L'homelie du dimanche

2 novembre 2016

Mourir pour une côtelette ?

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Mourir pour une côtelette ?

Homélie pour le 32° dimanche du temps ordinaire / Année C
06/11/2016

Cf. également :

Le devoir de désobéissance civile

Aimer Dieu comme on aime une vache ?

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

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Un récent sondage (Sondage du 19/09/2016 réalisé par l’IFOP pour le JDD) a affolé le
s médias : environ 30 % des musulmans de France déclarent que, à leurs yeux, la loi islamique (la charia) est au-dessus de la loi de la République !

Est-ce une spécificité musulmane ? Faut-il en avoir peur ?

La contestation juive de l’idolâtrie politique

Afficher l'image d'origineNotre première lecture (2Ma 7, 1-2.9-14) nous raconte l’histoire d’une famille entière – 7 enfants – qui préfère mourir un par un plutôt que d’obéir aux lois scélérates de l’autorité politique de l’époque. « Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères ». Le roi voulait les obliger à manger du porc : quelle idée !? Pourquoi s’acharner à faire manger du porc ? Sans doute pour éliminer toute trace de différence au sein du peuple. Pour ne pas avoir des comportements déviants qui donneraient des idées à d’autres. C’est d’ailleurs une des raisons de l’islam au pouvoir pour imposer en terre musulmane l’inverse : en obligeant… à ne pas manger de porc (ou à ne pas boire d’alcool) ! La peur de la différence repose sur l’idée folle d’une unité absolue. Des pratiques différentes, même ultra minoritaires, risquent  fort aux yeux des oulémas actuels comme à ceux du roi perse de notre lecture de fissurer l’unanimité du peuple, de devenir contagieux en répandant l’idée qu’après tout, il y a d’autres manières de croire et de pratiquer que la leur…

Tout pouvoir politique, qu’il vienne de la monarchie, de la démocratie ou du fédéralisme ou du parti unique, a tendance à devenir idolâtre. Il croit qu’il est au-dessus de tout pouvoir, que ses lois sont au-dessus de toutes les lois. Il ne supporte pas la contestation de sa toute-puissance. Et voilà qu’une frêle famille juive, suivie par des milliers de martyrs d’Israël, va mettre en échec cette prétention absolue en résistant, en désobéissant, en osant dire non. Chacun des sept enfants préférera mourir plutôt que d’obéir à la loi inique les obligeant à renier leur foi. Mourir pour une côtelette de porc, ou plutôt pour ne pas en manger : cela peut paraître absurde pour un non-juif, mais pour eux c’est une question d’identité et de fidélité à Dieu, à soi-même [1]. Or le politique ne supporte pas qu’il y ait une autorité au-dessus de lui !

 

Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes

La désobéissance civile est inscrite dans la Bible.

Relisez le livre des martyrs d’Israël, mais également celui d’Esther, de Judith, et vous constaterez que la foi juive a toujours voulu empêcher le politique de se prétendre Dieu. Les prophètes avaient commencé ce travail de l’intérieur de la monarchie juive, en la critiquant ouvertement et violemment chaque fois qu’elle s’écartait de la Torah, c’est-à-dire très souvent…

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Les chrétiens ont hérité de ce tempérament rebelle. Avec douceur et amour des ennemis, ils ont préféré pendant trois siècles être déchiquetés par les fauves du cirque romain plutôt que d’obéir à l’empereur en adorant des idoles ou en reniant leur foi. Cela commence dès le lendemain de la résurrection : les apôtres furent roués de coups de bâtons parce qu’ils prêchaient la seigneurie de Jésus. Mais eux continuaient, et se réjouissait d’avoir été dignes de subir le fouet et l’humiliation pour le nom de Jésus. « Mieux vaut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29) : cette phrase est devenue la maxime de la désobéissance civile qui est dans la foi chrétienne le garant de la liberté intérieure de chacun.

Catéchisme de l’Église Catholique n°2242 :
Le citoyen est obligé en conscience de ne pas suivre les prescriptions des autorités civiles quand ces préceptes sont contraires aux exigences de l’ordre moral, aux droits fondamentaux des personnes ou aux enseignements de l’Évangile. Le refus d’obéissance aux autorités civiles, lorsque leurs exigences sont contraires à celles de la conscience droite, trouve sa justification dans la distinction entre le service de Dieu et le service de la communauté politique.
« Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu » (Mt 22,21).
« Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29).

On oublie trop facilement tous ces pays et toutes ces périodes de l’histoire où les chrétiens ont résisté, ont dit non au prince, au tyran, au roi, au président, au parti unique, justement parce qu’il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.

