L'homélie du dimanche (prochain)

2 janvier 2026

Les mages sur le divan

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 5 h 30 min

Les mages sur le divan

 

Homélie pour la Fête de l’Épiphanie / Année A
04/01/26

Cf. également :

Épiphanie : que peuvent les religions en temps de guerre ?

L’Épiphanie du visage
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
Éloge de la mobilité épiphanique
Épiphanie : qu’allons-nous lui offrir ? 

Épiphanie : l’étoile de Balaam
Signes de reconnaissance épiphaniques
Épiphanie : tirer les rois
Épiphanie : êtes-vous fabophile ?

Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël 

L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode 

La sagesse des nations
Hérode, ou le côté obscur de l’Épiphanie
Épiphanie : étoile, GPS, boussole…

 

1. Nos songes nous convertissent

Après avoir allongé Joseph sur le divan dimanche dernier, essayons de faire parler aujourd’hui l’inconscient des trois mages de l’Épiphanie (Mt 2,1-12).

Les mages sur le divan dans Communauté spirituelleIls ne sont pas rois – contrairement à ce que rajoutera la tradition ultérieure – mais savants (μγος = magos). L’astronomie est leur discipline. Ils sont un peu les Galilée, Kepler et autres Copernic de leur époque. Ils sont donc dans une logique rationnelle, celle du savoir de leur temps à propos des astres et des mouvements célestes. Or par deux fois, ils vont devoir s’ouvrir à un autre savoir que celui de leur science habituelle : à Jérusalem auprès d’Hérode, où ils vont découvrir que la Bible prend le relais de l’astre pour indiquer où naît le roi des juifs, et à Bethléem ou un songe vient les avertir de ne pas retourner chez Hérode. La première ouverture de leur savoir rationnel se fait grâce à l’Écriture, la seconde grâce à leur inconscient. Intéressons-nous à ce songe salutaire.

 

a) Élargir la raison

Leur rêve interrompt leur savoir rationnel ; il introduit une suspension du contrôle, un moment où la connaissance se transforme en écoute intérieure du désir profond qui les anime. Ce rêve devient songe lorsqu’ils y lisent un message divin, de la même manière que l’avènement de l’astre devenait signe à Jérusalem lorsqu’il appelait à lire l’Écriture.

Le contenu manifeste du songe des mages est simple : ne pas rentrer chez Hérode. Ce contenu manifeste cache un contenu latent, que le travail opéré par le rêve habille sous une forme acceptable. Ici, ce contenu latent pourrait s’exprimer ainsi : « Ne reviens pas à l’origine d’un pouvoir destructeur. Renonce à faire de ton savoir une machine à tuer ».

 

Il aurait été logique de suivre la route indiquée par le GPS : la plus courte, la plus légaliste (via Hérode). En écoutant leur songe, les mages introduisent une autre rationalité (sauver la vie de l’enfant), et acceptent que leur route en soit bouleversée.

 

b) Repartir par un autre chemin

1000_F_314724085_MeVhHKJU58d47z286p3iFxtuRmdxfN7r désir dans Communauté spirituelleLe rêve opère un travail de déplacement qui se traduira physiquement par un changement d’itinéraire. Les mages reviendront transformés de leur rencontre de Bethléem. C’est « autre chemin » est la métaphore du trajet que doit emprunter tout savoir humain qui veut rester au service de la vie. Au lieu de revenir vers Hérode qui veut tuer le fils, ils trouvent une voie alternative qui leur évite de mettre leur science au service du meurtre en l’inféodant au pouvoir en place.

 

Leur songe déplace les mages ailleurs, la route du retour change, et les change par là-même. Rencontrer le Messie sur la paille de l’étable nous convertit, au sens premier, c’est-à-dire nous déroute, nous fait changer de voie, nous fait choisir d’autres priorités, d’autres parcours de vie…

 

Le rêve devient un mouvement de détournement symbolique : il interdit de revenir vers le père tyrannique (Hérode), image du Surmoi archaïque et persécuteur, et invite à emprunter une « autre voie », celle de la liberté psychique. Dans la logique freudienne, Hérode incarne la loi cruelle du père, celle du complexe d’Œdipe dans sa forme violente : le père qui cherche à supprimer le fils. Les mages, en choisissant de ne pas retourner vers lui, opèrent symboliquement une rupture avec le Surmoi destructeur. Leur songe représente donc l’émancipation du Moi face à la loi terrifiante du pouvoir paternel.

Ils refusent la complicité avec le meurtre de l’enfant, c’est-à-dire avec la répression du désir de vie, du renouveau. Freud dirait que leur rêve est une manifestation du désir refoulé de préserver le fils, contre la pulsion de mort que représente le père archaïque.

 

c) Passer du savoir à l’éthique

61JgXL3jFPL._SL1500_ EpiphanieInterprété comme tel, le rêve des mages devient le songe qui les libère d’une conception inhumaine de leur science. Ils étaient mus par un désir de savoir : connaître le lieu-source, identifier le roi des Juifs. Mais le rêve vient leur dire : le savoir pur est dangereux s’il ignore le désir et la vie. Il leur interdit de retourner vers le pouvoir destructeur, et les renvoie à un savoir intérieur, plus intuitif.

Freud aurait vu dans ce songe une conversion du désir épistémologique en désir éthique : le rêve ne révèle pas une nouvelle connaissance, mais une transformation du sujet connaissant.
Ils ne cherchent plus quoi savoir, mais comment ne pas trahir la vie.

