Seigneur, ton amour soit sur nous, comme notre espoir est en toi !

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange !
Jouez pour lui sur la harpe à dix cordes.
Chantez-lui le cantique nouveau.

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait. 
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour. 

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour, 
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

 

2ème lecture : La pierre éliminée devient la pierre d’angle (1P 2, 4-9)

 

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères,
approchez-vous de lui : il est la pierre vivante que les hommes ont éliminée, mais que Dieu a choisie parce qu’il en connaît la valeur.
Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent à construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, présentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter à cause du Christ Jésus.
On lit en effet dans l’Écriture : Voici que je pose en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie et de grande valeur ; celui qui lui donne sa foi ne connaîtra pas la honte.
Ainsi donc, honneur à vous qui avez la foi, mais, pour ceux qui refusent de croire, l’Écriture dit : La pierre éliminée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle, une pierre sur laquelle on bute, un rocher qui fait tomber. Ces gens-là butent en refusant d’obéir à la Parole, et c’est bien ce qui devait leur arriver.
Mais vous, vous êtes la race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple qui appartient à Dieu ; vous êtes donc chargés d’annoncer les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.

 

Evangile : « Personne ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14, 1-12)

 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es le Chemin, la Vérité et la Vie, Jésus, Fils de Dieu. Celui qui croit en toi a reconnu le Père. Alléluia. (cf. Jn 14, 6.9)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Ne soyez donc pas bouleversés : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi.
Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure ; sinon, est-ce que je vous aurais dit : Je pars vous préparer une place ?
Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi ; et là où je suis, vous y serez aussi.
Pour aller où je m’en vais, vous savez le chemin. »
Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas ; comment pourrions-nous savoir le chemin ? »
Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi.
Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l’avez vu. »
Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. »
Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père.
Comment peux-tu dire : ‘Montre-nous le Père’ ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; mais c’est le Père qui demeure en moi, et qui accomplit ses propres oeuvres.
Croyez ce que je vous dis : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne croyez pas ma parole, croyez au moins à cause des oeuvres.
Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes oeuvres que moi. Il en accomplira même de plus grandes, puisque je pars vers le Père. »
Patrick Braud

 

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23 avril 2011

Comment annoncer l’espérance de Pâques ?

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Comment annoncer l’espérance de Pâques ?

 

Homélie pour le Dimanche de Pâques / Année A 2011

Comment allez vous parler de Pâques à vos collègues de travail ? Ils évoqueront leur long week-end en famille, leur virée au bord de la mer ou en montagne. Ils raconteront peut-être les yeux brillants de leurs enfants cherchant les oeufs dans le jardin, où se barbouillant les doigts avec les chocolats de Pâques. Mais vous ? Comment allez-vous témoigner de la joie de Pâques à vos voisins, dans votre immeuble, votre quartier ?

Il suffit peut-être d’une écoute plus profonde que d’habitude, d’une disponibilité plus sereine pour l’échange banal dans l’escalier ; il suffit de laisser l’annonce nocturne vous habiter : si le Christ est ressuscité, toute rencontre humaine a une dimension d’éternité. Si Christ est vraiment ressuscité, la banalité la plus ordinaire recèle une promesse à côté de laquelle vous ne voudrez pas passer.

 

Se taire ou proclamer ?

Dans les quatre Évangiles, dans les Actes des Apôtres, les lettres de Paul, on a l’impression que l’évènement de Pâques est si fort qu’ils en parlent à tout le monde, explicitement, à temps et à contretemps.

Impossible de faire cela sans discernement aujourd’hui !

Et en plus ce serait anti-évangélique : après 17 siècles d’histoire de l’Église en France, on ne peut pas agir comme si c’était la première Pâque.

 

À tel point que certains ont cru qu’il fallait rester discrets, ne pas brandir son étendard, mais cheminer humblement avec leurs compagnons de travail, de logement, sans rien dire de leur foi en la résurrection. Plus encore, la thèse du « christianisme anonyme » (Karl Rahner) donnait à penser qu’en fait beaucoup ne sont « pas loin du royaume de Dieu », comme dit Jésus au scribe, et sont sans doute des chrétiens qui s’ignorent, au moins sur le plan éthique. Alors à quoi bon vouloir les convertir ?

Comment annoncer l'espérance de Pâques ? dans Communauté spirituelle chut000Cette attitude a été utile et même nécessaire dans les années 60-80, où l’Église en France devait renoncer à la puissance et à la domination sociale.

