L'homelie du dimanche

13 novembre 2017

Le dollar et le goupillon ?

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Le dollar et le goupillon ?

Homélie du 33° Dimanche ordinaire / Année A
19/11/2017

Cf. également :

Entre dans la joie de ton maître

Décevante est la grâce et vaine la beauté

Une autre gouvernance


À chacun selon ses capacités

Thérèse de Lisieux (1873-1897) rapporte dans son journal spirituel une image venant de sa sœur Pauline :

Résultat de recherche d'images pour "verres remplis"Une fois je m’étonnais de ce que le Bon Dieu ne donne pas une gloire égale dans le ciel à tous les élus, et j’avais peur que tous ne soient pas heureux. Alors Pauline me dit d’aller chercher le grand verre à papa et de le mettre de côté de mon tout petit dé, puis de les remplir d’eau, ensuite elle me demanda lequel était le plus plein. Je lui dis qu’ils étaient aussi pleins l’un que l’autre et qu’il était impossible de mettre plus d’eau qu’ils n’en pouvaient contenir. Ma Mère chérie me fit alors comprendre qu’au Ciel le Bon Dieu donnerait à ses élus autant de gloire qu’ils en pourraient contenir, et qu’ainsi le dernier n’aurait rien à envier au premier [1].

Cette parabole est précieuse, car elle permet de conjuguer la responsabilité individuelle et l’égalité fondamentale entre tous. La clé semble bien venir de notre évangile dominical (Mt 25, 14 30) : « à chacun selon ses capacités ». Comme dans l’histoire des verres petits et grands mais tous remplis à ras bord, Jésus arrive dans cette parabole des talents à concilier les différences liées aux capacités de chacun (5/2/1 talents) et l’égalité de traitement pour ceux qui les auront fait fructifier (« entre dans la joie de ton seigneur »). L’enjeu est ici la vie éternelle, au retour du maître absent.

Mais l’enjeu symétrique est la vie sociale durant cette absence.

Chacun va-t-il être jaloux de ce qu’a reçu l’autre (ce qui engendre alors la violence mimétique, à l’origine de tant de conflits humains) ? ‘Tous les hommes naissent égaux en droit’, proclamons-nous avec conviction. Mais force est de constater qu’ils ne naissent pas égaux en fait. Être le huitième enfant d’une famille pauvre du Yémen n’offre certes pas les mêmes chances qu’être le deuxième d’une famille aisée de Neuilly-sur-Seine… Jésus ne sacralise pas ces inégalités de naissance, de classe sociale ou même de dons reçus (intelligence, qualités diverses, capital santé etc.). Il appelle chacun à prendre conscience de ce qu’il a reçu (et personne n’a rien reçu !) et à le faire fructifier selon ses capacités. C’est ce que la promesse scoute des jeannettes appelle « faire de mon mieux ».

La parabole des talents rejoint ainsi celle des dix vierges sages et folles dans l’éloge de la responsabilité individuelle. Personne ne peut faire fructifier à ma place des talents que j’ai reçus du hasard et de ma famille. Il faut pour cela une certaine culture de l’initiative, de la prise de risque. Ces valeurs parlent au cœur des néolibéraux. D’autant plus que l’attitude inverse dénoncée par Jésus est la peur. C’est par peur que le mauvais serviteur enfouit son talent. Or l’économie de marché demande pour fonctionner un écosystème basé sur la confiance et non sur la peur. La « société de confiance » vantée par Peyrefitte en 1995 est le milieu naturel indispensable où peut s’épanouir une économie ouverte, faite d’échanges et de liens commerciaux. Les sociétés fermées enfouissent leurs richesses, ne les risquent pas dans des aventures entrepreneuriales pour créer de nouveaux biens.

Il existe donc de nombreuses affinités entre ces paraboles et l’esprit capitaliste depuis l’origine : le constat des inégalités, le moteur de l’initiative individuelle, le principe de responsabilité, la prise de risque basée sur la confiance mutuelle et non sur la peur etc.

Serait-on en présence d’une sainte alliance entre pensée évangélique et économie de marché ? Le dollar et le goupillon en somme ?

