L'homelie du dimanche

20 août 2018

Sur quoi fonder le mariage ?

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Sur quoi fonder le mariage ?


Homélie pour le 21° dimanche du temps ordinaire / Année B
26/08/2018

Cf. également :

Voulez-vous partir vous aussi ?
La liberté de partir ou de rester
Le peuple des murmures
L’homme, la femme, et Dieu au milieu


Notre deuxième lecture (Ep 5, 21-32) est devenue presque illisible un dimanche ordinaire en paroisse. Ce texte est le pilier de la théologie du sacrement de mariage pour les catholiques, mais aucun couple ou presque n’ose plus le choisir pour leur liturgie de mariage. Car certaines expressions ne passent plus dans notre culture contemporaine : « femmes, soyez soumises à vos maris ». « Pour la femme, le mari est la tête (le chef) ». La réputation machiste de Paul vient de là, et son influence sur l’Église en est d’autant plus décriée.

« Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari. »

Comment interpréter aujourd’hui ces versets apparemment insupportables ?

Revenons d’abord au texte.

La première ‘soumission’ dont il est question n’est pas celle des femmes à leurs maris mais la soumission fraternelle de chacun envers chacun qui doit être la règle générale dans une communauté vraiment chrétienne : « soyez soumis les uns aux autres ». Tout le monde est concerné donc. Comme Paul l’écrit ailleurs : « que chacun estime l’autre comme supérieur à lui-même » (Ph 2,3). D’ailleurs, le texte grec original ne mentionne pas ce mots soumis la première fois qu’il évoque la relation homme / femme : il se contente de poser le parallèle (homme / femme) // (Christ / Église) :

Ep5,22

Les         femmes,         envers   leurs     maris   ,   comme envers le Seigneur (Ep 5,22)

Sur quoi fonder le mariage ? dans Communauté spirituelle ob_1a365c_le-corps-du-christ-2De plus, il ne s’agit pas de n’importe quelle ‘soumission’. Ce n’est pas celle d’un dominé envers un dominateur. Ce n’est pas celle de l’islam où le croyant doit obéir absolument à Dieu dont la volonté est censée être transcrite littéralement dans le Coran et la charia. Non : le modèle de cette soumission est la relation Christ / Église (« puisque l’Église se soumet le Christ ») dont Paul précise bien que c’est une relation d’amour. « Le Christ a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ». Se soumettre au Christ, c’est donc reconnaître l’amour premier dont il nous entoure, jusqu’à livrer sa vie pour chacun. C’est accepter ce don qui nous précède : nous sommes placés au-dessous (c’est ce que signifie le verbe grec employé ici : hypotássō = soumettre) du Christ en ce sens qu’il est avant nous, plus grand que nous, nous constituant comme sujets libres et aimants. Car nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre origine. Le but de cette « soumission » est que finalement Dieu soit tout en tous :

« Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous. (1Co 15,28) »

Ce que complète l’autre image employée par Paul, celle de la tête et du corps : « pour la femme, le mari est la tête » (le chef, du terme latin caput = tête, qui a donné par exemple le chapeau, couvre-chef), tout comme pour l’Église le Christ est la tête. Encore une fois, on commet un contresens si on comprend ce binôme tête (chef) / corps sans le référer au binôme Christ / Église. C’est la même qualité de relations unissant le Christ à son Église qui doit unir maris et femmes.

6.PNGOn peut sans doute reprocher à Paul d’avoir trop vite identifié terme à terme les protagonistes de cette identité relationnelle, ce que la culture de son époque jugeait évident (comme il nous est évident aujourd’hui que l’égalité est première). Or, le programme de mathématiques de la classe troisième au collège nous oblige à respecter les règles de calcul des fractions ! Dans le texte de Paul, c’est une identité de rapport, et pas une identité terme à terme. Et nous avons tous appris en algèbre que (a/b = c/d) n’implique pas que a=c ou b=d !

Christ/Église = mari/femme, mais le mari n’est pas le Christ et la femme n’est pas l’Église !

La liberté de partir ou de rester dans Communauté spirituelle mariageRedisons-le c’est une identité de relation et non pas une identité terme à terme. Autrement dit : la relation entre un homme et une femme est élevée à une intensité si grande dans le sacrement de mariage qu’elle devient un signe, un sacrement de la relation Christ – Église.

La réponse est peut-être dans la comparaison que Paul fait entre la relation mari / femme et la relation Christ / Église. « Ce mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin = sacrement) est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église ». En grec, le terme mysterion (mystère) que nous traduisons par sacrement désigne une réalité inépuisable, infinie, que seule une approche symbolique peut évoquer sans la trahir. Le mariage est sacrement de l’amour Christ / Église parce qu’il la symbolise (il la rend présent) aux yeux des hommes et la désigne comme l’horizon de tout amour humain.

Dans l’histoire, souvent l’Église a « trompé » le Christ (et elle continue…) : en s’égarant à la recherche du pouvoir politique ou financier, en enfouissant ses trésors culturels par peur de déplaire, en n’incarnant pas les valeurs évangéliques etc. Les Pères de l’Église la décrivaient comme une prostituée, capable de se vendre à ceux qui lui promettaient le plus… mais une « prostituée que le Christ ré- épouse tous les jours ».

La relation Christ – Église est réellement indissoluble, parce que sans cesse Dieu vient séduire et reconquérir l’humanité tentée par les idoles. « Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » (2Ti 2,12).

On touche là une des limites du Nouveau Testament : il contient de quoi dynamiter et révolutionner les évidences des cultures de tous pays et de tous temps, mais les auteurs n’osent pas à en tirer toutes les conséquences, notamment sociales, économiques et politiques.

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur.
Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur.
Enfants, obéissez en tout à vos parents, c’est cela qui est beau dans le Seigneur.
Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent.
Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas, non d’une obéissance tout extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais en simplicité de cœur, dans la crainte du Maître. (…)
Maîtres, accordez à vos esclaves le juste et l’équitable, sachant que, vous aussi, vous avez un Maître au ciel ». (Col 3,19-4,1)

Ainsi pour l’esclavage, que Paul n’ose pas appeler à abolir, alors que pourtant il met le ver dans le fruit en appelant à traiter les esclaves comme des frères. Ainsi pour la séparation juifs / païens, que Jésus n’ose pas abolir de son vivant (« je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » Mt 15,24) alors même qu’il la transgresse en pratique assez souvent. Il faudra la Pentecôte pour que les apôtres découvrent que l’Esprit du Christ abolit les séparations sociales antérieures. Et là, Paul est à la pointe du combat : « en Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, » (Ga 3,28).

