L'homelie du dimanche

10 août 2015

Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance

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Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance

Cf. également :

Assomption : les sentinelles de l’invisible

L’Assomption de Marie, étoile de la mer

L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance

Marie, parfaite image de l’Église à venir

Marie en son Assomption : une femme qui assume !


En 2013, le Pape François avait centré son homélie de l’Assomption sur trois mots-clés caractérisant la foi et l’attitude de Marie : lutte, résurrection, espérance.

Relisons cette méditation, qui n’a pas vieilli, au contraire !

  

Homélie du pape François pour la fête de l’Assomption 2013

Chers frères et sœurs,

À la fin de la Constitution sur l’Église, le concile Vatican II nous a laissé une très belle méditation sur la Très Sainte Vierge Marie. Je relève simplement les expressions qui se réfèrent au mystère que nous célébrons aujourd’hui.

La première est celle-ci :

« Enfin la Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute souillure de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers » (n. 59).

Et ensuite, vers la fin, il y a aussi celle-ci :

« Cependant, tout comme dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur, de même sur cette terre, en attendant la venue du jour du Seigneur, elle brille déjà devant le Peuple de Dieu en pèlerinage comme un signe d’espérance assurée et de consolation » (n. 68).

À la lumière de cette très belle icône de notre Mère, nous pouvons considérer le message contenu dans les lectures bibliques que nous venons d’entendre. Nous pouvons nous concentrer sur trois mots-clés : lutte, résurrection, espérance.

 

Lutte, résurrection, espérance

Lutte

Le passage de l’Apocalypse présente la vision de la lutte entre la femme et le dragon. La figure de la femme, qui représente l’Église, est d’un côté glorieuse, triomphante, et de l’autre encore dans les douleurs. C’est en effet comme cela qu’est l’Église : si, au Ciel, elle est déjà associée à la gloire de son Seigneur, dans l’histoire, elle vit continuellement les épreuves et les défis que comporte le conflit entre Dieu et le malin, l’ennemi de toujours. Et dans cette lutte que les disciples de Jésus doivent affronter – nous tous, nous, tous les disciples de Jésus, nous devons affronter cette lutte – Marie ne nous laisse pas seuls ; la Mère du Christ et de l’Église est toujours avec nous. Toujours, elle marche avec nous, elle est avec nous. Elle marche toujours avec nous.

Marie aussi, dans un certain sens, partage cette double condition. Naturellement, elle est désormais entrée dans la gloire du ciel une fois pour toutes. Mais cela ne signifie pas qu’elle est loin, qu’elle est détachée de nous ; au contraire, Marie nous accompagne, elle lutte avec nous, elle soutient les chrétiens dans le combat contre les forces du mal. La prière avec Marie, en particulier le chapelet, a aussi cette dimension « agonistique », c’est-à-dire de lutte, une prière qui soutient dans la bataille contre le malin et contre ses complices. Le chapelet aussi nous soutient dans la bataille.

 

Résurrection

La seconde Lecture nous parle de la résurrection. L’apôtre Paul, écrivant aux Corinthiens, insiste sur le fait qu’être chrétien signifie croire que le Christ est vraiment ressuscité des morts. Toute notre foi se base sur cette vérité fondamentale qui n’est pas une idée mais un événement. Et le mystère de l’assomption de Marie dans son corps et dans son âme est aussi tout entier inscrit dans la résurrection du Christ. L’humanité de la Mère a été « attirée » par son Fils dans son passage à travers la mort. Jésus est entré une fois pour toutes dans la vie éternelle avec toute son humanité, celle qu’il avait prise de Marie ; et ainsi, elle, la Mère qui l’a fidèlement suivi pendant toute sa vie, qui l’a suivi par le cœur, est entrée avec lui dans la vie éternelle, que nous appelons aussi le ciel, le paradis, la maison du Père.

Marie aussi a connu le martyre de la croix : le martyre de son cœur, le martyre de l’âme. Elle a beaucoup souffert, dans son cœur, tandis que Jésus souffrait sur la croix. La Passion de son fils, elle l’a vécue au plus profond de son âme. Elle a été pleinement unie à lui dans la mort, et c’est pour cela que lui a été fait le don de la résurrection. Le Christ est prémices  des ressuscités et Marie est prémices des rachetés, la première de « ceux qui sont au Christ ». Elle est notre Mère, mais nous pouvons aussi dire qu’elle est notre représentante, elle est notre sœur, notre sœur aînée, elle est la première des rachetés qui soit arrivée au ciel.

Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance dans Communauté spirituelle dormition1 

Espérance 

L’évangile nous suggère le troisième mot : espérance. L’espérance est la vertu de celui qui, faisant l’expérience du conflit, de la lutte quotidienne entre la vie et la mort, entre le bien et le mal, croit dans la résurrection du Christ, dans la victoire de l’amour. Nous avons entendu le chant de Marie, le « Magnificat » : c’est le cantique de l’espérance, c’est le cantique du peuple de Dieu en marche dans l’histoire. C’est le cantique de tant de saints et de saintes, certains connus, d’autres, très nombreux, inconnus, mais bien connus de Dieu : des mamans, des papas, des catéchistes, des missionnaires, des prêtres, des sœurs, des jeunes, et même des enfants, des grands-pères, des grands-mères : ils ont affronté la lutte de la vie, portant dans leur cœur l’espérance des petits et des humbles. Marie dit : « Mon âme exalte le Seigneur » – aujourd’hui aussi, l’Église chante cela et elle le chante partout dans le monde.

