L'homelie du dimanche

10 août 2016

L’Assomption : Marie, bien en chair

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L’Assomption : Marie, bien en chair

 

Cf. également :

Assomption : Ne vous faites pas voler votre espérance

Assomption : les sentinelles de l’invisible

L’Assomption de Marie, étoile de la mer

L’Assomption de Marie : une femme entre en Résistance

Marie, parfaite image de l’Église à venir

Marie en son Assomption : une femme qui assume !


Homélie pour la fête de l’Assomption / Année C
15/08/2016

 

La pointe de cette fête de l’Assomption, c’est la personne de Marie, tout entière passée dans le monde de la résurrection. Tout entière, c’est-à-dire corps et âme. L’âme, on devine qu’elle puisse de façon immatérielle vivre autrement, ailleurs. Mais le corps ? Comment imaginer qu’il devienne autre chose qu’un amas de cellules à nouveau recyclées dans le grand organisme de l’univers ?

Peut-être confondons-nous le corps et la chair ? Or le credo affirme : « je crois en la résurrection de la chair », et non du corps. Peut-être avons-nous également une conception très mécanique de la chair, à la façon de Descartes ne voyant le corps comme une machine mue par l’âme ? Comment exprimer le lien profond entre le corps et l’âme ? Les anciens (Aristote) utilisaient le mot hylémorphisme pour caractériser ce lien : l’âme est la forme du corps, les deux étant inséparables.

 

La chair des peintres

Afficher l'image d'origineParcourez rapidement les représentations célèbres que les peintres ont inventées au long des siècles pour évoquer le corps humain.
Sur les peintures rupestres, les corps humains sont réduits à une silhouette, car ce qui est important alors n’est pas leur aspect, mais leur fonction : chasseurs, cueilleurs, artisans.
Sur les amphores étrusques ou grecques, la chair humaine est celle de l’athlète, ou de l’éphèbe, selon les canons olympiques et mythiques de l’époque.
Dans les mosaïques romaines, les visages sont beaux, les corps anoblis de bijoux, de toges et vêtures magnifiques. La chair romaine est aristocratique.
Les masques africains ont des fonctions magiques mystérieuses : leur chair est éminemment symbolique.

Dans les premiers siècles du christianisme, la peinture se fait sacrée, hiératique, à la manière des icônes où le visage est plus important que le reste du corps, baigné d’or et de mysticisme. La chair est ici théologique, vecteur de la révélation divine.

À la Renaissance, l’émancipation de la religion fait apparaître des peintures de corps féminins à la beauté lourde et laiteuse. Car l’idéal est alors la mère de famille, capable d’enfanter, d’allaiter, à la santé solide. Les trois grâces de Botticelli ressemblent plus aux personnages dodus de Fernando Botero qu’aux mannequins anorexiques de nos défilés de mode !

Puis l’époque moderne a disloqué la représentation de la chair : pointilliste, cubiste, abstraite… Le corps humain n’est plus représenté, mais sublimé dans sa négation même.

Pas la peine de prolonger cette liste aussi variée qu’il y a d’écoles artistiques ! La chair des peintres est culturelle. Parler de résurrection de cette chair, c’est finalement inviter chaque artiste à découvrir un autre univers esthétique que le sien, où le corps semble dans un premier temps avoir disparu, et où pourtant les canons de cet univers le font exister autrement.

 

La chair des Évangiles

Afficher l'image d'origineRelisez le Nouveau Testament : on ne sait pas si Marie avait les yeux bleus, si elle était grande ou petite, si les hommes se retournaient dans la rue à son passage… Le corps humain dans les Évangiles est rarement le lieu de la beauté physique (sauf peut-être lors de la Transfiguration). C’est plutôt un corps relationnel. On touche la chair de Jésus pour guérir de sa maladie : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés au contact du corps du Christ, et c’est cela qui le caractérise comme corps, et non sa taille ou ses imperfections. D’ailleurs, dans l’eucharistie, c’est un corps livré-pour-vous qui est au coeur du sacrifice, sans qu’on sache quelle forme avait ce corps. Tout se passe comme si la chair de Jésus n’existait que dans la relation (de communion, de conflit, d’abandon…) à l’autre.

Parler de résurrection de cette chair relationnelle, c’est finalement évoquer que, dans l’autre monde, la relation à l’autre donnera forme et identité nouvelle à chacun, sans pouvoir imaginer comment aujourd’hui.

 

La chair de la résurrection

Paul parle de son expérience de la rencontre du corps ressuscité de Jésus de Nazareth, renvoyant d’ailleurs aux corps suppliciés des disciples sur lesquels il s’acharnait : « je suis Jésus, celui que tu persécutes ».

Avec pédagogie, Paul prend l’image de la graine et de la plante pour expliquer aux corinthiens que la chair de la résurrection est une manière d’être au monde, adaptée à ce monde nouveau où la mort est vaincue :

«  Mais, dira-t-on, comment les morts ressuscitent-ils ? Avec quel corps reviennent-ils ? Insensé ! Ce que tu sèmes, toi, ne reprend vie s’il ne meurt. Et ce que tu sèmes, ce n’est pas le corps à venir, mais un simple grain, soit de blé, soit de quelque autre plante; et Dieu lui donne un corps à son gré, à chaque semence un corps particulier. Toutes les chairs ne sont pas les mêmes, mais autre est la chair des hommes, autre la chair des bêtes, autre la chair des oiseaux, autre celle des poissons. Il y a aussi des corps célestes et des corps terrestres, mais autre est l’éclat des célestes, autre celui des terrestres. Autre l’éclat du soleil, autre l’éclat de la lune, autre l’éclat des étoiles. Une étoile même diffère en éclat d’une étoile. Ainsi en va-t-il de la résurrection des morts : on est semé dans la corruption, on ressuscite dans l’incorruptibilité; on est semé dans l’ignominie, on ressuscite dans la gloire; on est semé dans la faiblesse, on ressuscite dans la force; on est semé corps psychique, on ressuscite corps spirituel.  » (1Co 15, 35-44)

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Croire à la résurrection de la chair pour Paul c’est croire qu’une nouvelle façon d’être au monde, une nouvelle médiation avec la réalité de la résurrection nous sera donnée, ce qu’il appelle le « corps spirituel ».

 

Assomption : Marie bien en chair

Le tombeau vide est l’indice de la transformation de la chair qui s’opère pour qu’elle s’adapte au nouvel univers de la résurrection.

« Il vit et il crut » : Jean interprète cette absence de chair comme la réalité de la chair présente autrement.

De manière symétrique, la dormition de la Vierge (conception orthodoxe) ou l’Assomption de Marie (conception catholique) sont les indices que la mère de Jésus lui reste entièrement unie à travers la mort. La communion d’amour entre Marie et Jésus a été si forte, des mois de la gestation jusqu’à la déréliction de la croix, que l’Église y voit la promesse d’un événement partagé : ce qui est arrivé à la chair de Jésus dans la nuit de Pâques arrive également à celle de Marie, parce qu’il y a un lien unique entre les deux.

