L'homélie du dimanche (prochain)

26 mai 2022

Étienne, protomartyr, maître es-témoignage

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Étienne, protomartyr, maître es-témoignage

Homélie pour le 7° Dimanche de Pâques / Année C
29/05/2022

Cf. également :

Sans séparation ni confusion …
Lapidation : le retour !

Poupées russes et ruban de Möbius…
Le dialogue intérieur
Sois un être de désir !
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste

La médecine narrative d’Étienne

La médecine narrative - Raconte-moi la guérisonConnaissez-vous la « médecine narrative » ? Née dans les années 90 aux USA, cette pratique médicale vise à enrichir la relation médecin-patient grâce à l’écoute du récit du malade. L’université et le CHU de Bordeaux en sont des pionniers, notamment en créant en 2021 un Diplôme universitaire (DU) de médecine narrative, le premier en France.
La médecine narrative, c’est prendre le temps d’écouter le patient raconter ce qui lui arrive. Ce qui implique de former les soignants au récit afin d’améliorer leurs capacités d’écoute, de mieux prendre en compte le récit du patient, de permettre d’accéder à ses émotions et de poser des mots, les plus précis possible, pour avoir une conscience plus fine de ce qu’il ressent…
La médecine narrative est une approche des soins de santé centrée sur le patient, qui se développe dans les pays anglophones, en particulier dans le nord de l’Amérique, à partir des années 1990. Son objectif est de (re)mettre le récit du patient et son écoute attentive au cœur de l’acte médical et d’établir une relation de qualité, marquée par l’empathie, entre le soignant et le soigné. Pas inutile, quand on sait qu’un médecin interrompt son patient 17 secondes en moyenne après sa première prise de parole…
La théoricienne de ce courant, Rita Charon, formalise les principes de la médecine narrative et la décrit comme « une médecine exercée avec une compétence narrative permettant de reconnaître, d’absorber, d’interpréter les histoires de maladie, et d’être ému par elles » [1]. Son hypothèse est que « tout ce qui manque à la médecine aujourd’hui – en humilité, en responsabilité, en empathie, en individualisation – peut être apporté, en partie, par un entraînement narratif intensif ». Charon mobilise des outils d’analyse littéraire dans le contexte de la relation soignant/soigné : la prise en considération du cadre dans lequel la narration a lieu, l’intrigue, les métaphores employées, mais aussi le désir du narrateur, le sens qu’il veut donner à son récit etc. Ce sont autant d’éléments qui permettent d’accueillir un récit, qu’il s’agisse de celui d’auteur d’un roman ou de celui d’un patient.
« La médecine narrative aide à aiguiser le regard sur l’histoire du malade, complète Serge Perrot. Le parcours d’un patient, c’est un peu comme un polar. Au médecin de repérer des indices qui ont pu lui échapper » [2]. La médecine narrative ressemble effectivement à une enquête de Sherlock Holmes qui laisse les indices et les lieux parler avant que d’émettre des hypothèses : le patient est un polar à décrypter, et cela ne peut se faire sans qu’il raconte tout ce qui lui arrive, et pas seulement le symptôme en bout de chaîne.
Une plus grande empathie, une meilleure efficacité de diagnostic, des capacités relationnelles renforcées : voilà les effets positifs que recherche la médecine narrative.

Étienne, protomartyr, maître es-témoignage dans Communauté spirituelle ic%C3%B4ne.du-martyr-St-.EtiennePourquoi évoquer cette médecine narrative en ce dimanche où nous lisons le texte du martyre d’Étienne (Ac 7,55-60) ? Parce qu’en regardant le contexte de notre première lecture, nous tombons sur le très ample chapitre 7 des Actes des Apôtres où Étienne fait un long discours devant le Sanhédrin réuni pour le juger suite aux accusations de blasphème portées contre lui (Ac 6,8–15).
Une véritable plaidoirie ce chapitre 7 des Actes ! Pas besoin d’avocat : l’Esprit lui-même vient mettre sur les lèvres d’Étienne les arguments de sa défense, selon la promesse de Jésus : « l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire » (Lc 12,12).
Et quel argumentaire lui suscite l’Esprit ? Une longue récapitulation historique, depuis Abraham jusqu’à Jésus, où Étienne livre sa relecture des événements et révélations successives. Malheureusement, c’est le même procédé narratif – mais délirant ! – que Poutine a utilisé pour justifier son invasion de l’Ukraine, revisitant l’histoire de la Russie depuis le IX° siècle à sa façon… Si nous ne faisons pas cet exercice, les violents le feront à notre place, en mentant sans vergogne.

Étienne pratique ainsi ce qu’on pourrait appeler une médecine narrative inversée.
Dans la médecine narrative, il s’agit d’apprendre à écouter le patient pour mieux le soigner.
Dans le martyre d’Étienne, il s’agit d’apprendre à raconter aux bourreaux pour mieux témoigner.
Ici, c’est la victime qui soigne son bourreau en choisissant les mots qui lui parleront au cœur, afin qu’il soit touché et se détourne du mal. La fameuse identité narrative de Paul Ricœur trouve ici une incarnation exemplaire : c’est en racontant qu’on devient témoin, martyr. Imaginer des ukrainiens s’adressant à des soldats russes en les traitant de cousins, de frères slaves, et en racontant tous les liens qui unissent les familles et les cultures des deux côtés de la frontière ! Nombre de soldats russes seraient touchés, et changeraient d’attitude, comme ceux qui ne voulaient plus continuer cette guerre atroce qu’on leur imposait.

La médecine inversée d’Étienne nous demande de ne pas nous taire devant l’injustice, d’avoir le courage de dénoncer le mal, et de parler à nos ennemis avec la même tendresse qu’Étienne au Sanhédrin : « frères et pères… » (Ac 7,2). Pour cela, il nous faut comme lui nous exercer auparavant à cette relecture chrétienne des événements de notre vie personnelle et collective. C’est dans la force du récit que réside le témoignage. C’est par le choix des mots que l’Esprit conduit vers la vérité tout entière (Jn 16,13) les auditeurs les plus endurcis.

Soigner les violents, guérir les meurtriers, sauver les bourreaux demande d’apprendre cet art de la médecine narrative inversée qui est celle d’Étienne. Sinon, comment aimer nos ennemis et bénir ceux qui nous persécutent, selon le commandement de Jésus (Mt 5,44) ?

