L'homelie du dimanche

29 octobre 2020

Les politiques devraient étudier la théologie musulmane

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Les politiques devraient étudier la théologie musulmane

·      L’assassin de Samuel Paty avait posté ce message de revendication sur Twitter juste après avoir décapité le professeur le 16/10/2020 :
 « Au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux, (…) à Macron, le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment. »

·      Le jour choisi pour les assassinats de Nice (ce 29/10/2020) – Mawlid, fête de la naissance de Mahomet – n’est pas un hasard : « défendre » l’honneur du « prophète » le jour de son anniversaire est la marque d’une piété certaine (du moins dans la tête des islamistes, hélas)… Et l’assassin des trois victimes chrétiennes dans l’église de Nice ne cessait de répéter dans l’ambulance qui le menait à l’hôpital : « Allahou Akbar», « Allahou Akbar ». Il avait emporté un Coran avec lui.

Tant que les politiques ne regarderont pas les motivations proprement religieuses des terroristes, ils ne comprendront rien à la guerre dans laquelle nous sommes plongés. Car les motifs socio-économiques ne sont pas premiers (seule la gauche vaguement marxiste le croit encore), même s’ils comptent. Car les motifs géopolitiques (la droite aimerait diriger les débats vers là : immigration, choc des civilisations…) ne sont pas les plus importants, même s’ils comptent.

La vraie motivation des islamistes est religieuse.
Ils décapitent au nom d’Allah.
Ils récitent le Coran en allant au djihad.
Ils prient et se prosternent avant de poser des bombes.
Ils cherchent la vie éternelle, et acceptent joyeusement de faire mourir et de mourir à cause de cela, s’appuyant sur leur lecture du Coran, par exemple des versets suivants :

coranSourate 2, 193. Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association (= polythéisme, christianisme) et que la religion soit entièrement à Allah seul.

Sourate 4,95. Ne sont pas égaux ceux des croyants qui restent chez eux – sauf ceux qui ont quelque infirmité – et ceux qui luttent corps et biens dans le sentier d’Allah. Allah donne à ceux qui luttent corps et biens un grade d’excellence sur ceux qui restent chez eux. Et à chacun Allah a promis la meilleure récompense; et Allah a mis les combattants au-dessus des non combattants en leur accordant une rétribution immense.   

Sourate 8,111. Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah: ils tuent, et ils se font tuer. C’est une promesse authentique qu’Il a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Évangile et le Coran.

Et Dieu sait qu’on trouve de tout dans le Coran, notamment tant de versets pour justifier des meurtres d’infidèles, des châtiments d’apostats, des guerres au nom d’Allah !


Il suffit de citer en vrac quelques versets dont on voit vite quels dégâts ils peuvent faire dans la tête de croyants zélés si on les interprète uniquement dans leur sens littéral. Par exemple :

Une synthèse des recherches scientifiques sur le Coran

 Sourate 4,89. Ils aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru: alors vous seriez tous égaux ! Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur,  

Sourate 5.33. La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment.

 Sourate 8,12. Et ton Seigneur révéla aux Anges: Je suis avec vous: affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts.  

 Sourate 8,17. Ce n’est pas vous qui les avez tués: mais c’est Allah qui les a tués. […]  

 Sourate 8,5. Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. […]  

 Sourate 8,123. Ô vous qui croyez ! Combattez ceux des mécréants qui sont près de vous; et qu’ils trouvent de la dureté en vous. Et sachez qu’Allah est avec les pieux.

 Sourate 33.61. Ce sont des maudits. Où qu’on les trouve, ils seront pris et tués impitoyablement.

Le problème vient donc autant du Coran (des hadiths, de la Sira, de la charia) que des islamistes. Tant qu’il demeure la parole incréée de Dieu (qui aurait parlé arabe via Gabriel en direct à Mahomet), il est non critiquable, non interprétable (de même pour les autres textes de la tradition musulmane).

Si nous voulons lutter contre le terrorisme, il faut lire le Coran pour en débattre, l’étudier pour l’interpréter, le critiquer pour démasquer son instrumentalisation, et demander aux musulmans eux-mêmes quelle lecture ils font des versets dont se réclament les islamistes.

