L'homelie du dimanche

29 novembre 2020

Justice et Paix s’embrassent

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Justice et Paix s’embrassent

 Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année B
06/12/2020

Cf. également :

Réinterpréter Jean-Baptiste
Consolez, consolez mon peuple !
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Dieu est un chauffeur de taxi brousse
Le polythéisme des valeurs

Le Psaume 84 de ce dimanche nous invite à unir l’amour et la vérité, la justice et la paix. Deux fiancés avaient choisi ce psaume pour leur mariage. L’homélie de la célébration explore pourquoi :

·  Deux moines s’apprêtaient à traverser une rivière à gué. Une belle jeune femme les rejoignit. Elle aussi devait passer sur l’autre rive, mais la violence du courant l’effrayait. Un des moines la charge sur ses épaules et la déposa de l’autre côté. Son compagnon n’avait pas desserré les dents. Il fulminait : un moine n’était pas autorisé à toucher une femme, et voici que celui-là en portait sur ses épaules !
Des heures plus tard, en arrivant en vue du monastère, le moine puritain annonça :
- je vais informer le père abbé de ce qui s’est passé. Ce que tu as fait est interdit.
Le moine secourable s’étonna :
- de quoi parles-tu ? qu’est-ce qui est interdit ?
- as-tu oublié ce que tu as fait ? s’indigna l’autre. Tu as porté une belle jeune femme sur tes épaules !
- ah oui, bien sûr, se souvint le premier en riant. Il y a belle lurette que je l’ai laissée au bord de la rivière. Mais toi, est-elle toujours dans tes pensées ?

Justice et Paix s’embrassent dans Communauté spirituelle

Lequel des 2 moines a respecté cette femme davantage ?

· Tel est un peu le message chrétien : traverser ensemble les rivières de l’existence, juché sur les épaules l’un de l’autre, alternativement, sans que jamais cela ne devienne une possession ou une domination.

Tu n’es pas moine Kevin - çà se saurait ! - ni toi Sarah, mais vous êtes aujourd’hui confiés l’un à l’autre, pour poursuivre votre histoire, dans le respect mutuel, dans l’entraide, le soutien réciproque.
Depuis 5 ans que vous vous êtes retrouvés – et chaque année la fête de la musique  ravivera pour vous la mémoire de ces premiers moments – vous avez déjà construit une vie commune, une orientation professionnelle au service des plus jeunes.
Votre couple vous a mûri, le dialogue vous a permis de surmonter les tensions et les malentendus qui font partie de la vie ordinaire à deux.

Est-ce à dire que vous êtes fin prêts et que vous êtes sûrs de vous ?
Il n’y aurait pas besoin alors de venir se marier devant Dieu et devant l’Église !
Non, je crois qu’au contraire vous percevez qu’il y a dans le mariage chrétien un réservoir inépuisable de courage, une source intarissable d’énergie, pour que ce que vous avez commencé à bâtir puisse durer et se fortifier.

On ne le répétera jamais assez :
on ne se marie pas à l’église seulement parce qu’on s’aime, mais aussi pour s’aimer davantage, pour s’aimer dans la durée, pour s’aimer dans la vérité.

·      C’est ce qui m’a frappé dans votre préparation au mariage : votre souci de ne jamais séparer amour et vérité.

Mensonge dans le couple (Le)- Être vrai l’un devant l’autre, sur son passé familial, sur ses émotions, ses désirs profonds, chercher la vérité sans la posséder jamais. À l’image du couple du Cantique des cantiques : escalader des montagnes – et Dieu sait qu’il y a des routes dures à grimper dans le mariage ! – franchir les collines, accourir vers l’autre, le désirer, susciter son propre désir : « Lève toi mon amie, ma toute belle, ne reste pas blottie dans tes peurs, dans les pièges de ton histoire, parle-moi, montre-moi ton vrai visage ! » (Cantique des cantiques)

La Bible a toujours vu dans le jeu du désir entre l’homme et la femme le signe, le sacrement du désir entre l’humanité et Dieu. Saint Augustin disait cela d’une façon originale, qui s’applique aussi bien à la quête spirituelle qu’à la quête amoureuse : « le chercher avec le désir de le trouver et le trouver avec le désir de le chercher encore ».

- Être vrai dans l’amour engendre alors ce respect, cette juste distance que chantait Khalil Gibran :
« soyez ensemble, mais sachez demeurer seuls ; grandissez ensemble mais pas dans l’ombre l’un de l’autre. »
Seul le temps permet de conjuguer ainsi amour et vérité ; sans la durée, l’amour se réduit au sentiment amoureux, à l’illusion de l’émotion.
Lorsque des gens mariés trompent leur conjoint, c’est souvent qu’ils se sont trompés sur eux-mêmes, qu’ils avaient oublié ou négligé leur vérité intérieure, ou plus précisément la recherche de cette vérité. Seules les années qui passent permettent de purifier la relation pour la rendre plus humaine, plus réelle, plus vraie, dans la miséricorde et la tendresse envers soi-même comme envers l’autre.