À bien y regarder, les contre-feux allumés pour contenir l’individualisme sont nombreux.

 

L’impératif du rendement proportionnel

Le dollar et le goupillon ? dans Communauté spirituelle return-investment-roi-infografic-keywords-icons-35357202Impossible d’être rentier dans l’esprit de la parabole. Les talents investis ont une rentabilité (un ROI, comme aiment à dire les gestionnaires) de 100 % : 5 pour 5, 2 pour 2. Ailleurs, dans la parabole du semeur, Jésus évoque des rendements encore supérieurs : 30, 60, 100 pour un. Mais il précise : « à celui qui a beaucoup reçu on donnera davantage encore ».

Prenons un exemple en France : les quelques 650 actionnaires héritiers de la famille Mulliez, détenteurs d’un empire familial devenu mondial (Décathlon, Leroy-Merlin, Auchan…), sont éduqués dans la conviction que leur fortune n’est pas pour jouir du luxe, mais pour continuer à créer des entreprises, des emplois, de la richesse. S’ils deviennent actionnaires, ce n’est pas pour flamber ni devenir oisifs, c’est pour faire fructifier ce capital historiquement accumulé par leurs aïeux. Ils sont représentatifs d’un capitalisme inspiré par la doctrine sociale de l’Église, où naître riche est d’abord une responsabilité envers les autres avant d’être un avantage personnel. Le talent reçu, quel qu’il soit : économique, artistique, physique ou intellectuel, est d’abord une dette, avec obligation de rendement. Si ce rendement n’est pas proportionnel aux dons reçus, l’héritage devient de la confiscation, le talent devient égoïsme. 

 

Rendre des comptes

locgerance3 confiance dans Communauté spirituelleLe maître de la parabole s’absente, mais il reviendra. Il confie des talents, mais en reste le propriétaire. À son retour, c’est le temps des comptes rendus : chacun rend les comptes de sa gestion en expliquant ce qu’il en a fait et pourquoi.

L’homme est ainsi gestionnaire du monde et non pas propriétaire. Ce devoir de gérance est la base de notre responsabilité écologique. C’est également le socle de notre solidarité avec les générations futures. C’est encore le fondement de l’humilité spirituelle, car tout talent est un charisme, c’est-à-dire un don de l’Esprit de Dieu en vue du bien commun.
La perspective de rendre des comptes, aujourd’hui devant les autres, demain devant nos enfants et la planète, et ultimement devant Dieu, change radicalement notre rapport à la liberté et la responsabilité individuelles. Notre liberté et notre autonomie sont celles d’un gérant, pas d’un propriétaire à son compte. Se vouloir indépendant au point de ne pas accepter de rendre des comptes est peut-être très libéral, mais très peu évangélique.

 

Ne pas sacraliser les inégalités

Le jugement final du maître de la parabole des talents remet tout le monde à égalité. Que tu aies eu deux ou cinq talents, « entre dans la joie de ton seigneur » si tu les as fait fructifier. Peu importe la taille de ton verre, il sera rempli à la fin selon l’image de Pauline Martin. À nous de traduire dans la vie sociale cette égalité finale. Comment ? En supprimant pour nous-mêmes les privilèges par lesquels les plus talentueux veulent se distinguer des autres. En considérant comme normal de produire plus que ceux qui ont moins. En n’étant pas jaloux de ceux qui ont plus (ce qui est plus facile s’ils le mettent au service du bien commun, c’est vrai !).

D’ailleurs, chacun des serviteurs de la parabole reste dans la condition des serviteurs du domaine, comme les autres. S’il produit plus, il ne se sépare pas pour autant de sa condition ni de ses confrères.

https://img.yumpu.com/16709343/1/358x462/familistere-de-guise-aisne.jpg?quality=80Un utopiste français, Henri Pierre Godin a traduit cette aspiration dans le Familistère de Guise (sans se référer à l’Évangile !). Inventeur du fameux poêle Gaudin, il a investi sa richesse dans le développement de son usine et la construction d’un ensemble de logements communautaires à Guise (jusqu’à 2000 personnes y ont vécu pendant un siècle !), avec un principe fort : associer les ouvriers au capital et aux bénéfices, leur offrir les « équivalents de la richesse » (car, de façon réaliste et pragmatique, Gaudin constatait qu’il était impossible de les rendre tous riches). Les « équivalents de la richesse », c’étaient au XIX° siècle les bains pour tous, la piscine (où l’on apprenait à nager grâce à un système ingénieux de plancher relevable…), le théâtre, l’eau chaude, des loisirs, et même une école (précurseur de l’école Montessori), tout cela gratuitement pour les résidents du Familistère !

