L'homelie du dimanche

27 juin 2014

Jésus évalué à 360°

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Jésus évalué à 360°

Homélie pour la fête de Saint Pierre et Saint Paul / Année A
29/06/2014

 

Recevoir son identité

Connaissez-vous cette pratique managériale qu’on appelle l’évaluation à 360° ?

D’habitude, en entreprise, un salarié est évalué une fois l’an par son responsable direct. Cet entretien d’évaluation conditionne souvent une augmentation de salaire ou une évolution de carrière. Mais certaines entreprises se sont aperçues que se limiter au seul N+1 introduit un biais dans l’évaluation. D’où l’idée de demander à tous les collègues du salarié, voire à ses clients, ses fournisseurs, de contribuer eux aussi à cette évaluation. Un salarié est ainsi jaugé (dans la confidentialité, l’anonymat et si possible la bienveillance !) par ses pairs, ses N+1, ses N-1… à 360° donc.

Jésus aurait-il appris cette technique managériale à l’école de commerce de Nazareth ? L’épisode de ce dimanche (Mt 16, 13-19) nous met en tout cas en présence d’une pratique de cet ordre, transposée sur le plan spirituel.

En effet, en posant la question : « pour vous qui suis-je ? », Jésus demande à ses amis de l’aider à faire le point sur lui-même.

S’il avait voulu faire une interrogation orale à la manière d’un examen dont il connaîtrait les bonnes réponses, il aurait tout de suite rectifié les ?fausses’ identités proposées par les disciples. Non : il est à un moment stratégique de sa vie, et il a besoin du discernement de ceux qui le connaissent pour avancer. Répondre « Jean-Baptiste ressuscité » ou « Élie qui doit venir » le met déjà sur la voie. Car Jean-Baptiste est bien le prophète le plus proche du Messie, « le plus grand des enfants des hommes ». Et Élie est bien celui dont le retour annoncerait les temps messianiques.

Pourquoi a-t-il besoin de consulter ainsi ses amis ? N’est-il pas le fils de Dieu ? Il devrait le savoir mieux que les autres !

Jésus évalué à 360° dans Communauté spirituelle 51FQVJFQ0HL._SY300_Pourtant, dans son humanité, Jésus hésite. Avant de prendre avec courage la route de Jérusalem, dont il devine qu’elle lui sera fatale, Jésus a besoin qu’on lui dise qui il est vraiment. Dans son humanité, Jésus s’interroge ici sur son identité (va-t-il jusqu’à douter ?…), comme il questionne la volonté de son Père à Gethsémani sans pour autant la contester, au contraire. L’évaluation à 360° à laquelle il procède avec les Douze va l’aider à discerner ce pour quoi il est fait.

Ce faisant, il est profondément fidèle à sa double identité de fils (de Dieu, de l’homme). Être fils, c’est se recevoir d’un autre, accepter de ne pas être à soi-même sa propre origine. Fils de l’homme, Jésus se reçoit des hommes : il a besoin de recevoir son identité de ses compagnons de route aussi, comme il la reçoit de son Père.

 

Aussi, lorsque Pierre risque sa propre réponse (et non plus celle des autres), Jésus reconnaît en lui un message de Dieu lui-même : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». Dieu est donc capable de parler à travers les autres pour nous révéler qui nous sommes !

D’où l’importance pour nous aussi d’oser poser la question à nos compagnons de route : pour vous qui suis-je ?

D’où l’intérêt d’écouter attentivement les avis des autres sur notre action, notre personnalité.

Retour d’image

Lorsque c’est trop compliqué d’organiser une évaluation à 360° avec beaucoup de collaborateurs à consulter, on peut également procéder à un « retour d’image ». En individuel, quelqu’un demande alors à un collègue (ou client, ou N-1?) de lui dire quelle image il se fait de lui. L’entretien est plus qualitatif, et donne lieu à plus d’approfondissement des situations perçues  positivement ou négativement.

La Bible connaît de tels retours d’image, et notablement ceux que prodiguent les prophètes ? sans qu’on leur ait demandé ! ? à l’encontre de puissants de ce monde. Le plus célèbre est sans doute le retour d?image que le prophète Nathan donne au roi David, avec tact, pédagogie et grande fermeté, pour lui faire comprendre qui il est (suite à son adultère avec Bethsabée, la femme de son général d’armée, Urie, qu’il a en plus envoyé se faire tuer au front !) 