Basculant dans le monde de la résurrection, Marie sans attendre expérimente une nouvelle présence à ce monde, en communion avec son fils. Elle y est entièrement présente, corps et âme, c’est-à-dire qu’elle se reçoit entièrement de la relation au Christ et par lui à Dieu lui-même.

C’est donc bien en chair que Marie continue à vivre au-delà de la mort la communion à Dieu et en Dieu. En cela elle n’est pas l’unique, car cette promesse est faite à chacun de nous. Mais elle est la première des créatures à pouvoir dès maintenant, sans attendre la résurrection finale, vivre intégralement sa présence au monde de Dieu.

 

Lorsque nous fêtons son Assomption, nous ravivons notre espérance d’y participer un jour.

Lorsque nous la proclamons vivante corps et âme, nous redisons la valeur de la chair humaine, dès maintenant et pour toujours.

Lorsque nous la dépeignons accueillie par le Christ, nous nous encourageons à passer nous aussi par l’unique porte qu’est le Christ.

Lorsque nous la voyons couronnée de gloire en Dieu, nous ravivons notre espérance d’être nous aussi rendus « participants de la nature divine » (2P 1,4) au-delà de notre mort physique.

 

Marie, c’est cette femme bien en chair qui nous assure de la promesse de la transfiguration de notre propre chair actuelle…

 

 

MESSE DU JOUR

1ère lecture : « Une Femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous les pieds » (Ap 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Le sanctuaire de Dieu, qui est dans le ciel, s’ouvrit, et l’arche de son Alliance apparut dans le Sanctuaire. Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme, ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle est enceinte, elle crie, dans les douleurs et la torture d’un enfantement. Un autre signe apparut dans le ciel : un grand dragon, rouge feu, avec sept têtes et dix cornes, et, sur chacune des sept têtes, un diadème. Sa queue, entraînant le tiers des étoiles du ciel, les précipita sur la terre. Le Dragon vint se poster devant la femme qui allait enfanter, afin de dévorer l’enfant dès sa naissance. Or, elle mit au monde un fils, un enfant mâle, celui qui sera le berger de toutes les nations, les conduisant avec un sceptre de fer. L’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu et de son Trône, et la Femme s’enfuit au désert, où Dieu lui a préparé une place. Alors j’entendis dans le ciel une voix forte, qui proclamait : « Maintenant voici le salut, la puissance et le règne de notre Dieu, voici le pouvoir de son Christ ! »

Psaume : Ps 44, (45), 11-12a, 12b-13, 14-15a, 15b-16

R/ Debout, à la droite du Seigneur, se tient la reine, toute parée d’or.

(cf. Ps 44, 10b)

Écoute, ma fille, regarde et tends l’oreille ;
oublie ton peuple et la maison de ton père :
le roi sera séduit par ta beauté.

Il est ton Seigneur : prosterne-toi devant lui.
Alors, les plus riches du peuple,
chargés de présents, quêteront ton sourire.

Fille de roi, elle est là, dans sa gloire,
vêtue d’étoffes d’or ;
on la conduit, toute parée, vers le roi.

Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ;
on les conduit parmi les chants de fête :
elles entrent au palais du roi.

2ème lecture : « En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent » (1 Co 15, 20-27a)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang : en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds.

Evangile : « Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles » (Lc 1, 39-56)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Aujourd’hui s’est ouverte la porte du paradis : Marie est entrée dans la gloire de Dieu ;
exultez dans le ciel, tous les anges !
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint, et s’écria d’une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l’enfant a tressailli d’allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Marie dit alors : « Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur ! Il s’est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse. Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom ! Sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent. Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour, de la promesse faite à nos pères, en faveur d’Abraham et sa descendance à jamais. »

Marie resta avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s’en retourna chez elle.
Patrick BRAUD

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13 juillet 2016

Choisir la meilleure part

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Choisir la meilleure part 


Homélie du 16° dimanche du temps ordinaire / Année C
17/07/2016

Cf. également :

Le je de l’ouie

Bouge-toi : tu as de la visite !


Un marché de poisson à Seattle.
Apparemment semblable à tous les marchés de poisson à ciel ouvert. Mais écoutez les vendeurs crier. Notez les regards éberlués des clients.

Il règne ici un climat spécial. En fait, ce sont ces drôles poissons volants qui transforment le marché en aire de jeu, de surprise et de bonne humeur qui font la différence. Les employés vont au contact des passants, leur font toucher les poissons, leur racontent comment ils vivent. Ils jouent avec les enfants. Et quand un client commande une dorade, ils se la lancent d’étal en étal pour qu’elle arrive dans la balance devant la foule médusée. Ce marché périclitait autrefois. Il a failli fermer devant la concurrence. Mais sa philosophie du travail l’a sauvé ! La Fish philosophy du Pike Place Market de Seattle se résume en quatre propositions :

1. Choisir son attitude
Tous les jours, ces travailleurs se lèvent et choisissent de travailler avec le sourire. Le terme « choisir » est très important. Tous les matins, vous pouvez choisir si vous allez appréhender la journée avec une attitude positive. C’est le point qui demande le plus d’effort dans cette philosophie.

2. Être présent
Tous les jours, ils effectuent des routines mais sont présents. Quand les gens ont besoin d’eux, ils sont là, pas uniquement physiquement mais émotionnellement. Ils prêtent attention à leurs clients.

3. Jouer
Tous les jours, ils transforment les tâches les plus pénibles en jeu. Ils jouent, se lancent des poissons, crient, s’amusent.

4. Illuminer la journée de quelqu’un
Tous les jours, ces marchands de poisson illuminent la journée des personnes qu’ils croisent. Les gens rentrent chez eux, retournent travailler après la pause déjeuner et repensent à cette énergie positive avec le sourire, et partageront cette expérience le soir avec leur famille. 

Fish philosophie quatre règles

On est bien loin de l’évangile de Marthe et Marie, me direz-vous ! Pas si sûr… Il s’agit bien dans les deux cas de servir le passant (le Christ / le client). Et de servir sans dissocier le plaisir de la relation (Marie) d’avec le professionnalisme du métier (Marthe).

La philosophie de l’Évangile pour concilier les deux se résume dans cette phrase de Jésus :« Marie a choisi la meilleure part ». Et cette réponse contient elle-même trois composantes essentielles d’un service réussi : choisir / une part / la meilleure part.

 

Choisir

Reprenez cette maxime de Fish philosophy : « Choisir chaque jour son attitude au travail ».