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Ce cantique est particulièrement intense là où le Corps du Christ souffre aujourd’hui la Passion. 

Là où il y a la Croix, pour nous chrétiens, il y a l’espérance, toujours. S’il n’y a pas l’espérance, nous ne sommes pas chrétiens. C’est pour cette raison que j’aime dire : ne vous faites pas voler l’espérance. Que personne ne nous vole l’espérance, parce que cette force est une grâce, un don de Dieu qui nous fait avancer en regardant le Ciel. Et Marie est toujours là, proche de ces communautés, qui sont nos frères, elle marche avec eux, elle souffre avec eux, et elle chante avec eux le « Magnificat » de l’espérance.

Chers frères et sœurs, nous aussi, unissons-nous de tout notre cœur à ce cantique de patience et de victoire, de lutte et de joie, qui unit l’Église triomphante à l’Église pérégrinante que nous sommes ; qui unit la terre et le ciel, qui unit notre histoire à l’éternité vers laquelle nous marchons. Ainsi soit-il.

Messe du jour

1ère lecture : La Femmede l’Apocalypse, image de l’Église comme Marie (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)

Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Le Temple qui est dans le ciel s’ouvrit, et l’arche de l’Alliance du Seigneur apparut dans son Temple.
Un signe grandiose apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles.
Elle était enceinte et elle criait, torturée par les douleurs de l’enfantement.
Un autre signe apparut dans le ciel : un énorme dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes,et sur chaque tête un diadème.
Sa queue balayait le tiers des étoiles du ciel, et les précipita sur la terre. Le Dragon se tenait devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance.Or, la Femme mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les menant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place.
Alors j’entendis dans le ciel une voix puissante, qui proclamait : « Voici maintenant le salut, la puissance et la royauté de notre Dieu, et le pouvoir de son Christ ! »

Psaume : 44, 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16

R/ Heureuse es-tu, Vierge Marie, dans la gloire de ton Fils.

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté. 

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire. 

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi. 

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

2ème lecture : Le Christ nous entraîne tous dans la vie éternelle ( 1 Co 15, 20-27a)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection. En effet, c’est en Adam que meurent tous les hommes ; c’est dans le Christ que tous revivront, mais chacun à son rang : en premier, le Christ ; et ensuite, ceux qui seront au Christ lorsqu’il reviendra. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal. C’est lui en effet qui doit régner jusqu’au jour où il aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qu’il détruira, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds.

Evangile : « Heureuse celle qui a cru ! » (Lc 1, 39-56)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ; exultez dans le ciel, tous les anges ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.
Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque j’ai entendu tes paroles de salutation, l’enfant a tressailli d’allégresse au-dedans de moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur.
Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !
Son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. »

Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

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11 mars 2015

Démêler le fil du pêcheur

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Démêler le fil du pêcheur…

 

cf. également :

Visage exposé, à l’écart, en hauteur

La vraie beauté d’un être humain

Figurez-vous la figure des figures

Homélie du 4° Dimanche de Carême / Année B
Dimanche 15 Mars 2015

 

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière… »

Quand j’étais enfant, mon père m’apprenait à pêcher en mer.
Démêler le fil du pêcheur dans Communauté spirituelle kone6
Bien souvent, quand on pêche à la traîne, le fil de nylon se vrille, s’entortille, et la remontée d’un poisson à l’arrière du bateau se transforme en une grosse pelote de fil avec des nœuds dans tous les sens. J’ai appris à aimer ce patient travail qui consiste alors à démêler la ligne de pêche, en défaisant un à un les nœuds que le fil s’était fait à lui-même. Pour cela, il faut sans hâte ni colère pour chaque nœud refaire en sens inverse le parcours où le fil s’est  emberlificoté en se vrillant sur lui-même. Travail minutieux, austère, parfois très long, où la tentation de couper des pans entiers de la ligne ou de la jeter par dessus bords compromet régulièrement l’opération de sauvetage de la ligne…

Faire la vérité sur sa vie, c’est un peu cela : re-parcourir à l’envers les nœuds qui m’étranglent, qui m’empêchent de filer droit. Et ainsi, en acceptant d’exposer ces nœuds aux mains habiles du pêcheur, le fil retrouve peu à peu sa vraie puissance d’action…

« Car ce qui a été lié ne peut être délié que si l’on refait en sens inverse les boucles du nœud, en sorte que les premières boucles soient défaites grâce à des secondes et qu’inversement les secondes libèrent les premières : il se trouve de la sorte qu’un premier lien est dénoué par un second et que le second tient lieu de dénouement à l’égard du premier. » (Irénée de Lyon,  Adversus Haereses, Livre III)

small_Notre%20Dame%20qui%20defait%20les%20noeuds%20fil fil dans Communauté spirituelleSt Irénée précise le rôle de Marie dans cette action où les fils de nos vies se démêlent : elle est l’archétype de l’attitude d’obéissance et de confiance qui peut nous inspirer aujourd’hui.

« Ève, par sa désobéissance, fit le nœud du malheur pour l’humanité;
alors qu’au contraire, Marie, par son obéissance, le dénoua.»

 

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière… »

Voilà une petite phrase lourde de conséquences.  Car faire la vérité, c’est un travail exigeant. Et c’est toujours complexe de faire la vérité sur une affaire ténébreuse. Pourtant je suis témoin que ce travail de clarification permet ensuite d’agir selon la volonté de Dieu. Oui : faire la vérité libère, et rend capable d’agir en vérité.