Comme l’islam n’est pour l’essentiel qu’une reprise arabe du message juif et chrétien, il n’est pas étonnant qu’il reprenne ce devoir de résistance au pouvoir politique lorsque celui-ci bafoue les droits de Dieu et de l’homme. Mais la particularité de l’islam fait de cette résistance quelque chose d’inquiétant : là où le Christ prône la non-violence (« tendre l’autre joue »), l’islam prône le djihad. Là où Jésus appelle à l’amour des ennemis, le Coran demande de les exterminer et Mohamed ne doit son expansion religieuse qu’à ses victoires militaires. Là où le texte fondateur (la Bible) pour les uns est une question d’interprétation et d’actualisation, le Coran est pour les autres au-dessus de toute discussion humaine qui voudrait l’adapter à aujourd’hui. Là où la Bible sépare le religieux et le politique (« rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »), le Coran proclame que le politique est toujours soumis (c’est le sens du mot islam) aux prescriptions coraniques qui doivent gouverner toute la vie sociale. Là où les martyrs chrétiens préfèrent perdre la vie pour rester fidèles, les djihadistes veulent tuer l’ennemi infidèle.

Alors oui, la désobéissance civile musulmane à la République peut inquiéter, si elle manifeste une visée intégraliste qui n’a pas renoncé à imposer sa vision du monde, la charia, à tout l’espace public. Tant que l’islam reste minoritaire, il essaie d’imposer sa loi sur de petits espaces géographiques ou culturels : des quartiers, des écoles, des familles. Mais lorsqu’il devient majoritaire, il veut que la charia remplace le Code civil et que le Coran soit au-dessus du vote populaire. Même les rares pays dits laïcs en terre musulmane (Turquie, Algérie) sont rattrapés par cette folie religieuse qui veut imposer à toute la société ce qui devrait rester un choix personnel (ramadan, voile, halal, pureté rituelle etc.).

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Désobéir sans imposer

L’originalité chrétienne (et juive) réside donc dans un entre-deux : ne pas s’aligner sur les modes de vie contemporains sous prétexte qu’ils sont majoritaires, ne pas imposer aux autres ce qu’on choisit pour soi.

Par exemple, un chrétien pourra fort bien ne pas choisir l’avortement si la question se pose dans son couple, mais il n’a pas le droit de l’imposer aux autres, à commencer par son conjoint. Sa seule force de persuasion sera l’amour et la raison. Jamais la violence ou la soumission. Vouloir imposer aux autres telle ligne de conduite est anti-évangélique. Par contre résister soi-même, jusqu’à la désobéissance civile, jusqu’au martyre s’il le faut, est un devoir spirituel et moral.

DésobéirÀ terme, une résistance durable, non violente, fondée, et respectueuse du droit des autres finira par porter du fruit et fera évoluer la législation en cause. On en a une trace dans l’objection de conscience par laquelle la République reconnaît ne pas pouvoir obliger un médecin à accomplir ce qu’il ne veut pas en conscience (une IVG, une euthanasie…), à condition qu’il n’empêche pas la demande de s’exercer ailleurs et autrement dans le cadre légal.

Il vaut mieux obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes.
Les martyrs de tous les temps ont signé cette phrase de leur sang.

On eût aimé plus de désobéissance à la République du temps de Laval et de Pétain, mais aussi du temps du colonialisme français porté par la III° République, du temps des marchands tout-puissants du commerce triangulaire etc…

 

À quoi, à qui devrez-vous dire non pour rester fidèle à vous-même ?

Cela se joue dans les relations de travail en entreprise, dans les jeux de pouvoir en famille, dans les bulletins de vote qui vont bientôt pleuvoir…

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 [1]. Rappelons que l’interdit du porc n’est pas hygiénique, comme veut le croire l’Occident, mais théologique. Le porc, comme une foule d’autres animaux, est impur pour les juifs et  les musulmans parce qu’il contredit la Création en ne respectant pas la séparation des espèces (pieds fourchus mais non ruminant; cf. Dt 14,7-8). Les chrétiens aboliront cette interdiction au nom de la Création nouvelle qui vient de la résurrection du Christ : en lui, un monde nouveau nous est donné, où tout est pur, sauf le mal qui sort du cœur de l’homme.

 

1ère lecture : « Le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle » (2 M 7, 1-2.9-14)
Lecture du deuxième livre des Martyrs d’Israël
En ces jours-là, sept frères avaient été arrêtés avec leur mère. À coups de fouet et de nerf de bœuf, le roi Antiocos voulut les contraindre à manger du porc, viande interdite. L’un d’eux se fit leur porte-parole et déclara : « Que cherches-tu à savoir de nous ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les lois de nos pères. » Le deuxième frère lui dit, au moment de rendre le dernier soupir : « Tu es un scélérat, toi qui nous arraches à cette vie présente, mais puisque nous mourons par fidélité à ses lois, le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle. » Après cela, le troisième fut mis à la torture. Il tendit la langue aussitôt qu’on le lui ordonna et il présenta les mains avec intrépidité, en déclarant avec noblesse : « C’est du Ciel que je tiens ces membres, mais à cause de ses lois je les méprise, et c’est par lui que j’espère les retrouver. » Le roi et sa suite furent frappés de la grandeur d’âme de ce jeune homme qui comptait pour rien les souffrances. Lorsque celui-ci fut mort, le quatrième frère fut soumis aux mêmes sévices. Sur le point d’expirer, il parla ainsi : « Mieux vaut mourir par la main des hommes, quand on attend la résurrection promise par Dieu, tandis que toi, tu ne connaîtras pas la résurrection pour la vie. »

Psaume : Ps 16 (17), 1ab.3ab, 5-6, 8.15

R/ Au réveil, je me rassasierai de ton visage, Seigneur. (Ps 16, 15b)

Seigneur, écoute la justice !
Entends ma plainte, accueille ma prière.
Tu sondes mon cœur, tu me visites la nuit,
tu m’éprouves, sans rien trouver.