Afficher l'image d'origineJe n’ai peut-être pas choisi mon métier, encore moins mon poste de travail, ma mission, mes collègues. Comme il faut bien travailler pour manger, je peux me résigner à une conception ‘alimentaire’ de mon boulot. Ou je peux, comme à Pike Place, choisir chaque jour l’attitude que je vais avoir au travail. L’employé chargé de la tâche la plus humble (nettoyage, entretien…) peut par son comportement rayonner quelque chose de plus fort, de plus humain que son patron irascible. Cela n’enlève en rien l’ardente obligation de rétablir l’équité dans les entreprises, de supprimer les privilèges, de diminuer la pénibilité et d’augmenter l’intérêt des tâches à accomplir. On a même inventé la cuisine à l’américaine, en bordure de la salle à manger, pour ne pas isoler les cuisiniers de leur public comme Marthe l’était de Jésus…

Choisir mon attitude du jour permet en même temps de ne pas se résigner et de ne jamais subir un travail par ailleurs imposé.

L’aigreur de Marthe envers sa soeur vient sans doute du fait qu’elle subit ce rôle de femme à la cuisine que la société de l’époque lui impose. Au lieu de vivre joyeusement la préparation des plats – et les cuisiniers savent combien ces gestes peuvent être chargés d’amour – pour leur invité, Marthe peste en son fort intérieur. Elle râle, elle trouve injuste d’être privée de la conversation avec ce Jésus qu’on aimerait écouter des heures durant. Du coup elle en devient jalouse, et voudrait tant qu’à faire que sa soeur Marie soit rabaissée elle aussi à ce rang de servante, à l’écart.

Ne pas choisir son travail, ne pas choisir de faire avec amour ce qui est à faire produit le plus souvent aigreur et jalousie. La même mission, quelque soit sa nature, peut devenir aliénante ou épanouissante selon la densité de présence que l’on y accorde.

Dans une équipe professionnelle, sur un open space ou sur un chantier, il y a toujours une ou deux de ces personnes qui catalysent par leur manière d’être le plaisir de travailler ensemble, la cohésion, l’entraide, la bonne humeur qui rend tout plus facile…

Chacun peut/doit choisir comment il va vivre sa journée. Ne pas choisir, c’est subir, se résigner, s’aigrir.

 

Choisir une part

« Je choisis tout » écrivait Thérèse de Lisieux… On peut légitimement critiquer cette envie un peu folle d’être tout ! La sagesse commande au contraire d’accomplir d’accepter ses limites, de réguler cette volonté de toute-puissance, et d’apprendre joyeusement à mourir à cette folie adolescente qui veut tout embrasser. Nous ne sommes pas Dieu ! Et Dieu lui-même, en Jésus-Christ, a accepté de se limiter en s’incarnant dans une portion du temps, dans un petit peuple insignifiant… Le Verbe de Dieu a choisi une part d’humanité en ce juif de 30 ans : il n’a pas rêvé d’être de toutes les cultures à la fois ni de tous les temps.

Choisir une part d’humanité est notre façon de jeter l’ancre dans l’existence. Pour avoir une identité singulière il faut bien un jour accepter d’être de tel pays, de telle langue, de tel milieu  professionnel (sans les idolâtrer pour autant). On ne peut pas être tout à la fois. Qui trop embrasse mal étreint, constate fort justement la sagesse populaire.

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Plus j’habite ma particularité, plus je peux entrer en contact, en relation, en écoute avec ceux qui ont choisi une autre part. Plus je réalise la part est la mienne et mieux je peux laisser les autres accomplir la leur.

Le patron qui veut tout faire devient un tyran. L’évêque qui décide de tout s’isole de tous. Les parents qui veulent être à la fois le copain, l’éducateur, le professeur, l’animateur, le confident de leurs enfants seront rejetés comme étouffants et finalement incompétents.

Choisir sa part est donc un enjeu d’humanité pour trouver sa place, être reconnu dans la société. Le plus difficile est évidemment de discerner quelle est ma part, celle où je vais donner le meilleur de moi-même, celle où le fait d’être moi-même aidera les autres à devenir eux-mêmes, sans jalousie.

Ce choix est à réactualiser sans cesse ! Charles de Foucauld a d’abord choisi d’être un étudiant fêtard et bling bling. Puis il a voulu partir au Maroc comme explorateur au service de l’armée française. Puis il a ressenti l’appel à s’enfouir à Nazareth, incognito, comme jardinier anonyme d’une communauté de religieuses. Et finalement il a discerné que sa part à lui était à l’Assekrem, en plein désert du Hoggar, au milieu des touarègues et de l’umma musulmane. À chaque étape son choix était limité, voire étroit. C’est pourtant ainsi qu’il est devenu le « frère universel » dont la trajectoire peut parler à des chercheurs de Dieu de tous bords.

Choisir une part d’humanité et l’habiter intensément est le deuxième palier que Marie a franchi pour réussir l’accueil de Jésus dans sa maison. Je ne peux pas être à la fois à la cuisine, sur la route avec les apôtres, dans la foule des suiveurs, et au pied du Christ : alors je ne choisis qu’une part, celle de l’écoute par exemple, et je vais pleinement assumer cette part de l’accueil qui ainsi va devenir la meilleure part pour moi.

 

Choisir la meilleure part

« La meilleure » : on peut bien sûr interpréter cet adjectif de Jésus comme une supériorité de la contemplation sur l’action, de l’écoute sur le faire.

On pourrait également penser que cette  part est devenue la meilleure pour Marie à partir du moment où elle l’a choisie et l’habite intensément. Car au lieu de « s’agiter pour beaucoup de choses », si Marthe avait exercé son art de la cuisine pour quelqu’un, et dans la paix intérieure de celle qui sait pour qui elle accomplit tout cela, alors Marthe aurait découvert que cette part est également la meilleure pour elle.

La cohérence et l’unité intérieure de celui qui accomplit une action fait de ce moment le meilleur moment au monde. Que ce soit écouter de la musique, chanter des psaumes, jongler avec un tableau Excel ou négocier un contrat pour son équipe, toute tâche si elle est accomplie avec amour devient réellement la meilleure que nous pouvons vivre à l’instant t.

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Examinons les choix que nous pouvons faire, la manière dont nous les habitons, et nous entendrons au plus intime de nous-mêmes l’Esprit du Christ nous encourager : « tu as choisi la meilleure part, va jusqu’au bout ! »

 

1ère lecture : « Mon seigneur, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur » (Gn 18, 1-10a)
Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, aux chênes de Mambré, le Seigneur apparut à Abraham, qui était assis à l’entrée de la tente. C’était l’heure la plus chaude du jour. Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui. Dès qu’il les vit, il courut à leur rencontre depuis l’entrée de la tente et se prosterna jusqu’à terre. Il dit : « Mon seigneur, si j’ai pu trouver grâce à tes yeux, ne passe pas sans t’arrêter près de ton serviteur. Permettez que l’on vous apporte un peu d’eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre. Je vais chercher de quoi manger, et vous reprendrez des forces avant d’aller plus loin, puisque vous êtes passés près de votre serviteur ! » Ils répondirent : « Fais comme tu l’as dit. » Abraham se hâta d’aller trouver Sara dans sa tente, et il dit : « Prends vite trois grandes mesures de fleur de farine, pétris la pâte et fais des galettes. » Puis Abraham courut au troupeau, il prit un veau gras et tendre, et le donna à un serviteur, qui se hâta de le préparer. Il prit du fromage blanc, du lait, le veau que l’on avait apprêté, et les déposa devant eux ; il se tenait debout près d’eux, sous l’arbre, pendant qu’ils mangeaient. Ils lui demandèrent : « Où est Sara, ta femme ? » Il répondit : « Elle est à l’intérieur de la tente. » Le voyageur reprit : « Je reviendrai chez toi au temps fixé pour la naissance, et à ce moment-là, Sara, ta femme, aura un fils. »

Psaume : Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5

R/ Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? (Ps 14, 1a)

Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son cœur.
Il met un frein à sa langue.