 

Mais qu’est-ce que « faire la vérité » ?

- Je pense à ces futurs mariés que nous accompagnons, laïcs et prêtres, vers leur engagement, pendant des mois. Avec sérieux et profondeur, beaucoup acceptent de s’interroger sur leurs motivations, osent ouvrir la Bible avec nous pour la laisser éclairer leur amour, parler de leur passé, de leur famille. Nous sommes souvent admiratifs de la confiance qu’ils nous accordent : ils sont vrais avec nous, et acceptent loyalement un travail de vérité sur leur couple, leur histoire (avec des échecs antérieurs bien souvent), leurs projets… Faire la vérité sur sa relation amoureuse, ce n’est pas rien…

- Je pense également au témoignage d’un médecin sur ce thème : « Toute vie vaut-elle la peine d’être vécue ? ». Il accueille notamment des femmes qui ont vécu un avortement et qui, quelquefois 10, 20 ans après, ont besoin de parler parce que la blessure remonte. À travers l’écoute et la compassion, sans juger, il essaie d’aider ces femmes à faire la vérité sur l’IVG qui brutalement les déstabilise à nouveau. Quelles on été les pressions : familiales ? médicales ? Quelle était leur liberté et leur volonté réelles ? Quelle conscience avaient-elles de l’acte ainsi posé ? Et le père… ? Y a-t-il eu un délai, des médiations, des soutiens… ? Vous voyez, c’est tout un travail, patient et délicat, pour faire mémoire d’un passé douloureux avec justesse et droiture, pour pouvoir enfin l’assumer, ne plus cacher, s’ouvrir à l’avenir…

- À l’inverse, quand on dissimule, quand on veut « ne plus en parler », quand on laisse dans l’ombre des côtés importants de notre histoire, alors on est assis sur une véritable bombe à retardement.

D’abord c’est épuisant de se taire, de taire ce que nous avons peur de mettre en pleine lumière. Comme dit le psaume : « Je me taisais, et mes frères s’épuisaient à gémir… » (Ps 31)

Ensuite c’est stérile, car se taire ne résout rien. Comme un abcès qui devient mauvais lorsqu’on n’a pas le courage de le percer : le pus s’accumule…

arton582 MarieJe pense à ces « secrets de famille » qui empoisonnent parfois les relations entre frères et sœurs sur des générations… Il y a « des cadavres dans le placard » – comme le dit la sagesse populaire - qui finissent par sentir mauvais… Faire la vérité demande alors de rouvrir son passé, de le relire (avec un soutien extérieur) pour le guérir et le transformer.

Je pense encore à ces affaires de corruption, de tricherie, de « dessous de table » qui défraient régulièrement la chronique. Les transactions douteuses et secrètes, les salaires fictifs qu’on voulait garder secrets, les montages financiers opaques qui ont conduit à la crise financière… Dans la vie économique, dans les responsabilités politiques, la petite phrase de Jésus est encore plus lourde de conséquences : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière… » Les paradis fiscaux ne devraient pas s’en remettre !

 

Pour nous, pendant ce Carême, que chacun s’examine : sur quel côté obscur de ma vie ais-je besoin de faire la vérité, justement pour que la lumière du Christ l’apaise, le guérisse, l’ouvre à l’avenir ?…

Ne répondons pas trop vite. Car, logiquement, nous nous sommes cachés à nous-mêmes ce que nous avons peur de voir en face. Il faudra donc accepter de nous faire aider par d’autres pour débusquer ce côté obscur. Il faudra donc humblement demander de l’écoute, du soutien ; le sacrement du pardon trouve bien sa place dans ce travail de clarification ; la Bible et la prière également…

 

Que le Christ nous donne ce courage de Carême : ne pas préférer l’obscurité à la lumière, faire la vérité sur nous-mêmes pour agir selon sa vérité, démasquer l’obscur pour ne pas dérober mon visage.

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière… »

 

 

 

1ère lecture : La colère et la miséricorde du Seigneur manifestées par l’exil et la délivrance du peuple (2 Ch 36, 14-16.19-23)

Lecture du deuxième livre des Chroniques

En ces jours-là, tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. Le Seigneur, le Dieu de leurs pères, sans attendre et sans se lasser, leur envoyait des messagers, car il avait pitié de son peuple et de sa Demeure. Mais eux tournaient en dérision les envoyés de Dieu, méprisaient ses paroles, et se moquaient de ses prophètes ; finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabucodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils jusqu’au temps de la domination des Perses. Ainsi s’accomplit la parole du Seigneur proclamée par Jérémie : La terre sera dévastée et elle se reposeradurant 70 ans,jusqu’à ce qu’elle ait compensé par ce repostous les sabbats profanés.
Or, la première année du règne de Cyrus, roi de Perse, pour que soit accomplie la parole du Seigneur proclamée par Jérémie, le Seigneur inspira Cyrus, roi de Perse. Et celui-ci fit publier dans tout son royaume – et même consigner par écrit – : « Ainsi parle Cyrus, roi de Perse : Le Seigneur, le Dieu du ciel, m’a donné tous les royaumes de la terre ; et il m’a chargé de lui bâtir une maison à Jérusalem, en Juda. Quiconque parmi vous fait partie de son peuple, que le Seigneur son Dieu soit avec lui, et qu’il monte à Jérusalem ! »

– Parole du Seigneur.