La situation est bien différente aujourd’hui. Non pas qu’il faille tout rejeter de cette période où l’Église se faisait « dialogue, conversation » selon la belle expression de Paul VI  en 1964 (Ecclesiam suam). L’attitude d’humilité, d’admiration devant l’éthique et le sens humain de « l’autre » sont toujours des repères évangéliques.

Mais « l’autre » justement ne partage plus la culture, le « background », le fonds commun minimum des années 60-80. Une proportion énorme de jeunes a grandi sans jamais avoir pu ouvrir une Bible. La majorité n’a entendu parler de Jésus ou de l’Église que par les Guignols de l’Info, les blogs les plus illuminés ou des événements occasionnels comme le mariage d’un ami, l’enterrement des grands-parents. Ils ne sont pas contre la résurrection du Christ, ni pour non plus. Ils ne connaissent pas. Et – sauf à nourrir une quête personnelle plus fréquente qu’on ne le croit – ils partent en week-end de Pâques comme pour le congé du 14 juillet : en ayant le sentiment quelque part il y a bien ?quelque chose’ à l’origine, mais sans trop savoir quoi.

 

Alors la situation des chrétiens n’est pas plus confortable qu’autrefois. Se taire sur la Résurrection serait comme passer à côté d’une bande de gamins désoeuvrés sans leur proposer de jouer au basket ou au rugby. Trop parler, trop vite, trop mal, serait également dévastateur.

 

Partir du désir de l’autre

Comment sortir de l’impasse ?

Relisons les annonces de la résurrection du Christ dans l’Écriture. Elles sont si nombreuses (explicites dans le Nouveau Testament, en filigrane dans l’Ancien Testament) que vous ne n’y arriverez pas en une semaine ! Eh bien, mettez-y le mois, relisez un maximum de passages où l’annonce de la résurrection retentit. En vous demandant à chaque fois : sur quoi s’appuie cette annonce ?

Reprenez les textes de la vigile et du matin de Pâques.

tombeau_vide annonce dans Communauté spirituelle

- dans la nuit de Pâques, c’est sur « la visite au tombeau », sur le désir des femmes d’honorer la mémoire de leur ami que le Ressuscité s’appuie pour se manifester  (Mt 28, 1-10).

- pour Paul ce même soir, c’est sur le baptême qu’il greffe la proclamation de la Résurrection (Rm 6,3).

- le jour de Pâques, Pierre s’appuie sur la vision de Corneille, centurion romain, pour oser entrer chez lui et l’inviter à croire que « Dieu a ressuscité Jésus le troisième jour » (Ac 10,39).

- la deuxième lecture part de la célébration populaire de la fête juive de Pâques pour en dévoiler le sens profond : « Christ, notre agneau pascal, a été immolé ». (1 Co 5,7).

- l’Évangile de Jean s’appuie sur l’amour de Marie-Madeleine pour celui qu’elle vient de perdre, ce qui la pousse à « se rendre au tombeau de grand matin » (Jn, 20,1). Puis c’est la course au tombeau de Pierre et de Jean, traduisant leur course intérieure pour trouver un sens à leur vie.

 

Bref : impossible d’annoncer la joie de Pâques sans s’appuyer sur un désir, une quête, une vision, une coutume pratiquée par l’autre. Aujourd’hui encore, la perte d’un être cher, un baptême, un rêve secret, une fête populaire, une course intérieure anime sûrement ceux que nous croisons, à un moment ou à un autre.

 

La finesse du discernement spirituel

Si nous laissons l’Esprit du Ressuscité habiter en nous, il nous donnera sa finesse de discernement pour deviner l’attente la plus vraie qu’il a déposée en l’autre.

Si nous sommes à l’écoute de cette attente, si nous lui permettons de se dire, alors très simplement la proposition de la Résurrection pourra se faire, sans violence aucune, dans le respect absolu de la conscience et de la liberté de chacun.

Témoignage discret, joie rayonnante ou annonce explicite : ce qui se passera après cette première annonce ne nous appartient pas.

