L'homélie du dimanche (prochain)

4 avril 2026

Pâque, une fête azyme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 30 min

Pâque, une fête azyme

 

Homélie pour le Dimanche de Pâques / Année A 

05/04/26 


Cf. également :
Le kintsugi pascal

La danse pascale du labyrinthe
Conjuguer Pâques au passif
Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours
Pâques : les 4 nuits
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Trois raisons de fêter Pâques
Le courage pascal
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?
La Madeleine de Pâques
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Incroyable !

 

À la recherche du Hametz !

Nous sommes habitués à célébrer Pâque comme la source de notre libération de toute mort, dans la droite ligne de Pessah, la fête juive qui commémore la sortie d’Égypte et de l’esclavage. Nos hosties plates et blanches sont le rappel de cette dimension historique incontournable : YHWH a libéré les Hébreux du jour au lendemain, si bien que dans leur fuite en toute hâte les anciens esclaves n’eurent pas le temps de faire lever la pâte avant de cuire le pain. Le pain azyme (sans levain) ou matsa est devenue depuis le symbole du repas pascal. Jésus se désigne lui-même comme le pain de vie, le pain rompu pour un monde nouveau ; et ce pain est azyme, c’est-à-dire don gratuit, immérité et si soudain qu’il nous prend au dépourvu.

 

Bedikat HametsMais voilà qu’avec une des deux lectures au choix de ce dimanche de Pâques, Paul nous oriente vers une deuxième interprétation tout aussi existentielle pour nous aujourd’hui : « ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ. Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité » (1Co 5,6-8).


Impossible de trouver plus juif que Paul, pharisien d’excellence, élève de Gamaliel – l’ENA juive de l’époque ! –. Il se souvient qu’enfant il a accompagné son père pour débusquer, à la lueur d’une bougie, les miettes de pain levé restant dans la maison familiale, la veille de Pessah. Ce n’était pas un simple ménage de printemps, comme la coutume populaire l’a sécularisé ensuite. C’était la traque du Hametz, ce levain qui est en réalité une moisissure, des champignons microscopiques qui fermentent et font lever la pâte. 

Ce levain est le symbole de ce qui dans nos vies pourrit sur place, ce qui gonfle. Le rite de la recherche du levain corrompu (Hag HaMatzot) est une condition pour fêter Pessah. 

 

Quel est donc le vieux levain qui nous habite encore ? Qu’est-ce qui nous fait gonfler d’orgueil ? Qu’est-ce qui nous rend bouffis de certitudes ? Qu’est-ce qui fait fermenter en nous l’amertume, la jalousie, les vieilles rancunes ? Qu’est-ce qui, comme le levain, prend beaucoup de place dans nos vies alors que ce n’est finalement que du vent ? Et pire encore : de quelle corruption sommes-nous encore les esclaves ? Les procès politiques en tous genres et de tous bords étalent dans les médias la corruption qui gangrène l’exercice du pouvoir : des puissants se compromettent avec des islamistes, des industriels acceptent des pots-de-vin, des intellectuels ferment les yeux pour obtenir médailles et nominations, des artistes se laissent instrumentaliser par des intérêts inavouables etc. Il n’y a pas que la drogue ou l’argent pour corrompre la société ! Chacun de nous a en lui quelques miettes – sinon plus ! – de ce levain qui le corrompt aussi sûrement que la corrosion de la rouille dévore l’acier le plus brillant.

 

Ne croyez pas que seuls les puissants seront corrompus ! D’ailleurs, dans la tradition juive de Hag HaMatzot, on dépose parfois volontairement 10 petits morceaux de pain (10 comme le décalogue, 10 comme un miniane) dans la maison pour être sûr que la recherche ne soit pas vaine. Spirituellement, cela nous rappelle que personne n’est totalement exempt de corruption à extirper de son cœur…

 

Pâque, une fête azyme dans Communauté spirituelle bedikat-chametzAutre détail symbolique : on utilise habituellement une plume et une cuillère en bois pour ramasser les morceaux sans les toucher (car ils sont impurs). La plume et sa douceur renvoie à la miséricorde divine. Elle symbolise ainsi la pédagogie de YHWH qui utilise des médiations pour recueillir notre misère avec une infinie délicatesse, sans nous briser brutalement. La cuillère renvoie à l’art de se nourrir : ce qui servait autrefois à se nourrir (le vieux pain, les esclavages anciens) est désormais mis de côté pour fêter Pâques. La cuillère est en outre un réceptacle intermédiaire : elle permet d’extraire le mal sans se souiller soi-même, sans le toucher. Et elle est en bois : elle ne conduit pas la chaleur (contrairement au métal). Elle est l’image de la protection que YHWH accorde à son peuple pour qu’il ne soit pas contaminé par la corruption qu’il doit affronter.

 

À la fin du rituel de Hag HaMatzot, la plume, la cuillère et les miettes récoltées sont enveloppées dans un linge blanc, puis brûlées ensemble le lendemain matin. La cuillère devient le support du sacrifice. Elle accompagne le levain jusqu’à sa destruction totale. C’est l’image de la mort à soi-même. Comme la cuillère qui disparaît dans les flammes avec le levain qu’elle a porté, nous sommes appelés à laisser brûler tout ce qui, en nous, servait l’orgueil, pour renaître « azymes ».