Gaudin, socialiste utopiste inspiré de Fourrier et de Proudhon, grand anticlérical, a peut-être réalisé mieux que quiconque de son vivant ce que la parabole des talents implique dans la destination de la richesse produite…

 

À chacun selon ses besoins

La logique très responsabilisante de notre parabole : « à chacun selon ses capacités » doit en effet se conjuguer avec l’autre logique de répartition des biens que les Actes des apôtres nous ont transmis : « à chacun selon ses besoins » (Ac 2,45). La scolastique dira plus tard que la justice commutative (les lois de l’échange dans le marché) doit être corrigée par la justice distributive (la fiscalité, l’aide aux pauvres etc.). Les inégalités venant de la naissance, de la classe sociale, du pays etc. ne sont pas les moteurs de la création de richesses. Le moteur, c’est la volonté de faire fructifier les dons reçus. Cela se fait sans changer de condition, sans dominer ceux qui ont moins reçu, sans oublier de distribuer à ceux qui sont dans le besoin.

Equity-equality individualisme

Faire fructifier ses talents demeure une force d’inspiration de tout progrès, humain économique ou spirituel. Sachons la mettre en œuvre, sans contredire notre commune fraternité, sans oublier le rendez-vous final où nous rendrons des comptes à notre Créateur.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Ses mains travaillent volontiers » (Pr 31, 10-13.19-20.30-31)
Lecture du livre des Proverbes

Une femme parfaite, qui la trouvera ? Elle est précieuse plus que les perles ! Son mari peut lui faire confiance : il ne manquera pas de ressources. Elle fait son bonheur, et non pas sa ruine, tous les jours de sa vie. Elle sait choisir la laine et le lin, et ses mains travaillent volontiers. Elle tend la main vers la quenouille, ses doigts dirigent le fuseau. Ses doigts s’ouvrent en faveur du pauvre, elle tend la main au malheureux.
 Le charme est trompeur et la beauté s’évanouit ; seule, la femme qui craint le Seigneur mérite la louange. Célébrez-la pour les fruits de son travail : et qu’aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange !

PSAUME

(Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-5)
R/ Heureux qui craint le Seigneur ! (Ps 127, 1a)

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni
l’homme qui craint le Seigneur.
De Sion, que le Seigneur te bénisse !
Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie.


DEUXIÈME LECTURE
« Que le jour du Seigneur ne vous surprenne pas comme un voleur » (1 Th 5, 1-6)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

 Pour ce qui est des temps et des moments de la venue du Seigneur, vous n’avez pas besoin, frères, que je vous en parle dans ma lettre. Vous savez très bien que le jour du Seigneur vient comme un voleur dans la nuit. Quand les gens diront : « Quelle paix ! quelle tranquillité ! », c’est alors que, tout à coup, la catastrophe s’abattra sur eux, comme les douleurs sur la femme enceinte : ils ne pourront pas y échapper. Mais vous, frères, comme vous n’êtes pas dans les ténèbres, ce jour ne vous surprendra pas comme un voleur. En effet, vous êtes tous des fils de la lumière, des fils du jour ; nous n’appartenons pas à la nuit et aux ténèbres. Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres.


