L'homelie du dimanche

5 février 2018

Fréquenter les infréquentables

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Fréquenter les infréquentables


Homélie pour le 6° Dimanche du temps ordinaire / Année B
11/02/2018

Cf. également :

Quelle lèpre vous ronge ?
Pour en finir avec les lèpres
La pierre angulaire : bâtir avec les exclus, les rebuts de la société
Les sans-dents, pierre angulaire


Pas de bras, pas de chocolat !

Fréquenter les infréquentables dans Communauté spirituelle 227x227bbCette réplique-culte du film qui ne l’est pas moins pourrait s’appliquer aux lépreux de notre évangile de ce dimanche. Intouchables (sorti en 2011) est devenu le film le plus populaire du cinéma français [1], sans doute parce qu’il s’attaque avec humour et gentillesse à une double exclusion  sociale : le handicap côté François Cluzet et la couleur de peau côté Omar Sy. Reconnaissons-le : la condition des « intouchables » en France est dans bien des cas semblables à celles des lépreux du temps de Jésus.

La tragédie des lépreux n’était pas seulement la dégradation physique de leur corps, mais davantage encore la honte de se voir rejetés par tous les autres (cf. Lv 13-14). Ils étaient complètement exclus de la communauté. Ils ne pouvaient plus vivre avec leurs proches, ne pouvaient pas se marier ni avoir d’enfants. Il leur était interdit de participer à une fête religieuse ou à toute autre activité sociale. En réalité, beaucoup de ces gens n’étaient pas nécessairement victimes de la lèpre telle que nous la connaissons aujourd’hui, mais de diverses maladies de la peau (psoriasis, teigne, éruptions cutanées, tumeurs, eczéma…). Ces affections cutanées s’étendaient sur leur corps et les rendaient répugnants. Il fallait éviter tout contact avec eux car on croyait que leur maladie était contagieuse et qu’un contact avec eux rendait impur. Le sort des lépreux était le pire parmi les malades. Selon le livre du Lévitique, ils devaient crier : “Impur, impur!” Tant que durera son mal, il sera impur et étant impur, il demeurera à part. (Lv 13,45-46) Ils devaient eux-mêmes annoncer leur exclusion quand quelqu’un approchait d’eux. Les lépreux étaient les personnes les plus marginalisées de la société. De plus, ils se sentaient complètement abandonnés de Dieu et des humains.

La Bible se souvient pourtant que ces intouchables ont pu être les sauveurs de leur peuple, préfigurant pour les chrétiens le salut opéré par le Christ s’identifiant aux exclus. 2R 7 raconte comment 4 lépreux ont osé entrer dans le camp des Araméens faisant le siège de la ville de Samarie, découvrant ainsi qu’il était vide. En avertissant le roi, ils ont sauvé leur peuple, eux dont ils étaient exclus.

 

Qui sont nos intouchables ?

Ne pensons pas que les lépreux ont disparu. Malgré Albert Schweitzer et Raoul Follereau, il y encore un à deux millions de malades dans le monde, et 2000 cas nouveaux sont diagnostiqués chaque année, dont 200 pour le seul Bénin par exemple. Or la répulsion physique qu’inspirent les corps rongés par la lèpre est toujours source de mise à l’écart, de peur, de regards fuyants et d’évitements gênés. L’horreur qu’une chair défigurée inspire – doigts  manquants, yeux vitreux, plaies et ulcères apparentes – est telle que la vie sociale des lépreux est réduite à leurs soignants et à leurs compagnons malades. Le combat de Jésus pour réintégrer ces fantômes dans la vie de leur communauté est toujours actuel, et ne doit pas être abandonné.

lepreux exclusion dans Communauté spirituelleIl se conjugue avec l’attrait que le Christ avait pour tous les autres infréquentables de l’Israël d’alors. Fréquenter les intouchables de son temps semble être une de ses passions. Il va manger chez les collabos juifs de l’occupant romain que tout le monde exècre et voudrait voir tondus. Il touche les prostituées, se laisse caresser les pieds en public par les cheveux parfumés d’une pécheresse. Il laisse repartir la femme adultère sans la lapider. Il impose la main aux possédés dont on avait peur. Il fait de la boue pour l’appliquer sur les yeux morts d’un aveugle-né. Il se laisse toucher par une femme impure de ses pertes sanguines. Il côtoie les samaritains – ces hérétiques – et fait l’éloge de leur compassion. Il fait bon accueil aux romains et aux grecs – ces étrangers – dont il salue la foi plus grande que celle des fils d’Israël. Il finira comme il a vécu, en compagnie de deux voleurs dont l’un sera son premier invité au paradis.

Vous devinez que la transposition est facile : être disciple du Christ aujourd’hui, c’est faire l’expérience du même amour pour les intouchables de notre temps.

 

Qui sont nos infréquentables ?

- Les SDF

Les sans-dents, pierre angulaire dans Communauté spirituellePensez aux ombres qui – malgré toutes les promesses électorales répétées – hantent toujours les couloirs de nos métros, les bouches de chaleur, les abris et cartons de fortune en guise de refuge. Il y a environ 200 000 SDF en France. Se réclamer du Christ n’est pas tant parler d‘eux, s’occuper d’eux. C’est d’abord aller les rejoindre, les toucher au cœur, partager des repas, des discussions, des jeux de cartes, des démarches pour se relever etc. Ce que la rue a abîmé quand on y a passé des années n’est pas seulement matériel ou financier. C’est tout une vision du monde à reconstruire. C’est un chemin de relèvement si dur qu’il est presque impossible à parcourir sans de fidèles compagnons à ses côtés. Les « sans-dents » dont se riait François Hollande sentent mauvais, ont des cheveux filasses, une dentition effectivement épouvantable, une espérance de vie très courte : bref, ils font fuir. Il faut parfois avoir le cœur bien accroché pour aller à leur contact. Avec des rencontres au final très simples, très humaines dès lors qu’elles se jouent dans la réciprocité et le respect mutuel.
Donner ne suffit pas. Aller toucher en direct et guérir à la manière du Christ est vital.