 

 azyme dans Communauté spirituelleLa relecture chrétienne opérée par Paul est facile à suivre : pour fêter Pâques, nous devons traquer toute trace du vieux levain de la corruption dans nos vies. La lumière de la bougie qui nous permet de les repérer est l’éclairage de Parole de Dieu pour discerner ce qui « pourrit » en nous. La plume est la promesse de l’infinie douceur de la miséricorde de Dieu pour ôter ces impuretés. La cuillère en bois est l’annonce du bois de la croix qui nous sauve du péché en ne permettant pas qu’il nous contamine. C’est le bois du gibet sur lequel Jésus se sacrifie pour consumer nos iniquités. Le linge blanc où brûlent les miettes, la plume et la cuillère est le vêtement blanc des baptisés qui les enveloppe du feu de l’Esprit pour les faire mourir à leur ancienne vie, etc… 

 

« Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté » : quand Paul nous appelle à faire disparaître toute trace du levain corrompu en nous, il transpose en Christ les gestes et les paroles et les prières de son père traquant les miettes moisies disséminées dans la maison familiale.…

 

Dernier détail enfin : après la recherche, on prononce une formule juridique déclarant que tout levain possédé inconsciemment est « nul et non avenu, comme la poussière de la terre ». Comme il est physiquement impossible de nettoyer la maison à 100 %, cette déclaration permet de dédouaner la famille en affirmant qu’elle avait l’intention de tout nettoyer, même si elle n’a pas pu y arriver intégralement. C’est le signe que nul ne peut voir clairement ni totalement tout le mal qui l’habite. Seul YHWH sonde les reins et les cœurs. On lui fait alors confiance pour poursuivre la traque du Hametz en nous, et éliminer ce qui a échappé à notre vigilance, à notre discernement.

Il en reste une trace dans l’ancienne formule de l’acte d’accusation de la confession catholique : « Je  m’accuse encore de tous les péchés que j’ai pu oublier, et de tous ceux de ma vie passée. J’en demande pardon à Dieu, et à vous, mon Père, pénitence et absolution, si vous m’en jugez digne ». La signification demeure : nul ne peut être sûr d’avoir débusqué et éliminé toutes les miettes de corruption qui lui pourrissent  la vie. Faire confiance à la clairvoyance de Dieu sur nous est un bon moyen d’éviter les scrupules et l’obsession pathologique de l’impureté…

 

Devenir des femmes et des hommes azymes

Paul ne se contente pas de nous appeler à éliminer le vieux levain : il nous promet qu’après Pâque, nous serons « une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque », le pain azyme. Il se souvient sans doute que la fête des azymes commence pour les juifs le 15 du mois de Nizan et dure sept jours. C’est l’origine de notre octave pascale : nous fêtons les sept jours suivants Pâque comme si c’était encore Pâque ! Ainsi Pâque dure 8 jours, symbole de la nouvelle création inaugurée en Jésus ressuscité le huitième jour de la semaine !

 

matzo-bread-resized2__OH painUne fois enlevé le levain de la corruption, il reste la matsa, le pain azyme. Un pain humble, pauvre, sans artifice. Un pain qui ne triche pas. Voilà ce que Pâque fait de nous : des azymes ! 

Pendant toute la semaine de la fête des azymes, la consommation de levain est strictement interdite : c’est l’image de la vie nouvelle des baptisés de Pâque, dans la simplicité et la vérité. 

La semaine pascale est azyme, comme doit l’être la vie chrétienne tout entière. Nous pouvons désormais vivre toute notre vie comme une fête des azymes, sans levain de méchanceté ni d’orgueil, libres de toute compromission ou corruption. Pessah (la sortie d’Égypte) est l’événement de notre libération soudaine, imprévue, gracieuse ; Hag HaMatzot (la fête des pains azymes) est notre mode de vie qui en découle, dans la durée. Notre libération comporte ces deux dimensions : l’événement et la durée ; le ponctuel et le rituel ; la singularité et le maintien dans le temps. 

« Le chien retourne à son vomi » constatait hélas la sagesse biblique (Pr 26,11 ; 2P 2,22) avec amertume. Parmi les baptisés de Pâque, il ne doit pas en être ainsi.

Puissions-nous persévérer dans notre nouvelle nature pascale, sans retourner à nos vieux levains !

 

Persévérons dans la prière, afin de nourrir en nous le feu reçu en cette nuit pascale :

 

Seigneur Jésus, Toi, le pain de misère devenu Pain de vie, 

En ce matin de Pâques, 

Tu te tiens au seuil de notre demeure. 

Comme le père de famille scrutant les ténèbres, 

Viens parcourir avec nous les recoins de notre cœur.

 

Prends la bougie de Ta Parole, Seigneur, 

Et éclaire en nous ce qui est encore « vieux levain ». 

Débusque ces miettes d’orgueil qui nous font gonfler, 

Ces fermentations d’amertume qui corrompent notre joie, 

Et ces vieilles habitudes de servitude que nous avons du mal à quitter.

 

Présente la cuiller faite du bois de Ta Croix, Seigneur, 

Pour recueillir avec patience tout ce qui nous sépare de Toi. 

Jesus-pain-de-vie-825x510-1 PâqueQue ce bois humble, instrument de Ta Passion, 

Devienne le réceptacle de nos pauvretés. 

Apprends-nous à déposer dans Ta main, sans crainte et sans détour, 

Ce qui nous semble hier encore nécessaire, mais qui entrave aujourd’hui notre marche vers la Vie.

 

Utilise la plume de Ta Miséricorde, Seigneur, 

Pour ramasser avec douceur nos fautes et nos hypocrisies. 

Ne nous laisse pas nous habituer à ce qui nous alourdit, 

Mais donne-nous le courage de l’abandon.

 

Brûle au feu de Ton Esprit, Seigneur, 

Tout ce qui appartient encore à « l’Égypte » de nos péchés. 

Que ce feu ne soit pas un jugement, mais une libération, 

Afin que disparaisse en nous tout ce qui fait obstacle à la fête.

 

Fais de nous, Seigneur, une « pâte nouvelle ». 

Donne-nous de devenir des hommes et des femmes « azymes », 

Vivant dans la transparence de la Pureté et la droiture de la Vérité. 

Que notre vie soit simple comme le pain de l’exode, 

Humble comme Ton Pain de Vie, 

Et légère comme le matin de Ta Résurrection.

 

Car toi, le Christ, notre Pâque, tu as été immolé pour nous ! 

À Toi, la gloire, la louange et la sainteté, 

Aujourd’hui, et pour les siècles des siècles !

