L'homelie du dimanche

27 mars 2018

Deux prérequis de Pâques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Deux prérequis de Pâques


Homélie pour la fête de Pâques / Année B
01/04/18

Cf. également :

Pâques : Courir plus vite que Pierre
Les Inukshuks de Pâques
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Incroyable !
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Les sans-dents, pierre angulaire


Que s’est-il passé entre la sinistre éclipse du Vendredi saint vers 15 heures et l’annonce incroyable de l’aurore de Pâques en ce dimanche matin ?

Nul ne saura jamais quelle mystérieuse alchimie opérant dans le tombeau scellé a produit ce corps transfiguré adapté à l’autre monde. Par contre, nous connaissons deux démarches qui ont préparé sans le savoir cet évènement hors normes. Deux prérequis en quelque sorte, indispensables pour que quelque chose d’inouï arrive. Sans rien enlever à la gratuité de l’événement pascal, ces deux prérequis soulignent la part humaine, notre contribution à la résurrection du Christ, rien moins que cela !

 

Réhabiliter les vaincus de l’histoire (Joseph d’Arimathie)

L’Évangile de Jean nous rapporte l’intervention courageuse de Joseph d’Arimathie auprès des autorités juives :

« Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus (Jn 19,38) ». 

Deux prérequis de Pâques dans Communauté spirituelle MaT%2B-%2BLouviers%2B27%2B%25282%2529C’est un peu comme demander le corps de Jean Moulin à la Kommandantur après qu’il ait été supplicié par la Gestapo. Alors que l’affaire Jésus s’est soldée par la défaite totale de ce faux prophète et la mise en déroute de sa bande, ce notable Joseph d’Arimathie, respecté et ayant pignon sur rue, risque sa réputation et sa sécurité pour récupérer le cadavre lamentable qui gît au pied de la croix. Il ose ainsi se dévoiler, prendre parti, et risquer l’affrontement avec les vainqueurs apparents de la confrontation.

Il fait plus encore : il place le cadavre dans un tombeau neuf prévu pour un riche. Donner une sépulture à un crucifié est déjà une transgression, car la loi juive demande de laisser les corps pendre au gibet, sans doute à titre d’exemple (barbarie assez répandue hélas), pour que la honte et l’humiliation soient portées à l’extrême avec les oiseaux et autres charognards déchiquetant les chairs… Rappelons-nous que la malédiction attachée au supplice de la croix fait du crucifié un non-juif, un maudit de Dieu, rayé du peuple, exclu de toute dignité humaine même après sa mort (Ga 3,13; Dt 21,23).

Or Joseph ose lui redonner cette dignité en lui offrant son tombeau. Et un tombeau de riche, c’est-à-dire de quelqu’un béni des dieux, admiré des hommes. Un théologien – Jean-Baptiste Metz – a appelé « souvenir des vaincus » cette démarche au cœur de Pâques : faire mémoire de la Pâque du Christ, c’est se souvenir de tous les vaincus de l’histoire qui aurait dû passer aux oubliettes de la mémoire collective, mais inoubliables en Christ.

Réhabiliter les vaincus de l’histoire, c’est raconter les millions de vies supprimées dans les goulags soviétiques, donner un nom aux ombres des camps de Pol Pot ou de Mao, réécrire l’histoire des pauvres gens et pas seulement des princes, des rois et des puissants. C’est adopter le point de vue des plus petits lorsqu’on envisage un projet d’entreprise. C’est faire attention à ceux que personne ne remarque. C’est écrire les monographies des familles du Quart-Monde avec ATD. C’est ne pas passer sous silence les existences éliminées en début ou en fin de vie sans état d’âme. C’est égrener le nom des indigents morts dans la rue et destinés à la fosse commune.

Cette réhabilitation comporte un risque majeur : être soi-même identifié à ceux dont on réclame les corps pour les honorer, et finalement subir le même sort qu’eux. C’est pourquoi les candidats ne se bousculent pas ! Mais Joseph d’Arimathie a eu ce courage. Sans lui, pas de tombeau pour Jésus le maudit.

 

Être un baume versé sur tant de plaies

Les deux Marie (mais où est la mère de Jésus ?) et la mère de Salomé incarnent le deuxième prérequis de Pâques : embaumer le corps du supplicié.

« Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des aromates pour aller oindre le corps.  Et de grand matin, le premier jour de la semaine, elles vont à la tombe, le soleil s’étant levé. » (Mc 16,1-2)

Toutes les familles qui ont eu recours à un thanatopracteur après un décès comprennent ce que cela signifie. Rendre à un visage aimé un peu de beauté et de sérénité après l’épreuve de la maladie et ici de la croix. Retravailler les tissus abîmés après un accident de la route, disposer les membres déformés de manière à leur redonner apparence convenable. Embaumer, c’est mettre du baume sur les plaies et préserver la dignité du corps humain le plus longtemps possible. Les embaumements égyptiens de pharaons préparaient ainsi la vie des puissants dans l’au-delà. Les trois femmes du matin de Pâques viennent embaumer un malheureux sans pouvoir imaginer que c’est lui qui leur ouvrira l’au-delà. Elles veulent faire de lui un « oint » de leurs aromates, et c’est le Christ (l’Oint de Dieu) qui les consolera.