Psaume : 136 (137), 1-2, 3, 4-5, 6

R/ Que ma langue s’attache à mon palais
si je perds ton souvenir ! 
(cf. 136, 6a)

Au bord des fleuves de Babylone
nous étions assis et nous pleurions,
nous souvenant de Sion ;
aux saules des alentours
nous avions pendu nos harpes.

C’est là que nos vainqueurs
nous demandèrent des chansons,
et nos bourreaux, des airs joyeux :
« Chantez-nous, disaient-ils,
quelque chant de Sion. »

Comment chanterions-nous un chant du Seigneur
sur une terre étrangère ?
Si je t’oublie, Jérusalem,
que ma main droite m’oublie !

Je veux que ma langue s’attache à mon palais
si je perds ton souvenir,
si je n’élève Jérusalem
au sommet de ma joie.

2ème lecture : « Morts par suite des fautes, c’est bien par grâce que vous êtes sauvés » (Ep 2, 4-10)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil. C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés dans le Christ Jésus, en vue de la réalisation d’œuvres bonnes qu’il a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

– Parole du Seigneur.

Evangile : « Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 14-21)

Acclamation : Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !  Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle. Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu. Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »
Patrick BRAUD

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27 décembre 2014

Fêter la famille, multiforme et changeante

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Fêter la famille, multiforme et changeante

 

cf. également La vieillesse est un naufrage ? Honore la !

Une famille réfugiée politique

Familles, je vous aime ?

Homélie pour la fête de la Sainte Famille / Année B
28/12/2014

 

Quelques statistiques

Fêter la Sainte Famille en France en 2015 relève un peu de la provocation…

Mosaïque de familles © Pawel Nowik - Fotolia.com

Car s’il est une réalité sociale aujourd’hui chahutée et en pleine mutation, c’est bien la vie familiale !

Il suffit de rappeler quelques chiffres clés de cette évolution en France :

1 enfant sur 2 naît hors mariage.

Plus d’1 mariage sur 2 se termine par un divorce (1 Pacs sur 3 par une séparation)

1 avortement pour 4 naissances, ce qui fait qu’1 femme sur 3 aura connu une IVG avant la fin de sa vie.

1 couple sur 4 vit en concubinage (hors mariage, hors Pacs).

1 famille sur 5 est monoparentale, essentiellement des femmes seules avec enfant (avec la précarité que cela engendre).

 

Evolution des mariages et des divorces entre 1995 et 2010 © MJL - DicomOn le voit : vivre à deux avec des enfants peut aujourd’hui se faire de multiples façons, et évoluer tout au long d’une existence. Et pourtant, paradoxe bien français, la famille reste en tête de toutes les valeurs préférées des Français dans les sondages d’opinion. Et c’est une bonne nouvelle ! Cela veut dire que, quelque que soit la forme revêtue par la vie commune, on attend d’elle qu’elle soit source de chaleur, d’affection, de solidarité entre les générations (et en temps de crise, cela compte), de ressourcement personnel pour chacun de ses membres.

Recomposée ou non, pacsée ou non, homoparentale, monoparentale ou non, nos contemporains attendent beaucoup de la famille qu’ils s’obstinent à construire, à géométrie variable, malgré tous les aléas des séparations successives.

Il y a certes un prix à payer à cette liberté actuelle.

Fêter la famille, multiforme et changeante dans Communauté spirituelle solitude


Si autrefois on ne se sentait pas assez libre vis-à-vis de la pression familiale et sociale pour divorcer, cette liberté chèrement acquise se traduit actuellement par une montée en puissance de la précarité (familles  monoparentales) et de la solitude.

1 adulte sur 10 dit souffrir de la solitude, et plus d’un logement parisien sur deux est occupé par une personne seule. Paris, capitale de la solitude…

Face à ce constat singulièrement contrasté, quelle vision de la famille nous propose la Bible ?

 

Une réalité « mélangée »

Dès le livre de la Genèse, la famille apparaît comme une réalité ambiguë (permixta, comme aimait dire Saint Augustin). Elle est capable du meilleur, c’est-à-dire du divin, à travers l’union entre l’homme et la femme qui est un signe privilégié – un sacrement – de la communion d’amour existant en Dieu même, constituant l’identité (trinitaire) du Créateur.

Ce-que-dit-la-Bible-sur-la-famille divorce dans Communauté spirituelleElle est également capable du pire, dès le conflit entre Ève et Adam au sujet de ce qui est bien, dès le premier homicide où un frère tue son frère, et Caïn continue de tuer Abel depuis des siècles.

Dès l’origine, la Bible nous avertit : ne sacralisez pas la famille, éduquez-la pour qu’elle corresponde à sa vocation la plus haute (la divinisation de l’homme).

Cette ambiguïté va courir tout au long de l’Ancien Testament : incestes, adultères, meurtres, trahisons et haines tenaces ne cessent de traverser les familles royales, de tenter la fidélité du peuple, de décomposer le tissu social. Joseph sera vendu par ses frères, comme Jésus par Judas.

Et en même temps, des couples célèbres montrent que la foi au dieu unique s’incarne dans leur amour : Abraham et Sarah, Samson et Dalila, le bien-aimé et la bien-aimée du Cantique des cantiques… Des mères de famille admirables voient leur fils mourir sous le supplice et les encouragent pourtant à ne pas renier leur foi. Le foyer familial devient le premier lieu de la liturgie juive, unissant parents et enfants dans un culte et un témoignage au Dieu d’Israël etc.

 

Dans le Nouveau Testament, le moins qu’on puisse dire est que cette ambiguïté de la famille est omniprésente.

