L'homelie du dimanche

23 juillet 2018

De l’achat au don

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De l’achat au don

 

Homélie pour le 17° dimanche du temps ordinaire / Année B
29/07/2018

Cf. également :

Foule sentimentale
Multiplication des pains : une catéchèse d’ivoire
Le festin obligé
Épiphanie : l’économie du don
Donnez-leur vous mêmes à manger
Les deux sous du don…
Le jeu du qui-perd-gagne
Un festin par dessus le marché
L’eucharistie selon Melchisédek


On sait que Jean ne raconte pas la Cène dans son Évangile, alors qu’il y était ! À la place, il met pendant la veille de la mort de Jésus le geste du lavement des pieds, indiquant ainsi un premier lien très fort entre l’eucharistie et le service (la diaconie) fraternel et amical. Dans l’Évangile de ce dimanche (Jn 6), Jean établit un autre lien tout aussi fort entre l’eucharistie et le don (reçu, rendu).
Voyons comment, en faisant attention aux mots employés par Jean.


La Cène des 5000 et des 12

« Le voyageur, épuisé par la nuit et qui demande du pain, en réalité désire l’aurore. Notre message éternel d’espérance, c’est que l’aurore viendra ! » [1]

De l'achat au don dans Communauté spirituelle J%C3%A9sus-et-la-multiplication-des-painsC’est d’eucharistie qu’il s’agit plus que de multiplication des pains en fait dans ce texte. Le vocabulaire grec est explicite. On n’est pas devant une mise en scène d’un miracle, mais au cœur d’une liturgie matricielle de notre liturgie eucharistique. La mention de la proximité de la Pâque des Juifs nous met la puce çà l’oreille dès le début (v4).

Le premier verbe qui y fait penser est évidemment le verbe eucharistier lui-même au verset 11 :
« Jésus prit donc les pains, et ayant eucharistié (eucharistēsas) … »
Jésus rend grâce par avance à son Père, comme il le fera pour relever Lazare. Il se reçoit comme fils dans cette relation intime, et c’est en reconnaissant la grâce filiale qui lui est faite que Jésus pourra la partager à la foule. Il se reçoit (de son Père) pour mieux se donner (aux hommes). Il inspire (il reçoit le souffle, l’Esprit de son Père) et nous pouvons nous nourrir de son expiration (le souffle de vie qui communique à ceux qui veulent bien le recevoir). C’est de l’attitude eucharistique de Jésus que découlera l’abondance de nourriture pour tous.

D’ailleurs, ces gens allongés sur l’herbe (rappel de l’Exode) ne sont pas appelés foule ni disciples. Les 5000 personnes (allusion au 5 de la Loi, du Pentateuque) sont dénommés convives (anakeimenois = ceux qui sont allongés à la même table, v11) ! Curieux terme pour un pique-nique sur l’herbe ! Être des convives suppose un repas organisé, un banquet auquel tous participent à égalité comme invités, conviés à la même table, partageant une même nourriture vitale.

Mathieu précise que c’est l’habitude de Jésus de se mettre à table avec des publicains et des pécheurs, faisant d’eux ses convives au grand scandale des juifs pratiquants (Mt 9,10).

Ce mot convive est utilisé également pour Lazare, Marthe et Marie, attablés avec Jésus à Béthanie, pour la célèbre onction d’une ‘femme de rien’ gaspillant une somme considérable en parfum sur les pieds de Jésus (Jn 12,2). Là encore, la logique de la gratuité prévaut sur celle de l’utilité.

Convive est également le mot employé pour désigner les participants au dernier repas (Jn 13,23. 28). Jean est le seul des quatre Évangiles à introduire l’opposition acheter/donner dans cette Cène, à travers le personnage de Judas et de ses 30 deniers : « achète ce dont nous avons besoin pour la fête » (Jn 13,29).

On voit donc que les 5000 sont traités comme d’authentiques participants au repas eucharistique.

Un autre indice de la vision eucharistique du récit est l’emploi du mot fragments : « ramassez les fragments en surabondance ». Cela fait évidemment penser à la fraction du pain grâce à laquelle les disciples d’Emmaüs reconnaissent le Ressuscité (Lc 24,34). L’expression « fraction du pain » a longtemps été équivalente au terme « eucharistie », ou au « repas du Seigneur ».

Les fragments en surabondance remplissent 12 paniers : c’est donc que l’eucharistie nourrit largement au-delà du peuple de la Loi juive. Rassembler (synagagete, d’où vient le mot synagogue) les fragments surabondants pour nourrir les absents annonce déjà la mission de l’Église, prenant le relais de la synagogue, pour « rassembler dans l’unité des enfants de Dieu dispersés » (Jn 11,52). C’est une mission de plénitude, comme l’indique le verbe remplir (egemisan) utilisé ici comme pour les jarres de Cana (Jn 2,7) ou le Temple de l’Apocalypse rempli de la prière des saints (la fumée de l’encens ; Ap 15,8), ou la maison des noces que le roi désire remplir au maximum, même avec des invités peu recommandables (Lc 14,13).

