L'homelie du dimanche

29 novembre 2020

Justice et Paix s’embrassent

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Justice et Paix s’embrassent

 Homélie pour le 2° Dimanche de l’Avent / Année B
06/12/2020

Cf. également :

Réinterpréter Jean-Baptiste
Consolez, consolez mon peuple !
Devenir des précurseurs
Maintenant, je commence
Crier dans le désert
Le Verbe et la voix
Res et sacramentum
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?
Dieu est un chauffeur de taxi brousse
Le polythéisme des valeurs

Le Psaume 84 de ce dimanche nous invite à unir l’amour et la vérité, la justice et la paix. Deux fiancés avaient choisi ce psaume pour leur mariage. L’homélie de la célébration explore pourquoi :

·  Deux moines s’apprêtaient à traverser une rivière à gué. Une belle jeune femme les rejoignit. Elle aussi devait passer sur l’autre rive, mais la violence du courant l’effrayait. Un des moines la charge sur ses épaules et la déposa de l’autre côté. Son compagnon n’avait pas desserré les dents. Il fulminait : un moine n’était pas autorisé à toucher une femme, et voici que celui-là en portait sur ses épaules !
Des heures plus tard, en arrivant en vue du monastère, le moine puritain annonça :
- je vais informer le père abbé de ce qui s’est passé. Ce que tu as fait est interdit.
Le moine secourable s’étonna :
- de quoi parles-tu ? qu’est-ce qui est interdit ?
- as-tu oublié ce que tu as fait ? s’indigna l’autre. Tu as porté une belle jeune femme sur tes épaules !
- ah oui, bien sûr, se souvint le premier en riant. Il y a belle lurette que je l’ai laissée au bord de la rivière. Mais toi, est-elle toujours dans tes pensées ?

Justice et Paix s’embrassent dans Communauté spirituelle

Lequel des 2 moines a respecté cette femme davantage ?

· Tel est un peu le message chrétien : traverser ensemble les rivières de l’existence, juché sur les épaules l’un de l’autre, alternativement, sans que jamais cela ne devienne une possession ou une domination.

Tu n’es pas moine Kevin - çà se saurait ! - ni toi Sarah, mais vous êtes aujourd’hui confiés l’un à l’autre, pour poursuivre votre histoire, dans le respect mutuel, dans l’entraide, le soutien réciproque.
Depuis 5 ans que vous vous êtes retrouvés – et chaque année la fête de la musique  ravivera pour vous la mémoire de ces premiers moments – vous avez déjà construit une vie commune, une orientation professionnelle au service des plus jeunes.
Votre couple vous a mûri, le dialogue vous a permis de surmonter les tensions et les malentendus qui font partie de la vie ordinaire à deux.

Est-ce à dire que vous êtes fin prêts et que vous êtes sûrs de vous ?
Il n’y aurait pas besoin alors de venir se marier devant Dieu et devant l’Église !
Non, je crois qu’au contraire vous percevez qu’il y a dans le mariage chrétien un réservoir inépuisable de courage, une source intarissable d’énergie, pour que ce que vous avez commencé à bâtir puisse durer et se fortifier.

On ne le répétera jamais assez :
on ne se marie pas à l’église seulement parce qu’on s’aime, mais aussi pour s’aimer davantage, pour s’aimer dans la durée, pour s’aimer dans la vérité.

·      C’est ce qui m’a frappé dans votre préparation au mariage : votre souci de ne jamais séparer amour et vérité.

Mensonge dans le couple (Le)- Être vrai l’un devant l’autre, sur son passé familial, sur ses émotions, ses désirs profonds, chercher la vérité sans la posséder jamais. À l’image du couple du Cantique des cantiques : escalader des montagnes – et Dieu sait qu’il y a des routes dures à grimper dans le mariage ! – franchir les collines, accourir vers l’autre, le désirer, susciter son propre désir : « Lève toi mon amie, ma toute belle, ne reste pas blottie dans tes peurs, dans les pièges de ton histoire, parle-moi, montre-moi ton vrai visage ! » (Cantique des cantiques)

La Bible a toujours vu dans le jeu du désir entre l’homme et la femme le signe, le sacrement du désir entre l’humanité et Dieu. Saint Augustin disait cela d’une façon originale, qui s’applique aussi bien à la quête spirituelle qu’à la quête amoureuse : « le chercher avec le désir de le trouver et le trouver avec le désir de le chercher encore ».

- Être vrai dans l’amour engendre alors ce respect, cette juste distance que chantait Khalil Gibran :
« soyez ensemble, mais sachez demeurer seuls ; grandissez ensemble mais pas dans l’ombre l’un de l’autre. »
Seul le temps permet de conjuguer ainsi amour et vérité ; sans la durée, l’amour se réduit au sentiment amoureux, à l’illusion de l’émotion.
Lorsque des gens mariés trompent leur conjoint, c’est souvent qu’ils se sont trompés sur eux-mêmes, qu’ils avaient oublié ou négligé leur vérité intérieure, ou plus précisément la recherche de cette vérité. Seules les années qui passent permettent de purifier la relation pour la rendre plus humaine, plus réelle, plus vraie, dans la miséricorde et la tendresse envers soi-même comme envers l’autre.

- Être vrai l’un devant l’autre : vous y tenez fortement et c’est un de vos atouts à développer.
Je  suis également témoin que vous voulez être vrais devant l’Église et devant Dieu.
En reconnaissant que Dieu est pour vous à l’heure actuelle plus une question qu’un compagnon.
En laissant ouverte cette interrogation et du coup le questionnement que cela peut provoquer.
En redécouvrant l’Église, au-delà des images de l’enfance, comme une amie sur la route, respectueuse de votre liberté.
En devinant que vos enfants viendront vous pousser plus loin  encore dans votre quête, lorsqu’il faudra leur transmettre les valeurs, les savoirs que vous jugerez bons pour eux.
En accueillant encore les événements, dans les larmes ou l’enthousiasme, pour y déchiffrer une possibilité de progresser en humanité.

 

·      « Amour et vérité se rencontrent » prophétisait le psaume en parlant de la venue du Messie.
Faites venir le Messie en mariant l’amour et la vérité dans votre vie de couple et de famille !
L’amour sans la vérité devient vite la règle du subjectif, de l’illusion, des sincérités successives.
La vérité sans l’amour dégénère en idéologie et en dogmatisme.