C’est Hérodiade, la belle-fille d’Hérode, qui obtient de lui la tête de Jean-Baptiste. C’est Zacharie, le père de Jean-Baptiste, qui a tellement de mal à accepter que son fils soit différent de lui (il veut lui imposer le même prénom que lui) qu’il en perd la parole !

Jésus lui-même relativise aussi l’emprise familiale.

- Il montre son indépendance dès son plus jeune âge.
Une fois les jours écoulés, alors qu’ils s’en retournaient, l’enfant Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents.  Le croyant dans la caravane, ils firent une journée de chemin, puis ils se mirent à le rechercher parmi leurs parents et connaissances.  Ne l’ayant pas trouvé, ils revinrent, toujours à sa recherche, à Jérusalem. Et il advint, au bout de trois jours, qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant;  et tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses. À sa vue, ils furent saisis d’émotion, et sa mère lui dit: « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois! ton père et moi, nous te cherchons, angoissés. »  Et il leur dit: « Pourquoi donc me cherchiez-vous? Ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père? »  Mais eux ne comprirent pas la parole qu’il venait de leur dire. (Lc 2,41-52)

Sa « fugue » vers l’âge de 12 ans est restée célèbre ! Il y a donc des ‘transgressions’ familiales positives…

- La foi en Christ divisera les familles.
Je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère : on aura pour ennemis les gens de sa famille.  Qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi. Qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi.(Mt  10,35-39)

- En temps de persécution, beaucoup seront capables de vendre père et mère pour échapper aux problèmes…
Le frère livrera son frère à la mort, et le père son enfant; les enfants se dresseront contre leurs parents et les feront mourir. (Mt  10,21)

- Il faut quitter son père et sa mère pour aimer. C’est-à-dire faire du neuf à deux, en s’appuyant sur le passé familial de chacun, mais sans le répéter ni le fuir…
L’homme quittera son père et sa mère,  et les deux ne feront qu’une seule chair. Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. (Mc  10,7-8)

- Bien plus, alors qu’il est incompris de sa propre famille, Jésus n’a pas peur de les remettre à leur place.
Il vient à la maison et de nouveau la foule se rassemble, au point qu’ils ne pouvaient pas même manger de pain.  Et les siens, l’ayant appris, partirent pour se saisir de lui, car ils disaient: « Il a perdu le sens.  (Mc 3,20-21)

9782204102582 Esprit- Il sait que les familles humaines sont possessives, et ont besoin d’être converties à l’amour gratuit.
Sa mère et ses frères arrivent et, se tenant dehors, ils le firent appeler.  Il y avait une foule assise autour de lui et on lui dit: « Voilà que ta mère et tes frères et tes sœurs sont là dehors qui te cherchent. »  Il leur répond: « Qui est ma mère? Et mes frères? »  Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit: « Voici ma mère et mes frères.  Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère. » (Mc 3,31-35)

- Il se méfie par exemple de l’attachement maternel trop envahissant.
Jésus aussi fut invité à ces noces, ainsi que ses disciples.  Or il n’y avait plus de vin, car le vin des noces était épuisé. La mère de Jésus lui dit: « Ils n’ont pas de vin. »  Jésus lui dit: « Que me veux-tu, femme? Mon heure n’est pas encore arrivée. » (Jn 2,3-5)

Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de lui, avec ses fils, et se prosterna pour lui demander quelque chose. « Que veux-tu? » Lui dit-il. Elle lui dit: « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. »  Jésus répondit: « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire? » (Mt 20,20-23)

En même temps, le Christ ne cesse de rappeler la vocation humanisante – c’est-à-dire divinisante ! – de la famille :

- Il réaffirme l’importance de la famille, en rappelant notamment le Décalogue, où le 5° commandement porte sur le respect des parents.
Il leur répondit: Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu au profit de votre tradition?  Car Dieu a dit: Honore ton père et ta mère; et: Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.  Mais vous, vous dites: Celui qui dira à son père ou à sa mère: Ce dont j’aurais pu t’assister est une offrande à Dieu, n’est pas tenu d’honorer son père ou sa mère. Vous annulez ainsi la parole de Dieu au profit de votre tradition. (Mt 15,1-9)

- L’appel de Jésus retentit dans la famille humaine qui est un lieu privilégié pour y répondre. On peut ainsi s’aider entre frères et sœurs à suivre le Christ !
Comme il cheminait sur le bord de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient l’épervier dans la mer; car c’étaient des pêcheurs. Et il leur dit: « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »  Eux, aussitôt, laissant les filets, le suivirent. Et avançant plus loin, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans leur barque, avec Zébédée leur père, en train d’arranger leurs filets; et il les appela.  Eux, aussitôt, laissant la barque et leur père, le suivirent.(Mt  4,18-21, pour Simon et André, Jacques et Jean)

 

Finalement, c’est à la famille de ressembler à l’Église, et non l’inverse !

Ce rapide parcours biblique doit au moins nous amener être très prudents : adorer ou brûler la famille n’est pas très évangélique. La réduire à une seule forme de lien, un seul modèle historique n’est pas très fidèle non plus…

L’Esprit Saint a fait surgir à travers Marie, Joseph et Jésus une cellule familiale complètement nouvelle, atypique, non reproductible à l’identique. C’est donc à chaque génération de chrétiens de recevoir de ce même Esprit Saint la capacité d’imaginer des liens entre générations qui servent la vocation humaine.