 

- Les prostitué(e)s

camembert-nombre-de-pp lèpreLes autres ombres qui peuplent certaines rues de certains quartiers ne sont pas moins infréquentables aux yeux de la société : les prostitué(e)s. Environ 40 000 en France, essentiellement de jeunes femmes victimes de trafic venant d’Afrique et des pays de l’Est. Le mouvement « Le Nid » fondé par un prêtre les accompagne au quotidien depuis 70 ans. Le projet du Mouvement du Nid est initié par une rencontre entre deux personnalités d’exception. En 1937 Germaine Campion, une femme éprouvée, prostituée et alcoolique, a quitté Paris pour “venir mourir” dans sa ville natale, Paramé-Saint-Malo, en Bretagne. Elle confie sa détresse à André-Marie Talvas, prêtre dans cette ville. Celui-ci, qui a fondé un réseau de centres sociaux fréquentés par de nombreuses femmes en difficulté, est sensible à son témoignage. Le Nid deviendra une réalité en 1946 avec Maggie Boire, militante à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne (JOC) : cette jeune femme, bretonne également, a découvert à l’occasion d’une visite à Paris les conditions d’existence de personnes prostituées avec qui elle a échangé quelques mots. Elle en conçoit une telle révolte qu’elle quitte son emploi et sa région pour venir fonder le « Nid » avec le soutien d’André-Marie Talvas.

Là encore, la rencontre personnelle, la présence à leur côté, le temps partagé autour d’une tasse de café ou d’une confidence est le signal fort attendu en réponse aux questions qui taraudent tout exclu : « sommes-nous encore des vôtres ? suis-je condamné à vivre à part ? qui me lavera de cette souillure qui me colle à la peau ? qui me débarrassera de cette infamie si je veux changer l’existence ? »

Le pire serait de s’habituer, de ne pas en parler. Le pire serait l’indifférence polie. Jésus n’a pas fait de grands discours sur la prostitution. Il a accueilli sans condition ceux et celles qui en provenaient, sans leur poser de questions, sans préalable. Et nous ?

 

- Les ‘psychiatriques’

Les intouchables de notre société sont malheureusement légion.

Serbian-Psychiatric-Hospital NidPensez à tous les cas psychiatriques qu’on enferme à l’écart comme pour ne pas les voir. Allez rendre visite à quelqu’un dans un hôpital psychiatrique, que ce soit à la suite d’une dépression ou une crise d’épilepsie. Vous entendrez les cris étouffés dans les chambres, vous croiserez des visages hagards où le regard s’est perdu dans le traitement médicamenteux de choc qui « tranquillise » le patient. Même leurs familles ont souvent renoncé à les voir. Ils semblent parqués là, à l’écart, attendant la mort, entourés par un personnel hospitalier trop peu nombreux et exposé à des violences quotidiennes. Mais de qui ces gens-là sont-ils encore les compagnons de route ?

 

- Les prisonniers

enfants_prisonniers sans dentsBien sûr, parmi les infréquentables d’aujourd’hui comme de tous temps il y a les prisonniers. « J’étais en prison et vous êtes venus me visiter » : quand Jésus parle de la prison, il ne parle pas d’erreur judiciaire, mais de vrais coupables que leur crime a exclus de la société. Certains d’entre nous se réjouissent de leur exclusion, comme si punir leur faisait plaisir, comme si la souffrance de l’agresseur pouvait compenser celle de la victime. Jésus n’a jamais excusé les prisonniers. Il les a fréquentés, jusqu’au procès, jusqu’à la croix. Parce que pour lui le futur possible offert en Dieu est toujours plus important que le passé, quel qu’il soit. Fréquenter les prisonniers comme Jésus les lépreux suppose donc de suspendre son jugement, de se mettre à l’écoute, de découvrir cette part commune d’humanité – et peut-être également d’inhumanité – qui fait de l’incarcéré un membre de la famille humaine et non un paria à jamais. Les gardiens de prison hélas sont eux-mêmes atteints de cette même exclusion sociale dont on accable les pensionnaires, comme s’ils étaient contaminés…

 

- Les migrants

salon vernissage saturday, january 7, 2017, 4-7 pm.  jeffrey john, gao hang, neal lazay, maria fernanda cardoso, david richmond and others.  invitation only, undisclosed location houston. email 2ndbedroomgallery@gmail.com to request an invitation.   Calais fait régulièrement la une de l’actualité, à cause de ces migrants qui par centaines y séjournent vaille que vaille en espérant l’Angleterre. La cohabitation est difficile, même entre eux. Le risque est grand de ne voir que les problèmes générés par cet exode sauvage. Le pape François y fait souvent allusion comme une des exigences éthiques absolues de notre temps :

« Un changement d’attitude envers les migrants et les réfugiés est nécessaire de la part de tous ; le passage d’une attitude de défense et de peur, de désintérêt ou de marginalisation – qui, en fin de compte, correspond à la « culture du rejet » – à une attitude qui ait comme base la « culture de la rencontre », seule capable de construire un monde plus juste et fraternel, un monde meilleur. »
Message du Pape François pour la journée mondiale du migrant et du réfugié 2013

