L'homelie du dimanche

13 janvier 2016

Intercéder comme Marie

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Intercéder comme Marie

Cf. également :

La hiérarchie des charismes

Jésus que leur joie demeure

 

Homélie du 2° dimanche du temps ordinaire / Année C
17/01/2015

 

Comment prier pour les autres ? Où peut en trouver une école d’intercession ?

L’épisode des noces de Cana nous donne une référence solide : la mère de Dieu elle-même.

 

1. Partir du lien qui nous unit

Lisez attentivement comment elle intervient dans ce premier signe qui manifeste la gloire de Jésus à Cana. Elle n’est citée que trois fois dans ce passage, et toujours en tant que mère.

C’est peut-être un premier indice : si vous voulez intercéder pour quelqu’un, il faut d’abord partir de votre responsabilité, votre lien avec lui ou elle. Ici, c’est bien au titre de sa vocation de mère que Marie intervient. Nous, c’est parce que nous sommes parents, amis, voisins, collègues… de ceux que nous voulons porter dans la prière.

Cette identité de mère lui est d’ailleurs contestée par Jésus : « femme, que me veux-tu ? » Les commentaires les plus fins de cette réplique cinglante l’interprètent comme la vraie naissance de Jésus dans l’évangile de Jean : lorsque Marie accepte que son fils existe par lui-même, c’est comme si elle accouchait symboliquement de son enfant. Acceptant d’être femme, à juste distance de son fils, elle devient authentiquement mère en écoutant sa parole et en s’y conformant. « Car quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère et une soeur et une mère » (Mt 12,49).

Voilà donc une première piste pour intercéder : partir du lien qui nous unit à ceux que nous voulons présenter devant Dieu, en acceptant que ce lien soit retravaillé, transformé, accompli par le fait même de l’exposer à la parole de Dieu dans la prière.

Afficher l'image d'origineLes Noces de Cana. Vers 1384-90.
Fresque du transept sud de l’église du Saint-Sauveur
à Tsalenjikha en Géorgie. 

Les trois mentions de Marie à Cana sont très sobres :

- la mère de Jésus était là

- la mère de Jésus lui dit : ils n’ont plus de vin

- sa mère dit aux serviteurs : faites tout ce qui vous dira.

Cela suffit pourtant à nous enraciner dans une belle attitude d’intercession à la manière de Marie.

 

2. Être là

Afficher l'image d'origineÇa n’a l’air de rien, mais la première condition de l’intercession est rarement remplie : être là.

Au temps de Jésus, cela signifiait être présent physiquement, s’être déplacé pour aller voir celui qui a besoin de nous, que ce soit ici à Cana pour partager une grande joie ou plus tard à Béthanie pour aller voir Lazare etc.

Au XXI° siècle, être là pour l’autre passe bien sûr par la présence physique - et Dieu sait combien elle est toujours déterminante - mais également par la présence vocale, écrite, audiovisuelle etc. Une lettre, un coup de fil, un mail, un audio-call avec Skype, un chat sur Facebook, une photo sur Instagram… : les moyens ne manquent pas de prouver à l’autre que nous sommes avec lui, et d’éprouver ainsi sa détresse et son manque.

Chacun en fait un jour l’expérience : lorsque la maladie est trop dure ou dure trop longtemps, lorsque la galère devient honteuse homme et socialement déclassante, lorsque les ennuis deviennent très sérieux, beaucoup de relations ‘ne sont plus là’, c’est-à-dire ne répondent plus présent à nos appels à l’aide, surtout s’ils ne sont pas explicites. Il y a mille  manières de détourner la tête et d’aller ailleurs. Il y a mille excuses qui permettent de ne pas se compromettre.

Être là, comme Marie sortie de chez elle pour répondre à l’invitation de Cana, est la première attitude de ceux qui veulent intercéder.

 

3. Présenter à Dieu le constat de la situation

Afficher l'image d'origine« Ils n’ont plus de vin ». Ce n’est pas une demande de la part de Marie : c’est un constat. Adressée à son fils, il résonne non pas comme une injonction, mais comme une grande confiance.

« Cela vaut la peine d’approfondir un peu plus la compréhension de ce passage évangélique : pour mieux comprendre Jésus et Marie, mais précisément aussi pour apprendre de Marie à prier de manière juste. Marie n’adresse pas une véritable demande à Jésus. Elle dit simplement: « Ils n’ont pas de vin » (Jn 2, 3). En Terre Sainte, les noces étaient fêtées pendant une semaine entière; tout le village y participait, et l’on consommait donc de grandes quantités de vin. Or, les époux se trouvent en difficulté, et Marie le dit simplement à Jésus. Elle ne demande pas une chose précise, et encore moins que Jésus exerce son pouvoir, accomplisse un miracle, produise du vin. Elle confie simplement le fait à Jésus et Lui laisse la décision sur la façon de réagir. Nous constatons ainsi deux choses dans les simples paroles de la Mère de Jésus : d’une part, sa sollicitude affectueuse pour les hommes, l’attention maternelle avec laquelle elle perçoit la situation difficile d’autrui; nous voyons sa bonté cordiale et sa disponibilité à aider. […]

Mais à ce premier aspect très familier à tous s’en ajoute un autre, qui nous échappe facilement : Marie remet tout au jugement du Seigneur. »

Extrait de l’homélie de Benoît XVI à Alttoting (Allemagne), 11 septembre 2006

Cf. http://www.mariedenazareth.com/qui-est-marie/benoit-xvi-commente-les-noces-de-cana#sthash.z8jv7cIE.dpuf

C’est comme si Marie disait à Jésus : ‘tu as vu ce que j’ai vu ? Ce n’est pas à moi de te dicter ce qu’il faut faire pour les mariés, tu le sais mieux que moi. Je ne te demande pas ceci ou cela en particulier. Personne ne sait ce qui est le mieux pour l’autre ou pour lui-même. Mais, simplement, avec confiance, j’attire ton attention sur telle situation qui va devenir douloureuse. Je remets entre tes mains ces nouveaux mariés dont la joie est compromise. Fais pour le mieux.