Freeshipping-Cartoon-Plush-Family-Puppet-Baby-Plush-Toy-Finger-Puppets-Hand-Talking-Props-6-designs-group Esprit Saint


Dans sa doctrine sociale, l’Église catholique insiste sur quelques points clés que la vie familiale a pour vocation de servir :

 

- la gratuité.

Loin de toute possession parentale ou affective, l’éducation familiale doit permettre de faire cette expérience bouleversante : être aimé pour rien, simplement parce qu’on est fils/fille de ses parents. Être accueilli et soutenu quoi qu’il arrive.

La gratuité de l’amour parental reste un des fondements pour devenir adulte et aimer à son tour. C’est un signe fort, une icône de la gratuité de l’amour de Dieu, à la fois père et mère.

- le pardon.

Puisque les tensions, les conflits, voire les violences sont inéluctables au sein de nos familles, un des enjeux des chrétiens sera de convertir cette vie partagée à la pédagogie du pardon. Pas seulement des enfants demandant pardon aux adultes ! Un lien où l’on réapprendre à vivre ensemble au-delà des inévitables blessures qui arrivent quand on vit côte à côte sans s’être choisis.

- le service des autres.

Une famille repliée sur elle-même devient mortifère, régressive. Une famille ne cherchant que son intérêt propre finit par devenir une mafia, et l’on sait ce que la mafia fait à ceux qui ne se soumettent pas à sa loi inique.

L’éducation familiale qui s’inspire de l’Esprit de l’Évangile cherchera à ouvrir ses membres au service désintéressé des autres, et d’abord des plus défavorisés. Cela passe par la vie associative, culturelle, sportive, par l’apprentissage de la solidarité (scoutisme, aumôneries, humanitaire, engagements divers) etc.

Quelle que soit votre famille, demandez-vous si, telle qu’elle est, vous pouvez l’orienter vers davantage de gratuité, de pardon, de service des autres.

 

Si vous désirez réellement progresser sur l’un de ces trois points, alors fêtez la Sainte-Famille avec un cœur léger !

Sinon, refermez l’Évangile en le traitant de naïf et d’irréaliste, et essayez d’oublier la promesse familiale qu’il contient…

 

1ère lecture : « Ton héritier sera quelqu’un de ton sang » (Gn 15, 1-6 ; 21, 1-3)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là,

la parole du Seigneur fut adressée à Abram dans une vision :  « Ne crains pas, Abram !  Je suis un bouclier pour toi.  Ta récompense sera très grande. » Abram répondit :  « Mon Seigneur Dieu, que pourrais-tu donc me donner ?  Je m’en vais sans enfant,  et l’héritier de ma maison, c’est Élièzer de Damas. »  Abram dit encore : « Tu ne m’as pas donné de descendance,  et c’est un de mes serviteurs qui sera mon héritier. » Alors cette parole du Seigneur fut adressée à Abram : « Ce n’est pas lui qui sera ton héritier,  mais quelqu’un de ton sang. » Puis il le fit sortir et lui dit :  « Regarde le ciel,  et compte les étoiles, si tu le peux… »  Et il déclara :  « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur  et le Seigneur estima qu’il était juste. Le Seigneur visita Sara  comme il l’avait annoncé ;  il agit pour elle comme il l’avait dit.  Elle devint enceinte,  et elle enfanta un fils pour Abraham dans sa vieillesse,  à la date que Dieu avait fixée.  Et Abraham donna un nom  au fils que Sara lui avait enfanté :  il l’appela Isaac.

Psaume : 104 (105), 1-2, 3-4, 5-6, 8-9

R/ Le Seigneur, c’est lui notre Dieu ; il s’est toujours souvenu de son alliance. 104, 7a.8a 

Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits ;
chantez et jouez pour lui,
redites sans fin ses merveilles.

Glorifiez-vous de son nom très saint :
joie pour les cœurs qui cherchent Dieu !
Cherchez le Seigneur et sa puissance,
recherchez sans trêve sa face.

Souvenez-vous des merveilles qu’il a faites,
de ses prodiges, des jugements qu’il prononça,
vous, la race d’Abraham son serviteur,
les fils de Jacob, qu’il a choisis.

Il s’est toujours souvenu de son alliance,
parole édictée pour mille générations :
promesse faite à Abraham,
garantie par serment à Isaac.

2ème lecture : La foi d’Abraham, de Sara et d’Isaac (He 11, 8.11-12.17-19)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu :  il partit vers un pays  qu’il devait recevoir en héritage,  et il partit sans savoir où il allait.  Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge,  fut rendue capable d’être à l’origine d’une descendance  parce qu’elle pensait que Dieu est fidèle à ses promesses.  C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort,  a pu naître une descendance aussi nombreuse  que les étoiles du ciel  et que le sable au bord de la mer,  une multitude innombrable.  Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve,  Abraham offrit Isaac en sacrifice.  Et il offrait le fils unique,  alors qu’il avait reçu les promesses  et entendu cette parole : C’est par Isaac qu’une descendance portera ton nom. Il pensait en effet  que Dieu est capable même de ressusciter les morts ;  c’est pourquoi son fils lui fut rendu :  il y a là une préfiguration.