Votre métier d’éducateur et d’enseignant vous invite à éviter ces deux pièges dans votre vie professionnelle. Puisse votre mariage dans cette église vous aider à les éviter dans votre relation de mari et femme ! 

Kevin, à toi maintenant de prendre Sarah sur tes épaules, pour lui faire traverser le gué – et de même Sarah pour ton mari – en sachant déposer l’autre à terre dès qu’il peut, en acceptant d’être porté un jour à son tour.

Soyez pour nous des signes vivants, des sacrements d’un Dieu qui n’a jamais fini de chercher avec passion, « car c’est là proprement voir Dieu que de n’être jamais rassasié de le désirer sans cesse » (Grégoire de Nysse IV° siècle).

 

Au-delà de cette célébration de mariage, la réflexion doit continuer sur la nécessaire tension entre la justice et la paix :

 

Ne pas réduire la justice à la domination du plus fort, ni la paix l’absence de conflits

Selon le Psaume 84 : « Amour et vérité se rencontrent, Justice et Paix s’embrassent. »
Justice & PaixRappelez-vous : la France et l’Allemagne étaient soi-disant en paix en 1918. Mais le traité de Versailles était si injuste que ce sentiment d’injustice favorisera la progression nazie dès les années 30…

Rappelez-vous : l’Amérique n’était pas en guerre dans les années 60, mais les lois raciales étaient si injustes qu’elles auraient pu déchaîner la violence entre Noirs et Blancs, si Martin Luther King et le mouvement des Droits civiques n’avaient pas puisé dans la Bible le courage de conjuguer la paix et la justice.

Regardez les récentes élections aux USA : comment être en paix lorsque les Républicains ont le sentiment de s’être fait voler le succès de Trump, ou lorsque les Démocrates ont le sentiment que Biden est injustement attaqué sur les votes par correspondance ? Quelle réconciliation si la justice n’est pas clairement manifestée et acceptée par tous ?

Pour la Bible, c’est clair : c’est la justice et la paix, jamais l’une sans l’autre, que ce soit entre les peuples, entre innocents et coupables, dans une entreprise ou dans un couple.

« Amour et vérité se rencontrent. Justice et Paix s’embrassent… »

« La loi d’amour de l’Évangile n’invite pas les hommes à se résigner à l’injustice. Elle les appelle, au contraire, à une action efficace pour la vaincre dans ses racines spirituelles comme dans les structures où elle prolifère. C’est une fausse théologie de l’amour qui est invoquée par ceux qui voudraient camoufler les situations conflictuelles, prôner des attitudes de collaboration dans la confusion, en minimisant la réalité des antagonismes collectifs de tous genres. » (Les évêques de France, Pour une pratique chrétienne de la politique, Lourdes 1977)

Mais c’est de Dieu que nous recevons, d’une paix juste, ou d’une justice paisible.
C’est du Christ que nous recevons la force de faire la paix, même avec des gens que nous aimons peu, avec qui on a eu des problèmes, peut-être même faire la paix avec des adversaires.

« L’Eucharistie est-elle possible entre adversaires ?
Nelson Mandela nouvellement élu président de l'Afrique du Sud serrant la main de son prédécesseur, F.W. de Klerk, au Cap, en 1994.
Quand l’Eucharistie sera réalisée dans de telles communautés, par des adversaires, voire des ennemis, elle témoignera, à leurs propres yeux et aux yeux de tous, de l’unité essentielle et impossible. Certes, à transcender trop rapidement, pour communier ensemble, les oppositions et les irréductibilités de l’existence politique, on risque de donner l’impression de ne pas prendre au sérieux cette existence. Mais, à l’inverse, refuser de communier ensemble, c’est sous-estimer l’impact, ici et maintenant, sur l’existence politique, de la communion eucharistique pour renvoyer sa réalisation à la fin des temps.

La célébration de l’unité engage à vouloir, et donc à chercher, sa réalisation sur le terrain politique. Mais le rassemblement plural qui la conditionne démontre qu’elle ne peut être attendue que d’une grâce qui n’est pas de la terre. Ce serait une ignoble comédie de se désintéresser de l’avènement de ce qu’on célèbre symboliquement, mais ce serait une affreuse détresse de ne pouvoir jamais, entre militants opposés, affirmer ensemble à la face du monde, dans un moment de fête, qu’arrivera le terme final où les ennemis se mueront en compagnons, où les adversaires se reconnaîtront frères. » (ibid.)


Tel est
le geste de paix que nous échangeons avant de communier : non pas parce que nous sommes déjà en paix, mais pour le devenir.

Non pas notre paix, mais la paix du Christ qui nous vient de lui, devant, qui nous vient de l’avenir.
Nous nous souhaitons la paix du Christ, shalom Messiah : ce n’est pas un geste sentimental, c’est le désir d’anticiper la paix promise. C’est la volonté de mettre en œuvre une harmonie que je n’arrive pas à réaliser tout seul.
Voilà pourquoi on peut souhaiter la paix à son conjoint avec lequel on est pourtant en peine crise.
Voilà pourquoi un syndicaliste et un patron peuvent accomplir ce geste sans trahir leurs convictions ni d’être hypocrites.
Voilà pourquoi nous avons besoin de venir à la messe : nous n’arriverons pas à faire la paix si nous ne la recevons pas d’un Autre qui est plus grand que nous.


Le Christ, lui, est notre paix.
Il dirige vers nous la paix comme un fleuve.
Que la paix du Christ coule entre nous comme un fleuve, dans notre maison, dans notre cœur.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Préparez le chemin du Seigneur » (Is 40, 1-5.9-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Consolez, consolez mon peuple, – dit votre Dieu – parlez au cœur de Jérusalem. Proclamez que son service est accompli, que son crime est expié, qu’elle a reçu de la main du Seigneur le double pour toutes ses fautes. Une voix proclame : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ; tracez droit, dans les terres arides, une route pour notre Dieu. Que tout ravin soit comblé, toute montagne et toute colline abaissées ! que les escarpements se changent en plaine, et les sommets, en large vallée ! Alors se révélera la gloire du Seigneur, et tout être de chair verra que la bouche du Seigneur a parlé. »
Monte sur une haute montagne, toi qui portes la bonne nouvelle à Sion. Élève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle à Jérusalem. Élève la voix, ne crains pas. Dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! » Voici le Seigneur Dieu ! Il vient avec puissance ; son bras lui soumet tout. Voici le fruit de son travail avec lui, et devant lui, son ouvrage. Comme un berger, il fait paître son troupeau : son bras rassemble les agneaux, il les porte sur son cœur, il mène les brebis qui allaitent.