- Être vrai l’un devant l’autre : vous y tenez fortement et c’est un de vos atouts à développer.
Je  suis également témoin que vous voulez être vrais devant l’Église et devant Dieu.
En reconnaissant que Dieu est pour vous à l’heure actuelle plus une question qu’un compagnon.
En laissant ouverte cette interrogation et du coup le questionnement que cela peut provoquer.
En redécouvrant l’Église, au-delà des images de l’enfance, comme une amie sur la route, respectueuse de votre liberté.
En devinant que vos enfants viendront vous pousser plus loin  encore dans votre quête, lorsqu’il faudra leur transmettre les valeurs, les savoirs que vous jugerez bons pour eux.
En accueillant encore les événements, dans les larmes ou l’enthousiasme, pour y déchiffrer une possibilité de progresser en humanité.

 

·      « Amour et vérité se rencontrent » prophétisait le psaume en parlant de la venue du Messie.
Faites venir le Messie en mariant l’amour et la vérité dans votre vie de couple et de famille !
L’amour sans la vérité devient vite la règle du subjectif, de l’illusion, des sincérités successives.
La vérité sans l’amour dégénère en idéologie et en dogmatisme.

Votre métier d’éducateur et d’enseignant vous invite à éviter ces deux pièges dans votre vie professionnelle. Puisse votre mariage dans cette église vous aider à les éviter dans votre relation de mari et femme ! 

Kevin, à toi maintenant de prendre Sarah sur tes épaules, pour lui faire traverser le gué – et de même Sarah pour ton mari – en sachant déposer l’autre à terre dès qu’il peut, en acceptant d’être porté un jour à son tour.

Soyez pour nous des signes vivants, des sacrements d’un Dieu qui n’a jamais fini de chercher avec passion, « car c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer sans cesse » (Grégoire de Nysse IV° siècle).

 

Au-delà de cette célébration de mariage, la réflexion doit continuer sur la nécessaire tension entre la justice et la paix :

 

Ne pas réduire la justice à la domination du plus fort, ni la paix l’absence de conflits

Selon le Psaume 84 : « Amour et vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent. »
Justice & PaixRappelez-vous : la France et l’Allemagne étaient soi-disant en paix en 1918. Mais le traité de Versailles était si injuste que ce sentiment d’injustice favorisera la progression nazie dès les années 30…

Rappelez-vous : l’Amérique n’était pas en guerre dans les années 60, mais les lois raciales étaient si injustes qu’elles auraient pu déchaîner la violence entre Noirs et Blancs, si Martin Luther King et le mouvement des Droits civiques n’avaient pas puisé dans la Bible le courage de conjuguer la paix et la justice.

Regardez les récentes élections aux USA : comment être en paix lorsque les Républicains ont le sentiment de s’être fait voler le succès de Trump, ou lorsque les Démocrates ont le sentiment que Biden est injustement attaqué sur les votes par correspondance ? Quelle réconciliation si la justice n’est pas clairement manifestée et acceptée par tous ?

Pour la Bible, c’est clair : c’est la justice et la paix, jamais l’une sans l’autre, que ce soit entre les peuples, entre innocents et coupables, dans une entreprise ou dans un couple.

« Amour et vérité se rencontrent. Justice et Paix s’embrassent… »

« La loi d’amour de l’Évangile n’invite pas les hommes à se résigner à l’injustice. Elle les appelle, au contraire, à une action efficace pour la vaincre dans ses racines spirituelles comme dans les structures où elle prolifère. C’est une fausse théologie de l’amour qui est invoquée par ceux qui voudraient camoufler les situations conflictuelles, prôner des attitudes de collaboration dans la confusion, en minimisant la réalité des antagonismes collectifs de tous genres. » (Les évêques de France, Pour une pratique chrétienne de la politique, Lourdes 1977)

Mais c’est de Dieu que nous recevons, d’une paix juste, ou d’une justice paisible.
C’est du Christ que nous recevons la force de faire la paix, même avec des gens que nous aimons peu, avec qui on a eu des problèmes, peut-être même faire la paix avec des adversaires.

« L’Eucharistie est-elle possible entre adversaires ?
Nelson Mandela nouvellement élu président de l'Afrique du Sud serrant la main de son prédécesseur, F.W. de Klerk, au Cap, en 1994.
Quand l’Eucharistie sera réalisée dans de telles communautés, par des adversaires, voire des ennemis, elle témoignera, à leurs propres yeux et aux yeux de tous, de l’unité essentielle et impossible. Certes, à transcender trop rapidement, pour communier ensemble, les oppositions et les irréductibilités de l’existence politique, on risque de donner l’impression de ne pas prendre au sérieux cette existence. Mais, à l’inverse, refuser de communier ensemble, c’est sous-estimer l’impact, ici et maintenant, sur l’existence politique, de la communion eucharistique pour renvoyer sa réalisation à la fin des temps.