 

« Regagner son pays par un autre chemin » signifie alors revenir à soi-même (le pays natal comme symbole du Moi), mais transformé par l’expérience du désir et de la révélation.

C’est une renaissance psychique : le Moi retrouve son centre après avoir traversé l’altérité du rêve. Le « pays » devient le symbole de la conscience réintégrée, et le « chemin différent » celui du processus de sublimation, c’est-à-dire de la transmutation du désir en élévation spirituelle.

 

d) Conclusion : le rêve des mages comme archétype de la conversion intérieure

 FreudLe songe des mages est l’archétype de notre conversion intérieure. Le rêve nous renvoie toujours à nos désirs profonds, sous le voile des symboles mis à l’œuvre dans l’histoire du rêve.

Ce rêve des mages condense le mouvement de notre quête de sens :

- recherche extérieure (la science, l’étoile)

- irruption du message intérieur (le rêve)

- transformation du sujet (le retour par un autre chemin).

Les mages découvrent que la vérité ne s’atteint pas en suivant la logique du pouvoir, mais en écoutant la voix de l’inconscient, c’est-à-dire la part désirante, fragile, mais vivante de l’âme humaine.

Les mages devient ainsi la figure notre propre itinéraire spirituel…

 

Élément du récit

Interprétation

Les mages

Figures du Moi rationnel, de la connaissance consciente

Le rêve

Voix de l’inconscient, interruption du contrôle rationnel

Hérode

Représentation du Surmoi archaïque, du père destructeur

L’avertissement

Expression du désir refoulé de préserver la vie, l’enfant

Le « retour par un autre chemin »

Symbole du déplacement et de la sublimation, transformation du Moi

 

 

2. Les trois présents qui nous sauvent

Le geste des mages offrant l’or, l’encens et la myrrhe traduit la transformation de leur désir : le désir de savoir (où et qui) devient un désir de donner, c’est-à-dire d’entrer dans une relation symbolique avec le divin.

On peut lire dans ces trois présents une triple sublimation du désir humain. Voyons comment.

 

a) L’or : de la possession à  l’adoration

L’or représente le désir de posséder (la richesse, la sécurité, le pouvoir, la gloire…).

En offrant l’or, les mages renoncent à ce désir de possession et le subliment en reconnaissance : ils reconnaissent que la vraie royauté n’est pas la domination, mais la donation.

L’or est le symbole de la royauté du Christ : mais dans une lecture de type psychanalytique, il devient ici la conversion du pouvoir en amour, la victoire du Moi éthique sur le Ça possessif.

Magi-gifts magesFreud parlerait ici de désexualisation du désir, ou de transformation libidinale : la libido tournée vers soi est offerte au Tout-Autre.

L’or symbolise la transformation du narcissisme en amour du vrai roi intérieur.

 

b) L’encens : la sublimation du désir

L’encens monte, se consume, se dissout, image du désir spirituel et du désir érotique à la fois. Pour Freud, la fumée et le parfum renvoient à des symboles sexuels refoulés : la volatilisation, la chaleur, la montée sont des images du plaisir transformé.

Offrir l’encens, c’est sublimer la libido en adoration : la pulsion de plaisir devient élévation spirituelle.

De plus, l’encens est offert à Dieu, donc à la dimension divine de l’enfant.

 

Ce geste signifie aussi : reconnaître que le désir n’est pas à détruire, mais à transfigurer, à l’image des grains d’encens qui rougeoient et se vaporisent, passant de l’état solide à gazeux grâce au feu intérieur…

L’encens symbolise le passage du désir charnel au désir de l’infini, ce que Freud appelle la sublimation (Sublimierung) et la mystique chrétienne nommera agapè.

L’encens partant en fumée symbolise la transmutation du désir érotique en désir spirituel.

 

c) La myrrhe : l’acceptation de la limite

La myrrhe sert à embaumer les corps : elle renvoie à la mort, à la finitude, au deuil.

Pour Freud, accepter la mort, c’est affronter la pulsion de mort (Thanatos), la tendance au retour à l’inanimé. Les mages, en offrant la myrrhe à l’enfant, reconnaissent paradoxalement que la vie humaine est vouée à mourir, que toute sublimation porte en elle sa limite. Et cette reconnaissance est elle-même libératrice : accepter la mort, c’est intégrer dans le psychisme la part refoulée de la condition humaine.

Le don de myrrhe devient ainsi l’acte symbolique de l’acceptation du réel.

 

La myrrhe annonce également la Passion de Jésus : elle est la préfiguration du tombeau, mais aussi de la résurrection.

Psychanalytiquement, c’est le moment où le désir accepte sa propre limite, et où l’inconscient s’ouvre à la dimension du pardon et du salut — la guérison du trauma originaire (la perte, la séparation).

La myrrhe symbolise ici la reconnaissance et l’intégration de la pulsion de mort, acceptation que le Christ accomplira en résurrection.

d) Les trois dons comme dynamique du salut

Résumons-nous :

Présent

Sens théologique

Lecture psychanalytique

Mouvement intérieur

Or

Royauté du Christ

Sublimation du narcissisme et du désir de possession

De la maîtrise à la reconnaissance

Encens

Divinité du Christ

Sublimation du désir érotique en désir spirituel

De la pulsion à la prière

Myrrhe

Mort et Passion du Christ

Intégration de la pulsion de mort et du réel de la finitude

De la peur à l’acceptation

 

Ces trois mouvements constituent une économie spirituelle du désir :

• l’or correspond à l’appropriation (désir de posséder),

• l’encens à l’élévation (désir d’unir),

• la myrrhe à la perte (désir de durer malgré la mort).