 

PSAUME
(84 (85), 9ab.10, 11-12, 13-14)
R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour,et donne-nous ton salut.  (84, 8)

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ?
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple et ses fidèles.
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Ce que nous attendons, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle » (2 P 3, 8-14)

Lecture de la deuxième lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, il est une chose qui ne doit pas vous échapper : pour le Seigneur, un seul jour est comme mille ans, et mille ans sont comme un seul jour. Le Seigneur ne tarde pas à tenir sa promesse, alors que certains prétendent qu’il a du retard. Au contraire, il prend patience envers vous, car il ne veut pas en laisser quelques-uns se perdre, mais il veut que tous parviennent à la conversion. Cependant le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. C’est pourquoi, bien-aimés, en attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix.

 

ÉVANGILE
« Rendez droits les sentiers du Seigneur » (Mc 1, 1-8)
Alléluia. Alléluia. Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers : tout être vivant verra le salut de Dieu. Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Commencement de l’Évangile de Jésus, Christ, Fils de Dieu. Il est écrit dans Isaïe, le prophète : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi,pour ouvrir ton chemin.Voix de celui qui crie dans le désert :Préparez le chemin du Seigneur,rendez droits ses sentiers. Alors Jean, celui qui baptisait, parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.
Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain, en reconnaissant publiquement leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi ; je ne suis pas digne de m’abaisser pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »
Patrick BRAUD

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18 octobre 2020

Simplifier, aimer, unir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Simplifier, aimer, unir

Homélie pour le 30° Dimanche du temps ordinaire / Année A
25/10/2020

Cf. également :

La bourse et la vie
Le cognac de la foi
L’amour du prochain et le « care »
Suis-je le vigneron de mon frère ?
Conjuguer le verbe aimer à l’impératif

Un ami diacre m’a fait parvenir son homélie pour le mariage d’un couple qui avait choisi l’évangile de ce dimanche (Mt 22, 34-40) pour la célébration. Lui est protestant, elle catholique. L’application au mariage des paroles du Christ sur le triple amour mérite une petite méditation cette semaine… La voici.

 

J’entends trois appels dans cet évangile que vous avez choisi : 3 appels qui rejoignent aussi les discussions que nous avons eues dans la préparation de votre mariage. tous ces mois remplis d’amitié et de confiance, où votre couple a pu grâce au dialogue entre vous deux se préparer à accueillir le don qui vous est fait aujourd’hui.

Les trois appels de cet évangile pour moi tournent autour de 3 verbes :

 

1) SIMPLIFIER

Le premier appel, c’est un appel à simplifier.
Simplifier beaucoup de choses dans notre vie.

On pose la question à Jésus : « quel est le plus grand commandement ? »
les-613-commandements
Vous savez sans doute que pour être juif, il faut respecter 613 commandements à la lettre, et ceci de manière pointilleuse, voire scrupuleuse, au point que çà peut en devenir obsessionnel. Et voilà que Jésus simplifie : au lieu de 613 commandements, il va en donner 2 qui n’en font qu’un.

Je crois que c’est une habitude profondément sage : nous sommes appelés, vous êtes appelés à simplifier votre vie.
Simplifiez d’abord votre relation de couple.
C’est à dire : allez à l’essentiel de ce qui vous unit, ne vous laissez pas arrêter par ce qui est secondaire, parce ce qui n’est finalement que détail.

Simplifier votre relation de couple, cela peut vouloir dire aussi avoir le courage de mener une vie simple, de refuser une vie qui serait trop superficielle ou trop mondaine où les facilités financières vous entraîneraient à être loin de vous-mêmes.
Avoir le goût des choses simples et ensemble goûter le bonheur simple que Dieu vous donne d’être à deux.
Cela veut dire aussi simplifier votre relation à Dieu. La foi chrétienne n’est pas compliquée, elle est très simple. Il s’agit de faire confiance ; lorsqu’on aime quelqu’un, au point de lui donner sa vie dans le mariage, c’est la même chose avec Dieu : on peut lui faire confiance et lui remettre sa vie.

Simplifiez votre relation à Dieu pour qu’elle devienne profonde, moins intellectuelle et plus existentielle, plus personnelle.
Simplifiez aussi – et aidez-nous en cela ! – les relations entre nos Églises.
Quelquefois, entre les Églises, on se perd dans des détails historiques ou des controverses de points virgules ou de points d’exclamation…
Soyez pour nous un tissu conjonctif entre nos deux Églises, où vous nous redites que l’essentiel c’est d’aimer, ou plutôt l’essentiel c’est de se laisser aimer par quelqu’un de plus grand que nous.
Nous avons besoin d’avoir des « couples mixtes » comme l’on dit dans notre jargon, pour qu’entre les Églises pentecôtiste et catholique, et aussi les autres Églises protestantes nous sachions revenir à l’essentiel et simplifier la foi autour de ce qu’il y a de plus fondamental : le Christ, mort et ressuscité, qui nous aime et qui nous ouvre un chemin de vie.

Voilà le premier appel qui pourra résonner en vous dans les années qui viennent.

Simplifiez, ne vous laissez pas envahir par ce qui est secondaire, restez attachés à ce qu’il y a de plus important… : cela demande un grand discernement, quand on est comme vous au début de sa vie de couple, mais aussi après, quand on a 40 ans voire 60 ans et plus !
Savoir discerner ce qui est le plus important pour savoir faire des choix de couple : choix professionnels, choix de maison, choix d’engagements sociaux ou ecclésiaux…
Gardez au cœur cet appel du Christ qui passe de 613 à 2, c’est dire qui simplifie la Foi.