Cette visée de plénitude assignée à l’eucharistie est renforcée par l’expression du verset 12 : « afin que rien ne se perde », qui rappelle étrangement le désir du Père exprimé  par Jésus : « c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné …» (Jn 6,39). L’eucharistie vise à ce que personne ne se perde…

Elle accomplit ainsi la première Alliance telle que notre première lecture de ce Dimanche nous le raconte, à travers la geste d’Élisée annonçant celle de Jésus :

« En ces jours-là, un homme vint de Baal-Shalisha et, prenant sur la récolte nouvelle, il apporta à Élisée, l’homme de Dieu, vingt pains d’orge et du grain frais dans un sac. Élisée dit alors : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent. » Son serviteur répondit : « Comment donner cela à cent personnes ? » Élisée reprit : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : ‘On mangera, et il en restera.’ » Alors, il le leur donna, ils mangèrent, et il en resta, selon la parole du Seigneur. » (2 R 4, 42-44)


De l’achat au don

Une fois le contexte eucharistique solidement établi, Jean en expose très clairement une dimension structurante : la liturgie a pour but de nous faire passer de l’achat au don, de la prise à la réception, de la mainmise à l’accueil.

Il le fait au travers d’une opposition radicale entre acheter et distribuer. C’est ainsi que Jésus tente Philippe. En lui proposant d’aller au marché (agora) acheter (agorasōmen en grec) de quoi nourrir la foule. Jésus sait bien qu’il est illusoire d’acheter la grâce, et il met Philippe à l’épreuve (peirazōn = éprouver, tenter) comme lui-même a été mis à l’épreuve au désert (Satan tente Jésus : c’est le même verbe). Philippe constate l’impossibilité de se baser sur la logique marchande pour nourrir cette foule. Alors Jésus distribue largement, en surabondance, le pain qui fait vivre. Et il le distribue lui-même, directement, en personne, contrairement aux synoptiques qui insistent sur la médiation de l’Église (« donnez-leur vous-même à manger »). On voit mal concrètement comment Jésus aurait pu distribuer seul de quoi manger à 5000 hommes… C’est donc une mention symbolique, pour indiquer que le don vient du Christ seul, sans que l’homme ou même l’Église puisse y ajouter quelque chose.

multiplication des pains

Cette opposition radicale entre l’achat et le don se retrouve dans d’autres passages sous la plume de Jean :

- avant la rencontre avec la Samaritaine, les disciples sont partis acheter en ville de quoi manger. À cause de ces achats, ils vont manquer la révélation de la gratuité absolue de la vie divine : « Donne -moi à boire… Si tu savais le don de Dieu… »

- dans l’épisode des marchands chassés du Temple, les synoptiques parlent du Temple comme d’une « caserne de voleurs » alors que Jean stigmatise une « maison de commerce ». Or le vol n’est pas le commerce. Jean disqualifie donc ici radicalement toute tentative de faire du commerce avec Dieu, d’acheter ses grâces ou d’en faire trafic.

- dans le discours sur le bon Pasteur, la figure du mercenaire, salarié pour de l’argent, est opposée à celle du berger qui donne sa vie pour ses brebis.

- on a vu qu’au cœur de la Cène, chez Jean uniquement, Judas sort pour acheter de quoi faire la fête (comme si la fête s’achetait !) alors que Jésus va se donner gratuitement, jusqu’au bout.

- cette opposition entre Judas qui achète et la grâce qui gaspille se prolonge dans l’onction à Béthanie comme on l’a vu. Offrir gratuitement un parfum de prix pour aimer Jésus vaut mieux que calculer une aide sociale pour les pauvres (toujours intéressée, car elle fait du pauvre un obligé…).

Quoi qu’on en dise la mode politique actuelle, nul ne peut « en même temps » acheter et recevoir, commercer et accueillir. « Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Mt 6,24), prévient Jésus.

Afficher l'image d'origineRésumons-nous : le chapitre 6 de Jean nous décrit moins un miracle de multiplication des pains qu’une liturgie eucharistique. Le Christ nous y apprend à ouvrir la main pour recevoir au lieu de prendre. Il conteste la logique de l’achat pour lui substituer celle du don. Il indique le don comme chemin pour vivre soi-même (don reçu, cf. « Jésus, ayant eucharistié… ») et faire vivre l’autre (don partagé, cf. « Jésus distribua le pain »).

Or passer de l’achat au don n’est pas l’affaire d’un instant. C’est la conversion de toute une vie : apprendre à se recevoir pour mieux se donner.

L’Esprit du Christ, son don ultime sur la croix (Jn 19,29 : « il remit l’Esprit »), nous initie à ce mode de vie proprement eucharistique, qui fait de la circulation du don le sang irriguant la vraie vie en nous.

 

Economie du don

 

_______________________________
[1]
. Martin Luther KING, La force d’aimer, Casterman, 1964, p. 78-86

Lectures de la messe 

Première lecture
« On mangera, et il en restera » (2 R 4, 42-44)

Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, un homme vint de Baal-Shalisha et, prenant sur la récolte nouvelle, il apporta à Élisée, l’homme de Dieu, vingt pains d’orge et du grain frais dans un sac. Élisée dit alors : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent. » Son serviteur répondit : « Comment donner cela à cent personnes ? » Élisée reprit : « Donne-le à tous ces gens pour qu’ils mangent, car ainsi parle le Seigneur : ‘On mangera, et il en restera.’ » Alors, il le leur donna, ils mangèrent, et il en resta, selon la parole du Seigneur.

Psaume
(Ps 144 (145), 10-11, 15-16, 17-18)
R/ Tu ouvres la main, Seigneur : nous voici rassasiés. (Ps 144, 16)

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Les yeux sur toi, tous, ils espèrent :
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
tu ouvres ta main :
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies,
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de tous ceux qui l’invoquent,
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

Deuxième lecture
« Un seul Corps, un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême » (Ep 4, 1-6)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix. Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous.