 

La véritable prière de demande est bien celle-là : non pas ‘donne-moi ceci ou cela’, mais vois  là où j’en suis, là où il en est, et agit selon ton cœur’. C’est ce que les autres évangélistes appellent demander l’Esprit Saint plutôt que de demander du pain du poisson ou une pierre.

 

4. Laisser le Christ agir

« Faites tout ce qui vous dira ».

Marie ignore comment son fils va réagir. Elle ne sait pas s’il va intervenir directement ou non. Elle crée seulement les conditions de son action. Elle dégage les obstacles éventuels. On dirait aujourd’hui qu’elle crée un environnement propice à la résolution du problème. Attendre avec confiance l’action du Christ en faveur de celui pour qui j’intercède, sans chercher à la maîtriser, mais en m’engageant pour que soit possible : voilà la troisième et dernière attitude de Marie intercesseuse…

C’est la célèbre spiritualité du laisser-faire (Dieu), ou du non-agir (qui est une action véritable, cf. Le management du non-agir et « Laisse faire » : éloge du non-agir )

 

Les noces de Cana. Miniature du Codex Egbert.  Entre 980 et 993. Trèves. Stadtbibliothek. Les noces de Cana. Miniature du Codex Egbert.
Entre 980 et 993. Trèves. Stadtbibliothek. 


Intercéder pour l’autre (et pas seulement ceux que nous aimons instinctivement, rappelons-le !) est donc un cheminement spirituel qui peut s’inspirer de Marie à Cana :

- partir du lien qui nous unit en acceptant qu’il soit remodelé dans et par cette  intercession.

- être la, physiquement, au bout du fil, du stylo ou du clavier, faire le déplacement intérieur qui permet d’être aux côtés (à côté) de l’autre.

- présenter à Dieu le constat de la détresse de l’autre, sans exercer de pression, avec confiance.

- laisser le Christ agir tout en créant les conditions de possibilité de son action.

 

5. Être comme Marie : un catalyseur

Ajoutons juste que Marie ne s’attribue aucune gloire du signe de Cana. Elle n’a été qu’un catalyseur amorçant la réaction de Jésus.

Dans une réaction chimique, un catalyseur est une substance différente des deux substances en présence, sans laquelle il n’y aurait aucune interaction entre les deux. Le catalyseur se combine avec l’une pour réagir ensuite avec l’autre, mais à l’issue de la réaction chimique il est à nouveau distinct du composé final, comme s’il n’y avait été pour rien. C’est bien là le rôle de l’intercesseur-catalyseur : favoriser l’action de Dieu pour l’autre, et se retirer lorsqu’elle est accomplie.

 

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Que Marie de Cana nous inspire une intercession fidèle à l’Esprit de Dieu dont elle était remplie !

 

 

1ère lecture : « Comme la jeune mariée fait la joie de son mari » (Is 62, 1-5)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Pour la cause de Sion, je ne me tairai pas, et pour Jérusalem, je n’aurai de cesse que sa justice ne paraisse dans la clarté, et son salut comme une torche qui brûle. Et les nations verront ta justice ; tous les rois verront ta gloire. On te nommera d’un nom nouveau que la bouche du Seigneur dictera. Tu seras une couronne brillante dans la main du Seigneur, un diadème royal entre les doigts de ton Dieu. On ne te dira plus : « Délaissée ! » À ton pays, nul ne dira : « Désolation ! » Toi, tu seras appelée « Ma Préférence », cette terre se nommera « L’Épousée ». Car le Seigneur t’a préférée, et cette terre deviendra « L’Épousée ». Comme un jeune homme épouse une vierge, ton Bâtisseur t’épousera. Comme la jeune mariée fait la joie de son mari, tu seras la joie de ton Dieu.

Psaume : Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 7-8a, 9a.10ac

R/ Racontez à tous les peuples les merveilles du Seigneur !

(Ps 95, 3)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Rendez au Seigneur, familles des peuples,
rendez au Seigneur, la gloire et la puissance,
rendez au Seigneur la gloire de son nom.

Adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.
Allez dire aux nations : Le Seigneur est roi !
Il gouverne les peuples avec droiture.

2ème lecture : « L’unique et même Esprit distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier » (1 Co 12, 4-11)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur. Les activités sont variées, mais c’est le même Dieu qui agit en tout et en tous. À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. À celui-ci est donnée, par l’Esprit, une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; un autre reçoit, dans le même Esprit, un don de foi ; un autre encore, dans l’unique Esprit, des dons de guérison ; à un autre est donné d’opérer des miracles, à un autre de prophétiser, à un autre de discerner les inspirations ; à l’un, de parler diverses langues mystérieuses ; à l’autre, de les interpréter. Mais celui qui agit en tout cela, c’est l’unique et même Esprit : il distribue ses dons, comme il le veut, à chacun en particulier.