J’ai tenu mes pas sur tes traces,
jamais mon pied n’a trébuché.
Je t’appelle, toi, le Dieu qui répond :
écoute-moi, entends ce que je dis.

Garde-moi comme la prunelle de l’œil ;
à l’ombre de tes ailes, cache-moi,
Et moi, par ta justice, je verrai ta face :
au réveil, je me rassasierai de ton visage.

2ème lecture : « Que le Seigneur vous affermisse « en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien » (2 Th 2, 16 – 3, 5)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères, que notre Seigneur Jésus Christ lui-même, et Dieu notre Père qui nous a aimés et nous a pour toujours donné réconfort et bonne espérance par sa grâce, réconfortent vos cœurs et les affermissent en tout ce que vous pouvez faire et dire de bien.
Priez aussi pour nous, frères, afin que la parole du Seigneur poursuive sa course, et que, partout, on lui rende gloire comme chez vous. Priez pour que nous échappions aux gens pervers et mauvais, car tout le monde n’a pas la foi. Le Seigneur, lui, est fidèle : il vous affermira et vous protégera du Mal. Et, dans le Seigneur, nous avons toute confiance en vous : vous faites et continuerez à faire ce que nous vous ordonnons. Que le Seigneur conduise vos cœurs dans l’amour de Dieu et l’endurance du Christ.

Evangile : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants »(Lc 20, 27-38)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Jésus Christ, le premier-né d’entre les morts, à lui, la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles.
Alléluia. (Ap 1, 5a.6b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc
En ce temps-là, quelques sadducéens – ceux qui soutiennent qu’il n’y a pas de résurrection – s’approchèrent de Jésus et l’interrogèrent : « Maître, Moïse nous a prescrit : Si un homme a un frère qui meurt en laissant une épouse mais pas d’enfant, il doit épouser la veuve pour susciter une descendance à son frère. Or, il y avait sept frères : le premier se maria et mourut sans enfant ; de même le deuxième, puis le troisième épousèrent la veuve, et ainsi tous les sept : ils moururent sans laisser d’enfants. Finalement la femme mourut aussi. Eh bien, à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse, puisque les sept l’ont eue pour épouse ? »

Jésus leur répondit : « Les enfants de ce monde prennent femme et mari. Mais ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari, car ils ne peuvent plus mourir : ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. Que les morts ressuscitent, Moïse lui-même le fait comprendre dans le récit du buisson ardent, quand il appelle le Seigneur le Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob. Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. Tous, en effet, vivent pour lui. »
Patrick BRAUD

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19 août 2015

Voulez-vous partir vous aussi ?

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Voulez-vous partir vous aussi ?

 

Homélie du 21° Dimanche du temps ordinaire / Année B
23/08/2015

Cf. également : La liberté de partir ou de rester

 

« Voulez-vous partir vous aussi ? » (cf. Jn 6, 60-69)

Cette question, beaucoup d’entre nous l’ont posée ou ont du y répondre à un moment crucial de leur vie.

« Veux-tu partir ? » : c’est l’interrogation angoissée dans un couple où l’un des deux ne supporte plus la vie commune.

 « Voulez-vous partir ? » : c’est le constat amer des parents qui s’aperçoivent que leurs enfants veulent quitter la maison dès que possible.

 « Voulez-vous partir vous aussi ? » : c’est l’appel au secours de celui devant qui on se détourne, à cause d’un événement infamant, d’une déroute financière ou d’une maladie trop longue…

Le Christ a lui-même été exposé à ce mouvement contagieux qui fait le vide autour de soi, plus ou moins massivement, plus ou moins rapidement, mais sûrement.

Voulez-vous partir vous aussi ? dans Communauté spirituelle Lapinbleu358C-Jn6_67 

Oser libérer la liberté des proches

Lorsqu’il ose poser cette question à ses intimes – les 12 – Jésus prend un risque réel. Le risque de la solitude. Car l’incompréhension de la grande majorité (« cette parole est trop dure, partons ») commencer à gagner le cercle des disciples. Eux aussi ne comprennent rien à ce discours sur le pain de vie de Jean 6. Eux aussi sont troublés par la radicalité des propos de Jésus : manger son corps, boire son sang, c’est scandaleux ! Inadmissible pour un juif !

Alors, plutôt que de les laisser filer en douce, sans rien dire, Jésus crève l’abcès et prend le risque de provoquer la débandade de la petite troupe qu’il a pourtant laborieusement constituée depuis des mois.

Voilà donc un virage auquel nous sommes confrontés tôt ou tard : me faut-il attendre pour savoir si tel collègue, tel  ami, tel proche est en train de se détourner de moi ? Ou dois-je au contraire poser franchement la question : es-tu toujours avec moi ? Au risque de brusquer et de froisser. Au risque également de susciter une liberté qui peut se retourner contre celui qui la provoque.