Évangile

« Ils distribua les pains aux convives, autant qu’ils en voulaient » (Jn 6, 1-15) Alléluia. Alléluia.
Un grand prophète s’est levé parmi nous : et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16) 

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade. Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades. Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples. Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche. Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui. Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? » Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. » Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit : « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! » Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes. Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient. Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. » Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.
À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. » Mais Jésus savait qu’ils allaient l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.
Patrick BRAUD

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5 août 2015

Le caillou et la barque

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Le caillou et la barque

 

Homélie du 19° dimanche du temps ordinaire / Année B
09/08/2015

 

« Imitez Dieu »

Paul n’y va pas par quatre chemins : « cherchez à imiter Dieu » (Ep 4,30- 5,2).

Il est fou de mettre la barre si haut !

On n’est pas des héros, et Dieu est inaccessible comme le rappelle Jésus dans notre évangile : « personne n’a jamais vu le Père ». Comment imiter quelqu’un qu’on ne voit pas ? Le mimétisme repose sur la reproduction de ce qui est vu et entendu. C’est ainsi que les bébés apprennent à sourire, à parler, à marcher… Mais Dieu est invisible ! Et lui c’est lui, nous c’est nous. C’est littéralement surhumain que d’essayer d’agir comme Dieu !

Comment sortir de cette aporie ?

 

Le Christ, icône de Dieu

Le caillou et la barque dans Communauté spirituelle 34524632dieu-jesus-et-l-esprit-saint-jpgLa solution chrétienne à cette impasse est assez élégante. Oui, Dieu est invisible, mais en Jésus de Nazareth il s’est donné à voir, à toucher, à suivre. Dans les évangiles, nous voyons le Christ incarner dans ses gestes, ses paroles, ses attitudes, l’amour même qu’est Dieu. Il accueille les damnés de la terre, il fréquente les intouchables, il est saisi de compassion et guérit autant qu’il peut les malades. Sa vie et son exemple sont si concrets qui nous est facile de savoir en le regardant comment Dieu se comporte. « Qui m’a vu a vu le Père ».

Pourtant, savoir n’est pas encore faire de même.

Nous voyons le Christ pardonner, et nous avons du mal à l’imiter.

Nous le voyons soigner le soldat venu l’arrêter, aller jusqu’à aimer ses bourreaux qui le crucifient, et là nous disons : stop ! Je ne suis pas le bon Dieu, je ne peux pas aller jusque-là…

 

Le caillou et la barque

Alors comment pratiquer ce que Paul commande ? « Vivez ».

Peut-être en voyant en Jésus de Nazareth un passeur plus qu’un modèle.

 Un jour, un chef scout interrogeait un louveteau qui préparait sa promesse :

-  Si je prends un caillou gros comme ça et que je le pose à la surface d’un fleuve, va-t-il couler au fond ou surnager ?
-  Il coulera bien sûr !
-  Et si je prends 100 grosses pierres, que je les place dans une barque et que je pousse la barque au milieu du fleuve, ces pierres vont-elles couler au fond ou surnager ?
-  Elles surnageront, et traverseront le fleuve grâce à la barque.
-  Alors 100 pierres et une barque sont plus légères qu’un seul caillou ?…

L’enfant tout confus ne savait plus quoi répondre.

Le chef scout continua :
- Imagine que le gros caillou c’est la promesse. Si tu comptes la porter tout seul, tu risques de couler en cours de route. Imagine que les 100 grosses pierres sont les commandements de la loi scoute et les principes, les maximes qui vont avec, et que la barque est ton amitié avec Jésus. Alors tu vois que, porté par l’amitié du Christ, tu vas pouvoir traverser le fleuve sur la barque, c’est-à-dire observer les commandements scouts et y être fidèles.

Le Christ est-il pour nous un exemple ou un passeur ? En latin, on dirait : le Christ est-il pour vous exemplum (exemple moral) ou sacramentum (sacrement qui nous fait passer en Dieu) ?

L’exemple (exemplum), c’est celui qu’il faut suivre en faisant plein d’efforts pour être comme lui.

Mais le risque est grand de faire comme le gros caillou qui voulait flotter tout seul et qui a coulé au fond.

Le passeur (sacramentum), c’est la barque qui prend sur elle les 100 pierres. Cette barque les maintient à flot, et les fait traverser le fleuve sur l’autre rive.

« Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements », nous assure le Christ dans l’évangile de Jean. En liant ainsi amour et fidélité, Jésus se révèle plus passeur qu’exemple.

C’est dans l’amour pour lui que nous trouverons le courage de la fidélité, et non l’inverse. Il ne s’agit pas tant de faire des efforts pour être fidèles que d’approfondir notre amour pour lui,  et alors la fidélité viendra.

C’est un peu semblable dans l’amitié ou le couple : c’est souvent la tiédeur qui engendra l’infidélité, la routine qui provoque l’éloignement, le manque d’intensité qui suscite la trahison…

« Si vous m’aimez, nous resterez fidèles à mes commandements ».

 

Le Christ, passeur de Dieu.

Imiter le Christ, ce n’est pas être raidi dans un effort moral pour lui ressembler. C’est au contraire laisser son Esprit, dans la communion avec lui, nous transformer en retour.

Moi je ne sais pas pardonner, mais le Christ en moi peut aimer mes ennemis.