 

Seule compte la finesse spirituelle avec laquelle les baptisés pourront inviter à croire ce cri déchirant la nuit de Pâques : « il est ressuscité d’entre les morts ! »

 

 

Messe du jour de Pâques

1ère lecture : Les Apôtres témoins de la Résurrection (Ac 10, 34a.37-43)

 

Quand Pierre arriva de Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui.
Et nous, les Apôtres, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Ils l’ont fait mourir en le pendant au bois du supplice.
Et voici que Dieu l’a ressuscité le troisième jour.
Il lui a donné de se montrer, non pas à tout le peuple, mais seulement aux témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts.
Il nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que Dieu l’a choisi comme Juge des vivants et des morts.
C’est à lui que tous les prophètes rendent ce témoignage : Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. »

 

Psaume : Ps 117, 1.4, 16-17, 22-23

 

R/ Ce jour que fit le Seigneur est un jour de joie, alléluia !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’?uvre du Seigneur, la
merveille devant nos yeux..

 

2ème lecture : Vivre avec le Christ ressuscité (Col 3, 1-4)

 

Frères, vous êtes ressuscités avec le Christ. Recherchez donc les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu.
Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre.

En effet, vous êtes morts avec le Christ, et votre vie reste cachée avec lui en Dieu.
Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui en pleine gloire.

 

Evangile : Le tombeau vide et la foi des Apôtres (Jn 20, 1-9)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu’il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick Braud

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8 mai 2010

La gestion des conflits

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La gestion des conflits

 

Homélie du 6° Dimanche de Pâques / année C

09/05/2010

 

On ne s’attend pas à trouver dans la Bible un séminaire de formation professionnelle sur la gestion des conflits en entreprise !

Et pourtant…

 

Rien que dans le livre des Actes des Apôtres, lecture essentielle de ce temps pascal, il y a de multiples situations de désaccords graves, de conflits explicitement mentionnés. Rappelons-en quelques-unes :

 

- Ananie et Saphire, couple de chrétiens, ne veulent pas tout donner à Pierre du prix de vente de leurs propriétés. Ce mensonge va leur valoir la « mort » symbolique à l’Église (on suppose qu’ils ont été excommuniés hors de la communauté, solution violente mais radicale au conflit ; cf. Ac 5,1-11).

Il est d’ailleurs remarquable que Luc n’emploie le terme Église (ekklesia) pour la première fois qu’au dénouement de ce conflit (5,11), pas avant. Comme si l’Église n’était vraiment l’Église qu’après un conflit traversé…

 

- Les « récriminations » des Grecs contre les Hébreux ont failli mal tourner (Ac 6). Le problème était grave : oubli des pauvres (les veuves grecques), risque de perdre du dynamisme missionnaire (« délaisser la parole de Dieu pour le service des tables ») », division ethnique de la communauté (grecs vs hébreux). L’invention des Sept (les futurs diacres) naîtra de la résolution de ce conflit (comme quoi la gestion des conflits peut devenir très féconde !).

 

- Le conflit entre Paul et Barnabé lui aussi a failli dégénérer en bagarre aux poings ! (Ac 15,36-40).

Leur désaccord s’aggrava tellement que la seule solution à cette incompatibilité d’humeur fut d’accepter de se séparer : chacun alla de son côté, en souhaitant bonne route à l’autre, mais sans pouvoir le garder comme collaborateur proche.

Bon nombre de conflits en entreprise doivent se résoudre à cette issue… La gestion des conflits dans Communauté spirituelle apotres

 

- Et il y a Ac 15,1-35, notre deuxième lecture de ce 6° dimanche de Pâques, passage célèbre souvent appelé « le concile de Jérusalem ».

Là encore, le conflit est sérieux : faut-il oui ou non imposer la circoncision juive aux  non-juifs qui veulent devenir chrétiens ? Faut-il leur imposer le respect de la Torah, de la loi juive si contraignante dans la vie quotidienne ?

 

La gestion de ce conflit dans les Actes des Apôtres (qu’on devrait appeler les Actes de l’Esprit, surtout dans ce passage) est exemplaire. Encore aujourd’hui, ce chapitre 15 peut inspirer une « méthode » évangélique pour traverser les inévitables conflits rencontrés dans une communauté (et une entreprise n’est-elle pas une communauté humaine ?).

 

 

 

1. D’abord mettre des mots sur le problème, verbaliser le désaccord.

Plutôt que des murmures dans le dos des personnes concernées, mieux vaut parler.