Evangile : « L’enfant grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse » (Lc 2, 22-40)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. À bien des reprises, Dieu, dans le passé, a parlé à nos pères par les prophètes ; à la fin, en ces jours où nous sommes,  il nous a parlé par son Fils. Alléluia. (He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse  pour la purification,  les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem  pour le présenter au Seigneur,  selon ce qui est écrit dans la Loi :  Tout premier-né de sexe masculin  sera consacré au Seigneur.  Ils venaient aussi offrir  le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur :  un couple de tourterelles  ou deux petites colombes.   Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon.  C’était un homme juste et religieux,  qui attendait la Consolation d’Israël,  et l’Esprit Saint était sur lui.  Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce  qu’il ne verrait pas la mort  avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.  Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple.  Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus  pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait,  Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant : « Maintenant, ô Maître souverain,  tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut que tu préparais à la face des peuples : lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. » Le père et la mère de l’enfant  s’étonnaient de ce qui était dit de lui.  Syméon les bénit,  puis il dit à Marie sa mère :  « Voici que cet enfant  provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël.  Il sera un signe de contradiction  – et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – :  ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »   Il y avait aussi une femme prophète,  Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser.  Elle était très avancée en âge ;  après sept ans de mariage,  demeurée veuve,  elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans.  Elle ne s’éloignait pas du Temple,  servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.  Survenant à cette heure même,  elle proclamait les louanges de Dieu  et parlait de l’enfant  à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.  Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur,  ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth. L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait,  rempli de sagesse,  et la grâce de Dieu était sur lui.
Patrick BRAUD

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17 décembre 2014

La dilatation du désir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 8 h 01 min

La dilatation du désir


Homélie du 4° Dimanche de l’Avent / Année B
21/12/2014

cf. également :  Laisser le volant à Dieu

 

« Que tout se passe pour moi selon ta parole… » (Lc 1, 26-38)

La dilatation du désir dans Communauté spirituelle 260px-Fra_Angelico_069Marie consent à la parole de Dieu qui lui est adressée.

Elle a d’abord été bouleversée par cette annonce qui ne ressemble à aucune autre, comme le sont souvent les annonces imprévues dans nos vies.

Elle a ensuite présenté loyalement son objection majeure : sa virginité, comme nous opposons souvent à Dieu notre manque de compétences ou nos réticences pour ce qu’il veut faire de nous.

Et finalement, elle consent.

Elle ne dit pas oui en fait dans le texte : c’est plus qu’un détail. Elle ne dit pas oui, mais « fiat » : « que tout se passe pour moi selon ta parole ». Dire oui aurait pu laisser croire qu’elle comprenait ce qui se passait et allait tout prendre en main. Il n’en est rien. Elle est loin de tout comprendre ; elle ne maîtrise rien. Mais elle agrandit son désir à la taille du désir de Dieu pour elle : « que tout se passe pour moi selon ta parole ».

Et du coup, parce que la Parole de Dieu est efficace, cette parole prend chair aussitôt en elle.

Parce que en Dieu la Parole et la Chair ne sont pas séparées, la chair elle-même de Marie s’élargit, sans le savoir encore, pour accueillir le Verbe de Dieu en son sein.

Dilater notre désir jusqu’au désir de Dieu a des répercussions sur tout notre être, notre chair même.

Le 4° Dimanche de l’Avent agrandit encore donc notre présent à tous les possibles qu’il contient. À l’image de Marie, dont le subjonctif indique l’élargissement de son corps, de son désir, de tout son être : « Que tout se passe pour moi selon ta parole ».

La Bible devient Parole de Dieu pour nous lorsqu’elle agrandit nos souhaits à l’immensité du souhait de Dieu pour nous…

 

« Que tout se passe pour moi selon ta parole… »

vierge-annonciation Annonciation dans Communauté spirituelleCe subjonctif exprime encore plus qu’un souhait : c’est un élargissement de notre désir le plus vrai, c’est une dilatation du cœur, c’est un puits creusé pour agrandir la soif, c’est une réorientation fondamentale de l’envie de vivre.

« Donne-moi quelqu’un qui aime, et il comprend ce que je dis » écrit saint Augustin.

« Donne-moi quelqu’un qui désire, qui a faim, donne-moi un homme qui voyage dans ce désert, qui a soif, qui soupire après la source de l’éternelle patrie, donne-moi un tel homme, et il comprend ce que je dis. Si je parle à un homme insensible, il ne sait pas de quoi je parle. Montre un rameau vert à une brebis et tu l’attires ; présente des noix à un enfant et il est attiré, il est attiré parce qu’il aime : c’est par la chaîne du cœur qu’il est attiré ».

 « Ne t’imagines pas que tu es attiré malgré toi : c’est par l’amour que l’âme est attirée ».
(Commentaire sur l’Évangile de Jean 26, 4-6).

 

« Que tout se passe pour moi selon ta parole… »

Marie, icône de l’Église, consent à la conversion de son désir.

En réponse à la Parole de Dieu qui lui est adressée, elle s’ouvre ainsi à tous les possibles que l’Esprit va engendrer en elle…

Comme l’écrit encore le génial Augustin, il s’agit d’élargir les aspirations de notre cœur à « plus haut », « plus vrai » que nos ambitions ordinaires :

« Toute la vie du chrétien est un saint désir.
Sans doute, ce que tu désires, tu ne le vois pas encore : mais en le désirant tu deviens capable d’être comblé lorsque viendra ce que tu dois voir.
Supposons que vous vouliez remplir une sorte de poche, et que vous sachiez les grandes dimensions de ce qu’on va vous donner. Vous élargissez cette poche, que ce soit un sac, une outre ou n’importe quoi de ce genre. Vous savez l’importance de ce que vous allez y mettre, et vous voyez que la poche est trop resserrée : en l’élargissant, vous augmentez sa capacité.
C’est ainsi que Dieu, en faisant attendre, élargit le désir.
En faisant désirer, il élargit l’âme ;
en l’élargissant, il augmente sa capacité de recevoir.

