L'homelie du dimanche

15 août 2020

Des « juifs perfides » à « nos frères aînés »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Des « juifs perfides » à « nos frères aînés »

 Homélie pour le 20° Dimanche du temps ordinaire / Année A
16/08/2020

Cf. également :

Recevoir sa mission d’une inconnue étrangère
Maison de prière pour tous les peuples
La bourse et la vie
Le communautarisme fait sa cuisine

Des « juifs perfides » à « nos frères aînés » dans Communauté spirituelle capture-dcran-2018-03-22-17-32-45

La Bête revient-elle ?

Il paraît que l’antisémitisme renaît de ses cendres, en Allemagne, en Europe… Pas uniquement l’antisémitisme païen de l’extrême-droite, ni l’antijudaïsme chrétien d’autrefois, mais aussi un antisémitisme musulman nourri d’une lecture fondamentaliste du Coran, et de la circulation de prédicateurs de haine dans les banlieues. Nous qui croyions que la Bête était morte dans son bunker berlinois en 1945 !

La deuxième lecture de ce dimanche (Rm 11, 13-32) n’en est que plus nécessaire, pour qu’au moins les chrétiens soient eux de fermes remparts stoppant la contagion hideuse. Vous avez entendu Paul : « dans la mesure où je suis moi-même apôtre des nations, j’honore mon ministère, mais dans l’espoir de rendre jaloux mes frères selon la chair, et d’en sauver quelques-uns. Si en effet le monde a été réconcilié avec Dieu quand ils ont été mis à l’écart, qu’arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ? Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts ! »

 

Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance.

7052-thickbox_default antisémitisme dans Communauté spirituelleRelisez l’ensemble des chapitres 9 à 11 de cette Lettre aux Romains : impossible d’être plus clair ! Le mystère d’Israël continue de jouer un rôle unique dans l’histoire humaine, à côté du mystère de l’Église qui en est le frère jumeau, ouvert à toutes les nations. En effet, Paul affirme que la vocation du peuple juif est « sans repentance » du côté de Dieu, c’est-à-dire toujours en vigueur : témoigner du Nom et de la sainteté du Dieu unique. Bien plus, Paul attribue à ce peuple (qu’on doit distinguer de l’État d’Israël pour ne pas confondre avec le sionisme) un rôle eschatologique : quand les juifs seront réintégrés (dans l’Église ultime), alors ce sera le signe que nous serons parvenus à la fin des temps, à la résurrection finale (« la vie pour ceux qui étaient morts ») ! Rien moins que cela… En attendant, ils ont les Patriarches, la Loi, les Prophètes, et nul ne peut leur enlever, surtout pas le juif Jésus venu accomplir les promesses faites à son peuple, pas les abolir.

Comment dès lors a pu être antijuif et chrétien ? Malgré les persécutions et son sort  personnel, Paul n’a pas voulu faire du peuple juif le responsable de la mort de Jésus, ni l’ennemi du christianisme. Hélas, les évangiles sont moins clairs, avec des phrases lumineuses : « le salut vient des juifs » (Jn 4,22), et des phrases terribles, à la postérité meurtrière : « que son sang retombe sur nous et nos enfants ! » (Mt 27,25). Hélas les Pères de l’Église seront très largement et violemment antijuifs. Pas antisémites, car c’était à l’époque un conflit théologique (la messianité de Jésus) et non une théorie raciale (les sémites comme Untermenschen). Dans la suite des siècles, la position officielle de l’Église a oscillé entre protection bienveillante des juifs, garantissant leur liberté de culte et leurs privilèges (les métiers de l’argent par exemple, interdits aux chrétiens), et oppression injuste. Citons quelques traits caractéristiques de ce deuxième versant, pour conjurer leur renaissance sous d’autres traits actuels.

 

L’enseignement du mépris

La%20synagogue déicide

La synagogue (cathédrale de Strasbourg)

L’expression est de l’historien juif Jules Isaac, qui a publié en 1962 une étude intitulée : « L’Enseignement du mépris : vérité historique et mythes théologiques ». Il y décrit la tonalité générale très antijuive des homélies, de la catéchèse, des représentations artistiques (exemple : la synagogue est peinte ou sculptée comme une femme rendue aveugle par un bandeau sur ses yeux symbolisant son refus de croire en Jésus). Le mépris, c’est l’opinion majoritaire entretenue par le clergé sur les mœurs et les croyances des juifs. Cela est même allé jusqu’au mépris des personnes, institutionnalisé dans l’obligation faite aux juifs de porter la rouelle au XII° siècle. Héritière sans doute du signe distinctif imposé aux dhimmis (= non musulmans) par les califes musulmans dès le IX° siècle, la rouelle est l’annonce de la funeste étoile jaune nazie. Louis IX (Saint Louis !) va l’imposer aux juifs de son royaume en 1269… Pièce de tissu disposée en anneau, elle symbolisait les 30 deniers de Judas auquel on assimilait tous les juifs avec mépris (l’homonymie Judas/judaïques était systématiquement utilisés pour faire l’amalgame). L’enseignement du mépris a donc conduit à des pratiques d’oppression des juifs, jusqu’à des pogroms sanglants, obligés dès lors de vivre entre eux, à l’intérieur de ghettos (quartiers réservés) où le pouvoir catholique les confinait pour les protéger de la violence de la foule (il reste ainsi encore plus de 300 ‘rues de la Juiverie’ ou ‘rue des Juifs’ en France !).