Evangile : « Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée » (Jn 2, 1-11)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Dieu nous a appelés par l’Évangile à entrer en possession de la gloire de notre Seigneur Jésus Christ.
Alléluia. (cf. 2 Th 2, 14)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

 En ce temps-là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples. Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres). Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau. Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Patrick BRAUD

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28 décembre 2015

Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

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Marie Theotokos, ou la force de l’opinion publique

 

Homélie pour le 1° Janvier, fête de Marie « Mère de Dieu »

 

Émeutes populaires à Constantinople

Nous sommes en 428. Nestorius, évêque de Constantinople – ville impériale s’il en est – Marie Theotokos, ou la force de l'opinion publique dans Communauté spirituelleprovoque un vif émoi parmi le peuple. En effet, dans ses homélies et à la cathédrale, il refuse d’appeler Marie « Mère de Dieu » (Theotokos en grec) et ne lui accorde que le titre de « mère du Christ ». Il est tellement préoccupé de sauvegarder la grandeur de Dieu qu’il ne peut aller jusqu’à penser que Dieu en la personne de Jésus ait voulu avoir une mère en la personne de Marie. Cette opinion influencera fortement la rédaction du Coran d’ailleurs deux siècles plus tard. Or le peuple chrétien vénère Marie comme Theotokos, et n’accepte pas que son évêque ne professe pas la même foi que lui. La foule allait même jusqu’à coller des placards sur les murs de la cathédrale et de l’archevêché en signe de protestation! En refusant de donner à Marie le titre de Theotokos, Nestorius se heurte au sens de la foi (sensus fidei) de son Église locale.

 

Tout cela provoque un tel tintamarre que l’empereur Théodose II convoque un concile à Éphèse pour Pentecôte 431 afin de trancher la question. Nestorius y est désavoué : puisque le Christ est vrai Dieu et vrai homme, « sans séparation ni confusion », la mère de l’homme Jésus est donc en même temps la Mère de Dieu, la Theotokos. Sinon, cela reviendrait à dire qu’en Jésus la divinité et l’humanité ne sont pas vraiment unies l’une à l’autre.

 

Pourquoi ce rappel historique ? Pour montrer l’importance du sens de la foi des fidèles (sensus fidei fidelium) et de la réception dans l’Église : l’enseignement de Nestorius n’est pas reçu dans son Église locale, et cela suffit pour, sinon invalider, du moins soupçonner cet enseignement, et appeler à un débat au plus haut niveau d’autorité de l’Église. Appeler Marie Mère de Dieu, c’est se souvenir que la piété mariale du Peuple de Dieu a été dans l’histoire un lieu théologique important.

 

La force de l’opinion publique

Fêter la Mère de Dieu au tout début d’une année qui préparera l’élection présidentielle charge cette fête d’une harmonie particulière. Va-t-on écouter l’opinion publique, celle des petites gens (qui gagnent environ le SMIC) qui ont des choses à dire sur les choix de société ? Ce peuple va-t-il s’organiser pour faire entendre sa voix ? Ou faudra-t-il attendre des révoltes, des colères sociales protestant devant trop d’inégalités ? Le pouvoir des urnes sera-t-il un réel pouvoir de choix ? S’il n’est pas relayé par  des associations courageuses, par des corps intermédiaires bien vivants (syndicats hélas en survie actuellement, organisations professionnelles etc.) ce pouvoir démocratique ne sera que celui d’un fusil à deux cartouches, les deux tours de l’élection.

 

Le printemps arabe de 2011 à démontré encore une fois, après la chute du communisme en  Dieu dans Communauté spirituelle1989, que l’opinion publique est capable de « renverser les puissants de leurs trônes » comme le chante Marie dans son Magnificat.

On a vu également les indignés manifester en Espagne, et donner naissance à Podemos.

Et malheureusement on a vu les partis islamistes ou les militaires engranger les bénéfices électoraux des printemps arabes…

C’est donc que l’opinion publique a la fragilité de sa force : elle peut tout emporter, mais aussi préparer pire encore…

 

Dans l’Église catholique également, la nécessité d’une opinion publique forte, structurée, constructive, est plus que jamais nécessaire. Beaucoup s’en vont sur la pointe des pieds faute de trouver un moyen de se faire entendre. Des questions  graves et douloureuses ne sont même plus sujets de débat autorisé. Des raidissements idéologiques se généralisent et la tentation du repli identitaire décourage ceux qui ne sont pas du petit cercle des initiés.

 

Afficher l'image d'origineC’est sans doute Pie XII qui a défini le plus clairement l’importance et le rôle de l’opinion publique, non seulement dans la société (d’où le rôle de l’Église pour éclairer le débat d’idées, notamment dans les médias) mais aussi dans  l’Église. Dans un discours au Congrès international de la Presse Catholique du 17/02/1950, il disait [1]:

« L’Église (…) est un corps vivant et il manquerait quelque chose à sa vie, si l’opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les Pasteurs et les fidèles (…). Le publiciste catholique (…) aidera avec une ferme clarté à la formation d’une opinion catholique dans l’Église, précisément lorsque, comme aujourd’hui, cette opinion oscille entre les deux pôles également dangereux d’un spiritualisme illusoire et irréel, d’un réalisme défaitiste et matérialisant. » 

 

Ce discours est très neuf par rapport à tout ce qui était dit avant sur les médias et le danger supposé qu’ils représentent pour l’Église. Il introduit même dans la responsabilité ministérielle la charge d’animer la communauté sur ce plan de l’opinion ecclésiale: loin de confisquer le débat et de n’être que des « haut-parleurs » de la hiérarchie, les ministres doivent veiller à ce qu’une légitime opinion publique puisse se manifester au sein d’une paroisse, d’un diocèse etc… On voit comment les consultations et enquêtes publiques pré-synodales, ou encore le courrier des lecteurs dans les journaux (catholiques ou non), ou même un certain recours judicieux aux sondages d’opinion etc… peuvent mettre en oeuvre concrètement cette intuition théologique : l’Église n’est pas une communion si la parole n’y circule pas, si la communication ne se fait que dans un sens. Les pasteurs doivent particulièrement y veiller.