Nous devons donc désirer, mes frères, parce que nous allons être comblés. (…)

 

Et nous ? À l’approche de Noël, où en sommes-nous de cet élargissement de nos désirs ?

Allons-nous laisser la Parole convertir notre énergie la plus secrète ?

Ou resterons-nous englués dans de petites envies superficielles qui rétrécissent notre soif de vivre au lieu de la dilater à l’extrême ?

Les enfants auront les yeux rivés sur les tablettes spécialement conçues pour eux, les ados sur les dernières consoles de jeux… ; les adultes sur les écrans incurvés 4K 1000 Hz…

En s’élevant un peu, on se mettra à rêver d’une famille enfin réunie autour de la table de Noël, et en paix.

Certains se demanderont s’ils n’ont pas faim d’autre chose que d’accumuler des biens matériels ou de continuer sur des rails bien tracés.

D’autres, à cause de la crise ou de difficultés personnelles, devront réorienter leur vie radicalement.

 

 Augustin 


À tous, la Parole de Dieu transmise par Gabriel s’adresse, bouleversante :
veux-tu engendrer de nouveaux possibles ? Acceptes-tu d’élargir ton désir bien au-delà de tes horizons immédiats ?’

 

Pour chacun, la réponse de Marie peut devenir votre réponse : « Que tout se passe pour moi selon ta parole… »

 

 

1ère lecture : La royauté de David subsistera toujours devant le Seigneur (2 S 7, 1-5.8b-12.14a.16)
Lecture du deuxième livre de Samuel  

Le roi David habitait enfin dans sa maison.  Le Seigneur lui avait accordé la tranquillité  en le délivrant de tous les ennemis qui l’entouraient.  Le roi dit alors au prophète Nathan : « Regarde ! J’habite dans une maison de cèdre,  et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! »  Nathan répondit au roi : « Tout ce que tu as l’intention de faire,  fais-le, car le Seigneur est avec toi. » Mais, cette nuit-là,  la parole du Seigneur fut adressée à Nathan : « Va dire à mon serviteur David :  Ainsi parle le Seigneur :  Est-ce toi qui me bâtiras une maison  pour que j’y habite ?  C’est moi qui t’ai pris au pâturage,  derrière le troupeau,  pour que tu sois le chef de mon peuple Israël.  J’ai été avec toi partout où tu es allé,  j’ai abattu devant toi tous tes ennemis.  Je t’ai fait un nom aussi grand  que celui des plus grands de la terre.  Je fixerai en ce lieu mon peuple Israël,  je l’y planterai, il s’y établira  et ne tremblera plus,  et les méchants ne viendront plus l’humilier,  comme ils l’ont fait autrefois,  depuis le jour où j’ai institué des juges  pour conduire mon peuple Israël.  Oui, je t’ai accordé la tranquillité  en te délivrant de tous tes ennemis.   Le Seigneur t’annonce  qu’il te fera lui-même une maison.  Quand tes jours seront accomplis  et que tu reposeras auprès de tes pères,  je te susciterai dans ta descendance un successeur,  qui naîtra de toi,  et je rendrai stable sa royauté. Moi, je serai pour lui un père ;  et lui sera pour moi un fils.  Ta maison et ta royauté subsisteront toujours devant moi,  ton trône sera stable pour toujours. »

Parole du Seigneur.

Psaume : 88 (89), 2-3, 4-5, 27.29
R/ Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante ! cf. 88, 2a

L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.

Je le dis : c’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.

« Avec mon élu, j’ai fait une alliance, j’ai juré à David, mon serviteur :
J’établirai ta dynastie pour toujours,
je te bâtis un trône pour la suite des âges. »

« Il me dira : ‘Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut !’
Sans fin je lui garderai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle. »

 

2ème lecture : Le mystère gardé depuis toujours dans le silence est maintenant manifesté (Rm 16, 25-27)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Romains

Frères, à Celui qui peut vous rendre forts  selon mon Évangile qui proclame Jésus Christ : révélation d’un mystère  gardé depuis toujours dans le silence,  mystère maintenant manifesté  au moyen des écrits prophétiques,  selon l’ordre du Dieu éternel, mystère porté à la connaissance de toutes les nations  pour les amener à l’obéissance de la foi, à Celui qui est le seul sage, Dieu, par Jésus-Christ,  à lui la gloire pour les siècles. Amen.

Parole du Seigneur.

 

Évangile : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils » (Lc 1, 26-38)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. Alléluia.  (Lc 1, 38)  Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu  dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,  à une jeune fille vierge,  accordée en mariage à un homme de la maison de David,  appelé Joseph ;  et le nom de la jeune fille était Marie.  L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée,  et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.  L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie,  car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.  Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ;  tu lui donneras le nom de Jésus.  Il sera grand,  il sera appelé Fils du Très-Haut ;  le Seigneur Dieu  lui donnera le trône de David son père ;  il régnera pour toujours sur la maison de Jacob,  et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire,  puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi,  et la puissance du Très-Haut  te prendra sous son ombre ;  c’est pourquoi celui qui va naître sera saint,  il sera appelé Fils de Dieu.  Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente,  a conçu, elle aussi, un fils  et en est à son sixième mois,  alors qu’on l’appelait la femme stérile.  Car rien n’est impossible à Dieu. »  Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ;  que tout m’advienne selon ta parole. »  Alors l’ange la quitta.
Patrick BRAUD

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