Il ne fait pas de tort à son frère
et n’outrage pas son prochain.
À ses yeux, le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du Seigneur.

Il ne reprend pas sa parole.
Il prête son argent sans intérêt,
n’accepte rien qui nuise à l’innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.

2ème lecture : « Le mystère qui était caché depuis toujours mais qui maintenant a été manifesté » (Col 1, 24-28)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l’accomplis pour son corps qui est l’Église. De cette Église, je suis devenu ministre, et la mission que Dieu m’a confiée, c’est de mener à bien pour vous l’annonce de sa parole, le mystère qui était caché depuis toujours à toutes les générations, mais qui maintenant a été manifesté à ceux qu’il a sanctifiés. Car Dieu a bien voulu leur faire connaître en quoi consiste la gloire sans prix de ce mystère parmi toutes les nations : le Christ est parmi vous, lui, l’espérance de la gloire !
 Ce Christ, nous l’annonçons : nous avertissons tout homme, nous instruisons chacun en toute sagesse, afin de l’amener à sa perfection dans le Christ.

Evangile : « Marthe le reçut. Marie a choisi la meilleure part »(Lc 10, 38-42)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Heureux ceux qui ont entendu la Parole dans un cœur bon et généreux, qui la retiennent et portent du fruit par leur persévérance.
Alléluia. (cf. Lc 8, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus entra dans un village. Une femme nommée Marthe le reçut. Elle avait une sœur appelée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Quant à Marthe, elle était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée. »
Patrick BRAUD

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26 mars 2016

La Passion du Christ selon Mel Gibson

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 50 min

La Passion du Christ selon Mel Gibson

 

« Ils sont finis les jours de la Passion… » : cette annonce solennelle de la veillée pascale résonne encore à nos oreilles, et nous délivre de toute fascination morbide.

Mais, justement, à la lumière de l’espérance de ce Dimanche matin de Pessah, le temps pascal n’est-il pas une période favorable pour revenir sur la passion du Christ ? Comme l’écrit Paul, c’est armé de la communion à la Résurrection du Christ que nous pouvons plonger dans sa Passion, et non l’inverse : « le connaître, lui, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, lui devenir conforme dans sa mort, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts » (Ph 3, 10-11). Sans cette ‘lampe de mineur’ qu’est la lueur du matin de Pâques, comment pourrions-nous descendre avec Jésus dans les galeries souterraines de sa Passion sans en être broyé, anéanti ?

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Essayez donc de (re)visionner ce film si controversé de Mel Gibson (2005). Vous le trouverez facilement sur Youtube. Ou mieux encore en DVD pour en profiter sur votre home cinéma…

Attention : si vous n’avez pas le moral ce jour-là, si vous avez des enfants à la maison, si vous détournez le regard pour ne pas être éclaboussé par le sang qui jaillit, mieux vaut programmer autre chose…

Pendant des siècles (jusqu’au V° au moins), on n’a pas osé représenter Jésus crucifié, car le spectacle était si terrifiant pour les Romains, si scandaleux pour les Juifs (ou les musulmans aujourd’hui) qu’on évitait le réalisme de la Passion. On préférait représenter le Christ en gloire (Pantocrator), le Bon Pasteur, ou la Croix sans le Christ (ce que font encore bon nombre d’Églises protestantes, pour ne pas s’arrêter à la mort et aller jusqu’à la Résurrection ; elles refusent également le signe de la Croix tracé sur le corps). On comprend alors que le film de Mel Gibson dérange, suscite des controverses : car le réalisme physique avec lequel il traite la Passion est aux antipodes d’un Christ en majesté…

Les trouvailles cinématographiques de Mel Gibson

 

Le personnage de Marie est très touchant, très présent. Avec Marie-Madeleine (superposée au personnage de la femme adultère), elle accompagne Jésus jusqu’à la fin. Elle pleure, et est forte à la fois. Elle est un appui pour son fils abandonné de tous. Il y a même un lien étrange de compassion entre elle et la femme de Ponce Pilate…

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Les flash-backs

Au lieu de raconter la vie de Jésus de manière linéaire, comme le font beaucoup d’autres films sur Jésus, Mel Gibson utilise les flash-backs pour relire ses faits et paroles à la lumière de sa Passion. En accrochant ces retours en arrière à un élément symbolique, il nous fait retrouver le processus même d’écriture des Évangiles :

·         Marie rencontrant son fils sur son chemin de Croix // Marie relevant son enfant tombé à la maison à Nazareth

·         Les rictus de haine des soldats // les paroles sur l’amour des ennemis

·         La sandale des soldats le frappant // la sandale des disciples pour le lavement des pieds à la Cène

·         Marie-Madeleine essuyant le sol de la flagellation à laquelle Jésus est innocemment condamné // la femme adultère aux pieds de Jésus, au moment où il ne la condamne pas

·         l’eau dans laquelle Pilate se lave les mains // l’eau des ablutions rituelles du début de la Cène

·         le corps déchiré par les fouets // le pain de la Cène, « corps livré pour vous »

·         le sang qui dégouline de la Croix // le vin de la Cène, « sang versé pour vous »

·         la foule qui le méprise // la foule des Rameaux qui l’adule

·         lorsque Jésus tombe pour la troisième fois, de sa bouche tuméfiée il murmure à sa mère cette parole de l’Apocalypse : « Je fais toute chose nouvelle ». Là l’image effleure le sublime de la Passion.

etc…

C’est bien ainsi qu’ont été écrits les évangiles : on a relu la vie de Jésus de Nazareth à la lumière de la Résurrection, car c’est seulement après coup qui les évènements de son enfance et de son ministère public se sont éclairés d’une signification plus profonde que sur l’instant. Le film nous remet devant ce travail de mémoire pour écrire et raconter, et déchiffrer ainsi ce qui arrive. La véritable eucharistie est bien de donner sa vie pour ses amis et ses ennemis, plus que ‘pratiquer’ formellement : le film renvoie toujours les gestes liturgiques au sacrifice existentiel de cet homme humilié.