Dans son livre : « La France et les Juifs ; de 1789 à nos jours » (Seuil, 2004), Michel Winock relève : « Dans le résumé de l’histoire sainte du catéchisme modèle du diocèse de Paris [avant Vatican  II], on peut lire : « Jérusalem périt sans ressource, le Temple fut consommé par le feu, les Juifs périrent par le glaive. Alors ils ressentirent les effets du cri qu’ils avaient fait contre le Sauveur : ‘Son sang soit sur nous et sur nos enfants’. La vengeance de Dieu les poursuit, et partout ils sont captifs et vagabonds. »

 

Le peuple déicide

800px-Landau_066 juifCette accusation terrible faisant du peuple juif le principal responsable de la mort du Dieu-Jésus fleurit sous la plume des Pères de l’Église.

Ainsi Méliton de Sardes (II+ siècle) tient des propos aujourd’hui irrecevables dans son Homélie de Pâques : « Qu’as-tu fait, Israël ? Tu as tué ton Seigneur, au cours de la grande fête. Écoutez, ô vous, les descendants des nations, et voyez. Le Souverain est outragé. Dieu est assassiné par la main d’Israël. » Même le grand Augustin d’Hippone se laisse prendre dans cette fausse exégèse dans son Commentaire sur les Psaumes : « Que les Juifs ne disent pas : Nous n’avons pas tué le Christ. » Même Luther reprendra cette accusation dans un livre au titre-programme : « Des Juifs et de leurs mensonges », en 1543 : « Nous sommes même coupables si nous ne vengeons pas tout ce sang innocent de notre Seigneur et des chrétiens qu’ils ont répandu [...]. Nous sommes fautifs de ne pas les tuer. »

Notons cependant que le Concile de Trente, qui a traité de la question au XVI° siècle, n’a jamais accrédité cette thèse du peuple déicide. Au contraire, il interdit de porter cette accusation, rappelant que Christ est mort pour nos péchés, péchés qui sont de tous temps et de tous les peuples : « Il faut ensuite exposer les causes de la Passion, afin de rendre plus frappantes encore la grandeur et la force de l’amour de Dieu pour nous. Or, si l’on veut chercher le motif qui porta le Fils de Dieu à subir une si douloureuse Passion, on trouvera que ce furent, outre la faute héréditaire de nos premiers parents, les péchés et les crimes que les hommes ont commis depuis le commencement du monde jusqu’à ce jour, ceux qu’ils commettront encore jusqu’à la consommation des siècles [...]. Les pécheurs eux-mêmes furent les auteurs et comme les instruments de toutes les peines qu’il endura. »

Le Catéchisme du Concile de Trente précise (1re partie, chapitre 5, § 3) :
« Nous devons donc regarder comme coupables de cette horrible faute, ceux qui continuent à retomber dans leurs péchés. Puisque ce sont nos crimes qui ont fait subir à Notre-Seigneur Jésus-Christ le supplice de la Croix, à coup sûr, ceux qui se plongent dans les désordres et dans le mal (Hebr., 6, 6.) crucifient de nouveau dans leur cœur, autant qu’il est en eux, le Fils de Dieu par leurs péchés, et Le couvrent de confusion. Et il faut le reconnaître, notre crime à nous dans ce cas est plus grand que celui des Juifs. Car eux, au témoignage de l’Apôtre (1 Cor., 2, 8.), s’ils avaient connu le Roi de gloire, ils ne L’auraient jamais crucifié. Nous, au contraire, nous faisons profession de Le connaître. Et lorsque nous Le renions par nos actes, nous portons en quelque sorte sur Lui nos mains déicides. »

Malheureusement, cette prise de position conciliaire ne fut pas suffisamment enseignée ni reçue dans l’ensemble du peuple chrétien.

 

Race maudite

La théologie chrétienne a enseigné pendant des siècles que la Diaspora (dispersion des juifs de par le monde) a eu lieu en 70 apr. J.-C. (prise de Jérusalem par Titus) et qu’elle est le châtiment divin de la Crucifixion. Jules Isaac cite par exemple cette affirmation trouvée dans un manuel de certificat d’études publié en 1947 (destinés aux jeunes de 13-14 ans) : « [Après la Crucifixion], le châtiment des juifs déicides ne se fit pas attendre. Trente-six ans après la mort du Sauveur, l’empereur romain Titus s’empara de Jérusalem… Les Juifs, dispersés à travers le monde, n’ont jamais pu reformer une nation ». « Ils ont erré partout, considérés comme une race maudite, objet du mépris des autres peuples. »

DecretInfame Paul

Le « décret infâme » de Napoléon

Napoléon empereur est un représentant de cette opinion si courante faisant du peuple juif une race à part, maudite à cause de sa responsabilité dans la mort du Christ et son refus de croire en lui. Le « décret infâme » est le surnom donné au troisième des décrets institués par Napoléon Ier le 17 mars 1808 pour intégrer les Juifs dans la société française. Ces dispositions qui étaient un retour partiel aux méthodes discriminatoires de l’Ancien Régime, prenaient effet pour dix ans (mais ne visaient que les juifs de l’Est). « Je ne prétends pas, déclare Napoléon, dérober à la malédiction dont elle est frappée cette race qui semble avoir été exceptée seule de la rédemption, mais je voudrais la mettre hors d’état de propager le mal. » Il préconise dans ce décret la dissolution de la « race juive » au sein de la population chrétienne.