ÉVANGILE
« Tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup » (Mt 25, 14-30)
Alléluia. Alléluia. Demeurez en moi, comme moi en vous, dit le Seigneur ; celui qui demeure en moi porte beaucoup de fruit.
Alléluia. (Jn 15, 4a.5b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « C’est comme un homme qui partait en voyage : il appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il remit une somme de cinq talents, à un autre deux talents, au troisième un seul talent, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.
Aussitôt, celui qui avait reçu les cinq talents s’en alla pour les faire valoir et en gagna cinq autres. De même, celui qui avait reçu deux talents en gagna deux autres. Mais celui qui n’en avait reçu qu’un alla creuser la terre et cacha l’argent de son maître.
 Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint et il leur demanda des comptes. Celui qui avait reçu cinq talents s’approcha, présenta cinq autres talents et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié cinq talents ; voilà, j’en ai gagné cinq autres.’ Son maître lui déclara : ‘Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’ Celui qui avait reçu deux talents s’approcha aussi et dit : ‘Seigneur, tu m’as confié deux talents ; voilà, j’en ai gagné deux autres.’ Son maître lui déclara : ‘Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur.’
 Celui qui avait reçu un seul talent s’approcha aussi et dit : ‘Seigneur, je savais que tu es un homme dur : tu moissonnes là où tu n’as pas semé, tu ramasses là où tu n’as pas répandu le grain. J’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. Le voici. Tu as ce qui t’appartient.’ Son maître lui répliqua : ‘Serviteur mauvais et paresseux, tu savais que je moissonne là où je n’ai pas semé, que je ramasse le grain là où je ne l’ai pas répandu. Alors, il fallait placer mon argent à la banque ; et, à mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts. Enlevez-lui donc son talent et donnez-le à celui qui en a dix. À celui qui a, on donnera encore, et il sera dans l’abondance ; mais celui qui n’a rien se verra enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dans les ténèbres extérieures ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents ! »
Patrick BRAUD

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6 novembre 2017

Éloge de la responsabilité individuelle

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Éloge de la responsabilité individuelle


Homélie du 32° Dimanche ordinaire / Année A
12/11/2017

Cf. également :

L’anti terreur nocturne
Donne-moi la sagesse, assise près de toi
Les bonheurs de Sophie
Manquez, venez, quittez, servez
Épiphanie : la sagesse des nations


Éloge de la responsabilité individuelle dans Communauté spirituelle L-ethique-protestante-et-l-esprit-du-capitalismeLes passages « néolibéraux » des Évangiles sont trop rares pour ne pas les saluer tout particulièrement ! En effet, la plupart du temps, on y parle de solidarité, partage, défense des plus faibles, justice pour les dominés etc. Mais voilà qu’ici, notre parabole des dix vierges conviées à la noce (Mt 25, 1-13) nous invite à la responsabilité individuelle, loin de toute assistance ou prise en charge mutuelle. Elle est, avec la parabole des talents, un point d’appui pour ceux qui développent la thèse de l’affinité élective (Max Weber) entre le christianisme et le capitalisme. Les grands thèmes du libéralisme sont de fait contenus dans l’attitude spirituelle des cinq vierges sages : sens de la prévoyance et du calcul, prise de risque et culture de l’initiative, récompense accordée à ceux qui la méritent, exclusion tout autant méritée pour les cinq vierges insensées que rien ne peut sauver, pas même la solidarité avec les autres devenue impossible.

Un des piliers du credo libéral est ce qu’on appelle l’individualisme méthodologique. C’est une méthode de raisonnement qui place l’individu au-dessus du groupe, et fait de chacun le responsable de son propre destin. Trop attendre des autres, c’est tuer le moteur de la création de richesses. Les plus radicaux pensent que les pauvres n’ont que ce qu’ils méritent, et il n’y a pas lieu de les aider. Au contraire, car ce serait fausser le cercle vertueux initiative <=> responsabilité individuelle qui offre à chacun des opportunités de se refaire après une mauvaise période. Les libéraux modérés légitimeront l’aide aux pauvres, à condition toutefois qu’elle ne les encourage pas à persévérer dans l’assistance, à condition que ceux qui travaillent gagnent toujours plus et mieux que ceux qui reçoivent des aides.

Notre parabole ne semble pas dire autre chose : les vierges insensées n’ont qu’à s’en prendre à elles-mêmes ! Leur imprévoyance relève de leur seule responsabilité. Et appauvrir les cinq prévoyantes pour partager l’huile ne serait que généraliser la pénurie (comme autrefois dans l’empire soviétique) au lieu de créer de la richesse. Il y a des moments où le partage est impossible, et serait même injuste. Il y a des solidarités inefficaces qui conduisent à l’appauvrissement de tous. Certains comportements individuels ont des conséquences irréversibles : la salle des noces sera fermée à celles qui arriveront trop tard; elles se casseront le nez devant la porte fermée sans recours.