 

MESSE DU JOUR DE PÂQUES


PREMIERE LECTURE
« Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »


PSAUME
(Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23)
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)


Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !


Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.


La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.


DEUXIÈME LECTURE
« Recherchez les réalités d’en haut, là où est le Christ » (Col 3, 1-4)


Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens
Frères, si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les réalités d’en haut : c’est là qu’est le Christ, assis à la droite de Dieu. Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre. En effet, vous êtes passés par la mort, et votre vie reste cachée avec le Christ en Dieu. Quand paraîtra le Christ, votre vie, alors vous aussi, vous paraîtrez avec lui dans la gloire.


OU AU CHOIX


DEUXIÈME LECTURE
« Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.
Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.


SÉQUENCE
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ; le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié ! Amen. 


ÉVANGILE
« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Alléluia. Alléluia. Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

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11 mai 2025

Que peut-il sortir de bien de tout cela ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Que peut-il sortir de bien de tout cela ?

 

Homélie du 5° Dimanche de Pâques / Année C
18/05/25

 

Cf. également :
Ouvrir à tous la porte de la foi

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde
Dieu nous donne une ville
À partir de la fin !
Amoris laetitia : la joie de l’amour
Persévérer dans l’épreuve
Comme des manchots ?
Aimer ses ennemis : un anti-parcours spirituel
J’ai trois amours
Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?
Conjuguer le verbe aimer à l’impératif
Dieu est un trou noir
Briefer et débriefer à la manière du Christ

 

1. Quand la tête est passée…

Que peut-il sortir de bien de tout cela ? dans Communauté spirituelle vector-illustration-ou-de-dessin-anime-de-la-planete-terre-ou-monde-detruit-grande-explosion-nucleaire-ou-guerre-globale-ou-de-conflit-concept-d-apocalypse-w9y65fNotre monde redevient dangereux. Des soldats nord-coréens se battent en Europe sous les ordres des Russes. La guerre se rapproche de chez nous. L’Inde et le Pakistan, deux puissances nucléaires, sont au bord de la guerre. Bientôt la Chine va envahir Taiwan. Le Moyen Orient reste une poudrière au bord de l’explosion. Des revirements d’alliances incessants déstabilisent la vision du monde héritée de 1945. Tel un catcheur sur le ring (on sait qu’il s’y est essayé en 2007 lors d’un défi célèbre !), Donald Trump multiplie les feintes, les coups de théâtre, les retournements de situation qui rendent la géopolitique imprévisible et chaotique. Dans un match de catch américain, tout est truqué, sauf les gains de la Ligue sur le dos des parieurs… Dans le chaos mondial initié dès l’élection de Trump, tout est truqué également : la vérité, les alliances, les déclarations, les menaces…

Que peut-il sortir de bon de tout cela ?

Les plus optimistes espèrent un règlement du conflit à Gaza (même au prix d’une « Riviera » délirante), et une paix « négociée » en Ukraine (même au prix d’une capitulation devant Poutine et d’un racket de l’Oncle Sam). Les autres se résignent douloureusement à perdre les dividendes de la paix, et se pressent de se réarmer (même au prix d’une dette colossale).

Que va-t-il advenir de l’équilibre ancien ?

 

Ne croyons pas que notre époque soit unique. Des crises, il y en a eu tellement, et de toute nature ! Notre première lecture (Ac 14,21–27) nous montre les Églises de Lystres, Iconium et Antioche exposées à la persécution : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu » (Ac 14,22).

Notre évangile (Jn 13,31-35) montre Judas sortant du Cénacle, détonateur malgré lui d’une Passion épouvantable.

Mais notre seconde lecture prend le contre-pied de toute tendance pessimiste en osant proclamer : « Voici que je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21,1-5).

Vous avez bien entendu : c’est un présent !

Comme toutes les religions ou presque, Jean dans sa vision d’apocalypse commence par faire miroiter la promesse d’un avenir radieux. Il parle alors au futur : « Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur » (Ap 21,3-4) ». Mais juste après, il ose parler au présent : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Et il enfonce le clou : « C’est fait » (Ap 21,6).

Ah bon ?! C’est fait ?! Les larmes des familles des otages massacrés par le Hamas ont séché ? Les cauchemars des familles gazaouies en exil, décimées, se sont évanouis ? L’effroi des ukrainiens sous les missiles russes et leurs dizaines de milliers de morts a disparu ?…

Comment Jean peut-il être d’une si mauvaise foi ? Tu délires, mon bon apôtre…

 

Regardons le texte de près. Il y a bien un futur, donc la promesse n’est pas encore réalisée. Il y a également un présent : quelque chose est donc déjà-là en train de s’accomplir. Tenir ensemble ce déjà-là et le pas encore est la marque de l’eschatologie chrétienne. Tout n’est pas accompli, mais potentiellement c’est déjà fait !

 

Comment comprendre ce paradoxe ?

contraintes-naissance-3-400x200 Apocalypse dans Communauté spirituelleUne amie sage-femme m’a proposé cette belle analogie. Lors d’un accouchement difficile, l’enfant se met à bouger, à se retourner in utero en cherchant à sortir. S’il n’y arrive pas, il faudra ouvrir et la césarienne sera le seul recours. S’il y parvient, on verra d’abord la tête émerger à travers le col. Une fois celle-ci passée, le reste du corps sortira facilement, puisque le passage est ouvert. De même en est-il pour nous. Notre tête, le Christ, est passée à la vie nouvelle. Il est entré dans la nouveauté radicale de sa Pâque. Alors, le reste du corps suivra.

En Christ-Tête, la résurrection est déjà à l’œuvre. Dans son corps qui est l’Église (et le monde), la mort fait encore son œuvre de désolation. Mais le passage viendra.
Paul est peut-être un peu sage-femme quand il utilise lui aussi la métaphore de l’accouchement : « Nous le savons bien, la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Et elle n’est pas seule. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance… » (Rm 8,22-24).