« L’opinion publique dans l’Église apparaît ainsi comme une circulation de pensées dont les responsables de la communauté sont les promoteurs principaux (…). Manifestation de la sainte liberté des enfants de Dieu, l’opinion publique dans l’Église, c’est le dialogue de la famille dans l’obéissance surnaturelle, appelé par l’encyclique Ecclesiam Suam. Loin d’être une critique de l’Église, elle apparaît comme un signe d’amour à son égard. » 

 

Le sens de la foi des fidèles

Si le peuple de Constantinople a su proclamer Marie Theotokos contre l’enseignement de son évêque, ne faudrait-il pas croire qu’aujourd’hui encore le peuple chrétien a quelque chose à dire sur la vie de son Église ?

En termes théologiques, cela s’appelle le sens de la foi des fidèles.

Vatican II lui accorde une importance considérable :

« La collectivité des fidèles, ayant l’onction qui vient du Saint (cf. 1Jn 2,20; 1Jn 2,27), ne peut se tromper dans la foi ; ce don particulier qu’elle possède, elle le manifeste par le moyen du sens surnaturel de foi qui est celui du peuple tout entier, lorsque, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs » elle apporte aux vérités concernant la foi et les moeurs un consentement universel. Grâce en effet à ce sens de la foi qui est éveillé et soutenu par l’Esprit de vérité, et sous la conduite du magistère sacré, qui permet, si on obéit fidèlement, de recevoir non plus une parole humaine, mais véritablement la parole de Dieu ( cf. 1Th 2,13 ), le peuple de Dieu s’attache indéfectiblement à la foi transmise aux saints une fois pour toutes (cf. Jud 1,3 ), il y pénètre plus profondément en l’interprétant comme il faut et dans sa vie la met plus parfaitement en oeuvre. » (Lumen Gentium n° 12)

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Vox populi, vox Dei.

La voix du peuple est la voix de Dieu.

La fête de Marie Mère de Dieu nous le rappelle dès le début de cette nouvelle année.

Puissions-nous contribuer à faire entendre cette voix, dans la société comme dans l’Église !


[1]. Cf. le recueil de textes sur la question: Les médias. Textes des Églises,  Centurion, Paris, 1990.

 

 

 

 

1ère lecture : Voeux de paix et de bonheur (Nb 6, 22-27)

Lecture du livre des Nombres

Le Seigneur dit à Moïse :
« Voici comment Aaron et ses descendants béniront les fils d’Israël :
‘Que le Seigneur te bénisse et te garde ! Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage, qu’il se penche vers toi ! Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’il t’apporte la paix !’ C’est ainsi que mon nom sera prononcé sur les fils d’Israël, et moi, je les bénirai. »

 

Psaume : 66, 2b.3, 5abd, 7.8b

R/ Que Dieu nous prenne en grâce et qu’il nous bénisse !

Que son visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations. 

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Et que la terre tout entière l’adore !

2ème lecture : Le Fils de Dieu, né d’une femme (Ga 4, 4-7)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Galates

Frères, lorsque les temps furent accomplis, Dieu a envoyé son Fils ; il est né d’une femme, il a été sous la domination de la

vous êtes des fils : envoyé par Dieu, l’Esprit de son Fils est dans nos c?urs, et il crie vers le Père en l’appelant « Abba ! ». Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils, et comme fils, tu es héritier par la grâce de Dieu.

 

Evangile : Jésus fils de Marie (Lc 2, 16-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jadis, par les prophètes, Dieu parlait à nos pères ; aujourd’hui sa parole vient à nous en son Fils. Alléluia. (cf. He 1, 1-2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand les bergers arrivèrent à Bethléem, ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire. Après l’avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant. Et tout le monde s’étonnait de ce que racontaient les bergers. Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son coeur. Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Patrick Braud

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23 décembre 2015

Une sainte famille « ruminante »

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Une sainte famille « ruminante »

Cf. également :

Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime ?

Homélie pour la fête de la Sainte famille / Année C
27/12/15

Marie la ruminante

Évidemment, dit comme cela, c’est un peu vache pour Marie !

Pourtant c’est peut-être le terme qui en français correspond le mieux au verbe grec employé par Luc : dia-tereo (δια-τηρέω) = garder précieusement, conserver au-dedans de soi. « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements » (cf. l’épisode de Jésus au Temple de Jérusalem Lc 2, 41-52). 

Le contexte est célèbre. C’est celui du premier signe d’autonomie du jeune Jésus, pré-ado  de 12 ans, qui échappe à la surveillance de ses parents pour rester au Temple de Jérusalem. Un peu comme un de ces grands ados perdus dans la lecture des BD des rayons de la FNAC, qu’on oublierait en partant et qui serait toujours là trois jours après pour ferrailler avec les meilleurs vendeurs spécialistes de Goscinny ou de Bilal…

Le fait est que Marie (et Joseph) ne comprend pas pourquoi il leur a fait ce coup-là. Il n’y avait pas eu de signes avant-coureurs de cette volonté d’indépendance. La peine de Marie est celle de toutes les mères croyant que leur fils leur échappe, vers un inconnu menaçant.

Afficher l'image d'origineMarie est loin de dramatiser et d’en faire toute une scène. Non, après un simple reproche, la vie familiale semble reprendre son cours d’avant (« il leur était soumis »). Du coup, Marie aurait pu oublier, classant comme anecdotique et sans réelle signification cet écart bénin de Jésus, ainsi que son énigmatique réponse. Mais non, elle sait bien qu’il y a là l’amorce de quelque chose d’important qu’elle ne comprend pas encore. Alors, sans bousculer les choses, elle met en mémoire cet événement non déchiffré, un peu comme on enregistre sur son disque dur un fichier dont on se dit qu’il faudra bien aller le décortiquer plus tard.