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Évidemment, Jésus a imaginé cette parabole comme un avertissement salutaire, afin que cela ne se produise pas. Évidemment, cette histoire est spirituelle et non pas économique : elle concerne la venue du royaume des cieux et pas l’enrichissement de l’entreprise individuelle ! La différence est importante, car la réussite entrepreneuriale votée par les libéraux pourrait bien relever des fioles d’huile pas assez remplies… Les Pères de l’Église identifiaient l’huile des lampes avec la foi, les bonnes œuvres, la prière ou l’amour des Écritures, mais certainement pas avec l’initiative privée au sens capitalistique ! La provision d’huile relève davantage dans la bouche de Jésus de la vigilance spirituelle que du sens entrepreneurial. Les vierges sages sont celles qui vivent de l’unique nécessaire, et peuvent ainsi veiller de longues heures dans la nuit à attendre la venue du Christ sans épuiser leurs ressources intérieures. Les vierges folles vivent dans l’instant, l’éphémère, le superficiel, et gaspillent toutes leurs énergies à courir après les idoles environnantes (réussite, plaisir, paraître…). Quand vient le Christ-époux, elles réalisent soudain que leur lampe est vide pour aller à sa rencontre, c’est-à-dire qu’il leur faut complètement changer de vie, refaire le plein de leurs lampes pour répondre à l’invitation des noces. Petite cruauté de la parabole au passage : le détour par le marché (« allez plutôt chez les marchands pour acheter de l’huile ») ne suffira pas à les sauver, car ce sera trop tard. Comme quoi acheter ne permet pas d’ouvrir toutes les portes…

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Il semble donc que transformer cette parabole (et les semblables) en plaidoyer pour le libéralisme soit vraiment abusif : instrumentaliser l’Écriture pour légitimer nos pratiques contemporaines est une imposture qui ne trompe que ceux qui y gagnent…

 

Reste que la responsabilité individuelle – spirituelle, pas économique – est au cœur de la sagesse enseignée par Jésus, ici comme ailleurs. « Amasser des trésors dans les cieux » relève d’une décision personnelle. Impossible de croire par procuration, en comptant sur les autres pour que tout s’arrange au dernier moment. Impossible de se convertir par procuration, comme tentaient de le faire les seigneurs autrefois qui payaient des pénitents pour faire des pèlerinages d’expiation à leur place. Impossible de laisser la générosité à d’autres sous prétexte de se consacrer à des réussites plus importantes. Impossible de se dire familier du Christ sans lire les Écritures, car « ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ » (St Jérôme).

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Si cette huile multiforme (foi, conversion, générosité, prière, Écritures…) n’est pas le carburant de ma vie, alors je risque d’avoir brûlé tout mon potentiel au moment où justement j’en aurais le plus besoin pour aller à la rencontre du Christ et entrer avec lui dans la salle des noces. La parabole du jugement dernier de Mt 25 reprendra ce thème de la responsabilité personnelle inaliénable, avec plus d’emphase encore. Ceux qui ont brûlé d’amour du prochain iront à la droite du Père, les autres, irrémédiablement, constateront avec désolation qu’ils se sont placés de l’autre côté.

Encore une fois, insistons sur le fait que Jésus ne se résout pas à cette auto-exclusion dramatique. C’est plutôt un avertissement, afin que cela n’arrive pas : « veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ».

Chacun de nous est responsable de sa vie spirituelle.

Personne ne peut veiller à votre place.
Personne ne pourra vous sauver malgré vous.
À vous et vous seul d’être assez prévoyant pour savoir de quelle huile alimenter votre lampe, et en quelle quantité…

 


 

LECTURES DE LA MESSE

Première lecture
« La Sagesse se laisse trouver par ceux qui la cherchent » (Sg 6, 12-16)
Lecture du livre de la Sagesse
La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas. Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment, elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs désirs en se faisant connaître la première. Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte. Penser à elle est la perfection du discernement, et celui qui veille à cause d’elle sera bientôt délivré du souci. Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre.