423668430 baume dans Communauté spirituelle« On voudrait être un baume versé sur tant de plaies » : c’est la dernière phrase du journal intime d’Etty Hillesum en 1942 [1], avant de partir volontairement du quartier juif d’Amsterdam vers le camp de Westerbrok où elle mourut en 1943. Etty a consacré ses mois de captivité à Westerbrok à être aux côtés de ses compagnons d’infortune, avec générosité, compassion, et même beaucoup d’humour et de gaieté. À l’image des deux Marie et de Salomé, Etty voulait comme embaumer ceux que l’extermination nazie allait gazer puis incinérer. Sans aucun doute préparait-t-elle ainsi leur résurrection, unis au sacrifice du Christ, l’un des leurs.

Être un baume versé sur tant de plaies se traduit aujourd’hui par la présence auprès des migrants, des prisonniers, des mourants, des rejetés de toutes sortes…

Entre Vendredi saint et matin de Pâques, un homme et trois femmes incarnent deux prérequis de la Résurrection : réhabiliter les vaincus de l’histoire, être soi-même comme un baume versé sur les plaies de notre entourage…

Que l’Esprit de Dieu nous souffle comment nous engager sur cette double voie : nous goûterons alors à la vraie joie de Pâques.

 


[1] . Une vie bouleversée. suivi de Lettres de Westerbork, Journal 1941-1943, Etty Hillesum, 1995, Seuil, coll. Points.

 

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

PREMIÈRE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.

 

SÉQUENCE
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.

L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.

 « Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ? »

 « J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.

Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée. »

Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.

Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !
Amen.

 

ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)

Alléluia. Alléluia. Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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10 avril 2017

Pâques : les 4 nuits

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Pâques : les 4 nuits


Homélie pour la nuit de Pâques / Année A

15/04/2017

Cf. également :

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Les Inukshuks de Pâques
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Incroyable !
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Les sans-dents, pierre angulaire

·         Pâques : les 4 nuits dans Communauté spirituelle 220px-Kennicott_Bible_fol_21rQuelle est donc cette nuit qui rassemble l’Église et la fait tressaillir de joie ?
Pourquoi cette nuit est-elle la plus grande et la plus forte, avant même celle de Noël pourtant si belle ?
Quelle est donc cette obscurité que la flamme de nos cierges au cierge pascal allumés a fait reculer puis disparaître ?
Cette nuit condense et cristallise les nuits les plus importantes, les 4 nuits dont le peuple juif fait mémoire en fêtant Pâque. Et Jésus n’a pas pu ne pas penser à cette tradition de son peuple, alors qu’il s’enfonçait dans la nuit de sa Passion. Le Targum des 4 nuits dit en effet : « Quatre nuits sont inscrites dans la mémoire ».

 

Nuit de la vie semée

« La première nuit, ce fut quand YHWH se révéla sur le monde pour le créer. Le monde était informe et vide et la ténèbre s’étendait à la face de l’abîme, et la parole de YHWH était Lumière et brillait. Et il l’appela la première Nuit. » 

La terre était informe etvide ; les ténèbresétaient au-dessus del’abîme, et l’Esprit de Dieuplanait au-dessusdes eaux.

Nous l’avons entendu à la première lecture, la nuit de la Genèse du monde trouve dans la nuit de Pâques son accomplissement ; dans la résurrection du Christ, une nouvelle Création est à l’œuvre : le 8ème jour est aujourd’hui. Un monde nouveau émerge du tombeau vide, dans le souffle de l’Esprit. Fêter Pâques, c’est donc d’abord renouveler notre amour de la Création, notre respect de toute vie reçue, la plus humble, la plus insignifiante apparemment. Une certaine écologie spirituelle s’enracine dans cette re-création du monde. Créer et recréer la vie, à la lumière de Pâques.
Les parents savent bien ce que créer la vie signifie : ils n’ont jamais fini d’apprendre ce que re-créer veut dire, à la lumière de Pâques…
Dieu ce soir nous associe à la nouvelle Genèse du monde. Saurons-nous être les gérants de sa Création ?

Nuit de la vie semée…

 

Nuit de la vie offerte

La deuxième nuit qui est présentée ce soir, c’est la nuit de la vie offerte.