 

Le martyr, cet autre Christ

Devenir Un Autre Christ: Lidentification À Jésus-Christ Selon Basile Moreau de Cécile PerreaultAlter Christus était autrefois un titre réservé aux prêtres dans la théologie médiévale, qui les mettait à part, sur un piédestal. Le Nouveau Testament élargit à tous les baptisés cette dignité christique : par l’onction du baptême, nous devenons tous des oints, des Christs. Étienne n’est pas prêtre, rappelons-le. Il est l’un des Sept, c’est-à-dire un diacre permanent dans le vocabulaire d’aujourd’hui. Dans son témoignage et sa mort, Étienne est présenté par le livre des Actes comme un authentique « autre Christ ». L’accumulation des similitudes est voulue :

– Les motifs de son accusation et de condamnation sont les mêmes que ceux portés contre Jésus : blasphème contre Moïse et contre Dieu (Ac 6,11), propos hostiles contre le Temple et la Loi (6,13–14) jusqu’à annoncer sa destruction/reconstruction par Jésus.
Soulignons à nouveau que ce sont des motifs essentiellement religieux (blasphème) et rituels (les obligations de la Loi juive). Comme quoi les personnalités prestigieuses les plus religieuses sont souvent les pires persécuteurs ! Écoutez par exemple les imprécations du patriarche Kyrill de Moscou contre ceux qui doutent de la confusion État-religion dans la ‘sainte Russie orthodoxe’…

- Comme Jésus, Étienne est conduit hors la ville (7,58) pour être tué. C’est le signe de l’expulsion hors de la communauté - déshonneur ajouté à la condamnation -, de la volonté d’anéantir l’adversaire, de le déshériter des promesses d’Abraham. Étienne fait écho à la crucifixion de Jésus, conduit au Golgotha à l’écart de Jérusalem, comme le fils jeté hors de la vigne dans la parabole, pour le déshonorer à tout jamais et faire peser sur lui une malédiction infamante.
Les chrétiens font de tous temps corps avec ceux qu’on expulse, qu’on veut priver de dignité, qui sont mis à l’écart de la société.

Étienne en Jésus, Jésus en Étienne– Comme Jésus, Étienne est transfiguré de l’intérieur pour affronter sa Passion qui approche. Même ses accusateurs « virent son visage comme le visage d’un ange » (6,15) ; et à la fin de sa plaidoirie, il fixe le ciel et voit la gloire de Dieu avec Jésus debout à sa droite (7,55–56).
La transfiguration du Christ au Thabor ne lui était pas réservée : elle est largement offerte à tous les témoins qui vont comme lui plonger dans l’enfer de leur Passion.

– Comme Jésus, Étienne se donne tout entier à Dieu, jusqu’à son dernier souffle : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (7,59). On y entend la prière du Christ en croix : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc 23,46), en élevant Jésus au même rang de seigneurie que le Père.

– Comme Jésus, Étienne prie pour ceux qui le lapident pendant qu’ils lui jettent des pierres : « Seigneur, ne leurs compte pas ce péché » (Ac 7,60). Il fait ainsi écho à la prière de Jésus : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).
À nous de pratiquer en actes et en paroles cet amour de nos ennemis, qui va jusqu’à prier pour eux, sans pour autant nous rendre complice du mal commis.

– Comme Jésus, Étienne est enseveli par « des hommes pieux qui font sur lui de grandes lamentations »(8,2). La tradition orale a conservé le souvenir du lieu de l’ensevelissement d’Étienne, si bien que des reliques (vraies et fausses !) furent ensuite dispersées dans toute l’Europe, à l’instar de celles de Jésus (couronne d’épines, suaire, bois de la Croix etc.).

– Comme pour Jésus, la mort d’Étienne sera le début d’une nouvelle aventure pour l’Église. D’abord par le biais de la persécution qui s’abat sur les hellénistes baptisés dont Étienne est le premier martyr (protomartyr). « Ce jour-là, éclata une violente persécution contre l’Église de Jérusalem. Tous se dispersèrent dans les campagnes de Judée et de Samarie, à l’exception des Apôtres » (Ac 8,1). Cette dispersion deviendra la première grande mission hors de Jérusalem. Les catastrophes qui s’abattent sur nous peuvent devenir de nouveaux départs…
Ensuite par le biais de Saul qui deviendra Paul : il avait gardé les vêtements de ceux qui lapidaient Étienne, approuvant et participant ainsi au meurtre (7,57 ; 22,20). Saul voyait dans Étienne la figure même du Juif qui a trahi la foi d’Israël. Sa radicalité le poussera à persécuter l’Église, « animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur » (9,1). De persécuteur il deviendra pourtant apôtre après son éblouissement sur le chemin de Damas. Entre la prière du martyr et la vocation de l’apôtre, le lien est clair. La radicalité de Saul participe à la mort du disciple de Jésus, qui obtiendra la foi de son persécuteur.
Tertullien avait raison de dire : « le sang des martyrs est semence de chrétiens ». Indirectement, la lapidation d’Étienne donne à l’Église un apôtre exceptionnel en la personne de Paul ! Comment désespérer de nos pires ennemis en voyant Saul se transformer en Paul, en partie grâce à Étienne ?

On le voit : Étienne est bien un autre Christ ! Il lui ressemble tellement dans sa Passion qu’on a décidé de le fêter le 26 décembre, juste après la naissance de Jésus, pour bien montrer que tout chrétien sera comme Étienne configuré au Christ dans l’offrande qu’il fera de sa vie, jusqu’au martyre s’il le faut.

 

Allez les Verts !

220px-Golden_laurel_wreath_T_HL_04_Kerameikos_Athens Etienne dans Communauté spirituelleQui n’a pas vibré autrefois à la belle aventure du club de football de Saint-Étienne dans les années 60-80 ? On parlait des stéphanois comme de la crème du football national et européen, club mythique titulaire de 10 titres de champion de France ! Seul le PSG du Qatar l’a égalé cette année… . Ces stéphanois nous rappellent que Étienne en grec se dit στέφανος (stéphanos), qui signifie couronne. Étienne est si populaire qu’en France neuf cathédrales lui sont dédiées, et des dizaines de communes. Pensez par exemple à Saint-Étienne-du-Rouvray, où le Père Hamel est mort assassiné par un djihadiste en 2016 : commune prédestinée hélas pour recevoir la couronne du martyre…

Le premier chrétien qui reçoit la couronne du martyre s’appelle donc justement… couronne !