« Yahvé envoya le prophète Nathan vers David. Il entra chez lui et lui dit :
Il y avait deux hommes dans la même ville, l’un riche et l’autre pauvre. Le riche avait petit et gros bétail en très grande abondance. Le pauvre n’avait rien du tout qu’une brebis, une seule petite qu’il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans sa coupe, dormant dans son sein: c’était comme sa fille. Un hôte se présenta chez l’homme riche qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail de quoi servir au voyageur arrivé chez lui. Il vola la brebis de l’homme pauvre et l’apprêta pour son visiteur. »
David entra en grande colère contre cette homme et dit à Nathan: « Aussi vrai que Yahvé est vivant, l’homme qui a fait cela est passible de mort ! Il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis cette action et n’avoir pas eu de pitié. »
Nathan dit alors à David: « Cet homme, c’est toi!
Ainsi parle Yahvé, Dieu d’Israël: Je t’ai oint comme roi d’Israël, je t’ai sauvé de la main de Saül, je t’ai livré la maison de ton maître, j’ai mis dans tes bras les femmes de ton maître, je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si ce n’est pas assez, j’ajouterai pour toi n’importe quoi. Pourquoi as-tu méprisé Yahvé et fait ce qui lui déplaît ? Tu as frappé par l’épée Urie le Hittite, sa femme tu l’as prise pour ta femme, lui tu l’as fait périr par l’épée des Ammonites. Maintenant l’épée ne se détournera plus jamais de ta maison, parce que tu m’as méprisé et que tu as pris la femme d’Urie le Hittite pour qu’elle devienne ta femme. » (2S 12, 1-10)

« Cet homme, c’est toi ! » 

On connaît tous des patrons, des hommes de pouvoir, des responsables d’Église ou d’associations qui sont sourds à l’avis des autres sur eux-mêmes. Ils ne pratiqueront jamais l’évaluation à 360°… alors qu’ils se permettent de juger leurs subordonnés, de les muter ailleurs, de les promouvoir ou de les sanctionner.

Le Christ, « doux et humble de coeur », s’est soumis à cette évaluation à 360°, car il savait en avoir besoin pour assumer son identité messianique.

Qui serions-nous pour refuser cette évaluation et nous priver du pouvoir révélateur qu’elle véhicule ?

 

Effet boomerang

La suite de cet entretien est tout aussi étonnante. Simon a contribué à révéler à Jésus qu’il est vraiment le Messie, et Jésus en retour lui révèle qu’il est Pierre et pas seulement Simon. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Déjà, il avait reconnu en lui le « fils de Yonas », saluant ainsi en Simon quelqu’un qui lui aussi se reçoit d’un autre. Et quel autre ! Yonas est en effet le prénom du fameux prophète à la baleine, destiné à élargir le salut aux non-juifs (cf. le livre de Jonas), ce que fera effectivement Pierre avec le centurion Corneille plus tard (Ac 10).

En complément de cette révélation qui va marquer la mission de Simon, Jésus lui révèle encore plus : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Jésus, qui est la pierre bientôt rejetée par les bâtisseurs mais bientôt élevée par Dieu en pierre d’angle, donne à Simon la mission d’être la pierre de fondation de son Église.

 

Deux enseignements peuvent être tirés de cet échange d’évaluations croisées :

- dire à l’autre qui il est m’aide à savoir qui je suis moi-même.

Au lieu de se taire par peur du responsable hiérarchique, ou par pudeur devant ses pairs, prendre la parole pour dire à l’autre ce que je perçois de lui (avec bienveillance et esprit constructif !) me permet de recevoir en retour des éléments sur ma propre identité.

- « seul le Christ manifeste pleinement l’homme à lui-même ». Cette phrase de Vatican II (GS 12) convient parfaitement à l’expérience de Pierre à Césarée de Philippe. Elle nous convient également parfaitement. Plus nous scrutons les Écritures, plus nous persévérons dans la prière, et plus nous découvrons qui nous sommes.

Le détour par Dieu est le plus court chemin vers soi-même !

Cette expérience est ancienne. Elle est aux origines du peuple d’Israël. « Je ne te lâcherai pas que tu ne m’aies béni » insistait Jacob se battant contre Dieu. Et voilà que son adversaire lui révèle (comme à Pierre) qui il est vraiment : Israël (le fort contre Dieu), source de bénédiction pour tous les peuples. (Gn 32).

En ce sens, la Bible est beaucoup moins une révélation sur Dieu (qui est toujours plus grand que ce qu’on dit de lui) que sur l’homme, déchiffrant à travers les événements quelle est sa dignité, sa grandeur, sa vocation.

 

Pratiquons donc entre nous l’évaluation à 360°, avec humilité et bienveillance.

Recevons des autres notre identité.

Battons-nous avec Dieu jusqu’à ce qu’il nous éclaire sur nous-mêmes.

Faisons le détour par le Christ pour qu’il nous manifeste pleinement à nous-mêmes.

 

 

Messe du jour

 1ère lecture : Pierre est délivré de prison par le Seigneur (Ac 12, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

À cette époque, le roi Hérode Agrippa se mit à maltraiter certains membres de l’Église. Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter. Voyant que cette mesure était bien vue des Juifs, il décida une nouvelle arrestation, celle de Pierre. On était dans la semaine de la Pâque. Il le fit saisir, emprisonner, et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats ; il avait l’intention de le faire comparaître en présence du peuple après la fête. Tandis que Pierre était ainsi détenu, l’Église priait pour lui devant Dieu avec insistance. Hérode allait le faire comparaître ; la nuit précédente, Pierre dormait entre deux soldats, il était attaché avec deux chaînes et, devant sa porte, des sentinelles montaient la garde.
Tout à coup surgit l’ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. L’ange secoua Pierre, le réveilla et lui dit : « Lève-toi vite. » Les chaînes tombèrent de ses mains. Alors l’ange lui dit : « Mets ta ceinture et tes sandales. » Pierre obéit, et l’ange ajouta : « Mets ton manteau et suis-moi. » Il sortit derrière lui, mais, ce qui lui arrivait grâce à l’ange, il ne se rendait pas compte que c’était vrai, il s’imaginait que c’était une vision. Passant devant un premier poste de garde, puis devant un second, ils arrivèrent à la porte en fer donnant sur la ville. Elle s’ouvrit toute seule devant eux. Une fois dehors, ils marchèrent dans une rue, puis, brusquement, l’ange le quitta. Alors Pierre revint à lui, et il dit : « Maintenant je me rends compte que c’est vrai : le Seigneur a envoyé son ange, et il m’a arraché aux mains d’Hérode et au sort que me souhaitait le peuple juif. »