 

adoration-des-magesLes trois dons des mages condensent la structure même du psychisme humain :

1. L’or : le désir de posséder — sublimé dans l’adoration.

2. L’encens : le désir d’unir — sublimé dans la prière.

3. La myrrhe : le désir de survivre — sublimé dans l’acceptation de la mort.

En termes théologiques, ils reconnaissent le Christ comme roi (or), Dieu (encens) et homme mortel (myrrhe).

En termes psychanalytiques, ils expriment la triple maturation du sujet : de la toute-puissance infantile à l’amour spirituel, jusqu’à la reconnaissance de la limite.

 

La nativité du Christ devient pour nous l’archétype de la transformation du désir.

Les trois présents des mages ne sont pas seulement des symboles religieux : ils sont la carte psychique du salut. Offrir ces trois présents sauve les mages de l’idolâtrie (adoration), de la complicité meurtrière (Hérode), et de la répétition mortifère (l’autre chemin).

L’homme qui apprend à offrir son or (son ego), son encens (son désir), et sa myrrhe (sa peur de la mort), devient libre.

Ce que les mages déposent à la crèche, c’est le triple secret du psychisme humain :

- le désir de puissance

- le désir d’union

- et le désir de durer

transfigurés par la rencontre du divin.

 

L’itinéraire symbolique des mages est bien le nôtre : ouvrir la raison à la foi, changer de voie, passer du savoir à l’éthique et au don, de la puissance à l’adoration (en déposant notre or), sublimer notre désir (comme l’encens), accepter nos limites et notre mort (la myrrhe).

 

Alors, quel astre allez-vous suivre cette semaine pour vous mettre en route ?

 

Lectures de la messe

 

Première lecture
« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)

 

Lecture du livre du prophète Isaïe

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

 

Psaume
(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13)
R/ Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi.
 (cf. Ps 71,11)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

 

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

 

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 

Deuxième lecture
« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)

 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

 

Évangile
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12) Alléluia. Alléluia.
Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.
Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

 

Mots-clés : , , ,

27 décembre 2020

Signes de reconnaissance épiphaniques

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Des signes de reconnaissance épiphaniques

Homélie pour la fête de l’Épiphanie/ Année B
03/01/2021

Cf. également :

L’épiphanie du visage
Épiphanie : tirer les rois
Épiphanie : êtes-vous fabophile ?
Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode
Éloge de la mobilité épiphanique
La sagesse des nations

Les signes de reconnaissance

Est-ce que vous encouragez souvent vos collègues ou vos proches ? Aimez-vous recevoir un compliment ? En donner ? Faites-vous régulièrement des feed-backs positifs aux membres de votre équipe ou de votre famille ? Êtes-vous plutôt très sobre, très neutre – voire indifférent – dans vos paroles et vos gestes sur les actions des autres ?
Vous avez sûrement remarqué qu’il suffit d’un : « Bravo, c’est super ! » ou d’un : « Good job ! »  adressé à un salarié pour voir ses yeux s’allumer et sa motivation se renforcer. Le baiser déposé sur le front de l’enfant avant qu’il ne s’endorme dans son lit, l’assurance d’un amour inconditionnel (« quoi que tu fasses, tu seras toujours chez toi à la maison ») font partie des provisions de confiance en soi qui lui permettront plus tard de traverser les crises.

Toutes ces paroles et gestes rassurent l’autre dans l’existence, l’aident à grandir (à tout âge), le conforte dans sa capacité à tenir sa place au milieu de nous. Éric Berne, le fondateur de l’Analyse Transactionnelle, a appelé signes de reconnaissance (stroke en anglais, qui est plus proche de caresse) ces retours – verbaux ou non verbaux – adressés à quelqu’un. Il appelle signe de reconnaissance « tout acte impliquant la reconnaissance de la présence d’autrui » [1]. C’est un message verbal ou non, positif ou négatif, que j’envoie à l’autre pour lui signifier qu’il existe à mes yeux.

Impossible d’évoluer, de grandir, de progresser sans recevoir ces signes de reconnaissance ! L’enfant-loup en manque au point de ne pas émerger de l’animalité. Le petit d’homme que personne n’a jamais dorloté, consolé, embrassé, félicité, risque de devenir une brute ou une épave.

 

1° effet : discerner le vrai visage de l’autre

Comment reconnaître des poux ?Fort heureusement, ce n’est pas le cas du bébé de la crèche ! À peine sorti du ventre de sa mère, il a les anges pour chanter à tue-tête la merveille de sa naissance, les bergers pour se réjouir de l’événement, et aujourd’hui les mages pour lui offrir des cadeaux somptueux.

Pleinement homme, Jésus commence sa vie terrestre en recevant des signes de reconnaissance dont il a aussi soif que du lait de sa mère ! Il accueille inconsciemment ces marques d’affection, de respect, de vénération comme la confirmation de sa mission. Tel  est d’ailleurs le premier sens du mot reconnaissance en français : reconnaître en l’autre ce qu’il est vraiment. Les anges reconnaissent en lui la gloire de Dieu se manifestant aux hommes. Les bergers rapportent à Marie et Joseph ce qu’on leur a dit : « Jésus est Sauveur, Christ et Seigneur », et ils s’en vont tout joyeux d’avoir ainsi reconnu en ce tout-petit au plus bas dans la mangeoire la manifestation (l’épiphanie) du grand Dieu « au plus haut des cieux ». Les mages reconnaissent à travers leurs présents que Jésus est vraiment le Grand Prêtre par excellence (encens), le Roi des rois (or), et le Prophète qui devait venir (myrrhe) [2].

