L'homelie du dimanche

2 novembre 2016

Mourir pour une côtelette ?

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Mourir pour une côtelette ?

Homélie pour le 32° dimanche du temps ordinaire / Année C
06/11/2016

Cf. également :

Le devoir de désobéissance civile

Aimer Dieu comme on aime une vache ?

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

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Un récent sondage (Sondage du 19/09/2016 réalisé par l’IFOP pour le JDD) a affolé le
s médias : environ 30 % des musulmans de France déclarent que, à leurs yeux, la loi islamique (la charia) est au-dessus de la loi de la République !

Est-ce une spécificité musulmane ? Faut-il en avoir peur ?

La contestation juive de l’idolâtrie politique

Afficher l'image d'origineNotre première lecture (2Ma 7, 1-2.9-14) nous raconte l’histoire d’une famille entière – 7 enfants – qui préfère mourir un par un plutôt que d’obéir aux lois scélérates de l’autorité politique de l’époque. « Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères ». Le roi voulait les obliger à manger du porc : quelle idée !? Pourquoi s’acharner à faire manger du porc ? Sans doute pour éliminer toute trace de différence au sein du peuple. Pour ne pas avoir des comportements déviants qui donneraient des idées à d’autres. C’est d’ailleurs une des raisons de l’islam au pouvoir pour imposer en terre musulmane l’inverse : en obligeant… à ne pas manger de porc (ou à ne pas boire d’alcool) ! La peur de la différence repose sur l’idée folle d’une unité absolue. Des pratiques différentes, même ultra minoritaires, risquent  fort aux yeux des oulémas actuels comme à ceux du roi perse de notre lecture de fissurer l’unanimité du peuple, de devenir contagieux en répandant l’idée qu’après tout, il y a d’autres manières de croire et de pratiquer que la leur…

Tout pouvoir politique, qu’il vienne de la monarchie, de la démocratie ou du fédéralisme ou du parti unique, a tendance à devenir idolâtre. Il croit qu’il est au-dessus de tout pouvoir, que ses lois sont au-dessus de toutes les lois. Il ne supporte pas la contestation de sa toute-puissance. Et voilà qu’une frêle famille juive, suivie par des milliers de martyrs d’Israël, va mettre en échec cette prétention absolue en résistant, en désobéissant, en osant dire non. Chacun des sept enfants préférera mourir plutôt que d’obéir à la loi inique les obligeant à renier leur foi. Mourir pour une côtelette de porc, ou plutôt pour ne pas en manger : cela peut paraître absurde pour un non-juif, mais pour eux c’est une question d’identité et de fidélité à Dieu, à soi-même [1]. Or le politique ne supporte pas qu’il y ait une autorité au-dessus de lui !

 

Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes

La désobéissance civile est inscrite dans la Bible.

Relisez le livre des martyrs d’Israël, mais également celui d’Esther, de Judith, et vous constaterez que la foi juive a toujours voulu empêcher le politique de se prétendre Dieu. Les prophètes avaient commencé ce travail de l’intérieur de la monarchie juive, en la critiquant ouvertement et violemment chaque fois qu’elle s’écartait de la Torah, c’est-à-dire très souvent…

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Les chrétiens ont hérité de ce tempérament rebelle. Avec douceur et amour des ennemis, ils ont préféré pendant trois siècles être déchiquetés par les fauves du cirque romain plutôt que d’obéir à l’empereur en adorant des idoles ou en reniant leur foi. Cela commence dès le lendemain de la résurrection : les apôtres furent roués de coups de bâtons parce qu’ils prêchaient la seigneurie de Jésus. Mais eux continuaient, et se réjouissait d’avoir été dignes de subir le fouet et l’humiliation pour le nom de Jésus. « Mieux vaut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29) : cette phrase est devenue la maxime de la désobéissance civile qui est dans la foi chrétienne le garant de la liberté intérieure de chacun.