Le Christ a cet art du discernement qui lui donne de savoir quand il faut patienter (ex : le bon grain et l’ivraie) et quand il faut trancher (« que votre oui soit oui, que votre non soit non »).
Ici, après un succès populaire (la multiplication des pains) il entend le murmure réprobateur enfler autour de lui après ses paroles sur le pain vivant descendu du ciel. Il voit bien que les rangs s’éclaircissent et que l’enthousiasme n’est plus là. Avant que cette vague de désaffection ne désagrège le collège des 12, Jésus les met devant leur liberté, les appelle à faire un choix personnel, au lieu de suivre le flux majoritaire.

amour_nonpartag%C3%A9 détachement dans Communauté spirituelleCe faisant il s’expose réellement à un abandon de la part des siens. Il ne sait pas ce qu’ils vont répondre. Il n’anticipe pas la réponse de Pierre. Il prend le risque réel de se retrouver seul, ce qui de toute façon arrivera avec le procès devant les tribunaux juif puis romain, et avec la croix : tous s’en iront, tous le fuiront, à l’exception notable de quelques femmes et de Jean. Quand nous remettons ainsi entre les mains  de l’autre sa capacité de décision pour ou contre nous, nous ressentons le même vertige de celui qui est sur la ligne de crête entre soutien et isolement. Dieu ne veut pas la soumission de serviteurs contraints de lui obéir.

Parce que Jésus vit le détachement intérieur (cher à la mystique rhénane), il refuse de posséder ses disciples, de les instrumentaliser. Il est prêt à les laisser partir. Il s’expose à les perdre, avec douleur. Car leur liberté importe plus que leur attachement.

Parce que sa nature est d’aimer, il préfère s’exposer au refus plutôt que de contraindre à le suivre.

En cela, le Christ révèle un Dieu humble, infiniment humble. Le père François Varillon décrivait l’humilité de Dieu comme le secret de son amour pour nous : « Il faut appeler divin l’amour qui est assez fort pour ne pas exiger la réciprocité comme condition de sa constance ».

Ainsi celui qui continue d’aimer celui qui a voulu partir, que ce soit un conjoint, un enfant, un ami ou un collègue, participe à l’être même de Dieu. Il en est divinisé, pourrait-on dire, alors qu’aux yeux du monde c’est une attitude folle. Mieux vaudrait refaire sa vie, oublier l’absent, que de continuer à laisser la porte ouverte, nous disent nos mœurs habituelles.

Oser poser à l’autre la question de son départ, sans le manipuler, sans faire de chantage, demande donc un courage, un amour venant de plus loin que nous-mêmes.

Libérer la liberté de l’autre permet pourtant d’éclaircir la situation, de purifier le trouble : le départ de tel collaborateur vaut peut-être mieux que son maintien forcé dans une ambiance de travail détestable.
La séparation d’avec un conjoint vaut peut-être mieux qu’un enfer quotidien où le non-dit s’accumule.
Et si le collaborateur veut rester, il réaffirmera le projet commun.
Et si le conjoint veut rester, il devra trouver les mots pour dire sur quoi reconstruire.

 

Répondre à la question du Christ

Nous pouvons également nous identifier à Pierre dans ce passage d’évangile. Avouons que sa réponse est mitigée, pas très glorieuse en fait.

« À qui irions-nous ? » sonne comme une résignation peu enthousiaste. Sous-entendu : nous n’avons pas de plan B. Si on te quitte, on ne sait pas quoi faire…

33632686_p disciplesNe méprisons donc pas nos propres réponses lorsqu’elles sont aussi mitigées que celle de Pierre. Pas besoin d’avoir de grands élans intérieurs pour répondre au Christ / à l’autre. Cela commence par un examen lucide explorant des alternatives. Cela peut aussi susciter quelques belles découvertes : « tu as les paroles de la vie éternelle » se surprend à crier Pierre, comme s’il se jetait à l’eau sans savoir nager !

Répondre à la question libère en nous des énergies insoupçonnées. Prendre résolument position pour ou contre nous aide à nous trouver nous-mêmes, à savoir qui nous sommes (« fils de Jonas » pour Pierre), à creuser en nous la source intérieure de notre liberté (« ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux »).
Filer à l’anglaise est une tentation récurrente : ne pas avoir de problèmes, ne pas faire scandale, rester discret…

Oser dire oui ou non est pourtant libérateur.

 

Nous sommes tantôt dans la position de celui qui doit poser la question décisive à l’autre, tantôt à la place de celui qui doit répondre sans détour.

Que l’Esprit du Christ nous apprenne à discerner quand cela arrive, et à quelle liberté, à quel détachement nous sommes ainsi appelés.