« Avant tout, prenons conscience que le phénomène migratoire  n’est pas étranger à l’histoire du salut ; bien au contraire, il en fait partie. Un commandement de Dieu y est lié : « Tu n’exploiteras pas l’immigré, tu ne l’opprimeras pas, car vous étiez vous-mêmes des immigrés au pays d’Égypte » (Ex 22, 20) ; « Aimez donc l’immigré, car au pays d’Égypte vous étiez des immigrés » (Dt 10,19). Ce phénomène constitue un signe des temps, un signe qui parle de l’œuvre providentielle de Dieu dans l’histoire et dans la communauté humaine en vue de la communion universelle. Sans sous-estimer, certes, les problématiques et, souvent, les drames et les tragédies des migrations, ainsi que les difficultés liées à l’accueil digne de ces personnes, l’Église encourage à reconnaître le dessein de Dieu dans ce phénomène également, avec la certitude que personne n’est étranger dans la communauté chrétienne, qui embrasse « toutes nations, tribus, peuples et langues » (Ap 7,9).
Message du Pape François pour la journée mondiale du migrant et du réfugié 2017

 

Jusqu’à devenir soi-même intouchable.

On pourrait continuer cette litanie des misères lépreuses qui mettent au ban de la pureté sociale. On doit le faire d’ailleurs, pour que l’amour de Dieu soit annoncé en priorité, et en actes, à ceux-là qui s’en croient exclus. Ce faisant, on vivra sans doute la même expérience d’assimilation qui fut celle du Christ. Lorsqu’il va manger chez Zachée, on l’assimile  aux gloutons. Lorsqu’il transgresse la Loi juive en touchant les impurs, les cadavres, les femmes, on murmure de lui qu’il est possédé par Belzéboul, que ce n’est qu’un obscur  galiléen ignare, que sa proximité des voleurs et des infirmes est suspecte.

« Dis-moi qui tu fréquentes et je te dirai qui tu es » : les gens ‘bien’ se retrouvent dans les mêmes clubs de tennis ou de golf, du Rotary ou des loges ; ils réservent dans les mêmes restaurants, les mêmes cinémas, et se regroupent dans les mêmes beaux quartiers. Symétriquement, mimétiquement, les pauvres font pareil, subissant cette loi d’airain : les semblables avec les semblables.

Le Christ fait voler en éclats cette consanguinité sociale et spirituelle. Il se mélange avec  tous les milieux, surtout les moins considérés. Il le fait avec tant de liberté et d’audace qu’il choque, et qu’il finit par devenir l’un d’entre eux. Notre texte d’évangile le dit fort bien : « Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts ». Or c’était précisément la condition des lépreux de Palestine que de devoir éviter les lieux habités et de se tenir à l’écart ! À fréquenter les lépreux, Jésus est devenu comme eux : impurs, infréquentables. Le disciple du Christ qui s’engage sur ce chemin de compagnonnage des parias doit savoir que tôt ou tard cela rejaillira sur sa vie, sa famille, le regard des autres.

23447À la fin, Jésus sera traité de blasphémateur, de rebelle à César, de transgresseur de la Loi juive. Il sera crucifié entre deux brigands car il est devenu l’un des leurs, et traité en conséquence.

Ne rêvons donc pas d’un combat facile contre l’exclusion ! Il y a toujours un prix à payer, tôt ou tard. Et c’est souvent le moment de vérité qui révèle la sincérité ou non du combat engagé, ou qui lui fait prendre un virage décisif. C’est le Père Maximilien Kolbe demandant à prendre la place d’un père de famille devant être supprimé en représailles d’une évasion dans le camp nazi d’Auschwitz. C’est les jésuites défendant les Indiens des colonies d’Amérique du Sud et massacrés avec eux. C’est Mère Teresa quittant son collège de riches pour aller habiter au milieu des mourants, avec un sari et un sceau pour toute fortune.

Impossible de ne pas se laisser façonner en retour par la solidarité avec les lépreux de tous les temps. Se préserver serait trahir. Mener double vie ne serait pas crédible. Toucher les lépreux du bout des doigts, les embrasser du bout des lèvres serait hypocrite. François d’Assise, après avoir embrassé un lépreux sur sa route, revient transformé, décidé à épouser « Dame Pauvreté ».

 

Soyons de ceux qui fréquentent les infréquentables, qui touchent les intouchables, sans peur de le devenir à notre tour, sûrs que la guérison du Christ déclare purs tous ceux que l’on considère comme impurs autour de nous.


[1]. Avec 19,44 millions d’entrées c’est le deuxième plus gros succès français dans l’histoire de son box-office, derrière Bienvenue chez les Ch’tis. Au 16 mai 2013, c’est le plus grand succès d’un long métrage français, toutes langues de tournage prises en compte, avec 51 à 54 millions d’entrées dans le monde selon les sources, devant le précédent détenteur du record, Le Cinquième Élément, et ses 43 millions d’entrées.

 

 

Lectures de la messe
Première lecture
Le lépreux habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp » (Lv 13, 1-2.45-46)
Lecture du livre des Lévites

Le Seigneur parla à Moïse et à son frère Aaron, et leur dit : « Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une pustule, qui soit une tache de lèpre, on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils. Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : “Impur ! Impur !” Tant qu’il gardera cette tache, il sera vraiment impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. »

Psaume
(31 (32), 1-2, 5ab, 5c.11)
R/ Tu es un refuge pour moi ; de chants de délivrance, tu m’as entouré.   (31, 7acd)

Heureux l’homme dont la faute est enlevée,
et le péché remis !
Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense,
dont l’esprit est sans fraude !

