L'homélie du dimanche (prochain)

11 janvier 2026

Jean-Baptiste sur un petit nuage

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Jean-Baptiste sur un petit nuage

Homélie pour le 2° dimanche du Temps Ordinaire / Année A
18/01/26

Cf. également :
La portée animalière du sacrifice du Christ
Alors Clarice, les agneaux se sont tus ?
Lumière des nations
Révéler le mystère de l’autre
Réinterpréter Jean-Baptiste 
Dès le sein de ta mère…
 

1. Et moi, je ne le connaissais pas…
Ce Jésus que je ne connaissais pas
Curieux d’entendre le précurseur déclarer par deux fois ne pas connaître Jésus, qui est pourtant son cousin ! « Et moi, je ne le connaissais pas » (Jn 1,31.33) : cette confession de non-savoir est pourtant la clé de la grandeur de Jean-Baptiste, lui qui est « le plus grand parmi ceux qui sont nés d’une femme » (Mt 11,1).

Jean Baptiste est, de tous les hommes, celui qui a approché de plus près le mystère du Verbe incarné. Et pourtant, c’est lui-même qui affirme ne pas connaître Jésus !
Après un tel témoignage du précurseur, serait-il légitime de notre part de prétendre connaître le Christ ? Est-ce même possible ?

Toute la difficulté réside dans le mystère même qu’est Jésus ! Le Christ, est certes notre frère en humanité (et en cela nous pouvons le connaître), mais il est aussi Dieu. Or Dieu est en lui-même inconnaissable parce qu’Il dépasse infiniment nos capacités humaines. Toute notre connaissance de Lui ne peut être que limitée et donc incomplète ! « Ô Toi, l’Au-delà de tout, n’est-ce pas tout ce qu’on peut connaître de toi ? », priait Grégoire de Nazyance. En d’autre terme, Dieu ne peut pas être totalement compris puisqu’il est infini.

baptême de jésus par Jean BaptisteLorsque Jean Baptiste perçoit la divinité cachée derrière l’humanité du Christ, il tressaille ! Il se reconnaît complètement dépassé… d’où le : « et moi, je ne le connaissais pas »… Il tressaille au désert devant son cousin qui approche, comme il avait tressailli in utero devant le corps de Marie arrondi par la grossesse inattendue (Lc 1,41). Ce tressaillement est le signe d’une autre perception, donnée par l’Esprit et non acquise par l’intelligence.
Jean Baptiste s’émerveille devant le mystère qu’est Jésus. S’il se sent indigne de dénouer la courroie de sa sandale, c’est parce qu’il a saisi que le Christ est la révélation de Dieu ! 

Comment déchiffrer cette étonnante confession d’inconnaissance du dernier prophète de l’Ancien Testament ?
Que pourrait-elle bien signifier pour nous aujourd’hui dans notre quête spirituelle ?

Essayons de décrypter l’ignorance volontaire de Jean-Baptiste à l’aide d’un manuscrit anonyme du XIV° siècle fort justement appelé : « Le nuage d’inconnaissance ».
Examinons le chemin d’union à Dieu qu’il propose, en quoi il suit la voie tracée par Jean-Baptiste, et les appels que nous pouvons y entendre pour nous-mêmes.

2. Les deux nuages
Jean-Baptiste sur un petit nuage dans Communauté spirituelleCe traité anglais (The cloud of unknowing) du XIV° siècle s’inscrit dans une longue tradition mystique, qui expérimentent combien Dieu est plus grand que tout, suscitant ainsi un désir infini de le chercher et de lui être uni [1]. On a déjà cité Grégoire de Nazyance (IV° siècle) qui chante l’Au-delà de tout : au-delà des concepts, des définitions, des dogmes mêmes. Denis l’Aréopagite (V°) s’écriait, emporté par son élan amoureux : « Moins je connais Dieu, plus je le connais ». Même le génial rationnel qu’était Saint Augustin (IV°) admettait sa limite : « Si tu comprends, c’est que ce n’est pas Dieu ». Nicolas de Cues (XV°) écrira un traité sur « La docte ignorance ». Et Saint Jean de la Croix au XV° siècle continuera ce fil mystique avec sa « Nuit obscure ». C’est ce qu’on appelle la tradition apophatique (du substantif grec ἀπόφασις, apophasis, issu du verbe ἀπόφημι – apophēmi = « nier ») : nous pouvons dire ce que Dieu n’est pas, non ce qu’il est.