La célébration de l’unité engage à vouloir, et donc à chercher, sa réalisation sur le terrain politique. Mais le rassemblement plural qui la conditionne démontre qu’elle ne peut être attendue que d’une grâce qui n’est pas de la terre. Ce serait une ignoble comédie de se désintéresser de l’avènement de ce qu’on célèbre symboliquement, mais ce serait une affreuse détresse de ne pouvoir jamais, entre militants opposés, affirmer ensemble à la face du monde, dans un moment de fête, qu’arrivera le terme final où les ennemis se mueront en compagnons, où les adversaires se reconnaîtront frères. » (ibid.)


Tel est
le geste de paix que nous échangeons avant de communier : non pas parce que nous sommes déjà en paix, mais pour le devenir.

Non pas notre paix, mais la paix du Christ qui nous vient de lui, devant, qui nous vient de l’avenir.
Nous nous souhaitons la paix du Christ, shalom Messiah : ce n’est pas un geste sentimental, c’est le désir d’anticiper la paix promise. C’est la volonté de mettre en œuvre une harmonie que je n’arrive pas à réaliser tout seul.
Voilà pourquoi on peut souhaiter la paix à son conjoint avec lequel on est pourtant en peine crise.
Voilà pourquoi un syndicaliste et un patron peuvent accomplir ce geste sans trahir leurs convictions ni d’être hypocrites.
Voilà pourquoi nous avons besoin de venir à la messe : nous n’arriverons pas à faire la paix si nous ne la recevons pas d’un Autre qui est plus grand que nous.


Le Christ, lui, est notre paix.
Il dirige vers nous la paix comme un fleuve.
Que la paix du Christ coule entre nous comme un fleuve, dans notre maison, dans notre cœur.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 1-5.9-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

 

PSAUME
(84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,et donne-nous ton salut.  (84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Ce que nous attendons, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle » (2 P 3, 8-14)

Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, il est une chose qui ne doit pas vous échapper : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix.

 

ÉVANGILE
« Rendez droits les sentiers du Seigneur » (Mc 1, 1-8)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,pour ouvrir ton chemin.Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur,rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Patrick BRAUD

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2 avril 2018

Lier Pâques et paix

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Lier Pâques et paix

 

Homélie pour le 2° dimanche de Pâques / Année B
08/04/2018

Cf. également :

Le Passe-murailles de Pâques
Le maillon faible
Que serions-nous sans nos blessures ?
Croire sans voir
Au confluent de trois logiques ecclésiales : la communauté, l’assemblée, le service public
Riches en miséricorde ?
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
La Trinité en actes : le geste de paix
La paix soit avec vous


La paix dans les flammes

Lier Pâques et paix dans Communauté spirituelle 800px-Baghdad_fire_department_engine_IraqUn fait divers réel : un jour, un pensionnat est en feu. Des enfants affolés essaient d’échapper aux flammes en se jetant par la fenêtre, d’autres en se risquant dans les escaliers s’écroulant sur leur poids etc…. La seule petite fille qui ne fut pas blessée fut la petite Sally. Son père était pompier et lui avait recommandé, en cas d’incendie, de rester tranquille en attendant les secours. Elle avait cru les paroles de son père, et cela lui permit de rester en paix !

Voilà peut-être le principal cadeau de Pâques : les premières paroles du Ressuscité sont par trois fois une déclaration de paix inédite : « Paix à vous » (Jn 20, 19.21.26). La traduction liturgique (‘La paix soit avec vous’) n’est pas tout à fait fidèle au texte grec, car ce n’est pas un souhait, mais un don effectif : le Ressuscité communique réellement la paix aux disciples, il ne leur souhaite pas.

Le mot paix (Shalom) est certes connu de la Bible où on le retrouve dans environ 200 versets différents, signe que la quête de la paix taraude l’humanité depuis des millénaires. Mais l’expression « Paix à vous » n’apparaît pas dans l’Ancien Testament. Dans les quatre Évangiles, elle ne se trouve que dans la bouche du Ressuscité une fois en Luc (Lc 24,36 aux pèlerins d’Emmaüs) et trois fois en Jean. Dans le reste du Nouveau Testament, ce sont surtout Paul et Pierre qui reprendront cette adresse aux communautés chrétiennes, par exemple : « Saluez-vous les uns les autres dans un baiser de charité. Paix à vous tous qui êtes dans le Christ ! » (1P 5,14).

De quelle paix parle-t-on ?

Le mot grec Εἰρήνη (eiréné, qui a donné l’adjectif irénique en français) provient probablement du verbe qui signifie eirō = joindre (deux parties distinctes), ne faire qu’un. Être en paix veut donc dire : être un, ne pas se laisser disperser par les événements extérieurs, rester centré sur son unité intérieure, ou pour les croyants demeurer uni à Dieu en toutes circonstances.