C’est le mot qui désigne la couronne royale de David (2Sa 12,30).
Le même mot est employé pour la couronne d’épines posée sur la tête de Jésus (Mt 27,29). Elle devient ainsi la couronne du vainqueur (1Co 9,25 ; 2Tim 4,8) promise aux athlètes de la foi comme celle convoitée par les sportifs. C’est encore la marque d’une autorité fraternelle et d’un engagement de service. Par exemple, pour l’apôtre Paul, ses frères bien-aimés sont « sa joie et sa couronne » (Ph 4,1; 1Th 2,19). Quant à l’apôtre Jacques, il utilise ce mot pour désigner celui qui aura traversé les épreuves : « Heureux l’homme qui supporte l’épreuve avec persévérance, car, sa valeur une fois vérifiée, il recevra la couronne de la vie promise à ceux qui aiment Dieu » (Jc 1,12). Enfin, Jean dans l’Apocalypse résume bien le sens du mot στέφανος, quand il écrit: « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de la vie » (Ap 2,10).

Les témoins du Christ ne courent pas après les médailles, les décorations, les rubans rouges au revers des vestes. Ils recherchent d’abord cette couronne dont Étienne était le nom et le prototype. Cela devrait se voir…

 

La lapidation Étienne selon Rubens

Rubens lapidation Etienne

Terminons par un rapide flash pictural. Le génial Rubens a peint un superbe triptyque sur la lapidation du protomartyr qu’on peut admirer au musée de Valenciennes [3].

On y voit sur le volet de gauche Étienne désigner le Temple pour annoncer son remplacement par le corps du Christ et l’adoration en esprit et en vérité.

Sur le volet de droite, on assiste à l’ensevelissement d’Étienne, à la manière d’une descente de croix, soulignant le parallélisme avec Jésus.

Le panneau du milieu est superbement composé. Une diagonale sépare le monde terrestre du céleste : en bas des couleurs violentes, des contrastes criards, des hommes à la musculature noueuse exagérée pour montrer la brutalité de la violence en action. Et ces lapidateurs forment un tourbillon de mains, de bras et de visages qui entraîne le spectateur dans la spirale infernale de leur violence. Ils sont 10 d’ailleurs : peut-être une allusion au nombre minimum pour constituer une assemblée cultuelle juive (le miniane). Comme si à leur insu ils accomplissaient une liturgie. C’est bien le cas, et cette liturgie est eucharistique. Car le martyre est l’eucharistie véritable. La dalmatique que porte Étienne en est le signe. Dans ce groupe de lapidateurs, il y a des jeunes, des vieux, des barbus et des imberbes, et même un noir : devenir persécuteur n’est hélas pas une question d’âge ni de couleur de peau ! Peinture terriblement actuelle si l’on songe aux exactions des troupes armées en Ukraine, au Mali, en Syrie ou ailleurs.
Au-dessus de la diagonale, dans le monde céleste, le visage d’Étienne rayonne de la gloire qu’il reçoit d’en haut, transfiguré au milieu de sa Passion, alors que son visage apparaît tuméfié par les premières pierres. Il contemple le Christ debout auprès du Père, et il lui est semblable : même posture debout (= ressuscité), même tunique rouge-sang qui souligne son association à la Passion du Christ, même lumière douce qui tranche avec l’agressivité des tons du dessous, mêmes couleurs pastel évoquant la paix après le déchaînement de la violence.
Fidèle à la vocation de son nom, Étienne reçoit de la main des anges sa couronne qui va l’associer à la royauté du Christ. Une ligne verticale joint la pierre du bas, le bras du bourreau, le visage d’Étienne et la couronne du martyre : l’injuste violence des hommes sera changée par Dieu en témoignage éclatant de son amour. C’est là ce qu’opère le martyre, le témoignage rendu au Christ jusqu’au don de soi.

 

Si Étienne est le premier des martyrs (protomartyr), c’est pour que chacun de nous puisse à son tour participer comme lui à la Passion du Christ, avec la force que donne sa Résurrection.
Méditons donc sur notre propre témoignage en relisant le cycle d’Étienne (Ac 6,1–8,4) ou en contemplant le tableau de Rubens : quel Étienne serai-je à mon tour ?

 


[1]. Rita CHARON, Narrative Medicine. Honoring the Stories of Illness, 2006.

[2]. Cf. La Médecine narrative. Une révolution pédagogique ?, sous la direction de François Goupy et Claire Le Jeunne, Med-Line Éditions, 2016.

[3]. Cf. https://www.prixm.org/articles/lapidation-etienne-bible-martyr-rubens

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Voici que je contemple le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 55-60)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Étienne était en face de ses accusateurs. Rempli de l’Esprit Saint, il fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Psaume
(Ps 96 (97), 1-2b, 6.7c, 9)

R/ Le Seigneur est roi, le Très-Haut sur toute la terre !
ou : Alléluia !
 (Ps 96, 1a.9a)

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
justice et droit sont l’appui de son trône.

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.

À genoux devant lui, tous les dieux !
Tu es, Seigneur, le Très-Haut sur toute la terre :

tu domines de haut tous les dieux.

Deuxième lecture
« Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 12-14.16-17.20)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean
Moi, Jean, j’ai entendu une voix qui me disait : « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il a fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. » L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement. Et celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. » – Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Évangile

« Qu’ils deviennent parfaitement un » (Jn 17, 20-26)
Alléluia. Alléluia. 
Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur, je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. Alléluia. (cf. Jn 14, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Patrick BRAUD

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16 avril 2018

La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La différence entre martyr et kamikaze ou djihadiste

Homélie pour le 3° dimanche de Pâques / Année B
15/04/2018

Cf. également :

Un manager nommé Jésus
Des brebis, un berger, un loup
Prenez la porte
L’agneau mystique de Van Eyck
La Résurrection est un passif
Le berger et la porte
Jesus as a servant leader
Du bon usage des leaders et du leadership

 

« Une vie offerte ne peut pas être perdue ». Les mots de Mgr Planet, évêque de Carcassonne, en hommage au lieutenant-colonel Arnaud Beltrame résonnent encore à nos oreilles pendant ce temps pascal. Particulièrement en ce dimanche du Bon Pasteur : « le bon berger donne sa vie pour ses brebis. Le mercenaire s’enfuit dès que viennent les voleurs » (Jn 10, 11-18)

Nul doute qu’Arnaud Beltrame incarne cette valeur évangélique du don de soi pour que l’autre vive. Sa femme a d’ailleurs témoigné que ce sens du sacrifice était pour lui inséparable de sa récente foi chrétienne de baptisé adulte. En cela, il est pour les chrétiens une figure de sainteté et pas seulement d’héroïsme. Le Père Maximilien Kolbe a été canonisé pour avoir pris volontairement la place d’un père de famille qui allait être condamné à mourir de faim à Auschwitz en représailles d’évasion. L’Église pourrait de même déclarer saint Arnaud Beltrame, qui a pris la place d’une hôtesse de caisse d’un Super U prise en otage par un djihadiste en pleine folie meurtrière.