À vrai dire, les signes de non-reconnaissance sont hélas eux aussi terriblement efficaces. L’aubergiste ignore ces étrangers et prétexte qu’il n’y a pas place pour eux à l’auberge. Hérode – « ce renard » - fait semblant d’appeler « roi des juifs » ce rival potentiel qu’il veut éliminer. Nous sommes nous aussi capables hélas d’envoyer des signes négatifs autour de nous !

Tels sont les signes de reconnaissance : positifs, ils aident celui qui sait les recevoir à discerner son identité profonde, sa vocation la plus personnelle ; négatifs, ils le découragent, le révoltent ou le désespèrent. Le pire est encore l’indifférence : ne pas envoyer de signes du tout…

 

2° effet : s’ancrer dans la gratitude

Du coup, le deuxième sens du mot reconnaissance en français s’applique également dans la logique du don (comme dirait Marcel Mauss) que les mages pratiquent à l’Épiphanie : être reconnaissant, c’est accepter avec gratitude les cadeaux reçus, et témoigner auprès de leurs donateurs de leur effet positif en retour.

Ne croyez pas trop vite que cette reconnaissance-là est plus facile que la première ! Par humilité, par pudeur, à cause d’une éducation où l’on n’exprime pas ses émotions, nous avons souvent du mal à dire simplement : « le compliment que tu me fais me touche. Merci », ou bien : « ton retour m’encourage et me donne de l’énergie ». Nous avons du mal parfois à nous laisser étreindre affectueusement, à consentir à la bienveillance de l’autre, à accueillir simplement les marques d’admiration qui nous sont envoyées. Peut-être parce que nos parents ont été sévères, avares de compliments, réprimant leurs émotions. Peut-être parce que nous voulons être si parfaits que seules comptent à nos yeux les améliorations à faire et pas les progrès réalisés.

Heureux ceux qui peuvent se laisser toucher par les signes de reconnaissance offerts par leurs compagnons de route ! Il y a alors un échange réel : l’un reconnaît le positif en l’autre qui en retour est reconnaissant de ce feed-back.

Le Christ ne cessera de pratiquer cette pédagogie de la reconnaissance sur les chemins de Palestine. Il se réjouit de ce que les pécheurs, les femmes, les lépreux disent de lui. Il encourage le centurion (« jamais je n’ai vu une fois si grande en Israël ! »), les malades guéris (« ta foi t’a sauvé »), le criminel repenti (« ce soir, tu seras avec moi en paradis »), Zachée perché dans l’arbre (« aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison »), la prostituée en pleurs versant un rare parfum sur ses pieds (« elle a montré beaucoup d’amour »).

Pour les chrétiens, la source de la reconnaissance est en Dieu même : c’est la circulation de la louange trinitaire d’une Personne à l’Autre. Le Fils reconnaît le Père comme son origine, et son infinie reconnaissance est l’Esprit, don vivant qui unit les deux. En pratiquant la reconnaissance, les humains participent – même sans le savoir - à la vie trinitaire dont ils proviennent et vers laquelle ils tendent.

 

3° effet : devenir ce que nous offrons

D’où le troisième effet de cette circulation des cadeaux épiphanique que sont les signes de reconnaissance dans nos vies : ceux qui offrent sont transformés en ce qu’ils offrent, ou plutôt en celui à qui ils donnent. Si l’évangile de Luc précise que les mages sont repartis par un autre chemin, ce n’est pas seulement à cause d’Hérode, mais également parce qu’ils sont transformés grâce à l’offrande qu’ils viennent de faire. Ils ne sont plus les mêmes. L’or  offert au roi du monde les a rendus participant de cette royauté-là. L’encens offert fumant devant le Grand Prêtre par excellence les associe au culte nouveau, qui n’a plus besoin de Temple parce qu’il est « en Esprit et en vérité ». La myrrhe déposée en vue de l’ensevelissement les rend prophètes avec le Christ accomplissant les Écritures et déchiffrant chaque moment présent comme le moment de la grâce divine.

De même que nous finissons par nous assimiler à ce que nous mangeons, aux images que nous fréquentons, à la musique que nous écoutons, les mages finiront par devenir les prêtres, prophètes et rois que leurs cadeaux symbolisaient, et que l’enfant de la crèche incarnait.

Celui qui n’offre rien n’a rien.
Qui ne reconnaît jamais l’autre dans sa positivité ne sera pas lui-même reconnu.
Qui n’accueille pas la reconnaissance de l’autre se prive de provisions essentielles pour sa route.
 

De Bethléem au Golgotha Jésus ne cessera de reconnaître et de manifester en chaque visage rencontré l’étincelle divine qui s’y cache. Des mages au bon larron, il accueillera avec reconnaissance les marques de vénération qu’on lui adressera.