Εικόνα

Voilà pourquoi l’attitude de la fillette au milieu de l’incendie témoigne d’une paix impressionnante. Elle demeure attachée à la consigne de son père malgré l’affolement ambiant. Elle ne fait qu’un avec son père alors qu’autour d’elle les autres se soumettent aux multiples réflexes que la peur leur suggère instinctivement.

La paix donnée par le Christ de Pâques ne nous dispense pas des incendies : elle nous donne de les habiter sans être consumés, à l’image du buisson ardent. La paix pascale découle de l’unité avec Dieu qui est lui-même unité d’amour trinitaire.

Celui qui s’appuie ainsi sur son centre de gravité spirituelle – la présence de Dieu en lui – ne tombera pas. Ni les succès ni les épreuves ne pourront le détourner de sa vocation ultime : ne faire qu’un avec Dieu en lui, avec lui en Dieu.

La petite fille qui ne s’est pas affolée est demeuré irénique au milieu des flammes.
Nombre de chrétiens ont fait l’expérience de cette paix profonde qui les maintient attachés à l’unique essentiel quoi qu’il arrive. La gloire venant des hommes ne les a pas grisés. L’humiliation venue également des hommes ne les a pas brisés. Parce qu’ils demeurent en paix, ils affrontent l’adversité sans se décourager, ils accueillent la réussite sans se glorifier. Ils tiennent leur âme « égale et silencieuse, comme un petit enfant tout contre sa mère » (Ps 130,2).

François d’Assise et la paix du cœur

Sagesse d'un pauvreUn exemple historique de cette paix paradoxale nous est fourni par la vie de François d’Assise. Son ordre connaissait un certain succès numérique, mais les nouveaux responsables – qui l’avaient évincé, car les fondateurs sont parfois gênants – semblaient renier un à un les principes de pauvreté évangélique et de fraternité universelle qui étaient à l’origine de l’aventure de François. Il en est profondément inquiet (in-quies = pas en repos, pas en paix) et bouleversé. Le franciscain Éloi Leclerc évoque ainsi le combat intérieur qui lui permet de retrouver la paix malgré l’incertitude qui semble compromettre son œuvre :

« Je pense qu’il est difficile d’accepter la réalité. Et, à vrai dire, aucun homme ne l’accepte vraiment totalement. Nous voulons toujours ajouter une coudée à notre taille, d’une manière ou d’une autre. Tel est le but de la plupart de nos actions. Même lorsque nous pensons travailler pour le Royaume de Dieu, c’est encore cela que nous recherchons bien souvent. Jusqu’au jour où, nous heurtant à l’échec, à un échec profond, il ne nous reste que cette seule réalité démesurée : Dieu est. Nous découvrons alors qu’il n’y a de tout-puissant que lui, et qu’il est le seul saint et le seul bon. L’homme qui accepte cette réalité et qui s’en réjouit à fond a trouvé sa paix. Dieu est, et c’est assez. Quoiqu’il arrive, il y a Dieu, la splendeur de Dieu. Il suffit que Dieu soit Dieu. » [1]

Les vies de saint François d'AssiseThomas de Celano, le biographe de François d’Assise, décrit cette paix profonde qui découle de l’union avec le Christ quoiqu’il arrive. En ce passage célèbre édit de la joie parfaite, il recueille l’explication que François a livrée de la joie « sans cesse » :

« Quand nous arriverons à Sainte-Marie-des-Anges, ainsi trempés par la pluie et glacés par le froid, souillés de boue et tourmentés par la faim, et que nous frapperons à la porte du couvent, et que le portier viendra en colère et dira : « Qui êtes-vous ? » et que nous lui répondrons : « Nous sommes deux de vos frères », et qu’il dira : « Vous ne dites pas vrai, vous êtes même deux ribauds qui allez trompant le monde et volant les aumônes des pauvres; allez-vous en » ; et quand il ne nous ouvrira pas et qu’il nous fera rester dehors dans la neige et la pluie, avec le froid et la faim, jusqu’à la nuit, alors si nous supportons avec patience, sans trouble et sans murmurer contre lui, tant d’injures et tant de cruauté et tant de rebuffades, et si nous pensons avec humilité et charité que ce portier nous connaît véritablement, et que Dieu le fait parler contre nous, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous persistons à frapper, et qu’il sorte en colère, et qu’il nous chasse comme des vauriens importuns, avec force vilenies et soufflets en disant : « Allez-vous-en d’ici misérables petits voleurs, allez à l’hôpital, car ici vous ne mangerez ni ne logerez », si nous supportons tout cela avec patience, avec allégresse, dans un bon esprit de charité, ô frère Léon, écris que là est la joie parfaite.