La non-connaissance que prônent ces génies de la foi, loin d’être désespérante ou bloquante, nourrit au contraire un désir toujours plus grand de contempler Celui qui échappe à toute emprise humaine.
L’inconnu anglais – et l’anonymat convient bien à cette quête d’inconnaissance – qui a écrit Le nuage d’inconnaissance, visiblement en le vivant lui-même, développe de façon structurée son expérience spirituelle en 75 chapitres.
En voici les thèmes principaux.

a) L’impossibilité de connaître Dieu par l’intellect
CHRISTOS YANNARAS, L'AMOUR, LA RELATION, L'APOPHATISME - UNE THEO-PHENOMENOLOGIE EN DEBAT
Le thème fondateur : Dieu est absolument inconnaissable par les voies ordinaires de la connaissance. Tout ce que l’intellect peut saisir reste créé, alors que Dieu est incréé.
 L’auteur demande au disciple de renoncer à la spéculation, même théologique :
« Car par la pensée tu ne peux jamais Le saisir, mais par l’amour tu peux Le saisir pleinement » (ch. 6)
D’où le fameux « nuage d’inconnaissance », qui sépare l’âme de Dieu : non pas une ignorance brutale, mais un espace où l’intellect renonce à son pouvoir.
« Mets-toi sous la nuée de l’inconnaissance entre toi et ton Dieu » (ch. 3).

b) La voie courte (oraison du cœur) : un acte nu et simple d’amour
L’auteur propose une voie contemplative dépouillée, directe, sans images ni pensées, fondée sur un acte nu de volonté : aimer Dieu pour Lui-même.
« Le plus court des chemins pour atteindre Dieu est un simple regard d’amour vers Lui » (ch. 4).
La prière doit devenir une impulsion simple : « Prends un petit mot, d’une seule syllabe : “Dieu” ou “Amour”. Tiens-le serré dans ton cœur »  (ch. 7). Cette méthode est celle de la tradition apophatique : effacer tout concept pour ne laisser qu’un désir. Ou encore de la prière du cœur chère aux orthodoxes (philocalie) qui se concentre sur une seule phrase (« Seigneur Jésus, fils de Dieu, prends pitié de moi, pécheur »).

c) Le « nuage d’oubli » : oublier tout ce qui n’est pas Dieu
De même qu’un nuage d’inconnaissance masque Dieu, un nuage d’oubli doit masquer toutes les créatures, même « saintes » dans leur apparence.
« Mets sous toi un nuage d’oubli, et tout ce qui vit sous le ciel, oublie-le » (ch. 5).
Cette purification n’est pas mépris du monde, mais renoncement intérieur aux images, souvenirs, désirs, préoccupations, vertus affichées ou défauts passés.

d) L’amour comme force unique capable d’atteindre Dieu
Fénelon et le pur amourL’intel
lect est trop faible, mais l’amour peut dépasser le nuage : « Par l’amour, Dieu peut être atteint et tenu, jamais par la pensée » (ch. 6). L’auteur insiste : toute la vie spirituelle est unification du désir. Ce n’est pas la pureté préalable qui permet l’amour, mais l’amour qui purifie : « C’est l’amour qui fait l’unité avec Dieu, et non la multiplicité des œuvres » (ch. 24).

e) La pauvreté spirituelle et l’humilité : conditions de la voie contemplative
L’humilité est présentée comme la base : « De toutes les vertus, l’humilité est la plus reconnaissable à Dieu » (ch. 13). Elle est aussi un antidote aux illusions mystiques, aux exaltations de l’imagination ou aux prétentions spirituelles.

f) Discernement : différence entre contemplation vraie et illusions
Le texte met en garde contre les phénomènes psychiques, visions, ravissements sensibles, phénomènes extraordinaires etc.
Le véritable signe de la grâce est la charité humble, non les phénomènes.
Cela protège la mystique contre deux dangers : 
le quiétisme (passivité prétendument inspirée), et l’illuminisme (survalorisation des visions)

L’auteur recommande la plus grande sobriété en matière spirituelle : « Ne t’occupe jamais des visions, ni des miracles, ni des révélations ; ce sont risques pour les simples » (ch. 51). Il valorise au contraire la stabilité, la patience, la “nuée”, qui reste une pratique austère et pure.

g) La compassion envers tous et la prière pour autrui
La voie mystique n’est pas fuite du monde : l’auteur insiste sur la charité réelle envers autrui. « Tu prieras pour tous les hommes, mais dans la simplicité de cet amour unique » (ch. 43). La compassion est un fruit direct de l’union à Dieu : plus on s’unit à Lui, plus on aime les autres.

h) La primauté de la grâce
L’effort humain ne suffit jamais. La contemplation est essentiellement un don. « Cette œuvre ne peut être commencée ni poursuivie sans la grâce » (ch. 26). La volonté coopère, mais ne produit pas l’état contemplatif : elle ne fait que se disposer.

i) L’itinéraire spirituel : purification, simplification, union obscure
La nuit obscure
La structure implicite du chemin :
- Purification par l’humilité et l’oubli de soi
- Simplification par l’acte nu d’amour
- Union obscure où l’on “pénètre” le nuage d’inconnaissance par l’amour