 

Le diable

Afficher l'image d'origineUn personnage d’allure androgyne extrêmement ambiguë flotte comme en surimpression des scènes du début à la fin du film. Il rappelle d’ailleurs le personnage de la mort dans le film de Bergman : « le septième sceau ».

Il est à Gethsémani pour tenter Jésus : « cette voie est trop  lourde pour toi ; quelle folie de croire que tu peux à toi seul porter tous les péchés… ! » Jésus écrase le serpent qui sort de ce corps glacé. Belle exégèse que d’actualiser l’épisode des tentations tout au long de la Passion, jusqu’à l’ultime tentation : « sauve-toi toi-même et descend de la Croix si tu es le Messie ! »

Il se mêle à la foule pour se réjouir de la déchéance du Fils.
Il croise le regard de Marie dans un face à face terrible, où Marie ne faiblit pas…
Il pousse Judas à la folie suicidaire.
Il crie de rage lorsqu’il constate que ce Fils est mort sans haine ni reniement de sa relation au Père…
Certes, il est trop présent par rapport aux Écritures, mais son rôle de tentateur est réellement bien rendu.

 

L’araméen et le latin en version ‘originale’ sous-titrée

Les spécialistes diront sans doute que l’accent ou la qualité du latin et de l’araméen des acteurs laisse à désirer, mais entendre Jésus, le peuple, les soldats parler en langue étrangère nous remet devant le récit d’une histoire orientale.

Le christianisme n’est pas occidental à sa racine : il vient d’Orient ; sans la culture juive, il est incompréhensible…

 

Le personnage de Simon de Cyrène est remarquable : protestant au début de son innocence, il se laisse gagner par le regard de Jésus, et finit par prendre sa défense devant la foule et les soldats. Le jeu de la caméra tourne autour des deux porteurs de croix, jusqu’à un plan extraordinaire où Jésus et Simon sont vus de dessus, bras entrecroisés, sans savoir qui porte qui…

Si vous rajoutez à ces trouvailles la beauté des paysages, le jeu des acteurs, la musique, vous avez au final une œuvre qui mérite un travail réel d’interprétation et d’analyse, et non une critique trop facile et trop rapide.

À vous de juger !

 

Mel Gibson en a-t-il fait trop ?

N’en déplaise aux belles âmes qui tordent le nez devant le sang qui gicle, la boucherie de la torture infligée par l’homme est bien celle-là : du Golgotha à Dachau, de la flagellation de Jésus aux camps de Pol Pot ou aux geôles de Pinochet, du couronnement d’épines aux goulags de Saline ou aux atrocités de Daech, la barbarie humaine défigure le visage du supplicié, torture son corps, et veut anéantir sa dignité.

La crucifixion n’avait rien d’une partie de plaisir !

Mel Gibson fait ainsi éclater sur l’écran que Dieu n’est pas du côté des vainqueurs.

En Jésus, Dieu n’est pas du côté des puissants, des beautés admirées, des réussites humaines.

Le récit de la Passion est ce que le théologien Jean-Baptiste Metz appelle un « souvenir dangereux » : la « mémoire des vaincus » empêche l’homme d’écrire l’histoire du seul point de vue des rescapés, des vainqueurs. L’élimination du « maillon faible » est toujours oubliée : Jésus est ce maillon faible qui vient prendre la défense des victimes, des oubliés de l’histoire, en s’identifiant à eux, en luttant contre le mal par le refus du mensonge, par le pardon et l’amour des ennemis (ceci est très bien rendu dans le film).

Le film est violent certes (à la limite du ‘gore’ parfois) ; mais c’est la réalité qui est violente.

Les images du génocide du Rwanda ou des horreurs commises en Syrie et ailleurs nous montrent chaque jour une humanité plus barbare encore que la foule ou les soldats torturant Jésus.

C’est vrai, la scène de la flagellation est longue et difficile (contrairement aux évangélise : là, Mel Gibson exagère…), mais dans un rapide moment du début, le Serviteur souffrant d’Isaïe s’impose fortement : « J’ai rendu mon visage dur comme pierre ». Il ne faut pas rater ce court instant, sinon le Christ apparaît effectivement complètement écrasé.

Contrairement aussi à ce qui a été dit, on voit que Jésus, même accablé et écrasé de souffrance humaine, reste maître de sa vie et qu’effectivement il la donne. Les paroles prononcées par les uns et les autres sont d’ailleurs très fidèles aux textes des évangiles.

Comme dans n’importe quel film sur Jésus il y a bien quelques libertés prises ici ou là. On peut regretter notamment la nuée d’enfants diaboliques façon Jérôme Bosch qui vient tourmenter Judas pour le pousser au suicide. Et Belzéboul, le « dieu des mouches » est un peu trop présent, jusqu’à cette carcasse d’âne (le même que les Rameaux ?) dévorée par les mouches qui fournit à Judas l’idée et la corde pour se pendre. Mel Gibson a également forcé tellement le trait sur la flagellation qu’il est impossible à vue humaine que Jésus ait pu résister à un tel traitement sans tomber dans le coma, et encore plus impossible qu’il ait pu porter sa croix après. Le sang tout seul est malsain. Le sang tout seul tue le sens et, avec lui, la sensibilité. Le sang tout seul ne fait pas sens : ce qui fait sens, seulement, c’est l’amour (indescriptible) qui le verse, en toute liberté.

Les outrances de Mel Gibson sur la souffrance physique sont inutiles, voire dangereuses si elles bloquent le spectateur sur une culpabilité ou une compassion stériles. On pourra brasser toute l’hémoglobine que l’on voudra, cela ne fera jamais une Passion. 

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Quelle théologie de la souffrance ?

Le Christ n’est pas soumis. Il va jusqu’au bout, car il l’a choisi volontairement.
Ce choix n’efface rien de sa souffrance, au contraire: l’humanité du Christ l’a assumée en allant jusqu’au bout.
Quand nous voyons un frère souffrir, sa souffrance nous atteint. La solidarité en­tre nous nous touche, nous accuse, peut même nous rendre impuissants. Que nous détournions ou non les yeux et les oreilles de la souffrance de l’autre, nous sommes convoqués par cette souffrance, sans avoir choisi de l’être. Cette solidarité nous oblige à répondre à son appel: soit nous l’igno­rons et la refoulons, soit nous la recevons en plein visage. Le résultat est le même: nous sommes défaits, souffrants avec lui, et finalement impuissants. Coupables de ne pouvoir rien faire! Coupables de ne pas souffrir à sa place !
La souffrance du frère est chargée de reproches.

La souffrance du Christ, elle, est sans reproche.
Il souffre et il donne.

C’est la grande différence.