 

Le juif errant

220px-Juif_errant rouelleLe mythe du Juif errant est absent des évangiles ; il trouve une de ses origines dans un passage de l’évangile selon Jean1 où Jésus dit à son sujet : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe ? » (Jn 21,22) De là cette idée qu’un témoin de la Passion survivrait jusqu’au retour du Christ. De nombreux contes populaires romancèrent cette pseudo-immortalité à souhait, en la transformant en errance maudite. Cette errance évoquait la chute historique du royaume d’Israël ; elle était également le signe d’une faute (un peu comme Caïn condamné à errer après avoir tué Abel), libre aux auditeurs de déchiffrer ce message et de considérer le personnage comme un imposteur, un traître dont on doit se moquer et qu’il faut rejeter.

Au XVI° siècle, le mythe du Juif errant se voit immortalisé dans un petit opuscule allemand au travers d’un personnage modeste, mais extraordinaire, d’un simple cordonnier juif, nommé Ahasvérus, qui prétend avoir assisté à la crucifixion du Christ. Il insulta le Christ et refusa de l’aider à porter la croix, ce qui lui valut d’être condamné par décret divin à parcourir la terre sans pouvoir se reposer jusqu’au jour du Jugement. Ce récit connaît un succès populaire foudroyant et constitue un phénomène déconcertant.

Par la suite, le roman-feuilleton d’Eugène Sue, « Le Juif errant », connaît l’un des plus grands succès publics du XIX° siècle (1844-45). Sue exploite surtout l’idée de la malédiction qui accompagne le Juif errant en faisant coïncider son arrivée à Paris avec l’épidémie de choléra d’avril 1832 qui a fait plus de 12 000 victimes – on ignorait alors presque tout sur cette maladie et son mode de propagation.

À ce mythe du Juif errant viennent s’ajouter les vieilles calomnies médiévales accusant les juifs de pratiques sataniques : sacrifices d’enfants vivants ou de chrétiens, profanation d’hosties, empoisonnement de sources, crachats sur des crucifix, etc.

 

Les juifs perfides

hqdefaultHebraeorum gens est une bulle pontificale, rédigée par saint Pie V et nommée d’après ses premiers mots « Le peuple juif » (en latin : Hebraeorum gens). Elle est datée du 4 mars 1569. Au début dans une sorte d’exposé des motifs, le pape décrit comment les Juifs furent méprisés et dispersés de leurs places à cause de leur incroyance et qu’ils avaient été perfides et ingrats quand ils ont rejeté leur Sauveur par une mort indigne (en latin : « perfida et ingrata suum Redemptorem indigna morte peremptum impie reprobarit »). La liturgie catholique du vendredi avait hélas gardé la trace de cette insulte lorsqu’elle faisait prier pendant l’office de la Passion : « Prions aussi pour les Juifs perfides (Oremus et pro perfidis Judaeis) afin que Dieu Notre Seigneur enlève le voile qui couvre leurs cœurs et qu’eux aussi reconnaissent Jésus, le Christ, Notre-Seigneur ». Introduite au VII° siècle, cette oraison  signifiait originellement : « Prions aussi pour les Juifs incroyants » ou « Prions aussi pour les Juifs infidèles », au sens où ces derniers n’adhéraient pas à la foi chrétienne (per-fides). Cependant, avec l’évolution de la liturgie et les traductions dans les langues communes, notamment le français, l’expression a rapidement changé de sens. Elle est devenue très vite, dans un contexte d’antijudaïsme, synonyme de « déloyauté », « fourberie ». Il a fallu attendre 1959 pour que le pape Jean XXIII fasse supprimer les termes contestés (perfidis ainsi que perfidiam) qui figuraient dans l’oraison. Après Vatican II, pour effacer toute trace de cette accusation, l’oraison est devenue celle-ci : « Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé, en premier : qu’ils progressent dans l’amour de son Nom et la fidélité de son Alliance ».

 

Nos frères aînés

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Jean-Paul II en visite à la synagogue de Rome

On oublie souvent que Jean-Paul II a été le premier pape de l’histoire à visiter une synagogue ! C’était le 13 avril 1986, à la synagogue de Rome. Fait inouï jusqu’à présent, d’une portée aussi grande que notre deuxième lecture (Rm 9–11), sur laquelle le pape s’appuie pour proclamer les juifs « nos frères aînés dans la foi » :
« L’Église du Christ découvre son « lien » avec le judaïsme « en scrutant son propre mystère ». La religion juive ne nous est pas « extrinsèque » mais, en un certain sens, elle est « intrinsèque » à notre religion. Nous avons donc, à son égard, des rapports que nous n’avons avec aucune autre religion. Vous êtes nos frères préférés et dans un certain sens, on pourrait dire nos frères aînés. »

Jean-Paul II était évêque de Varsovie lorsqu’il a participé au concile Vatican II, dans une Pologne encore fortement teintée d’antisémitisme malgré l’horreur de Dachau, Auschwitz, Buchenwald sur son sol. Il a plus que d’autres perçu l’importance décisive du document conciliaire Nostra Aetate qui évoque la relation de l’Église aux autres religions, et en premier à la religion juive. L’accusation de peuple déicide est clairement réfutée, une fois pour toutes :

« Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ (cf. Jn 19,6), ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. » (Nostra Aetate n° 4) [1]

Vatican II veut ainsi éradiquer définitivement tout enseignement du mépris :

« Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de Évangile et à l’Esprit du Christ. »

 

Le travail que Vatican II a réalisé pour purifier la mémoire et la nature de la relation chrétiens/juifs devrait également être entrepris par l’islam sous toutes ses formes, car l’antisémitisme contemporain est largement d’inspiration pseudo musulmane.