« Dans l’obscurité, avance avec un seul amour humble » (ch. 46).
« Lorsque je dis obscurité, j’entends un manque et absence de connaissance, comme est obscure pour toi la chose que tu ne connais pas ou que tu as oubliée puisque tu ne la vois pas avec l’œil de l’esprit. Et pour cette raison il n’est point appelé un nuage de l’air, mais un nuage d’inconnaissance, lequel est entre toi et ton Dieu » (ch. 4)

Le Nuage d’inconnaissance est vraiment l’un des chefs-d’œuvre de la mystique apophatique. Sa thèse centrale : Dieu est connu non pas par la connaissance, mais par l’amour.
La méthode : une prière nue, monosyllabique, dépouillée de toute image, opérant dans un double nuage : inconnaissance de Dieu et oubli du monde.
La spiritualité qu’il propose est humble, sobre, exigeante, centrée sur un seul désir : aimer Dieu dans l’obscur.

Il y a donc bien deux nuages :
jpg_Nicolas_de_Cues_docte_ignorance apophatisme dans Communauté spirituelle
– le nuage d’inconnaissance (entre moi et Dieu)
– le nuage d’oubli (entre moi et le monde).
Le premier symbolise la transcendance absolue de Dieu, la possibilité pour l’intellect de franchir cette distance par ses seules forces : on ne « voit » Dieu qu’en perdant la vision !
Le second symbolise la nécessaire purification intérieure de la mémoire, de l’imagination, de la sensibilité. C’est la voie du détachement, que la mystique rhénane (Maître Eckhart, Suso, Tauler) porte au plus haut point en ce même XIV° siècle. Eckhart parle de Abgelassenheit = consentir à laisser les choses et les êtres devenir eux-mêmes sans les posséder ni les abandonner.

L’espace entre ces deux nuages est celui où se déploie le pur amour (cf. Fénelon, Madame Guyon), l’amour qui reconnaît et promeut la grandeur de l’autre, du tout autre, avec gratuité et désintéressement.

3. La tête dans les nuages
Jean-Baptiste a bien la tête dans ces deux nuages lorsqu’il s’efface devant Jésus en confessant ne pas le connaître. Il ne répond pas d’abord à la question « Qui es-tu ? », mais à la question plus profonde : Qu’est-ce que tu n’es pas ?
Le texte dit : « Il confessa, il ne nia point, il confessa : Je ne suis pas le Christ » (Jn 1,20).
Ce triple mouvement (confesser / ne pas nier / confesser) crée une sorte d’insistance liturgique : la vérité commence par la négation de ce que l’on n’est pas.
C’est exactement la méthode du Nuage : avant toute affirmation sur Dieu, il faut un dépouillement, un renoncement à toute prétention. « Abandonne tout ce que tu crois savoir… et recouvre-le du nuage d’oubli » (chap. 5).
Comme Jean-Baptiste, l’âme contemplative commence par un acte de non-être : elle laisse tomber ses images, ses concepts, ses identités spirituelles.
Jean-Baptiste est donc le prototype de la théologie négative : il avance par ce qu’il refuse d’être.
C’était un homme religieux, prophète, ascète, maître. Il aurait pu se laisser définir par ses œuvres, son ascèse ou son influence, comme aujourd’hui encore bon nombre de personnages importants se définissent en énumérant leurs œuvres et leurs titres… Pourtant il prononce une parole qui brûle tout rôle : « Je ne suis pas ».

Il refuse tout titre, toute fonction, toute projection que les autres poseraient sur lui.
Le Nuage d’inconnaissance demande exactement le même geste : lâcher toutes les identités intérieures, même saintes : « Ne t’attache pas à ce que tu es, encore moins à ce que tu veux être. Laisse tout cela sous le nuage d’oubli » (chap. 13). La voie apophatique ne commence pas par l’élévation spirituelle, mais par l’effacement. Ainsi Jean-Baptiste anticipe la voie contemplative : il vide l’espace pour que Dieu soit tout.

Après les trois négations (je ne suis pas le Messie / Élie / le Prophète), Jean-Baptiste finit par s’identifier seulement à une voix : « Moi, la voix de celui qui crie dans le désert » (Jn 1,23).
Une voix n’existe que pour laisser passer une parole qui n’est pas la sienne. Elle n’a pas de contenu propre. Elle est purement relationnelle, dépourvue d’identité substantielle.
C’est exactement l’anthropologie du Nuage d’inconnnaissance : l’âme ne doit pas être un “être plein”, mais une capacité vide, une ouverture pure, un espace offert, « un rien aimant plus que toute chose » (chap. 4).