Ce n’est pas que sa souffrance soit autre de celle de notre frère ni qu’il ait fait semblant. Il souffre sans rien me reprocher, car il a déjà pris en lui ma cul­pabilité. Sa Passion n’est que don total, et c’est en cela qu’elle murmure à l’avance le chant de la Résurrection. C’est en cela que sa souffrance sauve. Sinon, nous se­ rions comme les victi­mes d’un chantage. « Je te tiens dans ma souffrance, tu ne peux pas faire autrement !  »

Ce n’est pas la manière du Verbe. Toutes les souffrances des hommes, tous ces émiettements dont nous souffrons nous mêmes et dont souffrent nos frères, ont été rassemblées patiemment à l’inté­rieur de son corps, à l’intérieur de chacune de ses blessures.

Chaque fois que Jésus tombe, qu’il reçoit les coups qui le mènent à la mort, il assume, il souffre, il l’offre. Il ne reproche rien: « Pardonne leur, ils ne savent ce qu’ils font. » Aujourd’hui comme hier. Ce refrain lancinant qui fonde son invincible dignité ajoute encore à l’insoutenable. Car non seulement il a pris sur lui tout ce que l’homme pouvait souffrir, mais aussi le reproche de cette souffrance.

Nous ne sommes pas une religion de la douleur, car la Passion du Christ est le dernier mot de la douleur. Quelqu’un l’a fait pour nous, définitivement. Désormais, le ciel est ouvert, et le Père accueille chacun comme un fils. Car le grand secret de la Passion, c’est le Père. Non pas qu’il vienne corriger ou aider le Fils à souffrir (pourquoi le Fils se serait il alors plaint de se sentir abandonné ?), mais il participe pleinement, en signifiant à travers son Fils le don total de l’amour qu’il éprouve. Il n’a pas d’autre moyen de nous le dire qu’en donnant son Fils, sans rien nous reprocher.

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Antisémite ?

L’accusation ne tient pas : la foule des Juifs est partagée.

Certains réclament la mort de Jésus, d’autres non. Gamaliel parmi les pharisiens, Simon de Cyrène, la famille et les amis de Jésus sont les figures du peuple juif qui ont accepté la révélation du Christ. Et la main qui tient le clou de la mise en Croix est bien celle de Mel Gibson lui-même… Les scènes contestées (fabrication de la Croix par les juifs, parole de la foule : ‘que son sang retombe sur nous et nos enfants’… Mt 27,25) ont été enlevées de la version finale.

Les soldats romains eux sont montrés capables de férocité et de brutalité animale et inutile, comme hélas une armée d’occupation ordinaire…

 

Traditionaliste ?

Mel Gibson inclut dans son récit des éléments de la tradition orale (celle du Chemin de Croix notamment) : 3 chutes, Véronique… Il fait appel au diable ; il est très marial… Mais rien de contraire à Vatican II dans cela.

Le côté ‘traditionaliste’ est plutôt dans la surexploitation de la citation d’Esaïe 53 (4° poème dit du ‘serviteur souffrant’) mise en exergue du film :

Isaïe  53,5 :
« Mais lui, il a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes.
Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison. »

Mel Gibson retient le thème sacrificiel comme clé de lecture unique de la Passion, et la dimension sanglante de ce sacrifice occulte la dimension d’offrande.

Or la Croix n’est pas d’abord la souffrance physique, mais l’identification aux pécheurs, aux maudits de Dieu. Selon la vieille malédiction juive du Deutéronome, le crucifié est comme rayé du peuple d’Abraham dont il ne peut plus se prétendre le fils :

Deutéronome 21,22-23 :
« Si l’on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l’aies pendu à un bois,  son cadavre ne passera point la nuit sur le bois; mais tu l’enterreras le jour même, car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu, et tu ne souilleras point le pays que Yahvé, ton Dieu, te donne pour héritage ».

Sur la Croix, le Béni de Dieu va faire corps avec les maudits, en partageant leur abandon loin de Dieu, pour les faire remonter avec lui lors de sa Pâques. Le ‘bon larron’ est le premier à en bénéficier (et le film est là très fidèle).

À trop exalter la souffrance physique, Mel Gibson risque de faire oublier l’essentiel : « Christ a été fait péché pour nous », selon la forte expression de St Paul (2 Co 5,21).

C’est sans doute pour cela que la Résurrection est trop rapidement et trop mal traitée dans le film : si tout se joue dans la souffrance de la Passion, alors Pâques n’est qu’une formalité. Alors que si tout se joue dans la « descente aux enfers » du Christ, Pâques est la remontée victorieuse qui donne seule tout son sens à la manière dont le Christ a vécu sa Passion.

 

Clap de fin

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Laissez-vous gagner par l’émotion tout en avançant dans ce récit cinématographique si fortement construit. Revisitez vos représentations sur le Christ, sur sa souffrance, sur la croix…

Et posez-vous la question : et moi, comment aurais-je envie de raconter la Passion du Christ ? quel film me fais-je à moi-même dans ma tête, dans mon cœur, dans ma foi pensante et agissante ?….

Patrick BRAUD

 

 

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22 mars 2016

Vendredi Saint : paroles de crucifié

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Vendredi Saint : paroles de crucifié

Cf. également :

Vendredi Saint : La vilaine mort du Christ

Vendredi Saint : les morts oubliés

Vendredi Saint : la déréliction de Marie


Homélie du Vendredi Saint / Année C
25/03/2016

 

Charles Gounod, César Franck, Joseph Haydn, Bernard Salles : tous ces compositeurs, et bien d’autres encore, ont été inspirés par les 4 récits de la Passion du Christ. Les 7 paroles du Christ en croix connaissent beaucoup de transcriptions instrumentales ou chorales.

Non, quand nous souffrons, nous nous murons souvent dans le silence. Nous avons du mal à parler. Ou bien la douleur est si lancinante qu’elle nous domine et nous réduit à n’être plus qu’un râle sans fin.

Les évangélistes nous ont transmis 7 paroles du Christ sur la croix :

  1. Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font (Lc 23,34)
  2. En vérité, je te le dis : aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis (Lc 23,43)
  3. Femme, voici ton fils. Et à Jean : Voici ta mère (Jean 19, 26-27)
  4. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? (Mc 15,34 et Mt 27,46) crié « à voix forte » en araméen Eloï, Eloï, lama sabbaqthani ? 
  5. J’ai soif (Jn 19,28)
  6. Tout est achevé (Jn 19,30)
  7. Jésus poussa un grand cri : Père, entre tes mains je remets mon esprit (Lc 23,46).

À ces 7 paroles, il faut ajouter le grand cri final, terrifiant, que Jésus pousse en Mc 15,37.

Puisque c’est la Passion selon Jean que nous lisons en ce vendredi saint, attardons-nous un instant sur les quatre paroles johanniques. À la différence des trois autres évangiles (les synoptiques), celui de Jean nous dépeint un Jésus maître de lui, presque serein. Dominant la douleur au point de penser aux autres, à sa mission, avant de « remettre l’Esprit » (19,30).

 

« Femme voici ton fils ».

« Voici ta mère ».