Il ne tient qu’à nous de devenir ce que nous offrons.
Il ne dépend que de nous de communier au Christ, afin de devenir - par lui avec lui et en lui - prêtre, prophète et roi avec l’encens, la myrrhe et l’or déposés au pied de la mangeoire de Bethléem.
Cela commence par l’humble pratique des signes de reconnaissance à donner aux autres, à accepter joyeusement pour soi-même…

 

[1]. Erice Berne, Des jeux et des hommes : psychologie des relations humaines, Stock, 1984.

[2]. Les mages offrent la myrrhe comme la femme l’onction à Béthanie : « Si elle a versé ce parfum sur mon corps, c’est en vue de mon ensevelissement » (Mt 26, 12). Ils prophétisent ainsi la mort de Jésus, car la myrrhe sert à l’embaumement des corps, ainsi que le mentionne Jean : « Nicodème  vint lui aussi ; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres. Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts » (Jn 19, 39 40).

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

 

PSAUME

(71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13)
R/ Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi. (cf. 71,11)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 

DEUXIÈME LECTURE
« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

 

ÉVANGILE
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda,tu n’es certes pas le dernierparmi les chefs-lieux de Juda,car de toi sortira un chef,qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent. Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , ,

29 décembre 2019

L’épiphanie du visage

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

L’épiphanie du visage

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année A
05/01/2020

Cf. également :

Épiphanie : tirer les rois
Épiphanie : êtes-vous fabophile ?
Rousseur et cécité : la divine embauche !
Épiphanie : l’économie du don

Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode
Éloge de la mobilité épiphanique
La sagesse des nations

En Chine, le visage sert à tout. Reconnu par une caméra intelligente, il vous permet de payer au supermarché sans sortir votre carte bleue ni même faire la queue. Il vous donne  accès au métro, à l’entrée de votre immeuble, et à l’argent de votre compte en banque… Grâce à la reconnaissance faciale, le visage devient une signature unique, infalsifiable, qui simplifie les démarches de la vie courante.

Le revers de la médaille de cette prouesse technologique est l’avènement d’une société de contrôle, où la surveillance généralisée des visages permet de sanctionner, d’observer, de punir, de noter les citoyens. Chacun dispose ainsi d’une sorte de « permis à points » social en fonction de ses amendes, condamnations, incivilités ou au contraire des actes approuvés par le régime. Malheur à ceux dont le nombre baisse trop ! Les caméras les dénicheront où qu’ils soient et les écarteront du train, du métro, du spectacle auquel ils n’ont plus droit. On estime à près de 400 millions le nombre de caméras intelligentes dans le pays (une pour 3,5 habitants). Il passera probablement à 600 millions en 2025.

On pense bien sûr à George Orwell : son roman « 1984 » anticipait ce type de société de contrôle où la surveillance panoptique (= ayant vue sur tout) supprime l’anonymat et la vie privée. Et cela fait froid dans le dos…

Ces calculs sur les visages pour les traduire en une série de 0 ou 1 reconnaissable par l’intelligence artificielle font aussi penser à d’autres calculs étranges sur le visage humain, ceux des soi-disant docteurs nazis prétendant caractériser la race juive par son visage caricaturé à l’extrême. De grandes expositions à Paris et ailleurs consacraient cette approche anthropométrique du visage dans les années de l’occupation allemande. Sous couvert de scientificité, la mainmise sur le visage humain servait l’idéologie nazie : dénier aux juifs leur humanité et en faire des sous-hommes (Untermenschen). Cela fait froid dans le dos…

Après-guerre, bizarrement, cette manipulation des visages connut d’autres heures de gloire avec la pseudo-science de la morphopsychologie, inventée par un psychiatre français Louis Corman (1901–1995), heureusement largement inconnu. Il voulait classer scientifiquement les visages et en déduire les caractéristiques des personnalités de chacun d’après les traits de son faciès. Ce qui n’est pas sans rappeler d’ailleurs une autre pseudo-science, chinoise à nouveau, qui régnait autrefois à la cour de Pékin. Le Mian Xiang était l’art impérial de la lecture du visage, populaire en Chine depuis l’Antiquité. Cette technique d’inspiration taoïste, vieille de plusieurs millénaires, permettrait de décrypter le caractère d’une personne mais aussi de ‘prédire’ ses actes à partir d’une analyse minutieuse des traits de son visage (la distance entre ses yeux, leur courbure, la forme du nez, des oreilles et des rides…). Elle était employée dans la Chine traditionnelle pour sélectionner les candidats aux postes de fonctionnaire, mais aussi – déjà! pour repérer les personnes malveillantes dans une foule dinvités.

À l’opposé de ces pensées calculantes et techniciennes, le philosophe juif Emmanuel Levinas a réfléchi sur ce qu’il appelle l’épiphanie du visage. Lorsque nos regards se croisent, le visage de l’autre est un appel à la responsabilité éthique envers lui, pour en prendre soin et le servir. Il y a dans le visage d’autrui la manifestation d’une transcendance, de quelque chose qui nous échappe et nous commande à la fois, qui n’est pas mesurable, qui n’est pas objet de manipulation ni de calcul. L’exposition du visage à autrui – peau nue offerte à la rencontre – est bouleversante pour qui prend le temps d’y déceler l’infini qui s’y manifeste. C’est bien une épiphanie (au sens grec du terme) c’est-à-dire une manifestation (paraître au-dessus) de l’infini (la personne humaine) dans le fini (son visage). Emmanuel Lévinas appelle épiphanie l’expression du visage en tant qu’elle résiste à la prise et se refuse à la possession. Le visage s’impose par-delà les formes qui le délimitent. Il me parle et m’invite à une relation sans aucune mesure avec tout pouvoir. Cette dimension infinie, transcendante, purement éthique, est expression et discours. Sans recourir à la force, elle résiste infiniment à toute appropriation ou négation, y compris au meurtre : c’est une résistance désarmée et désarmante.