Tant qu’on reste extérieur au Coran, aux motifs proprement religieux des musulmans violents, on ne comprend rien à ce qui se passe en Turquie, au Yémen, au Cachemire, au Soudan, au Bangladesh, en Iran, en Irak… et chez nous.

Rémi Brague met les points sur les « i » [1] :

« Le christianisme est depuis le début de la part de l’islam l’objet d’une haine mêlée de mépris. Celui-ci est pour lui une religion dépassée, qui a trahi le message d’Issâ (Jésus), qui a trafiqué l’Évangile (au singulier) pour en effacer l’annonce de la venue de Mahomet, qui associe au Dieu unique deux créatures, par exemple Jésus et Marie.
Dans la cité musulmane d’autrefois, le christianisme, comme le judaïsme, était toléré tant que c’était dans l’intérêt de l’islam dominant. Les chrétiens y versaient un impôt spécial et devaient se soumettre à des règles destinées à les humilier (Coran, IX, 29) afin qu’ils comprennent qu’il serait dans leur avantage de passer à la religion « vraie ». […]

L’islamisme et l’islam sont en effet différents, mais j’y vois une différence de degré plus que de nature. L’islamisme est l’islam pressé, bruyant, brouillon ; l’islam est un islamisme patient, discret, méthodique. L’islam a pour but avoué, dès le début, non pas la conversion du monde entier, mais sa conquête – pas nécessairement militaire. Il cherche à établir des régimes dans lesquels une forme ou une autre de la loi islamique sera en vigueur, de sorte qu’en un second temps leurs sujets auront intérêt, à long terme, à se convertir.

Il y a dans les sources de l’islam, à savoir le Coran, les déclarations de Mahomet (Hadith), et la biographie officielle de celui-ci (Sira) un peu de tout, y compris pas mal de sucré. Mais il y a aussi du salé, tout ce qu’il faut pour légitimer l’usage de la pire violence. Mahomet savait pardonner à ceux qui, après l’avoir combattu, finissaient par accepter sa prétention au statut d’« envoyé de Dieu ». Mais il faisait assassiner, sans distinction d’âge ou de sexe, quiconque avait osé la nier, voire s’en moquer. Or le Coran dit du Prophète qu’il est « le bel exemple » (XXXIII, 21). À côté de quantité de musulmans pacifiques, on trouvera toujours des barbus pour s’en inspirer. »

Les politiques français sauront-ils s’intéresser au contenu et pas seulement à l’utilisation du Coran ? La laïcité à la française leur interdit apparemment d’étudier la parole religieuse de ceux qui se proclament nos ennemis : la guerre idéologique commence pourtant là ; et nous désertons.

Les célébrations de la Toussaint vont se dérouler sous haute surveillance, dans l’inquiétude. Qu’elles nous aident à répondre au mal par le bien, selon la parole de Paul :
« Bénissez ceux qui vous persécutent ; souhaitez-leur du bien, et non pas du mal. […]
Ne rendez à personne le mal pour le mal, appliquez-vous à bien agir aux yeux de tous les hommes.
Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. » (Rm 12, 14 18)


[1]. Rémi Brague, « Que cela plaise ou non, la France est attaquée en tant que nation chrétienne », Le Figaro du 30/10/2020, p.20.

 

La croix, l'étoile de David et le croissant, symboles des trois religions monothéistes, le christianisme, le judaïsme et l'islam

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16 décembre 2015

Visiter l’autre

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Visiter l’autre

 

Cf. également :

Enfanter le Verbe en nous…

« Tu as de la visite » 

Bouge-toi : tu as de la visite ! 

 

Homélie du 4° dimanche de l’Avent / Année C
20/12/2015

 

Visiter la famille

Noël sera encore cette année, malgré les attentats, une période de retrouvailles familiales. On va faire des kilomètres pour aller réveillonner avec les parents, ou des frères et soeurs. On va se partager entre la famille et la belle-famille. Et surtout on va prendre le temps, autour d’une bonne table, de se parler, de faire le tour des nouvelles des enfants de chacun, de raconter ses joies et ses peines, de faire remonter à la mémoire des souvenirs d’enfance etc.

Pour certains, ce rituel familial est devenu lourd, hypocrite, obsolète. Pour d’autres il est devenu impossible par suite des deuils, des séparations, des brouilles. Pour beaucoup, c’est encore un réservoir d’affection et de liens de proximité indispensable pour continuer la route, en se sachant aimé et membre d’une même famille.