« La deuxième nuit, ce fut quand YHWH apparut à Abraham âgé de cent ans et à Sarah âgée de quatre-vingt-dix ans. Isaac avait trente-sept ans quand il fut offert sur l’autel. Les cieux s’abaissèrent et descendirent et Isaac vit leur totalité. Et il l’appela la seconde Nuit. »  

sacrifice d'Isaac Gros Plan.jpg

Dieu arrêta le couteau et interdit à Abraham ce sacrifice sanglant et barbare. Mais Abraham a accepté de perdre ce qu’il avait de plus précieux : son fils, son unique, le fils de la Promesse. Les parents là encore savent bien ce que perdre un enfant veut dire, lorsqu’il s’éloigne pour devenir adulte. Et perdre physiquement un enfant est sans doute la pire des douleurs qu’un père ou une mère puisse éprouver… Ce soir Dieu révèle qu’il est Père, bien plus encore qu’Abraham, en offrant Jésus, son Fils unique, le Fils de la Promesse, et en offrant la vie aux meurtriers de Jésus. Fêter Pâques, c’est donc choisir de vivre et de faire vivre, d’accepter la vie offerte gratuitement au lieu de cultiver les forces de mort et les rites barbares qui nous habitent.
Le désespoir engendre parfois une forme de complicité morbide où nous refusons de vivre : à cause d’une dépression qui s’installe sournoisement, à cause de la recherche d’emploi qui n’aboutit pas, à cause du combat contre la maladie, la solitude, la vieillesse… Choisissons de vivre. Cassons les liens avec les instincts de mort en nous, car ce soir la vie nous est offerte.

Nuit de la vie offerte, dépossédée.  

 

Nuit de la libération

La troisième nuit est celle de la libération, la nuit de l’Exode (cf. lecture de la veillée pascale).

« La troisième nuit, ce fut quand YHWH apparut aux Égyptiens au milieu de la nuit : sa main tuait les premiers-nés des Égyptiens et sa droite protégeait les premiers-nés d’Israël, pour que s’accomplisse ce que dit l’Écriture : « Israël est mon premier-né. » Et il l’appela la troisième Nuit. »

Moïse et l'exode

Dans l’obscurité, les Hébreux ont rassemblé leurs affaires en hâte pour fuir l’esclavage. Et à chaque Pâque juive qui commémore cette première Pâque libératrice de l’Exode, le père de famille dit aux convives :

« Que chacun de nous ce soir se reconnaisse comme personnellement sorti d’Égypte » (Haggadah de Pessah).

La Pâque du Christ devient aussi notre libération, personnelle et collective.

Chacun sent bien dans le fond de son cœur de quel esclavage il a besoin d’être délivré : l’argent, le plaisir, l’indifférence, l’égoïsme, la domination… Demandons ce soir au Christ qu’il nous libère par sa Pâque. Invoquons le aussi pour notre Église : qu’elle soit délivrée de la peur de l’évangélisation, du repli frileux sur nos petits noyaux communautaires, de la tiédeur à laquelle on s’habitue, de la perte du dynamisme évangélique…Invoquons encore cette libération pour notre société : le souffle de Pâque peut la transformer, si nous nous y engageons, en brisant les cercles de solitude et d’injustice, les nouveaux esclavages qui paralysent nos contemporains…

 

Nuit de la vie nouvelle

Nuit de la vie semée, nuit de la vie offerte, nuit de la vie libérée, cette nuit pascale accomplit la quatrième nuit annoncée par la tradition juive :

« La quatrième nuit, ce sera quand le monde arrivera à sa fin pour être dissous. Les jougs de fer seront brisés et les générations perverses, anéanties. Moïse montera du milieu du désert et le roi Messie sortir d’en haut. L’un s’avancera à la tête du troupeau et l’autre s’avancera à la tête du troupeau, et la Parole de YHWH s’avancera entre eux deux et ils marcheront ensemble. »

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C’est la nuit de Pâque, la nuit de la vie nouvelle. C’est la nuit eschatologique, la nuit où l’avenir de Dieu fait déjà irruption dans notre présent pour le transformer, l’illuminer, et l’ouvrir à tous les possibles. Puisque Christ est ressuscité, comment ne pas croire à la force des renouveaux ?

 

·         Nuit de la vie semée, nuit de la vie offerte, nuit de la vie libérée, nuit de la vie nouvelle : cette nuit pascale condense et cristallise toutes nos nuits humaines.

         Ces heures de veille et d’émerveillement devant un ciel étoilé, un feu de camp, le guet de l’aube en silence, au sommet d’une montagne, ou dans le chuintement des vagues d’un bateau naviguant de nuit…

         Ces heures de douleurs et de souffrances nocturnes : et comment oublier ce soir tous ceux qui, à l’hôpital ou chez eux, se tournent et se retournent dans leur lit sans pouvoir trouver la position ou la pensée qui calmerait leur souffrance ?

         Ces heures de solitude et de détresse dans le noir aussi : quand le souci, l’angoisse, le chagrin, la détresse nous empêche de fermer l’œil.

         Il faudrait encore évoquer la nuit de l’étourdissement, des plaisirs faciles et sans lendemain, la nuit célébration de l’intimité et de la tendresse ; la nuit des moines et des moniales, qui en veillant portent ce monde dans la prière… 

·         Oui la nuit pascale rejoint toutes nos nuits humaines, les plus horribles comme les plus belles. Elle les condense et les cristallise, les récapitule pour les faire passer avec le Christ des ténèbres à la lumière, pour les ouvrir à une aurore, à une espérance invincible.