 

61LqMncWfNL._AC_SL1500_ déjà-làPrenons une autre analogie, hélas davantage dans l’air du temps, très guerrier depuis 2022. Lorsque les Alliés ont débarqué sur les plages de Normandie en Juin 44, tout le monde savait que la guerre était déjà virtuellement gagnée. Inexorablement, l’immense armée allait délivrer une à une les villes étouffant sous l’occupation allemande. Pourtant, l’armistice ne fut signé qu’en Mai 1945, un an après. Pendant ces 12 mois, il y eut Oradour-sur-Glane et ses 643 victimes, les 99 pendus de Tulle, les 442 civils français de Royan et les 37 000 morts allemands ensevelis sous les bombardements des Alliés à Dresde etc.… Autrement dit, l’entre-deux compris entre le débarquement et la victoire, entre le D Day et le V Day, a été une période de dévastations, de souffrances, de deuils, de massacres. Nous sommes dans cet entre-deux, où le débarquement figure la résurrection du Christ et son arrivée auprès du Père, et où la victoire totale ne sera accomplie qu’à la fin des temps.

 

Désespérer de l’évolution de notre monde expert en violence serait se laisser hypnotiser par le mal, qui - tel le dragon blessé à mort - donne encore des coups de queue dévastateurs.

À l’inverse, prôner l’optimisme béat et naïf serait s’évader hors de la réalité sous prétexte de croire en la promesse d’une terre nouvelle.

L’espérance chrétienne tient ensemble le déjà-là et le pas encore du Royaume.

Le présent et le futur.

La résurrection du Christ est notre propre passage au monde nouveau.

Si la Tête est passée, le corps suivra…

 

2. Du nouveau, vraiment ?

« Je fais toutes choses nouvelles ». Il a quand même du toupet, Jean, de faire parler ainsi le Ressuscité ! Car y a-t-il vraiment quelque chose de nouveau dans l’histoire humaine ? Les empires se sont déjà dressés, puis écroulés. Les guerres ont déjà saccagé les peuples et répandu le malheur. L’oppression a déjà soumis, torturé, violé, dispersé depuis des millénaires. Les prédateurs ont déjà pillé et saccagé jusqu’à désolation. Qui oserait prétendre que ce que nous vivons n’a pas d’équivalent dans l’histoire humaine ? L’Ecclésiaste le constatait avec sagesse : « Ce qui a existé, c’est cela qui existera ; ce qui s’est fait, c’est cela qui se fera ; rien de nouveau sous le soleil. Y a-t-il une seule chose dont on dise : “Voilà enfin du nouveau !” – Non, cela existait déjà dans les siècles passés » (Qo 1,9-10).

Pourtant, depuis que Jean a écrit l’Apocalypse, la poignée de témoins d’hier est devenue une part considérable de l’humanité ; les condamnés livrés aux fauves ont construit Saint-Pierre de Rome et Notre-Dame de Paris ; les humiliés des catacombes ont engendré des génies de l’art et des sciences etc. Les trois premiers siècles après la Pâque du Christ ont été éprouvants, jusqu’à faire renoncer les lapsi, dénoncer des proches, marginaliser les petites cellules d’Église disséminées autour des synagogues… 300 ans à souffrir, entourés de mépris et ostracisés par les classes dirigeantes : que peut-il sortir de bon de tout cela ? Patience, semble répondre Jean : la tête est déjà sortie, le reste du corps suivra bientôt…

 

ExileToBabylon-1-1568x1524 espéranceC’était autrefois la réponse d’Isaïe à la détresse de son peuple. Complètement découragés, les juifs avaient vu Nabuchodonosor détruire le Temple de Jérusalem en -587, effacer la royauté davidique, et disperser Israël en exil à Babylone. Plus de roi, plus de terre, plus de Temple : logiquement, c’était fichu ! Les déportés vivaient un triple deuil, tragique, désespérant. Que pouvait-il sortir de bon de cet exil ?

Loin de leur terre, ils avaient l’impression d’être coupés de leur Dieu et de ne plus pouvoir le prier. Cela est très bien exprimé dans le Psaume 137 (136) : « Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? » Ils avaient en quelque sorte à faire le deuil de leur Dieu. D’ailleurs, ils ne le comprenaient plus. S’ils sont le peuple élu, comment expliquer de si grands malheurs ? C’est au cœur de cette grave crise que le prophète fait résonner la parole de Dieu. Cela représente déjà une nouvelle extraordinaire de découvrir que la voix de Dieu peut les rejoindre jusque dans leur exil. Dieu ne les a pas abandonnés ! Et s’il leur parle, cela signifie qu’il est là avec eux, au cœur de la crise. Ce que Dieu leur exprime est renversant. « Ne faites plus mémoire des événements passés, ne songez plus aux choses d’autrefois. Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides » (Is 43,18-19).

Le prophète révèle que la nouveauté est déjà présente, en germe, au cœur même de la crise et du deuil. Parler de germe, c’est évoquer quelque chose qui commence petitement, mais qui porte un dynamisme de croissance.

Le prophète invite par conséquent à un exercice de discernement. Il nous convie à être attentifs pour apercevoir ce que Dieu est en train de faire pousser au cœur même du désastre. Dieu parle au présent. En hébreu, il y a un participe présent au v. 19 : « me voici en train de faire du neuf ». Il s’agit d’une action en cours. Comme si ruines de la catastrophe constituaient l’engrais de ce que Dieu fait germer.

 

Le-Concept-de-Dieu-apres-Auschwitz PâqueVoilà qui résonne à nos oreilles ! Que peut-il sortir de bon de la Shoah et de ses 6 millions de victimes ? Eh bien, l’État d’Israël est né de ce traumatisme collectif ! Le retour des juifs sur leur terre est tout aussi étonnant après-guerre que le retour des juifs de Babylone grâce à Cyrus, le messie perse, en -537. Et la vigilance occidentale sur l’antisémitisme sans cesse renaissant est également héritée de l’horreur et de l’effroi depuis la découverte des charniers et des cendres d’Auschwitz.