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Pour Marie et Élisabeth en tout cas, cette visite familiale est si importante qu’elles y mettent une belle énergie. Enceintes toutes les deux, il eût été plus sage de continuer tranquillement la grossesse sans se bousculer. Or Marie et Joseph sortent de chez eux, prennent la route – qui à l’époque est conséquente, même avec un âne !, ou dangereuse – et quittent leur domicile pendant trois mois de grossesse.

 

La visite de l’autre, même si d’abord il s’agit d’un proche, est donc essentielle dans l’Évangile pour pouvoir accoucher du Tout Autre, Dieu fait homme !

Visiter la famille, c’est renouveler l’expérience de l’altérité sur fond de liens indissolubles. Jésus ne sera pas comme Jean-Baptiste. Marie et Joseph n’ont pas la même histoire de couple qu’Elisabeth et Zacharie. Mettre en commun leurs deux histoires familiales leur permet de reconnaître un même Dieu à l’oeuvre dans leur vie.

Si vous avez dans votre famille la tradition des cousinades, vous savez ce que représentent une fois par an ces retrouvailles avec ses si proches / si différents que sont nos cousins / cousines. On repart de ces grandes tablées réchauffés par le clan, impressionnés de ce qu’ont traversé tel ou telle, émus d’avoir évoqué ensemble les racines de ces liens, heureux d’avoir ri, mangé et bu et renforcé la solidarité la plus ancienne de l’humanité, celle du sang.

 

Visiter l’autre

Mais la Bible va plus loin que la seule visite familiale. À la visite d’Elisabeth par Marie il faut ajouter par exemple l’accueil des trois étrangers par Abraham. Les Grecs appellent ce passage la philoxénie d’Abraham, ce qui veut dire l’amour des étrangers que pratique Abraham en se mettant en quatre pour offrir l’hospitalité à ces trois étranges visiteurs. On peut aussi regarder ce passage du côté des voyageurs : car l’initiative vient de ces trois-là (en qui les chrétiens ont reconnu  l’annonce de la Trinité). Ils sortent de leur univers (comme le Verbe de Dieu est sorti de la divinité pour se faire l’un de nous à Noël), ils prennent le risque du voyage et de la route, ils frappent à la tente de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas… On ne peut pas vanter l’hospitalité sans féliciter ceux qui sortent ainsi d’eux-mêmes pour se laisser accueillir.

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La visite de l’autre – beaucoup plus autre que nos familles – vient ainsi dans le prolongement de l’Alliance biblique, et de l’incarnation du Verbe.

Là encore, il est question de donner la vie, car c’est la visite de l’autre qui engendre chez Abraham et Sarah la capacité – inespérée – d’enfanter Isaac. Quitter son univers pour aller visiter l’autre, c’est donc lui faire ce cadeau inouï d’engendrer la vie beaucoup plus que s’il était resté clos sur lui-même. On devine que juifs et chrétiens ne peuvent pas voir les migrations actuelles tout à fait comme leurs contemporains…

 

Depuis les envoyés à Abraham, depuis Marie visitant Elisabeth, les chrétiens n’ont de cesse, particulièrement à Noël, d’aller visiter l’autre.

Afficher l'image d'origineC’est l’équipe de l’aumônerie d’une prison qui fera tout pour établir des liens, des messages, des cadeaux, entre détenus et paroissiens, famille, amis. C’est l’aumônerie de l’hôpital qui multipliera les visites aux malades alors que la solitude est plus cruelle sous les guirlandes de Noël. C’est la maraude de Médecins du Monde qui patrouille encore plus à la recherche des SDF isolés. C’est tout simplement des voisins attentifs qui pour les fêtes inviteront la personne seule à côté de chez eux.

Toutes ces initiatives rejoignent le sens profond de Noël : sortir de soi pour faire corps avec l’autre, tel le Verbe de Dieu sortant de sa divinité pour prendre chair de notre chair.

 

Je me souviens pour ma part d’un Noël en Afrique. Nous avions décidé avec des étudiants africains de consacrer notre soirée du 24 décembre à aller chercher sur les marchés ceux qu’on appelle les fous, pauvres hères sans case ni famille, à moitié nus et les cheveux pleins de terre, pour leur proposer ce qui à l’époque équivalait à un vrai festin : du pain bien frais et des sardines à l’huile. Tantôt accueillis avec des jets de pierres et des imprécations, tantôt avec de grands sourires sans dents et des bénédictions immenses, ce fut l’un de mes plus beaux Noëls, le plus fidèle à sa signification d’origine.