Si Dieu le Père n’a pas abandonné le Fils dans cette nuit-là, c’est donc que son Esprit nous fera traverser nous aussi nos obscurités les plus terribles.

Que l’énergie de Pâques nous ressuscite à notre tour, dès maintenant !

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES

PREMIÈRE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.

SÉQUENCE
À la Victime pascale,

chrétiens, offrez le sacrifice de louange.

L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.

 « Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ? »

 « J’ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j’ai vu la gloire du Ressuscité.

J’ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.

Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée. »

Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.

Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !
Amen.

ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia. Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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27 avril 2016

Le Paraclet, l’Église, Mohammed et nous

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le Paraclet, l’Église, Mohammed et nous

 

Homélie du 6° Dimanche de Pâques / Année C
01/05/2016

Cf. également :

L’Esprit et la mémoire

La gestion des conflits

 

L’Esprit, mon avocat

Afficher l'image d'origineAvez-vous déjà eu recours à un avocat ? Que ce soit pour un divorce, un litige professionnel, une affaire judiciaire ou autre, avoir un avocat à ses côtés change bien des choses. Car le Code civil (comme le Code du travail !) est si complexe que seul un professionnel peut en débrouiller les lignes pour y repérer vos droits. Car la machine accusatrice est si violente que y répondre seul équivaut à se jeter dans la gueule du loup. Car sans avocat pas de contestation possible, ni de défense réellement construite. Évidemment, cette aide coûte cher, très cher. Et les avocats commis d’office ne garantissent pas la même qualité de travail.

Notre évangile de ce dimanche nous promet un avocat gratuit, et le meilleur ténor du barreau ! Jésus sait que les chrétiens vont être en procès dans le monde, pour longtemps. Lui-même va expérimenter devant Caïphe puis Pilate qu’un accusé seul est déjà condamné. Alors il rassure ses disciples à l’avance : oui, vous serez mis en accusation, mais près de vous se tiendra le Paraclet, l’Esprit saint, votre avocat devant les hommes.

Le terme de Paraclet n’est employé que quatre fois dans toute la Bible (Jn 14, 16.26. ; 15,26 ; 16,7), et uniquement par Jean. Sans doute parce que c’est le plus tardif des évangiles (écrit vers 90), au moment où les persécutions éclatent partout et où les juifs comme les païens risquent leur vie à demander le baptême.

L’étymologie explique pourquoi le Paraclet est souvent traduit par avocat : para-kletos (en grec) = être appelé aux côtés de quelqu’un = ad-vocatus = avocat (en latin).

L’Esprit que promet Jésus est donc celui qui se tient à nos côtés pour nous défendre lorsque que le monde nous prend en haine. C’est vraiment le soutien dont nous avons besoin pour ne pas perdre coeur devant les accusations antichrétiennes.

Jésus avait précisé ce rôle de conseiller que joue l’Esprit :

« On portera la main sur vous, on vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous traduira devant des rois et des gouverneurs à cause de mon Nom, et cela aboutira pour vous au témoignage. Mettez-vous donc bien dans l’esprit que vous n’avez pas à préparer d’avance votre défense : car moi je vous donnerai un langage et une sagesse, à quoi nul de vos adversaires ne pourra résister ni contredire » (Lc 21, 12-15)

Nombre de martyrs chrétiens témoignent de cette sagesse inspirée lorsqu’ils répondent tranquillement à leurs bourreaux. Leurs interrogatoires sont remplis de ces défenses provenant directement de l’Esprit.

Ainsi Jeanne d’Arc devant ses juges :

   «- êtes-vous en état de grâce
- si j’y suis, Dieu m’y garde ; si je n’y suis pas, Dieu m’y mette.»

Ainsi Kisito et Charles Lwanga devant leurs tortionnaires ougandais : « Tu me brûles, dit Charles, mais c’est comme si tu versais de l’eau pour me laver ! »

Ainsi Blandine et les martyrs de Lyon : « Après les fouets, les bêtes, le gril, elle fut mise dans un filet et livrée à un taureau. Plusieurs fois projetée en l’air par l’animal, elle n’avait plus le sentiment de ce qui se passait tant elle était prise par son espérance et son entretien avec le Christ… Les corps des martyrs furent exposés aux injures de l’air pendant plusieurs jours. Ensuite on les brûla. Les cendres furent balayées jusqu’au Rhône. »

Afficher l'image d'origine

Ainsi le vieillard Ignace d’Antioche : « Laissez-moi devenir la pâture des bêtes : c’est par elles qu’il me sera donné d’arriver à Dieu. Je suis le froment de Dieu et je suis moulu par, la dent des bêtes pour devenir le pain immaculé du Christ. »

 

Si nous croyons que réellement l’Esprit saint est à nos côtés pour défendre la foi au Christ, alors nous ferons l’expérience de cette source d’inspiration qui viendra naturellement mettre sur nos lèvres les paroles et les arguments qui conviennent.