Comme quoi le profil du Bon Pasteur n’est pas réservé aux prêtres !

Au matin de Pâques, six militaires gardaient l’entrée de l’église voisine, fusil-mitrailleur en bandoulière. Drôle d’impression que de devoir rejoindre l’assemblée sous escorte militaire ! Nous avions oublié en France que pratiquer sa foi pouvait nous coûter la vie. Et voilà qu’un gendarme courageux et quelques jeune gens en armes au portail de l’église nous rappellent que croire est une question de vie et de mort. Plusieurs paroissiens sont allés spontanément saluer ces militaires à la sortie de l’église : « merci d’avoir veillé sur nous pendant la messe. Bonne fête de Pâques à vous ! » Car eux aussi étaient prêts à intervenir, quel qu’en soit le prix, si nécessaire.

Arnaud Beltrame incarne parfaitement le renversement de la logique sacrificielle que René Girard attribue au christianisme : le vrai sacrifice n’est pas de prendre la vie d’autrui, mais de donner la sienne pour que d’autres vivent. Le sacrifice chrétien n’est pas d’offrir quelque chose mais de s’offrir soi-même. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13). Saint Paul va même encore plus loin : le sacrifice du Christ est de se donner pour ceux qui apparemment ne le méritent pas. « À peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste; pour un homme de bien, oui, peut-être osera-t-on mourir; mais la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous » (Rm 5,7-8).

L’Évangile du Bon Pasteur fait une différence très nette entre le berger et le mercenaire. Nous devons aujourd’hui préciser nous aussi les mots employés, afin notamment que les médias ne mélangent pas tout.

 

·      La sainteté chrétienne ne peut être kamikaze

Honor Pride - the Kamikaze by ogre2145L’étymologie de ce mot japonais [1] renvoie aux dieux du vent qui auraient permis une victoire inespérée sur les flottes mongoles s’apprêtant à envahir le Japon en 1274 et 1281. En 1944, ce vent meurtrier qui coule les vaisseaux ennemis est devenu le nom des pilotes-suicides faisant écraser leur avion sur les destroyers américains. Par extension, nous appelons kamikaze tous ceux qui sacrifient leur vie pour ôter celle de leurs ennemis. Mais c’est un sacrifice meurtrier, dont le but est de tuer, non de sauver. Que ce soit l’homme ceinturé d’explosifs au milieu de la foule d’un marché  ou les pilotes du 11 septembre s’écrasant sur les tours jumelles de Manhattan, cette logique sacrificielle est païenne en fait. Elle exalte la violence, magnifie la guerre, instrumentalise la vie de quelques militants manipulés pour infliger le plus de souffrance possible à l’ennemi. Les généraux orgueilleux de 14-18 ont hélas poussé leurs hommes dans de telles offensives-suicides, pour reprendre une colline ou une butte aux prussiens ou aux français, et ces offensives n’avaient rien à envier aux folies meurtrières actuelles.

Le kamikaze donne sa vie pour tuer, il parle de gloire et d’honneur pour valider sa démarche.

Les commanditaires de ces actes kamikaze recrutent alors d’autres candidats en appelant héros ceux qui ont cru se sacrifier ainsi pour la patrie, l’empereur, le Führer tout autre cause supérieure.

 

·      La sainteté chrétienne n’a rien à voir avec le djihadisme

image djihadisme-le-retour-du-sacrifice-9782220088143Ces kamikazes sont des anti-héros païens. Les djihadistes se veulent des combattants au nom de Dieu. C’est en criant le nom d’Allah qu’ils décapitent ou kidnappent. Ils se croient dans une guerre sainte contre les mécréants, ce qui légitime la ruse, la dissimulation à seule fin de tuer ceux qui ne sont pas de bons musulmans. Une guerre juste contre les injustes. Certes, le mot arabe djihad employé par le Coran signifie d’abord l’effort intérieur, le combat contre soi pour se soumettre à Allah [2]. Le djihad majeur est un chemin d’ascèse spirituelle pour se conformer à la loi de Dieu. Mais le djihad militaire, pour mineur qu’il soit, physique, violent, ne peut être éliminé du texte du Coran [3]. Il y est bien question d’exterminer les ennemis de l’islam, de soumettre chrétiens et juifs en les tuant ou en les réduisant en dhimmitude [4]. Le djihadiste est donc persuadé de servir la cause du Coran, et sa propre cause personnelle au passage à cause du paradis promis à ceux qui se sacrifient ainsi au combat.

S’ils savaient combien leurs meurtres ajoutent à la Passion du Christ, ils reculeraient épouvantés devant leurs actes…

Le djihadisme est un peu cousin des croisades et autres Inquisitions chrétiennes, lorsque même les papes et les prédicateurs croyaient honorer Dieu en appelant à la haine de l’autre. La seule différence – de taille – est que l’Évangile condamne fortement cette violence sacrificielle alors que le Coran l’encourage. La non-violence et l’amour des ennemis sont ineffaçables dans les Évangiles ; ils font partie de l’identité chrétienne. La domination ou l’extermination des ennemis de l’islam sont en toutes lettres dans le Coran ; ils font partie de l’ambition musulmane de soumettre le monde à Dieu, par la force s’il le faut.

Les chrétiens sont donc deux fois plus coupables lorsqu’ils succombent eux aussi à la logique du djihad : parce qu’ils commettent l’inexcusable et parce qu’ils sont en contradiction flagrante avec leurs textes fondateurs.

 

·      Le martyr subvertit la violence en acceptant d’être victime

Le Martyr de Saint SébastienLe martyr chrétien n’est pas auteur de la violence. Il en dénonce le caractère illusoire. Il proclame l’innocence des victimes prises pour bouc émissaire. Il préfère devenir victime de cette violence plutôt que de se taire, ou de lui répliquer par une violence semblable. Le martyr témoigne (c’est le sens du terme) du Christ à la manière du Christ : en aimant ses ennemis, en pardonnant à ses bourreaux, en dénonçant l’injustice sans répondre au mal par le mal.

Ne croyons pas trop vite que les mercenaires, les kamikazes ou les djihadistes sont toujours dans l’autre camp. Ne nous habillons pas trop vite de la tunique du Bon Berger ou du martyr. C’est devant le vrai danger que se révèle la différence.

Préparons-nous intérieurement en faisant du don de soi notre vrai moteur intérieur, au travail, en famille, entre amis…

 


[1]. Mot japonais (composé de kami « seigneur, dieu » et de kaze « vent ») désignant à l’origine deux tempêtes qui, en 1274 et 1281, détruisirent la flotte d’invasion des Mongols.