 

Visiter les musulmans

En notre contexte d’attentats islamiques de par le monde entier, il faut revenir à l’initiative récente du pape François à Bangui. Il était en visite pastorale, conformément à la tradition évoquée plus haut : sortir de Rome pour aller à la rencontre de peuples différents. En Centrafrique, il a voulu aller dans le fameux quartier appelé PK5, théâtre de nombreuses violences entre chrétiens et musulmans. Il a même été rendre visite à la mosquée de Bangui, pour souligner combien toute religion authentique prône la paix et le dialogue avec l’autre.

En appelant ce lundi matin 30/11/15 à « dire non à la violence », en particulier « celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou d’un Dieu » dans ce quartier stigmatisé de Bangui, le pape François a tenu les paroles fortes que musulmans et chrétiens attendaient, comme la veille à la cathédrale, lorsqu’il avait invité les Centrafricains à « dépasser la peur de l’autre ». En visite à la mosquée de Bangui, le pape François enfonce le clou :

« Chrétiens et musulmans nous sommes frères. Nous devons donc nous considérer comme tels, nous comporter comme tels. Nous savons bien que les derniers événements et les violences qui ont secoué votre pays n’étaient pas fondés sur des motifs proprement religieux. Celui qui dit croire en Dieu doit être aussi un homme, une femme, de paix. Chrétiens, musulmans et membres des religions traditionnelles ont vécu pacifiquement ensemble pendant de nombreuses années. Nous devons donc demeurer unis pour que cesse toute action qui, de part et d’autre, défigure le Visage de Dieu et a finalement pour but de défendre par tous les moyens des intérêts particuliers, au détriment du bien commun. Ensemble, disons non à la haine, non à la vengeance, non à la violence, en particulier à celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou de Dieu. Dieu est paix, Dieu salam. […]

Chers amis, chers frères, je vous invite à prier et à travailler pour la réconciliation, la fraternité et la solidarité entre tous, sans oublier les personnes qui ont le plus souffert de ces événements.

Que Dieu vous bénisse et vous protège ! Salam alaykuom ! »

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Que les chrétiens visitent des musulmans, nous n’y sommes guère habitués en France ! On s’en méfierait presque. Et pourtant c’est bien l’un des sens profonds de Noël. En cela le pape François est fidèle à celui dont il a choisi le prénom, François d’Assise. En 1219, alors que la guerre battait son plein entre chrétiens et musulmans, François eut ce geste fou d’aller, seul, désarmé, à la rencontre du sultan Malik al-Kamil :

S’exposant avec courage aux dangers de tous les instants, François voulait se rendre chez le sultan de Babylone en personne. La guerre sévissait alors, implacable entre chrétiens et sarrasins, et les deux armées ayant pris position face à face dans la plaine, on ne pouvait sans risquer sa vie passer de l’une à l’autre.

Mais dans l’espoir d’obtenir sans tarder ce qu’il désirait, François résolut de s’y rendre. Après avoir prié, il obtint la force du Seigneur et, plein de confiance, chanta ce verset du Prophète: « Si j’ai à marcher au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi ».

S’étant adjoint pour compagnon frère Illuminé, homme d’intelligence et de courage, il s’était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des sarrasins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d’injures, les chargeant de chaînes et les rouant de coups. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, ils les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c’était ce qu’avait désiré François.

Afficher l'image d'origineLe prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; avec sa belle assurance, François répondit qu’il avait été envoyé d’au delà des mers non par un homme mais par le Dieu Très-Haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l’Évangile qui est la vérité. Puis il prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d’âme et une telle ferveur d’esprit qu’en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l’Évangile: « Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire ».

Témoin en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui. Il offrit à François de nombreux et riches cadeaux que l’homme de Dieu méprisa comme de la boue: ce n’était pas des richesses du monde qu’il était avide, mais du salut des âmes.

Le sultan n’en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d’ici-bas.
François quitta le pays du sultan escorté par ses soldats ».