Relisons donc les chapitres 9 à 11 de la Lettre aux Romains : denses, argumentés, ils devraient nous faire porter un autre regard sur « nos frères aînés dans la foi ». À commencer par le juif Jésus, et sa mère, jeune femme juive ayant enseigné à son fils l’araméen, le shabbat, les fêtes juives, les rituels, l’espérance de tout un peuple depuis 2000 ans…

 


[1]. Une version antérieure du texte était plus précise encore : « … que jamais le peuple juif ne soit présenté comme une nation réprouvée ou maudite ou coupable de déicide… »

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE

« Les étrangers, je les conduirai à ma montagne sainte » (Is 56, 1.6-7)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur : Observez le droit, pratiquez la justice, car mon salut approche, il vient, et ma justice va se révéler.
Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom, pour devenir ses serviteurs, tous ceux qui observent le sabbat sans le profaner et tiennent ferme à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera « Maison de prière pour tous les peuples. »

PSAUME

(Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8)
R/ Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! (Ps 66, 4)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse,
que ton visage s’illumine pour nous ;
et ton chemin sera connu sur la terre,
ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie,
car tu gouvernes le monde avec justice ;
tu gouvernes les peuples avec droiture,
sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ;
Dieu, notre Dieu, nous bénit.
Que Dieu nous bénisse,
et que la terre tout entière l’adore !

DEUXIÈME LECTURE

« À l’égard d’Israël, les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance » (Rm 11, 13-15.29-32)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, je vous le dis à vous, qui venez des nations païennes : dans la mesure où je suis moi-même apôtre des nations, j’honore mon ministère, mais dans l’espoir de rendre jaloux mes frères selon la chair, et d’en sauver quelques-uns. Si en effet le monde a été réconcilié avec Dieu quand ils ont été mis à l’écart, qu’arrivera-t-il quand ils seront réintégrés ? Ce sera la vie pour ceux qui étaient morts !
Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. Jadis, en effet, vous avez refusé de croire en Dieu, et maintenant, par suite de leur refus de croire, vous avez obtenu miséricorde ; de même, maintenant, ce sont eux qui ont refusé de croire, par suite de la miséricorde que vous avez obtenue, mais c’est pour qu’ils obtiennent miséricorde, eux aussi. Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans le refus de croire pour faire à tous miséricorde.

ÉVANGILE

« Femme, grande est ta foi ! » (Mt 15, 21-28)
Alléluia. Alléluia.Jésus proclamait l’Évangile du Royaume, et guérissait toute maladie dans le peuple. Alléluia. (cf. Mt 4, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon. Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. » Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! » Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Patrick BRAUD

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14 octobre 2015

On voudrait être un baume versé sur tant de plaies…

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On voudrait être un baume versé sur tant de plaies…

 

Homélie du 29° dimanche du temps ordinaire / Année B
18/10/2015

Cf. également :

Donner sens à la souffrance

Jesus as a servant leader

 

« On voudrait être un baume versé sur tant de plaies… »

Cette phrase est la dernière ligne du journal d’Etty Hillesum [1], rédigée le 12/10/1942.

On voudrait être un baume versé sur tant de plaies… dans Communauté spirituelle 41NvQLzB9gL._SX345_BO1,204,203,200_Elle traduit une attitude du cœur entièrement tournée vers les autres. Du décentrement de soi jaillit non seulement la compassion, mais l’action pour soulager la souffrance d’autrui. Et Dieu sait que cette période a engendré au XXe siècle plus de souffrance, quantitativement et qualitativement hélas, que jamais aucune autre période de l’humanité.
Jeune femme juive, Etty Hillesum a vu éclater l’orage nazi. Habitant Amsterdam, elle a étudié et travaillé jusqu’à ce que la déportation de sa famille au camp de Westerbrok l’amène à vouloir la rejoindre, en tant que membre du conseil juif d’Amsterdam. Elle finit par être déportée, avec ses parents et ses frères, à Auschwitz, où elle meurt en 1943. Dans ses années étudiantes, elle tient par écrit dans son journal intime l’évolution de son cheminement intérieur. Attentive à elle-même, elle écoute de mieux en mieux les autres :

« Bien des gens sont encore pour moi de véritables hiéroglyphes, mais tout doucement j’apprends à les déchiffrer. Je ne connais rien de plus beau que de lire la vie en déchiffrant les êtres. »

Lorsque ses cahiers quadrillés ont été publiés – tardivement en 1981 – les Pays-Bas puis le monde entier ont découvert une personnalité hors du commun, et à l’itinéraire intérieur éblouissant. Notamment sur la question – l’énigme - de la souffrance qui parcours nos lectures de ce dimanche, Isaïe surtout :

« Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. » (Is 53, 10-11) 

Broyée par la souffrance

Être « broyé par la souffrance », comme gémit Isaïe, Etty l’a vécu dans sa chair, ses amis, sa famille. Mais elle faisait une distinction entre souffrir et être vaincue par la souffrance :

« Nous avons le droit de souffrir, mais non de succomber à la souffrance »,
écrit-elle depuis le camp de Westerbork.