Psaume : 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9

R/ De toutes leurs épreuves, Dieu délivre ses amis.

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe à l’entour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

2ème lecture : Confiance de Paul au soir de sa vie (2Tm 4, 6-8.16-18)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Thimothée

Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire. La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu’au bout l’Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. J’ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Evangile : Confession de foi de Pierre (Mt 16, 13-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Sur la foi de Pierre le Seigneur a bâti son Église, et les puissances du mal n’auront sur elle aucun pouvoir.Alléluia. (cf. Mt 16, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Patrick BRAUD

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8 février 2014

On n’est pas dans le monde des Bisounours !

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On n’est pas dans le monde des Bisounours !

Homélie du 5° dimanche du temps ordinaire/ Année A
09/02/2014

Cette remarque, vous l’entendrez très souvent en entreprise si vous essayez de vous référer explicitement ou non à l’éthique judéo-chrétienne. Si vous dites avec notre première lecture d’Isaïe (Is 58, 7-10) : « partage avec celui qui a faim », on vous rétorquera qu’à terme cela fera deux affamés au lieu d’un seul. Si vous appelez à faire disparaître du monde du travail « le joug, le geste de menace, la parole malfaisante » on vous traitera de doux idéaliste, ou de dangereux utopiste. Car décidément, le monde du travail n’est pas celui des Bisounours, répètent à l’envi les soi-disant réalistes.

bisounoursLes Bisounours, vous connaissez ! C’est d’abord cette collection d’ours en peluche pour les enfants, leur construisant un univers sucré et gentil tout plein. Une famille d’adorables oursons qui vivent tout là-haut, au pays des arc-en-ciel et des nuages douillets, dans un royaume merveilleux : le Jardin des Bisous.

Une série télévisée a donné vie aux héros Bisounours, dont les noms sont tout un programme : Grosbisou (Tenderheart Bear), Groschéri (Love-A-Lot Bear), Groscopain (Friend Bear), Grosdodo (Bedtime Bear), Grosfarceur ou Gailourson (Cheer Bear), Grosgâteau (Birthday Bear), Grosjojo (Funshine Bear), Grostaquin (Wish Bear), Grosveinard (Good Luck Bear) etc.

Pourtant, même dans ce monde des Bisounours, le mal existe. Les personnages nommés Sans Coeur, le professeur Coeur de Pierre, Tante Igèle, la Bestiole en sont la preuve. Et l’enfant sait bien que son environnement n’est pas aussi paisible que celui des Bisounours. Mais justement, ils sont là pour l’aider à ne pas réduire le monde à sa violence apparente, à faire exister la possibilité d’autres règles où les relations ne s’alignent pas sur la compétition, l’agressivité, l’intérêt égoïste.

Regardez l’action sociale des prophètes comme Isaïe, Amos ou Jean-Baptiste. Relisez les exigences des psaumes sur la défense de la veuve, l’orphelin et de l’étranger. Repartez de l’appel de la Genèse : « croissez et multipliez-vous » (Gn 1,28) et vous constaterez que les Bisounours bibliques sont sans doute les vrais réalistes.

S’ils appellent au partage, c’est parce qu’ils savent que la création de richesses est le premier devoir reçu du Dieu créateur.

S’ils appellent à la justice, c’est parce qu’ils savent qu’elle existe lorsqu’elle est voulue pour elle-même, pas pour légitimer les intérêts des puissants.

S’ils appellent à la défense des plus faibles, c’est parce qu’ils ont expérimenté dans l’histoire d’Israël que le sort fait aux plus petits conditionne la réussite de tout le peuple.

L’histoire de l’Église a donné aux baptisés de prolonger cette sagesse économique et politique. Cette sagesse se cristallise dans ce que l’on appelle la doctrine sociale de l’Église. Cette doctrine-là ne rêve pas d’un monde de Bisounours : elle prend l’économie telle qu’elle est – pleine d’aspirations contradictoires – pour l’orienter vers sa vocation ultime : une économie de communion, une manière d’être dans l’échange mutuel, dans des liens d’interdépendance qui respectent la dignité de toute personne humaine, et d’abord des plus pauvres.