Je t’ai fait connaître ma faute,
je n’ai pas caché mes torts.
J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur
en confessant mes péchés. »

Toi, tu as enlevé l’offense de ma faute.
Que le Seigneur soit votre joie !
Exultez, hommes justes !
Hommes droits, chantez votre allégresse !

Deuxième lecture
« Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ » (1 Co 10, 31 – 11, 1)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu. Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu. Ainsi, moi-même, en toute circonstance, je tâche de m’adapter à tout le monde, sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés. Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ.

Évangile
« La lèpre le quitta et il fut purifié » (Mc 1, 40-45) Alléluia. Alléluia.
Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.
Patrick BRAUD

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5 octobre 2016

De la santé au salut en passant par la foi

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De la santé au salut en passant par la foi

Homélie du 28° Dimanche du temps ordinaire /
Année C
09/10/2016

Cf. également :

Faire miniane

Quel sera votre sachet de terre juive ?

Et encore :

Quelle lèpre vous ronge ?

Pour en finir avec les lèpres

Le communautarisme fait sa cuisine

 

Qui fixe les frontières de l’impur ?

Afficher l'image d'origineLes débats de cet été en France autour du burkini sont passés à côté d’un enjeu fondamental : la question du pur et de l’impur. Les interdits juifs et musulmans concernant la cuisine, l’alimentation, les vêtements et tant d’autres comportements quotidiens ont une obsession quasi pathologique : la pureté rituelle.

Des ablutions au voile en passant par la manière de tuer les animaux ou de faire ses besoins, l’islam et le judaïsme orthodoxe enserrent le croyant dans une multitude d’obligations pratiques très contraignantes. Aux 613 commandements juifs répondent les innombrables prescriptions du Coran et de la charia sur ce qu’il conviendrait de faire ou de ne pas faire pour rester pur aux yeux de Dieu.

Notre évangile se situe dans ce contexte où la maladie contractée – ici la lèpre – devient source d’impureté qui exclue de la vie de la communauté. Dans un premier temps, Jésus semble respecter cette mentalité : il reste à distance des lépreux pour ne pas devenir impur à leur contact, il les renvoie aux prêtres pour faire constater la guérison et ainsi être réintégrés. Heureusement, le 10° lépreux, constatant lui-même sa guérison en chemin, fait demi-tour au lieu d’aller voir les prêtres de Jérusalem. C’est donc que pour lui, Jésus est le grand prêtre qui peut le déclarer pur. Ce n’est plus la loi (juive ou musulmane) qui fixe les frontières de l’impur, c’est le Christ en personne.

Ce 10° lépreux souffrait d’une deuxième impureté, sociale celle-là, que les prêtres de Jérusalem ne pouvaient absoudre : il était samaritain, l’équivalent d’un huguenot hérétique pour les catholiques du XVI° siècle ! Double peine en quelque sorte : lépreux et hérétique. Cette double impureté ne tient pas devant le Christ, lui qui a déclaré purs tous les aliments et est devenu le champion d’une fraternité universelle. Après son départ, l’Esprit poussera Pierre à baptiser le centurion Romain Corneille - doublement impur lui aussi - et Paul imposera des mains aux samaritains pour qu’ils reçoivent l’effusion de l’Esprit comme les juifs.

Voilà donc une innovation extraordinaire : le pur et l’impur ne viennent plus de l’extérieur (animaux, maladie, origine sociale ou géographique etc.) mais du cœur de l’homme (violence, haine, amour de l’argent, convoitise etc.). Pour être guéri, plus besoin de rites compliqués ou mystérieux : la confiance en chemin est le vrai remède à nos lèpres, de toutes sortes.

 

La guérison n’est pas la foi

Afficher l'image d'origineUn seul des 10 lépreux revient se prosterner au pied de Jésus. Les neuf autres ont bien été guéris physiquement, mais seul le samaritain a épousé la foi chrétienne. La guérison n’est donc pas identique à la foi !

De même qu’à Lourdes il y a des centaines de guérisons physiques qui ne sont jamais déclarées miraculeuses, on a avec ces neuf lépreux un constat un peu amer : beaucoup de choses nous sont données sans que nous les rapportions à leur source ; beaucoup de bonnes choses nous arrivent sans qu’elles changent réellement notre vie d’avant. Nous aimons, nous craquons devant un enfant dans son berceau, nous goûtons la joie de vivre devant un somptueux paysage ou une musique bouleversante, et puis tout reprend comme si cela ne changeait rien…

Imaginez un patineur sur un lac gelé. Il savoure la vitesse et la glisse jusqu’à ce qu’un point plus fragile de la couche de glace cède sous son poids. Les neuf lépreux agissent comme s’il suffisait de laisser la glace se refermer et obturer le trou pour se remettre à patiner, comme si rien ne s’était passé. Le 10° lépreux lui se souviendra de sa chute, de l’eau glacée, de celui qui l’a tiré d’une mort certaine.

Qu’est-ce qui fait passer de la guérison à la foi ? La gratitude ! Le sentiment de reconnaissance, l’action de grâces à celui qui nous a sauvés. Faire de sa vie une eucharistie a exactement ce sens-là : reconnaître avec gratitude les dons reçus gratuitement, prendre le temps de le célébrer devant Dieu, ne pas s’arrêter à la seule jouissance des guérisons obtenues, remonter à leur origine pour ne jamais se couper de la source qui nous abreuve…

 

Le salut n’est pas la guérison

Afficher l'image d'origine« Ta foi t’a sauvé » : les neuf lépreux n’ont pas entendus cette déclaration du Christ. Physiquement et socialement ils vont mieux. Mais ce n’est pas encore le salut. Être sauvé ne veut pas dire aller mieux, mais communier au Christ Sauveur. Bonne santé (richesse, réussite…) et salut sont deux réalités différentes ! À tel point que beaucoup aujourd’hui on l’une sans l’autre, et vice-versa…

À Lourdes, vous pouvez rencontrer des personnes malades, handicapées, qui ne seront jamais guéries, qui iront même de plus en plus mal, et qui pourtant rayonnent du salut accueilli au plus profond de leur être. En sens inverse, nous connaissons tous des personnalités et des célébrités (médiatiques, financières, politiques…) apparemment en pleine réussite et pourtant si peu ‘habitées’.