Ce qui est dramatique, c’est qu’il faille en passer par là pour donner corps à l’espérance messianique !

 

Avons-nous appris quelque chose des années 30, de nos capitulations devant Hitler, de nos allégeances intellectuelles au communisme et ses millions de meurtres ? Pas sûr… Pourtant, un sursaut européen est peut-être en train de se produire comme jamais auparavant. Pourtant, les contre-pouvoirs américains finiront bien par se réveiller…

 

Au milieu de ces tribulations, les chrétiens connaissent leur part de persécutions, d’exactions, de souffrances au nom de leur foi. « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu ». Celui qui comme Étienne – le premier martyr – périt dans l’entre-deux historique aura comme lui les yeux fixés sur l’horizon de la promesse : « Il déclara : “Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu” » (Ac 7,56).

 

3. Tout considérer « à partir de la fin »

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Autrement dit : c’est seulement la puissance de sa résurrection qui nous donne de traverser nos Passions actuelles. C’est la fin qui éclaire le présent, et non l’inverse !

C’est en partant de ce qui doit arriver : la résurrection, que nous pouvons déchiffrer le présent. C’est en étant « lancé vers l’avant »« en courant vers le but », que le passé et le présent trouvent leur signification.

C’est donc que nous sommes invités à regarder les êtres et les choses qui nous entourent « à partir de la fin », et non en fonction de leur passé, quel qu’il soit (glorieux ou sombre).

 

Nous voici donc appelés à regarder cette semaine nos proches en famille, nos collaborateurs au travail, nos rencontres habituelles « à partir de la fin ». Même les choses matérielles, replacées ainsi en perspective, en acquièrent une saveur et une texture nouvelle : relativisées, elles deviennent signes du monde nouveau qui est en train de germer…

Oubliant le passé, libérés des jugements du présent, replaçons chaque visage en perspective par rapport à son but ultime : participer à la résurrection du Christ.

Essayez !

Vous ferez enfin l’expérience d’une vibrante course, à l’image de Paul : « oubliant ce qui est en arrière, lancé vers l’avant, je cours vers le but pour remporter le prix auquel Dieu nous appelle là-haut dans le Christ Jésus » (Ph 3,13-14).

Vous goûterez par anticipation le renouvellement profond de toute la Création en Christ : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ».

Oui : cette semaine, regardez les êtres et les choses qui vous environnent « à partir de la fin »…

 

Lectures de la messe


Première lecture
« Ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » (Ac 14, 21b-27)


Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Paul et Barnabé, retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie ; ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui. Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie. Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi.


Psaume
(Ps 144 (145), 8-9, 10-11, 12-13ab)
R/ Mon Dieu, mon Roi, je bénirai ton nom toujours et à jamais ! ou : Alléluia.
 (Ps 144, 1)


Le Seigneur est tendresse et pitié,

lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.


Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce

et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.


Ils annonceront aux hommes tes exploits,

la gloire et l’éclat de ton règne :
ton règne, un règne éternel,
ton empire, pour les âges des âges.


Deuxième lecture
« Il essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21, 1-5a)


Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »


Évangile
« Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 31-33a.34-35)
Alléluia. Alléluia.
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur : « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » Alléluia. (cf. Jn 13, 34)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt.
Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »
Patrick BRAUD

 

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16 avril 2025

Le baptême est notre Pâque

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 20 h 00 min

Le baptême est notre Pâque

 

Homélie pour le Dimanche de Pâques / Année C
20/04/25


Cf. également :

La danse pascale du labyrinthe

Conjuguer Pâques au passif
Incroyable !
La Madeleine de Pâques
Pâques : le Jour du Seigneur, le Seigneur des jours
Pâques : les 4 nuits
Pâques : Courir plus vite que Pierre
Pâques n’est décidément pas une fête sucrée
Comment annoncer l’espérance de Pâques ?
Trois raisons de fêter Pâques
Le courage pascal
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Faut-il shabbatiser le Dimanche ?


Cyrille, évêque de Jérusalem au IV° siècle, est connu pour ses catéchèses mystagogiques, c’est-dire des catéchèses qui partaient de la célébration des sacrements pour expliquer, après coup, ce qui était en jeu dans les gestes et symboles. Car pour lui, l’expérience prime sur le contenu, l’adhésion personnelle conditionne l’intelligence du cœur. Il célébrait d’abord, et expliquait ensuite.

Nous qui faisons – hélas – souvent l’inverse (expliquer, puis célébrer), méditons avec Cyrille comment la Pâque du Christ est devenue la nôtre, par le baptême, par toutes les Passions qui nous unissent à Lui.

Cyrille s’adresse aux nouveaux baptisés dans les termes suivants :


Vous avez été conduits par la main à la piscine du baptême, comme le Christ est allé de la croix au tombeau qui est devant vous.


On a demandé à chacun s’il croyait au nom du Père et du Fils, et du Saint-Esprit. Vous avez proclamé la confession de foi qui donne le salut et vous avez été plongés trois fois dans l’eau, et ensuite vous en êtes sortis. C’est ainsi que vous avez rappelé symboliquement la sépulture du Christ pendant trois jours.


De même, en effet, que notre Sauveur a passé trois jours et trois nuits au cœur de la terre, c’est ainsi que vous, en sortant de l’eau pour la première fois, vous avez représenté la première journée du Christ dans la terre ; et la nuit, en étant plongés. Celui qui est dans la nuit ne voit plus rien, tandis que celui qui est dans le jour vit dans la lumière. C’est ainsi qu’en étant plongés comme dans la nuit vous ne voyiez rien ; mais en sortant de l’eau vous vous retrouviez comme dans le jour. Dans un même moment vous mouriez et vous naissiez. Cette eau de salut est devenue à la fois votre sépulture et votre mère.