 

 

1ère lecture : « Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu » (Jos 24, 1-2a.15-17.18b)
Lecture du livre de Josué

En ces jours-là, Josué réunit toutes les tribus d’Israël à Sichem ; puis il appela les anciens d’Israël, avec les chefs, les juges et les scribes ; ils se présentèrent devant Dieu. Josué dit alors à tout le peuple : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vos pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays. Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Le peuple répondit : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! C’est le Seigneur notre Dieu qui nous a fait monter, nous et nos pères, du pays d’Égypte, cette maison d’esclavage ; c’est lui qui, sous nos yeux, a accompli tous ces signes et nous a protégés tout le long du chemin que nous avons parcouru, chez tous les peuples au milieu desquels nous sommes passés. Nous aussi, nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. »

Psaume : Ps 33 (34), 2-3, 16-17, 20-21, 22-23

R/ Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! (cf. Ps 33, 9)

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Le Seigneur regarde les justes,
il écoute, attentif à leurs cris.
Le Seigneur affronte les méchants
pour effacer de la terre leur mémoire.

Malheur sur malheur pour le juste,
mais le Seigneur chaque fois le délivre.
Il veille sur chacun de ses os :
pas un ne sera brisé.

Le mal tuera les méchants ;
ils seront châtiés d’avoir haï le juste.
Le Seigneur rachètera ses serviteurs :
pas de châtiment pour qui trouve en lui son refuge.

2ème lecture : « Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église » (Ep 5, 21-32)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères,
par respect pour le Christ, soyez soumis les uns aux autres ; les femmes, à leur mari, comme au Seigneur Jésus ; car, pour la femme, le mari est la tête, tout comme, pour l’Église, le Christ est la tête, lui qui est le Sauveur de son corps. Eh bien ! puisque l’Église se soumet au Christ, qu’il en soit toujours de même pour les femmes à l’égard de leur mari.

 Vous, les hommes, aimez votre femme à l’exemple du Christ : il a aimé l’Église, il s’est livré lui-même pour elle, afin de la rendre sainte en la purifiant par le bain de l’eau baptismale, accompagné d’une parole ; il voulait se la présenter à lui-même, cette Église, resplendissante, sans tache, ni ride, ni rien de tel ; il la voulait sainte et immaculée. C’est de la même façon que les maris doivent aimer leur femme : comme leur propre corps. Celui qui aime sa femme s’aime soi-même. Jamais personne n’a méprisé son propre corps : au contraire, on le nourrit, on en prend soin.
C’est ce que fait le Christ pour l’Église, parce que nous sommes les membres de son corps. Comme dit l’Écriture :
À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un. Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église. 

Evangile : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jn 6, 60-69)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ; tu as les paroles de la vie éternelle.
Alléluia. (cf. Jn 6, 63c.68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ? Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !… C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait. Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. » 

 À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner. Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »
Patrick BRAUD

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14 janvier 2015

Libres ricochets…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 00 min

Libres ricochets…

Homélie du 2° Dimanche Année du temps ordinaire / Année B 
18/01/2015

cf. également :  Quel Éli élirez-vous ?

·         Avez-vous déjà médité sur ce jeu que les enfants adorent au bord d’un lac : les ricochets… ?

Vous choisissez un caillou bien plat. Normalement, il doit couler. Normalement, il ne peut pas traverser le lac. Mais si vous lui imprimez une vitesse de rotation assez grande, grâce à un coup de poignet astucieux – auquel enfant je m’exerçais pendant des heures ! – et si vous le propulsez au ras de l’eau avec une trajectoire tangentielle et une force bien choisies, alors vous avez la surprise de voir ce caillou voler… rebondir… et de ricochet en ricochet accomplir l’impensable : traverser l’eau, aller d’une rive à l’autre…

·         C’est un peu ce qui se passe dans l’évangile d’aujourd’hui (Jn 1, 35-42) : l’appel à suivre le Christ ricoche des uns aux autres, les entraînant là où ils n’auraient jamais pensé pouvoir aller. Jean-Baptiste « lance » ses deux disciples à la suite de Jésus (et Dieu sait si pour un prophète comme Jean- Baptiste c’était dur à l’époque de « donner » ses disciples à un autre maître). L’un de ces deux, André, va chercher son frère Simon, et le propulse ainsi dans l’aventure où il deviendra Pierre (c’est-à-dire l’aventure de l’Église). Juste après, Philippe va chercher Nathanaël…

Libres ricochets… dans Communauté spirituelle 102awebIl en est souvent ainsi dans l’évangile de Jean : c’est par ricochets que l’appel se transmet d’une personne à une autre, constituant l’Église, de proche en proche. Et cet appel donnera à ces hommes et à ces femmes de traverser toutes les épreuves, de traverser la mort même, comme le caillou tout surpris de voler de rebond en rebond vers l’autre rive…

·         Si nous pratiquions cet appel « par ricochets », n’aurions-nous pas plus de chrétiens motivés ? plus de prêtres, de religieuses ? Demandez aux prêtres et religieuses que vous connaissez : c’est souvent grâce à telle rencontre, telle discussion, telle retraite avec d’autres, que le Christ leur a dit : « viens ». C’est rarement en direct !

Comme l’appel de Samuel (1° lecture), il y a toujours un Élie, un visage ami qui révèle ce que je porte en moi confusément et que je n’arrive pas à entendre du premier coup.

De ricochet en ricochet, Dieu fait feu de tout bois pour, patiemment, m’appeler à le rejoindre…

 

·   Mais si cet appel est une invitation très ferme : « viens », il est en même temps infiniment respectueux de la liberté : « viens et vois ». Plus encore : il suscite la liberté, il l’informe (au double sens de lui donner des informations pour décider oui  ou non, et de lui donner une formation pour l’éduquer à répondre).