Maitre-Eckhart BaptisteLa parole de Jean-Baptiste — « Je ne suis pas / je ne le connaissais pas » — n’est pas une tristesse, mais une libération, une vacuité qui permet la venue du Christ.
« Tu dois être prêt à devenir rien, afin que Dieu soit ton tout » (chap. 16).
Jean-Baptiste accomplit ce principe de façon quasi parfaite : plus il s’efface, plus le Christ apparaît.
Jean-Baptiste est ainsi une figure biblique du priant qui s’avance vers Dieu dans l’obscurité, la pauvreté, l’attente et l’amour : un véritable maître apophatique.

Comme Jean-Baptiste, il nous est proposé de progresser dans cette docte ignorance qui nous rend libres et détachés, la tête dans les nuages : « Et moi, je ne le connaissais pas… »

« Donc, apprête-toi à demeurer dans cette obscurité tant que tu le pourras, toujours plus soupirant après Celui que tu aimes. Car si jamais ton sentiment vient à Le connaître ou si tu dois Le voir, autant qu’il se peut ici-bas, toujours ce sera dans le nuage de cette obscurité. Et si tu as volonté de t’efforcer activement ainsi que je t’en prie, j’ai toute confiance en Sa miséricorde que tu y parviendras » (ch. 3)

« Tu t’avanceras vaillamment, mais prudemment, dans un pieux et joyeux élan d’amour, essayant de percer l’obscurité au-dessus de toi. Et frappe à coups redoublés sur cet épais nuage d’inconnaissance avec la lance aiguë de l’amour impatient ; et ne t’en va de là pour chose qui arrive » (ch. 6).

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[1] Téléchargeable ici : https://www.cheminsmystiques.fr/PDFediteurs2/Nuage.pdf 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre » (Is 49, 3.5-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe
Le Seigneur m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. » Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a façonné dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob, que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai de la valeur aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force. Et il dit : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

PSAUME
(Ps 39 (40), 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd)
R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. (cf. Ps 39, 8a.9a)

D’un grand espoir j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

DEUXIÈME LECTURE
« À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ » (1 Co 1, 1-3)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens
Paul, appelé par la volonté de Dieu pour être apôtre du Christ Jésus, et Sosthène notre frère, à l’Église de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus et sont appelés à être saints avec tous ceux qui, en tout lieu, invoquent le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre.
À vous, la grâce et la paix, de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

ÉVANGILE
« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » (Jn 1, 29-34)
Alléluia. Alléluia. « Le Verbe s’est fait chair, il a établi parmi nous sa demeure. À tous ceux qui l’ont reçu, il a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu. » Alléluia. (cf. Jn 1, 14a.12a)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : ‘Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.’ Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
Patrick Braud

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23 mars 2013

Le tag cloud de la Passion du Christ

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le tag cloud de la Passion du Christ

 

Homélie pour le Dimanche des rameaux / Année C
24/03/2013

 

Quand les mots-clés d’un texte forment un nuage

Une méthode simple et rapide pour visualiser ce qui est important dans un long texte comme celui de la Passion du Christ est facilement accessible sur Internet 1. Il s’agit de constituer un nuage de mots-clés (tag cloud en anglais). Les mots les plus fréquemment utilisés y apparaissent en plus gros, proportionnellement à leurs occurrences.

Voici le nuage de mots-clés obtenus sur le texte de la Passion selon saint Luc.

Passion-Tag-Cloud

 

On y discerne plusieurs dominantes.

- les verbes importants : déclarer, servir, sauver.

- les objets qui comptent : la table, la coupe, les épées, la croix

- les noms des principaux acteurs

Bien sûr il y a Jésus, Hérode, Dieu, mais aussi les prêtres (et grand prêtre), les « autres », les juifs, et les femmes.

Si on liste et regroupe les mots employés, en matière par ordre d’occurrence :

Christ              31   homme            16   Pilate               10

peuple             9    Pierre              8     Dieu                 8

Prêtre(s)          8    Femme(s)        6     chef                 6

Hérode             5   roi                   5     Seigneur          5

nation              4   jour                 4     juif                  4

Israël               4   malfaiteur        4     croix                4

royaume           4   Père                4     épée                4

table                4   fils                  4     fait                   4

heure               4   foule               3      corps               3

motif               3    Simon             3      Temple            3

coupe              3    cri(s)               3     Galilée            3

coq                  3

Quand on affine les relations entre ces acteurs en passant le texte à la moulinette d’un autre logiciel d’analyse sémantique 2, en obtient le graphe suivant :

 

Passion-Tropes-1

 Ce graphe représente la concentration de relations entre acteurs.
Il permet de faire une comparaison visuelle du poids des relations entre les principales références.
L’axe des X (horizontal) indique le taux actant/acté (de gauche à droite).
L’axe des Y (vertical) indique la concentration de relations pour chaque référence affichée.
Les traits indiquent les relations entre la variable sélectionnée et les autres références affichées. Un trait en pointillé indique une relation peu fréquente.
Seules les références présentant un grand nombre de relations sont représentées sur le graphe. 