Depuis l’Annonciation, Marie sent bien qu’elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive ; il lui faut faire confiance, et attendre la fin de l’histoire (la Résurrection) pour saisir enfin le vrai sens des événements étranges qui jalonnent la vie de son enfant. Ici c’est au Temple de Jérusalem. Plus tard ce sera à Cana (Jn 2, 1-12), où sans comprendre de quelle « heure » lui parle Jésus, elle dira pourtant aux serviteurs de « faire tout ce qu’il vous dira ». Puis ce sera quand elle le cherchera à nouveau, le croyant perdu, voulant le ramener à Nazareth avec ses cousins et sa famille : « ta mère et tes frères sont là dehors qui te cherchent ». La réponse de Jésus sera cinglante : « qui est ma mère ? » (Lc 8, 19-20). Là encore elle ne comprendra pas tout de suite mais elle gardera cette parole en son coeur : « celui qui fait la volonté de mon Père, voilà ma mère, mes frères, mes sœurs ».

Et que dire de l’incompréhension douloureuse de Marie devant la croix ? Comment : c’est ainsi que tout se termine ? Tout cela n’avait donc aucun sens ? À travers ses larmes, Marie gardera pourtant la parole de son fils crucifié : « voici ton fils » (Jn 19,26) , en désignant Jean, et elle découvrira plus tard que Jésus l’a confiée à l’Église, et a confié l’Église à Marie.

« Ruminer » les événements (au sens positif du terme), alors même qu’ils sont incompréhensibles sur l’instant, fait donc partie de la vie spirituelle de Marie, du début à la fin de l’existence de Jésus. Elle ne se laisse pas dérouter par l’étrangeté apparente du comportement de son fils, ni même par sa mort infâme. Elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive [1], mais elle sait qu’elle ne comprend pas, et sans s’affoler en fait l’objet d’une méditation intérieure : un jour, tout s’éclairera. Comme les pièces d’un puzzle tombant de manière désordonnée sur une table, Marie ne perd pas une miette des événements, les met de côté, essaie de les assembler peu à peu, et attend, pleine d’espérance, que le motif général du puzzle apparaisse enfin à travers les morceaux éparpillés.

Cette attitude intérieure de Marie est devenue la nôtre : nous ne comprenons pas tout ce qui nous arrive. Il nous faut ruminer ces événements, les tourner et retourner au dedans de nous jusqu’à ce qu’une parole, une rencontre les éclaire, les insère dans le puzzle de notre histoire personnelle…

Les autres usages du verbe dia-tereo dans la Bible

Le verbe « garder précieusement » n’est utilisé que deux fois dans la Bible : ici en Luc 12,8, et en Ac 15,9 :

« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autres charges que celles-ci, qui sont indispensables : vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de garder tout cela. Adieu. »

On le voit : il s’agit de conserver et d’appliquer fidèlement les décisions du concile de Jérusalem. Le verbe se colore en Ac 15,9 d’une nuance pratique : garder précieusement en son coeur, ce n’est pas seulement se souvenir et chercher à interpréter, c’est également mettre en pratique ce qui est dit, et vivre déjà de ce qu’on ne comprend pas encore totalement.
Ainsi en est-il pour nous aujourd’hui.

Il y a deux autres usages  du verbe ‘garder’ qui se rapprochent de Luc 12,7 : Gn 37,11 et Ps 12,8

Gn 37,11 : « Joseph eut encore un autre songe, et il le raconta à ses frères. Il dit : J’ai eu encore un songe ! Et voici, le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. Il le raconta à son père et à ses frères. Son père le réprimanda, et lui dit : Que signifie ce songe que tu as eu ? Faut-il que nous venions, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner en terre devant toi ? Ses frères eurent de l’envie contre lui, mais son père garda  (tereo) le souvenir de ces choses. »

Jacob, le père de Joseph, réagit comme Marie au récit du rêve étrange des astres s’inclinant que vient de faire Jacob. Il ne comprend pas ce rêve, ne sait pas l’interpréter  (et pas seulement parce que Sigmund Freud n’avait pas encore écrit son livre sur l’interprétation des rêves, fortement inspiré par la Bible…). Alors il engrange précieusement : cela me servira sans doute plus tard. Et de fait, quand Jacob deviendra premier ministre d’Égypte et se fera reconnaître de sa famille, son père se souviendra de cette annonce voilée de la dignité de Joseph qu’il n’avait pas pu déchiffrer à l’époque.

Ps 12,8 : « Parce que les malheureux sont opprimés et que les pauvres gémissent, maintenant, dit l’Éternel, je me lève, j’apporte le salut à ceux contre qui l’on souffle. Les paroles de Éternel sont des paroles pures, un argent éprouvé sur terre au creuset, et sept fois épuré. Toi, Éternel ! tu les garderas (tereo), tu les préserveras de cette génération à jamais. »

C’est Dieu lui-même qui va sauvegarder les pauvres de son peuple, les protéger du mal. Ruminer sa parole est pour Dieu un engagement très concret à sauver les humiliés, les opprimés du peuple.
Ainsi doit-il en être également pour nous.

 

Nous sommes un peuple de ruminants

Afficher l'image d'origineCette attitude de Marie ruminant les événements surprenants est devenue celle de l’Église scrutant les signes des temps. Persécution par des musulmans au Moyen-Orient, en Asie ou en Afrique, désaffection de la part des jeunes générations européennes, chute du mur de Berlin, soif d’une spiritualité écologique… : tant de choses nous arrivent que les chrétiens mettent du temps à comprendre. Il aura fallu le génie prophétique de saint Jean XXIII pour lire dans les aspirations des années 60 une préparation évangélique extraordinaire (mondialisation, décolonisation, promotion de la femme, montée en puissance des sciences  et des techniques etc.). Il aura fallu la clairvoyance de saint Jean-Paul II pour comprendre que le communisme était en train de s’effondrer, ouvrant la voie à un renouveau spirituel inouï à l’Est. Il aura fallu l’attachement franciscain du jésuite pape François pour publier la première encyclique écologique (Laudato si), texte fondateur accompagnant la prise de conscience d’un environnement menacé (COP 21) etc.