L’objet de la prière n’est alors pas tant de chercher la santé, la richesse, la réussite etc. que de s’enraciner dans la gratitude, la reconnaissance, la louange.

Relisez le journal intime d’Etty Hillesum, jeune femme juive hollandaise du ghetto d’Amsterdam. Elle parcourt un chemin intérieur éblouissant alors que la barbarie nazie défigure l’Europe. C’est parce qu’elle veut apprendre à goûter la vraie beauté des êtres en Dieu qu’elle a su traverser la violence nazie, jusqu’à être déportée au camp de Westbrook, sans perdre la joie du salut qui jaillissait en elle et hors d’elle…

 

Le salut est une résurrection en marche

Afficher l'image d'origine« Lève-toi et va » : les deux verbes adressés au 10° lépreux sont éminemment symboliques. Le premier est celui de la résurrection : se lever d’entre les morts. Le second est celui de l’itinéraire spirituel : « va vers toi », ordonne YHWH à Abraham, et Jésus reprend souvent cet impératif pour obliger quelqu’un à renaître, comme on dit de sortir à l’enfant lors d’un accouchement.

Il s’agit bien d’aller (et non pas d’aller bien !) : la marche est essentielle au salut, car celui qui se croit arrivé n’a plus besoin de faire confiance à un autre. Le drame des pharisiens à l’époque de Jésus est de s’être installés dans la Loi et ses innombrables coutumes. Le drame des islamistes aujourd’hui est de ne pas vouloir interpréter le Coran, en refusant de le resituer dans son contexte historique et social. De tout temps, de tous bords, l’intégrisme est une vérité immobile, qui meurt de ne pas se mettre en mouvement.

En ordonnant « Va ! » au lépreux-samaritain guéri-croyant, Jésus lui dit simplement de continuer son chemin intérieur, d’aller jusqu’au bout de sa quête.

« Va ! » : va vers toi, va vers tes vrais désirs, va ton propre chemin, va vers les compagnons  de route qui te seront donnés, va vers l’inconnu où tu te découvriras davantage, va vers ton Dieu sans savoir où le chercher…

Cet ordre est libérateur. Il est le salut en marche, en cours de route.

Bob Marley chantait autrefois : « get up, stand up, don’t give up your fight » (lève-toi, debout !, n’abandonne pas ton combat). Le philosophe Henri Bergson écrivait presque la même chose : « le seul élément stable du christianisme, c’est l’ordre de ne s’arrêter jamais ».

Comment entendre cet impératif pour moi aujourd’hui ?

 

 

1ère lecture : « Naaman retourna chez l’homme de Dieu et déclara : Il n’y a pas d’autre Dieu que celui d’Israël » (2 R 5, 14-17) Lecture du deuxième livre des Rois

En ces jours-là, le général syrien Naaman, qui était lépreux, descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à la parole d’Élisée, l’homme de Dieu ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié ! Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Désormais, je le sais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. » Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa. Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

Psaume : Ps 97 (98), 1, 2-3ab,3cd-4

R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. (Ps 97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité,
son amour, en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

2ème lecture : « Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons » (2 Tm 2, 8-13)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre à Timothée

Bien-aimé, souviens-toi de Jésus Christ, ressuscité d’entre les morts, le descendant de David : voilà mon évangile. C’est pour lui que j’endure la souffrance, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent, eux aussi, le salut qui est dans le Christ Jésus, avec la gloire éternelle. Voici une parole digne de foi : Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous manquons de foi, lui reste fidèle à sa parole, car il ne peut se rejeter lui-même.

Evangile : « Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » (Lc 17, 11-19)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Rendez grâce à Dieu en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. Alléluia. (1 Th 5, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » À cette vue, Jésus leur dit : « Allez-vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés.  L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain. Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick BRAUD

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11 février 2015

Quelle lèpre vous ronge ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

Quelle lèpre vous ronge ?

 

Homélie du 6ème Dimanche – Année B
Dimanche 15 Février 2015

cf. également : Pour en finir avec les lèpres


Si vous avez vu Ben-Hur, le film aux onze oscars, il vous suffit de fermer les yeux pour retrouver la scène : la mère et la sœur de Ben-Hur, défigurées parmi la caverne aux lépreux.

Dans cette anfractuosité où grouille la vermine, soudain, Jésus descend. Sans rien dire, lentement, il touche chacune des deux femmes, et disparaît. On saura plus tard que ce toucher aura suffit à rendre leur peau saine et guérie…

Quelle lèpre vous ronge ? dans Communauté spirituelle


Ou bien, même si vous ne connaissez pas la vie de St François d’Assise, vous pouvez imaginer facilement cette autre scène, le « baiser au lépreux » :

« François rapportait dans son testament : ‘Quand je vivais dans le péché, la vue des lépreux me paraissait insupportable ; mais Dieu m’a conduit parmi eux.’
Il racontait que l’aspect de ces malheureux lui était jadis tellement à charge, qu’au temps de sa vanité, il se bouchait le nez quand il apercevait leur refuge à deux milles de distance.
Il vivait encore dans le monde lorsqu’un jour (…) il lui arriva de rencontrer un lépreux. Surmontant son dégoût, il s’approcha de lui et lui donna un baiser. Il se prit dès lors à se mépriser de plus en plus (c’est-à-dire : à ne plus faire cas de son apparence), jusqu’à ce qu’il fût arrivé, par la miséricorde du Rédempteur, à une parfaite maîtrise de soi.