Comment fait-elle pour ne pas se laisser dominer ?

Elle fait une deuxième distinction entre la souffrance et la représentation de la souffrance que nous nous construisons intérieurement. L’image est souvent plus terrible que la réalité : imaginer les tortures que peut inventer la Gestapo en interrogatoire devient terrifiant…

« Il n’est pas au-dessous de la dignité humaine de souffrir. Je veux dire : on peut souffrir avec, ou sans dignité humaine. La plupart des occidentaux ignorent l’art de souffrir, tout ce qu’ils savent c’est se ronger d’angoisse. »

Se ronger d’angoisse en anticipant le pire est insupportable. Briser la représentation du malheur qui vient est la clé de la liberté et le courage d’Etty pour aller au devant de l’extermination en marche. Elle s’ancre dans le présent, suivant le mot de Jésus : « à chaque jour suffit sa peine, demain s’occupera de lui-même ».

 

Sacrifice de réparation

Cela va de pair avec « justifier les multitudes » et « se charger de leurs fautes ».
Collectif-Supplement-Au-Cahier-Evangile-N-97-Le-Serviteur-Souffrant-Isaie-53-Revue-746388530_ML Amsterdam dans Communauté spirituelleLe serviteur souffrant d’Isaïe peut être un prophète – les chrétiens y ont reconnu le portrait de Jésus – ou plus vraisemblablement le peuple juif personnifié. La déportation et l’exil à Babylone en -587 avaient déjà hélas produit ces cohortes lamentables d’un peuple décimé obligé de prendre la route pour devenir esclave ailleurs, en pays ennemi. Si ce petit reste d’Israël tient bon dans la foi et respecte l’Alliance malgré tout, alors même le roi perse Cyrus reconnaîtra la valeur des hébreux, et les fera revenir sur leur terre en -537. Etty a vécu quelque chose de cet ordre lorsqu’elle transforme son aventure personnelle en source d’amour soulageant le fardeau les autres :

« Parfois je m’asseyais à côté de quelqu’un, je passais un bras autour de son épaule, je ne parlais pas beaucoup, je regardais les visages. Rien ne m’étaient étranger, aucune manifestation de souffrance humaine. Tout me semblait familier, j’avais l’impression de tout connaître d’avance et d’avoir déjà vécu cela une fois dans le passé. Certains me disaient : mais tu as donc des nerfs d’acier pour tenir le coup aussi bien ? Je ne crois pas du tout avoir des nerfs d’acier, j’ai plutôt les nerfs à fleur de peau, mais c’est un fait, je ‘tiens le coup’. J’ose  regarder chaque souffrance au fond des yeux, la souffrance ne me fait pas peur. Et à la fin de la journée j’éprouvais toujours le même sentiment, l’amour de mes semblables. Je ne ressentais aucune amertume devant les souffrances qu’on leur infligeait, seulement de l’amour pour eux, pour la façon de les endurer, si peu préparés qu’ils fussent à endurer quoique ce fût. »

Elle va même jusqu’à prendre sur elle le maximum de la souffrance des autres qu’elle peut porter. Le mot qu’elle emploie pour désigner cela est allemand (!) : Vorwegnehmen, littéralement enlever à l’avance (la souffrance de quelqu’un), qui correspond assez bien à ce que Isaïe appelait « justifier les multitudes », « se charger de leurs fautes ».

« Vorwegnehmen : je ne connais pas de bonne traduction hollandaise de ce mot. Depuis hier soir du fond de mon lit, j’assimile un peu de la souffrance infinie qui, disséminée dans le monde entier, attend des âmes pour l’assumer. J’engrange un peu de cette souffrance en prévision de l’hiver. Cela ne se fait pas en un jour. J’ai une rude journée devant moi. Je vais rester couchée et je prendrai en quelque sorte une avance sur toutes les rudes de journée qui m’attendent encore. Lorsque je souffre pour les faibles, n’est-ce pas souffrir en fait pour la faiblesse que je sens en moi ? »

Elle peut ainsi rejoindre les autres jusque dans leur enfer même, et de l’intérieur, les aider à ne pas se laisser anéantir spirituellement, alors que l’anéantissement physique était inéluctable de Westerbork à Auschwitz :

« Les plus larges fleuves s’engouffrent en moi, les plus hautes montagnes se dressent en moi. Derrière les broussailles entremêlées de mes angoisses de mes désarrois s’étendent les vastes plaines, le plat pays de ma paix et de mon bienheureux abandon. Je porte en moi tous les paysages. J’ai tout l’espace voulu. Je porte en moi la terre et je porte le ciel. Et que l’enfer soit une invention des hommes m’apparaît avec une évidence totale. Je ne vivrai plus jamais mon enfer personnel (je l’ai vécu suffisamment autrefois, j’ai pris de l’avance pour toute une vie), mais je puis vivre très intensément l’enfer des autres. »

Le secret de cette force intérieure invincible, c’est l’acceptation sereine de sa propre mort. Pour Etty, accepter sa mort en l’offrant, c’est élargir sa vie :