Lapinbleu668C-Jn16_13C’est peut-être cela la promesse du Christ : « l’Esprit vous conduira vers la vérité tout entière » (Jn 16,13). Autrement dit : avec le temps, avec l’inspiration divine, vous découvrirez les conséquences (personnelles, sociales, politiques, économiques…) de l’Évangile. Car les textes seuls ne peuvent contenir la vérité tout entière.

Pour en revenir à notre lecture, l’équivalence (homme / femme) = (Christ / Église) est posée  avec force, sans que Paul en tire toutes les conséquences que nous y voyons actuellement. D’ailleurs, dans quelques siècles, on en tirera sûrement d’autres conséquences encore !

Reste que cette équivalence est posée, établissant le mariage comme un sacrement (mysterion en grec = mystère) de la relation Christ / Église.

Du coup, Paul – il n’est pas idiot ! – prend soin de développer longuement tout ce que cela implique pour le mari vis-à-vis de sa femme. Il emploie environ deux fois plus de mots pour les maris que les femmes ! Dans ce paragraphe deux fois plus long, il parle d’aimer sa femme, de se livrer pour elle, d’en prendre soin et de s’en occuper comme de son propre corps. C’est sans doute parce qu’il a bien conscience que la tâche sera deux fois plus ardue du côté des hommes que des femmes…

Qu’en conclure ?

- Paul affirme que le mariage est un sacrement (mysterion) parce qu’il symbolise la relation Christ / Église : la relation mari / femme se nourrit de la relation Christ / Église et la rend présente au milieu de nos contemporains. En voyant les gens mariés s’aimer, on devrait comprendre comment le Christ aime l’Église (et réciproquement).

- Nous ne sommes pas obligés de suivre Paul lorsqu’il identifie terme à terme les partenaires de ces deux relations, comme le faisait sa culture liée à son époque.

amour_nonpartag%C3%A9 détachement dans Communauté spirituelle- Par contre, nous devons en tirer toutes les conséquences, et pas seulement celles conformes à la culture de notre époque et de notre continent. Il y a bien sûr l’égalité fondamentale, le principe de l’amour mutuel et la symétrie des obligations dans ce que Paul dit du mariage. Mais il y a également d’autres conséquences plus ‘piquantes’ pour un occidental du XXI° siècle : le mariage ne se réduit pas au seul sentiment, il suppose une volonté de se livrer pour l’autre, inconditionnellement, ce qui implique l’indissolubilité, à l’image de l’amour du Christ pour l’Église et chacun d’entre nous.

Le texte d’Éphésiens 5 est un bon exemple du danger qu’il y a à lire un texte trop rapidement en plaquant les évidences de son siècle. Qui sait si dans mille ans les observateurs ne jugeront pas très sévèrement les relations homme / femme de nos sociétés postmodernes ? Je me souviens par exemple de la figure épouvantée d’amis africains venus pour la première fois en France. « À voir les femmes sur vos affiches, disaient-il, sur vos écrans, la publicité partout, à parler avec tant de mères célibataires galérant pour élever seules leurs enfants, à entendre la souffrance de tant de couples qui explosent en plein vol après quelques années de mariage ou de vie commune, à écouter les femmes si nombreuses qui ont connu un IVG, ne venez pas nous dire que l’avenir de la femme est chez vous ! Nous ne voulons pas de ce modèle de société individualiste engendrant plus de solitude que de couples heureux de vieillir ensemble ! »

On est toujours le ‘sauvage’ d’un autre…

Puissions-nous continuer à scruter les Écritures, pour que l’Esprit du Christ nous conduise à la vérité tout entière. Or, sur la question des relations homme / femme, notre société comme les autres a encore bien du chemin à parcourir.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu » (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les scribes ; ils se présentèrent devant Dieu. Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Psaume
(Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur affronte les méchants
pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste,
mais le Seigneur chaque fois le délivre.
Il veille sur chacun de ses os :
pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ;
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

Deuxième lecture
« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » (Ep 5, 21-32)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église. 

Évangile
« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 60-69) Alléluia. Alléluia.
Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. Jn 6, 63c.68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
Patrick BRAUD

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12 mars 2018

Grain de blé d’amour…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Grain de blé d’amour…

Homélie du 5° Dimanche de Carême / Année B
18/03/2018

Cf. également :

La corde à nœuds…
Qui veut voir un grain de blé ?
Amoris laetitia : la joie de l’amour
Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir


Léa et Paul se sont mariés en choisissant l’évangile de ce Dimanche (Jn 12, 20-26) où Jésus se compare au grain de blé jeté en terre. Et c’est vrai qu’il y a un lien entre l’aventure conjugale / familiale et celle du grain de blé.

Essayons de voir comment.

Au commencement, il y a le désir…

Désir d’une rencontre vraie : « Nous voulons voir Jésus ». Désir de la rencontre de l’autre, car entre les Grecs et les Juifs de l’époque, la différence doit être aussi radicale qu’entre Juifs et Palestiniens aujourd’hui… En choisissant cet Évangile, Léa et Paul ont placé d’emblée leur mariage sous le signe du désir de l’autre, et plus précisément de la croissance dans le désir de l’autre, croissance à la quelle Jésus nous appelle tout au long de notre existence.