St Bonaventure, vie de St François

 

Alors, ce Noël pourrait bien aujourd’hui encore vous amener à prendre contact avec telle ou telle communauté musulmane, à organiser des visites réciproques de nos lieux de culte et d’assemblée, à prendre le thé ou le café ensemble, à échanger nos points de vue sur l’actualité, sur la naissance de Jésus, Prince de la paix pour les chrétiens et souffle de Dieu pour les musulmans…

 

Sans renoncer aux autres visites si importantes en cette fin d’année, pourquoi ne pas prendre le temps (et le courage) d’aller rendre visite à nos cousins musulmans ?

 

 

1ère lecture : « De toi sortira celui qui doit gouverner Israël »(Mi 5, 1-4a)
Lecture du livre du prophète Michée

Ainsi parle le Seigneur : Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d’autrefois. Mais Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix !

Psaume : Ps 79 (80), 2a.c.3bc, 15-16a, 18-19

R/ Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire,
et nous serons sauvés !
(Ps 79, 4)

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

2ème lecture : « Me voici, je suis venu pour faire ta volonté »(He 10, 5-10)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. Le Christ commence donc par dire : Tu n’as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d’offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

Evangile : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 39-45)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole.
Alléluia. (Lc 1, 38)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Patrick BRAUD

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6 mai 2015

Le communautarisme fait sa cuisine

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Le communautarisme fait sa cuisine

cf. également

Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures

Homélie du 6° dimanche de Pâques / Année B
10/05/2015

 

Attentats, tentatives d’attentat, ‘apartheid social’ (Manuel Valls), débats sur la laïcité… : l’actualité française remet en lumière les cloisonnements tissés entre des groupes entiers de la population. Les juifs vivent avec les juifs, les musulmans avec les musulmans, les autres se regroupent également par réseaux.

Le communautarisme fait sa cuisine dans Communauté spirituelle Aspect+humoristique+du+communautarisme

Dans cette partition de la société française en communautés juxtaposées, la plupart des commentateurs méconnaissent le rôle joué… par la cuisine ! Manger casher ou halal n’est pas seulement une jolie diversité à intégrer dans le ‘vivre ensemble’ républicain. C’est une vision du monde qui a de très importantes conséquences sociales. Considérer qu’il y a des animaux purs ou impurs à consommer implique qu’on ne peut pas se mettre à table avec n’importe qui, parce qu’on risquerait de manger n’importe quoi.

1250229442 Actes dans Communauté spirituelle 

La première lecture de ce dimanche est la parfaite illustration de ce lien entre cuisine et communautarisme. Dans le chapitre 10 du livre des Actes des Apôtres qu’il faut lire en entier, Pierre a une extase sur la terrasse d’un certain Simon, corroyeur à Juppé. Il y voit « le ciel ouvert et un objet, semblable à une grande nappe nouée aux quatre coins, en descendre vers la terre.  Et dedans il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles, et tous les oiseaux du ciel.  Une voix lui dit alors: « Allons, Pierre, immole et mange. »  Mais Pierre répondit: « Oh non ! Seigneur, car je n’ai jamais rien mangé de souillé ni d’impur ! »  De nouveau, une seconde fois, la voix lui parle: « Ce que Dieu a purifié, toi, ne le dis pas souillé. »  Cela se répéta par trois fois, et aussitôt l’objet fut remporté au ciel. »(Ac 10, 11-16)

 cashrout 

Voilà un premier tournant décisif, que l’on ne doit pas à Paul, pourtant farouche partisan de la liberté face aux prescriptions juives. Pierre se voit signifier par trois fois que tous les aliments sont purs à manger. Trois fois : ce qui signifie que cet ordre vient du Dieu trois fois saint ; et il faut bien cela pour que Pierre ose abandonner la cashrout, c’est-à-dire les interdits alimentaires juifs.

Le deuxième tournant décisif est celui qui suit, logiquement : Pierre ose entrer chez le païen Corneille, plus encore il ose manger avec eux, et baptiser  toute la famille, alors que normalement un juif n’a pas le droit d’entrer en contact avec des non-juifs, toujours à cause de l’impureté rituelle : « Vous le savez, il est absolument interdit à un Juif de frayer avec un étranger ou d’entrer chez lui. Mais Dieu vient de me montrer, à moi, qu’il ne faut appeler aucun homme souillé ou impur » (Ac 10,28).