Moi j’ai du mal à me livrer, mais uni au Christ « livré pour la multitude », ce travail se fait en moi, par lui, avec lui et en lui. Comme l’écrit Paul : « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi ». L’imitation de Jésus-Christ a été un best-seller de la chrétienté. Ce petit ouvrage pouvait quelquefois verser dans le moralisme, mais le plus souvent il suivait ce fil d’Ariane : reste greffé au Christ, et il opérera en toi de grandes choses.

4646947_le_passeur__fond_creme02_WEB communion dans Communauté spirituelle 

L’imitation juive

Les juifs, nos frères aînés (Jean-Paul II), ont à coeur eux aussi d’imiter Dieu. Comme il n’y a pas de médiateur à leurs yeux, ils pratiquent cette imitation à partir de deux sources, toujours valable pour les chrétiens : la Bible, et l’éthique.

torah-with-pointer exempleLa Bible

Car l’Écriture dévoile l’image de Dieu en l’homme, en chaque homme. Par exemple, si les juifs les premiers appellent Dieu : notre père, ce n’est pas parce que Dieu  ressemblerait à nos parents, mais parce que à l’inverse nos parents sont créés à l’image de Dieu, source de toute paternité et de toute vie. C’est en scrutant les Écritures, en prenant le temps de l’étude des textes, qu’un père découvrira comment Dieu est Père en plénitude, qu’une mère découvrira les entrailles de Dieu à la source de son amour pour ses enfants. La Bible - lue, étudiée, psalmodiée - est la référence première pour qui veut aimer comme Dieu aime.

 

9782743604042 imitationL’éthique

La deuxième référence juive est sans aucun doute l’éthique. Respecter les 613 commandements est la base une vie humaine droite, telle que Dieu l’a voulue : à son image. Le philosophe Emmanuel Levinas par exemple a écrit des pages admirables sur cette primauté de l’éthique dans la pensée juive. Celui qui respecte l’altérité des autres êtres humains, en le considérant comme un impératif absolu, celui-là agit selon le coeur de Dieu. Évidemment, pour les chrétiens, l’éthique demeure : c’est bien un chemin pour ressembler à Dieu. Mais en régime chrétien, l’éthique est davantage une conséquence qu’un préalable. Ce qui compte, c’est la vie dans l’Esprit saint, dont le fruit sera une éthique venant de l’intime de Dieu. La grâce est plus fondamentale que la loi, l’Esprit plus que la lettre, la communion plus que la morale. Sans que pour autant les premiers contredisent les seconds : au contraire, ils les accomplissent.

 

Imiter Dieu n’est pas un marathon épuisant : c’est une transformation qu’il nous est donné de vivre en participant à l’amour divin.

En communion au pain vivant descendu du ciel, comme l’écrit Jn 6, nous ravivons en nous le désir d’agir comme le Christ, parce que unis à lui ; nous ranimons la faim  d’aimer comme lui parce que aimés par lui.

C’est ainsi que nous est donnée jour après jour la force d’imiter Dieu en toutes choses.

 

 

1ère lecture : Élie fortifié par le pain de Dieu (1R 19, 4-8)

Lecture du premier livre des Rois

Le prophète Élie, fuyant l’hostilité de la reine Jézabel, marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant : « Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères. »
Puis il s’étendit sous le buisson, et s’endormit. Mais voici qu’un ange le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! »
Il regarda, et il y avait près de sa tête un pain cuit sur la braise et une cruche d’eau. Il mangea, il but, et se rendormit.
Une seconde fois, l’ange du Seigneur le toucha et lui dit : « Lève-toi, et mange ! Autrement le chemin serait trop long pour toi. »
Élie se leva, mangea et but. Puis, fortifié par cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu’à l’Horeb, la montagne de Dieu.

Psaume : 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9

R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !

Je bénirai le Seigneur en tout temps, 
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur : 
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur, 
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond : 
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira, 
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend : 
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe à l’entour 
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! 
Heureux qui trouve en lui son refuge !

2ème lecture : Vivez dans l’amour (Ep 4, 30-32; 5, 1-2)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frère, en vue du jour de votre délivrance, vous avez reçu en vous la marque du Saint Esprit de Dieu : ne le contristez pas. Faites disparaître de votre vie tout ce qui est amertume, emportement, colère, éclats de voix ou insultes, ainsi que toute espèce de méchanceté. Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. Pardonnez-vous les uns aux autres, comme Dieu vous a pardonné dans le Christ.

Oui, cherchez à imiter Dieu, puisque vous êtes ses enfants bien-aimés. Vivez dans l’amour, comme le Christ nous a aimés et s’est livré pour nous en offrant à Dieu le sacrifice qui pouvait lui plaire.

Evangile : Le pain de la vie éternelle (Jn 6, 41-51)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es le pain vivant venu du ciel, Seigneur Jésus. Qui mange de ce pain vivra pour toujours. Alléluia. (cf. Jn 6, 50-51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Comme Jésus avait dit : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel », les Juifs récriminaient contre lui : « Cet homme-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel’ ? »
Jésus reprit la parole : « Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi. Certes, personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. Moi, je suis le pain de la vie.
Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Patrick Braud

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1 août 2014

2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

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2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

Homélie du XVIII° dimanche du temps ordinaire / Année A
03/08/2014

Après le rite juif du repas pascal (le Seder Pessah), les enfants autour de la table entonnent quelques comptines liées à la fête. Et notamment ce curieux « chant des nombres » qui est à lui seul une belle catéchèse sur la symbolique des nombres : 

E’HOD MI YODEA – CHANT DES NOMBRES

« Un, je sais ce qui est un.
Unique est notre Dieu, Lui qui vit et Lui qui plane sur la terre et dans les cieux.