On n'est pas dans le monde des Bisounours ! dans Communauté spirituelle 5bb29c4c-c96e-11de-85df-0f9542c4fd70L’événement incroyable de la chute du mur de Berlin en 1989 a couronné l’effort de Jean-Paul II, et de l’Église catholique avec lui, pour lutter contre le mal sans employer ses armes. Rien d’irréaliste à appeler au pardon et au partage face à la violence communiste de l’époque. C’est au contraire parce que à l’Est des catholiques (et des protestants) ont tenu bon dans les principes de l’éthique biblique (le droit, la justice, la miséricorde, le respect de tout homme) qu’ils ont pu avec le syndicat Solidarnosc et les manifestations est-allemandes renverser un pouvoir inique qui durait depuis 70 ans.

 

Voilà peut-être le « sel de la terre » dont parle Jésus dans l’évangile de ce Dimanche (Mt 5,13-16) : oser imaginer un monde différent, un monde réconcilié quand on ne vous parle que de rivalités ; travailler à donner une place aux exclus du système ; pardonner alors que c’est impossible ; croire que l’homme est fondamentalement à l’image de Dieu avant d’être pécheur et de manière plus décisive.

Cela a des conséquences dans les relations professionnelles.

Un auteur célèbre, Mac Gregor, a formalisé la vision de l’homme qu’ont les entrepreneurs en deux théories.

La première ? qu’il appelle la théorie X – la plus répandue, affirme que l’homme est mauvais, paresseux, et recherche son intérêt. Il faut donc instaurer une culture du contrôle (du badgage aux autorisations et reportings en tout genre), la carotte (rémunération individuelle) et le bâton (la sanction lors de l’évaluation individuelle) pour le motiver.

Sujet272NotesImage13 Bisounours dans Communauté spirituelle

La plupart des « chefs » pratiquent ce type de management, où l’on ne fait pas confiance a priori, où l’on pense d’abord aux tire-au-flanc, où on encadre pour éviter les débordements (c’est justement le rôle du « cadre »). Ce sont eux qui vous assènent un cinglant : « on est pas dans le monde des Bisounours ! » pour vous clouer le bec et vous empêcher de bercer les masses de dangereuses illusions.

Mac Gregor se fait le champion de la théorie alternative ? qu’il appelle la théorie Y – qui affirme que l’homme n’est pas fondamentalement mauvais, qu’il aspire au contraire au bien, à la coopération, au service des autres. Un management Y traduira cela par une confiance a priori envers les salariés, par la mise en place de l’autocontrôle (par chacun, par l’équipe) au lieu du contrôle hiérarchique, par la libération de la créativité de chacun et de sa capacité à innover. Comme disait Kennedy : « entourez les hommes de barrières et vous aurez des moutons ». La confiance a priori n’a rien de Bisounours. L’appel à servir au lieu de dominer rejoint le plus profond du coeur de chacun (cf. la notion de servant leader). Les entreprises qui ont mis en pratique cette vision de l’homme sont tout aussi efficaces – et même davantage ! – que les entreprises de la théorie X.

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Isaac Getz, professeur à l’ESCP, a mené une enquête célèbre auprès de ses entreprises dites « libérées », parce qu’elle font sauter les entraves à l’autonomie, la responsabilité, l’innovation des collaborateurs. Son livre : « Liberté & compagnie » a rendu visible un mouvement qui se propage tout doucement en France.

 

Comme quoi les chrétiens n’ont pas à rougir de leurs prophètes et de leurs exigences sociales !

Entraînez-vous donc à paraphraser Isaïe pour garder courage dans la transformation de votre environnement professionnel :

 « Si tu fais disparaître de ton entreprise la domination, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu fais attention aux plus petits parmi les collaborateurs, ton témoignage portera du fruit, ton obscurité sera comme la lumière de midi… »

1ère lecture : Celui qui donne aux malheureux est une lumière(Is 58, 7-10)

Lecture du livre d’Isaïe

Partager ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans abri, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. Alors ta lumière jaillira comme l’aurore, et tes forces reviendront rapidement. Ta justice marchera devant toi, et la gloire du Seigneur t’accompagnera. Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries, il dira : « Me voici. » Si tu fais disparaître de ton pays le joug, le geste de menace, la parole malfaisante, si tu donnes de bon c?ur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi.

Psaume : Ps 111, 1a.4, 5a.6, 7-8a, 9

R/ Dans la nuit de ce monde, brille la lumière du juste.

Heureux qui craint le Seigneur !
Lumière des coeurs droits, il s’est levé dans les ténèbres,
homme de justice, de tendresse et de pitié.

L’homme de bien a pitié, il partage ;
cet homme jamais ne tombera ;
toujours on fera mémoire du juste.

Il ne craint pas l’annonce d’un malheur :
le c?ur ferme, il s’appuie sur le Seigneur.
Son c?ur est confiant, il ne craint pas.

À pleines mains, il donne au pauvre ;
à jamais se maintiendra sa justice,
sa puissance grandira, et sa gloire !

2ème lecture : En guise de sagesse, Paul annonce un Messie crucifié (1 Co 2, 1-5)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, quand je suis venu chez vous, je ne suis pas venu vous annoncer le mystère de Dieu avec le prestige du langage humain ou de la sagesse. Parmi vous, je n’ai rien voulu connaître d’autre que Jésus Christ, ce Messie crucifié. Et c’est dans la faiblesse, craintif et tout tremblant, que je suis arrivé chez vous. Mon langage, ma proclamation de l’Évangile, n’avaient rien à voir avec le langage d’une sagesse qui veut convaincre ; mais c’est l’Esprit et sa puissance qui se manifestaient, pour que votre foi ne repose pas sur la sagesse des hommes, mais sur la puissance de Dieu.