« En disant « J’ai réglé mes comptes avec la vie », je veux dire : l’éventualité de la mort est intégrée à ma vie ; regarder la mort en face et l’accepter comme partie intégrante de la vie, c’est élargir la vie. A l’inverse, sacrifier dès maintenant à la mort un morceau de cette vie, par peur de la mort et refus de l’accepter, c’est le meilleur moyen de ne garder qu’un pauvre petit bout de vie mutilée, méritant à peine le nom de vie. Cela semble un paradoxe : en excluant la mort de sa vie on se prive d’une vie complète et en l’y accueillant on élargit et on enrichit sa vie. »

 

Le serviteur a plu au Seigneur

Ce qui plaît à Dieu, ce n’est pas de souffrir, mais, souffrant, de grandir dans le service des autres. Cela 62786637 Auschwitzpasse par un décentrement de soi (« remettre sa vie en sacrifice ») qui pour Etty était un travail acharné sur elle-même. Avec l’aide de son grand ami, Julius Spier, psychologue et vaguement gourou, elle a su progressivement traverser l’agitation extérieure de son époque et ses tourbillons sentimentaux intérieurs pour s’ancrer dans une présence à soi et aux autres d’une intensité exceptionnelle.

Dès lors, Etty habite la confiance, quoi qu’il arrive, et goûte la beauté de la vie, malgré tout :

« Mes enfants, je suis pleine de bonheur et de gratitude, je trouve la vie si belle et si riche de sens. Mais oui, belle et riche de sens, au moment même où je me tiens au chevet de mon ami mort – mort beaucoup trop jeune – et où je me prépare à être déportée d’un jour à l’autre à des régions inconnues. Mon Dieu je te suis si reconnaissante de tout. »

« J’ai en moi une immense confiance. Non pas la certitude de voir la vie extérieure tourner bien pour moi, mais celle de continuer à accepter la vie et à la trouver bonne, même dans les pires moments. »

Cette descente en elle-même, cette écoute intérieure (hineinhörchen), Etty finit par y discerner la trace de Dieu :

« Il y a en moi un puits très profond. Et dans ce puits, il y a Dieu. Parfois je parviens à l’atteindre. Mais plus souvent, des pierres et des gravats obstruent ce puits, et Dieu est enseveli. Alors il faut le remettre à jour. »

Elle va jusqu’à écrire : « en moi, Dieu écoute Dieu… » Cette conversation, ce dialogue ininterrompu entre Dieu et Dieu en elle lui permet d’affronter les horreurs de la déportation sans désespérer ni devenir folle. C’est ce qui a permis également à Jacques et Jean, malgré leur fanfaronnade dans l’évangile d’aujourd’hui (Mc 10,35–45) de réellement pouvoir boire la coupe du Christ et être plongé dans son baptême, c’est-à-dire de participer à sa passion, jusqu’au martyre.


Les martyrs d’ailleurs témoignent de cette force étonnante qui leur est donnée au moment voulu pour ne pas haïr, pour ne pas se laisser dominer par la souffrance, pour espérer et aimer de plus belle au cœur de la détresse, à partir du fond de la détresse…
Etty était ancrée dans cette tranquille confiance qu’elle pourrait supporter toute épreuve, quand elle se présentera, dès lors que son dialogue intérieur ne cesse pas…

 

Le serviteur souffrant d’Isaïe a les traits d’Etty Hillesum, de Jésus de Nazareth, du peuple juif sur les routes de la déportation à Babylone ou à Auschwitz…

Nous sommes ces serviteurs, chacun, quand nous trouvons en nous, en Dieu, la force de traverser la souffrance sans haine, la transformant en source d’amour pour les autres.

« On voudrait être un baume versé sur tant de plaies… »

 

_____________________________________________________

[1]. Etty est le diminutif d’Esther, prénom juif d’une reine sauvant son peuple du génocide qui s’annonçait (déjà, encore…), comme en témoigne le livre d’Esther dans la Bible. Etty n’y fait pas allusion, mais c’est comme une parenté spirituelle qu’elle assumait sans le savoir.

 

 

1ère lecture : « S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours » (Is 53, 10-11)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, il verra une descendance, il prolongera ses jours : par lui, ce qui plaît au Seigneur réussira. Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes.

Psaume : Ps 32 (33), 4-5, 18-19, 20.22

R/ Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !
(Ps 32, 22)

Oui, elle est droite, la parole du Seigneur ;
il est fidèle en tout ce qu’il fait.
Il aime le bon droit et la justice ;
la terre est remplie de son amour.

Dieu veille sur ceux qui le craignent,
qui mettent leur espoir en son amour,
pour les délivrer de la mort,
les garder en vie aux jours de famine.

Nous attendons notre vie du Seigneur :
il est pour nous un appui, un bouclier.
Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

2ème lecture : « Avançons-nous avec assurance vers le Trône de la grâce » (He 4, 14-16)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, en Jésus, le Fils de Dieu, nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui a traversé les cieux ; tenons donc ferme l’affirmation de notre foi. En effet, nous n’avons un grand prêtre incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. Avançons-nous donc avec assurance vers le Trône de la grâce, pour obtenir miséricorde et recevoir, en temps voulu, la grâce de son secours.