Grain de blé d’amour… dans Communauté spirituelle Lapinbleu278C-Mc1_37-copie-1

La première différence, la première altérité, c’est la différence homme / femme, qui nous structure très profondément. Les fiancés croient peut-être connaître avant de se rencontrer, par leurs amitiés, leurs relations de travail etc… Mais dès qu’ils sont proches l’un de l’autre, depuis les fiançailles où cette proximité devient une promesse d’avenir, ils n’en finissent pas de découvrir combien le respect de cette différence demande du temps, de la patience, de l’écoute, du dialogue, du pardon … Au-delà des clichés trop faciles sur les soi-disant caractéristiques du féminin et du masculin, le véritable enjeu de l’identité homme / femme, c’est de sortir de soi, sortir du « même », pour aller à la rencontre de l’autre. Et d’ailleurs, cette irréductible altérité homme / femme se redouble de beaucoup d’autres différences : deux éducations familiales, deux histoires personnelles, deux caractères, Paris et la province, la Hollande et la France, la Banque et l’Éducation Nationale …

Heureuses différences qui sont le carburant de votre rencontre : « je veux voir l’autre … »

Dans la foi chrétienne, nous croyons que le visage de l’être aimé, lorsqu’il est désiré pour lui-même et non pas dans nos projections imaginaires, ce visage devient sacrement de la rencontre de Dieu. « Il est possible, à partir de l’autre relativement autre que nous voyons, de pressentir l’Autre absolument autre que nous ne voyons pas et appelons Dieu » [1]. Voilà pourquoi la recherche du visage aimé renvoie à Dieu lui-même.

À condition de rester vigilant sur son couple, pour que l’usure du temps n’émousse pas ce désir. Mais qu’au contraire, la durée permette à cette recherche amoureuse de grandir et de croître sans cesse. Il faut insister sur cette vigilance : rester en éveil, renouveler à chaque instant sa confiance et sa fidélité, raviver jour après jour la soif de la communion avec l’être aimé, se laisser étonner par ce qu’on ne finit pas de découvrir chez son mari ou sa femme, être capable de l’étonner encore, 10 ou 20 ou 50 ans après!…

Au IV° siècle, un évêque (Grégoire de Nysse) parlait déjà de cet infini du désir qui interdit de figer la course vers l’être aimé :

« Au fur et à mesure que quelqu’un progresse vers ce qui surgit toujours en avant de lui, son désir augmente lui aussi. Ainsi, à cause de la transcendance des biens qu’il découvre toujours à mesure qu’il progresse, il lui semble toujours n’être qu’au début de l’ascension. C’est pourquoi la Parole répète : ‘Lève-toi’ à celui qui est déjà levé, et : ‘Viens’ à celui qui est déjà venu. À celui qui se lève vraiment, il faudra toujours se lever. Celui qui court vers le Seigneur n’épuisera jamais la large espace pour sa course.

Ainsi celui qui monte ne s’arrête jamais, allant de commencements en commencements, par des commencements qui n’auront jamais de fin ». « Car c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer » [2]

Chasse à courre 1

« Nous voulons voir Jésus » est l’autre versant de votre propre recherche amoureuse : « je veux découvrir qui tu es, et je n’aurai jamais assez de toute ma vie pour cela ».

Ensuite, il y a le jeu de l’écho, qui amplifie et répercute ce désir de l’autre. Les Grecs le disent à Philippe, qui le dit à André, et tous les deux le transmettent à Jésus. Mais c’est déjà l’Église qui apparaît là! L’Église, comme un réseau de liens fraternels, pour que ma recherche aboutisse. Une sorte d’Internet à la puissance 10, et mieux encore, car ce sont ici des visages et pas seulement des écrans … L’Église est ce lieu où nous pouvons dire le manque qui nous habite, la soif qui nous tient, l’envie de vivre que nous creusons en la partageant avec des frères. L’Église est cette eau tendue qui soutient nos rebonds successifs dans la recherche de l’autre, jusqu’à faire ricocher jusqu’aux nuages ce galet nommé désir…

si-le-grain-ne-meurt amour dans Communauté spirituelle

Par la vie paroissiale ou par les pèlerinages, par des équipes de partage ou par la formation spirituelle et théologique, certains fiancés ont déjà expérimenté la force de ce soutien fraternel. Dans leur vie de couple et de famille, ils continueront à tisser ces liens ecclésiaux : ils les aideront à rester vigilants et confiants.

L’Évangile nous dit ensuite que la rencontre entre les Grecs et Jésus a lieu pendant la fête, c’est-à-dire la grande, l’unique fête de la Pâque. Que le mariage soit une fête, parce qu’on y rencontre l’être aimé, c’est évident. Il n’y a rien à renier de la fête humaine que le Christ a voulu assumer en prolongeant la joie de la noce, pour qu’elle dure toute la vie et pas seulement une soirée. Si le mariage est une fête, c’est surtout une fête pascale, c’est-à-dire une fête où l’amour de l’autre vous libère peu à peu de nos enfermements, de nos solitudes, une fête où la confiance en l’autre nous fait passer de la mort à la vie.

Et là, l’histoire du grain de blé que nous propose Jésus est très parlante. Se marier, c’est accepter de se laisser transformer par l’autre, pour ne plus rester seul. C’est consentir à se laisser aimer pour ne plus vivre centré sur soi. C’est accepter de se laisser faire, comme le grain de blé, pour pouvoir porter du fruit. La mort et la Résurrection est au cœur de votre amour, qui est pascal, comme cela est au cœur de l’amour du Christ, que nous célébrons dans l’eucharistie. En buvant ensemble à la même coupe, les mariés expriment la dimension pascale de la relation entre l’homme et la femme : aimer, c’est se désaltérer à la même source, boire ensemble le même calice, verser son sang, livrer sa vie. Lorsque les mariés donnent la communion eucharistique à l’assemblée, ils nous rappellent que l’Église est une communion qui se nourrit de leur amour lorsqu’ils le vivent dans l’Esprit du Christ.

Pourtant, que de résistances mettons-nous avant d’accepter de lâcher-prise ainsi sur notre propre vie ! Souvenez-vous de votre période d’apprivoisement réciproque, et de tous les décapages que ce temps de préparation vous a permis de faire. Eh oui !, le petit grain de blé était plus tranquille avant, ‘en père peinard’ dans son grenier, en tas avec les autres [3]. Un certain bonheur, qui était le vôtre quand vous étiez célibataires : un appartement, du travail, des amis, la liberté d’improviser votre emploi du temps, que demander de plus ? Et pourtant, il vous manquait quelque chose, ou plutôt quelqu’un, et ce bonheur vous semblait trop petit, un peu étroit…

calendrier blé

Un jour, on charge ce tas de grains de blé sur une charrette et on le sort dans la campagne. C’est le début de l’ouverture à l’autre, avec un petit côté excitant pas désagréable… : ça se passe bien, il y a plein de gens nouveaux à découvrir, tout en gardant sa liberté.