[2]. De l’arabe جهاد, djihâd (« lutte, guerre sainte »). Dans le Coran, l’expression al-jihad bi anfousikoum (« lutte contre les penchants de votre âme ») est l’équivalent de l’expression se faire violence ou al-jihad fi sabil Allah (« combat sacré dans le chemin d’Allah »).

[3] . Selon Averroès, l’islam compte quatre types de jihad : par le cœur, par la langue, par la main et par l’épée.

[4]. Statut spécial de sujétion imposé aux non-musulmans en terre musulmane. « Combattez  ceux qui ne croient pas en Dieu et au Jour dernier ; ceux qui ne déclarent pas illicite ce que Dieu et son Prophète ont déclaré illicite ; ceux qui, parmi les gens du Livre, ne pratiquent pas la vraie religion. Combattez-les jusqu’à ce qu’ils paient directement le tribut après s’être humiliés » (Coran Sourate 9, 29).

 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« En nul autre que lui, il n’y a de salut » (Ac 4, 8-12)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Pierre, rempli de l’Esprit Saint, déclara : « Chefs du peuple et anciens, nous sommes interrogés aujourd’hui pour avoir fait du bien à un infirme, et l’on nous demande comment cet homme a été sauvé. Sachez-le donc, vous tous, ainsi que tout le peuple d’Israël : c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver. »

PSAUME
(Ps 117 (118), 1.8-9, 21-23, 26.28-29)
R/ La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle.
ou : Alléluia ! (Ps 117, 22)

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !
Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur
que de compter sur les hommes ;
mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur
que de compter sur les puissants !

Je te rends grâce car tu m’as exaucé :
tu es pour moi le salut.
La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.

Béni soit au nom du Seigneur celui qui vient !
De la maison du Seigneur, nous vous bénissons !
Tu es mon Dieu, je te rends grâce,
mon Dieu, je t’exalte !
Rendez grâce au Seigneur : Il est bon !
Éternel est son amour !

DEUXIÈME LECTURE
« Nous verrons Dieu tel qu’il est » (1 Jn 3, 1-2)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

ÉVANGILE

« Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis » (Jn 10, 11-18)
Alléluia. Alléluia.
Je suis le bon pasteur, dit le Seigneur ; je connais mes brebis et mes brebis me connaissent.
Alléluia. (Jn 10, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis. Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse. Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui. Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis. J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau. Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »
Patrick BRAUD

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5 mai 2016

Lapidation : le retour !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Lapidation : le retour !

 

Homélie du 7° dimanche de Pâques / Année C
08/05/2016

Cf. également :

Poupées russes et ruban de Möbius…

Sois un être de désir !

Lapider : oui, mais qui ?

 

Nous avons déjà croisé ce supplice particulièrement inhumain sur notre route avec le sauvetage de la femme adultère par Jésus (Jn 8). Le voilà qui revient, en force si l’on peut dire, car dès les débuts de l’Église le diacre Étienne y perd la vie. Et de quelle manière !

Suivons pas à pas la passion d’Étienne, pour y discerner comment nous sommes nous-mêmes appelés à donner notre vie, jusqu’au sang s’il le fallait un jour.

 

Témoigner des cieux ouverts

Des milliers de chrétiens sont encore aujourd’hui traînés devant des tribunaux à cause de leur foi. Leurs accusateurs leur reprochent de violer la loi islamique, ou de diffuser la Bible, ou de revendiquer une liberté de conscience intolérable pour le pouvoir en place. Devant la machine judiciaire qui broie et écrase ceux qu’on lui présente, il y a de quoi être terrorisé. Nombre d’adultes de par le monde entier savent qu’ils risquent gros à demander le baptême : perdre son métier, voir sa famille inquiétée, être intimidés, tabassés, et souvent emprisonnés, voire exécutés. Les chrétiens d’Orient en savent quelque chose, mais aussi ceux des pays communistes, islamistes…

Afficher l'image d'origineÉtienne visiblement est rempli d’une force intérieure, l’Esprit Saint en personne, qui vient lui donner le courage de faire face à ses accusateurs. « Je vois les cieux ouverts… » En disant cela, Étienne sait qu’il va déchaîner la violence contre lui, pour cause de blasphème. Au moment où on l’enferme dans cette accusation, lui témoigne que les cieux sont ouverts, qu’il n’y a plus de fossé entre Dieu et l’homme, depuis que Jésus est ressuscité, « debout à la droite de Dieu ».

Témoigner que tout reste ouvert alors que la haine et la violence semblent victorieuses !

Annoncer que Dieu est proche au moment où la fraternité s’éloigne.

Transmettre la possibilité du pardon alors que la blessure va devenir irrémédiable.

Laisser ouvert le chemin de la réconciliation juste quand le conflit est à son maximum…

Cette vision d’Étienne n’est pas héroïque ni surhumaine. Elle est le fruit de l’Esprit animant notre esprit. À la suite d’Étienne, les martyrs des trois premiers siècles continueront à témoigner des cieux ouverts sous la dent des fauves et les épées des gladiateurs romains. Les victimes du génocide du Rwanda s’accrocheront à cette vision des cieux ouverts pour reconstruire leur pays, comme Nelson Mandela s’y était ancré pour réconcilier les anciens ennemis à mort de l’apartheid.

Nous pouvons, nous devons témoigner que les cieux demeurent ouverts : dans nos tragédies professionnelles (faillites, licenciements…), familiales (divorce, brouille, éloignement…) ou même politiques (lutte idéologique, militante active…). Depuis que le rideau du Temple s’est déchiré à la mort du crucifié, rien ni personne ne pourra clôturer l’espace ainsi dégagé entre Dieu et l’homme, avec toutes les possibilités de miséricorde, de réconciliation, de retrouvailles improbables que cette ouverture implique.

 

Compter sur Dieu (plus que sur les hommes)

Afficher l'image d'originePendant que les pierres pleuvent sur lui, Étienne se recueille, et s’appuie sur la prière pour tenir bon jusqu’au bout : « Seigneur Jésus, reçoit mon esprit ». Le Christ le premier s’était recueilli autour de cette attitude intérieure : « Père, en tes mains je remets mon esprit ». Impossible de résister sans haine ni désespoir si on ne s’appuie pas sur ce dialogue intérieur. « Compter sur Dieu vaut mieux que compter sur les puissants », chantaient des psaumes depuis déjà bien longtemps.