Psaume
(Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 7-8)
R/ Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ! (cf. Ps 62, 2b)

Dieu, tu es mon Dieu,
 je te cherche dès l’aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire,
j’ai vu ta force et ta gloire.
Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Dans la nuit, je me souviens de toi
et je reste des heures à te parler.
Oui, tu es venu à mon secours :

je crie de joie à l’ombre de tes ailes.

Deuxième lecture
« Ceux qui sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui » (1 Th 4, 13-18)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens
Frères, nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité ; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.
Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci : nous les vivants, nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord. Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu’eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. Réconfortez-vous donc les uns les autres avec ce que je viens de dire. 

Évangile
« Voici l’époux, sortez à sa rencontre » (Mt 25, 1-13) Alléluia. Alléluia.
Veillez, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y pensez pas que le Fils de l’homme viendra.
Alléluia. (cf. Mt 24, 42a.44)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes : les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile. Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent. Au milieu de la nuit, il y eut un cri :Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.’ Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes :Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.’ Les prévoyantes leur répondirent :Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.’ Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée. Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent :Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’ Il leur répondit :Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.’
Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »
Patrick BRAUD

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8 janvier 2011

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

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« Laisse faire » :

l’étrange libéralisme de Jésus

 

Homélie pour la fête du Baptême du Seigneur / Année A

Dimanche 9 Janvier 2011

 

http://storage.canalblog.com/77/29/249840/21041018.jpg« Laisse faire ».

Par deux fois.  

« ‘Laisse faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.’

Alors Jean le laisse faire. » (Mt 3,5)


Une expression rare dans la Bible

·       L’expression est étrange. Elle est singulière également, car elle n’apparaît qu’ici dans le Nouveau Testament, dans cette scène du baptême de Jésus par Jean-Baptiste.

En effet, Jean-Baptiste résiste à l’idée d’être celui qui baptise Jésus et non l’inverse. Jésus est obligé de lui intimer cet impératif : « laisse faire ». On y sent une pointe d’incompréhensible : « tu ne peux pas saisir la porte de ton geste maintenant. Accepte de ne pas tout maîtriser. Laisse Dieu agir à sa manière ».

·       Dans toute la Bible, une rapide enquête montre que l’expression n’est utilisée formellement qu’une seule autre fois. Lorsque le roi d’Israël, Josias, voit le roi d’Égypte Neko monter combattre à Karkemish, sur le fleuve Euphrate, il croit qu’il doit le combattre au nom de Dieu. Neko essaie de le dissuader : « laisse donc faire Dieu qui est avec moi. Ce n’est pas toi que je viens attaquer ». Josias s’entête, livre bataille à Megiddo. Ne pas « laisser-faire » Dieu lui sera fatal : il est blessé mortellement (2Ch 35,20-27).

Lui, Josias, le grand roi de la réforme religieuse, qui avait restauré le Temple et la Loi à Jérusalem après l’exil, s’est pourtant mortellement trompé en ne laissant pas agir de Dieu à sa manière (et la manière de Dieu ici, c’était la paix !, la non-guerre avec l’Égypte…).

 

On trouve quelques rares autres allusions à ce « laisse faire », par exemple dans l’injonction de Dieu à Pharaon : « laisse aller mon fils » (Ex 4,23). C’est le fameux : « do let my people go », magnifié par les gospels. Pharaon endurcit son coeur et ne veut pas laisser Dieu faire l’histoire. Les 10 plaies d’Égypte seront la rançon de ce refus du « laisse faire ».

On peut également penser à l’attitude de laisser-faire qui caractérise Marie : elle ne comprend pas pourquoi, elle ne sait pas comment, mais elle laisse l’Esprit de Dieu agir en elle, elle le laisse faire… (Lc 1,28-38 ; 2,19.33.41-52).

·       Bref, cette expression est suffisamment rare dans la Bible pour lui accorder tout son poids d’étrangeté ici. Ce « laisse faire » pourrait bien être une clé majeure de l’identité profonde de Jésus : il est celui qui se laisse entièrement façonner par son Père, qui se laisse entièrement conduire par l’Esprit du Père, et le  laisse parler et agir à travers lui.