Deux, voilà qui est plus ; je sais ce qui est deux : deux, ce sont les Tables de la Loi.

Unique est notre Dieu…

Treize, voilà qui est plus ; je sais ce qui est treize.
Treize, ce sont les attributs (divins) ;
douze, les tribus d’Israël;
onze, les songes (de Joseph);
dix, les Commandements;
neuf, les mois de la grossesse;
huit, la circoncision;
sept, la célébration du Shabbat;
six, les ordres de la Michna ;
cinq, les Livres de la Thora;
quatre, les Mères ;
trois, les Patriarches;
deux, les Tables de la Loi.

Unique est notre Dieu, Lui qui vit et Lui qui plane sur la terre et dans les cieux. »

On le voit : tout est symbolique dans le repas pascal juif, et l’eucharistie chrétienne assume pleinement cette symbolique. Les aliments (oeuf dur, os d’agneau grillé, herbes amères…), les vêtements (talith…), la lumière (la menorrah), les quatre questions de quatre enfants : tout renvoie à une lecture de l’histoire autre qu’un récit journalistique.

Le chant des nombres s’inscrit dans cette interprétation du monde où les nombres ne sont pas là par hasard, mais pour nous aider à déchiffrer l’événement raconté.

2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l'eucharistie dans Communauté spirituelle rdv_pessah_plateau_seder_27

  

La première multiplication : 5,7 et 12

Le nombre 5

bible_4 Bible dans Communauté spirituelleIl en est bien ainsi dans cette première version de la multiplication des pains en Mt 14,13-21. Les nombres qui y sont placés ont un sens. Les 5000 hommes présents ne sont pas comptés à la manière de la préfecture de police ni des manifestants lors d’une même protestation populaire ! Ils renvoient à la signification du nombre 5, multiplié par 1000 (donc étendu à tous). D’après nos enfants du Seder Pessah, il s’agit d’une foule de la Torah (les cinq livres du Pentateuque), essentiellement juive donc. Cela est confirmé par les 5 pains dont disposent les disciples (et non un jeune garçon comme en Mc). Les rompre, c’est ouvrir ces 5 livres, les travailler, les étudier, les interpréter *. Les distribuer à la foule, c’est nourrir le peuple juif d’une interprétation renouvelée de la Torah, où le commandement de l’amour accomplit toute la Loi. La foule n’a pas besoin de s’en aller ailleurs : elle a dans l’Écriture tout ce qu’il lui faut pour nourrir sa faim de vivre et de chercher Dieu.

Le nombre 2

Et les 2 poissons ? Pourquoi sont-ils mentionnés, alors que le texte semble indiquer qu’ils ne sont pas distribués en nourriture avec les cinq pains ? (ils sont pourtant « eucharistiés » : Jésus prononce la bénédiction juive et rituelle sur eux ensemble)

D’après la comptine chantée par les enfants à Pâques, 2 est le nombre des tables de la Toi. Mais ce serait alors une symbolique redondante avec les 5 pains. Saint Augustin, le nombre 2 désigne le couple prêtre / roi qui recevaient l’onction pour gouverner le peuple. Les 2 poissons renvoient alors pour lui à la personne du Christ, l’Oint de Dieu chargé de conduire l’Église. Mais, problème : il manque le prophète, qui lui aussi reçoit l’onction de Dieu.

Pour Saint Ambroise de Milan, les 2 poissons renverraient aux 2 Testaments, destinés à devenir l’unique nourriture du nouvel Israël. Mais, problème : ces deux poissons ne sont justement pas distribués en nourriture…

Il faut sans doute interpréter ensemble le symbolisme du nombre 2 et celui des poissons à qui il est associé ici.

sym_061110b eucharistie

On a retrouvé des poissons dessinés, gravés et peints sur les murs des catacombes chrétiennes des premiers siècles. C’était un signe de reconnaissance et de ralliement en période de persécutions romaines. Car le mot poisson (ictus en grec) est l’acronyme désignant la véritable identité de Jésus. Iesus Christos Theo Uïos Sôter = Jésus Christ fils de Dieu Sauveur. Le poisson cache donc l’affirmation nouvelle de la foi chrétienne : Jésus est vraiment Dieu et vraiment homme, deux  natures réunies en une seule personne. Les 2 poissons visent sans doute 

cette affirmation christologie si centrale – et si dangereuse – au moment où Mathieu écrit son évangile (70-90). On n’est pas loin de l’interprétation de Saint Augustin, mais c’est l’union du divin et de l’humain en Jésus qui est en jeu plus que celle du roi et du prêtre.

Ajoutons que dans la tradition juive, il faut toujours au moins 2 témoins pour que leurs témoignages soient pris en compte au tribunal. Les 2 poissons attestent que Jésus de Nazareth est vraiment le Christ attendu par Israël, annoncé par l’Écriture, qui conduit l’Église à travers le désert en la nourrissant de la Parole de Dieu partagée à tous.

 

Le nombre 7

 exégèseAu passage se profile le nombre 7 : 5 pains + 2 poissons. La comptine pascale l’associe à juste titre au shabbat. Ce premier récit de la multiplication des pains s’adresse donc à Israël : nulle volonté ici d’abolir le shabbat. Au contraire, Jésus veut lui donner tout son sens. Les premiers chrétiens annonçaient l’Évangile en se servant du réseau des synagogues tout autour de la Méditerranée, et donc en respectant le shabbat, en profitant de la liturgie du samedi à la synagogue pour commenter les Écritures à la lumière de la Pâque du Christ.