Et si nous, contraints pourtant par la faim, et par le froid, et par la nuit, nous frappons encore et appelons et le supplions pour l’amour de Dieu, avec de grands gémissements, de nous ouvrir et de nous faire cependant entrer, et qu’il dise, plus irrité encore : « ceux-ci sont des vauriens importuns, et je vais les payer comme ils le méritent », et s’il sort avec un bâton noueux, et qu’il nous saisisse par le capuchon, et nous jette par terre, et nous roule dans la neige, et nous frappe de tous les nœuds de ce bâton, si tout cela nous le supportons patiemment et avec allégresse, en pensant aux souffrances du Christ béni, que nous devons supporter pour son amour, ô frère Léon, écris qu’en cela est la joie parfaite.

Ne faire qu’un intérieurement avec le Christ de la Passion ou de la Résurrection permet de demeurer en paix, quoi qu’il arrive.

Une paix courageuse qui affronte l’adversaire.
Une paix  libre qui libère des idoles après lesquelles tout le monde se rue.
Une paix protectrice qui ôte aux persécutions leur pouvoir de division.

Il n’y a pas que les épreuves qui peuvent entamer cette paix. Car le divertissement (au sens pascalien du terme, c’est-à-dire ce qui ne détourne de notre but essentiel) ou la gloire apparente fissurent notre unité intérieure en nous faisant croire à notre indépendance absolue, voire à notre toute-puissance quasi divine. Rares sont les grandes figures humaines qui ont su ne pas céder à la démesure et à l’orgueil.

D’ailleurs, le contraire de la paix pascale pourrait bien être la division intérieure. Le mot diable (diabolos en grec) ne vient-il pas du mot diviser, éparpiller, rompre (dia-balein = jeter en dispersant) l’unité d’un être ?

Au matin de Pâques, le Christ partage sa victoire sur le diable en donnant la paix à ses amis. « Paix à vous » résonne comme une déclaration d’unité indestructible, communion d’amour avec Dieu plus forte que les épreuves où les tentations de vaine agitation.

Comme en écho à François d’Assise, Thérèse d’Avila – infatigable réformatrice de l’ordre du Carmel – a fait l’expérience au milieu de ses tribulations de la paix reçue du Christ. Puissions-nous en ce temps de Pâques nous enraciner solidement dans cette unité intérieure découlant de la communion avec Dieu :

 » Que rien ne te trouble, ô mon âme,
  Que rien ne t’épouvante,
  Tout passe,
  Dieu ne change pas.
  La patience triomphe de tout.
  Celui qui possède Dieu,
  Ne manque de rien.
  Dieu seul suffit. »

________________________________

[1] . Eloi LECLERC, Sagesse d’un pauvre, Desclée De Brouwer, 2007, p. 135.

 

Lectures de la messe

1ère lecture : La communauté fraternelle des premiers chrétiens (Ac 2, 42-47)

Lecture du livre des Apôtres

Dans les premiers jours de l »Église, les frères étaient fidèles à écouter l’enseignement des Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain et à participer aux prières. La crainte de Dieu était dans tous les cœurs ; beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les Apôtres.
Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble, et ils mettaient tout en commun ; ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous selon les besoins de chacun.
Chaque jour, d’un seul cœur, ils allaient fidèlement au Temple, ils rompaient le pain dans leurs maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité. Ils louaient Dieu et trouvaient un bon accueil auprès de tout le peuple. Tous les jours, le Seigneur faisait entrer dans la communauté ceux qui étaient appelés au salut.

Psaume : Ps 117, 1.4, 13-14, 19.21, 22-23, 24-25

R/ Éternel est son amour !

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour !

On m’a poussé, bousculé pour m’abattre ; 
mais le Seigneur m’a défendu. 
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; 
il est pour moi le salut. 

Ouvrez-moi les portes de justice : 
j’entrerai, je rendrai grâce au Seigneur. 
Je te rends grâce car tu m’as exaucé : 
tu es pour moi le salut. 

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs 
est devenue la pierre d’angle : 
c’est là l’œuvre du Seigneur, 
la merveille devant nos yeux. 

Voici le jour que fit le Seigneur, 
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie ! 
Donne, Seigneur, donne le salut ! 
Donne, Seigneur, donne la victoire !

2ème lecture : L’espérance des baptisés (1P 1, 3-9)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, en vue du salut qui est prêt à se manifester à la fin des temps.
Vous en tressaillez de joie, même s’il faut que vous soyez attristés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la qualité de votre foi qui est bien plus précieuse que l’or (cet or voué pourtant à disparaître, qu’on vérifie par le feu). Tout cela doit donner à Dieu louange, gloire et honneur quand se révélera Jésus Christ, lui que vous aimez sans l’avoir vu, en qui vous croyez sans le voir encore ; et vous tressaillez d’une joie inexprimable qui vous transfigure, car vous allez obtenir votre salut qui est l’aboutissement de votre foi.