« Le visage est sens à lui seul. Toi, c’est toi. En ce sens, on peut dire que le visage n’est pas « vu ». Il est ce qui ne peut devenir un contenu, que votre pensée embrasserait ; il est l’incontenable, il vous mène au-delà.
Le  visage  se  refuse  à  la  possession,  à  mes  pouvoirs.  Dans  son épiphanie, dans l’expression, le sensible, encore saisissable se mue en  résistance  totale  à  la  prise.  (…)  L’expression  que  le  visage introduit dans le monde ne défie pas la faiblesse de mes pouvoirs, mais mon pouvoir de pouvoir.
L’infini paralyse le pouvoir par sa résistance infinie au meurtre, qui, dure et insurmontable, luit dans le visage d’autrui, dans la nudité totale de ses yeux, sans défense, dans la nudité de l’ouverture absolue du Transcendant. Il y a là une relation non pas avec une résistance très grande, mais avec quelque chose d’absolument Autre : la résistance de ce qui n’a pas de résistance – la résistance éthique.
L’épiphanie du Visage suscite cette possibilité de mesurer l’infini de la tentation du meurtre, non pas seulement comme une tentation de destruction totale, mais comme impossibilité – purement éthique – de cette tentation et tentative.
Le visage me parle et par là m’invite à une relation sans commune mesure avec un pouvoir qui s’exerce, fût-il jouissance ou connaissance.
Emmanuel Levinas, Totalité et infini, 1961.

Les Grecs pensaient autrefois qu’il fallait se masquer le visage pour jouer son rôle. Le masque de théâtre avait pour fonction de laisser porter la voix tout en cachant le visage. La personne (prosopon en grec, persona en latin) était alors en avant du masque (pro-sopon) le son qui perçait de derrière (per-sona). Avec Levinas, la personne humaine est au contraire celle que le visage révèle au lieu de la dissimuler, dans son irréductible altérité. C’est un autre qui se tient face à moi, et son altérité me renvoie au Tout-Autre dont il est une épiphanie. C’est pourquoi le visage d’autrui résonne comme une injonction éthique absolue : ‘tu ne tueras pas’.

Ce large détour par différentes conceptions du visage peut nous aider à redécouvrir le sens de la fête d’aujourd’hui.
Qu’est-ce en effet que l’Épiphanie sinon la manifestation de l’infini divin dans le fini de l’enfant de Bethléem ? En lui le Tout-Autre se révèle, l’indicible se laisse approcher, le très Grand est tout petit, l’invisible se donne à contempler. Les mages ne s’y sont pas trompés. Avec leur science astrologique, ils auraient pu se contenter de la description de leurs calculs. Ils avaient en quelque sorte inventé la reconnaissance faciale du Messie, à lire dans les astres mieux que les Chinois dans leurs caméras vidéo… Mais ils n’ont pas voulu en rester là. Cette connaissance théorique les laissait sur leur faim. Ils voulaient voir l’enfant. Ils désiraient éprouver son regard, scruter son visage, être physiquement en sa présence, se prosterner devant un être de chair et non une forme dans le ciel. Un Dieu sans visage pourrait-il vraiment entrer en relation, en communion avec l’homme ? Dès sa naissance, Jésus est l’épiphanie du Père : tout en lui nous parle de plus grand que lui ; ses actes nous montrent comment Dieu agit ; ses paroles lui sont inspirées par l’Esprit ; son visage bouleversera même ses ennemis dans le pardon offert.

Fêter l’Épiphanie, c’est donc répondre à l’injonction éthique qui me vient du visage d’autrui (pour reprendre Levinas) : ‘sois responsable de ton frère en humanité, ne te dérobe pas devant son regard. Contemple-le face-à-face et tu frémiras de pressentir une dignité infinie, ton cœur se dilatera de frôler ce qui dépasse l’entendement humain. Dans la rencontre de Bethléem, les mages font l’expérience de ce bouleversement intérieur. Les cadeaux qu’ils offrent sont les signes de leur responsabilité envers l’enfant : de l’or pour qu’il soit reconnu comme roi, de l’encens pour discerner en lui le Grand Prêtre venu de Dieu, de la myrrhe pour que son embaumement après la croix révèle au monde sa victoire sur la mort.

Totalité et infiniAllez rendre visite à un service de pédiatrie : vous ne pourrez pas échapper aux regards de ces enfants malades dont certains semblent vous avertir du danger extrême qui les menace et vous supplie en vous tendant leurs visages. Même le pire bourreau ne pourra rester insensible à cette détresse d’autrui qui est un appel à prendre soin de lui. On raconte que les commandos nazis chargés des basses besognes d’extermination en étaient réduits à se saouler continûment pour se confronter à des statistiques de travail et non à des visages humains implorant leur pitié ou flambant de colère et de haine.

À Bethléem, c’est presque l’effet symétrique. La profondeur du mystère qui émane du visage du nouveau-né oblige les mages à prendre soin d’eux-mêmes. Grâce à un songe commun, ils repartent « par un autre chemin » pour éviter la violence du fourbe Hérode qui aurait voulu les éliminer pour les faire taire. D’ailleurs Hérode fera tuer les premiers-nés à distance, sur un ordre politique, sans se salir lui-même les mains. 