Redisons-le : lorsque nous sommes à l’agonie (sauf sédation), la souffrance nous centre sur nous-mêmes au point le plus souvent de ne pouvoir être autre chose qu’une plainte vrillée dans notre chair. Ici, le Christ se décentre de lui-même et pense à sa mère, au seul ami qui ne l’a pas abandonné comme les autres. Et, avant que la mort ne dissolve tous ces liens, il va les transformer pour que les vivants puissent continuer sans lui. Il arrache Marie à sa maternité physique pour lui donner une autre maternité, dont les catholiques et les orthodoxes pensent qu’elle continue toujours à s’exercer vis-à-vis de l’Église que Jean préfigurait.

J’ai connu un homme qui était atteint d’un cancer généralisé des os. Il y a 40 ans, on ne soignait pas la phase terminale comme maintenant. Sur son lit de mort, avant de partir, malgré son calvaire il s’était tourné vers sa femme en lui demandant de lui promettre de se remarier après sa mort. L’ayant entendu dire oui à travers ses larmes, il était alors parti, apaisé de savoir celle qu’il aimait libre pour continuer sa route.

Et nous, comment rendons-nous libres ceux que nous aimons pour qu’ils continuent leur route sans nous ?

Jésus lui aussi prend soin des siens avant de mourir, mais à quel prix ! Car ce faisant, il dit à Marie qu’elle n’est plus sa mère, mais celle de Jean. Abandonné des hommes, apparemment abandonné de Dieu, Jésus associe Marie à sa déréliction et lui demande de parcourir le même chemin que lui : être dépouillé de tout. Son fils la confie à un autre en lui disant que c’est bien Jean son enfant désormais.

Le grand théologien Urs von Balthasar a écrit là-dessus des lignes inoubliables :

« De même que le Fils est abandonné par le Père, il abandonne aussi sa mère, afin que tous deux soient unis dans un commun abandon.
Par là seulement Marie est intérieurement prête à assumer la maternité ecclésiale envers tous les nouveaux frères et soeurs de Jésus. »  1

Au pied de la croix, ce Vendredi-là, Marie a été conduite à partager la propre déréliction 2 de Jésus. « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46) se répercute et se transmet dans le « Femme, voici ton fils ».

Jésus entraîne sa mère à partager l’abandon qui le disloque lui-même.
La déréliction du fils devient celle de Marie, mère de Jean.

 

 

J’ai soif

Demande si fréquente. Tous ceux qui ont accompagné des mourants, des malades en phase terminale ont entendu cette demande. Les lèvres sèches, le corps tétanisé, celui qui souffre ressent la soif comme un besoin absolu qui éclipse tous les autres. Jésus, exposé au soleil de Palestine de l’après-midi (30° à 35°), après avoir été battu, fouetté, et porté la poutre de bois si lourde, Jésus a soif. Affaibli, il est réduit à quémander un peu d’eau. Lui, la « source d’eau vive », il accepte cette curieuse éponge imbibée de vinaigre dont on humecte ses lèvres par humanité.

Dieu sur la croix a besoin de l’homme pour étancher sa soif…

Les significations théologiques de ce « j’ai soif » sont très belles :

- l’hysope dont on se sert pour donner à boire à Jésus est une plante rituelle, aux feuilles chevelues, utilisée pour les aspersions rituelles (Lv 14,4 ; Ps 50,9). C’est donc un symbolisme liturgique, et même pascal, que Jean met en scène pour déchiffrer dans l’agonie du crucifié le vrai passage, la Pâque ultime de notre nature humaine.

- Jésus cite le psaume 69,22 : « ils m’ont donné du poison à manger, et pour boire, du vinaigre lorsque j’avais soif »Les psaumes mentionnent souvent la soif comme la caractéristique essentielle du croyant (Ps 69,22; 22,16). « Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant : quand le verrai-je face à face ? » (Ps 42,3)
« Dieu, c’est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau. » (Ps 62,2)

C’est de cette soif dont Jésus brûle sur la croix : voir son Père face à face…

À la différence des sagesses orientales qui ont fait de l’extinction de tout désir la source de la libération de la douleur, le Christ habite intensément la douleur de vivre en ayant soif jusqu’au bout d’être en communion avec son Père.

Et nous, quelles sont nos soifs si inextinguibles qu’elles nous habiteront jusqu’à notre dernier souffle ?

 

Tout est accompli

Juste avant d’expirer, Jésus relit sa mission, ces trois années passées en Palestine et à Jérusalem, ces 30 années à Nazareth et Capharnaüm, dans un éclair : oui tout cela avait un sens, oui une cohérence très forte se dessine à travers tout cela. Même cette mort infâme sur le bois de la croix vient finalement révéler et parachever le sens ultime de ces années : accomplir. « Je suis venu à accomplir, non pas abolir » (Mt 5,17), avait dit Jésus.

C’est d’abord l’accomplissement de l’Écriture qui est visé, comme Jean vient de le rappeler une fois encore juste avant, en 19,28 pour la parole sur la soif.

Accomplir l’Écriture, c’est ouvrir à toutes les nations l’Alliance avec Dieu dont Israël est le témoin depuis Abraham.

Accomplir l’Écriture, c’est aller chercher aux enfers ceux qui sont perdus pour les ramener dans l’amitié avec Dieu.

Accomplir l’Écriture, c’est vaincre la mort pour que chaque être humain soit rendu participant de la nature divine…

Mais Jésus n’a pas dit : « l’Écriture est accomplie ». Il est allé encore plus loin : « tout est accompli ».

Tout : même ce qui n’est pas humain, même le cosmos, la création tout entière est concernée par la vie nouvelle offerte en Christ.

Tout : nos erreurs, nos élans, nos réussites, nos passions, nos doutes, nos questions, notre passé, nos amours… Tout cela est accompli en Christ au sens où tout cela prend place dans le monde nouveau qu’inaugure la résurrection de Jésus.

Puisque tout est accompli, il n’y a rien ni personne à renier, et rien ne peut nous faire désespérer de l’amour qui vient à notre rencontre.

En remettant l’Esprit (19,30) le Fils offre à toutes choses, à tout être, d’être en communion avec l’amour infini du Père.

Contre cette communion offerte, la mort ne pourra rien, sinon nous introduire dans la plénitude trinitaire…

 

Et nous, quelle est notre passion d’accomplir, de porter chaque être et chaque chose à sa plénitude ?

 

Prenons le temps de méditer ces 4 paroles du crucifié dans l’évangile de Jean.

En silence, ou portés par la musique, laissons-les nous travailler, nous transformer, nous renouveler, nous conformer au Christ sur le bois de la croix, pour ressusciter avec lui au matin de Pâques.