Paul et Barnabé ne veulent pas nier le conflit. Ils ne font pas l’autruche. Ils n’espèrent pas que « ça va s’arranger » tout seul avec le temps, sans rien faire. Ils ne minimisent pas non plus les désaccords (des « discussions assez graves » les opposent aux partisans de la circoncision). Ils n’usent pas d’arguments lénifiants : « il faut supporter cela avec patience », ou faussement religieux : « priez et ça ira mieux ».

Non : ils font face, ils discutent, ils mettent des mots sur les enjeux, ils ne se taisent pas.

 

2. Devant ce constat d’opposition grave, la communauté cherche une médiation.

« On décida qu’ils monteraient à Jérusalem trouver les apôtres et les anciens à propos de ce différend ».

Ne pas rester dans un face-à-face avec l’adversaire dans un conflit est une précaution de sagesse…

C’est l’Église d’Antioche qui organise (et paye) cette démarche de médiation.

C’est l’Église de Jérusalem qui les accueille.

La résolution du conflit est donc ici vraiment vécue et pensée comme une démarche ecclésiale, pas individuelle.

 

3. Pour résoudre le conflit, on fait intervenir trois niveaux d’autorité, et le recours aux Écritures.

 

Les trois niveaux d’autorité

La discussion devient vive à Jérusalem (15,7), où les opposants à Paul et Barnabé ont eux aussi droit à la parole.

 

* L’autorité personnelle

Alors Pierre intervient et fait une déclaration solennelle (15,7-11).

C’est le niveau personnel d’une autorité qui s’engage en disant « je ».

Pierre s’appuie sur son expérience du baptême du centurion païen Corneille, où l’Esprit Saint n’avait rien exigé de plus que la foi pour le baptiser.

 

* autorité collégiale

Puis Paul et Barnabé, à leur tour, racontent.

Et Jacques lui aussi prendra la parole, pour une autre argumentation, à partir de l’Écriture (un passage du livre d’Amos 9,11 en grec).

Avec la présence de ces apôtres, et les anciens qui participent à la décision (15,22), c’est le niveau collégial de l’autorité qui est ici mis en oeuvre.

Jamais un avis seul : une autorité personnelle cherchera toujours à s’appuyer sur un discernement collégial pour dénouer la crise.

 

* autorité communautaire

Le troisième niveau d’autorité nécessaire est explicitement mentionné en 15,22 : « d’accord avec toute l’Église », et dans la lettre exposant le dénouement du conflit : « les apôtres, les anciens et les frères » (15,23), et encore plus dans la fameuse expression : « l’Esprit saint et nous-mêmes avons décidé que », le « nous » incluant toute l’Église. C’est la dimension communautaire de la réflexion nécessaire pour dénouer une crise.

 

Les Écritures

Jacques va puiser dans le prophète Amos l’argument qui va ouvrir le c?ur des juifs à l’accueil des nations païennes.

C’est une manière de revenir au projet fondateur, aux valeurs essentielles qui unissent la communauté humaine concernée par le conflit.

 

Trouver une solution à un conflit demande donc de faire jouer ces trois niveaux de l’autorité : personnel / collégial / communautaire, en les ancrant dans la référence aux valeurs fondamentales que vit la communauté, exprimée ici par les Écritures.

 

4. La recherche d’un compromis

La solution qui permet de traverser le conflit est rarement une victoire des uns contre les autres, ce qui serait une pure domination. Il y a toujours dans l’accord, surtout quand il est « inspiré », la prise en compte de la part de vérité que détiennent les minoritaires, ou ceux qui paraissent avoir tort. Ici, c’est le respect des juifs devenus chrétiens qui est intégré à la décision finale (15,28-30) : ne pas choquer ces chrétiens d’origine juive en mangeant des viandes idolâtres ou non-casher, et autres prescriptions qui leur permettent de sortir du conflit la tête haute.

Ne pas humilier l’adversaire, trouver une solution gagnant-gagnant, intégrer la part de vérité de l’autre : ce sont des conditions essentielles d’une bonne résolution des conflits.

 

5. La communication de la décision

Résoudre un conflit ne suffit pas, encore faut-il le faire savoir ! Ce sera le rôle des « médiateurs du retour », Judas et Silas, envoyé par l’Église de Jérusalem pour accompagner et expliquer la décision de sortie de crise.

C’est capital de prendre ce temps de la communication après le conflit.

 

6. L’invitation à reprendre ensemble un projet commun enthousiasmant

Judas et Silas s’y emploient à Antioche (Ac 15,30-33).