Ce que Salomon dit à un autre sujet pourrait s’appliquer à vous : Il y a un temps pour enfanter, et un temps pour mourir. Mais pour vous c’était l’inverse : un temps pour mourir et un temps pour naître. Un seul temps a produit les deux effets, et votre naissance a coïncidé avec votre mort.


Le baptême est notre Pâque dans Communauté spirituelle tous-deux-dans-l-eau-de-la-piscine-baptismale-installee-dans-le-choeur-de-l-eglise-saint-vallier-a-messigny-et-vantoux-le-pere-oscar-ruiz-baptise-etienne-31-ans-l-un-des-six-adultes-ayant-recu-ce-sacrement-par-immersion-samedi-photo-lbp-s-t-1681060903Chose étrange et incroyable ! Nous n’avons pas été véritablement morts ni véritablement ensevelis, et nous avons ressuscité sans être véritablement crucifiés. Mais si la représentation ne réalise qu’une image, le salut, lui, est véritable.


Le Christ a été réellement crucifié, réellement enseveli, et il a ressuscité véritablement. Et tout ceci nous est accordé par grâce. Unis par la représentation de ses souffrances, c’est en toute vérité que nous gagnons le salut.


Bonté excessive pour les hommes ! Le Christ a reçu les clous dans ses mains toutes pures, et il a souffert ; et moi, qui n’ai connu ni la souffrance ni la peine, il me fait, par pure grâce, participer au salut !


Personne donc ne doit penser que le baptême consiste simplement dans le pardon des péchés et la grâce de la filiation adoptive ; il en était ainsi pour le baptême de Jean, qui ne procurait que le pardon des péchés. Mais nous savons très précisément que notre baptême, s’il est purification des péchés et nous attire le don de l’Esprit Saint, est aussi l’empreinte et l’image de la passion du Christ. C’est pourquoi saint Paul proclamait : Ne le savez-vous pas ? Nous tous, qui avons été baptisés en Jésus Christ, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été mis au tombeau avec lui par le baptême.

 

Catéchèse de Jérusalem aux nouveaux baptisés

Baptisés dans la mort et la résurrection du christ

 


Point statistique sur les baptêmes en France


Une hausse des baptêmes d’adultes et d’adolescents

Baptêmes adultes 2016-2025
En deux ans, le nombre de demandes volontaires de baptême a été multiplié par deux : 10 384 en 2025, contre 5 423 en 2023. Une formation pourtant exigeante, qui dure deux ans. Pour l’Église, cet afflux « n’est pas un épiphénomène ». Le nombre de baptêmes catholiques d’adultes en France ne cesse de progresser. En deux ans, il a même doublé. Aux chiffres de cette année s’ajoutent les baptêmes d’adolescents (entre 12 et 18 ans), qui connaissent, eux aussi, une progression spectaculaire : ils étaient 2 953 en 2023, ils seront 7 404 en 2025. En tout, 17 788 adolescents et adultes seront baptisés, à leur demande, dans l’Église catholique cette année.


Le contrepoint du recul des baptêmes d’enfants

Baptêmes enfants 2000-2023
L’autre facteur de fond expliquant cette hausse des baptêmes d’adolescents et d’adultes est celui de la chute, en France, des baptêmes de petits enfants : en l’an 2000, un bébé sur deux était baptisé ; en 2024, seul un sur trois l’est.


MESSE DU JOUR DE PÂQUES

1ère lecture : « Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts » (Ac 10, 34a.37-43)

 Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l’armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés.


Psaume : Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23
R/ Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! (Ps 117, 24)


Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !


Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai,
pour annoncer les actions du Seigneur.


La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.


2ème lecture : « Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle » (1 Co 5, 6b-8)


Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, ne savez-vous pas qu’un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n’a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ.
Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.


Séquence :
À la Victime pascale, chrétiens, offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ; vivant, il règne.
« Dis-nous, Marie Madeleine, qu’as-tu vu en chemin ? »
« J’ai vu le sépulcre du Christ vivant, j’ai vu la gloire du Ressuscité.
J’ai vu les anges ses témoins, le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité ! Il vous précédera en Galilée. »
Nous le savons : le Christ est vraiment ressuscité des morts.
Roi victorieux, prends-nous tous en pitié !
Amen.


Évangile : « Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts » (Jn 20, 1-9)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Notre Pâque immolée, c’est le Christ ! Célébrons la Fête dans le Seigneur ! Alléluia. (cf. 1 Co 5, 7b-8a)


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
Patrick BRAUD

 

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12 mars 2018

Grain de blé d’amour…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Grain de blé d’amour…

Homélie du 5° Dimanche de Carême / Année B
18/03/2018

Cf. également :

La corde à nœuds…
Qui veut voir un grain de blé ?
Amoris laetitia : la joie de l’amour
Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir


Léa et Paul se sont mariés en choisissant l’évangile de ce Dimanche (Jn 12, 20-26) où Jésus se compare au grain de blé jeté en terre. Et c’est vrai qu’il y a un lien entre l’aventure conjugale / familiale et celle du grain de blé.
Essayons de voir comment.

Au commencement, il y a le désir…

Désir d’une rencontre vraie : « Nous voulons voir Jésus ». Désir de la rencontre de l’autre, car entre les Grecs et les Juifs de l’époque, la différence doit être aussi radicale qu’entre Juifs et Palestiniens aujourd’hui… En choisissant cet Évangile, Léa et Paul ont placé d’emblée leur mariage sous le signe du désir de l’autre, et plus précisément de la croissance dans le désir de l’autre, croissance à la quelle Jésus nous appelle tout au long de notre existence.