 

Le Paraclet et l’Église

Le mot Église vient lui aussi du verbe grec kaleo = appeler au-dehors. Les membres de l’Église (ekkletoï) sont donc ceux qui sont appelés à sortir d’eux-mêmes, pour se laisser rassembler au-dehors.

Paraclet (para-kletos) et Église (ek-klèsia) sont très proches en grec. L’un est à nos côtés et l’autre nous rassemble en nous appelant hors de nous-mêmes. Dans le credo, nous proclamons notre confiance dans l’Église (credo Ecclesiam) est la conséquence de notre foi en l’Esprit saint (credo in Spiritum sanctum). C’est bien parce que l’Esprit mène l’Église que nous pouvons compter sur elle. Son rôle devrait être de permettre à chacun de faire l’expérience de l’Esprit saint : être soutenu, défendu, consolé par Dieu lui-même.

pentecote-vitrail- Taizé

Concrètement, c’est à travers la prière fraternelle, la solidarité paroissiale, l’accueil gratuit et chaleureux que nos communautés d’Église doivent faciliter et manifester le travail de l’Esprit saint en chacun. Sans Paraclet, pas d’Église. Et si l’Église n’est pas ouverte à l’action de l’Esprit saint en elle, alors mieux vaut ne pas avoir d’Église…

 

Le Paraclet et Mohamed

Curieusement, bon nombre de musulmans s’appuient sur une fausse traduction de notre évangile de Jean 14 pour faire annoncer à Jésus la venue du prophète Mohammed.

En effet, il est écrit dans la Sourate du Rang (Al Saff) 61.6, de l’an 3 de l’Hégire :

 » Et quand Jésus fils de Marie dit : O Enfants d’Israël, je suis vraiment un messager de Dieu à vous… annonciateur d’un messager à venir après moi dont le nom sera AHMAD.
Puis celui-ci vient à eux avec des preuves, ils disent : C’est de la magie manifeste ! « 

En arabe, les noms aHMaD (plus loué) et muHaMmaD (très loué) ont le même radical et des sens voisins. Voilà la raison pour laquelle les musulmans affirment que ce texte est une prophétie à peine voilée, faite par Jésus et s’accomplissant en Muhammad.

À l’évidence, il n’existe pas dans les évangiles une telle prophétie. Il a donc fallu poursuivre des investigations plus poussées au cours des années. Quelques musulmans ont alors essayé de changer les voyelles du mot Parakletos ( a-a-e-o) avec celles du mot periklytos (e-i-y-o). Or Ahmad ou Muhammad = « le Loué », sont des traductions du mot grec periklytos. Parakletos serait donc une lecture corrompue de periklytos, si bien que les paroles originales de Jésus en Jn 14 étaient une annonce prophétique de la venue de Muhammad, que les chrétiens auraient dissimulé en trafiquant l’écriture grecque…

Mais il faut savoir qu’en grec, et contrairement à l’arabe, toutes les voyelles s’écrivent dans le texte. Par conséquent, pour changer parakletos en periklytos, il faut altérer trois lettres écrites. De plus il n’existe aucune preuve textuelle d’une telle lecture. Aucune copie de l’évangile de Jean, depuis la plus ancienne qui remonte à l’an 200 environ, jusqu’aux plus récentes, ne possède le mot periklytos la place du mot parakletos. Le mot periklytos ne repose donc sur aucune justification textuelle ou linguistique.

Et voilà comment un tour de passe-passe permet de faire croire que Mohamed est en fait le véritable Paraclet promis par Jésus dans l’Évangile ! Évidemment, ce genre d’altération est très difficile à suivre, et pas seulement s’il faut changer trois voyelles qui en grec sont pourtant bien présentes dans tous les manuscrits (à la différence de la langue ancienne du Coran qui elle ne comporte pas de voyelles).

Jésus et Mohammed

Oeuvre tirée d’un ouvrage persan du XIVe siècle expliquant la vie des prophètes (« qisas al-anbiya »).
 La vision du prophète Isaïe :
Jésus (que l’islam considère comme un prophète) 
et Mahomet chevauchant côte à côte.
Manuscrit iranien du IXe siècle de l’Hégire (XVIe siècle)

Le débat est-il anecdotique ?

Pas tant que cela, car le Jésus du Coran n’a pas grand-chose à voir avec celui du Nouveau Testament. Il ne serait pour la tradition musulmane qu’un prophète de l’islam, dont les chrétiens auraient falsifié la vie et le message après coup.