Le conflit n’est vraiment terminé que lorsqu’il débouche sur la reprise de l’aventure commune (ou sur la « séparation fraternelle », comme Paul et Barnabé plus loin).

 

Reprenez ces différents éléments de la gestion des conflits qu’opère notre « concile de Jérusalem ».

Essayez de les transposer aux inévitables conflits que vous vivez dans le monde du travail, en entreprise.

Vous verrez : l’Écriture est souvent un meilleur coach que bien des coaches sur le marché…

 

 

 

Lecture du Livre des Actes des Apôtres : Le « concile de Jérusalem »

01 Certaines gens venus de Judée voulaient endoctriner les frères de l’Église d’Antioche en leur disant : « Si vous ne recevez pas la circoncision selon la loi de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. »

02 Cela provoqua un conflit et des discussions assez graves entre ces gens-là et Paul et Barnabé. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question.

03 L’Église d’Antioche pourvut à leur voyage. Ils traversèrent la Phénicie et la Samarie en racontant la conversion des païens, ce qui remplissait de joie tous les frères.

04 A leur arrivée à Jérusalem, ils furent accueillis par l’Église, les Apôtres et les Anciens, et ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux.

05 On vit alors intervenir certains membres du parti des pharisiens qui étaient devenus croyants. Ils disaient : « Il faut obliger ces gens à recevoir la circoncision, et à observer la loi de Moïse. »

06 Les Apôtres et les Anciens se réunirent pour examiner cette affaire.

07 Comme cela provoquait des discussions assez graves, Pierre se leva et leur dit : « Frères, vous savez bien comment Dieu a manifesté son choix parmi vous dès les premiers temps : c’est par moi que les païens ont entendu la parole de l’Évangile et sont venus à la foi.

08 Dieu, qui connaît le coeur des hommes, leur a rendu témoignage en leur donnant l’Esprit Saint tout comme à nous ;

09 sans faire aucune distinction entre eux et nous, il a purifié leurs coeurs par la foi.

10 Alors, pourquoi mettez-vous Dieu à l’épreuve en plaçant sur les épaules des disciples un joug que nos pères et nous-mêmes n’avons pas été capables de porter ?

11 Oui, c’est par la grâce du Seigneur Jésus, nous le croyons, que nous avons été sauvés, de la même manière qu’eux. »

12 Toute l’assemblée garda le silence, puis on écouta Barnabé et Paul rapporter tous les signes et les prodiges que Dieu avait accomplis par eux chez les païens.

13 Quand ils eurent terminé, Jacques prit la parole : « Frères, écoutez-moi.

14 Simon-Pierre vous a rapporté comment, dès le début, Dieu a voulu prendre chez les nations païennes un peuple qui serait marqué de son nom.

15 C’est ce que confirment les paroles des prophètes, puisqu’il est écrit :

16 Après cela, je reviendrai pour reconstruire la demeure de David,qui s’est écroulée ;je reconstruirai ce qui était en ruines,je le relèverai ;

17 alors, le reste des hommes cherchera le Seigneur,ainsi que les nations païennes sur lesquelles mon nom a été prononcé. Voilà ce que dit le Seigneur. Il réalise ainsi ses projets,

18 qui sont connus depuis toujours.

19 Je suis donc d’avis de ne pas surcharger ceux des païens qui se convertissent à Dieu,

20 mais de leur écrire qu’ils doivent s’abstenir des souillures de l’idolâtrie, des unions illégitimes, de la viande non saignée et du sang.

21 En effet, depuis les temps les plus anciens Moïse a, dans chaque ville, des gens qui proclament sa Loi, puisqu’on en fait la lecture chaque sabbat dans les synagogues. »

22 Alors les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude (appelé aussi Barsabbas) et Silas.

23 Voici la lettre qu’ils leur confièrent : « Les Apôtres et les Anciens saluent fraternellement les païens convertis, leurs frères, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie.

24 Nous avons appris que quelques-uns des nôtres, sans aucun mandat de notre part, sont allés tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi.

25 Nous avons décidé à l’unanimité de choisir des hommes que nous enverrions chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul

26 qui ont consacré leur vie à la cause de notre Seigneur Jésus Christ.