 

2) « TU AIMERAS »

BanskyLe second appel contenu dans ce texte, c’est l’appel du Christ à l’impératif : « Tu aimeras ».
Ce n’est pas : « si tu ressens quelque chose pour l’autre, alors oui, aime-le ! »
Ce n’est pas : « écoute ton cœur battre, suis ton cœur qui bat et tu verras bien où il t’emmènera ».
C’est l’impératif qui va jusqu’à dire : « choisis d’aimer, aie en toi la volonté d’aimer »,  et d’aimer l’autre même lorsqu’il ne sera plus aimable…

Car il y a des moments – interrogez les vieux couples – où le conjoint n’est pas toujours aimable ! Il y a des moments où le conjoint fait souffrir. Il y a des moments où le sentiment seul ne suffit pas, où le sentiment sera peut être un peu loin…..
C’est inévitable sur 50 ans, 60 ans de vie commune, et c’est ce qui vous attend, et même plus, avec l’espérance de vie qui augmente !

Aimer, c’est d’abord vouloir aimer ; à la manière du Christ : vouloir aimer.
Le sentiment est utile mais il ne suffit pas pour construire une vie à deux. Il faut s’appuyer sur un projet, une construction. Peut-être faut-il avoir la même rigueur dans l’amour que celle que vous avez dans votre profession. Pour construire un projet, il faut régulièrement s’appuyer sur des bases solides et objectives sur lesquelles on peut revenir.

Relisez votre déclaration d’intention : il y a dedans des bases objectives qui vous seront utiles plus tard.
Tu aimeras… : et cela ira même jusqu’à aimer ses ennemis : preuve que le sentiment n’est pas l’amour…

 

3) UNIR TROIS AMOURS EN UN SEUL

sculpture en noeud de trèfle, université de FlensburgLe troisième appel qui est contenu dans ce texte, c’est l’appel à unir trois Amours en un seul.
Les 3 amours dont parle le Christ, vous les avez entendus :
« – Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
- Tu aimeras ton prochain … comme toi-même ».
C’est donc qu’il y a dans l’ordre : l’amour de Dieu, l’amour de soi et l’amour du prochain.
Les deux premiers sont peut être les plus importants car c’est ceux que l’on oublie lorsqu’on se marie. On croit qu’on se marie parce qu’on aime l’autre. Je vous l’ai souvent dit : on se marie surtout pour aimer l’autre, pour l’aimer mieux, pour l’aimer davantage. Pourquoi ? Parce qu’il y a d’abord l’ouverture à l’amour de Dieu lui-même, l’ouverture à cet amour infini qui dilate en nous notre capacité de nous laisser aimer par quelqu’un plus grand que nous et qui est à la source de tous nos amours humains, de toutes nos amitiés humaines. Sans lui, comment aimer ceux qui ne sont pas aimables ?

« Tu aimeras ton Seigneur ton Dieu ». Vous avez cette chance – car je crois que c’est une chance – de partager dans votre couple cet amour de Dieu, cette recherche de Dieu, ce désir de Dieu. C’est une chance car il y a beaucoup de couples où un seul membre a soif de cette recherche.

Quel bonheur, quelle joie, mais aussi quelle force de vous tourner à deux vers celui qui est plus grand que vous et de laisser entre vous, un ami, un compagnon, un sauveur sur votre route !

S’ouvrir à l’infini de Dieu : voilà pourquoi le premier amour est l’amour de Dieu lui-même. Il conditionne quelque part les autres. Il est la fondation de tous les autres amours et de manière paradoxale du second amour qui vient dans l’évangile : c’est l’amour de soi. Plus je laisse Dieu m’aimer, plus je suis réconcilié avec moi-même. Plus je peux m’accepter moi-même en vérité.

Vous avez déjà fait cette expérience dans votre couple. Lorsqu’on est aimé par quelqu’un, on commence à pouvoir être en paix avec son passé, avec les blessures de son histoire personnelle, avec les blessures de son histoire familiale (et qui d’entre nous n’en a pas ?). Mais aussi grâce aux grandes rencontres, aux grandes joies, aux grands témoins qui ont balisé notre route.

Être en paix avec soi-même, s’aimer soi-même grâce à l’amour que Dieu, nous porte.

Il est illusoire de croire que l’on peut aimer son conjoint si l’on ne peut pas s’aimer soi-même. Vous le savez bien beaucoup de couples se divisent et se séparent parce qu’ils n’ont pas résolu leurs propres questions personnelles. Ils croyaient utiliser l’autre pour mieux trouver la paix ; et puis l’instrumentalisation de l’autre débouche tôt ou tard sur une déception ou sur une désillusion. Seule la réconciliation avec soi-même permet d’aimer l’autre en vérité, en le laissant être lui-même. Ce travail n’est pas fini avec la célébration du mariage, il débute. Vous serez soutenus par l’amour de Dieu et l’amour de l’autre.

 

Conjuguer le verbe aimer à l'impératif dans Communauté spirituelle Lapinbleu323C-Dt6_51Et enfin bien sûr, ces deux amours convergent vers l’amour du prochain. Et le plus proche pour vous Kevin c’est Chloé, et pour Chloé c’est Kevin.
Aimer son prochain surtout quand il n’est pas aimable.
Aimer son prochain jusqu’au pardon.
Aimer son prochain comme Dieu aime ; et Dieu est sans doute le plus court chemin pour aller vers l’autre.
Aimer à la manière du Christ et nous allons le signifier dans l’eucharistie…
Lui, Il verse son sang pour l’autre ; Lui, il livre son corps pour l’autre.
Vous êtes appelés vous aussi à verser votre sang, à livrer votre corps pour que l’autre vive, pour que l’autre ait en plénitude la joie promise par le Christ.

Simplifiez votre vie, osez conjuguer le verbe aimer à l’impératif et unissez les trois amours : Amour de Dieu, Amour de Soi, Amour de l’Autre.
Que ce sacrement du mariage vous emmène très loin tous les deux. Afin que nous puissions dans quelques années fêter vos noces d’argent et si possible vos noces d’or et bien au-delà…

Devenez au milieu de nous, les témoins de ce que :
- la communion est possible entre deux êtres.
- la communion est possible entre nos deux Églises
- la communion c’est Dieu lui-même qui se donne, dans le respect de la différence et en même temps dans la proximité, pour devenir aussi inséparables que ces oiseaux qu’on ne peut acquérir que par deux.

Puissiez-vous devenir vous ainsi des signes de cet amour finalement trinitaire : être unis tout en respectant les différences.
C’est ce que Dieu vit en lui-même : le Père uni au Fils, dans le baiser commun qui est l’Esprit.