Après les persécutions romaines ou les accusations des maîtres du soupçon (Marx, Nietzsche, Freud), les procès intentés aux chrétiens le sont aujourd’hui par les musulmans. Et pas seulement avec des kalachnikovs hélas. Avec également des arguments idéologiques dont les chrétiens peuvent et doivent démontrer l’inexactitude historique, scientifique, et l’incompatibilité profonde avec la foi au Christ. Là encore, ils peuvent s’appuyer sur l’Esprit saint pour assurer leur défense paisiblement, sans violence ni haine, devant leurs accusateurs.

 

Le Paraclet n’a donc pas fini de nous être précieux, aujourd’hui comme hier !

Si le Christ  nous l’a promis, si la Pentecôte l’a répandu en plénitude sur l’Église, alors n’ayons pas peur de faire appel a lui pour être notre avocat lorsque notre foi est mise en accusation d’une manière ou d’une autre.

 

 

1ère lecture : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci qui s’imposent » (Ac 15, 1-2.22-29)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

 En ces jours-là, des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Cela provoqua un affrontement ainsi qu’une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question. Les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l’Église de choisir parmi eux des hommes qu’ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C’étaient des hommes qui avaient de l’autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas. Voici ce qu’ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut ! Attendu que certains des nôtres, comme nous l’avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi, nous avons pris la décision, à l’unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit : L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »

Psaume : Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8

R/ Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! ou : Alléluia. (Ps 66, 4)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : « Il me montra la Ville sainte qui descendait du ciel » (Ap 21, 10-14.22-23)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ange. En esprit, il m’emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d’une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin. Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d’Israël. Il y avait trois portes à l’orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l’occident. La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l’Agneau. Dans la ville, je n’ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c’est le Seigneur Dieu, Souverain de l’univers, et l’Agneau. La ville n’a pas besoin du soleil ni de la lune pour l’éclairer, car la gloire de Dieu l’illumine : son luminaire, c’est l’Agneau.

Evangile : « L’Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14, 23-29)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n’est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m’en vais, et je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent ; ainsi, lorsqu’elles arriveront, vous croirez. »
Patrick BRAUD

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13 avril 2016

Secouez la poussière de vos pieds

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Secouez la poussière de vos pieds

Homélie du 4° dimanche de Pâques / Année C
17/04/2016

Cf. également :

L’agneau mystique de Van Eyck

« Passons aux barbares »…

 

Plusieurs fois dans une vie vous aurez à vous poser la question : dois-je persévérer ou m’en aller ? Est-il meilleur pour moi de rester un peu plus ou de tout quitter dès maintenant ?

Vous vous interrogez peut-être ainsi sur votre travail actuel. Si vous vous levez le matin sans envie ni enthousiasme aucun, si le contenu de votre mission professionnelle semble répétitif et ennuyeux, si les collègues ne parviennent plus à réveiller votre intérêt et le salaire non plus… Faut-il chercher un autre poste ? Est-il temps de partir ailleurs ? Ou est-ce le signe qu’une renégociation du poste et de ses conditions d’exercice est devenue nécessaire ?

Le couple connaît de pareilles hésitations. Devant les malentendus à répétition, l’usure du temps, les déceptions accumulées, faut-il rester ou partir ?

Il est souvent dangereux de répondre trop rapidement à ces interrogations de fond qui engagent toute une existence. Il serait tout aussi malsain de fuir la question, de l’enfouir en espérant qu’elle passe avec le temps, sans rien faire.

La première lecture du temps pascal nous fait parcourir les Actes des Apôtres pendant six dimanches. Et aujourd’hui particulièrement Paul et Barnabé sont confrontés à ce dilemme à Antioche de Pisidie. Visiblement une grande partie de la ville s’intéresse à leur prédication, puisque la synagogue est noire de monde le vendredi soir pour les entendre. Mais les notables juifs résistent. Et le texte rajoute même, avec saveur, qu’ils réussissent à se rallier l’opinion des femmes ‘qui comptent’ en ville. Devant une telle opposition faut-il s’arc-bouter, persister ? Ou bien abandonner en remettant à plus tard ?

Paul et Barnabé se souviennent alors du conseil que Jésus avait donné aux Douze et aux 72 lorsqu’il les avait envoyés en mission :

« Quant à ceux qui ne vous accueilleront pas, sortez de cette ville et secouez la poussière de vos pieds, en témoignage contre eux » (Lc 9,5).

C’est littéralement ce qu’ils font, et du coup cela les libère pour que la Parole continue sa course avec eux, ailleurs.

Jésus n’a pas dit : « Arrêtez-vous là, lamentez-vous et plaignez-vous en vous disant que vous êtes bien seul au monde ». Il a dit : « Secouez la poussière de vos sandales », c’est-à-dire : « arrêtez de ruminer quotidiennement cet échec, laissez tomber et avancez vers votre but ! Tournez-vous vers d’autres horizons ».

Quel est le sens de ce geste ? Que veut dire secouer la poussière de ses pieds encore aujourd’hui (au travail, dans son couple, dans une communauté etc.) ?