Ensuite, il descendit parmi les lépreux. Il demeurait avec eux, les servant en tout avec le plus grand zèle pour l’amour de Dieu, lavant leurs plaies, épongeant le pus de leurs ulcères » (Thomas de Celano, vie de Saint François d’Assise, ch. VII).

lepreux François dans Communauté spirituellePour ma part, en Afrique, j’ai fait une expérience de ce type. Pendant un an – comment dire ? -  par hasard, par chance, par un insigne honneur, par un clin d’œil de Dieu, je ne sais, nous avions comme voisin Ibrahim. Ibrahim était un vieil homme, ou du moins il paraissait si vieux à cause de la maladie. La lèpre lui avait dévoré les yeux et il était aveugle. La lèpre lui avait rongé les mains et les pieds. On ne savait au début si le plus horrible était ses plaies, ses moignons, sa peau qui partait en lambeaux, ou ses gestes pitoyables pour parvenir à manger un bol de riz, ou se laver avec le fond d’un seau. Il allait mendier à la mosquée chaque jour, conduit par un gamin qui le guidait au bout d’un bâton. Le soir, nous allions porter du riz à notre voisin, et là tout changeait : en recevant notre don, son visage s’illuminait - comment cela pouvait-il se faire sans yeux ? je ne sais pas – mais son visage était transfiguré alors qu’il faisait descendre sur nous les multiples bénédictions dont il abreuvait chacune de nos visites. Chaque fois, nous nous retirions confus d’avoir sous-estimé la dignité de ce vieillard, émus d’avoir été accueillis ainsi, et tout heureux d’avoir été jugés dignes de vivre un peu à ses côtés…

Nous avons oublié ce qu’est la lèpre en Occident. Et c’est tant mieux. Car c’est véritablement une maladie laide, honteuse, dégradante. Corporellement, tout s’en va : la peau se détache, les plaies s’infectent, les extrémités meurent. La vue et l’odeur des lépreux sont devenues dans l’Antiquité un symbole de terreur, et bientôt de punition divine. C’est pourtant de cette lèpre-là que Jésus n’a pas eu peur d’approcher. Il la prend sur lui, par simple contact. À tel point que l’exclusion sociale qui pesait sur les lépreux, obligés de se tenir à l’écart, en-dehors de la ville, va retomber sur Jésus : « il ne lui était plus possible d’entrer ouvertement dans une ville » dit l’évangile (Mc 1, 44). « Il était obligé d’éviter les lieux habités, comme les lépreux ». Et il sera crucifié en-dehors de la ville, au Golgotha. Nous voilà avertis : à force de fréquenter les lépreux d’aujourd’hui, ne soyons pas étonnés de partager également l’opprobre publique qui pèse sur eux…

 JésusSi vous voulez retrouver la frayeur qu’inspirait la lèpre – et encore aujourd’hui, hélas – souvenez-vous de la peur qui accompagnait les premiers signes de la maladie du Sida. Même encore maintenant, la phase terminale du sida est souvent terrible : le corps est vulnérable à toute infection, les complications se développent à l’extrême, et la déchéance physique peut être insupportable, spectaculaire, éprouvante au plus haut point pour l’entourage aussi. Et dire qu’il y a encore des fondamentalistes pour croire que c’est un châtiment de Dieu ! Ils devraient relire notre évangile où Jésus purifie l’homme de ce qui le défigure ; ou relire le baiser au lépreux de François d’Assise, et aller embrasser eux aussi les sidéens de nos hôpitaux et de nos familles !

Outre le combat contre la maladie, contre l’exclusion sociale et religieuse liée à la maladie, Jésus  mène en même temps le combat contre ce qui rend l’homme impur.

L’image de la lèpre ou du sida s’applique alors à tout ce qui en moi me défigure : quels sont les aspects de ma personnalité qui partent en lambeaux comme la peau d’un lépreux ? Quelles sont les mutilations spirituelles, affectives ou intellectuelles qui m’handicapent comme la cécité ou les moignons d’Ibrahim ? À quelle déchéance intérieure me suis-je trop habitué au point d’être plus vulnérable à de noires tentations qu’un sidéen aux infections virales ?

Faisons nôtre en cette eucharistie la supplication du lépreux : « si tu le veux, tu peux me purifier ». Visualisons la lèpre qui nous ronge intérieurement (indifférence, jalousie, amertume, soif de puissance, d’argent, idolâtrie du plaisir, alcool…) et redisons au Christ ressuscité :« Si tu le veux, tu peux me purifier ». 

 

1ère lecture : Le lépreux habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp » (Lv 13, 1-2.45-46)
Lecture du livre des Lévites
Le Seigneur parla à Moïse et à son frère Aaron, et leur dit : « Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une pustule, qui soit une tache de lèpre, on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils. Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : “Impur ! Impur !” Tant qu’il gardera cette tache, il sera vraiment impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. »

Psaume : 31 (32), 1-2, 5ab, 5c.11
R/ Tu es un refuge pour moi ; de chants de délivrance, tu m’as entouré. (31, 7acd)

 Heureux l’homme dont la faute est enlevée,
et le péché remis !
Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense,
dont l’esprit est sans fraude !