Les actants et les actés

- On y voit que les femmes sont du côté des actants, c’est-à-dire de ceux qui sont sujets d’une action, avec une certaine relation réelle au Christ. Alors que les autres actants (Pilate, Hérode, le Seigneur, Simon) sont loin du Christ et sans vraie relation avec lui. Ce qui est étonnant pour le mot « Seigneur » d’ailleurs, utilisé cinq fois dans le texte, mais pas dans la bouche de Jésus, uniquement dans celle de Pierre et de ses disciples. Faut-il y voir l’indication que la manière dont les disciples imaginaient Jésus être « Seigneur » est très loin de ce que le Christ vit et connaît de sa seigneurie véritable ? Sans doute, tellement est surprenante pour Pierre et ses compagnons cette arrestation, puis ce procès et cette fin lamentables.

Par contre, le substantif Christ est en relation étroite avec le mot malfaiteur(s) ! C’est donc que cette identification Christ ? malfaiteur(s) est au coeur du texte : impressionnant…

Les autres relations vont dans le même sens : les plus proches du Christ sont les termes homme et peuple (foule, gens). Après, on trouve les chefs du peuple, Israël, Dieu lui-même !

- Du côté des « actés », c’est-à-dire de ceux qui subissent l’action, il y a : le Christ, Dieu, le peuple, les prêtres juifs… Comme si tous ces personnages se faisaient manipuler à leur insu, ou se laissaient faire de plein gré. Ce qui est strictement la vérité !

À contempler ce graphe, on retrouve la place centrale du Christ, vers qui tout le texte converge, et qui est comme son point focal. Ce Messie-là est plus proche des malfaiteurs et des femmes que des notables et des chefs, plus près du peuple que de Dieu, pourtant son Père.

Graphe de la Passion (suite)

Une autre représentation graphique de cette même analyse sémantique du récit de la Passion fait apparaître cette solitude du Christ de manière encore plus frappante :

Passion-Tropes-2 

Sur ce graphe, chaque Référence est représentée par une sphère dont la surface est proportionnelle au nombre de mots qu’elle contient.
La distance entre la classe centrale et les autres Références est proportionnelle au nombre de relations qui les lient : autrement dit, lorsque deux Références sont proches elles ont beaucoup de relations en commun, et lorsque qu’elles sont éloignées elles n’ont que peu de relations en commun.
Ce type de graphe permet d’analyser l’environnement d’une Référence ou d’une catégorie. Ils sont orientés : les Références affichées à gauche de la classe centrale sont ses prédécesseurs, celles qui sont affichées à sa droite sont ses successeurs.

Seuls les malfaiteurs peuvent se dire proches.

Les vrais acteurs du texte se situent du côté de l’homme qu’était Jésus, mais aussi des femmes. La peur (l’angoisse de Gethsémani) et l’obscurité y jouent un rôle qu’on oublie trop souvent, ainsi que le désir de Pilate de relâcher Jésus.

Ceux qui suivent l’action sont plutôt la foule, les prêtres, le chef des juifs… Et Dieu lui-même !

 

Ce type d’analyse sémantique ne peut remplacer la lectio divina, ni l’oraison à partir du texte. Il peut cependant nourrir la contemplation, en respectant ce que la construction du texte donne à penser, en partant de ce qui est dit vraiment plus que de ce que j’en perçois à la seule lecture ou audition.

 

Et pour la Passion du Christ, avouez que cette proximité d’avec les malfaiteurs, les femmes et la foule est pour le moins éclairante !…

 

2. www.tropes.com

Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem : (Lc 19, 28-40)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 Jésus marchait en avant de ses disciples pour monter à Jérusalem. À l’approche de Bethphagé et de Béthanie, sur les pentes du mont des Oliviers, il envoya deux disciples :
« Allez au village qui est en face. À l’entrée, vous trouverez un petit âne attaché : personne ne l’a encore monté. Détachez-le et amenez-le. Si l’on vous demande : ‘Pourquoi le détachez-vous ?’ vous répondrez : ‘Le Seigneur en a besoin.’ »
Les disciples partirent et trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit. Au moment où ils détachaient le petit âne, ses maîtres demandèrent : « Pourquoi détachez-vous cet âne ? » Ils répondirent : « Le Seigneur en a besoin. » Ils amenèrent l’âne à Jésus, jetèrent leurs vêtements dessus, et firent monter Jésus.
À mesure qu’il avançait, les gens étendaient leurs vêtements sur le chemin. Déjà Jésus arrivait à la descente du mont des Oliviers, quand toute la foule des disciples, remplie de joie, se mit à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu’ils avaient vus : « Béni soit celui qui vient, lui, notre Roi, au nom du Seigneur. Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! »
Quelques pharisiens, qui se trouvaient dans la foule, dirent à Jésus : « Maître, arrête tes disciples ! » Mais il leur répondit : « Je vous le dis : s’ils se taisent, les pierres crieront. »