 

La poussière

Le geste est assez théâtral, puisqu’il faut se déchausser, taper les deux sandales l’une contre l’autre pour qu‘aucune poussière n’y adhère plus, tout en prononçant les paroles de séparation.

Afficher l'image d'origineD’habitude dans la Bible la poussière évoque plutôt la Création, avec Adam. « Tout s’en va vers un même lieu : tout vient de la poussière, tout s’en retourne à la poussière » (Qo 3,20) « L’homme s’en va vers sa maison d’éternité et les pleureurs tournent déjà dans la rue. Avant que lâche le fil d’argent, que la coupe d’or se brise, que la jarre se casse à la fontaine, que la poulie se rompe au puits et que la poussière retourne à la terre comme elle en est venue, et le souffle à Dieu qui l’a donné » (Qo 14,7). La poussière est le rappel de notre finitude, le symbole d’une existence courte et fragile. Secouer la poussière de ses pieds, c’est rappeler à l’autre qu’il n’est lui-même que poussière, et que son opposition est aussi stérile, aussi éphémère qu’un nuage de poussière dans l’air. S’il réfléchissait à sa condition de mortel, il ne s’entêterait pas dans son refus d’accueillir la Parole.

 

D’ailleurs l’autre usage biblique de la poussière est pénitentiel.

Parce que David réalise que c’est lui le pécheur qui a tué son rival, prit sa femme avec qui il avait commis l’adultère, il prend un sac de cendres et se le répand sur la tête en signe de contrition. Tous les pénitents de l’Ancien Testament se déchiraient les vêtements et se couvraient la tête de poussière, reconnaissant ainsi leur néant. On peut penser que, les sandales claquant, un tel nuage de poussière tombe sur la tête des opposants, les invitant à changer de comportement : « Aussi je me rétracte et m’afflige sur la poussière et sur la cendre » (Job 42,6).

 

Secouer la poussière de ses pieds

Le geste évoqué en Actes 13 a en fait été inventé par le Christ : on n’en trouve pas la trace telle quelle dans l’Ancien Testament. Le seul passage qui ressemble un peu est dans Isaïe 52,22 : « secoue ta poussière, lève-toi Jérusalem captive ! » Secouer sa poussière est alors le signe d’une rébellion salutaire, d’une révolte face à l’esclavage pour retrouver la liberté. C’est le refus de ce monde tel qu’il est, injuste, pour l’appeler à se transformer en se transformant vers une autre justice.

Afficher l'image d'origine 

Un contexte d’urgence

Quand Jésus donne ce conseil à ses disciples, c’est dans le contexte de l’envoi en mission : parcourir les villes et villages Israël, sans traîner, pour annoncer la Bonne Nouvelle au maximum de monde et revenir ensuite raconter ce qui s’est passé.

Il y a comme une urgence apostolique qui oblige.

Autre est Charles de Foucauld qui choisit de s’enfoncer à l’Assekrem au milieu de l’umma musulmane, sachant qu’il ne pourra jamais baptiser ni prêcher explicitement l’Évangile, autre est le cardinal Lavigerie, fondateur des Pères Blancs. Parce qu’il constate que l’Algérie musulmane résiste et se rend imperméable à la liberté religieuse, il choisit d’aller plus loin, vers l’Afrique Noire, où tant d’ethnies sont en attente de l’Évangile dont elles avaient comme une première annonce dans leurs  traditions orales.

Avez-vous plutôt une vocation de petit frère de Jésus ou de Père Blanc lorsque vous vous posez la question de rester ou de partir ? Les deux sont légitimes…

Le contemplatif sait qu’il faut des années avant de porter des fruits, et qu’un jour viendra… L’apôtre est pressé par l’urgence de la soif qu’expriment d’autres peuples, d’autres cultures, d’autres lieux.

 

Une séparation qui libère

On juge l’arbre à ses fruits. Notre texte d’Actes 13 dit que « les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint » suite à la décision de Paul et Barnabé.

Afficher l'image d'origineSi votre acte de rupture est authentique, il vous procurera cette paix et cette joie, constatant après-coup tout ce que ce départ a pu créer de nouveau. La Parole de Dieu ne s’est pas arrêtée à Antioche, elle est allée avec Paul jusqu’à Rome, préfigurant le grand passage de l’Orient à l’Occident qui allait se réaliser ensuite.

 

Il y a des situations qui deviennent épuisantes lorsqu’elles durent trop. Un travail vide de sens, un couple qui n’est plus basé sur grand-chose, une Église ou une communauté qui se replie au lieu de respirer au large… Secouer la poussière de ses pieds est alors profondément libérateur (même si cela ne se fait pas sans douleur). Car la vie est courte. L’urgence est toujours là de ne pas gaspiller les quelques bribes de temps qui nous sont imparties.