Evangile : Sermon sur la montagne. Le sel de la terre et la lumière du monde (Mt 5, 13-16)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Lumière du monde, Jésus Christ, celui qui marche à ta suite aura la lumière de la vie. Alléluia. (cf. Jn 8, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »
Patrick Braud

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11 janvier 2014

« Laisse faire » : éloge du non-agir

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« Laisse faire » : éloge du non-agir

Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur / Année A
12/01/2014

« Laisse faire ».

Elle est étonnante de cette réplique du Christ à Jean-Baptiste, première parole dans sa bouche dans l’Évangile de Matthieu.

Laisse les choses se dérouler comme elles doivent se dérouler.
Non pas : ne fais rien, mais agis comme si tu n’agissais pas, comme si tu permettais seulement à ce qui doit arriver d’arriver.

Le premier - et sans cesse - le Christ se laisse faire par l’Esprit pour aller au bout de la volonté de son Père. Jésus laisse les rencontres advenir, il n’organise rien du drame qui s’approche. Parole après parole, rencontre après rencontre, il laisse se mettre en place ce qui deviendra finalement le puzzle de sa passion.

C’est le fil rouge des trois lectures de cette fête du Baptême du Seigneur :

- Jean-Baptiste doit renoncer à sa vision des choses pour laisser Jésus être plongé dans les eaux du Jourdain (Mt 3,13-17).

- Pierre se laisse faire par l’Esprit Saint qui le conduit jusqu’à la maison du centurion romain Corneille pour le baptiser. Jamais il n’aurait pu imaginer cela : associer un païen au même héritage que les juifs, déclarer purs tous les aliments interdits dans la cashrout juive ! (Ac 10).

- Le serviteur décrit par Isaïe est pris en main par Dieu lui-même pour accomplir à travers lui sa mission de libération. Il se laissera porter par l’Esprit de Dieu pour découvrir comment devenir « lumière des nations » (Is 42,1-7).

Cette doctrine du laisser-faire rejoint l’enseignement taoïste au sujet du non-agir (wu-wei).

Elle a été développée par la mystique rhénane, notamment Maître Eckhart dans son enseignement au sujet du détachement (Abgelassenheit).

Et un courant managérial aujourd’hui redécouvre cette posture fondamentale du non-agir pour dessiner les traits du servant leader adapté au travail collaboratif.

Détaillons chacune de ces trois pistes qui convergent.

 

1. Le non-agir agir taoïste

« Laisse faire » : éloge du non-agir dans Communauté spirituelle wuwei1La notion de non- agir (wu-weioccupe une place centrale en taoïsme. À l’image de l’aïkido qui préfère utiliser la violence de l’adversaire plutôt que de créer la sienne propre, celui qui pratique le non- agir laisse advenir les événements, sans chercher à les contrarier frontalement, mais en les mettant à profit pour se laisser porter vers plus de plénitude grâce à l’énergie qu’ils véhiculent.

C’est une action au-delà de l’action, où celle-ci n’a plus besoin d’être voulue pour être efficiente (ex : quand le geste de la marche devient naturel chez l’enfant). La non-action est une action collective se réalisant ?comme si on n’y était pour rien’, alors même qu’on y participe de manière décisive, tel un orchestre entrant en harmonie grâce à son chef, où la musique semble se produire toute seule.

Renonçant au volontarisme individuel, le disciple du non- agir va surfer sur le bien et le mal trouvés sur sa route, comme l’eau épouse le lit de la rivière sans chercher à le modifier tout de suite, ce qui finalement va profondément le transformer, mais comme sans le vouloir, naturellement, de soi-même.

 » Par wu-wei, il ne faut pas entendre ne rien faire, il faut entendre qu’on laisse chaque chose se faire spontanément, de sorte à être en accord avec les lois naturelles  » (Kuo Ksiang )

 » C’est l’art de maîtriser les circonstances sans leur opposer de résistance ; le principe d’esquiver une force qui vient sur vous en sorte qu’elle ne puisse vous atteindre. Ainsi, celui qui connaît les lois de la vie, jamais ne s’oppose aux événements ; il en change le cours par son acceptation, son intégration, jamais par le refus. Il accepte toutes choses jusqu’à ce que, les ayant assimilées toutes, il parvienne à leur maîtrise parfaite. «  (Lin Yu-tang)

 

2. Le non-agir chrétien de Maître Eckhart

Les-sermons Eckhart dans Communauté spirituelleMaître Eckhart et la mystique rhénane du XIVe siècle ont entendu l’appel du Christ à « laisser faire » comme un détachement radical de ses propres oeuvres.

À l’image de Marie qui engendre le Verbe de Dieu en elle en laissant faire l’Esprit, chaque chrétien est appelé à engendrer le Christ en lui en se laissant façonner par Dieu dans la vie spirituelle. Il ne s’agit plus alors d’agir par soi-même (avec orgueil), ni même d’agir pour Dieu (ce qui est encore se substituer à lui), mais de laisser Dieu agir en soi et à travers soi.