 

1ère lecture : Le Serviteur de Dieu accepte ses souffrances (Is 50, 4-7)
Lecture du livre d’Isaïe

Dieu mon Seigneur m’a donné le langage d’un homme qui se laisse instruire, pour que je sache à mon tour réconforter celui qui n’en peut plus. La Parole me réveille chaque matin, chaque matin elle me réveille pour que j’écoute comme celui qui se laisse instruire.
Le Seigneur Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé.
J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.J e n’ai pas protégé mon visage des outrages et des crachats.
Le Seigneur Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu mon visage dur comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu.

Psaume : Ps 21, 8-9, 17-18a, 19-20, 22c-24a

R/ Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Tous ceux qui me voient me bafouent,
ils ricanent et hochent la tête :
« Il comptait sur le Seigneur : qu’il le délivre !
Qu’il le sauve, puisqu’il est son ami ! »

Oui, des chiens me cernent,
une bande de vauriens m’entoure.
Ils me percent les mains et les pieds ;
je peux compter tous mes os.

Ils partagent entre eux mes habits
et tirent au sort mon vêtement.
Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin :
ô ma force, viens vite à mon aide !

Mais tu m’as répondu !
Et je proclame ton nom devant mes frères,
je te loue en pleine assemblée.
Vous qui le craignez, louez le Seigneur.

2ème lecture : Abaissement et glorification de Jésus (Ph 2, 6-11)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus, lui qui était dans la condition de Dieu, il n’a pas jugé bon de revendiquer son droit d’être traité à l’égal de Dieu ; mais au contraire, il se dépouilla lui-même en prenant la condition de serviteur. Devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même en devenant obéissant jusqu’à mourir, et à mourir sur une croix.
C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout ; il lui a conféré le Nom qui surpasse tous les noms, afin qu’au Nom de Jésus, aux cieux, sur terre et dans l’abîme, tout être vivant tombe à genoux, et que toute langue proclame : « Jésus Christ est le Seigneur », pour la gloire de Dieu le Père.

Evangile : La Passion (brève : 1-49) (Lc 22, 14-71; 23, 1-16.18-56)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus.

Pour nous, le Christ s’est fait obéissant, jusqu’à la mort, et la mort sur une croix.
Voilà pourquoi Dieu l’a élevé souverainement et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom.
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus. (cf. Ph 2, 8-9)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Luc

Quand l’heure du repas pascal fut venue, Jésus se mit à table, et les Apôtres avec lui.
Il leur dit : « J’ai ardemment désiré manger cette Pâque avec vous avant de souffrir !
Car je vous le déclare : jamais plus je ne la mangerai jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le royaume de Dieu. »
Il prit alors une coupe, il rendit grâce et dit : « Prenez, partagez entre vous. Car je vous le déclare : jamais plus désormais je ne boirai du fruit de la vigne jusqu’à ce que vienne le règne de Dieu. »
Puis il prit du pain ; après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Et pour la coupe, il fit de même à la fin du repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang répandu pour vous. Cependant la main de celui qui me livre est là, à côté de moi sur la table. En effet, le Fils de l’homme s’en va selon ce qui a été fixé. Mais malheureux l’homme qui le livre ! »
Les Apôtres commencèrent à se demander les uns aux autres lequel d’entre eux allait faire cela.

Ils en arrivèrent à se quereller : lequel d’entre eux, à leur avis, était le plus grand ?
Mais il leur dit : « Les rois des nations païennes leur commandent en maîtres, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler bienfaiteurs. Pour vous, rien de tel ! Au contraire, le plus grand d’entre vous doit prendre la place du plus jeune, et celui qui commande, la place de celui qui sert. Quel est en effet le plus grand : celui qui est à table, ou celui qui sert ? N’est-ce pas celui qui est à table ? Eh bien moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert. Vous, vous avez tenu bon avec moi dans mes épreuves.
Et moi, je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi.
Ainsi vous mangerez et boirez à ma table dans mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël.
Simon, Simon, Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le froment.
Mais j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne sombre pas. Toi donc, quand tu sera revenu, affermis tes frères. »

Pierre lui dit : « Seigneur, avec toi, je suis prêt à aller en prison et à la mort. »
Jésus reprit : « Je te le déclare, Pierre : le coq ne chantera pas aujourd’hui avant que, par trois fois, tu aies affirmé que tu ne me connais pas. »
Puis il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans argent, ni sac, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ? »
Ils lui répondirent : « Mais non. »
Jésus leur dit : « Eh bien maintenant, celui qui a de l’argent, qu’il en prenne, de même celui qui a un sac ; et celui qui n’a pas d’épée, qu’il vende son manteau pour en acheter une. Car, je vous le déclare : il faut que s’accomplisse en moi ce texte de l’Écriture : Il a été compté avec les pécheurs. De fait, ce qui me concerne va se réaliser. »
Ils lui dirent : « Seigneur, voici deux épées. » Il leur répondit : « Cela suffit. »