Evangile : « Le Fils de l’homme est venu donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 35-45)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Le Fils de l’homme est venu pour servir,
et donner sa vie en rançon pour la multitude.
Alléluia. (cf. Mc 10, 45)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jacques et Jean, les fils de Zébédée, s’approchent de Jésus et lui disent : « Maître, ce que nous allons te demander, nous voudrions que tu le fasses pour nous. » Il leur dit : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Ils lui répondirent : « Donne-nous de siéger, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ta gloire. » Jésus leur dit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire, être baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé ? » Ils lui dirent : « Nous le pouvons. » Jésus leur dit : « La coupe que je vais boire, vous la boirez ; et vous serez baptisés du baptême dans lequel je vais être plongé. Quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé. » Les dix autres, qui avaient entendu, se mirent à s’indigner contre Jacques et Jean. Jésus les appela et leur dit : « Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
Patrick BRAUD

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6 mai 2015

Le communautarisme fait sa cuisine

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Le communautarisme fait sa cuisine

cf. également

Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures

Homélie du 6° dimanche de Pâques / Année B
10/05/2015

 

Attentats, tentatives d’attentat, ‘apartheid social’ (Manuel Valls), débats sur la laïcité… : l’actualité française remet en lumière les cloisonnements tissés entre des groupes entiers de la population. Les juifs vivent avec les juifs, les musulmans avec les musulmans, les autres se regroupent également par réseaux.

Le communautarisme fait sa cuisine dans Communauté spirituelle Aspect+humoristique+du+communautarisme

Dans cette partition de la société française en communautés juxtaposées, la plupart des commentateurs méconnaissent le rôle joué… par la cuisine ! Manger casher ou halal n’est pas seulement une jolie diversité à intégrer dans le ‘vivre ensemble’ républicain. C’est une vision du monde qui a de très importantes conséquences sociales. Considérer qu’il y a des animaux purs ou impurs à consommer implique qu’on ne peut pas se mettre à table avec n’importe qui, parce qu’on risquerait de manger n’importe quoi.

1250229442 Actes dans Communauté spirituelle 

La première lecture de ce dimanche est la parfaite illustration de ce lien entre cuisine et communautarisme. Dans le chapitre 10 du livre des Actes des Apôtres qu’il faut lire en entier, Pierre a une extase sur la terrasse d’un certain Simon, corroyeur à Juppé. Il y voit « le ciel ouvert et un objet, semblable à une grande nappe nouée aux quatre coins, en descendre vers la terre.  Et dedans il y avait tous les quadrupèdes et les reptiles, et tous les oiseaux du ciel.  Une voix lui dit alors: « Allons, Pierre, immole et mange. »  Mais Pierre répondit: « Oh non ! Seigneur, car je n’ai jamais rien mangé de souillé ni d’impur ! »  De nouveau, une seconde fois, la voix lui parle: « Ce que Dieu a purifié, toi, ne le dis pas souillé. »  Cela se répéta par trois fois, et aussitôt l’objet fut remporté au ciel. »(Ac 10, 11-16)

 cashrout 

Voilà un premier tournant décisif, que l’on ne doit pas à Paul, pourtant farouche partisan de la liberté face aux prescriptions juives. Pierre se voit signifier par trois fois que tous les aliments sont purs à manger. Trois fois : ce qui signifie que cet ordre vient du Dieu trois fois saint ; et il faut bien cela pour que Pierre ose abandonner la cashrout, c’est-à-dire les interdits alimentaires juifs.

Le deuxième tournant décisif est celui qui suit, logiquement : Pierre ose entrer chez le païen Corneille, plus encore il ose manger avec eux, et baptiser  toute la famille, alors que normalement un juif n’a pas le droit d’entrer en contact avec des non-juifs, toujours à cause de l’impureté rituelle : « Vous le savez, il est absolument interdit à un Juif de frayer avec un étranger ou d’entrer chez lui. Mais Dieu vient de me montrer, à moi, qu’il ne faut appeler aucun homme souillé ou impur » (Ac 10,28).

 

ob_9bfbd09db15204184b6879402ba5e116_pur-et-imupr-lapin-bleu communautarismeAbroger les interdits alimentaires, c’est abattre les séparations entre les communautés. Il n’y aurait pas d’universalisme chrétien si l’Église respectait encore les règles d’abattage des animaux ou l’interdiction de manger du porc, de tel poisson ou autre met ‘immonde’. Regardez les supermarchés casher ou halal (tristement remis sous les feux des médias avec les attentats) : parce qu’ils mangent différemment, les consommateurs achètent différemment, et finalement se séparent en autant de communautés. En pratique, l’obligation de manger casher ou halal oblige logiquement à manger avec ses frères juifs ou musulmans, pas avec les autres. Ce qu’on appelle la commensalité, qui a été le problème le plus grave de l’Église naissante. À tel point qu’il a fallu un concile – le premier, à Jérusalem – pour résoudre la grave question de la communion de table (et donc de foi, de fraternité) entre juifs et païens (Ac 15). Pierre racontera alors dans  cette assemblée ce qui lui est arrivé à Joppé avec le centurion Corneille, où l’Esprit Saint en personne est intervenu pour le forcer à abandonner la cashrout. En fidélité d’ailleurs à ce que le Christ avait déclaré : « Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme; mais ce qui sort de sa bouche, voilà ce qui souille l’homme » (Mt 15,11). « Ainsi il déclarait purs tous les aliments » précise Marc (Mc 7,19).