Ce n’est qu’après la séparation violente d’avec la synagogue (vers 90) que le dimanche chrétien (le jour du Seigneur) supplantera le shabbat, sans pour autant en perdre le sens du repos et de l’Alliance qu’il véhicule.

En Mt 14, le respect du shabbat est bien en filigrane des premières assemblées judéo-chrétiennes (les adventistes « du septième jour » s’inscrivent dans cette tradition).

 

Le nombre 12

« On ramassa 12 paniers ».

Impossible de ne pas y voir le symbole des 12 apôtres, eux-mêmes prolongeant et accomplissant les 12 tribus d’Israël (cf. les 12 portes de la Jérusalem céleste dans l’Apocalypse). C’est donc la plénitude de l’Église, « l’Israël de Dieu », que visent ces 12 paniers. Toute l’Église est nourrie en plénitude du pain partagé par Jésus : ici le premier Testament, bientôt le pain eucharistique qui y sera associé.

Comme 5 + 7 = 12, on voit que l’on retrouve ce que l’on évoquait précédemment : l’Écriture partagée lors du shabbat nourrit l’Église judéo-chrétienne et lui permet de traverser ses déserts.

njerusalemgems Jésus 


La seconde multiplication : 3, 4 et 7

Le symbolisme des nombres permet d’interpréter le deuxième récit de multiplication des pains comme s’adressant cette fois-ci aux non-juifs (Mt 15,32?39).

4000 hommes sont nourris et il reste 7 paniers (au lieu de 5000 et 12). On ne sait pas combien il y a de poissons ; par contre on sait que la foule jeûne depuis 3 jours. Le nombre 3 renvoie ici aux 3 jours du Christ au tombeau : la foule est associée à la Passion et la Résurrection de Jésus en jeûnant symboliquement 3 jours avec lui. Nul doute qu’il y ait ici un écho du cheminement catéchuménal des baptisés adultes  venant du paganisme au moment où Mathieu écrit. Les 4000 hommes évoquent alors la totalité de l’humanité nourrie par l’eucharistie (4 = les quatre points cardinaux = l’univers entier). Les 7 paniers ne renvoient plus aux tribus d’Israël, mais à tous les peuples de la terre créée lors des 7 jours symboliques de la Genèse.

Ce second récit est donc une catéchèse eucharistique et ecclésiale pour les païens, alors que le premier l’était pour les juifs.

Les deux multiplications superposées

Nous sommes 2000 ans après l’événement. Nous gardons la mémoire de ces deux catéchèses. Et nous pouvons légitimement les superposer en une seule pour aujourd’hui : l’Église se situe bien dans le prolongement d’Israël, dont elle n’abolit pas la vocation, mais cherche à l’accomplir pour toutes les nations.art-plastique-autel-tibouchi-2 nombresAinsi le premier but de nos assemblées est de rompre le pain de la Parole de Dieu telle que les deux Testaments donnent à la ruminer. Tous doivent y avoir accès : c’est la responsabilité des apôtres. L’eucharistie est indissolublement le lieu où la Parole se multiplie en la partageant, et où le pain eucharistique nourrit la faim  spirituelle des chercheurs de Dieu actuels. « Dum dividetur, augetur » commentait Saint Augustin : lorsqu’il est partagé, le pain (de la parole, de l’eucharistie) augmente.

Il y a donc 2 tables (encore 2 !) à l’eucharistie : la table où l’Écriture se fait Parole, et la table où le corps du Christ est rompu et distribué. L’ambon et l’autel sont inséparables. À tel point que Vatican II a réaffirmé solennellement cette doctrine des deux tables que nous avions un peu oubliée dans le monde catholique :

« L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a toujours fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. »
Concile Vatican II, Dei Verbum 21 (cf. SL 48 ;51 ;56).

La parole et le corps / le corps et la parole : ne séparons pas dans nos assemblées ce que Dieu a uni en Jésus-Christ, comme l’atteste les deux multiplications des pains dans l’évangile de Mathieu.

_________________________________________________________________

* Les 5 maris de la Samaritaine (Jn 4,18) peuvent renvoyer à ces 5 livres de la Loi, les seuls livres que les samaritains ont conservés. On pense également aux 5 vierges sages (Mt 25,2) ou aux 5 mois du mal causé par les criquets (Ap 9,10). Ou encore aux 5 portiques de Béthesda (Jn 5,8), ou aux 5 mois où Elisabeth se tient cachée (Lc 1,24) etc. 

 

1ère lecture : Dieu nourrit son peuple (Is 55, 1-3)

Lecture du livre d’Isaïe

Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer.
Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc : mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses !
Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je ferai avec vous une Alliance éternelle, qui confirmera ma bienveillance envers David.

Psaume : Ps 144, 8-9, 15-16, 17-18

R/ Tu ouvres la main : nous voici rassasiés.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses oeuvres.

Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : 
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
tu ouvres ta main : 
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies, 
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de ceux qui l’invoquent, 
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

2ème lecture : Rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ(Rm 8, 35.37-39)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le supplice ? Non, car en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur.