« Dieu n’est en rien de rien tenu par leurs oeuvres et leurs dons, à moins que de bon gré il ne veuille le faire de par sa grâce et non en raison de leurs oeuvres ni en raison de leur don, car ils ne donnent rien qui soit leur et n’opèrent pas non plus à partir d’eux-mêmes, ainsi que dit Christ lui-même : ?Sans moi vous ne pouvez rien faire’.

(…) C’est ainsi que devrait se tenir l’homme qui voudrait se trouver réceptif à la vérité suprême et vivant là sans avant et sans après et sans être entravé par toutes les oeuvres et toutes les images dont il eut jamais connaissance, dépris et libre, recevant à nouveau dans ce maintenant le don divin et l’engendrant en retour sans obstacle dans cette même lumière avec une louange de gratitude en Notre Seigneur Jésus Christ (Maître Eckhart, Sermon 1).

Le baptisé devient alors un authentique homme d’action, mais d’une action qu’il ne veut pas en propre, qui lui est donnée d’accomplir sans la rechercher particulièrement. Dieu agit en lui sans qu’il ait à se forcer pour accomplir l’oeuvre de Dieu.

« Le mont escarpé,
Gravis-le sans agir.
Intelligence,
Le chemin t’emmène
En un merveilleux désert » (Maître Eckhart , Granum Sinapis).  

 

3. Le non-agir managérial du servant leader

 JésusLa figure du servant leader émerge en France après avoir été travaillée depuis une cinquantaine d’années aux USA. Pour faire court, il s’agit de passer du chef autoritaire au manager qui est au service de son équipe pour la faire grandir, pour libérer sa créativité en l’accompagnant dans ses initiatives. Cette figure du servant leader est essentielle pour mettre en oeuvre un management de type collaboratif.

 

Rappelons brièvement les différents styles de management qu’on peut repérer en entreprise (ou même dans l’Église !).

 

 

a) Le style directif

« Je décide. Vous exécutez ».

La dérive autoritaire n’est pas loin ; la passivité des salariés (ou des ouailles !) est garantie.

 

b) Le style délégatif

« Je vous transfère le problème. Vous vous débrouillez ».

Le risque est de transformer la délégation en abandon pur et simple. Le chef transfère sur ses subordonnés les tâches dont il ne veut pas ; il n’assume plus rien de leur conduite.

 

c) Le style persuasif

« Je décide. Je vous fais adhérer à ce que j’ai décidé ».

Cela fleure la manipulation du patron (ou du chef religieux) charismatique.

 

d) Le style participatif

« Vous participez aux objectifs prédéfinis. »

L’apport de chacun est réel, mais au service des décisions prises en amont. Avec un brin de condescendance : « je vous donne le sens. À vous la liberté de voir comment le mettre en oeuvre. »

 

 e) Le style collaboratif

« Nous construisons ensemble les objectifs et les moyens pour y arriver ».

Le responsable d’équipe doit alors arriver devant elle avec une feuille blanche : quels sont les problèmes, les défis que nous devons relever ? comment peut-on s’y prendre ? Travaillons ensemble à définir des pistes d’action.

Il ne peut ainsi lâcher prise sur sa propre vision du problème que s’il adopte la posture du servant leader : non pas faire, mais laisser-faire son équipe, ce qui demande un actif travail d’animation du débat, de régulation de la parole, de fédération des opinions diverses, de capacité à faire émerger naturellement une action de l’équipe au lieu d’imposer la sienne.

Cela ira jusqu’à définir avec son équipe les questions à se poser, les problèmes à identifier, les règles à se donner etc?

Bref, le manager qui veut travailler en mode collaboratif pratiquera un non-agir en parfaite consonance avec le laisser-faire de l’Évangile, le non-agir taoïste et le détachement de Maître Eckhart !

 laisser faire

 

Étonnant comme un concept peut s’avérer fécond lorsqu’il devient nomade…

Appliquez le laisser-faire du baptême du Christ aux sciences du management, il faut oser ! Et pourtant, c’est une piste solide pour libérer l’autonomie, la créativité et la responsabilité des équipes (et les baptisés  en ce qui concerne le gouvernement de l’Église), pour épouser les événements professionnels et en faire émerger autre chose, non déterminé à l’avance.

Notre Église ferait bien de s’appliquer à elle-même ce principe du laisser faire, car les gouvernements de style directif, délégatif, persuasif ou participatif y sont légion, de haut en bas d’une pyramide ecclésiale pas encore vraiment inversée…

 

 

 

1ère lecture : Le serviteur de Dieu consacré pour le salut des hommes (Is 42, 1-4.6-7)
Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé.
Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique.
Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité.
Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu’à ce qu’il impose mon jugement dans le pays, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions.

Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai pris par la main, je t’ai mis à part, j’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot ceux qui habitent les ténèbres.

Psaume : Ps 28, 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10

R/ Dieu, bénis ton peuple, donne-lui la paix.

Rendez au Seigneur, vous, les dieux,
rendez au Seigneur gloire et puissance.
Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

La voix du Seigneur domine les eaux,
le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force,
voix du Seigneur qui éblouit.

Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre.
Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »
Au déluge le Seigneur a siégé ;
il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

2ème lecture : Le ministère du Sauveur commence à son baptême (Ac 10, 34-38)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l »armée romaine, il s’adressa à ceux qui étaient là : « en vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ : c’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous.

Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui. »

Evangile : Le baptême de Jésus (Mt 3, 13-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert, l’Esprit descend sur Jésus, et la voix du Père domine les eaux : « Voivi mon Fils, mon bien-aimé ! » Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire. 

Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »
Patrick Braud

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10 août 2013

Restez en tenue de service

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Restez en tenue de service

 

Homélie du 19e dimanche du temps ordinaire / Année C
11/08/13

 

« Restez en tenue de service » (Lc 12,35).

L’attitude du service est au coeur de l’évangile de ce dimanche, et de tout l’Évangile finalement. On y devine que c’est une clé essentielle de la réussite d’une vie d’homme. On y voit Jésus y découvrir le secret de son identité la plus profonde : être le Serviteur par excellence.

Restez en tenue de service dans Communauté spirituelle les-domestiques-downton-abbey On y éprouve très vite les difficultés à durer dans cet esprit de service : l’usure du temps, l’absence de perspective ultime, l’endormissement due à la fatigue ou à la lassitude, la soif de domination sur les autres etc.

Se mettre au service n’est déjà pas l’attitude la plus naturelle, que ce soit en famille ou au travail. Mais durer dans le service demande en outre une vertu peu commune.

Au début, quand on n’a pas beaucoup de pouvoir ou d’argent, on peut trouver cela facile et normal de passer les plats aux autres. Après, au fil des années, l’orgueil récupère ses droits : avec tout ce que je fais, j’ai quand même droit à me reposer, à me faire servir…

Plus que nul autre, le Christ aurait pu revendiquer ce privilège pour lui-même.
Par des prodiges, il aurait pu s’imposer pour que tous se prosternent devant lui.
Par la puissance de sa parole, il aurait pu manipuler et s’asservir des fanatiques tout dévoués à sa cause.
Par son charisme prophétique, il aurait pu galvaniser les révolutionnaires de tout poil pour bâtir son royaume à la manière d’un Che Guevara, d’un Lénine ou d’un Hitler.

Non : il a incarné totalement et jusqu’au bout l’attitude du serviteur, car c’était le coeur de son identité humaine, et le coeur de sa relation à son Père.

Regardez le comportement du maître dans la parabole : n’est-il pas étonnant ? D’habitude, même s’il revient tard, un grand propriétaire terrien au mieux félicite ses serviteurs s’ils ne se sont pas endormis, au pire il les fait encore travailler pour lui dans la préparation d’un dernier verre et de son coucher. Ici au contraire, c’est le maître tardif qui passe la tenue de service, fait passer ses domestiques à sa table, et se met à les servir chacun à son tour !

C’est vraiment le monde à l’envers.

Pierre a raison d’être choqué et même scandalisé lorsque le Christ se met à laver les pieds des Douze le soir du Jeudi saint. « Toi qui es Maître et Seigneur, tu veux me laver les pieds à moi qui n’en suis pas digne ? Jamais ! »

Ne nous habituons pas à ce renversement de valeurs que Jésus incarne, le tablier du serviteur autour des reins. C’est le vrai chemin pour faire grandir l’autre, pour vaincre les difficultés, pour traverser n’importe quelle épreuve, jusqu’à la mort elle-même.

 

Certains ont bien compris la formidable efficacité de cette attitude du maître qui se fait serviteur, dans le monde des affaires notamment.

Robert Greenleaf, ex-président d’AT&T, a développé toute une conception du management basé sur la notion de servant leader. Le véritable leader est celui qui est la chance de son équipe durablement, qui est au service de la réussite de ses collaborateurs.

C’est le sens de la deuxième parabole délivrée par Jésus à l’intention des responsables, suite à la demande de Pierre qui sentait bien que ses qualités d’apôtre impliqueraient une densité accrue de service. L’intendant fidèle ne frappe pas ses  serviteurs et servantes confiées à sa responsabilité. Il ne profite pas de sa charge pour s’empiffrer, boire et s’enivrer. Il veille au contraire à la réussite de chacun, en sachant qu’il aura à rendre des comptes à un autre. « À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage ».

Greenleaf avait repéré 10 attitudes qui sont en entreprise caractéristiques du servant leader. Elles peuvent toutes être enracinées dans la parole et l’exemple du Christ :

- l’écoute : savoir attentivement écouter la voix des autres et sa propre voix intérieure.

- l’empathie : se laisser toucher par le bonheur et le malheur des autres, chercher à les comprendre, à les reconnaître.

- la guérison : la capacité de guérir l’autre pour lui permettre de s’intégrer de se transformer.

- la conscience de soi.

- la persuasion, plutôt que la contrainte ou la domination.

- la conceptualisation : la capacité d’imaginer, de penser au-delà du seul présent.

- la clairvoyance : comprendre les leçons du passé, les réalités du présent, prévoir les conséquences probables des décisions.

- l’esprit d’équipe.

- l’engagement dans l’évolution des personnes.

- l’engagement communautaire : savoir construire une communauté, tisser des liens, renforcer le sentiment d’appartenance.