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La première différence, la première altérité, c’est la différence homme / femme, qui nous structure très profondément. Les fiancés croient peut-être connaître avant de se rencontrer, par leurs amitiés, leurs relations de travail etc… Mais dès qu’ils sont proches l’un de l’autre, depuis les fiançailles où cette proximité devient une promesse d’avenir, ils n’en finissent pas de découvrir combien le respect de cette différence demande du temps, de la patience, de l’écoute, du dialogue, du pardon … Au-delà des clichés trop faciles sur les soi-disant caractéristiques du féminin et du masculin, le véritable enjeu de l’identité homme / femme, c’est de sortir de soi, sortir du « même », pour aller à la rencontre de l’autre. Et d’ailleurs, cette irréductible altérité homme / femme se redouble de beaucoup d’autres différences : deux éducations familiales, deux histoires personnelles, deux caractères, Paris et la province, la Hollande et la France, la Banque et l’Éducation Nationale …

Heureuses différences qui sont le carburant de votre rencontre : « je veux voir l’autre … »

Dans la foi chrétienne, nous croyons que le visage de l’être aimé, lorsqu’il est désiré pour lui-même et non pas dans nos projections imaginaires, ce visage devient sacrement de la rencontre de Dieu. « Il est possible, à partir de l’autre relativement autre que nous voyons, de pressentir l’Autre absolument autre que nous ne voyons pas et appelons Dieu » [1]. Voilà pourquoi la recherche du visage aimé renvoie à Dieu lui-même.

À condition de rester vigilant sur son couple, pour que l’usure du temps n’émousse pas ce désir. Mais qu’au contraire, la durée permette à cette recherche amoureuse de grandir et de croître sans cesse. Il faut insister sur cette vigilance : rester en éveil, renouveler à chaque instant sa confiance et sa fidélité, raviver jour après jour la soif de la communion avec l’être aimé, se laisser étonner par ce qu’on ne finit pas de découvrir chez son mari ou sa femme, être capable de l’étonner encore, 10 ou 20 ou 50 ans après!…

Au IV° siècle, un évêque (Grégoire de Nysse) parlait déjà de cet infini du désir qui interdit de figer la course vers l’être aimé :

« Au fur et à mesure que quelqu’un progresse vers ce qui surgit toujours en avant de lui, son désir augmente lui aussi. Ainsi, à cause de la transcendance des biens qu’il découvre toujours à mesure qu’il progresse, il lui semble toujours n’être qu’au début de l’ascension. C’est pourquoi la Parole répète : ‘Lève-toi’ à celui qui est déjà levé, et : ‘Viens’ à celui qui est déjà venu. À celui qui se lève vraiment, il faudra toujours se lever. Celui qui court vers le Seigneur n’épuisera jamais la large espace pour sa course.

Ainsi celui qui monte ne s’arrête jamais, allant de commencements en commencements, par des commencements qui n’auront jamais de fin ». « Car c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer » [2]

Chasse à courre 1

« Nous voulons voir Jésus » est l’autre versant de votre propre recherche amoureuse : « je veux découvrir qui tu es, et je n’aurai jamais assez de toute ma vie pour cela ».

Ensuite, il y a le jeu de l’écho, qui amplifie et répercute ce désir de l’autre. Les Grecs le disent à Philippe, qui le dit à André, et tous les deux le transmettent à Jésus. Mais c’est déjà l’Église qui apparaît là! L’Église, comme un réseau de liens fraternels, pour que ma recherche aboutisse. Une sorte d’Internet à la puissance 10, et mieux encore, car ce sont ici des visages et pas seulement des écrans … L’Église est ce lieu où nous pouvons dire le manque qui nous habite, la soif qui nous tient, l’envie de vivre que nous creusons en la partageant avec des frères. L’Église est cette eau tendue qui soutient nos rebonds successifs dans la recherche de l’autre, jusqu’à faire ricocher jusqu’aux nuages ce galet nommé désir…

Par la vie paroissiale ou par les pèlerinages, par des équipes de partage ou par la formation spirituelle et théologique, certains fiancés ont déjà expérimenté la force de ce soutien fraternel. Dans leur vie de couple et de famille, ils continueront à tisser ces liens ecclésiaux : ils les aideront à rester vigilants et confiants.

L’Évangile nous dit ensuite que la rencontre entre les Grecs et Jésus a lieu pendant la fête, c’est-à-dire la grande, l’unique fête de la Pâque. Que le mariage soit une fête, parce qu’on y rencontre l’être aimé, c’est évident. Il n’y a rien à renier de la fête humaine que le Christ a voulu assumer en prolongeant la joie de la noce, pour qu’elle dure toute la vie et pas seulement une soirée. Si le mariage est une fête, c’est surtout une fête pascale, c’est-à-dire une fête où l’amour de l’autre vous libère peu à peu de nos enfermements, de nos solitudes, une fête où la confiance en l’autre nous fait passer de la mort à la vie.

Et là, l’histoire du grain de blé que nous propose Jésus est très parlante. Se marier, c’est accepter de se laisser transformer par l’autre, pour ne plus rester seul. C’est consentir à se laisser aimer pour ne plus vivre centré sur soi. C’est accepter de se laisser faire, comme le grain de blé, pour pouvoir porter du fruit. La mort et la Résurrection est au cœur de votre amour, qui est pascal, comme cela est au cœur de l’amour du Christ, que nous célébrons dans l’eucharistie. En buvant ensemble à la même coupe, les mariés expriment la dimension pascale de la relation entre l’homme et la femme : aimer, c’est se désaltérer à la même source, boire ensemble le même calice, verser son sang, livrer sa vie. Lorsque les mariés donnent la communion eucharistique à l’assemblée, ils nous rappellent que l’Église est une communion qui se nourrit de leur amour lorsqu’ils le vivent dans l’Esprit du Christ.

Pourtant, que de résistances mettons-nous avant d’accepter de lâcher-prise ainsi sur notre propre vie ! Souvenez-vous de votre période d’apprivoisement réciproque, et de tous les décapages que ce temps de préparation vous a permis de faire. Eh oui !, le petit grain de blé était plus tranquille avant, ‘en père peinard’ dans son grenier, en tas avec les autres [3]. Un certain bonheur, qui était le vôtre quand vous étiez célibataires : un appartement, du travail, des amis, la liberté d’improviser votre emploi du temps, que demander de plus ? Et pourtant, il vous manquait quelque chose, ou plutôt quelqu’un, et ce bonheur vous semblait trop petit, un peu étroit…

calendrier amour dans Communauté spirituelle

Un jour, on charge ce tas de grains de blé sur une charrette et on le sort dans la campagne. C’est le début de l’ouverture à l’autre, avec un petit côté excitant pas désagréable… : ça se passe bien, il y a plein de gens nouveaux à découvrir, tout en gardant sa liberté.