 

Le « laisser-faire » des libéraux

·       En Europe, cette expression a immédiatement un autre écho, et cela vaut la peine de s’y confronter. Le « laisser-faire » est en effet au coeur du libéralisme philosophique, conçu comme un projet de libération de toutes les entraves étatiques émanant du Prince ou de l’Église.

« Il y a une querelle historique sur cette humble supplique de commerçants pour que l’État corporatiste d’Ancien régime desserre l’étau de ses règlementations. L’origine s’en trouve chez Turgot, dans son Éloge de M. de Gournay. Il prête la maxime « laissez-nous faire » à un commerçant lyonnais du temps de Colbert, mais il semble bien que la formule soit de Gournay lui-même. « Laissez-faire, laissez passer » les grains entre les provinces. A cette époque, la France était hérissée d’octrois et de droits contre la circulation libre. L’État avait le contrôle du commerce des grains, ce qui provoquait de nombreuses famines.

L’idée, géniale, qui se cachait derrière le « laissez-nous faire », était que la liberté de circulation des grains entraînerait un enrichissement général. Qui peut dire qu’il n’en a pas été ainsi ? La société d’Ancien régime, avec 25 millions d’habitants, vivait de famine en crise de subsistances. A partir du moment où la liberté a été instaurée, la disette ne fut plus jamais qu’un souvenir. »

Source : http://www.wikiberal.org/wiki/Laissez-faire

 

·       On attribue la paternité de cette formule en économie politique au marquis d’Argenson : « Laissez faire les hommes, laissez passer les marchandises ».

« Ces deux mots, laisser faire et laisser passer, étant deux sources continuelles d’actions, seraient donc pour nous deux sources continuelles de richesses » (Conclusion des « Réflexions sur la contrebande » de Vincent de Gournay, Grenoble Septembre 1753).

« Laissez-nous faire » est la réponse du marchand Legendre à Colbert qui lui demandait : « que peut-on faire pour vous aider ? » (rapportée par Turgot).

Turgot attribue le « laisser-faire, laisser-passer » à Vincent de Gournay en 1759, dans son éloge funèbre. C’est en tout cas une injonction au pouvoir de cesser d’intervenir sans cesse dans l’économie. Turgot écrit dans l’encyclopédie de d’Alembert et Diderot :

« Ce que l’État doit à chacun de ses membres c’est la destruction des obstacles qui les gêneraient dans leur industrie (…). Les hommes sont-ils puissamment intéressés au bien que vous voulez leur procurer ? LAISSEZ-LES FAIRE. Voilà le grand, l’unique principe. » (Turgot, article « Fondation » pour l’Encyclopédie de D’Alembert et Diderot)

François Quesnay, médecin-chirurgien de Louis XV et précurseur de la macroéconomie moderne, ira encore plus loin :

« Que faire ? demande le roi ;
Rien, Sire, répond Quesnay.
Qui gouvernera ?
Les lois »
(Tableau économique, 1758).

·       Le projet libéral du XVIII° siècle est donc bien de faire sauter les entraves royales à la libre circulation des hommes et des marchandises. On a beaucoup critiqué cette formule du laisser-faire, lorsqu’elle est devenue un slogan ultralibéral contre toute forme de régulation et de réglementation économique. Mais à l’origine, il s’agissait de desserrer l’étau qui asphyxiait le commerce et empêchait les gens de circuler, d’acheter et de vendre librement. Cette maxime traduit une certaine confiance (à tort ou à raison), soit dans la capacité des hommes à créer de la richesse, soit dans une « main invisible » (l’expression est d’Adam Smith, 1776) qui va providentiellement faire concourir la liberté de chacun au bien de tous, plus sûrement qu’une administration dirigiste ou un pouvoir planificateur et centralisateur.

 

Le libéralisme de Jésus

·       Jésus serait-il libéral lorsqu’il demande de laisser-faire ?