 

Chacun de nous est un ruminant !

Ce qui est vrai au plan collectif l’est aussi au plan individuel.

Bon nombre d’événements  nous percutent, nous bousculent, dont nous ne savons trop quoi faire sur l’instant.

Une visite médicale qui décèle une tumeur à opérer en urgence, un SMS caché dans le téléphone du conjoint qui révèle une relation où le couple se délite, un licenciement brusque et brutal qui vient tout compromettre… Ces tuiles nous tombent dessus avec plus de violence que l’argile tombant du toit. Qu’en faire ? Comment réorienter sa vie à partir de là ? Qu’y a-t-il à écouter, à comprendre dans cet événement imprévu qui s’impose ? Heureusement il n’y a pas que des tuiles, il y a également des cadeaux inattendus : une confidence, une perspective qui s’éclaire, une découverte enthousiasmante, un éblouissement devant la beauté d’une nature, d’une musique, d’un livre…
Qu’en faire ?

Là encore, la rumination de Marie nous invite à ne pas réagir trop vite. Il faut parfois savoir attendre pour comprendre, et garder précieusement dans son coeur le choc – douleur ou bonheur - de l’événement, pour savoir en distiller l’arôme et le nectar pour la suite.

 

Une famille ruminante

La bonne nouvelle est que nous pouvons nous aider en famille à ruminer ainsi ce qui nous arrive. Regardez la Sainte Famille. Joseph avait bien vu que Marie était enceinte sans lui. Il n’a pas sur-réagi ; il a pris le temps de réfléchir ; et cela lui a permis d’accueillir en songe la clé de ce qui lui nouait le coeur. Jésus quant à lui a pris 30 ans pour observer, apprendre la vie humaine à Nazareth. Il a ruminé ce que lui disaient les métiers, les paysages, le lac, la pêche, la loi, la synagogue… Et tous ses enseignements montrent que c’est dans cette rumination du quotidien qu’il puise la plupart de ses paraboles et de ses maximes.

Marie et Joseph, et Jésus avec eux, ne cessaient pas de garder précieusement dans leur coeur ce qui leur arrivait, pour en faire leur miel.

Afficher l'image d'origineNous aussi, devenons des ruminants des événements qui nous tombent dessus, grâce à la Parole de Dieu qui projette sur eux une interprétation nouvelle, grâce également au temps et à la patience sans lesquels tout demeure confus. Il ne s’agit pas de ressasser négativement, mais de garder précieusement dans sa mémoire, dans son intelligence, dans son coeur, ce qui va constituer l’humus de notre avenir en marche vers nous…

Ruminez la journée écoulée le soir avant de vous coucher.

Ruminez en couple les heurts et bonheurs de votre relation, de votre famille.

Ruminez dans votre travail tous les signes annonciateurs ‘d’autre chose’.

Ruminez, ruminez…

Et la cohérence profonde de votre existence vous apparaîtra, tel le motif d’un puzzle où  enfin tout se met en place.

Jusqu’à ce que, à la fin, grâce à notre soeur la mort, nous puissions enfin connaître comme nous sommes déjà connus.

 


[1]. Les disciples non plus ! cf. Lc 18,34 : « Les disciples ne comprirent rien à tout cela, c’était pour eux un langage énigmatique et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire ».

 

 

1ère lecture : « Samuel demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie » (1 S 1, 20-22.24-28)
Lecture du premier livre de Samuel

Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle. Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle, « Je l’ai demandé au Seigneur. » Elcana, son mari, monta au sanctuaire avec toute sa famille pour offrir au Seigneur le sacrifice annuel et s’acquitter du vœu pour la naissance de l’enfant. Mais Anne n’y monta pas. Elle dit à son mari : « Quand l’enfant sera sevré, je l’emmènerai : il sera présenté au Seigneur, et il restera là pour toujours. » Lorsque Samuel fut sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la maison du Seigneur, à Silo ; l’enfant était encore tout jeune. Anne avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on amena l’enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier le Seigneur. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur.

Psaume : Ps 83 (84), 2-3, 5-6, 9-10

R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur ! (Ps 83, 5a)

De quel amour sont aimées tes demeures,
Seigneur, Dieu de l’univers.
Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ;
mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant !

Heureux les habitants de ta maison :
ils pourront te chanter encore !
Heureux les hommes dont tu es la force :
des chemins s’ouvrent dans leur cœur !

Seigneur, Dieu de l’univers, entends ma prière ;
écoute, Dieu de Jacob.
Dieu, vois notre bouclier,
regarde le visage de ton messie.

2ème lecture : « Nous sommes appelés enfants de Dieu – et nous le sommes » (1 Jn 3, 1-2.21-24)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

 Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.

 Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Evangile : « Les parents de Jésus le trouvèrent au milieu des docteurs de la Loi » (Lc 2, 41-52)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Seigneur, ouvre notre cœur pour nous rendre attentifs aux paroles de ton Fils.
Alléluia. (cf. Ac 16, 14b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.
Patrick BRAUD

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16 décembre 2015

Visiter l’autre

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Visiter l’autre

 

Cf. également :

Enfanter le Verbe en nous…

« Tu as de la visite » 

Bouge-toi : tu as de la visite ! 

 

Homélie du 4° dimanche de l’Avent / Année C
20/12/2015

 

Visiter la famille

Noël sera encore cette année, malgré les attentats, une période de retrouvailles familiales. On va faire des kilomètres pour aller réveillonner avec les parents, ou des frères et soeurs. On va se partager entre la famille et la belle-famille. Et surtout on va prendre le temps, autour d’une bonne table, de se parler, de faire le tour des nouvelles des enfants de chacun, de raconter ses joies et ses peines, de faire remonter à la mémoire des souvenirs d’enfance etc.