Evangile : Jésus nourrit la foule (Mt 14, 13-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur a nourri son peuple au désert, il l’a rassasié du pain du ciel. Alléluia. (cf. Ps 77, 24)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger ! »
Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les moi ici. »
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
Patrick BRAUD

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16 février 2013

L’homme ne vit pas seulement de pain

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’homme ne vit pas seulement de pain

Homélie du 1° Dimanche de Carême / Année C
17/02/2013

« L’homme ne vit pas seulement de pain » (Lc 4,1-13).

Célébrissime phrase de Jésus, devenue comme bien d’autres un adage.

L'homme ne vit pas seulement de pain dans Communauté spirituelle tttRéflexion qui prend tout son sens en temps de crise économique. Parce que les temps sont difficiles (plans sociaux, baisse du pouvoir d’achat etc.), certains voudraient nous faire croire que les seules questions importantes sont d’ordre économique : chômage, croissance, austérité, réduction des déficits publics etc.

Bien sûr, ces préoccupations sont centrales et majeures.
Bien sûr, lutter pour que chacun puisse subvenir aux besoins matériels de sa famille est une priorité.

Mais cela ne disqualifie pas pour autant les autres aspirations humaines. Et cela ne met pas hors-jeu les autres débats sur les questions sociétales tout aussi importantes : aujourd’hui le « mariage pour tous » ; demain les lois sur la PMA, la GPA ; et après-demain les débats sur la fin de vie, la bioéthique etc.

Si l’homme ne vit pas seulement de pain, cela implique que les questions de société l’intéressent autant que l’emploi et le salaire. Ce serait revenir un matérialisme pur et dur que de dénier à ceux qui souffrent économiquement le droit d’avoir en même temps d’autres aspirations.

Citons quelques exemples de faims différentes :

- Une association d’accueil de SDF organise régulièrement des sorties à l’Opéra, grâce à des billets offerts par la municipalité. Pourquoi offrir l’Opéra à des SDF au lieu de les inviter au restaurant ? Les participants répondaient eux-mêmes : « c’était beau ! » ; ou « on était transporté ailleurs » ; ou « jamais je n’aurais cru pouvoir entrer là ».

Si l’homme ne vit pas seulement de pain, alors il vit également de culture, de beauté.

- Le père Joseph Wrezinski, fondateur d’ATD Quart-monde, a créé une université populaire du quart-monde rue des Grands Degrés à Paris. Pourquoi une université avec et pour les familles du quart-monde ? Parce que ce peuple vit de son histoire, de son identité, de ses valeurs affirmées tout au long de ces combats, et pas seulement des aides aux subventions qu’il pourrait quémander. Les bibliothèques de rue d’ATD qui sillonnent les bas d’immeubles des cités d’urgence ouvrent aujourd’hui encore les gamins des abris de fortune à la faim de lire, à la soif de découvrir, de savoir.

- Marx voulait remettre Hegel les pieds sur terre, en affirmant – contre l’idéalisme allemand – que le moteur de l’histoire était dans les luttes sociales et pas dans les idées. Pour les marxistes avec lui, les valeurs morales sont le reflet des rapports sociaux où certains dominent les autres et imposent leur conception de l’existence. La religion n’est alors qu’une superstructure produite par les infrastructures économiques et tout entière dépendante d’elles.

Ce matérialisme historique, qui se voulait scientifique, on le croyait mort avec la chute du mur de Berlin en 1989. Et pourtant son cadavre bouge encore chez les dogmatiques de gauche comme chez les ultralibéraux qui s’alignent dessus sans le savoir. Croire que la tâche du politique ne réside que dans les transformations économiques relève d’un matérialisme étonnant. Croire que la morale, la spiritualité ou la culture n’appartiennent qu’à la vie privée suppose une vision très matérialiste de l’être humain.

- Réduire le développement de l’Afrique à des programmes humanitaires de productions agricoles ou industrielles peut se révéler meurtrier du génie africain, et finalement très colonialiste.

- Si l’homme ne vit pas seulement de pain, alors il faut se battre pour que la lecture des grandes oeuvres littéraires, l’écoute des chefs-d’oeuvre de la musique classique ou l’initiation aux impressionnistes ne soit pas réservée à des élites.

On attribue (faussement) à Goebbels cette phrase traduisant le mépris du nazisme vis-à-vis de toute forme de spiritualité : « quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver »  L’extrême droite comme le marxisme méprisent ce qu’ils appellent des oeuvres décadentes ou des valeurs bourgeoises.

Le Christ – lui - sait bien qu’au coeur de tout homme réside une autre faim que le matériel.
Il a vu que le lépreux désire sa réintégration sociale tout autant que sa guérison (Mc 1,40-45).
Il connaît la soif de communion qui habite Zachée, le collabo mis à l’écart (Lc 19,1-10).
Il devine chez la femme hémorroïsse le désir d’être désirée que lui interdit sa perte de sang chronique (Mt 9,20-21).
Il entend dans la demande matérielle des mendiants une autre demande, plus fondamentale, de reprendre leur place dans la famille sociale (Mc 10,46-52).

Pierre sera dans cette droite ligne lorsqu’il fixera le paralysé mendiant de la Belle Porte du Temple de Jérusalem dans les yeux en lui disant : « de l’or ou de l’argent je n’en ai pas, mais ce que j’ai je te le donne : au nom de Jésus le Nazôréen, marche ! » (Ac 3,6)

Jésus lui-même, à nouveau confronté à cette tentation de la faim et de la soif, suppliera sur la croix : « j’ai soif » (Jn 19,28). Les chrétiens ont toujours entendu dans cette plainte l’écho des psaumes : « mon âme a soif du Dieu vivant : quand le verrai-je face à face ? » (Ps 42,3 ; 63,2)

Patrick Braud

La faim et la soif qui ont tenaillé Jésus aux entrailles n’étaient pas uniquement matérielles : son besoin le plus fondamental résidait dans la relation à son Père. Sa faim était spirituelle, au sens où il désirait que l’Esprit soit son lien indissoluble à Dieu.