Jésus sortit pour se rendre, comme d’habitude, au mont des Oliviers, et ses disciples le suivirent. Arrivé là, il leur dit : « Priez, pour ne pas entrer en tentation. »
Puis il s’écarta à la distance d’un jet de pierre environ. Se mettant à genoux, il priait : « Père, si tu veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que ce ne soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne. »
Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait. Dans l’angoisse, Jésus priait avec plus d’insistance ; et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu’à terre. Après cette prière, Jésus se leva et rejoignit ses disciples qu’il trouva endormis à force de tristesse.
Il leur dit : « Pourquoi dormez-vous ? Levez-vous et priez, pour ne pas entrer en tentation. »

Il parlait encore quand parut une foule de gens. Le nommé Judas, l’un des Douze, marchait à leur tête. Il s’approcha de Jésus pour l’embrasser.
Jésus lui dit : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme ? »
Voyant ce qui allait se passer, ceux qui entouraient Jésus lui dirent : « Seigneur, faut-il frapper avec l’épée ? »
L’un d’eux frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille droite.
Jésus répondit : « Laissez donc faire ! » Et, touchant l’oreille de l’homme, il le guérit.
Jésus dit alors à ceux qui étaient venus l’arrêter, chefs des prêtres, officiers de la garde du Temple et anciens : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus avec des épées et des bâtons ? Chaque jour, j’étais avec vous dans le Temple, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est maintenant votre heure, c’est la domination des ténèbres. »

Ils se saisirent de Jésus pour l’emmener et ils le firent entrer dans la maison du grand prêtre. Pierre suivait de loin. Ils avaient allumé un feu au milieu de la cour et ils s’étaient tous assis là. Pierre était parmi eux. Une servante le vit assis près du feu ; elle le dévisagea et dit : « Celui-là aussi était avec lui. »
Mais il nia : « Femme, je ne le connais pas. »
Peu après, un autre dit en le voyant : « Toi aussi, tu en fais partie. » Pierre répondit : « Non, je n’en suis pas. »
Environ une heure plus tard, un autre insistait : « C’est sûr : celui-là était avec lui, et d’ailleurs il est Galiléen. »
Pierre répondit : « Je ne vois pas ce que tu veux dire. » Et à l’instant même, comme il parlait encore, un coq chanta.
Le Seigneur, se retournant, posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite : « Avant que le coq chante aujourd’hui, tu m’auras renié trois fois. »
Il sortit et pleura amèrement.

Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui et le maltraitaient. Ils lui avaient voilé le visage, et ils l’interrogeaient : « Fais le prophète ! Qui est-ce qui t’a frappé ? » Et ils lançaient contre lui beaucoup d’autres insultes.

Lorsqu’il fit jour, les anciens du peuple, chefs des prêtres et scribes, se réunirent, et ils l’emmenèrent devant leur grand conseil.
Ils lui dirent : « Si tu es le Messie, dis-le nous. »
Il leur répondit : « Si je vous le dis, vous ne me croirez pas ; et si j’interroge, vous ne répondrez pas. Mais désormais le Fils de l’homme sera assis à la droite du Dieu Puissant. »
Tous lui dirent alors : « Tu es donc le Fils de Dieu ? » Il leur répondit : « C’est vous qui dites que je le suis. »
Ils dirent alors : « Pourquoi nous faut-il encore un témoignage ? Nous-mêmes nous l’avons entendu de sa bouche. »
Ils se levèrent tous ensemble et l’emmenèrent chez Pilate.
Ils se mirent alors à l’accuser : « Nous avons trouvé cet homme en train de semer le désordre dans notre nation : il empêche de payer l’impôt à l’empereur, et se dit le Roi Messie. »
Pilate l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi qui le dis. »
Pilate s’adressa aux chefs des prêtres et à la foule : « Je ne trouve chez cet homme aucun motif de condamnation. »
Mais ils insistaient : « Il soulève le peuple en enseignant dans tout le pays des Juifs, à partir de la Galilée jusqu’ici. »

À ces mots, Pilate demanda si l’homme était Galiléen.
Apprenant qu’il relevait de l’autorité d’Hérode, il le renvoya à ce dernier, qui se trouvait lui aussi à Jérusalem en ces jours-là. À la vue de Jésus, Hérode éprouva une grande joie : depuis longtemps il désirait le voir à cause de ce qu’il entendait dire de lui, et il espérait lui voir faire un miracle. Il lui posa beaucoup de questions, mais Jésus ne lui répondit rien. Les chefs des prêtres et les scribes étaient là, et l’accusaient avec violence. Hérode, ainsi que ses gardes, le traita avec mépris et se moqua de lui : il le revêtit d’un manteau de couleur éclatante et le renvoya à Pilate. Ce jour-là, Hérode et Pilate devinrent des amis, alors qu’auparavant ils étaient ennemis.