41rgwvtZoqL couplePuis on verse les grains sur la terre fraîchement labourée : petit frisson d’un contact plus personnel, d’une proximité avec un corps étranger à la fois inquiétant et attirant.

Puis on enfonce le grain de blé tombé en terre. Et là, le grain de blé se demande s’il n’a pas fait une grosse bêtise en se laissant conduire jusque-là. Il ne voit plus rien, il n’entend plus rien, l’humidité le transperce jusqu’au dedans de lui-même… Le grain de blé qui, par la mort inévitable, est en train d’être transformé, de devenir ce qu’il doit être, c’est-à-dire un bel épi, regrette le grenier où en effet il était très heureux, mais heureux d’un petit bonheur humain. Sa tentation est alors de faire machine arrière, de céder à la panique, de refuser de se laisser faire. C’est dommage, car c’est précisément là que Dieu agit : le Dieu qui le transforme, pour le faire passer de l’état de grain à l’état d’épi, ce qui n’est possible que par une mort à soi-même et une nouvelle naissance. Dieu veut notre croissance, et il n’y a pas de croissance sans transformation.

Figurine couple - Noce d'orLe mariage est notre Pâque, notre croissance personnelle par l’autre, grâce à l’autre. À condition d’aimer l’autre pour lui-même, tel qu’il est en vérité, et non pas pour ce qu’il me donne ou ce que je rêve de lui. Ce qui implique de savoir mourir à une certain possession de l’autre, pour naître à une attitude de service de sa croissance à lui. C’est cela la chasteté dans l’amour : c’est cette dépossession enrichissante où je renonce à utiliser l’autre pour mon bonheur, et où je commence à servir sa croissance, son épanouissement. C’est cela la dimension pascale de l’amour humain : passer du désir de l’autre – ce qui est encore trop possessif – au désir du désir de l’autre, ce qui est crucifiant, mais véritablement libérateur et fécond.

Désirer le désir de l’autre… : vous le vivez dans le couple, en renonçant à mettre la main sur le mystère de l’être aimé. Vous le vivez également comme parents, en renonçant à utiliser vos enfants pour vous-mêmes. Vous vivez ainsi à votre tour les ruptures familiales qui vous feront grandir. Quand vos propres enfants deviendront différents, ce sera votre joie de voir partir ceux que vous aurez aidé à grandir, sans les posséder jamais…

Bien sûr, sur ce chemin de croissance, il faut savoir quitter. Au début, les pertes sont visibles et conséquentes : son indépendance, ses habitudes, quelque fois sa région, ses amis, sa famille… Avec le temps, elles deviennent plus subtiles, plus difficiles : quitter ses certitudes toutes faites, son égoïsme, sa nostalgie… Mais au même moment, il vous sera donné à chaque fois de faire l’expérience de la joie et de la fécondité de cette Pâque permanente : votre couple, vos enfants, votre travail, vos engagements vous rendront féconds, avec la même efficacité que l’épi par rapport au grain de blé : 100, 1000 pour 1 ! Un tel rendement mérite bien un investissement massif et sans réserve…

Vous devinez que l’histoire du grain de blé n’est pas seulement celle du début : vous pourrez la relire encore en fêtant vos noces d’or, ce sera toujours votre histoire du moment… Puissiez-vous choisir chaque jour de vous laisser faire ainsi par la puissance de l’amour, pour notre plus grand bonheur à nous qui pourrons nous nourrir des fruits qu’ensemble vous porterez. Savourez sans cesse la croissance en épis que Dieu vous donne d’offrir à l’autre, dans et par votre amour…

 


[1]. VARILLON F., L’humilité de Dieu, Le Centurion, Paris, 1974, p. 39.

[2]. Homélies sur le Cantique des Cantiques.

[3]. Cf. VARILLON F., Joie de croire, joie de vivre, Le Centurion, Paris, 1981, p. 38s.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je conclurai une alliance nouvelle et je ne me rappellerai plus leurs péchés » (Jr 31, 31-34)

Lecture du livre du prophète Jérémie
Voici venir des jours – oracle du Seigneur –,où je conclurai avec la maison d’Israël et avec la maison de Juda une alliance nouvelle.Ce ne sera pas comme l’alliance que j’ai conclue avec leurs pères,le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Égypte :mon alliance, c’est eux qui l’ont rompue,alors que moi, j’étais leur maîtreoracle du Seigneur.
Mais voici quelle sera l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël quand ces jours-là seront passésoracle du Seigneur.Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ;je l’inscrirai sur leur cœur.Je serai leur Dieu,et ils seront mon peuple.Ils n’auront plus à instruire chacun son compagnon,ni chacun son frère en disant :« Apprends à connaître le Seigneur ! » Car tous me connaîtront,des plus petits jusqu’aux plus grandsoracle du Seigneur.Je pardonnerai leurs fautes,je ne me rappellerai plus leurs péchés.

PSAUME(50 (51), 3-4, 12-13, 14-15)
R/ Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu. (50, 12a)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Aux pécheurs, j’enseignerai tes chemins ;
vers toi, reviendront les égarés.

DEUXIÈME LECTURE
« Il a appris l’obéissance et est devenu la cause du salut éternel » (He 5, 7-9)

Lecture de la lettre aux Hébreux
Le Christ,pendant les jours de sa vie dans la chair,offrit, avec un grand cri et dans les larmes,des prières et des supplications à Dieu qui pouvait le sauver de la mort,et il fut exaucé en raison de son grand respect.Bien qu’il soit le Fils,il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection,il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.