Puissions-nous avec vous allez boire à la source de cet amour dont vous devenez pour nous aujourd’hui les signes vivants, pour toujours.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Si tu accables la veuve et l’orphelin, ma colère s’enflammera » (Ex 22, 20-26)

Lecture du livre de l’Exode

Ainsi parle le Seigneur : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »

PSAUME
(Ps 17 (18), 2-3, 4.20, 47.51ab)
R/ Je t’aime, Seigneur, ma force. (Ps 17, 2a)

Je t’aime, Seigneur, ma force :
Seigneur, mon roc, ma forteresse,
Dieu mon libérateur, le rocher qui m’abrite,
mon bouclier, mon fort, mon arme de victoire !

Louange à Dieu ! Quand je fais appel au Seigneur,
je suis sauvé de tous mes ennemis.
Lui m’a dégagé, mis au large,
il m’a libéré, car il m’aime.

Vive le Seigneur ! Béni soit mon Rocher !
Qu’il triomphe, le Dieu de ma victoire !
Il donne à son roi de grandes victoires,
il se montre fidèle à son messie.

DEUXIÈME LECTURE
« Vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles afin de servir Dieu et d’attendre son Fils » (1 Th 1, 5c-10)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, vous savez comment nous nous sommes comportés chez vous pour votre bien. Et vous-mêmes, en fait, vous nous avez imités, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole au milieu de bien des épreuves, avec la joie de l’Esprit Saint. Ainsi vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de Grèce. Et ce n’est pas seulement en Macédoine et en Grèce qu’à partir de chez vous la parole du Seigneur a retenti, mais la nouvelle de votre foi en Dieu s’est si bien répandue partout que nous n’avons pas besoin d’en parler. En effet, les gens racontent, à notre sujet, l’accueil que nous avons reçu chez vous ; ils disent comment vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles, afin de servir le Dieu vivant et véritable, et afin d’attendre des cieux son Fils qu’il a ressuscité d’entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère qui vient.

ÉVANGILE
« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, et ton prochain comme toi-même » (Mt 22, 34-40)
Alléluia. Alléluia.Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, les pharisiens, apprenant que Jésus avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent, et l’un d’entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l’épreuve : « Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? » Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieude tout ton cœur,de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et le second lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépend toute la Loi, ainsi que les Prophètes. »
Patrick BRAUD

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3 novembre 2019

D’Amazonie monte une clameur

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

D’Amazonie monte une clameur

Homélie du 32° dimanche du Temps Ordinaire / Année C
10/11/2019

Cf. également :

Mourir pour une côtelette ?
Aimer Dieu comme on aime une vache ?
N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?
Sur quoi fonder le mariage ?

document préparatoire synode Amazonie spiritualités païennes anticolonialismeAmazonie, Allemagne : de ces deux immenses régions du monde - l’une par sa taille, l’autre par son poids historique et économique - monte une immense clameur qui retentit jusqu’à Rome : donnez-nous la possibilité d’ordonner des hommes mariés et de confier des ministères ordonnés à des femmes ! Le synode de l’Amazonie qui s’est conclu au Vatican les 26 et 27 octobre dernier a remis au pape François cette demande express (avec d’autres demandes concernant l’écologie, la déforestation, les inégalités sociales etc.) : « établir des critères et des dispositions par l’autorité compétente, d’ordonner des prêtres appropriés et reconnus de la communauté qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate pour le sacerdoce, pouvant avoir une famille légitimement constituée et stable, pour soutenir la vie de la communauté chrétienne par la prédication de la Parole et la célébration des sacrements dans les zones les plus reculées de la région amazonienne ». Ce Document final a recueilli 128 voix pour et 40 contre.

L’une des raisons de ce vote est la dispersion géographique des communautés chrétiennes dans l’immense territoire amazonien : beaucoup ne voient un prêtre qu’une fois par an, de passage. Sauf à dire que le ministère ordonné n’est pas essentiel à la croissance d’une communauté chrétienne, on voit mal comment cette situation pourrait durer sans compromettre l’avenir de cette Église particulière. D’autant que - et c’est la deuxième raison - la concurrence des évangéliques se fait pressante. Ils pourraient devenir majoritaires en quelques décennies si rien n’est décidé.

En Allemagne, c’est le départ massif des catholiques qui inquiète, suite notamment aux scandales sexuels. En 2018, 216078 catholiques ont quitté l’Église. Ordonner des hommes mariés est un enjeu de santé affective pour le clergé selon les Allemands. La place des femmes dans l’animation et la vitalité des paroisses/aumôneries etc. est si importantes que l’opinion publique ne comprend plus qu’elles soient exclues des ministères et donc des prises de décision au plus haut niveau de l’Église. Ordonner des femmes diacres serait pour une majorité d’Allemands une juste réponse à la légitime aspiration à l’égalité hommes/femmes.

À vrai dire, il n’y a pas que l’Amazonie et l’Allemagne pour désirer une réforme des ministères ordonnés et du gouvernement de l’Église…

La dispute de Jésus avec les Sadducéens en ce dimanche peut nous aider à réfléchir sur cette brûlante question d’actualité. Bien sûr la pointe de cette controverse porte sur la résurrection des morts. Mais au passage, nous en apprenons beaucoup sur le statut conjugal et son avenir en Dieu. En nous appuyant sur ce texte, développons un raisonnement en trois temps : le mariage dit l’intensité de l’amour divin ; le célibat annonce l’universalité de cet amour ; les ministères ordonnés ont donc besoin des deux.

 

1. Le mariage dit l’intensité de l’amour divin.

page_le_mariageDe la création du monde au Cantique des cantiques, l’alliance homme/femme s’enracine dans la communion d’amour trinitaire. C’est ensemble et diiférents que l’homme et la femme sont « à l’image de Dieu », l’Unique et le Tout-Autre (d’où d’ailleurs la réticence biblique envers l’homosexualité qui ne peut porter cette symbolique d’altérité). Parce qu’ils sont différents et pourtant appelés à s’unir, l’homme et la femme dans le mariage disent quelque chose de cette intensité de relation qui unit le Père au Fils dans l’Esprit. Saint Paul élèvera cette union au rang de mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin), c’est-à-dire de symbole désignant et rendant présent l’amour qui unit le Christ à son Église :

« C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne seront qu’une seule chair. Ce mystère est grand : moi, je déclare qu’il concerne le Christ et l’Église » (Ep 5,31-32).