Alors Pilate convoqua les chefs des prêtres, les dirigeants et le peuple.
Il leur dit : « Vous m’avez amené cet homme en l’accusant de mettre le désordre dans le peuple. Or, j’ai moi-même instruit l’affaire devant vous, et, parmi les faits dont vous l’accusez, je n’ai trouvé chez cet homme aucun motif de condamnation. D’ailleurs, Hérode non plus, puisqu’il nous l’a renvoyé. En somme, cet homme n’a rien fait qui mérite la mort. Je vais donc le faire châtier et le relâcher. »
Ils se mirent à crier tous ensemble : « Mort à cet homme ! Relâche-nous Barabbas. »
Ce dernier avait été emprisonné pour un meurtre et pour une émeute survenue dans la ville. Pilate, dans son désir de relâcher Jésus, leur adressa de nouveau la parole.
Mais ils criaient : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »
Pour la troisième fois, il leur dit : « Quel mal a donc fait cet homme ? Je n’ai trouvé en lui aucun motif de condamnation à mort. Je vais donc le faire châtier, puis le relâcher. »
Mais eux insistaient à grands cris, réclamant qu’il soit crucifié ; et leurs cris s’amplifiaient.
Alors Pilate décida de satisfaire leur demande. Il relâcha le prisonnier condamné pour émeute et pour meurtre, celui qu’ils réclamaient, et il livra Jésus à leur bon plaisir.

Pendant qu’ils l’emmenaient, ils prirent un certain Simon de Cyrène, qui revenait des champs, et ils le chargèrent de la croix pour qu’il la porte derrière Jésus. Le peuple, en grande foule, le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur Jésus.
Il se retourna et leur dit : « Femmes de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! Pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Voici venir des jours où l’on dira : ‘Heureuses les femmes stériles, celles qui n’ont pas enfanté, celles qui n’ont pas allaité !’ Alors on dira aux montagnes : ‘Tombez sur nous’, et aux collines : ‘Cachez-nous’. Car si l’on traite ainsi l’arbre vert, que deviendra l’arbre sec ? »
On emmenait encore avec Jésus deux autres, des malfaiteurs, pour les exécuter.
Lorsqu’on fut arrivé au lieu dit : Le Crâne, ou Calvaire, on mit Jésus en croix, avec les deux malfaiteurs, l’un à droite et l’autre à gauche.
Jésus disait : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ils partagèrent ses vêtements et les tirèrent au sort.
Le peuple restait là à regarder. Les chefs ricanaient en disant : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui. S’approchant pour lui donner de la boisson vinaigrée,
ils lui disaient : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Une inscription était placée au-dessus de sa tête : « Celui-ci est le roi des Juifs. »

L’un des malfaiteurs suspendus à la croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même, et nous avec ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu n’as donc aucune crainte de Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi ! Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras inaugurer ton Règne. »
Jésus lui répondit : « Amen, je te le déclare : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »
Il était déjà presque midi ; l’obscurité se fit dans tout le pays jusqu’à trois heures, car le soleil s’était caché. Le rideau du Temple se déchira par le milieu.
Alors, Jésus poussa un grand cri : « Père, entre tes mains je remets mon esprit. » Et après avoir dit cela, il expira.

À la vue de ce qui s’était passé, le centurion rendait gloire à Dieu : « Sûrement, cet homme, c’était un juste. »
Et tous les gens qui s’étaient rassemblés pour ce spectacle, voyant ce qui était arrivé, s’en retournaient en se frappant la poitrine. Tous ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, et qui regardaient.

Alors arriva un membre du conseil, nommé Joseph ; c’était un homme bon et juste. Il n’avait donné son accord ni à leur délibération, ni à leurs actes. Il était d’Arimathie, ville de Judée, et il attendait le royaume de Dieu. Il alla trouver Pilate et demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, l’enveloppa dans un linceul et le mit dans un sépulcre taillé dans le roc, où personne encore n’avait été déposé. C’était le vendredi, et déjà brillaient les lumières du sabbat.
Les femmes qui accompagnaient Jésus depuis la Galilée suivirent Joseph. Elles regardèrent le tombeau pour voir comment le corps avait été placé. Puis elles s’en retournèrent et préparèrent aromates et parfums. Et, durant le sabbat, elles observèrent le repos prescrit.
Patrick Braud 

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