 

ob_9bfbd09db15204184b6879402ba5e116_pur-et-imupr-lapin-bleu communautarismeAbroger les interdits alimentaires, c’est abattre les séparations entre les communautés. Il n’y aurait pas d’universalisme chrétien si l’Église respectait encore les règles d’abattage des animaux ou l’interdiction de manger du porc, de tel poisson ou autre met ‘immonde’. Regardez les supermarchés casher ou halal (tristement remis sous les feux des médias avec les attentats) : parce qu’ils mangent différemment, les consommateurs achètent différemment, et finalement se séparent en autant de communautés. En pratique, l’obligation de manger casher ou halal oblige logiquement à manger avec ses frères juifs ou musulmans, pas avec les autres. Ce qu’on appelle la commensalité, qui a été le problème le plus grave de l’Église naissante. À tel point qu’il a fallu un concile – le premier, à Jérusalem – pour résoudre la grave question de la communion de table (et donc de foi, de fraternité) entre juifs et païens (Ac 15). Pierre racontera alors dans  cette assemblée ce qui lui est arrivé à Joppé avec le centurion Corneille, où l’Esprit Saint en personne est intervenu pour le forcer à abandonner la cashrout. En fidélité d’ailleurs à ce que le Christ avait déclaré : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme » (Mt 15,11). « Ainsi il déclarait purs tous les aliments » précise Marc (Mc 7,19).

 

Cela pèsera lourd dans la décision de ce concile de ne pas imposer les interdits alimentaires (ou la circoncision) aux païens désirant le baptême.

publicain2 cuisineMais c’était tellement à contre-courant des habitudes juives que Pierre lui-même retombera dans ce travers communautariste un peu plus tard. Paul le prendra en fragrant délit de contradiction à Antioche : « quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort.  En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis.  Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux.  Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde: « Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » (Ga 2,11-14).

 

L’apostrophe de Paul à Pierre montre que le danger est réel : ne pas vouloir manger avec l’autre ruine la fraternité universelle qui est la vocation de l’Église. Or les interdits alimentaires ont toujours eu pour but – non pas l’hygiène comme le croient les occidentaux, matérialistes – mais la préservation de l’identité communautaire [1]. C’est pour se différencier des autres que le peuple juif ne mange pas comme eux : afin de ne pas disparaître au milieu des nations. Le Coran n’a fait que reprendre ces interdits alimentaires de l’Ancien Testament, en faisant en sorte de disqualifier aussi bien la cashrout juive que la liberté alimentaire chrétienne.

 

On voit bien que cuisine et communautarisme peuvent se nourrir l’un l’autre…

Le double tournant des Actes des Apôtres (alimentaire, fraternel) n’en est que plus urgent et plus actuel : en déclarant que tous les aliments sont purs, l’Esprit Saint rend possible une fraternité vraiment universelle, où la table de l’eucharistie accueille tous les peuples.

 

Avoir une cuisine à part (ou des vêtements à part), c’est vouloir constituer un peuple à part. Les chrétiens, depuis Pierre, se sont toujours battus pour la liberté alimentaire, sachant que sinon les conflits entre identités resurgiraient, plus violents.

0 Esprit 

Les débats sur la nourriture à la cantine de l’école ou de l’entreprise sont finalement de vieux débats ! L’Esprit du Christ nous pousse à refuser tous les replis communautaristes qui séparent les choses et finalement les hommes entre eux purs et impurs.

Rien de plus engageant socialement que cette attitude spirituelle !

 

 


[1]. Pour être exact il faut signaler qu’il y a aussi un enjeu théologique : respecter la séparation des espèces telles que Dieu l’aurait voulue à la création du monde, c’est-à-dire ne pas dé-créer le monde par notre activité de consommation.

 

 

1ère lecture : « Même sur les nations païennes, le don de l’Esprit Saint avait été répandu » (Ac 10, 25-26.34-35.44-48)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Comme Pierre arrivait à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine, celui-ci vint à sa rencontre, et, tombant à ses pieds, il se prosterna. Mais Pierre le releva en disant : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. » Alors Pierre prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. » Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu. Pierre dit alors : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ. Alors ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux.

Psaume : 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4

R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. ou : Alléluia ! (97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

2ème lecture : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 7-10)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.

Evangile : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 9-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »
Patrick BRAUD

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