27 Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit :

28 L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent :

29 vous abstenir de manger des aliments offerts aux idoles, du sang, ou de la viande non saignée, et vous abstenir des unions illégitimes. En évitant tout cela, vous agirez bien. Courage ! »

30 Alors on invita les messagers à se mettre en route, et ils se rendirent à Antioche. Ayant réuni l’assemblée des fidèles, ils communiquèrent la lettre.

31 À sa lecture, tous se réjouirent de l’encouragement qu’elle apportait.

32 Jude et Silas, qui étaient aussi prophètes, parlèrent longuement aux frères pour les réconforter et les affermir ;

33 après quelque temps, les frères les laissèrent repartir vers ceux qui les avaient envoyés et leur souhaitèrent la paix.

35 Paul et Barnabé, eux, séjournaient à Antioche : ils enseignaient et, avec beaucoup d’autres, ils annonçaient la Bonne Nouvelle de la parole du Seigneur. Patrick BR

Patrick BRAUD

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24 avril 2010

« Passons aux barbares »…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Passons aux barbares »…

 

Homélie du 4° Dimanche de Pâques / année C

25/04/2010

 

« Nous nous tournons vers les païens ».

Ce tournant historique, Paul et Barnabé l’ont pris à Antioche. Pressés par l’hostilité – et même les poursuites – d’un certain nombre de juifs « furieux » de leur succès, ils vont emmener les autres à se tourner vers les « païens » de l’époque, c’est-à-dire ceux que justement les croyants convaincus considéraient comme des idolâtres, des gens impurs.

 

Comme quoi les difficultés rencontrées dans la mission peuvent devenir une source d’élargissement de celle-ci !

La persécution d’Étienne avait déjà engendré une « heureuse » dispersion des disciples hors de Jérusalem.

Puis la manière dont Pierre et ses compagnons ont enduré les persécutions impressionneront leurs adversaires et en convertiront beaucoup.

De même pour les innombrables martyrs qui donneront leur vie avec tant d’amour et de paix – même pour ceux qui les livraient au tribunal et aux lions – que les foules des arènes en seront bouleversées…

 

« Nous nous tournons vers les païens ».

Ce virage est toujours à renégocier.

Cette docilité à l’Esprit Saint qui mène les apôtres dans d’autres cultures est toujours à réactualiser.

 

·      Le passage à la philosophie.

On se souvient du « passage de la philosophie » qu’ont représenté les conciles oecuméniques des premiers siècles. Adopter le langage grec de « nature » et de « substance » pour évoquer l’humanité et la divinité de Jésus (1) : c’est assurément un audacieux tournant !

 

·      La chute de l’empire romain.

On se souvient encore de Saint Augustin : le bruit des armées barbares à la porte de Rome effrayait les chrétiens, qui croyaient que tout était perdu. Augustin les invite courageusement à accepter la fin d’un monde – l’empire romain – et à évangéliser le Nouveau Monde barbare venu d’ailleurs.

 

·      La révolution industrielle.

On se souvient plus près de nous de la célèbre formule d’Ozanam : « passons aux barbares ! »

La révolution industrielle avait engendré des misères effroyables. La Révolution de 1848 éclate avec son cortège de malheurs de toutes sortes. Il faut mettre en oeuvre, et de toute urgence, la charité chrétienne.

Ozanam s’écrie: « Passons aux Barbares et suivons Pie IX. » Ce cri ne fut pas compris et Ozanam dut « Passons aux barbares »... dans Communauté spirituelle 9782204080613s’expliquer: « Aller au peuple c’est à l’exemple de Pie IX, s’occuper de ce peuple qui a trop de besoins et pas assez de droits, qui réclame une plus grande part raisonnable dans les affaires publiques, des garanties pour son travail, des assurances contre sa misère… qui, sans doute, suit de mauvais chefs, mais faute de trouver ailleurs de bons… »

« Passer au peuple, ce n’est pas faire le jeu des Mazzini, des Ochsenhein et des Henri Heine, mais passer au service des masses en y comprenant celles des campagnes aussi bien que des villes. Voilà comment, passer au peuple, c’est passer aux Barbares, mais pour les arracher à la barbarie, faire d’eux des citoyens en en faisant des chrétiens, les faire monter dans la vérité et dans la moralité, pour les rendre ainsi dignes et capables de la liberté des enfants de Dieu. »

Homme ouvert, il ne veut pas que la religion se cantonne dans une minorité bourgeoise, ni dans un parti, elle doit aller aux masses, aux pauvres que le Christ a déclarés bienheureux.