« L’homme ne vit pas seulement de pain ».
Nous appartenons à cette humanité-là.
Culture, vie associative, beauté et communion avec le monde : à nous d’explorer les vraies faims qui sommeillent en nous.

Que ce Carême nous y aide !


[1]. Fausse citation faussement attribuée à Goebbels (ou Goering). En fait, il s’agit d’une réplique tirée d’une pièce de théâtre d’un nazi, Hanns Johst. Soucieux de plaire à son Führer, il concocta, à l’occasion de son anniversaire de 1933, un drame apologétique (Schlageter) où figure cette tirade : « Quand j’entends parler de culture, j’enlève le cran de sécurité de mon Browning. » Baldur von Schirach (chef des jeunesses hitlériennes), a utilisé cette citation, lors d’un meeting, avec un certain succès. 

 

1ère lecture : La profession de foi du peuple d’Israël (Dt 26, 4-10)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple d’Israël : Lorsque tu présenteras les prémices de tes récoltes, le prêtre recevra de tes mains la corbeille et la déposera devant l’autel du Seigneur ton Dieu.
Tu prononceras ces paroles devant le Seigneur ton Dieu : « Mon père était un Araméen vagabond, qui descendit en Égypte : il y vécut en immigré avec son petit clan. C’est là qu’il est devenu une grande nation, puissante et nombreuse.
Les Égyptiens nous ont maltraités, et réduits à la pauvreté ; ils nous ont imposé un dur esclavage.
Nous avons crié vers le Seigneur, le Dieu de nos pères. Il a entendu notre voix, il a vu que nous étions pauvres, malheureux, opprimés.
Le Seigneur nous a fait sortir d’Égypte par la force de sa main et la vigueur de son bras, par des actions terrifiantes, des signes et des prodiges.
Il nous a conduits dans ce lieu et nous a donné ce pays, un pays ruisselant de lait et de miel.
Et voici maintenant que j’apporte les prémices des produits du sol que tu m’as donné, Seigneur. »

Psaume : Ps 90, 1-2, 10-11, 12-13, 14-15ab

R/ Reste avec nous, Seigneur, dans notre épreuve.

Quand je me tiens sous l’abri du Très Haut
et repose à l’ombre du Puissant
Je dis au Seigneur : « Mon Refuge
mon Rempart, mon Dieu, dont je suis sûr ! »

Le malheur ne pourra te toucher
ni le danger approcher de ta demeure
Il donne mission à Ses anges
de te garder sur tous tes chemins

Ils te porteront sur leurs mains
pour que ton pied ne heurte les pierres
tu marcheras sur la vipère et le scorpion
tu écraseras le lion et le dragon

« Puisqu’il s’attache à Moi, Je le délivre
Je le défends car il connaît Mon Nom
il m’appelle et Moi Je lui réponds
Je suis avec lui dans son épreuve. »

2ème lecture : La profession de foi en Jésus Christ (Rm 10, 8-13)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frère, nous lisons dans l’Écriture : La Parole est près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton c?ur. Cette Parole, c’est le message de la foi que nous proclamons.
Donc, si tu affirmes de ta bouche que Jésus est Seigneur, si tu crois dans ton c?ur que Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, alors tu seras sauvé.
Celui qui croit du fond de son c?ur devient juste ; celui qui, de sa bouche, affirme sa foi parvient au salut.
En effet, l’Écriture dit : Lors du jugement, aucun de ceux qui croient en lui n’aura à le regretter.
Ainsi, entre les Juifs et les païens, il n’y a pas de différence : tous ont le même Seigneur, généreux envers tous ceux qui l’invoquent.
Il est écrit en effet, tous ceux qui invoqueront le nom du Seigneur seront sauvés.

Evangile : La tentation de Jésus (Lc 4, 1-13)

Acclamation : Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole venant de la bouche de Dieu.
Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.(cf. Mt 4, 4)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Après son baptême, Jésus, rempli de l’Esprit Saint, quitta les bords du Jourdain ; il fut conduit par l’Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l’épreuve par le démon. Il ne mangea rien durant ces jours-là, et, quand ce temps fut écoulé, il eut faim.
Le démon lui dit alors : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. »
Jésus répondit : « Il est écrit : Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre. »
Le démon l’emmena alors plus haut, et lui fit voir d’un seul regard tous les royaumes de la terre.
Il lui dit : « Je te donnerai tout ce pouvoir, et la gloire de ces royaumes, car cela m’appartient et je le donne à qui je veux. Toi donc, si tu te prosternes devant moi, tu auras tout cela. »
Jésus lui répondit : « Il est écrit : Tu te prosterneras devant le Seigneur ton Dieu, et c’est lui seul que tu adoreras. »
Puis le démon le conduisit à Jérusalem, il le plaça au sommet du Temple et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : Il donnera pour toi à ses anges l’ordre de te garder ; et encore : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
Jésus répondit : « Il est dit : Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. »
Ayant ainsi épuisé toutes les formes de tentations, le démon s’éloigna de Jésus jusqu’au moment fixé.
Patrick Braud

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