ÉVANGILE
« Si le grain de blé tombé en terre meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 20-33)
Gloire à toi, Seigneur,gloire à toi.
Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive,dit le Seigneur ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur.
Gloire à toi, Seigneur,gloire à toi. (Jn 12, 26)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là,il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.Ils abordèrent Philippe,qui était de Bethsaïde en Galilée,et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. » Philippe va le dire à André,et tous deux vont le dire à Jésus. Alors Jésus leur déclare :« L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ;mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir,qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.
Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ?Père, sauve-moi de cette heure” ?Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait :« Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. » En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient :« C’est un ange qui lui a parlé. » Mais Jésus leur répondit :« Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous. Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. » Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.
Patrick BRAUD

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18 mai 2016

L’Esprit, vérité graduelle

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L’Esprit, vérité graduelle

 

Homélie pour la fête de la Trinité / Année C
22/05/2016

Cf. également :

Trinité : Distinguer pour mieux unir

Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

Les bonheurs de Sophie

Trinité : au commencement est la relation

La Trinité en actes : le geste de paix

La Trinité et nous

Pensez-vous être parvenu à la plénitude de votre vie de couple ?
Êtes-vous à 100 % cohérent avec vos principes de vie ?
Avez-vous atteint le sommet de votre vie professionnelle, si bien qu’il n’y ait plus rien à découvrir ?

Le départ du Ressuscité et l’envoi concomitant de l’Esprit répondent à ce constat inévitable : nous sommes toujours en chemin, jamais arrivés au terme. « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. » (Jn 16, 12-13)

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C’est donc qu’il y a des choses que nous n’avons pas la force de porter aujourd’hui, mais peut-être demain, avec la force de l’Esprit. C’est donc que nous habitons une région de la vérité, mais pas la vérité tout entière. Il nous faut accepter d’être conduits – pas d’y aller par nous-mêmes – par l’Esprit vers la vérité tout entière.

Qui serait alors si fanatique qu’il prétendait détenir seul la vérité, et toute la vérité ?

Qui serait assez fou pour ne pas reconnaître le chemin qu’il a encore à parcourir, guidé par l’Esprit, pour aller vers une plénitude de vérité que seule la mort nous donnera de rencontrer en personne ?

Dans la foulée de Pentecôte, le Christ avertit ses disciples qu’ils sont en chemin, qu’ils ne doivent jamais se croire arrivés au but. Ce chemin n’est ni l’erreur ni la vérité absolue, ni les ténèbres ni la pure clarté, mais cet entre-deux où le discernement spirituel tâche de reconnaître les formes de l’éternité dans les événements de nos vies. Entre chiens et loups, nous avançons, événement après événement, en déchiffrant une part de vérité, en restant aveugles sur bien d’autres…

Afficher l'image d'origineC’est ce que la théologie morale appelle la loi de gradualité : la vérité révélée en Jésus Christ ne se communique pas en une seule fois, ni totalement. Nous allons certes vers la vérité, mais graduellement, marche après marche, avec des progrès parfois spectaculaires et des régressions qui peuvent l’être tout autant.

La meilleure définition de cette loi de gradualité a été formulée par Jean-Paul II, à propos des époux dans le mariage, mais cela vaut pour tout parcours humain :
[…] Il faut une conversion continuelle, permanente, qui, tout en exigeant de se détacher intérieurement de tout mal et d’adhérer au bien dans sa plénitude, se traduit concrètement en une démarche conduisant toujours plus loin. Ainsi se développe un processus dynamique qui va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle et sociale de l’homme. C’est pourquoi un cheminement pédagogique de croissance est nécessaire pour que les fidèles, les familles et les peuples, et même la civilisation, à partir de ce qu’ils ont déjà reçu du mystère du Christ, soient patiemment conduits plus loin, jusqu’à une conscience plus riche et à une intégration plus pleine de ce mystère dans leur vie.
Familiaris Consortio n° 9, Jean-Paul II, 1981

Autrement dit, on ne peut pas tout demander tout de suite à ceux qui viennent de se marier. Il leur faudra beaucoup de joies et de peines partagées, beaucoup d’essais et d’erreurs pour grandir ensemble vers la vérité de leur amour. Même après 50 ou 70 ans de vie commune, ils n’auront jamais fini d’explorer la grandeur, la profondeur de leur relation, jusqu’à ce que la mort les sépare, et même après !

Le Pape François reprenait ce concept pour demander à l’Église d’accompagner avec patience et délicatesse les jeunes couples qui commencent souvent par cohabiter (en Occident), sans renoncer pour autant à leur proposer l’intégralité de l’idéal évangélique :

Dans ce sens, saint Jean-Paul II proposait ce qu’on appelle la ‘‘loi de gradualité’’, conscient que l’être humain « connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance ». Ce n’est pas une ‘‘gradualité de la loi’’, mais une gradualité dans l’accomplissement prudent des actes libres de la part de sujets qui ne sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. En effet, la loi est aussi un don de Dieu qui indique le chemin, un don pour tous sans exception qu’on peut vivre par la force de la grâce, même si chaque être humain « va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle et sociale de l’homme ».
Amoris Laetitia n° 295, 2016

Ce cheminement pédagogique de croissance ne vaut pas que pour le mariage. Le Directoire Général pour la Catéchèse prend bien soin d’évoquer la pédagogie des étapes qui doit animer la proposition de la foi :

88. La foi, animée par la grâce de Dieu et alimentée par l’action de l’Église, connaît un processus de maturation. La catéchèse, au service de cette croissance, est une activité graduelle. Une catéchèse opportune se fait par degrés. […]
89. Ces étapes, pleines de la sagesse de la grande tradition catéchuménale, inspirent la gradualité de la catéchèse. […]
Celle-ci, comme accompagnement du processus de conversion, est essentiellement graduelle; et, étant au service de celui qui a décidé de suivre Jésus-Christ, elle est éminemment christocentrique.