.  La « Lettre aux catholiques de France » (1996) sur la « proposition de la foi » décrivait ainsi cette transformation de la pastorale de l’Eglise :

Dans la mise en œuvre de la mission de l’Église selon ses modalités les plus habituelles, notamment dans la vie des paroisses et dans la pastorale des sacrements, une transformation du même ordre est en train de se produire. Des institutions ecclésiales « classiques », qui semblaient ne rien réclamer d’autre que la conformité à des procédures bien rodées, réclament aujourd’hui, sous peine de dépérir, d’être incessamment améliorées, vérifiées, relancées. Ce qu’il suffisait naguère d’entretenir doit être aujourd’hui voulu et soutenu. Toutes sortes de démarches qu’une population majoritairement catholique nous demandait, en se coulant dans des automatismes communément admis, doivent être désormais proposées comme l’objet d’un choix.

De sorte que la pastorale dite « ordinaire », souvent vécue comme une pastorale de l’accueil, doit de plus en plus devenir aussi une pastorale de la proposition. Cette évolution a quelque chose d’onéreux. Certains la vivent comme une véritable épreuve. Mais de plus en plus nombreux sont les prêtres et les laïcs qui disent s’en trouver mûris et renouvelés dans leur foi. Un nombre croissant de pasteurs et, plus largement, d’acteurs de la pastorale comprennent qu’il y a là une exigence de la mission. Ils se découvrent du même coup appelés à aller davantage au cœur même de la foi. (n° 2)

.    Proposer la foi n’est pas l’imposer.

Nous ne sommes pas des témoins de Jéhovah ou des sectes cherchant à manipuler l’adhésion de leurs membres. Plusieurs fois le Christ a pris le risque de la libre réponse de ses amis : « voulez-vous partir vous aussi ? » demande-t-il aux 12 lorsque la foule le quitte, déçue par ses paroles trop fortes sur l’eucharistie. Sans cesse il appelle :« si tu veux… ». Le jeune homme riche d’ailleurs s’en va, librement (même s’il en est tout triste).

Autrement dit, le fait d’appeler quelqu’un suscite et fait grandir sa liberté.

C’est le débat – quelque fois difficile – que nous avons souvent avec des parents qui demandent le baptême de leur enfant.

« Voudrez-vous lui parler du Christ et de l’Évangile, l’inscrire au caté en CE2 pour qu’il puisse découvrir ce qu’il y a dans son baptême ? »

« Mais nous on ne veut rien lui imposer, il choisira plus tard… »

« Comment voulez-vous qu’il choisisse si vous ne l’appelez pas à choisir ? comment choisir de faire du rugby si jamais les parents ne l’inscrivent au club ? idem pour la danse, la musique, le tennis… Allez-vous violer sa liberté quand vous lui imposerez l’école obligatoire ? quand vous lui apprendrez à être propre ? à respecter les règles de politesse et de vie en commun ?… »

 

·         C’est une fausse conception de la liberté de croire qu’on pourrait choisir dans le vide. Ne rien proposer, c’est enfermer l’autre dans l’impuissance, dans le non-choix. Appeler quelqu’un librement, c’est lui donner les moyens de dire oui ou non, et respecter sa réponse.

 

* appeler-au-mariage-de-dinechin-olivier-de-885878209_ML appel dans Communauté spirituelleC’est ce que nous essayons de faire au caté lorsque nous demandons aux enfants d’écrire une lettre, très personnelle, au moment où ils sont appelés à faire leur 1° communion. Ce n’est pas automatique de faire sa 1° communion : c’est la réponse à un appel, qui fonde et garantit leur liberté. S’ils ne le veulent pas cette année, alors ce sera peut-être l’année prochaine, ou dans 15 ans… Dieu est patient ! Il est également tenace, voire têtu, et ne renonce pas facilement à appeler chacun à vivre davantage…

 

* C’est ce que nous essayons de faire avec les futurs mariés : il n’est pas rare que, grâce à la préparation sérieuse qui s’étale sur plusieurs mois (1 an en pratique), ils réfléchissent et découvrent d’eux-mêmes qu’ils ne sont pas prêts ou pas volontaires pour le sacrement de mariage. Librement, ils peuvent alors dire oui ou non à l’appel que leur lance l’Église pour être dans le mariage sacrements de l’amour de Dieu, avec tout ce que cela comporte.

 

·         Vous voyez : lancer des ricochets au bord de l’eau peut nous entraîner très très loin ! De visage en visage, d’appels en rencontres, de discussions en événements intérieurs, nous nous surprendrons nous-mêmes à voler de rive en rive.