Nous ne pouvons plus comme les mages aller nous prosterner au loin devant le Roi des juifs. Mais nous pouvons en-visager (c’est-à-dire donner un visage) à ceux que nous croisons sans les voir. Les voisins de palier, de quartier, de bureau. Les SDF dans la rue qui nous gênent et dont nous détournons le regard. Les gens trop gros, trop maigres, trop grands, trop petits, trop handicapés, trop différents de peau, psychologiquement trop dérangés… Et d’abord les tous proches : conjoint, enfants, famille, dont on croit connaître la personnalité et dont nous ne voulons plus nous étonner.

Dieu le Tout-Autre se révèle sur le visage d’autrui. Face-à-face, quelque chose de plus grand que tout se dévoile. Si je renonce à mettre la main sur lui (par la technique, le calcul, l’aveuglement idéologique, l’intérêt etc.), l’appel à prendre soin qui émane de son visage changera mon chemin et mes décisions.

Telle est l’épiphanie du visage humain, qui s’enracine dans l’Épiphanie du Christ à Bethléem : ne pas passer à côté de l’autre sans contempler sur son visage l’infini qui nous fait vivre tous les deux et nous convoque à devenir responsables l’un de l’autre…

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

PSAUME

(Ps 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13)
R/ Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi. (cf. Ps 71,11)

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

DEUXIÈME LECTURE
« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense, en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous : par révélation, il m’a fait connaître le mystère. Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance des hommes des générations passées, comme il a été révélé maintenant à ses saints Apôtres et aux prophètes, dans l’Esprit. Ce mystère, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

ÉVANGILE
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12)
Alléluia. Alléluia.Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda,tu n’es certes pas le dernierparmi les chefs-lieux de Juda,car de toi sortira un chef,qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.
Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
 Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick Braud

Mots-clés : , , , ,

1 janvier 2018

ÉPIPHANIE : Êtes-vous fabophile ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

ÉPIPHANIE : Êtes-vous fabophile ?


Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année B
07/01/2018

Cf. également :

Épiphanie : l’économie du don
Épiphanie : Pourquoi offrir des cadeaux ?
Le potlatch de Noël
Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?
L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture
L’inquiétude et la curiosité d’Hérode
Éloge de la mobilité épiphanique
La sagesse des nations


Ingrédients pour recette épiphanique…


Êtes-vous fabophile ?
Cette fête de l’Épiphanie pourrait vous y inciter…
Fabophile se dit de quelqu’un qui collectionne les fèves, et il y a des passionnés !
* Mais pourquoi les fèves vont-elles bien avec l’Épiphanie ?

Il faut se souvenir qu’à Rome, en Janvier, on fêtait les Saturnales.
Le peuple élisait pour ces festivités
un roi de dérision, pris parmi les esclaves ou les criminels, le roi d’un jour. On l’élisait en votant comme on le faisait pour les votes romains : en déposant une fève dans l’urne.
Fève blanche pour le oui, fève noire pour le non (ça pourrait re-servir dans les prochaines élections…).
Les chrétiens des premiers siècles ont essayé d’évangéliser ces fêtes païennes : l’Épiphanie remplace les Saturnales, la fève sert désormais à ‘tirer les rois’.

ÉPIPHANIE : Êtes-vous fabophile ? dans Communauté spirituelle fc3a8vesLe symbolisme de cette fève est d’ailleurs rehaussé du fait que c’est la première légumineuse récoltée dans le jardin, annonçant la renaissance du printemps. Et regardez bien une bonne fève de chez nous (celle qu’on mange en ‘croque au sel’ !), vous verrez qu’elle a la forme… d’un embryon ! Le lien avec l’enfant de la crèche, ou la renaissance de Pâque qu’annonce Noël, est alors troublante… Les Égyptiens n’appelaient pas d’ailleurs leurs cimetières des ‘cimetières’ (‘dortoirs’ en grec), mais des « champs de fèves » : les corps déposés-là étaient comme des embryons attendant la renaissance…

I-Moyenne-22043-feve-aguadulce-a-tres-longue-cosse-ab.net encens dans Communauté spirituelleReste que cette fève, maintenant remplacée par du plastique ou de la porcelaine, est glissée dans le fameux gâteau de l’Épiphanie, frangipane ou couronne briochée.
Pour que le partage soit équitable, le plus jeune de la famille se glisse sous la table et désigne le nom de chacun lorsqu’on lui demande : « c’est pour qui ? ». Le petit dernier des enfants attend ce moment avec bonheur. Sans compter la part du pauvre, qu’il fallait garder intacte, au cas où…

L’Épiphanie, c’est un peu tout cela, et bien plus encore !
Les coutumes populaires sont précieuses pour ne pas perdre le goût de chaque fête… La foi a besoin de cette culture populaire, de ces coutumes familiales, pour ne pas devenir élitiste, car l’Épiphanie, c’est le Christ manifesté à tous !

Continuons dans notre visite des incontournables de l’Épiphanie
* Les 3 rois Mages par exemple !
Vous avez entendu l’Évangile : il n’est pas dit qu’ils soient rois, ni qu’ils soient trois, on dit seulement : « des mages venus d’Orient ».
Des mages :
pensez à
magique, magiciens… Ce sont les savants de l’époque, la NASA des païens. Tout savants qu’ils sont, ils viennent s’incliner devant l’enfant de la crèche.
L’Épiphanie, c’est la sagesse et la science humaine qui vivent en harmonie avec la foi.
La raison salue la foi et les 2 avancent ensemble…

 

- Puis, dans l’histoire, ces mages sont très vite devenus trois.