Afficher l'image d'origineD’ailleurs, le catéchuménat des adultes est lui-même structuré autour de cette pédagogie de la progressivité :

287 Cette gradualité se perçoit aussi dans les noms que l’Église utilise pour désigner ceux qui suivent les diverses étapes du catéchuménat baptismal : « sympathisant », pour celui qui a un penchant pour la foi même s’il ne croit pas pleinement; « catéchumène » pour celui qui est fermement décidé à suivre Jésus; « élu », ou « concourant » pour celui qui est appelé à recevoir le baptême; « néophyte », pour celui qui vient de naître à la lumière grâce au baptême; « fidèle chrétien », pour celui qui atteint la maturité de la foi et qui est membre actif de la communauté chrétienne.
Directoire Général pour la Catéchèse / JP II / 15 Août 1997

« On ne naît pas chrétien, on le devient » : à cette maxime si juste de Tertullien, on pourrait rajouter qu’on le devient sans cesse, rencontre après rencontre, de sécheresse en illumination, de période de foi tranquille aux remises en question orageuses…

Comment dès lors désespérer d’un conjoint, d’un enfant, d’un collègue, sous prétexte qu’il ne serait pas encore arrivé assez haut selon votre attente ?

Comment désespérer de soi-même, puisque je suis également sur ce chemin, guidé par l’Esprit – à travers heurts, bonheurs et malheurs – vers la vérité tout entière ?

Les intransigeants sont ceux qui se croient déjà arrivés, ceux qui croient posséder la vérité. Les religieux extrémistes, quel que soit leur bannière, commettre un réel péché contre l’Esprit ! Ils figent ce qui est vivant, ils objectivent ce qui est de l’ordre de la relation, ils imposent aux autres leur part de vérité sans se laisser conduire plus avant eux-mêmes.

Pour nous conduire vers la vérité, l’Esprit du Christ fait feu de tout bois. Tantôt patiemment, imperceptiblement, comme à feu doux. Tantôt avec violence, renversant Paul sur la route de Damas ou faisant pleurer Claudel écoutant le Magnificat derrière les piliers de Notre-Dame de Paris…

Le plus difficile pour nous est de nous laisser conduire. Pierre on a fait l’expérience, lui qui croyait être l’apôtre de Jérusalem, mais qui a planté l’Eglise de Rome en mourant dans le cirque Romain du Vatican. « Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller » (Jn 21,18).

Se laisser conduire vers la vérité tout entière est donc un cheminement graduel, une ascension col après col, une croisière port après port.

La gradualité nourrit notre humilité, car qui peut se dire déjà arrivé ?

La gradualité ravive en même temps notre désir, car il y a toujours à découvrir.

Que ce soit au premier emploi ou au départ en retraite, la vie professionnelle est également placée sous le signe de cette loi de la gradualité. Sans être une trajectoire linéaire, tout parcours professionnel peut devenir un « cheminement pédagogique de croissance », pour en découvrir toujours davantage sur l’être humain, sur la grandeur et la misère du travail humain, sur l’intelligence qui produit, la solidarité qui unit, l’amour d’un métier, la compétence dans un domaine puis un autre…

À y réfléchir, il n’y a pas un aspect de notre existence qui serait hors gradualité ! Même la politique, avec ses renouvellements réguliers des formes de gouvernement et de participation des peuples, est sur le chemin d’une vérité plus grande que nos seules formes démocratiques occidentales.

Découvrir la puissance de transformation qui réside dans le principe de gradualité nous invite à ne jamais absolutiser ce que nous avons seulement commencé à découvrir de la vérité d’un être, d’un métier, d’une entreprise, d’une société.

Car en christianisme, la vérité n’est pas un système de pensée, mais une personne.

La foi chrétienne n’est pas une doctrine, mais une relation de communion avec Jésus le Christ.

Ce n’est pas un ensemble de choses à croire ou à faire, mais un compagnonnage avec Celui qui est déjà sur l’autre rive, guidés par son Esprit qui devient peu à peu notre souffle, notre respiration.

Il y a bien des révélations que nous n’avons pas la force de porter aujourd’hui. Comme le plongeur remontant à la surface, il nous faut des paliers de décompression, et bien des étapes avant d’émerger enfin totalement hors de l’océan.

Afficher l'image d'origineSoyons donc humbles et patients, avec les autres et avec nous-mêmes, car le chemin n’est pas fini. Et l’Esprit de réserve bien des surprises !

Prions l’Esprit du Christ de nous guider pas à pas « vers la vérité tout entière »

 

 

1ère lecture : La Sagesse a été conçue avant l’apparition de la terre (Pr 8, 22-31)
Lecture du livre des Proverbes

Écoutez ce que déclare la Sagesse de Dieu : « Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée, avant que le Seigneur n’ait fait la terre et l’espace, les éléments primitifs du monde. Quand il établissait les cieux, j’étais là, quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme, qu’il amassait les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, quand il imposait à la mer ses limites, si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre, quand il établissait les fondements de la terre. Et moi, je grandissais à ses côtés.
Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Psaume : Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9

R/ Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par toute la terre ! (Ps 8, 2)

À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?

Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
le couronnant de gloire et d’honneur ;
tu l’établis sur les œuvres de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds.

Les troupeaux de bœufs et de brebis,
et même les bêtes sauvages,
les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

2ème lecture : Vers Dieu par le Christ dans l’amour répandu par l’Esprit (Rm 5, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

Evangile : « Tout ce que possède le Père est à moi ; l’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient !
Alléluia. (Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick BRAUD

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20 avril 2016

Amoris laetitia : la joie de l’amour

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Amoris laetitia : la joie de l’amour

 

Homélie du 5° dimanche de Pâques / Année C
24/04/16

Cf. également :

Persévérer dans l’épreuve

Comme des manchots?

Dieu est un trou noir

 

Aimez-vous les uns les autres

« Aimez-vous les uns les autres » est devenu à juste titre le slogan-clé de la foi chrétienne. À tel point qu’on peut dire sans caricaturer que le christianisme est d’abord la religion de l’amour, alors que le judaïsme est la religion de l’éthique et l’islam de l’obéissance.

Cette caractérisation par l’amour mutuel s’enracine notamment dans notre passage de Jn 13, 31-35. Seul hic ! : on omet souvent la deuxième partie de la phrase : « aimez-vous les uns les autres… comme je vous ai aimé ». Si on ne rapporte pas l’amour aux paroles et aux actes du Christ, on risque de canoniser chacun notre propre conception de l’amour, oubliant ainsi la dimension de conversion nécessaire pour arriver à aimer vraiment.