Cet anachronisme est volontairement provocant… On n’imagine pas Jésus en champion de l’individualisme capitaliste ! Pourtant, lorsqu’il dit : « laisse faire », il fait confiance à une autre liberté, celle de Dieu. Son libéralisme est centré sur Dieu et non sur l’intérêt individuel. Il veut faire sauter les entraves à la libre réalisation du projet divin. Il veut assurer la libre circulation de l’initiative divine entre les hommes. À cause de cette revendication de la pleine liberté pour l’action de Dieu, Jésus osera contester les pouvoirs totalitaires, les institutions religieuses. Il osera renverser le comptoir des marchands du Temple justement pour « laisser-faire » la gratuité entre les hommes et Dieu (Jn 2,13-16). Il sera le premier surpris qu’une force sorte de lui pour guérir une cananéenne impure, mais il « laissera faire » le salut de Dieu là où il ne l’avait pas prévu (Lc 8,43-48). De même avec la libanaise qui réclame la guérison de sa fille, comme les petits chiens réclament les miettes tombant de la table de leur maître : Jésus ne s’attendait pas à cet universalisme-là, mais il la laissera faire ; elle obtiendra cette guérison, révélant à Jésus qu’il est envoyé même aux païens (Mc 7,24-30)…

 

·       Voilà le « libéralisme » de Jésus : se laisser conduire par les événements là où il n’aurait jamais pensé aller, laisser à son Père la liberté de prendre les hommes à contre-pied, se laisser conduire par l’Esprit jusqu’au laisser-faire ultime : être accusé d’être un maudit de Dieu, être jugé, condamné et crucifié comme tel…

 

·       Et nous, comment « laisser-faire » Dieu à travers les imprévus de notre existence ?

Comment lui laisser la liberté réelle d’agir comme lui seul sait le faire, de façon si surprenante ?

 

« Laisse faire » : quelle traduction concrète allez-vous donner à cette attitude si paradoxale ?

 

 

1ère lecture : Le serviteur de Dieu consacré pour le salut des hommes (Is 42, 1-4.6-7)

Lecture du livre d’Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j’ai mis toute ma joie. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; devant les nations, il fera paraître le jugement que j’ai prononcé.
Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique.
Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il fera paraître le jugement en toute fidélité.
Lui ne faiblira pas, lui ne sera pas écrasé, jusqu’à ce qu’il impose mon jugement dans le pays, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses instructions.
Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice, je t’ai pris par la main, je t’ai mis à part, j’ai fait de toi mon Alliance avec le peuple et la lumière des nations ; tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et de leur cachot ceux qui habitent les ténèbres.

Psaume : Ps 28, 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10

R/ Dieu, bénis ton peuple, donne-lui la paix.

Rendez au Seigneur, vous, les dieux,
rendez au Seigneur gloire et puissance.
Rendez au Seigneur la gloire de son nom,
adorez le Seigneur, éblouissant de sainteté.

La voix du Seigneur domine les eaux,
le Seigneur domine la masse des eaux.
Voix du Seigneur dans sa force,
voix du Seigneur qui éblouit.

Le Dieu de la gloire déchaîne le tonnerre.
Et tous dans son temple s’écrient : « Gloire ! »
Au déluge le Seigneur a siégé ;
il siège, le Seigneur, il est roi pour toujours !

2ème lecture : Le ministère du Sauveur commence à son baptême (Ac 10, 34-38)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Quand Pierre arriva à Césarée, chez un centurion de l »armée romaine, il s’adressa à ceux qui étaient là : « en vérité, je le comprends : Dieu ne fait pas de différence entre les hommes ; mais, quelle que soit leur race, il accueille les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste. Il a envoyé la Parole aux fils d’Israël, pour leur annoncer la paix par Jésus Christ : c’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous.
Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les débuts en Galilée, après le baptême proclamé par Jean :
Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force. Là où il passait, il faisait le bien, et il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du démon. Car Dieu était avec lui. »

Evangile : Le baptême de Jésus (Mt 3, 13-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Aujourd’hui, le ciel s’est ouvert, l’Esprit descend sur Jésus, et la voix du Père domine les eaux : « Voici mon Fils, mon bien-aimé ! » Alléluia. (cf. Mt 3, 16-17, Ps 28, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui.
Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! »
Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse faire ; c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l’eau ; voici que les cieux s’ouvrirent, et il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.
Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »
Patrick Braud 

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