Les ordres mendiants avaient bien compris que la liberté naît du détachement, et donc de cette itinérance franciscaine où l’on vit intensément chaque rencontre sans chercher à s’établir. Les bénédictins font voeu de stabilité et donc de rester toute leur vie dans le même monastère. Les ordres prêcheurs eux sont sans cesse envoyés ailleurs, car sinon la Parole s’enlise, car sinon d’autres ont soif alors que certains sont repus. Ne pas s’alourdir en cours de route demande de secouer la poussière de ses sandales régulièrement…

 

Prendre acte du refus de l’autre

Secouer la poussière de ses pieds, c’est également laisser à l’autre la responsabilité de sa liberté. Il est libre de refuser l’Évangile. « Celui qui est rassasié foule aux pieds le rayon de miel, mais celui qui a faim trouve doux tout ce qui est amer » (Proverbes 27,7).

Lui redonner la poussière qui provient de chez lui exprime la volonté de ne pas être complice de son idolâtrie, de ne pas adhérer à ses faux dieux : « je ne veux rien emporter des modes de vie que tu tiens pourtant à conserver ». Le geste est dur, car il semble figer pour longtemps un conflit entre celui qui reçoit la poussière et celui qui enlève ses sandales. C’est le constat réaliste d’un conflit insurmontable qui pour le moment ne peut pas être résolu. Comme l’urgence presse, l’apôtre s’en va ailleurs. Mais il ne s’interdit pas de revenir, lorsque les temps auront changé et l’état d’esprit de son opposant avec. D’ailleurs, souvenons-nous qu’Antioche est devenu l’un des cinq patriarcats des premiers siècles (avec Jérusalem, Constantinople, Alexandrie et Rome). C’est donc que l’annonce de Paul et Barnabé a fini par faire jaillir une Église là où il n’y avait au départ qu’une forte hostilité. Le départ de Paul et Barnabé aura peut-être paradoxalement permis cette floraison tardive.

 

Alors : rester ou partir ?

Accepter l’adversité patiemment en résistant (avec résilience, dirait-on aujourd’hui) ou partir en secouant le poussière de ses pieds ?

Il s’agit là d’un vrai discernement spirituel, qui demande du temps, de la prière, de l’accompagnement.

Changer de travail, déménager, quitter son conjoint, répondre à d’autres appels… : ces décisions sont lourdes de sens.

Penser à la poussière et aux sandales nous aidera peut-être à prendre courageusement les décisions nécessaires !

 

1ère lecture : « Nous nous tournons vers les nations païennes » (Ac 13, 14.43-52)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Paul et Barnabé poursuivirent leur voyage au-delà de Pergé et arrivèrent à Antioche de Pisidie. Le jour du sabbat, ils entrèrent à la synagogue et prirent place. Une fois l’assemblée dispersée, beaucoup de Juifs et de convertis qui adorent le Dieu unique les suivirent. Paul et Barnabé, parlant avec eux, les encourageaient à rester attachés à la grâce de Dieu. Le sabbat suivant, presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole du Seigneur. Quand les Juifs virent les foules, ils s’enflammèrent de jalousie ; ils contredisaient les paroles de Paul et l’injuriaient. Paul et Barnabé leur déclarèrent avec assurance : « C’est à vous d’abord qu’il était nécessaire d’adresser la parole de Dieu. Puisque vous la rejetez et que vous-mêmes ne vous jugez pas dignes de la vie éternelle, eh bien ! nous nous tournons vers les nations païennes. C’est le commandement que le Seigneur nous a donné : J’ai fait de toi la lumière des nations pour que, grâce à toi, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. » En entendant cela, les païens étaient dans la joie et rendaient gloire à la parole du Seigneur ; tous ceux qui étaient destinés à la vie éternelle devinrent croyants. Ainsi la parole du Seigneur se répandait dans toute la région. Mais les Juifs provoquèrent l’agitation parmi les femmes de qualité adorant Dieu, et parmi les notables de la cité ; ils se mirent à poursuivre Paul et Barnabé, et les expulsèrent de leur territoire. Ceux-ci secouèrent contre eux la poussière de leurs pieds et se rendirent à Iconium, tandis que les disciples étaient remplis de joie et d’Esprit Saint.

Psaume : Ps 99 (100), 1-2, 3, 5

R/ Nous sommes son peuple, son troupeau.
ou : Alléluia. (cf. Ps 99, 3c)

Acclamez le Seigneur, terre entière,
servez le Seigneur dans l’allégresse,
venez à lui avec des chants de joie !

Reconnaissez que le Seigneur est Dieu :
il nous a faits, et nous sommes à lui,
nous, son peuple, son troupeau.

Oui, le Seigneur est bon,
éternel est son amour,
sa fidélité demeure d’âge en âge.

2ème lecture : « L’Agneau sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie » (Ap 7, 9.14b-17)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. L’un des Anciens me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux. »

Evangile : « À mes brebis, je donne la vie éternelle » (Jn 10, 27-30)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Je suis, le bon Pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.
Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent.
Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.
Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut les arracher de la main du Père.
Le Père et moi, nous sommes UN. »
Patrick BRAUD

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