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L’amour est une révélation

En écoutant Jésus supplicié pardonner à ses bourreaux et prier pour eux, on devine l’ampleur de l’amour des ennemis auxquels nous sommes appelés.

En voyant Jésus enfant rester au Temple de Jérusalem sans ses parents, ou Jésus adulte dire « femme » à sa mère, on se dit que l’amour envers nos parents n’est peut-être pas ce que l’on nous en dit.

À s’étonner de la familiarité de ce prophète avec les mal-aimés et les pécheurs publics de son époque, on pressent que l’amour de l’autre devrait chambouler les barrières sociales.

À suivre ce jeune homme célibataire dans sa liberté envers les femmes, dans son accueil inconditionnel des exclus, dans sa compassion envers les estropiés de la vie en tout genre, mais aussi dans son amitié avec des riches, des puissants et des savants, on a presque honte de brandir le drapeau de l’amour mutuel pour un petit cercle de quelques personnes seulement…

Décidément, ce que nous appelons aimer n’est pas si naturel que cela, mais relève davantage d’une révélation que d’une évidence.

Il y a quelques années, Benoît XVI avait longuement et profondément médité sur l’amour divin, à la source de tout amour (dans son encyclique « Deus est caritas »). Il avait rappelé la distinction entre l’amour-amitié (philia en grec), l’amour-passion (eros) et l’amour-charité (agapê) en qui tout culmine.

Il y a quelques semaines, le pape François vient de livrer sa propre méditation sur l’amour humain, suite au synode des évêques sur la famille qui a duré deux ans. En voici quelques extraits qui permettent de voir la continuité entre les deux papes, et l’approfondissement de cette phrase : « aimez-vous les uns les autres » en ce qui concerne le couple et la famille.

 

Amoris laetitia

Afficher l'image d'origine·     Bien sûr, le pape François réaffirme la famille comme premier lieu d’expérimentation de l’amour humain :

La force de la famille « réside essentiellement dans sa capacité d’aimer et d’enseigner à aimer. Aussi blessée soit-elle, une famille pourra toujours grandir en s’appuyant sur l’amour ». (n° 53)

 

·     C’est un amour concret, qui doit se traduire en actes, sinon ce n’est qu’un sentiment qui sonne creux, « un airain qui résonne ou une cymbale qui retentit » comme l’écrit Paul dans son magnifique hymne à l’amour (agapê) en 1Co 13,1-8) :

Dans tout le texte, on voit que Paul veut insister sur le fait que l’amour n’est pas seulement un sentiment, mais qu’il doit se comprendre dans le sens du verbe ‘‘aimer’’ en hébreu : c’est ‘‘faire le bien’’. Comme disait saint Ignace de Loyola, « l’amour doit se mettre plus dans les œuvres que dans les paroles ». Il peut montrer ainsi toute sa fécondité, et il nous permet d’expérimenter le bonheur de donner, la noblesse et la grandeur de se donner pleinement, sans mesurer, gratuitement, pour le seul plaisir de donner et de servir. (n° 94)

 

·     L’amour commence par la politesse de tous les jours, cette amabilité toute simple qui facilite les rapports sociaux :

Aimer c’est aussi être aimable, et là, l’expression asxemonéi prend sens. Elle veut indiquer que l’amour n’œuvre pas avec rudesse, il n’agit pas de manière discourtoise, il n’est pas dur dans les relations. Ses manières, ses mots, ses gestes sont agréables et non pas rugueux ni rigides. Il déteste faire souffrir les autres. La courtoisie « est une école de délicatesse et de gratuité » qui exige « qu’on cultive son esprit et ses sens, qu’on apprenne à sentir, qu’on parle, qu’on se taise à certains moments ». Être aimable n’est pas un style que le chrétien peut choisir ou rejeter : cela fait partie des exigences indispensables de l’amour. (n° 99)

 

·     L’amour de soi est l’une des dimensions de l’amour évangélique :

Une certaine priorité de l’amour de soi-même peut se comprendre seulement comme une condition psychologique, en tant que celui qui est incapable de s’aimer soi-même rencontre des difficultés pour aimer les autres : « Celui qui est dur pour soi-même, pour qui serait-il bon ? […] Il n’y a pas homme plus cruel que celui qui se torture soi-même » (Si 14, 5-6). (n° 101)

C’est sans doute encore plus vrai dans le couple : chacun risque de faire payer à l’autre ce qu’il ne supporte pas chez lui-même, ou ce qu’il n’a pas apaisé dans son histoire personnelle. Ainsi ceux qui ne savent pas exprimer leurs sentiments deviendront durs avec leurs proches ; ceux qui n’ont pas résolu les conflits avec leurs parents les reporteront sur leurs conjoints ou leurs enfants ; ceux qui n’aiment pas leur corps le livreront difficilement à leur conjoint etc.

 

·     L’amour véritable ne cherche pas un bénéfice en retour de (même s’il sait l’accueillir comme un cadeau lorsqu’il vient). Il aime, pour rien, sans raison, sans chercher à être aimé en retour :

Thomas d’Aquin a expliqué « qu’il convient davantage à la charité d’aimer que d’être aimée » et que, de fait, « les mères, chez qui se rencontre le plus grand amour, cherchent plus à aimer qu’à être aimées ». C’est pourquoi l’amour peut aller au-delà de la justice et déborder gratuitement, « sans rien attendre en retour » (Lc 6, 35), jusqu’à atteindre l’amour plus grand qui est « donner sa vie » pour les autres (Jn 15, 13). (n° 102)

Le pape François aurait pu citer ici la prière de son saint patron d’Assise :

[…] O Seigneur, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer. […]

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·     Le sommet de l’amour est sans doute de l’offrir à ceux qui vous veulent du mal, à ceux qui sont vos ennemis. Et là, le pape catholique n’hésite pas à citer longuement le pasteur protestant Martin Luther King :