Caillou lancé avec force et agilité, tournoyant sans cesse sur lui-même, chacun pourra non seulement ne pas se laisser engloutir par les flots à traverser, mais aller de l’avant, vers son avenir, vers lui-même, au-delà…

 

·         Que ces libres ricochets continuent de nourrir la pratique de l’appel en Église : appel pour devenir catéchiste, pour fleurir l’église, pour accompagner les familles en deuil etc… Si nous transmettons à d’autres cette invitation, c’est pour que nos paroisses, nos communautés  soient de plus en plus invitantes, à l’école même du Christ : « venez, et vous verrez »

 

1ère lecture : Vocation de Samuel (1S 3, 3b-10.19)

Lecture du premier livre de Samuel

Samuel couchait dans le temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu. Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je ne t’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je ne t’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.
Une troisième fois, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Retourne te coucher, et si l’on t’appelle, tu diras : ‘Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.’ » Samuel retourna se coucher. Le Seigneur vint se placer près de lui et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. »
Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet.

Psaume : 39, 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd

R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.

D’un grand espoir j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi.
En ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

2ème lecture : Notre corps appartient au Seigneur (1Co 6, 13b-15a.17-20)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
notre corps n’est pas fait pour la débauche, il est pour le Seigneur Jésus, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Quand on s’unit au Seigneur, cela ne fait qu’un seul esprit. Fuyez la débauche. Tous les péchés que l’homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais la débauche est un péché contre le corps lui-même.
Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l’Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

Evangile : Vocation des trois premiers disciples (Jn 1, 35-42)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
En Jésus Christ, nous avons reconnu le Messie : par lui nous viennent grâce et vérité. Alléluia. (cf. Jn 1, 41.17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jean Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit :
« Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus. Celui-ci se retourna, vit qu’ils le suivaient, et leur dit :
« Que cherchez-vous ? »
Ils lui répondirent : « Rabbi (c’est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? »
Il leur dit : « Venez, et vous verrez. »
Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.
C’était vers quatre heures du soir.
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ).
André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha » (ce qui veut dire : pierre).
Patrick BRAUD

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16 novembre 2013

« Même pas peur »…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

« Même pas peur »…

Homélie du 33° Dimanche / Année C
Dimanche 17 Novembre 2013
Journée nationale du Secours Catholique

  

La peur de la fin du monde est comme une constante de l’histoire de l’humanité.

À croire que cette peur est utile à certains qui l’exploitent.

Du temps de Jésus, la peur de la fin du monde, c’était la peur de l’anéantissement d’Israël par les Romains, la peur de la destruction du temple de Jérusalem évoquée par Jésus, ou l’arrivée triomphale du Messie Juif. Mais ce n’était jamais que la fin d’un monde (et non la fin du monde).

Plus près de nous, les deux dernières guerres mondiales ont ravivé cette peur.

Puis il y a eu la guerre froide et la peur de l’auto-destruction nucléaire.

Le marxisme chantait d’ailleurs à l’époque l’écroulement inéluctable de l’économie de marché, et manipulait cette peur pour hâter la venue d’une société nouvelle d’après le cataclysme.

Certains courants écologiques ont pris le relais, prophétisant la fin de la planète…

Ou certains courants politiques ont utilisé la peur du 11 septembre comme la menace de la fin de notre monde.

 « Même pas peur »... dans Communauté spirituelle 561186-meme-pas-peur-du-haka

Vous voyez, chaque période crée sa peur, comme un miroir. 

Or, Jésus refuse de se laisser entraîner dans cette excitation apocalyptique.

Il nous avertit : « Quand vous entendrez parler de ces catastrophes, ne vous effrayez pas. Ce ne sera pas tout de suite la fin ».

Ne vous laissez donc pas prendre à la fascination des grandes catastrophes.

Ne vous laissez pas entraîner par ce pessimisme ambiant qui laisse la peur dominer sur la raison.

Ne soyez pas effrayés par ceux qui vous annoncent la fin du monde, ou même la fin d’un monde.

D’ailleurs, pour nous chrétiens, la fin du monde a déjà eu lieu !

Aussi étonnant que cela puisse paraître, dans l’évangile, la fin du monde est déjà arrivée, le Règne de Dieu est déjà au milieu de nous !

Ce n’est pas au terme de l’histoire que sera révélée la vérité de l’homme, c’est au milieu de l’histoire que cela a été accompli, dans la Passion-Résurrection du Christ.

Voilà pourquoi nous sommes libres de ne pas courir après les dernières peurs à la mode.

Quand le Christ prononce : « Tout est accompli » sur la croix, c’est réellement la fin, la plénitude, le terme qui est déjà à l’oeuvre, présent dans nos vies.

Regardez les façade de nos cathédrales romanes : le Christ dans la mandorle de gloire attire à lui tous les hommes, toute l’histoire, tout l’univers.

C’est le Christ de l’Ascension qui a déjà tout accompli lorsqu’il est élevé auprès du Père.

C’est en même temps le Christ de la fin des temps qui reviendra manifester la vérité du monde.

Mais depuis l’Ascension, notre monde a déjà basculé en Christ du côté de la Résurrection, de la divinisation de l’homme.

 

Quelles sont les conséquences pratiques de cette conception chrétienne de la fin du monde au milieu de l’histoire ?

- D’abord ne plus avoir peur.

Les prophètes de malheur ne pourront jamais nous détourner de ce qui est pleinement accompli en Christ.

- Ensuite, nous sommes libres :

* Libres de témoigner de cet avenir déjà présent, jusque dans la persécution s’il le faut.