 

Célébration de la Passion du Seigneur
1ère lecture : « C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé »(Is 52, 13 – 53, 12)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Mon serviteur réussira, dit le Seigneur ; il montera, il s’élèvera, il sera exalté ! La multitude avait été consternée en le voyant, car il était si défiguré qu’il ne ressemblait plus à un homme ; il n’avait plus l’apparence d’un fils d’homme. Il étonnera de même une multitude de nations ; devant lui les rois resteront bouche bée, car ils verront ce que, jamais, on ne leur avait dit, ils découvriront ce dont ils n’avaient jamais entendu parler.

Qui aurait cru ce que nous avons entendu ? Le bras puissant du Seigneur, à qui s’est-il révélé ? Devant lui, le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous.

Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. On a placé sa tombe avec les méchants, son tombeau avec les riches ; et pourtant il n’avait pas commis de violence, on ne trouvait pas de tromperie dans sa bouche. Broyé par la souffrance, il a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira.

Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin, car il s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort, et il a été compté avec les pécheurs, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les pécheurs.

Psaume : 30 (31), 2ab.6, 12, 13-14ad, 15-16, 17.25
R/ Ô Père, en tes mains je remets mon esprit. (cf. Lc 23, 46)

En toi, Seigneur, j’ai mon refuge ;
garde-moi d’être humilié pour toujours.
En tes mains je remets mon esprit ;
tu me rachètes, Seigneur, Dieu de vérité.

Je suis la risée de mes adversaires
et même de mes voisins ;
je fais peur à mes amis,
s’ils me voient dans la rue, ils me fuient.

On m’ignore comme un mort oublié,
comme une chose qu’on jette.
J’entends les calomnies de la foule :
ils s’accordent pour m’ôter la vie.

Moi, je suis sûr de toi, Seigneur,
je dis : « Tu es mon Dieu ! »
Mes jours sont dans ta main : délivre-moi
des mains hostiles qui s’acharnent.

Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ;
sauve-moi par ton amour.
Soyez forts, prenez courage,
vous tous qui espérez le Seigneur !

2ème lecture : Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons pas un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.  Le Christ, pendant les jours de sa vie dans la chair, offrit, avec un grand cri et dans les larmes, des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort, et il fut exaucé en raison de son grand respect. Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

Evangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

Acclamation :

Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur.
Pour nous, le Christ est devenu obéissant,
jusqu’à la mort, et la mort de la croix.
C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom.
Le Christ s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. 
(cf. Ph 2, 8-9)

La Passionde notre Seigneur Jésus Christ selon saint Jean

Indications pour la lecture dialoguée : les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.

L. En ce temps-là, après le repas, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron ; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples. Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis. Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes. Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils lui répondirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Il leur dit : X « C’est moi, je le suis. » L. Judas, qui le livrait, se tenait avec eux. Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre. Il leur demanda de nouveau : X « Qui cherchez-vous? » L. Ils dirent : F. « Jésus le Nazaréen. » L. Jésus répondit : X « Je vous l’ai dit : c’est moi, je le suis.Si c’est bien moi que vous cherchez,ceux-là, laissez-les partir. » L. Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite : « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés. » Or Simon-Pierre avait une épée ; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus. Jésus dit à Pierre : X « Remets ton épée au fourreau.La coupe que m’a donnée le Père,vais-je refuser de la boire ? » L. Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent. Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe, qui était grand prêtre cette année-là. Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »  Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre. Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre. Cette jeune servante dit alors à Pierre : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme ? » L. Il répondit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Les serviteurs et les gardes se tenaient là ; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer. Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement. Jésus lui répondit : X « Moi, j’ai parlé au monde ouvertement.J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple,là où tous les Juifs se réunissent,et je n’ai jamais parlé en cachette.Pourquoi m’interroges-tu?Ce que je leur ai dit, demande-leà ceux qui m’ont entendu.Eux savent ce que j’ai dit. » L. À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : A. « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » L. Jésus lui répliqua : X « Si j’ai mal parlé,montre ce que j’ai dit de mal.Mais si j’ai bien parlé,pourquoi me frappes-tu? » L. Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.  Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit : A. « N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples ? » L. Pierre le nia et dit : D. « Non, je ne le suis pas ! » L. Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista : A. « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui ? » L. Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta.  Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal. Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda : A. « Quelle accusation portez-vous contre cet homme ? » L. Ils lui répondirent : F. « S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme. » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi. » L. Les Juifs lui dirent : F. « Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort. » L. Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir. Alors Pilate rentra dans le Prétoire ; il appela Jésus et lui dit : A. « Es-tu le roi des Juifs ? » L. Jésus lui demanda : X « Dis-tu cela de toi-même,Ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet ? » L. Pilate répondit : A. « Est-ce que je suis juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi : qu’as-tu donc fait ? » L. Jésus déclara : X « Ma royauté n’est pas de ce monde ;si ma royauté était de ce monde,j’aurais des gardes qui se seraient battuspour que je ne sois pas livré aux Juifs.En fait, ma royauté n’est pas d’ici. » L. Pilate lui dit : A. « Alors, tu es roi ? » L. Jésus répondit : X « C’est toi-mêmequi dis que je suis roi.Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci :rendre témoignage à la vérité.Quiconque appartient à la véritéécoute ma voix. » L. Pilate lui dit : A. « Qu’est-ce que la vérité ? » L. Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara : A. « Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque : voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs ? » L. Alors ils répliquèrent en criant : F. « Pas lui ! Mais Barabbas ! » L. Or ce Barabbas était un bandit.  Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé. Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête ; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre. Ils s’avançaient vers lui et ils disaient : F. « Salut à toi, roi des Juifs ! » L. Et ils le giflaient.  Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit : A. « Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara : A. « Voici l’homme. » L. Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : F. « Crucifie-le! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le ; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation. » L. Ils lui répondirent : F. « Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu. » L. Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte. Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus : A. « D’où es-tu? » L. Jésus ne lui fit aucune réponse. Pilate lui dit alors : A. « Tu refuses de me parler, à moi ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier ? » L. Jésus répondit : X « Tu n’aurais aucun pouvoir sur moisi tu ne l’avais reçu d’en haut ;c’est pourquoi celui qui m’a livré à toiporte un péché plus grand. » L. Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher ; mais des Juifs se mirent à crier : F. « Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur. » L. En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade au lieu dit le Dallage – en hébreu : Gabbatha. C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs : A. « Voici votre roi. » L. Alors ils crièrent : F. « À mort ! À mort ! Crucifie-le! » L. Pilate leur dit : A. « Vais-je crucifier votre roi ? » L. Les grands prêtres répondirent : F. « Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur. » L. Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié.  Ils se saisirent de Jésus. Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha. C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix ; il était écrit : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. » Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec. Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate : F. « N’écris pas : “Roi des Juifs” ; mais : “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs.” » L. Pilate répondit : A. « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »  L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ;ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.  Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : X « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : X « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : X « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : X « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.  (Ici on fléchit le genou, et on s’arrête un instant.)  Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau. Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique ; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez. Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture : Aucun de ses os ne sera brisé. Un autre passage de l’Écriture dit encore : Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.  Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus. Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts. À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.
Patrick BRAUD

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