Parce qu’il y avait 3 cadeaux peut-être.

Sans doute aussi parce que à l’époque on pensait qu’il y avait 3 continents. Alors, pour signifier l’universalité de Noël, on a représenté toute l’humanité à travers ces 3 mages ; et la tradition a précisé : l’européen Melchior apportait l’or,  l’asiatique Gaspard apportait la myrrhe (l’Asie de l’époque recouvrait en gros la Turquie actuelle et au-delà : d’où un visage semblable à l’européen), l’Africain Balthasar apportait l’encens.

Aujourd’hui il faudrait représenter 5 Mages au moins, aux visages des 5 continents…


- Et ces 3 Mages sont devenus 3 rois.

Sans doute à partir du 9ème siècle, où les controverses entre le spirituel et le temporel devinrent épiques. Entre le Pape et les empereurs, la bataille était si rude que transformer les Mages en rois montrait bien que le pouvoir politique devait reconnaître ses limites devant le pouvoir spirituel…
L’Épiphanie devenait alors l’évangélisation du politique, qui se grandit en reconnaissant que cet enfant est plus grand que lui. 
Évangélisation non terminée…

noms des Rois mages.jpg

* Et les 3 cadeaux ?

Ils signifiaient sans doute que Jésus était bien le Messie annoncé par les Écritures.
Messie – Grand Prêtre, on lui offre de l’encens comme au Temple de Jérusalem.
Roi-Messie, on lui offre de l’or, présent royal.
Messie-Prophète, on lui offre la myrrhe, qui annonce prophétiquement l’embaumement de son corps après la Passion. Les baptisés qui regardent ces 3 coffrets sur les tableaux se souviennent alors que l’huile du baptême a fait d’eux aussi des prêtres, des prophètes et des rois.

Au temps des querelles des premiers siècles, on a vu également dans ces 3 présents la preuve que Jésus est bien vrai Dieu et vrai Homme. St Léon le Grand, pape du V° siècle, atteste :« ils offrent de l’encens comme à Dieu, de la myrrhe comme à l’homme, de l’or comme au roi, conscients d’honorer dans l’unité la nature divine et la nature humaine »- (1er Sermon pour Épiphanie).

Bref, ces 3 cadeaux, c’est la foi en Jésus vrai Dieu et vrai Homme, c’est notre triple dignité de baptisés, prêtres, prophètes et rois.
St Bernard avait un peu oublié tout cela au 12ème siècle ! Il écrivait : « ils offrirent de l’or à la Ste Vierge pour soulager sa détresse, de l’encens pour chasser la puanteur de l’étable, de la myrrhe pour fortifier les membres de l’enfant et pour expulser de hideux insectes » (cité dans la ‘Légende dorée’ de Jacques Voragine, 13ème siècle). Un micro-crédit, un désodorisant, un insecticide… ! Nos 3 cadeaux valent mieux que cela…

_mages_83849_9wmages Epiphanie

* Un dernier mot sur l’étoile :

Elle représente la science astrologique d’alors, et aussi la croyance dans le destin écrit dans les astres. Or, en s’arrêtant à Jérusalem, l’étoile reconnaît avoir besoin de l’Écriture pour aller plus loin. À l’heure où nombre de citoyens se fient à leurs horoscopes, à leurs voyants et autres thèmes astraux, l’étoile de l’Épiphanie nous demande de considérer avec bienveillance la recherche des Mages modernes, qui cherchent Dieu à travers tous les savoirs et thérapies alternatives qui fleurissent aujourd’hui, et en même temps d’oser proposer l’Écriture comme révélation pour aller plus loin.
Mieux vaut chercher une étoile dans le ciel que de ne rien attendre de la vie ; mais quel dommage si personne ne propose à ces chercheurs de Dieu d’ouvrir la Bible pour aller plus loin que la seule sagesse humaine… !

 fabophile

Impossible de tout dire ! Il faudrait notamment parler de la date du 6 Janvier, du lien entre Noël – Épiphanie – Noces de Cana et Baptême du Seigneur… mais ce sera pour une autre fois !

Que cette belle fête de l’Épiphanie nous régale de la joie de Noël offerte à toute l’humanité…

 

 

LECTURES DE LA MESSE
PREMIÈRE LECTURE
« La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Debout, Jérusalem, resplendis ! Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur. 

PSAUME
(71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13)
R/ Toutes les nations, Seigneur,  se prosterneront devant toi. cf. 71,11

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

DEUXIÈME LECTURE
« Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris, je pense,  en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :  par révélation, il m’a fait connaître le mystère.  Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance  des hommes des générations passées,  comme il a été révélé maintenant  à ses saints Apôtres et aux prophètes,  dans l’Esprit.  Ce mystère,  c’est que toutes les nations sont associées au même héritage,  au même corps,  au partage de la même promesse,  dans le Christ Jésus,  par l’annonce de l’Évangile.  –

ÉVANGILE
Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12)
Alléluia. Alléluia. Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple, pour leur demander où devait naître le Christ. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef, qui sera le berger de mon peuple Israël. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Après avoir entendu le roi, ils partirent.
Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait, jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils se réjouirent d’une très grande joie. Ils entrèrent dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à ses pieds, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , , ,
12