L’incarnation de l’amour divin dans le couple est si forte qu’elle débouche naturellement sur la fécondité. Être ensemble à l’image de Dieu se traduit naturellement par cette générosité divine de donner la vie. D’où la loi du lévirat (Dt 25, 5-10) que les Sadducéens utilisent fort habilement dans l’Évangile de ce dimanche pour tendre un piège à Jésus. Laisser la femme de son frère sans enfant après son veuvage serait un affront, une humiliation, reléguant la veuve à une grande précarité matérielle et sociale. Le frère se devait donc autrefois d’assurer une descendance à la femme du défunt. Après sept tentatives infructueuses, le piège est alors en place : à la résurrection des morts, de qui cette femme sera-t-elle l’épouse puisqu’elle a eu les sept comme mari ? La réponse de Jésus est très claire : 

« Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. »

Autrement dit, le mariage est pour ici-bas. Le mariage est un sacrement de l’amour divin qui s’arrête avec la mort, ou plutôt qui sera transfiguré à travers la mort. Il ne peut donc être absolutisé. Il a besoin de l’autre état de vie - le célibat - pour signifier la plénitude de l’amour. Car la limite de l’amour humain est de devoir privilégier une relation (et une seule à la fois de préférence !) pour atteindre cette intensité. Or l’amour divin ne se limite pas à un seul peuple, ni au roi seul, ni même aux seuls juifs ou chrétiens. Il faut donc qu’une autre manière d’aimer signifie cette ouverture à tous que le mariage ne peut porter.

 

2. Le célibat annonce l’universalité de l’amour divin.

Le Célibat religieuxViendra un temps où il n’y aura plus besoin de privilégier une relation pour aimer.

Pour annoncer le monde de la résurrection, certain(e)s restent célibataires, afin de témoigner de notre espérance en un monde où « Dieu sera tout en tous » (1Co 15,28). Le célibat de Jésus - anormal pour un juif d’une trentaine d’années, rabbin de surcroît - puise ses racines dans son espérance en la résurrection. Signe eschatologique, le célibat conteste la prétention du mariage à épuiser la réalité de l’amour par sa conjugalité et sa fécondité. Il annonce un monde où il n’est plus besoin d’exclure pour aimer, d’engendrer pour survivre. D’ici là, le mariage symbolise la puissance de l’amour trinitaire, et lutte contre l’extinction de la famille humaine à travers l’engendrement de ses enfants.

Mariage et célibat ont besoin l’un de l’autre : le premier atteint une telle intensité – corporelle surtout - qu’il rend présent le feu de l’amour divin ; le second atteint une telle universalité qu’il empêche le lien amoureux de s’enclore sur lui-même. Le célibat annonce un monde où l’intensité de toutes les relations sera élevée à l’intensité amoureuse, et même mille fois au-delà !

 

3. Les ministères ordonnés ont besoin des deux.

Quelle est la finalité des ministères ? C’est d’ordonner l’Église au Christ, collectivement et personnellement. C’est-à-dire de permettre à l’épouse (l’Église) d’être unie à l’Époux (le Christ) comme le corps à sa tête, selon une équation du type :

diacres/prêtres/évêques  Ξ     Christ

assemblée (ekklèsia)                Église

pere yuriy et sa famille petit

C’est un rapport d’équivalence et non d’identité : les ministres ne sont pas le Christ (ni d’autres christs) mais permettent à l’assemblée (dont ils font partie) de s’éprouver comme unie au Christ. Comme ce lien est d’amour, les ministres mariés signifient l’intensité de cette communion (dans le lien mariage/eucharistie par exemple), alors que les ministres célibataires rappellent l’universalité de ce lien, et la nécessaire ouverture à tous (catholicité) de l’assemblée.

Les orthodoxes ont gardé la tradition la plus ancienne : clergé marié et clergé célibataire coexistent (non sans tension parfois) depuis 2000 ans. Les protestants ont abandonné la sacramentalité du ministère pour en faire une simple fonction ; c’est pourquoi ils ont moins de mal à instituer des pasteurs mariés, des femmes pasteurs ou diaconesses. Si l’Église catholique franchissait le pas d’ordonner prêtres des hommes mariés/célibataires, et diaconesse des femmes mariées/célibataires, ce ne serait finalement que le retour à la tradition la plus ancienne, que l’Occident a infléchi au Moyen Âge pour des raisons essentiellement économiques (les problèmes liés à l’héritage des clercs !) mais pas de manière irréversible. D’ailleurs, les prêtres mariés des Églises catholiques de rite oriental (maronites, melkites etc. au Liban et ailleurs) en témoignent avec noblesse depuis toujours.

En outre, ce serait une autre manière d’annoncer le monde de la résurrection cher à Jésus. Car, comme le rappelle saint Paul : « en Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni l’homme ni la femme » (Ga 3,28). Ces distinctions sont pour un temps seulement ; elles seront abolies dans le monde à venir. Anticiper cette espérance en conjuguant mariage/célibat, masculin/féminin au sein de tous les ministères serait un témoignage très fort rendu à la résurrection !

 

4. Pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim…

Un dernier argument pour l’ordination d’hommes (et de femmes) mariés pourrait venir… du Concile de Trente ! En effet, ce concile au XVI° siècle a réaffirmé la célébration en latin (et non en langue vernaculaire) pour l’Occident - à l’exception notable des Églises ayant déjà l’autorisation de célébrer en langue locale - . Pourtant, il a introduit l’obligation pour les prêtres d’expliquer fréquemment en langue locale au cours de la messe et même de prononcer l’homélie en cette langue. L’argument était le besoin des fidèles de se nourrir des paroles de la messe et de ses lectures bibliques :

Bien que la messe contienne un grand enseignement pour le peuple fidèle, il n’a pas cependant paru bon aux pères qu’elle soit célébrée çà et là en langue vulgaire. C’est pourquoi, tout en gardant partout le rite antique propre à chaque Église et approuvé par la sainte Église romaine, Mère et maîtresse de toutes les Églises, pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim et que les petits ne demandent pas du pain et que personne ne leur en donne (Lm 4,4), le saint concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge d’âme de donner quelques explications fréquemment, pendant la célébration des messes, par eux-mêmes ou par d’autres, à partir des textes lus à la messe, et, entre autres, d’éclairer le mystère de ce sacrifice, surtout les dimanches et les jours de fête. (Concile de Trente, 22° session, ch8 n° 1749&1759)

Ce même argument vaut pour l’Amazonie aujourd’hui : pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim, pour que les communautés ne demandent le pain eucharistique sans que personne leur en donne, il est urgent d’ordonner des prêtres parmi les hommes mariés de ces communautés, afin qu’elles puissent baptiser, se nourrir de l’eucharistie et assumer leur croissance numérique et spirituelle.