* Libres de ne pas être fascinés par les chiffres, par le quantitatif, car si le Royaume est déjà là sous forme de graine, cela suffit pour tout transformer.

* Libres de combattre tout catastrophisme, toute « terreur sacrée » où l’on voudrait nous embrigader dans des pensées inhumaines, comme le marxisme autrefois, sous prétexte de fin du monde. 

* Libres enfin de travailler – comme les martyrs des 1er siècles alors que l’empire romain s’écroulait – à l’émergence d’un monde nouveau que Dieu façonne sans cesse.

Ne nous résignons pas à la résignation ambiante.

Nous avons oublié l’eschatologie (c’est-à-dire l’espérance en l’accomplissement final) et sa réalité profonde : l’Éternel est présent dans le temps et les signes du Royaume de Dieu sont semés dans la lourde pâte de notre monde. À nous de discerner cette pédagogie divine à base de confiance.

Demandez aux 65 000 bénévoles du Secours catholique s’ils se résignent ! Demandez aux 1000 salariés du Secours s’ils s’affolent ! La pauvreté augmente en France, c’est vrai. Mais en cette journée Nationale du Secours Catholique, nous ne cédons pas au catastrophisme.

Partout, notre don agit. Le Secours catholique est un service de l’Église de France pour faire rayonner la charité, pour que partout votre don agisse, par la prière, le don matériel, le soutien scolaire, en créant des groupes de parole, des lieux de fraternité, en interpellant la société au sujet des plus faibles. Le rapport annuel du Secours Catholique sur la pauvreté en France insistait notamment sur la détresse grandissante de ce que l’on appelle pudiquement : ‘les familles monoparentales’, c’est-à-dire les femme seules avec enfants. Mais ce n’est pas nous faire peur que le Secours nous informe, c’est pour agir !…

Si on vous parle de catastrophes et de fin du monde, ne vous effrayez donc pas, nous redit Jésus aujourd’hui. « N’y allez pas ! N’y courez pas ! » (Lc 17,23).

Gardez en vous cette distance intérieure, cette « réserve eschatologique » (Jean-Baptiste Metz) qui vient de votre appartenance à l’autre monde, celui que le Christ a déjà inauguré par sa Résurrection et son Ascension au plus haut.

Ne vous laissez pas égarer par les dernières peurs à la mode…

 

 

1ère lecture : De l’esclavage du péché au service de Dieu (Rm 6, 12-18)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, il ne faut pas que le péché règne dans votre corps mortel et vous fasse obéir à ses désirs. Ne mettez pas les membres de votre corps au service du péché pour mener le combat du mal : mettez-vous au contraire au service de Dieu comme des vivants revenus de la mort, et offrez à Dieu vos membres pour le combat de sa justice. Car le péché n’aura plus sur vous aucun pouvoir : en effet, vous n’êtes plus sujets de la Loi, vous êtes sujets de la grâce de Dieu.
Alors ? Puisque nous ne sommes pas sujets de la Loi, mais de la grâce, allons-nous recommencer à pécher ? Absolument pas. Vous le savez bien : en vous mettant au service de quelqu’un pour lui obéir comme esclaves, vous voilà esclaves de celui à qui vous obéissez : soit du péché, qui est un chemin de mort ; soit de l’obéissance à Dieu, qui est un chemin de justice. Mais rendons grâce à Dieu : vous qui étiez esclaves du péché, vous avez maintenant obéi de tout votre c?ur à l’enseignement de base auquel Dieu vous a soumis. Vous avez été libérés du péché, vous êtes devenus les esclaves de la justice.

Psaume : 123, 2-3, 4-5, 7
R/ Notre secours est dans le nom du Seigneur.

Sans le Seigneur qui était pour nous
quand des hommes nous assaillirent,
alors ils nous avalaient tout vivants,
dans le feu de leur colère.

Alors le flot passait sur nous, 
   le torrent nous submergeait ; 
alors nous étions submergés 
   par les flots en furie.

Comme un oiseau, nous avons échappé 
   au filet du chasseur ; 
le filet s’est rompu : 
   nous avons échappé.

Evangile : Attendre le retour du Seigneur : parabole de l’intendant fidèle (Lc 12, 39-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Heureux celui qui veille dans la prière : il sera jugé digne de paraître debout devant le Fils de l’homme. Alléluia.(cf. Lc 21, 36)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus disait à ses disciples : « Vous le savez bien : si le maître de maison connaissait l’heure où le voleur doit venir, il ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Pierre dit alors : « Seigneur, cette parabole s’adresse-t-elle à nous, ou à tout le monde ? »
Le Seigneur répond : « Quel est donc l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de ses domestiques pour leur donner, en temps voulu, leur part de blé ?
Heureux serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera à son travail. Vraiment, je vous le déclare : il lui confiera la charge de tous ses biens.
Mais si le même serviteur se dit : ‘Mon maître tarde à venir’, et s’il se met à frapper serviteurs et servantes, à manger, à boire et à s’enivrer, son maître viendra le jour où il ne l’attend pas et à l’heure qu’il n’a pas prévue ; il se séparera de lui et le mettra parmi les infidèles.
Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a pourtant rien préparé, ni accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups.
Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »
Patrick Braud

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