Pour certains, ce rituel familial est devenu lourd, hypocrite, obsolète. Pour d’autres il est devenu impossible par suite des deuils, des séparations, des brouilles. Pour beaucoup, c’est encore un réservoir d’affection et de liens de proximité indispensable pour continuer la route, en se sachant aimé et membre d’une même famille.

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Pour Marie et Élisabeth en tout cas, cette visite familiale est si importante qu’elles y mettent une belle énergie. Enceintes toutes les deux, il eût été plus sage de continuer tranquillement la grossesse sans se bousculer. Or Marie et Joseph sortent de chez eux, prennent la route – qui à l’époque est conséquente, même avec un âne !, ou dangereuse – et quittent leur domicile pendant trois mois de grossesse.

 

La visite de l’autre, même si d’abord il s’agit d’un proche, est donc essentielle dans l’Évangile pour pouvoir accoucher du Tout Autre, Dieu fait homme !

Visiter la famille, c’est renouveler l’expérience de l’altérité sur fond de liens indissolubles. Jésus ne sera pas comme Jean-Baptiste. Marie et Joseph n’ont pas la même histoire de couple qu’Elisabeth et Zacharie. Mettre en commun leurs deux histoires familiales leur permet de reconnaître un même Dieu à l’oeuvre dans leur vie.

Si vous avez dans votre famille la tradition des cousinades, vous savez ce que représentent une fois par an ces retrouvailles avec ses si proches / si différents que sont nos cousins / cousines. On repart de ces grandes tablées réchauffés par le clan, impressionnés de ce qu’ont traversé tel ou telle, émus d’avoir évoqué ensemble les racines de ces liens, heureux d’avoir ri, mangé et bu et renforcé la solidarité la plus ancienne de l’humanité, celle du sang.

 

Visiter l’autre

Mais la Bible va plus loin que la seule visite familiale. À la visite d’Elisabeth par Marie il faut ajouter par exemple l’accueil des trois étrangers par Abraham. Les Grecs appellent ce passage la philoxénie d’Abraham, ce qui veut dire l’amour des étrangers que pratique Abraham en se mettant en quatre pour offrir l’hospitalité à ces trois étranges visiteurs. On peut aussi regarder ce passage du côté des voyageurs : car l’initiative vient de ces trois-là (en qui les chrétiens ont reconnu  l’annonce de la Trinité). Ils sortent de leur univers (comme le Verbe de Dieu est sorti de la divinité pour se faire l’un de nous à Noël), ils prennent le risque du voyage et de la route, ils frappent à la tente de quelqu’un qu’ils ne connaissent pas… On ne peut pas vanter l’hospitalité sans féliciter ceux qui sortent ainsi d’eux-mêmes pour se laisser accueillir.

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La visite de l’autre – beaucoup plus autre que nos familles – vient ainsi dans le prolongement de l’Alliance biblique, et de l’incarnation du Verbe.

Là encore, il est question de donner la vie, car c’est la visite de l’autre qui engendre chez Abraham et Sarah la capacité – inespérée – d’enfanter Isaac. Quitter son univers pour aller visiter l’autre, c’est donc lui faire ce cadeau inouï d’engendrer la vie beaucoup plus que s’il était resté clos sur lui-même. On devine que juifs et chrétiens ne peuvent pas voir les migrations actuelles tout à fait comme leurs contemporains…

 

Depuis les envoyés à Abraham, depuis Marie visitant Elisabeth, les chrétiens n’ont de cesse, particulièrement à Noël, d’aller visiter l’autre.

Afficher l'image d'origineC’est l’équipe de l’aumônerie d’une prison qui fera tout pour établir des liens, des messages, des cadeaux, entre détenus et paroissiens, famille, amis. C’est l’aumônerie de l’hôpital qui multipliera les visites aux malades alors que la solitude est plus cruelle sous les guirlandes de Noël. C’est la maraude de Médecins du Monde qui patrouille encore plus à la recherche des SDF isolés. C’est tout simplement des voisins attentifs qui pour les fêtes inviteront la personne seule à côté de chez eux.

Toutes ces initiatives rejoignent le sens profond de Noël : sortir de soi pour faire corps avec l’autre, tel le Verbe de Dieu sortant de sa divinité pour prendre chair de notre chair.

 

Je me souviens pour ma part d’un Noël en Afrique. Nous avions décidé avec des étudiants africains de consacrer notre soirée du 24 décembre à aller chercher sur les marchés ceux qu’on appelle les fous, pauvres hères sans case ni famille, à moitié nus et les cheveux pleins de terre, pour leur proposer ce qui à l’époque équivalait à un vrai festin : du pain bien frais et des sardines à l’huile. Tantôt accueillis avec des jets de pierres et des imprécations, tantôt avec de grands sourires sans dents et des bénédictions immenses, ce fut l’un de mes plus beaux Noëls, le plus fidèle à sa signification d’origine.

 

Visiter les musulmans

En notre contexte d’attentats islamiques de par le monde entier, il faut revenir à l’initiative récente du pape François à Bangui. Il était en visite pastorale, conformément à la tradition évoquée plus haut : sortir de Rome pour aller à la rencontre de peuples différents. En Centrafrique, il a voulu aller dans le fameux quartier appelé PK5, théâtre de nombreuses violences entre chrétiens et musulmans. Il a même été rendre visite à la mosquée de Bangui, pour souligner combien toute religion authentique prône la paix et le dialogue avec l’autre.