Evangile : Apparition du Christ huit jours après Pâques (Jn 20, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Thomas a vu le Seigneur : il a cru. Heureux celui qui croit sans avoir vu ! Alléluia. (cf. Jn 20, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus, le soir du premier jour de la semaine. Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient, car ils avaient peur des Juifs. Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il répandit sur eux son souffle et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. Tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis ; tout homme à qui vous maintiendrez ses péchés, ils lui seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas (dont le nom signifie : Jumeau) n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Thomas lui dit alors : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas mis par écrit dans ce livre.
Mais ceux-là y ont été mis afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

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1 février 2014

S’endormir en paix

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

S’endormir en paix

Homélie pour la fête de la Chandeleur / Année A
02/02/2014

Les Français sont les champions du monde – hélas ! – pour la consommation de somnifères, psychotropes et autres antidépresseurs. On dit qu’un Français sur trois souffre de troubles du sommeil. Certains veulent de la musique douce et du noir complet ; d’autres du silence et une petite lumière? Interrogez vos relations et vous serez surpris du nombre de gens qui sont confrontés à ce problème, des rituels et innombrables trucs de grand-mère que beaucoup adoptent pour essayer de s’endormir : de la tisane à l’autohypnose, du bouquin au Stilnox, la venue du sommeil se fait attendre pour tant de gens qui se tournent et se retournent dans leur lit jusqu’au point où la fatigue sera enfin la plus forte…

 

Tout est à complies

Les chrétiens aussi ont un truc à eux le soir tombé. Des centaines de milliers de personnes le mettent en action une fois leur journée terminée. Les prêtres, religieux, religieuses, moines et moniales, et laïcs consacrés le font par choix de vie ; d’autres s’y associent après l’avoir expérimenté avec eux : c’est l’office de complies, le dernier office du jour (du latin completa [hora] = heure qui complète [le jour]).

Très court (cinq minutes environ), il est le dernier souffle remis à Dieu avant que le sommeil ou la mort – car ils sont semblables – n’envahisse tout.

Dans cet office de complies, le cantique de Syméon de notre évangile de la présentation de Jésus au Temple revient invariablement, soir après soir :

« maintenant, ô maître souverain,

tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole,

car mes yeux ont vu le salut que tu prépares la face des peuples,

lumière qui se révèle aux nations

et gloire d’Israël ton peuple ». (Lc 2,29-32)

 

À travers les mots du vieillard de Jérusalem est ainsi répété chaque soir depuis 2000 ans un acte de confiance et d’offrande. Les visages rencontrés ce jour, les actions entreprises – réussies, incertaines ou stériles ? m’ont permis d’entrevoir le salut que Dieu dispense à ceux qui savent le reconnaître.

Ouvrir les yeux sur la grâce reçue permet de les fermer en paix pour accueillir la nuit.

Célébrer la lumière qui guide les nations (le plus souvent sans qu’elles le sachent) permet de se laisser aller dans le sommeil du justifié.

Chanter la gloire d’Israël en terre d’exil, c’est entrer dans le repos de la nuit comme le pèlerin en Terre sainte.

S'endormir en paix dans Communauté spirituelle Aert_de_Gelder_-_Het_loflied_van_SimeonÀ complies, nous lisons, murmurons, chantons ou psalmodions que « tout est accompli » (Jn 19,30) : depuis la résurrection du Christ, la lumière terrasse les ténèbres, si bien que la nuit sert d’écrin à la révélation du jour. Et même si la nuit ne finissait pas, c’est-à-dire si la mort nous emportait ensommeillé, l’émerveillement de Syméon devant l’enfant présenté au Temple serait notre monnaie de passage pour l’autre rive…

 

On retrouve d’ailleurs le laisser-aller évangélique qui fait écho au laisser-faire de Jean-Baptiste. S’endorment en paix ceux qui se laissent aller, parce que la reconnaissance de l’action de Dieu dans leur vie les a libérés de toute volonté de réussir par eux-mêmes. Laisser Dieu agir est la passivité-active caractéristique des croyants. Alors arrive le vrai repos, le repos en Dieu, qui vient du renoncement à l’illusion d’être la source d’un salut quelconque, l’illusion de faire ou d’être par soi-même.

« Dieu comble son bien-aimé quand il dort », dit le psaume (Ps 127,2), après avoir dissipé l’illusion d’être quelque chose par soi-même : « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain ; si le Seigneur ne garde la ville, c’est en vain que veillent les gardes. En vain tu devances le jour, tu retardes le moment de ton repos, tu manges un pain de douleur ».

  

S’en aller en paix

C’est bien cela s’endormir en paix : accepter d’être comblé par Dieu au lieu de le faire par soi-même.

Jour après jour, le salut de Dieu passe par les rencontres, les visages, les cadeaux reçus des autres, les erreurs et les fautes mêmes, relus le soir comme autant de cailloux semés sur le chemin du retour vers l’union à Dieu.

Fêter la Chandeleur, c’est célébrer cette lumière invaincue qu’aucune obscurité ne pourra faire disparaître.