« Passons aux Barbares ! »

Cet accent prophétique sera peu écouté.  Mais Ozanam demeure un des pionniers du catholicisme social qui sera confirmé par « Rerum novarum » en 1891. Béatifié lors des JMJ de Paris en 1997, il laisse un témoignage de la vitalité du catholicisme social lorsqu’il se passionne pour les cultures de son temps.

 

·      Et aujourd’hui ?

Maintenant encore, vers quels « païens » devons-nous nous tourner pour rester fidèles à Paul et Barnabé ? Vers quelle culture « barbare » nous tourner pour l’illuminer de l’Évangile, tout en récoltant ce que l’Esprit y a déjà semé ?

 

- On pourrait penser à la culture scientifique et technique, dont l’Église a eu si peur aux siècles précédents (alors qu’elle avait enfantée !).

 

- Ou encore à la culture économique, où la « barbarie » peut toujours faire des merveilles et des dégâts immenses, selon l’orientation donnée à la création de richesses…

 

- Ou encore à la culture médiatique, si loin apparemment des valeurs évangéliques ; et pourtant les formidables moyens de liaison et de communication entre les hommes représentent une chance historique pour y annoncer un évangile de communion, de relation…

 

« Je parie sur l’avenir du christianisme précisément parce que, en tant qu’historien, j’ai constaté qu’au cours des siècles, et malgré des pesanteurs, il avait manifesté un extraordinaire dynamisme et de très remarquables possibilités d’évolution. Il est parvenu à s’intégrer dans la civilisation gréco-romaine avant de « passer aux Barbares » (pour reprendre la formule d’Ozanam). Cette « conversion » aux Barbares a été extrêmement enrichissante, puisqu’elle a permis la création d’une civilisation chrétienne. Je reste persuadé que le rôle du christianisme a été majeur dans trois domaines, qui sont, il est vrai, objets de discussion : la naissance de la science ; l’épanouissement des droits de l’homme ; l’amélioration du statut de la femme. Le christianisme a su être porteur de culture et s’adapter. Rien n’indique qu’il soit arrivé à la fin de son parcours et qu’il ait achevé ses adaptations aux périodes successives et à la diversité des civilisations. Je parie sur cette capacité d’adaptation, et c’est la raison pour laquelle je ne désespère pas de son avenir. »
(Jean Delumeau ; cf. http://www.cairn.info/article_p.php?ID_ARTICLE=ETU_005_0689)

 

Passons donc aux barbares !

- Collectivement : en discernant dans les cultures environnantes les « pierres d’attente » de l’Évangile, les « semences du Verbe » comme disaient les Pères de l’Église pour désigner les aspirations barbares toutes proches de l’Évangile.

- Personnellement : en étant attentif à ce que des non-chrétiens manifestent autour de moi comme attentes profondes, comme sagesse remarquable, comme capacité d’accueil du message évangélique.

 

« Pour la gloire de Dieu et le salut du monde », répétons-nous à chaque eucharistie en écho aux apôtres à Antioche : « pour que le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ».

Que l’Esprit du Ressuscité nous entraîne à nous tourner vers les païens d’aujourd’hui !

« Passons aux barbares »…

 

 

1. Une seule personne divine assumant les deux natures, divine et humaine : c’est ce qu’on appelle « l’union hypostatique » dans le vocabulaire philosophique des conciles, s’inspirant des Grecs.

 

1ère lecture : L’Évangile annoncé aux païens (Ac 13, 14.43-52)

 

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Paul et Barnabé étaient arrivés à Antioche de Pisidie. Le Jour du sabbat, ils entrèrent à la synagoque. 
Quand l’assemblée se sépara, beaucoup de Juifs et de convertis au judaïsme les suivirent. Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester fidèles à la grâce de Dieu.
Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur.
Quand les Juifs virent tant de monde, ils furent remplis de fureur ; ils repoussaient les affirmations de Paul avec des injures.
Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il fallait adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les païens.
C’est le commandement que le Seigneur nous a donné :J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi,le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre.
En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux que Dieu avait préparés pour la vie éternelle devinrent croyants.
Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région.
Mais les Juifs entraînèrent les dames influentes converties au judaïsme, ainsi que les notables de la ville ; ils provoquèrent des poursuites contre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire.
Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium,
tandis que les disciples étaient pleins de joie dans l’Esprit Saint.
Patrick BRAUD

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