Cela me rappelle ces paroles de Martin Luther King, quand il refaisait le choix de l’amour fraternel même au milieu des pires persécutions et humiliations : « Celui qui te hait le plus a quelque chose de bon en lui ; même la nation qui te hait le plus a quelque chose de bon en elle ; même la race qui te hait le plus a quelque chose de bon en elle. Et lorsque tu arrives au stade où tu peux regarder le visage de chaque homme et y voir ce que la religion appelle ‘‘l’image de Dieu’’, tu commences à l’aimer en dépit de [tout]. Peu importe ce qu’il fait, tu vois en lui l’image de Dieu. Il y a un aspect de la bonté dont tu ne peux jamais te défaire […]. Voici une autre façon d’aimer ton ennemi : lorsque tu as l’occasion d’infliger une défaite à ton ennemi, 90 c’est le moment de ne pas le faire […]. Lorsque tu élèves le niveau de l’amour, de sa grande beauté et de sa puissance, tu cherches à vaincre uniquement les mauvais systèmes. Les individus qui sont pris dans ce système, tu les aimes, mais tu cherches à vaincre le système […]. Haine contre haine ne fait qu’intensifier l’existence de la haine et du mal dans l’univers. Si je te frappe et tu me frappes et je te frappe en retour et tu me frappes encore et ainsi de suite, tu vois, cela se poursuit à l’infini. Évidemment, ça ne finit jamais. Quelque part, quelqu’un doit avoir un peu de bon sens, et c’est celui-là qui est fort. Le fort, c’est celui qui peut rompre l’engrenage de la haine, l’engrenage du mal […]. Quelqu’un doit être assez religieux et assez sage pour le rompre et injecter dans la structure même de l’univers cet élément fort et puissant qu’est l’amour ». (n° 118)

Martin Luther King

·     François n’a pas peur, au contraire, d’évoquer la dimension érotique de l’amour chrétien que Benoît XVI avait déjà fondé dans l’Éros de Dieu pour l’homme. Il y consacre trois numéros (150-152) où il décrit la valeur spirituelle de l’érotisme dans le couple, « langage interpersonnel où l’autre est pris au sérieux, avec sa valeur sacrée et inviolable » :

Dieu lui-même a créé la sexualité qui est un don merveilleux fait à ses créatures. Lorsqu’on l’entretient et qu’on évite sa déviance, c’est pour empêcher que ne se produise l’« appauvrissement d’une valeur authentique »

Dans ce contexte, l’érotisme apparaît comme une manifestation spécifiquement humaine de la sexualité. On peut y trouver « la signification conjugale du corps et l’authentique dignité du don ». Dans ses catéchèses sur la théologie du corps humain, saint Jean-Paul II enseigne que la corporalité sexuée « est non seulement une source de fécondité et de procréation » mais qu’elle comprend « la capacité d’exprimer l’amour : cet amour dans lequel précisément l’homme-personne devient don ». L’érotisme le plus sain, même s’il est lié à une recherche du plaisir, suppose l’émerveillement, et pour cette raison il peut humaniser les pulsions.

Par conséquent, nous ne pouvons considérer en aucune façon la dimension érotique de l’amour comme un mal permis ou comme un poids à tolérer pour le bien de la famille, mais comme un don de Dieu qui embellit la rencontre des époux. Étant une passion sublimée par un amour qui admire la dignité de l’autre, elle conduit à être « une pleine et authentique affirmation de l’amour » qui nous montre de quelle merveille est capable le cœur humain, et ainsi pour un moment, « on sent que l’existence humaine a été un succès ». (nos 150-152)

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·     Terminons par le titre de ce texte du pape : la joie de l’amour (Amoris laetitia).

Belle affirmation, directement tirée de l’évangile de Jean là encore : « je vous ai dit cela pour ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie » (Jn 15,11).

 

Relisez l’ensemble de ce document pour mesurer à nouveau combien la joie et l’amour sont liés…

 

1ère lecture : « Ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux » (Ac 14, 21b-27)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Paul et Barnabé, retournèrent à Lystres, à Iconium et à Antioche de Pisidie ; ils affermissaient le courage des disciples ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, en disant : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. » Ils désignèrent des Anciens pour chacune de leurs Églises et, après avoir prié et jeûné, ils confièrent au Seigneur ces hommes qui avaient mis leur foi en lui. Ils traversèrent la Pisidie et se rendirent en Pamphylie. Après avoir annoncé la Parole aux gens de Pergé, ils descendirent au port d’Attalia, et s’embarquèrent pour Antioche de Syrie, d’où ils étaient partis ; c’est là qu’ils avaient été remis à la grâce de Dieu pour l’œuvre qu’ils avaient accomplie. Une fois arrivés, ayant réuni l’Église, ils rapportèrent tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux nations la porte de la foi.

Psaume : Ps 144 (145), 8-9, 10-11, 12-13ab

R/ Mon Dieu, mon Roi,
je bénirai ton nom toujours et à jamais !
ou : Alléluia. (Ps 144, 1)

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses œuvres.

Que tes œuvres, Seigneur, te rendent grâce
et que tes fidèles te bénissent !
Ils diront la gloire de ton règne,
ils parleront de tes exploits.

Ils annonceront aux hommes tes exploits,
la gloire et l’éclat de ton règne :
ton règne, un règne éternel,
ton empire, pour les âges des âges.

2ème lecture : « Il essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 21, 1-5a)
Lecture de l’Apocalypse de saint Jean

Moi, Jean, j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre s’en étaient allés et, de mer, il n’y en a plus. Et la Ville sainte, la Jérusalem nouvelle, je l’ai vue qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu, prête pour les noces, comme une épouse parée pour son mari. Et j’entendis une voix forte qui venait du Trône. Elle disait : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ; il demeurera avec eux, et ils seront ses peuples, et lui-même, Dieu avec eux, sera leur Dieu. Il essuiera toute larme de leurs yeux, et la mort ne sera plus, et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur : ce qui était en premier s’en est allé. » Alors celui qui siégeait sur le Trône déclara : « Voici que je fais toutes choses nouvelles. »

Evangile : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres » (Jn 13, 31-33a.34-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Je vous donne un commandement nouveau, dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. »
Alléluia. (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera ; et il le glorifiera bientôt. Petits enfants, c’est pour peu de temps encore que je suis avec vous. Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. »
Patrick BRAUD

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