Je t’ai fait connaître ma faute,
je n’ai pas caché mes torts.
J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur
en confessant mes péchés. »

Toi, tu as enlevé l’offense de ma faute.
Que le Seigneur soit votre joie !
Exultez, hommes justes !
Hommes droits, chantez votre allégresse !

2ème lecture : « Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ » (1 Co 10, 31 – 11, 1)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu. Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu. Ainsi, moi-même, en toute circonstance, je tâche de m’adapter à tout le monde, sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés. Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ.

Evangile : « La lèpre le quitta et il fut purifié » (Mc 1, 40-45)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.
Patrick BRAUD

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12 octobre 2013

Faire miniane

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Faire miniane

Homélie du 28° Dimanche du temps ordinaire / Année C
13/10/2013

Avec qui vous assemblez-vous pour les démarches importantes de votre vie ?

Qui constitue votre garde rapprochée pour vous défendre en cas de coup dur ?

Quels sont vos associés lorsqu’il faut entreprendre de longues démarches compliquées, administratives, professionnelles ou même spirituelles?

 

Le miniane

Les 10 de notre évangile (Lc 17,11-19) peuvent nous aider à réfléchir au choix de cette cellule de crise. Les évangélistes ne mentionnent jamais un nombre de manière anecdotique. Les chiffres sont toujours symboliques à cette époque. Dès qu’un juif voit 10 hommes se regrouper et émettre ensemble une prière publique, il pense immédiatement au miniane. Qu’est-ce que le miniane ? C’est précisément un groupe de 10 hommes qui se rassemblent pour prier à la synagogue. La tradition juive insiste sur la puissance de cette intercession à 10, largement plus importante que la seule prière personnelle.

Pourquoi ?

Parce que Dieu a créé l’être humain en forme communautaire, et non pour qu’il soit seul.

Parce que les 10 frères de Joseph ont réussi en l’implorant à le faire changer d’avis sur leur sort (Gn 42).

Parce que 10 est le nombre des explorateurs envoyés par José qui ont failli faire basculer l’opinion du peuple en leur décrivant le pays de Canaan comme impossible à conquérir (Nb 27,14). C’est donc que la réunion de 10 hommes est puissante pour faire changer d’avis le peuple ou Dieu lui-même !  

Puisque les 10 frères de Joseph et les 10 espions firent changer le cours des événements, la tradition en déduisit qu’une réunion de prière devait avoir au minimum 10 hommes afin de pouvoir faire changer les choses?

Faire miniane dans Communauté spirituelle 10man-minyan

Le miniane (en hébreu : compter, dénombrer) est donc le pivot de la prière à la synagogue. Son rôle est de réciter des prières à haute voix (le kaddish, la kedoucha, la lecture de la Tora etc.).

 

Les 10 lépreux

Les lépreux rencontrés par Jésus forment un miniane insolite.

 lèpre dans Communauté spirituelle

- Ils se regroupent à partir d’un même handicap pour se soutenir mutuellement, s’entraider, être solidaires. Au moins entre eux ils se comprennent, à la différence des autres. Les premières cellules d’Église ressemblent à ces camarades de cordée qui réagissent aux malheurs en se serrant les coudes. Parce qu’on parle de la même chose, parce qu’on partage la même condition, il est plus facile de s’adresser à Dieu ensemble. L’Action Catholique a bien compris cette nécessité de partir de l’entre eux de chaque condition sociale pour tisser un réseau d’Église proche des joies et des peines de chacun.

- Quand ils entament leur route vers Jérusalem, ils ne sont pas encore guéris. Ils peuvent donc légitimement trembler : ni les étrangers, ni les impurs ne peuvent accéder au Temple, et encore moins prononcer des prières rituelles en public… Leur foi est donc grande pour obéir à l’ordre du Christ sans être sûrs de ce qui va se passer en chemin !

- Ils sont bien 10, mais en Samarie et Galilée, on devine que ce sont plutôt des hérétiques (samaritains) et les païens (galiléens) que des juifs orthodoxes. Comme si aux côtés des minianes en règle, Jésus reconnaissait aux « non?conformes » le droit de se regrouper en groupe ecclésiaux ayant pignon sur rue. En plus ce sont des lépreux, donc des impurs aux yeux des juifs de l’époque. La preuve : on les exclue et ils doivent vivre à l’écart du village ; ils viennent trouver Jésus à l’extérieur. Le film Ben Hur a immortalisé ce type de rencontre entre Jésus et les lépreux de son temps.

- De plus, c’était la conviction des sages que partout où dix juifs sont assemblés, que ce soit pour le culte ou pour l’étude de la Loi, la Shekinah (Présence divine) «  habite  » parmi eux. C’est proprement révolutionnaire que d’accorder à ces 10 lépreux le rang de miniane, car c’est affirmer que la Présence de Dieu réside dans les faubourgs de l’humanité, voire dans ses décharges publiques?

En accordant ce même privilège dès le nombre de deux ou trois, Jésus pourtant ne sacralisera pas le miniane : «  là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18:15-20).

 

Faire miniane aujourd’hui

Transposez : c’est comme si Jésus reconnaissait aujourd’hui aux personnes homosexuelles par exemple, divorcées ou ayant pratiqué un avortement le droit de se constituer en Église pour intercéder auprès de lui…

Et c’est bien ce que le Pape François a lui aussi lu dans l’Évangile :

Le pape François.