D’Amazonie monte une clameur dans Communauté spirituelle

Le pape François donnera sa réponse vers Noël ou au printemps 2020 : prions pour qu’il entende la clameur qui monte des fidèles d’Amazonie, d’Allemagne et d’ailleurs, avant qu’ils ne se détournent de l’Église catholique, engendrant une déforestation ecclésiale dramatique…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M 7, 1-2.9-14)

Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël

En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

 

PSAUME
(Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15)

R/ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, 15b)

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi,
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

 

DEUXIÈME LECTURE

« Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 16 – 3, 5)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien. Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

 

ÉVANGILE

« Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants » (Lc 20, 27-38)
Alléluia. Alléluia.Jésus Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Alléluia. (Ap 1, 5a.6b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurten laissant une épouse mais pas d’enfant,il doit épouser la veuvepour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »
Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Patrick BRAUD

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20 août 2018

Sur quoi fonder le mariage ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Sur quoi fonder le mariage ?


Homélie pour le 21° dimanche du temps ordinaire / Année B
26/08/2018

Cf. également :

Voulez-vous partir vous aussi ?
La liberté de partir ou de rester
Le peuple des murmures
L’homme, la femme, et Dieu au milieu


Notre deuxième lecture (Ep 5, 21-32) est devenue presque illisible un dimanche ordinaire en paroisse. Ce texte est le pilier de la théologie du sacrement de mariage pour les catholiques, mais aucun couple ou presque n’ose plus le choisir pour leur liturgie de mariage. Car certaines expressions ne passent plus dans notre culture contemporaine : « femmes, soyez soumises à vos maris ». « Pour la femme, le mari est la tête (le chef) ». La réputation machiste de Paul vient de là, et son influence sur l’Église en est d’autant plus décriée.

« Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari. »

Comment interpréter aujourd’hui ces versets apparemment insupportables ?

Revenons d’abord au texte.

La première ‘soumission’ dont il est question n’est pas celle des femmes à leurs maris mais la soumission fraternelle de chacun envers chacun qui doit être la règle générale dans une communauté vraiment chrétienne : « soyez soumis les uns aux autres ». Tout le monde est concerné donc. Comme Paul l’écrit ailleurs : « que chacun estime l’autre comme supérieur à lui-même » (Ph 2,3). D’ailleurs, le texte grec original ne mentionne pas ce mots soumis la première fois qu’il évoque la relation homme / femme : il se contente de poser le parallèle (homme / femme) // (Christ / Église) :

Ep5,22

Les         femmes,         envers   leurs     maris   ,   comme envers le Seigneur (Ep 5,22)

Sur quoi fonder le mariage ? dans Communauté spirituelle ob_1a365c_le-corps-du-christ-2De plus, il ne s’agit pas de n’importe quelle ‘soumission’. Ce n’est pas celle d’un dominé envers un dominateur. Ce n’est pas celle de l’islam où le croyant doit obéir absolument à Dieu dont la volonté est censée être transcrite littéralement dans le Coran et la charia. Non : le modèle de cette soumission est la relation Christ / Église (« puisque l’Église se soumet le Christ ») dont Paul précise bien que c’est une relation d’amour. « Le Christ a aimé l’Église, il s’est livré pour elle ». Se soumettre au Christ, c’est donc reconnaître l’amour premier dont il nous entoure, jusqu’à livrer sa vie pour chacun. C’est accepter ce don qui nous précède : nous sommes placés au-dessous (c’est ce que signifie le verbe grec employé ici : hypotássō = soumettre) du Christ en ce sens qu’il est avant nous, plus grand que nous, nous constituant comme sujets libres et aimants. Car nous ne sommes pas à nous-mêmes notre propre origine. Le but de cette « soumission » est que finalement Dieu soit tout en tous :

« Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même sera soumis à celui qui lui a soumis toutes choses, afin que Dieu soit tout en tous. (1Co 15,28) »

Ce que complète l’autre image employée par Paul, celle de la tête et du corps : « pour la femme, le mari est la tête » (le chef, du terme latin caput = tête, qui a donné par exemple le chapeau, couvre-chef), tout comme pour l’Église le Christ est la tête. Encore une fois, on commet un contresens si on comprend ce binôme tête (chef) / corps sans le référer au binôme Christ / Église. C’est la même qualité de relations unissant le Christ à son Église qui doit unir maris et femmes.

6.PNGOn peut sans doute reprocher à Paul d’avoir trop vite identifié terme à terme les protagonistes de cette identité relationnelle, ce que la culture de son époque jugeait évident (comme il nous est évident aujourd’hui que l’égalité est première). Or, le programme de mathématiques de la classe troisième au collège nous oblige à respecter les règles de calcul des fractions ! Dans le texte de Paul, c’est une identité de rapport, et pas une identité terme à terme. Et nous avons tous appris en algèbre que (a/b = c/d) n’implique pas que a=c ou b=d !

Christ/Église = mari/femme, mais le mari n’est pas le Christ et la femme n’est pas l’Église !

La liberté de partir ou de rester dans Communauté spirituelle mariageRedisons-le c’est une identité de relation et non pas une identité terme à terme. Autrement dit : la relation entre un homme et une femme est élevée à une intensité si grande dans le sacrement de mariage qu’elle devient un signe, un sacrement de la relation Christ – Église.

La réponse est peut-être dans la comparaison que Paul fait entre la relation mari / femme et la relation Christ / Église. « Ce mystère (mysterion en grec = sacramentum en latin = sacrement) est grand : je le dis en pensant au Christ et à l’Église ». En grec, le terme mysterion (mystère) que nous traduisons par sacrement désigne une réalité inépuisable, infinie, que seule une approche symbolique peut évoquer sans la trahir. Le mariage est sacrement de l’amour Christ / Église parce qu’il la symbolise (il la rend présent) aux yeux des hommes et la désigne comme l’horizon de tout amour humain.