Vient toujours le moment où la solitude envahit tout, où l’appui des hommes est inexistant ou impuissant, où seule demeure la confiance en Dieu, apparemment injustifiable. Tant que demeurent les calculs pour s’en sortir, les compromis pour dévier le coup, les appuis influents pour nous protéger, nous comptons davantage sur nous-mêmes ou sur nos alliés que sur Dieu. Vient toujours dans une vie le moment où cela n’est plus possible.

Abandonné des hommes, seul devant la mort qui approche, Étienne s’en remet au Christ, sans réserve, les mains vides.

 

Prier pour ses bourreaux

Afficher l'image d'origine« Seigneur, ne leur compte pas ce péché » : Étienne trouve la force de prier pour ses tortionnaires alors qu’il rend son dernier souffle. On lui a raconté que Jésus avait eu cette délicatesse du coeur et de l’âme quand ses bourreaux s’acharnaient sur lui : « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Toujours cette distinction capitale entre le péché et le pécheur, entre l’acte et l’acteur. La vérité commande de dénoncer l’un et la miséricorde de sauver l’autre.

Prier pour ses bourreaux, ses ennemis, lors d’un divorce, d’un conflit professionnel, d’une lutte politique n’a rien à voir avec la faiblesse dénoncée par Nietzsche. Il ne s’agit pas de renoncer au combat, d’être complice du mal, de se laisser vaincre ou de s’évader dans du pseudo spirituel. Il s’agit bien d’aller jusqu’au bout dans la dénonciation du mal, tout en priant pour que chacun en soit libéré : et celui qui le commet et celui qui y est exposé. « Délivre-nous du mal » suppose de prier pour ses bourreaux tout en leur montrant le mal commis : « si j’ai mal parlé, montre-moi ce que j’ai dit de mal. Mais sinon, pourquoi me frappes-tu ? »

Dans son testament spirituel du 01/01/1994, le frère Christian de Chergé, moine de Tibhirine, adoptait par avance cette même attitude intérieure :

Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre. Elle n’en a pas moins non plus. En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance. J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde et même de celui-là qui me frapperait aveuglément. J’aimerais, le moment venu avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint. Je ne saurais souhaiter une telle mort. Il me paraît important de le professer. Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre. C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit, surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’Islam.

 

Prier pour ceux qui nous font souffrir n’est pas naturel. Si l’Esprit du Christ ne vient pas en personne murmurer cette prière en nous, comment pourrions-nous désirer ardemment le salut de ceux qui nous condamnent ? Le premier à le faire après Jésus fut le diacre Étienne, et non l’un des apôtres, comme pour ancrer la force du témoignage dans celle du service des pauvres (car c’était la mission des diacres).

 

Croire en la fécondité et d’une vie offerte

Pour Étienne, tout semble finir avec la lapidation. Il ne verra pas les fruits que cette offrande de lui-même va produire. Pourtant ces fruits sont déjà là en germe, puisque Luc prend bien soin de préciser dans le texte que le jeune homme Saül faisait office de vestiaire pour que ces Messieurs se défoulent en lapidant Étienne.

« Le sang des martyrs est semence de chrétiens » constatera plus tard Tertullien.

L’intention de Luc est claire : témoigner que les cieux sont ouverts - ici dans le sang, pour nous dans nos tribulations familiales, professionnelles, politiques etc. - est pour l’Église ce que les semailles sont pour la moisson. La fécondité d’un combat qui va jusqu’au bout est une promesse dont nous ne voyons que rarement la réalisation, mais qui cependant se réalise toujours au-delà de nos espérances. Le jeune Saül deviendra l’apôtre Paul, et avec lui l’Europe et l’Occident découvriront la formidable espérance apportée par un juif obscur d’une trentaine d’années dont le rêve s’était disloqué sur le bois d’une croix…

Saül gardant les vêtements de ceux qui lapident Étienne est la figure de la fécondité promise à nos épreuves, si nous pouvons-les vivre en communion avec le Christ.

Afficher l'image d'origine 

La lapidation d’Étienne nous parle de nos combats pour tenir bon sous l’avalanche des revers de fortune.

Prions l’Esprit qui l’a soutenu d’être maintenant notre force pour ne rien lâcher, sans haine.

 

 

1ère lecture : « Voici que je contemple le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu » (Ac 7, 55-60)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

 En ces jours-là, Étienne était en face de ses accusateurs. Rempli de l’Esprit Saint, il fixait le ciel du regard : il vit la gloire de Dieu, et Jésus debout à la droite de Dieu. Il déclara : « Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu. » Alors ils poussèrent de grands cris et se bouchèrent les oreilles. Tous ensemble, ils se précipitèrent sur lui, l’entraînèrent hors de la ville et se mirent à le lapider. Les témoins avaient déposé leurs vêtements aux pieds d’un jeune homme appelé Saul. Étienne, pendant qu’on le lapidait, priait ainsi : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit. » Puis, se mettant à genoux, il s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché. » Et, après cette parole, il s’endormit dans la mort.

Psaume : Ps 96 (97), 1-2b, 6.7c, 9
R/ Le Seigneur est roi, le Très-Haut sur toute la terre !
ou : Alléluia ! (Ps 96, 1a.9a)

Le Seigneur est roi ! Exulte la terre !
Joie pour les îles sans nombre !
justice et droit sont l’appui de son trône.

Les cieux ont proclamé sa justice,
et tous les peuples ont vu sa gloire.
À genoux devant lui, tous les dieux !

Tu es, Seigneur, le Très-Haut
sur toute la terre :
tu domines de haut tous les dieux.

2ème lecture : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22, 12-14.16-17.20)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai entendu une voix qui me disait : « Voici que je viens sans tarder, et j’apporte avec moi le salaire que je vais donner à chacun selon ce qu’il a fait. Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin. Heureux ceux qui lavent leurs vêtements : ils auront droit d’accès à l’arbre de la vie et, par les portes, ils entreront dans la ville. Moi, Jésus, j’ai envoyé mon ange vous apporter ce témoignage au sujet des Églises. Moi, je suis le rejeton, le descendant de David, l’étoile resplendissante du matin. » L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Celui qui entend, qu’il dise : « Viens ! » Celui qui a soif, qu’il vienne. Celui qui le désire, qu’il reçoive l’eau de la vie, gratuitement.
 Et celui qui donne ce témoignage déclare : « Oui, je viens sans tarder. » – Amen ! Viens, Seigneur Jésus !

Evangile : « Qu’ils deviennent parfaitement un » (Jn 17, 20-26)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur,
je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira.
Alléluia. (cf. Jn 14, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi. Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé. Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde. Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé. Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »
Patrick BRAUD

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29 avril 2015

Que veut dire être émondé ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

Que veut dire être émondé ?