« Si une personne homosexuelle est de bonne volonté et qu’elle est en recherche de Dieu, je ne suis personne pour la juger. Disant cela, j’ai dit ce que dit le Catéchisme [de l’Église catholique]. La religion a le droit d’exprimer son opinion au service des personnes mais Dieu dans la création nous a rendu libres : l’ingérence spirituelle dans la vie des personnes n’est pas possible. Un jour quelqu’un m’a demandé d’une manière provocatrice si j’approuvais l’homosexualité. Je lui ai alors répondu avec une autre question : « Dis-moi : Dieu, quand il regarde une personne homosexuelle, en approuve-t-il l’existence avec affection ou la repousse-t-il en la condamnant ? » Il faut toujours considérer la personne. Nous entrons ici dans le mystère de l’homme.

Dans la vie de tous les jours, Dieu accompagne les personnes et nous devons les accompagner à partir de leur condition. Il faut accompagner avec miséricorde. »

Revue Études, numéro d’Octobre 2013

Dans le judaïsme, « faire miniane » est capital pour la mission d’Israël. Dépasser la seule prière individuelle, se regrouper à 10 pour faire corps dans l’intercession : voilà le rôle du miniane sans lequel il n’est pas de prière publique de la foi juive.

L’évangéliste en choisissant ce 10 souligne que le miniane a toute sa place en christianisme. Non seulement Jésus reconnaît l’importance de ce miniane, mais en plus il l’élargit trois fois :

- aux étrangers de Samarie et de Galilée, alors que seuls les juifs peuvent normalement faire miniane.

- aux hérétiques que sont les samaritains et aux païens que sont les galiléens.

- aux impurs, c’est-à-dire aux pécheurs rongés par toutes les lèpres intérieures que vous pouvez imaginer.

 

Aujourd’hui encore, les étrangers, les non-chrétiens (où les chrétiens « autrement »), les impurs aux yeux des bien-pensants ont le droit garanti par le Christ en personne de faire miniane. De s’assembler pour faire Église, pour supplier publiquement, pour rappeler à Dieu et à son Église leur devoir de miséricorde…

La seule limite que le Christ fixe à ce type d’élargissement du miniane est l’ingratitude. Si s’assembler conduit à ne pas rendre grâce, à ne rester que dans une démarche légaliste  (« allez vous montrer aux prêtres ») et/ou revendicatif, le Christ s’étonnera toujours avec le même air navré : « où sont les neuf autres ? Il n’y en a qu’un pour revenir et rendre grâce » (eucharistein en grec = eucharistie).

 

Faire miniane est essentiel pour supplier, intercéder, nourrir l’assemblée de sa présence et de sa prière.

À condition que ce groupe ne se transforme pas en lobby, mais s’ouvre à la louange, à l’action de grâces pour ce que l’Esprit du Christ opère en eux.

Et vous, avec qui faites-vous miniane ?

 

 

1ère lecture : Guéri de sa lèpre, Naaman le Syrien croit au Dieu d’Israël (2R 5, 14-17)

Lecture du second livre des Rois

Le général syrien Naaman, qui était lépreux descendit jusqu’au Jourdain et s’y plongea sept fois, pour obéir à l’ordre d’Élisée ; alors sa chair redevint semblable à celle d’un petit enfant : il était purifié !

Il retourna chez l’homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra, se présenta devant lui et déclara : « Je le sais désormais : il n’y a pas d’autre Dieu, sur toute la terre, que celui d’Israël ! Je t’en prie, accepte un présent de ton serviteur. »

Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers, je n’accepterai rien. » Naaman le pressa d’accepter, mais il refusa.

Naaman dit alors : « Puisque c’est ainsi, permets que ton serviteur emporte de la terre de ce pays autant que deux mulets peuvent en transporter, car je ne veux plus offrir ni holocauste ni sacrifice à d’autres dieux qu’au Seigneur Dieu d’Israël. »

Psaume : Ps 97, 1, 2-3ab, 3cd-4a.6b

R/ Dieu révèle sa puissance à toutes les nations.

Chantez au Seigneur un chant nouveau, 
car il a fait des merveilles ; 
par son bras très saint, par sa main puissante, 
il s’est assuré la victoire. 

Le Seigneur a fait connaître sa victoire 
et révélé sa justice aux nations ; 
il s’est rappelé sa fidélité, son amour, 
en faveur de la maison d’Israël. 

La terre tout entière a vu 
la victoire de notre Dieu. 
Acclamez le Seigneur, terre entière.
Acclamez votre roi, le Seigneur !

2ème lecture : Être fidèles au Christ toujours fidèle (2Tm 2, 8-13)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Timothée

Souviens-toi de Jésus Christ, le descendant de David : il est ressuscité d’entre les morts, voilà mon Évangile. C’est pour lui que je souffre, jusqu’à être enchaîné comme un malfaiteur. Mais on n’enchaîne pas la parole de Dieu ! C’est pourquoi je supporte tout pour ceux que Dieu a choisis, afin qu’ils obtiennent eux aussi le salut par Jésus Christ, avec la gloire éternelle.

Voici une parole sûre : « Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous supportons l’épreuve, avec lui nous régnerons. Si nous le rejetons, lui aussi nous rejettera. Si nous sommes infidèles, lui, il restera fidèle, car il ne peut se rejeter lui-même. »

Evangile : Guéri de sa lèpre, un Samaritain rend gloire à Dieu(Lc 17, 11-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Rendez grâce au Seigneur de son amour, de ses merveilles pour les hommes. Alléluia. (Ps 106, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la Samarie et la Galilée. Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. »
En les voyant, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » 

En cours de route, ils furent purifiés.
L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix. Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain.
Alors Jésus demanda : « Est-ce que tous les dix n’ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ? On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n’y a que cet étranger ! »
Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »
Patrick Braud

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