Catéchisme de l’Église Catholique n°2242 :
Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Évangile. Le refus d’obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique.
« Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Mt 22,21).
« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

On oublie trop facilement tous ces pays et toutes ces périodes de l’histoire où les chrétiens ont résisté, ont dit non au prince, au tyran, au roi, au président, au parti unique, justement parce qu’il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Comme l’islam n’est pour l’essentiel qu’une reprise arabe du message juif et chrétien, il n’est pas étonnant qu’il reprenne ce devoir de résistance au pouvoir politique lorsque celui-ci bafoue les droits de Dieu et de l’homme. Mais la particularité de l’islam fait de cette résistance quelque chose d’inquiétant : là où le Christ prône la non-violence (« tendre l’autre joue »), l’islam prône le djihad. Là où Jésus appelle à l’amour des ennemis, le Coran demande de les exterminer et Mohamed ne doit son expansion religieuse qu’à ses victoires militaires. Là où le texte fondateur (la Bible) pour les uns est une question d’interprétation et d’actualisation, le Coran est pour les autres au-dessus de toute discussion humaine qui voudrait l’adapter à aujourd’hui. Là où la Bible sépare le religieux et le politique (« rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »), le Coran proclame que le politique est toujours soumis (c’est le sens du mot islam) aux prescriptions coraniques qui doivent gouverner toute la vie sociale. Là où les martyrs chrétiens préfèrent perdre la vie pour rester fidèles, les djihadistes veulent tuer l’ennemi infidèle.

Alors oui, la désobéissance civile musulmane à la République peut inquiéter, si elle manifeste une visée intégraliste qui n’a pas renoncé à imposer sa vision du monde, la charia, à tout l’espace public. Tant que l’islam reste minoritaire, il essaie d’imposer sa loi sur de petits espaces géographiques ou culturels : des quartiers, des écoles, des familles. Mais lorsqu’il devient majoritaire, il veut que la charia remplace le Code civil et que le Coran soit au-dessus du vote populaire. Même les rares pays dits laïcs en terre musulmane (Turquie, Algérie) sont rattrapés par cette folie religieuse qui veut imposer à toute la société ce qui devrait rester un choix personnel (ramadan, voile, halal, pureté rituelle etc.).

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Désobéir sans imposer

L’originalité chrétienne (et juive) réside donc dans un entre-deux : ne pas s’aligner sur les modes de vie contemporains sous prétexte qu’ils sont majoritaires, ne pas imposer aux autres ce qu’on choisit pour soi.

Par exemple, un chrétien pourra fort bien ne pas choisir l’avortement si la question se pose dans son couple, mais il n’a pas le droit de l’imposer aux autres, à commencer par son conjoint. Sa seule force de persuasion sera l’amour et la raison. Jamais la violence ou la soumission. Vouloir imposer aux autres telle ligne de conduite est anti-évangélique. Par contre résister soi-même, jusqu’à la désobéissance civile, jusqu’au martyre s’il le faut, est un devoir spirituel et moral.

DésobéirÀ terme, une résistance durable, non violente, fondée, et respectueuse du droit des autres finira par porter du fruit et fera évoluer la législation en cause. On en a une trace dans l’objection de conscience par laquelle la République reconnaît ne pas pouvoir obliger un médecin à accomplir ce qu’il ne veut pas en conscience (une IVG, une euthanasie…), à condition qu’il n’empêche pas la demande de s’exercer ailleurs et autrement dans le cadre légal.

Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Les martyrs de tous les temps ont signé cette phrase de leur sang.

On eût aimé plus de désobéissance à la République du temps de Laval et de Pétain, mais aussi du temps du colonialisme français porté par la III° République, du temps des marchands tout-puissants du commerce triangulaire etc…

 

À quoi, à qui devrez-vous dire non pour rester fidèle à vous-même ?

Cela se joue dans les relations de travail en entreprise, dans les jeux de pouvoir en famille, dans les bulletins de vote qui vont bientôt pleuvoir…

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 [1]. Rappelons que l’interdit du porc n’est pas hygiénique, comme veut le croire l’Occident, mais théologique. Le porc, comme une foule d’autres animaux, est impur pour les juifs et  les musulmans parce qu’il contredit la Création en ne respectant pas la séparation des espèces (pieds fourchus mais non ruminant; cf. Dt 14,7-8). Les chrétiens aboliront cette interdiction au nom de la Création nouvelle qui vient de la résurrection du Christ : en lui, un monde nouveau nous est donné, où tout est pur, sauf le mal qui sort du cœur de l’homme.

 

1ère lecture : « Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M 7, 1-2.9-14)
Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël
En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

Psaume : Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15

R/ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, 15b)

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi,
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

2ème lecture : « Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 16 – 3, 5)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.
Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

Evangile : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants »(Lc 20, 27-38)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Jésus Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles.
Alléluia. (Ap 1, 5a.6b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »

Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Patrick BRAUD

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