 

cf. également

La parresia, ou l’audace de la foi

Homélie du 5° dimanche de Pâques / Année B
03/05/2015

 

Dans l’image de la vigne employée par Jésus, le mot émonder pose problème. Car il renvoie à l’action de tailler, de couper, de faire souffrir (même si c’est pour du mieux après). Ressurgit alors le spectre d’un Dieu prenant plaisir à nous mutiler, ou au moins à nous envoyer toutes sortes d’épreuves soi-disant pour notre bien. Avec l’inénarrable argument : « qui aime bien châtie bien » (He 12,6), utilisé tant de fois comme alibi pour le dolorisme chrétien. « Plus tu souffres, plus tu te rapproches de Dieu ». « Si Dieu t’éprouve ainsi, c’est qu’il doit aimer beaucoup ». Ce genre de phrases pieuses à l’emporte-pièce sont moins courantes qu’au siècle dernier, mais elles continuent à polluer l’inconscient collectif. C’est une tentative un peu naïve – mais tragique – de concilier l’amour de Dieu et le malheur innocent qui s’abat sur nous. Comme était magique autrefois une certaine conception de la Providence où Dieu était censé nous protégé des aléas de la vie moyennant un cierge, une médaille ou un pèlerinage.

Que veut dire alors : être émondé ?

 

La taille du martyre

Que veut dire être émondé ? dans Communauté spirituelle doc8martyrLes premiers chrétiens y ont vu assez naturellement la figure du martyre, qui a frappé l’Église naissante pendant ses trois premiers siècles.

Frappés par le glaive, mis en croix, livrés aux bêtes, au feu, nous demeurerons fidèles au Christ. Mais plus les tourments se multiplient, plus par le nom de Jésus-Christ se multiplient les croyants, plus leur fidélité et leur piété deviennent parfaites : comme une vigne, plus elle est taillée, plus elle multiplie les branches qui portent du fruit.
(saint Justin : « Dialogue avec Tryphon », CX).

L’image de la vigne taillée et coupée, qui pourtant porte toujours plus de fruits,  permet à ces premiers chrétiens de déchiffrer les persécutions dont ils sont les victimes comme des opérations-vérité permettant à l’Église de grandir tout autour du bassin méditerranéen. Devant le danger et la menace romaine ou juive, certains baptisés renient leur foi au Christ (les lapsi) : ce sont les sarments se détachant du cep. Les autres, au prix de leur vie, rendent un si beau témoignage de pardon et d’amour qu’il bouleverse le coeur de leurs bourreaux et suscite de nombreuses conversions dans tout l’empire. Ainsi la vigne-Église, au lieu d’être décapitée par la violence s’exerçant contre elle, croît et fructifie de plus belle.
« Le sang des martyrs est semence de chrétiens » constatait fort justement Tertullien à la fin du II° siècle.

Appliquez cela à ce que vivent les chrétiens aujourd’hui au Moyen-Orient, en Égypte ou en Éthiopie, au Yémen, au Kenya, au Nigéria et dans tant d’autres pays : la justice et les massacres commis contre ces croyants ne pourront empêcher à terme l’Évangile de porter des fruits dans ces pays.

 

La méprise de l’ascèse

Tentation de St AntoineDans les siècles suivants, pour retrouver la ferveur des martyrs, beaucoup de chrétiens sont partis au désert explorer le combat intérieur. Une autre façon de continuer la résistance spirituelle face à une religion d’État devenue très mondaine. À leur suite, d’innombrables auteurs ont cru qu’il fallait s’imposer à soi-même cette violence qu’on ne subissait plus des autres, puisque l’Église vivait enfin en paix. D’où l’idée qu’émonder la vigne pouvait être une invitation à l’ascèse.

Toute vigne qui n’est pas taillée devient sauvage. Le Verbe est un glaive qui retranche les branches luxuriantes : il force toutes les passions à ne pas convoiter et à porter du fruit
Saint Clément d’Alexandrie : le « Pédagogue », I 8

Tailler dans ses passions, purifier le terreau de la fois, lutter contre l’égoïsme et l’orgueil : le but de l’ascèse est en effet cohérent avec l’image de la vigne émondée. Il s’agit bien d’empêcher les feuilles et les longs bois d’étouffer les grappes à naître. C’est la manière qui pose question. En effet, dans la bouche de Jésus comme dans la réalité viticole, la vigne ne s’émonde pas elle-même. Elle est émondée par un autre.

Ce passif c’est toute la différence.

L’ascèse croit qu’on peut s’auto-purifier en quelque sorte à la force du poignet, à l’aide d’exercices spirituels de plus en plus tranchants. Cette doctrine de l’auto-rédemption resurgit d’ailleurs aujourd’hui dans les courants prônant le bien-être, l’harmonie, l’équilibre etc. grâce à des techniques de méditation, de relaxation, de respiration et bien d’autres ascèses modernes.

Or c’est le vigneron qui taille sa vigne.

Nul ne peut (ni ne doit) choisir la façon dont vont lui être enlevées les parures, la gloire, les artifices l’empêchant de porter davantage de fruits. C’est a posteriori, en relisant l’épreuve et sa traversée, qu’on y devine le travail de purification qui a pu s’y accomplir. Mais l’épreuve ne vient pas de soi, sinon ce n’est que de l’orgueil au carré, s’abritant derrière une fausse humilité. D’ailleurs il n’est pas sûr du tout qu’émondage rime avec épreuve : le cep est reconnaissant au sécateur du vigneron de l’alléger de ce qui l’alourdit, l’asphyxie et le stérilise.

La méprise de l’ascèse, c’est de choisir par soi-même ce qui doit être coupé, taillé, au lieu de l’accueillir en laissant Dieu le faire en nous.
Être émondé doit rester un passif, sinon l’orgueil est de retour !

 

Le dépouillement intérieur

Les mystiques ont contesté cette interprétation ascétique dangereuse de l’émondage comme auto-progression. Pour Maître Eckhart, Jean de la Croix ou Thérèse d’Avila, l’émondage divin ne correspond pas à l’ascèse, mais au lâcher-prise intérieur, à l’acceptation d’un certain dépouillement qui nous est imposé par la vie et l’intimité avec Dieu.