41rgwvtZoqL bléPuis on verse les grains sur la terre fraîchement labourée : petit frisson d’un contact plus personnel, d’une proximité avec un corps étranger à la fois inquiétant et attirant.

Puis on enfonce le grain de blé tombé en terre. Et là, le grain de blé se demande s’il n’a pas fait une grosse bêtise en se laissant conduire jusque-là. Il ne voit plus rien, il n’entend plus rien, l’humidité le transperce jusqu’au dedans de lui-même… Le grain de blé qui, par la mort inévitable, est en train d’être transformé, de devenir ce qu’il doit être, c’est-à-dire un bel épi, regrette le grenier où en effet il était très heureux, mais heureux d’un petit bonheur humain. Sa tentation est alors de faire machine arrière, de céder à la panique, de refuser de se laisser faire. C’est dommage, car c’est précisément là que Dieu agit : le Dieu qui le transforme, pour le faire passer de l’état de grain à l’état d’épi, ce qui n’est possible que par une mort à soi-même et une nouvelle naissance. Dieu veut notre croissance, et il n’y a pas de croissance sans transformation.

Le mariage est notre Pâque, notre croissance personnelle par l’autre, grâce à l’autre. À condition d’aimer l’autre pour lui-même, tel qu’il est en vérité, et non pas pour ce qu’il me donne ou ce que je rêve de lui. Ce qui implique de savoir mourir à une certain possession de l’autre, pour naître à une attitude de service de sa croissance à lui. C’est cela la chasteté dans l’amour : c’est cette dépossession enrichissante où je renonce à utiliser l’autre pour mon bonheur, et où je commence à servir sa croissance, son épanouissement. C’est cela la dimension pascale de l’amour humain : passer du désir de l’autre – ce qui est encore trop possessif – au désir du désir de l’autre, ce qui est crucifiant, mais véritablement libérateur et fécond.

Désirer le désir de l’autre… : vous le vivez dans le couple, en renonçant à mettre la main sur le mystère de l’être aimé. Vous le vivez également comme parents, en renonçant à utiliser vos enfants pour vous-mêmes. Vous vivez ainsi à votre tour les ruptures familiales qui vous feront grandir. Quand vos propres enfants deviendront différents, ce sera votre joie de voir partir ceux que vous aurez aidé à grandir, sans les posséder jamais…

Bien sûr, sur ce chemin de croissance, il faut savoir quitter. Au début, les pertes sont visibles et conséquentes : son indépendance, ses habitudes, quelque fois sa région, ses amis, sa famille… Avec le temps, elles deviennent plus subtiles, plus difficiles : quitter ses certitudes toutes faites, son égoïsme, sa nostalgie… Mais au même moment, il vous sera donné à chaque fois de faire l’expérience de la joie et de la fécondité de cette Pâque permanente : votre couple, vos enfants, votre travail, vos engagements vous rendront féconds, avec la même efficacité que l’épi par rapport au grain de blé : 100, 1000 pour 1 ! Un tel rendement mérite bien un investissement massif et sans réserve…

Vous devinez que l’histoire du grain de blé n’est pas seulement celle du début : vous pourrez la relire encore en fêtant vos noces d’or, ce sera toujours votre histoire du moment… Puissiez-vous choisir chaque jour de vous laisser faire ainsi par la puissance de l’amour, pour notre plus grand bonheur à nous qui pourrons nous nourrir des fruits qu’ensemble vous porterez. Savourez sans cesse la croissance en épis que Dieu vous donne d’offrir à l’autre, dans et par votre amour…

 


[1]. VARILLON F., L’humilité de Dieu, Le Centurion, Paris, 1974, p. 39.

[2]. Homélies sur le Cantique des Cantiques.

[3]. Cf. VARILLON F., Joie de croire, joie de vivre, Le Centurion, Paris, 1981, p. 38s.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je conclurai une alliance nouvelle et je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31, 31-34)

Lecture du livre du prophète Jérémie
Voici venir des jours – oracle du Seigneur –,où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle.Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères,le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte :mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue,alors que moi, j’étais leur maîtreoracle du Seigneur.
Mais voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passésoracle du Seigneur.Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ;je l’inscrirai sur leur cœur.Je serai leur Dieu,et ils seront mon peuple.Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon,ni chacun son frère en disant :« Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront,des plus petits jusqu’aux plus grandsoracle du Seigneur.Je pardonnerai leurs fautes,je ne me rappellerai plus leurs péchés.

PSAUME(50 (51), 3-4, 12-13, 14-15)
R/ Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. (50, 12a)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.

DEUXIÈME LECTURE
« Il a appris l’obéissance et est devenu la cause du salut éternel » (He 5, 7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Le Christ,pendant les jours de sa vie dans la chair,offrit, avec un grand cri et dans les larmes,des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort,et il fut exaucé en raison de son grand respect.Bien qu’il soit le Fils,il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection,il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

ÉVANGILE
« Si le grain de blé tombé en terre meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 20-33)
Gloire à toi, Seigneur,gloire à toi.
Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive,dit le Seigneur ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur.
Gloire à toi, Seigneur,gloire à toi. (Jn 12, 26)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.Ils abordèrent Philippe,qui était de Bethsaïde en Galilée,et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André,et tous deux vont le dire à Jésus. Alors Jésus leur déclare :« L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ;mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir,qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.
Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ?Père, sauve-moi de cette heure” ?Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait :« Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient :« C’est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit :« Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.
Patrick BRAUD

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