Alors, s’en aller en paix prend la figure de l’endormissement – ou de la mort peu importe – qui permet au serviteur de ne plus faire qu’un avec celui qu’il sert. L’Esprit assouplit en nous ce qui était trop raide, relâche ce qui était trop tendu, défait ce qui était noué, et nous donne de nous abandonner à celui qui nous aime.

gaston_dodo paix dans Communauté spirituelleDormir du sommeil du juste n’est pas le résultat d’exercices de bien-être personnel, d’huiles essentielles, de décoctions savantes ou de comprimés puissants. C’est tout simplement se laisser justifier par Dieu en lui rendant grâce, en lui rendant sa grâce accomplie chaque jour, en reconnaissant le salut qu’il ne cesse de prodiguer à ceux qui le désirent et acceptent de le recevoir.

 

Reprenez donc ce cantique de Syméon avant de vous coucher : moins d’une minute d’action de grâces pour une nuit de repos.

Laissez faire la puissance de la louange qui apprivoisera l’obscurité pour vous.

Quelles que soient les épreuves du moment – et Dieu connaît vos épreuves – quelles que soient les grandes joies qui vous agitent – et Dieu les connaît également – laissez-vous aller dans la paix promise à ceux qui font confiance.

« Maintenant, ô maître souverain,

tu peux laisser ton serviteur s’en aller

en paix selon ta parole… »

Lecture du livre de Malachie

Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que j’envoie mon Messager pour qu’il prépare le chemin devant moi ; et soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. Le messager de l’Alliance que vous désirez, le voici qui vient, dit le Seigneur de l’univers.

Qui pourra soutenir le jour de sa venue ? Qui pourra rester debout lorsqu’il se montrera ? Car il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs.
Il s’installera pour fondre et purifier. Il purifiera les fils de Lévi, il les affinera comme l’or et l’argent : ainsi pourront-ils, aux yeux du Seigneur, présenter l’offrande en toute justice.
Alors, l’offrande de Juda et de Jérusalem sera bien accueillie du Seigneur, comme il en fut aux jours anciens, dans les années d’autrefois.

Psaume : Ps 24, 7.8.9.10

R/ Gloire au Messie de Dieu, gloire à l’envoyé du Seigneur.

Portes, levez vos frontons,
élevez-vous, portes éternelles :
qu’il entre, le roi de gloire !

Qui est ce roi de gloire ?
C’est le Seigneur, le fort, le vaillant,
le Seigneur, le vaillant des combats.

Portes, levez vos frontons,
levez-les, portes éternelles :
qu’il entre, le roi de gloire !

Qui donc est ce roi de gloire ?
C’est le Seigneur, Dieu de l’univers ;
c’est lui, le roi de gloire.

2ème lecture : Le prêtre en tout semblable à nous (He 2, 14-18)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Puisque les hommes ont tous une nature de chair et de sang, Jésus a voulu partager cette condition humaine : ainsi, par sa mort, il a pu réduire à l’impuissance celui qui possédait le pouvoir de la mort, c’est-à-dire le démon,  et il a rendu libres ceux qui, par crainte de la mort, passaient toute leur vie dans une situation d’esclaves.

Car ceux qu’il vient aider, ce ne sont pas les anges, ce sont les fils d’Abraham.

Il lui fallait donc devenir en tout semblable à ses frères, pour être, dans leurs relations avec Dieu, un grand prêtre miséricordieux et digne de confiance, capable d’enlever les péchés du peuple.

Ayant souffert jusqu’au bout l’épreuve de sa Passion, il peut porter secours à ceux qui subissent l’épreuve.

Evangile : La présentation de Jésus Christ au Temple (Lc 2, 22-40 [lecture brève: 2, 22-32])

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici la lumière qui éclaire les nations ! Voici la gloire d’Israël ! Alléluia. (cf. Lc 2, 32

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

[Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus le portèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur, selon ce qui est écrit dans la Loi : Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur.
Ils venaient aussi présenter en offrande le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : un couple de tourterelles ou deux petites colombes.
Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C'était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d'Israël, et l'Esprit Saint était sur lui. L'Esprit lui avait révélé qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Messie du Seigneur. Poussé par l'Esprit, Syméon vint au Temple. Les parents y entraient avec l'enfant Jésus pour accomplir les rites de la Loi qui le concernaient.
Syméon prit l'enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître, tu peux laisser ton serviteur s'en aller dans la paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu ton salut,
que tu as préparé à la face de tous les peuples :
lumière pour éclairer les nations païennes, et gloire d'Israël ton peuple. »]
Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qu’on disait de lui.
Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Vois, ton fils qui est là provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de division. ? Et toi-même, ton c?ur sera transpercé par une épée. ? Ainsi seront dévoilées les pensées secrètes d’un grand nombre. » 

Il y avait là une femme qui était prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.
Demeurée veuve après sept ans de mariage, elle avait atteint l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. S’approchant d’eux à ce moment, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.

Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.
Patrick Braud

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23 décembre 2013

Noël : la trêve des braves

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La trêve des braves

Homélie de la nuit de Noël 2013

 » Joyeux Noël ! «  

C’est ce que nous allons nous souhaiter, ce soir et demain.

 » Joyeux Noël ! « 

C’est également le souhait, prononcé dans un français hésitant, que des soldats allemands ont adressé à des soldats français au milieu du no man’s land entre les tranchées de la guerre de 14-18, quelque part sur le font dans le Nord? Fait authentique qui a suscité la fureur des gradés, voulant poursuivre la boucherie…

Noël : la trêve des braves dans Communauté spirituelle 51M94CKJCCL._SY300_Si vous avez vu le film  tiré de ce fait de guerre, sorti au cinéma il y a quelques années (2005), vous vous souvenez sans doute de cette scène de la fraternisation entre allemands, écossais et français, la nuit d’un Noël de guerre, au milieu de la boucherie des tranchées.

Car l’impensable peut se produire même là, même dans la boue, dans la haine de l’ennemi apprise dès les bancs de l’école. Il aura suffit d’un « Stille Nacht, heilige Nacht » entendu dans la tranchée d’en face, pour que les cornemuses britanniques répondent avec l’« Amazing Grace », et les français rejoignant avec l’accordéon le choeur improvisé des chants de Noël en pleine guerre mondiale…

On va poser le fusil un instant pour aller, une bougie à la main, saluer celui d’en face, lui serrer la main, échanger avec lui cigarettes et chocolat ! Et lui souhaiter « Joyeux Noël » !

Les fraternisations durant 14-18 : la trêve de Noël 1914

Les fraternisations durant 14-18 : la trêve de Noël 1914

On voit alors les hommes se rassembler pour une messe de minuit assez surréaliste, en plein champ de bataille, où les adversaires prient ensemble, où les gradés chantent avec les gars de la troupe, où ceux qui fraternisent sont tout surpris de voir la même humanité sous des uniformes opposés !

Le prêtre anglican qui célèbre la messe de Noël au milieu de cette assemblée étonnante constate avec émotion : « Ce soir, des hommes ont envie de  se rassembler autour d’un simple calvaire, comme on se réchauffe autour d’un feu en hiver ! Même ceux qui n’y croient pas sont venus se réchauffer en écoutant la Parole de Dieu pour oublier la guerre ».

Voila la puissance de Noël : faire que « des ennemis enfin se parlent, des adversaires se tendent la main, des peuples qui s’opposaient acceptent de faire ensemble une partie du chemin » (Préface de la Prière eucharistique pour la Réconciliation n°2).


Dans nos familles, nous avons besoin de cette « trêve de Noël » : autour de la table ce soir, ou au téléphone avec ceux qui sont loin, déposons les armes s’il y a des conflits, faisons la paix s’il y a des motifs de querelles ; retrouvons nos frères, nos soeurs, nos enfants, nos proches sans arrière-pensée, avec le seul désir d’être en paix, avec le seul drapeau du pardon, avec pour seule tranchée la conviction de partager un destin commun.
Car dans nos familles aussi il y a des guerres inhumaines, alors que nous sommes capables de tant de fraternité lorsque chacun s’y met !


Cet enfant, vulnérable et désarmé, sur la paille de la mangeoire, vient nous rendre nous-mêmes vulnérables et désarmés.
Vulnérables à la tendresse de nos proches, aux gestes et aux paroles d’affection qui ce soir nous toucheront vraiment.
Désarmés, c’est-à-dire : renonçant à la violence, renonçant à la maîtrise de l’autre, à la mainmise sur l’autre, qu’il ait 12 ans ou 80 ans, qu’il soit le conjoint ou le frère.

47814976 braves dans Communauté spirituelle


Ce soir, laissons la grâce de Noël nous changer, nous transformer, faire fondre nos coeurs, à l’image des poilus de 14 qui écrivaient : « On en peut pas se tuer une nuit de Noël? » (Julien Arène, les carnets d’un soldat, Paris, 1917)


Et demain, revenus dans nos entreprises, notre milieu professionnel, amical, dans notre quartier, nous pourrons laisser la joie de Noël continuer à faire son chemin en nous : pourquoi ne pas voir en chacun ce compagnon d’humanité pour lequel le Christ est venu sur terre ?

Il est toujours possible de fraterniser, même quand on ne partage pas les mêmes idées, les mêmes coutumes, la même religion.


Que l’enfant de la crèche nous aide à ne jamais désespérer de cette capacité de fraternisation que chacun de nous porte en lui !

Frohe Weihnachten !

Merry Christmas !

 

Joyeux Noël!…

Messe de la Nuit

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.
Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Psaume : Ps 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13ac

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né :
c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.
C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux,
et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur !Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ? ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. ?
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte,
mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud

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