Il faut non seulement ôter les mauvais désirs, mais ôter le trop qui se trouve souvent dans les bons : le trop agir, l’excessive activité qui se détruit et se consume elle-même, qui épuise les forces de l’âme, qui la remplit d’elle-même et la rend superbe. Âme chrétienne, abandonne-toi aux mains, au couteau, à l’opération du céleste vigneron ; laisse-le trancher jusqu’au vif. Le temps de tailler est venu ; dans le printemps lorsque la vigne commence à pousser, on lui doit ôter jusqu’à la fleur, quand elle est excessive. Coupez, céleste ouvrier ; et toi, âme chrétienne, coupe aussi toi-même, car Dieu t’en donnera la force et, c’est par toi-même qu’il te veut tailler. Coupe non seulement les mauvaises volontés, mais le trop d’activité de la bonne qui se repaît d’elle-même (J.-B. Bossuet : « Méditations sur l’Evangile », la Cène, seconde partie, IV).

La vigne sera dépouillée progressivement de ses fruits (les fruits ne sont pas pour elle), de sa belle parure de feuille automnales (le paraître), de ses sarments (les traces de sa gloire) par l’émondage. 

Ce nettoyage de la vigne se pratique après les vendanges et généralement pendant le repos de la végétation, soit à la fin de l’hiver, quand les grandes gelées en principe ne sont plus à craindre et avant que la sève du printemps commence à faire éclore de nouveaux bourgeons. Sinon lorsque la sève commence à monter, après l’émondage le sarment va « pleurer », des gouttes vont tomber sur la terre. 

Si l’émondage de la vigne n’est pas incessant, il est tout de même régulier. Pour la vigne, c’est une fois par an, une fois qu’elle a porté du fruit et après un temps de repos. Pour nous, probablement après chaque belle production de fruits !

Il s’agit alors, à chaque étape de la vie, après chaque vendange, de constater ce qui doit partir, être séparé, enlevé, et de s’en réjouir pour préparer les vendanges suivantes. Quand des enfants quittent la maison familiale, quand ils se marient, quand ils vous font grands-parents, quand la retraite vient tout changer… : à chaque âge de la vie, juste après les fruits récoltés et engrangés, vient le travail pour consentir à perdre à nouveau afin de croître à nouveau. Ce mouvement est incessant, d’étape en étape, jusqu’à la vendange ultime qu’est la mort physique.

 

Se laisser émonder par la parole

Émonder en grec se dit « kathairos » et signifie : purifier, nettoyer, enlever les impuretés, enlever les pousses inutiles, purifier par le feu, libérer des désirs corrompus.
Pourquoi le Père émonde-t-il seulement les sarments qui portent du fruit ?
Afin qu’ils en portent davantage.
Sans émondage, l’année suivante, les sarments ne produisent que de petits raisins ne présentant guère d’intérêt pour la production du vin. L’émondage limite la croissance démesurée du bois, pour régulariser la production des raisins en qualité et en quantité. Dans le but d’obtenir des raisins plus gros qui contiennent plus de jus ou de vin.

Le même vigneron qui a émondé la vigne, est celui qui ensuite s’occupe de nous, prend soin de nous, nous protège, veille sur nous. Il met l’engrais au temps voulu, surveille, il soigne les maladies, traite les parasites afin que l’ensemble de ses soins aboutisse à une abondante et belle production de fruits.
L’émondage n’est ni continuel ni inconsidéré. Une fois la vigne émondée, le vigneron ne guette pas la moindre pousse de bourgeon pour la couper à nouveau. Une fois émondée, ce qui intéresse le vigneron, c’est la pousse, la croissance, la maturité, la production.

Il y a un temps où, par son feuillage, ses rameaux, le cep n’est plus très visible (risque d’orgueil) ; alors le dépouillement est de nouveau nécessaire, l’émondage aussi, afin que ce soit le cep (le Christ), et lui seul, source de vie, qui soit vu.
Le but de l’émondage, ce n’est donc pas de souffrir comme si c’était un but en soi ; c’est seulement un traitement nécessaire. Le but de l’émondage, c’est que nous soyons protégés… de l’orgueil, de la suffisance, de l’arrivisme etc., et qu’ensuite nous portions davantage de fruits.

0000000760L ascèse dans Communauté spirituelleUne fois émondée, le vigneron va tout faire pour que la vigne croisse, devienne belle : c’est Lui l’auteur de la vie, pas nous !

Le Christ fournit lui-même une interprétation de ce travail d’émondage de la vigne : « déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. »

Sa parole est plus tranchante que le glaive (He 4,12). Elle opère en nous un discernement, une crise qui révèle ce qui est fécond et ce qui stérilise.
En écoutant cette parole, Zachée ou Marie-Madeleine mettent de l’ordre dans leur vie, et quittent ce qui les empêche de suivre Jésus.
En écoutant cette parole, Paul acceptera de laisser tomber son fanatisme pharisien, Augustin son manichéisme intransigeant, François d’Assise sa richesse de parentale, Mère Teresa son école bien tranquille…

Se laisser émonder va de pair avec la rumination de la Bible, pour laisser la parole du Christ nous alléger de ce qui alourdit notre marche, tailler et couper en nous ce qui ne porte pas un fruit meilleur encore.

 

Mais que veut dire porter du fruit ?
Ceci est une autre histoire, qui demandera d’y revenir plus longuement…

 

 

 

1ère lecture : « Barnabé leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur » (Ac 9, 26-31)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples, mais tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas que lui aussi était un disciple. Alors Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres ; il leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment, à Damas, il s’était exprimé avec assurance au nom de Jésus. Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux, s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait aux Juifs de langue grecque, et discutait avec eux. Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer. Mis au courant, les frères l’accompagnèrent jusqu’à Césarée et le firent partir pour Tarse.

 L’Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie ; elle se construisait et elle marchait dans la crainte du Seigneur ; réconfortée par l’Esprit Saint, elle se multipliait.

Psaume : 21 (22), 26b-27, 28-29, 31-32

R/ Tu seras ma louange, Seigneur, dans la grande assemblée. ou : Alléluia !  (cf. 21, 26a)

Devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.
Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;
ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent :
« À vous, toujours, la vie et la joie ! 

La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur,
chaque famille de nations se prosternera devant lui :
« Oui, au Seigneur la royauté,
le pouvoir sur les nations ! »

Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;
on annoncera le Seigneur aux générations à venir.
On proclamera sa justice au peuple qui va naître :
Voilà son œuvre !

2ème lecture : « Voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de Jésus Christ et nous aimer les uns les autres »(1 Jn 3, 18-24)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ; car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses.
Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux. Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Evangile : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit » (Jn 15, 1-8)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Demeurez en moi, comme moi en vous, dit le Seigneur ; celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit. Alléluia. (Jn 15, 4a.5b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage. Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
 Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent. Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »
Patrick BRAUD

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