En appelant ce lundi matin 30/11/15 à « dire non à la violence », en particulier « celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou d’un Dieu » dans ce quartier stigmatisé de Bangui, le pape François a tenu les paroles fortes que musulmans et chrétiens attendaient, comme la veille à la cathédrale, lorsqu’il avait invité les Centrafricains à « dépasser la peur de l’autre ». En visite à la mosquée de Bangui, le pape François enfonce le clou :

« Chrétiens et musulmans nous sommes frères. Nous devons donc nous considérer comme tels, nous comporter comme tels. Nous savons bien que les derniers événements et les violences qui ont secoué votre pays n’étaient pas fondés sur des motifs proprement religieux. Celui qui dit croire en Dieu doit être aussi un homme, une femme, de paix. Chrétiens, musulmans et membres des religions traditionnelles ont vécu pacifiquement ensemble pendant de nombreuses années. Nous devons donc demeurer unis pour que cesse toute action qui, de part et d’autre, défigure le Visage de Dieu et a finalement pour but de défendre par tous les moyens des intérêts particuliers, au détriment du bien commun. Ensemble, disons non à la haine, non à la vengeance, non à la violence, en particulier à celle qui est perpétrée au nom d’une religion ou de Dieu. Dieu est paix, Dieu salam. […]

Chers amis, chers frères, je vous invite à prier et à travailler pour la réconciliation, la fraternité et la solidarité entre tous, sans oublier les personnes qui ont le plus souffert de ces événements.

Que Dieu vous bénisse et vous protège ! Salam alaykuom ! »

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Que les chrétiens visitent des musulmans, nous n’y sommes guère habitués en France ! On s’en méfierait presque. Et pourtant c’est bien l’un des sens profonds de Noël. En cela le pape François est fidèle à celui dont il a choisi le prénom, François d’Assise. En 1219, alors que la guerre battait son plein entre chrétiens et musulmans, François eut ce geste fou d’aller, seul, désarmé, à la rencontre du sultan Malik al-Kamil :

S’exposant avec courage aux dangers de tous les instants, François voulait se rendre chez le sultan de Babylone en personne. La guerre sévissait alors, implacable entre chrétiens et sarrasins, et les deux armées ayant pris position face à face dans la plaine, on ne pouvait sans risquer sa vie passer de l’une à l’autre.

Mais dans l’espoir d’obtenir sans tarder ce qu’il désirait, François résolut de s’y rendre. Après avoir prié, il obtint la force du Seigneur et, plein de confiance, chanta ce verset du Prophète: « Si j’ai à marcher au milieu des ombres de la mort, je ne craindrai aucun mal, car tu es avec moi ».

S’étant adjoint pour compagnon frère Illuminé, homme d’intelligence et de courage, il s’était mis en route traversant la mer et se retrouvant dans le pays du sultan. Quelques pas plus loin, ils tombaient dans les avant-postes des sarrasins, et ceux-ci, plus rapides, se précipitèrent sur eux. Ils les accablèrent d’injures, les chargeant de chaînes et les rouant de coups. À la fin, après les avoir maltraités et meurtris de toutes manières, ils les amenèrent, conformément aux décrets de la divine Providence, en présence du sultan: c’était ce qu’avait désiré François.

Afficher l'image d'origineLe prince leur demanda qui les envoyait, pourquoi et à quel titre, et comment ils avaient fait pour venir; avec sa belle assurance, François répondit qu’il avait été envoyé d’au delà des mers non par un homme mais par le Dieu Très-Haut pour lui indiquer, à lui et à son peuple, la voie du salut et leur annoncer l’Évangile qui est la vérité. Puis il prêcha au sultan Dieu Trinité et Jésus sauveur du monde, avec une telle vigueur de pensée, une telle force d’âme et une telle ferveur d’esprit qu’en lui vraiment se réalisait de façon éclatante ce verset de l’Évangile: « Je mettrai dans votre bouche une sagesse à laquelle tous vos ennemis ne pourront ni résister ni contredire ».

Témoin en effet de cette ardeur et de ce courage, le sultan l’écoutait avec plaisir et le pressait de prolonger son séjour auprès de lui. Il offrit à François de nombreux et riches cadeaux que l’homme de Dieu méprisa comme de la boue: ce n’était pas des richesses du monde qu’il était avide, mais du salut des âmes.

Le sultan n’en conçut que plus de dévotion encore pour lui, à constater chez le saint un si parfait mépris des biens d’ici-bas.
François quitta le pays du sultan escorté par ses soldats ».

St Bonaventure, vie de St François

 

Alors, ce Noël pourrait bien aujourd’hui encore vous amener à prendre contact avec telle ou telle communauté musulmane, à organiser des visites réciproques de nos lieux de culte et d’assemblée, à prendre le thé ou le café ensemble, à échanger nos points de vue sur l’actualité, sur la naissance de Jésus, Prince de la paix pour les chrétiens et souffle de Dieu pour les musulmans…

 

Sans renoncer aux autres visites si importantes en cette fin d’année, pourquoi ne pas prendre le temps (et le courage) d’aller rendre visite à nos cousins musulmans ?

 

 

1ère lecture : « De toi sortira celui qui doit gouverner Israël »(Mi 5, 1-4a)
Lecture du livre du prophète Michée

Ainsi parle le Seigneur : Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c’est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d’autrefois. Mais Dieu livrera son peuple jusqu’au jour où enfantera… celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d’Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu’aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix !

Psaume : Ps 79 (80), 2a.c.3bc, 15-16a, 18-19

R/ Dieu, fais-nous revenir ; que ton visage s’éclaire,
et nous serons sauvés !
(Ps 79, 4)

Berger d’Israël, écoute,
resplendis au-dessus des Kéroubim !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers, reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

2ème lecture : « Me voici, je suis venu pour faire ta volonté »(He 10, 5-10)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n’as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m’as formé un corps. Tu n’as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j’ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu’il est écrit de moi dans le Livre. Le Christ commence donc par dire : Tu n’as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d’offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c’est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l’offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.

Evangile : « D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? » (Lc 1, 39-45)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Voici la servante du Seigneur : que tout m’advienne selon ta parole.
Alléluia. (Lc 1, 38)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Patrick BRAUD

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