Dans l’histoire, souvent l’Église a « trompé » le Christ (et elle continue…) : en s’égarant à la recherche du pouvoir politique ou financier, en enfouissant ses trésors culturels par peur de déplaire, en n’incarnant pas les valeurs évangéliques etc. Les Pères de l’Église la décrivaient comme une prostituée, capable de se vendre à ceux qui lui promettaient le plus… mais une « prostituée que le Christ ré- épouse tous les jours ».

La relation Christ – Église est réellement indissoluble, parce que sans cesse Dieu vient séduire et reconquérir l’humanité tentée par les idoles. « Si nous sommes infidèles, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même. » (2Ti 2,12).

On touche là une des limites du Nouveau Testament : il contient de quoi dynamiter et révolutionner les évidences des cultures de tous pays et de tous temps, mais les auteurs n’osent pas à en tirer toutes les conséquences, notamment sociales, économiques et politiques.

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur.
Maris, aimez vos femmes, et ne leur montrez point d’humeur.
Enfants, obéissez en tout à vos parents, c’est cela qui est beau dans le Seigneur.
Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent.
Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas, non d’une obéissance tout extérieure qui cherche à plaire aux hommes, mais en simplicité de cœur, dans la crainte du Maître. (…)
Maîtres, accordez à vos esclaves le juste et l’équitable, sachant que, vous aussi, vous avez un Maître au ciel ». (Col 3,19-4,1)

Ainsi pour l’esclavage, que Paul n’ose pas appeler à abolir, alors que pourtant il met le ver dans le fruit en appelant à traiter les esclaves comme des frères. Ainsi pour la séparation juifs / païens, que Jésus n’ose pas abolir de son vivant (« je ne suis envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » Mt 15,24) alors même qu’il la transgresse en pratique assez souvent. Il faudra la Pentecôte pour que les apôtres découvrent que l’Esprit du Christ abolit les séparations sociales antérieures. Et là, Paul est à la pointe du combat : « en Christ, il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, » (Ga 3,28).

Lapinbleu668C-Jn16_13C’est peut-être cela la promesse du Christ : « l’Esprit vous conduira vers la vérité tout entière » (Jn 16,13). Autrement dit : avec le temps, avec l’inspiration divine, vous découvrirez les conséquences (personnelles, sociales, politiques, économiques…) de l’Évangile. Car les textes seuls ne peuvent contenir la vérité tout entière.

Pour en revenir à notre lecture, l’équivalence (homme / femme) = (Christ / Église) est posée  avec force, sans que Paul en tire toutes les conséquences que nous y voyons actuellement. D’ailleurs, dans quelques siècles, on en tirera sûrement d’autres conséquences encore !

Reste que cette équivalence est posée, établissant le mariage comme un sacrement (mysterion en grec = mystère) de la relation Christ / Église.

Du coup, Paul – il n’est pas idiot ! – prend soin de développer longuement tout ce que cela implique pour le mari vis-à-vis de sa femme. Il emploie environ deux fois plus de mots pour les maris que les femmes ! Dans ce paragraphe deux fois plus long, il parle d’aimer sa femme, de se livrer pour elle, d’en prendre soin et de s’en occuper comme de son propre corps. C’est sans doute parce qu’il a bien conscience que la tâche sera deux fois plus ardue du côté des hommes que des femmes…

Qu’en conclure ?

- Paul affirme que le mariage est un sacrement (mysterion) parce qu’il symbolise la relation Christ / Église : la relation mari / femme se nourrit de la relation Christ / Église et la rend présente au milieu de nos contemporains. En voyant les gens mariés s’aimer, on devrait comprendre comment le Christ aime l’Église (et réciproquement).

- Nous ne sommes pas obligés de suivre Paul lorsqu’il identifie terme à terme les partenaires de ces deux relations, comme le faisait sa culture liée à son époque.

amour_nonpartag%C3%A9 détachement dans Communauté spirituelle- Par contre, nous devons en tirer toutes les conséquences, et pas seulement celles conformes à la culture de notre époque et de notre continent. Il y a bien sûr l’égalité fondamentale, le principe de l’amour mutuel et la symétrie des obligations dans ce que Paul dit du mariage. Mais il y a également d’autres conséquences plus ‘piquantes’ pour un occidental du XXI° siècle : le mariage ne se réduit pas au seul sentiment, il suppose une volonté de se livrer pour l’autre, inconditionnellement, ce qui implique l’indissolubilité, à l’image de l’amour du Christ pour l’Église et chacun d’entre nous.

Le texte d’Éphésiens 5 est un bon exemple du danger qu’il y a à lire un texte trop rapidement en plaquant les évidences de son siècle. Qui sait si dans mille ans les observateurs ne jugeront pas très sévèrement les relations homme / femme de nos sociétés postmodernes ? Je me souviens par exemple de la figure épouvantée d’amis africains venus pour la première fois en France. « À voir les femmes sur vos affiches, disaient-il, sur vos écrans, la publicité partout, à parler avec tant de mères célibataires galérant pour élever seules leurs enfants, à entendre la souffrance de tant de couples qui explosent en plein vol après quelques années de mariage ou de vie commune, à écouter les femmes si nombreuses qui ont connu un IVG, ne venez pas nous dire que l’avenir de la femme est chez vous ! Nous ne voulons pas de ce modèle de société individualiste engendrant plus de solitude que de couples heureux de vieillir ensemble ! »

On est toujours le ‘sauvage’ d’un autre…

Puissions-nous continuer à scruter les Écritures, pour que l’Esprit du Christ nous conduise à la vérité tout entière. Or, sur la question des relations homme / femme, notre société comme les autres a encore bien du chemin à parcourir.

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu » (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)

Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les scribes ; ils se présentèrent devant Dieu. Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Psaume
(Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23)
R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur affronte les méchants
pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste,
mais le Seigneur chaque fois le délivre.
Il veille sur chacun de ses os :
pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ;
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

Deuxième lecture
« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » (Ep 5, 21-32)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.
Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture : À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église. 

Évangile
« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 60-69) Alléluia. Alléluia.
Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle. Alléluia. (cf. Jn 6, 63c.68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
Patrick BRAUD

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