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Chacun de nous peut devenir le servant leader de ses clients, de ses collègues, de son équipe, mais aussi de sa famille, son quartier, son association, son Église etc.

Il y a dans cette attitude une promesse de bonheur : « heureux les serviteurs… » et un constat d’efficacité : ne pas laisser percer le mur de sa maison.

 

Que l’Esprit du Christ nous garde vigilants, en tenue de service, dans tous les domaines où nous avons une responsabilité à exercer.

 

_________________________________________

 

* Cf. http://www.greenleaf.org/

 

 

 

1ère lecture : Dieu vient la nuit sauver son peuple (Sg 18, 6-9)

Lecture du livre de la Sagesse

La nuit de la délivrance pascale avait été connue d’avance par nos Pères ; assurés des promesses auxquelles ils avaient cru, ils étaient dans la joie.
Et ton peuple accueillit à la fois le salut des justes et la ruine de leurs ennemis.
En même temps que tu frappais nos adversaires, tu nous appelais pour nous donner ta gloire.
Dans le secret de leurs maisons, les fidèles descendants des justes offraient un sacrifice, et ils consacrèrent d’un commun accord cette loi divine : que les saints partageraient aussi bien le meilleur que le pire ; et déjà ils entonnaient les chants de louange des Pères.

Psaume : 32, 1.12, 18-19, 20.22

R/ Bienheureux le peuple de Dieu !

Criez de joie pour le Seigneur, hommes justes !
Hommes droits, à vous la louange  !
Heureux le peuple dont le Seigneur est le Dieu,
heureuse la nation qu’il s’est choisie pour domaine  !

Dieu veille sur ceux qui le craignent, 
qui mettent leur espoir en son amour, 
pour les délivrer de la mort, 
les garder en vie aux jours de famine. 

Nous attendons notre vie du Seigneur : 
il est pour nous un appui, un bouclier. 
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous 
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : La foi d’Abraham, modèle de la nôtre (brève : 1-2.8-12) (He 11, 1-2.8-19)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères,
la foi est le moyen de posséder déjà ce qu’on espère, et de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi. 

Grâce à la foi, Abraham obéit à l’appel de Dieu : il partit vers un pays qui devait lui être donné comme héritage. Et il partit sans savoir où il allait. Grâce à la foi, il vint séjourner comme étranger dans la Terre promise ; c’est dans un campement qu’il vivait, ainsi qu’Isaac et Jacob, héritiers de la même promesse que lui, car il attendait la cité qui aurait de vraies fondations, celle dont Dieu lui-même est le bâtisseur et l’architecte.

Grâce à la foi, Sara, elle aussi, malgré son âge, fut rendue capable d’avoir une descendance parce qu’elle avait pensé que Dieu serait fidèle à sa promesse. C’est pourquoi, d’un seul homme, déjà marqué par la mort, ont pu naître des hommes aussi nombreux que les étoiles dans le ciel et les grains de sable au bord de la mer, que personne ne peut compter.

C’est dans la foi qu’ils sont tous morts sans avoir connu la réalisation des promesses ; mais ils l’avaient vue et saluée de loin, affirmant que, sur la terre, ils étaient des étrangers et des voyageurs. Or, parler ainsi, c’est montrer clairement qu’on est à la recherche d’une patrie. S’ils avaient pensé à celle qu’ils avaient quittée, ils auraient eu la possibilité d’y revenir. En fait, ils aspiraient à une patrie meilleure, celle des cieux. Et Dieu n’a pas refusé d’être invoqué comme leur Dieu, puisqu’il leur a préparé une cité céleste. 

Grâce à la foi, quand il fut soumis à l’épreuve, Abraham offrit Isaac en sacrifice. Et il offrait le fils unique, alors qu’il avait reçu les promesses et entendu cette parole : C’est d’Isaac que naîtra une descendance qui portera ton nom.  Il pensait en effet que Dieu peut aller jusqu’à ressusciter les morts : c’est pourquoi son fils lui fut rendu ; et c’était prophétique.

Evangile : Se tenir prêts pour le retour du Seigneur (brève : 35-40) (Lc 12, 32-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Soyez vigilants et demeurez prêts : vous ne connaissez pas l’heure où le Fils de l’homme viendra. Alléluia.(cf. Mt 24, 42.44)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. Vendez ce que vous avez et donnez-le en aumône. Faites-vous une bourse qui ne s’use pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne ronge pas. Car là où est votre trésor, là aussi sera votre c?ur.
Restez en tenue de service, et gardez vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte. Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. S’il revient vers minuit ou plus tard encore et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils ! Vous le savez bien : si le maître de maison connaissait l’heure où le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Pierre dit alors : « Seigneur, cette parabole s’adresse-t-elle à nous, ou à tout le monde ? »
Le Seigneur répond : « Quel est donc l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de ses domestiques pour leur donner, en temps voulu, leur part de blé ? Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. Vraiment, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens. Mais si le même serviteur se dit : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, son maître viendra le jour où il ne l’attend pas et à l’heure qu’il n’a pas prévue ; il se séparera de lui et le mettra parmi les infidèles. Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups. Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »
Patrick Braud 

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