 

Cela pèsera lourd dans la décision de ce concile de ne pas imposer les interdits alimentaires (ou la circoncision) aux païens désirant le baptême.

publicain2 cuisineMais c’était tellement à contre-courant des habitudes juives que Pierre lui-même retombera dans ce travers communautariste un peu plus tard. Paul le prendra en fragrant délit de contradiction à Antioche : « quand Céphas vint à Antioche, je lui résistai en face, parce qu’il s’était donné tort.  En effet, avant l’arrivée de certaines gens de l’entourage de Jacques, il prenait ses repas avec les païens; mais quand ces gens arrivèrent, on le vit se dérober et se tenir à l’écart, par peur des circoncis.  Et les autres Juifs l’imitèrent dans sa dissimulation, au point d’entraîner Barnabé lui-même à dissimuler avec eux.  Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Céphas devant tout le monde: « Si toi qui es Juif, tu vis comme les païens, et non à la juive, comment peux-tu contraindre les païens à judaïser ? » (Ga 2,11-14).

 

L’apostrophe de Paul à Pierre montre que le danger est réel : ne pas vouloir manger avec l’autre ruine la fraternité universelle qui est la vocation de l’Église. Or les interdits alimentaires ont toujours eu pour but – non pas l’hygiène comme le croient les occidentaux, matérialistes – mais la préservation de l’identité communautaire [1]. C’est pour se différencier des autres que le peuple juif ne mange pas comme eux : afin de ne pas disparaître au milieu des nations. Le Coran n’a fait que reprendre ces interdits alimentaires de l’Ancien Testament, en faisant en sorte de disqualifier aussi bien la cashrout juive que la liberté alimentaire chrétienne.

 

On voit bien que cuisine et communautarisme peuvent se nourrir l’un l’autre…

Le double tournant des Actes des Apôtres (alimentaire, fraternel) n’en est que plus urgent et plus actuel : en déclarant que tous les aliments sont purs, l’Esprit Saint rend possible une fraternité vraiment universelle, où la table de l’eucharistie accueille tous les peuples.

 

Avoir une cuisine à part (ou des vêtements à part), c’est vouloir constituer un peuple à part. Les chrétiens, depuis Pierre, se sont toujours battus pour la liberté alimentaire, sachant que sinon les conflits entre identités resurgiraient, plus violents.

0 Esprit 

Les débats sur la nourriture à la cantine de l’école ou de l’entreprise sont finalement de vieux débats ! L’Esprit du Christ nous pousse à refuser tous les replis communautaristes qui séparent les choses et finalement les hommes entre eux purs et impurs.

Rien de plus engageant socialement que cette attitude spirituelle !

 

 


[1]. Pour être exact il faut signaler qu’il y a aussi un enjeu théologique : respecter la séparation des espèces telles que Dieu l’aurait voulue à la création du monde, c’est-à-dire ne pas dé-créer le monde par notre activité de consommation.

 

 

1ère lecture : « Même sur les nations païennes, le don de l’Esprit Saint avait été répandu » (Ac 10, 25-26.34-35.44-48)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Comme Pierre arrivait à Césarée chez Corneille, centurion de l’armée romaine, celui-ci vint à sa rencontre, et, tombant à ses pieds, il se prosterna. Mais Pierre le releva en disant : « Lève-toi. Je ne suis qu’un homme, moi aussi. » Alors Pierre prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. » Pierre parlait encore quand l’Esprit Saint descendit sur tous ceux qui écoutaient la Parole. Les croyants qui accompagnaient Pierre, et qui étaient juifs d’origine, furent stupéfaits de voir que, même sur les nations, le don de l’Esprit Saint avait été répandu. En effet, on les entendait parler en langues et chanter la grandeur de Dieu. Pierre dit alors : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Et il donna l’ordre de les baptiser au nom de Jésus Christ. Alors ils lui demandèrent de rester quelques jours avec eux.

Psaume : 97 (98), 1, 2-3ab, 3cd-4

R/ Le Seigneur a fait connaître sa victoire et révélé sa justice aux nations. ou : Alléluia ! (97, 2)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
car il a fait des merveilles ;
par son bras très saint, par sa main puissante,
il s’est assuré la victoire.

Le Seigneur a fait connaître sa victoire
et révélé sa justice aux nations ;
il s’est rappelé sa fidélité, son amour,
en faveur de la maison d’Israël.

La terre tout entière a vu
la victoire de notre Dieu.
Acclamez le Seigneur, terre entière,
sonnez, chantez, jouez !

2ème lecture : « Dieu est amour » (1 Jn 4, 7-10)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu. Celui qui n’aime pas n’a pas connu Dieu, car Dieu est amour. Voici comment l’amour de Dieu s’est manifesté parmi nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde pour que nous vivions par lui. Voici en quoi consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés.

Evangile : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 9-17)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia. (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »
Patrick BRAUD

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2 mai 2014

La grâce de l’hospitalité

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La grâce de l’hospitalité

Homélie du 3ème Dimanche de Pâques ? Année A
04/05/2014

La grâce de l'hospitalité dans Communauté spirituelle 51R--B%2BcaqL._Frère Henry Quinson est un moine d’un type nouveau : habitant à 4 dans un HLM des quartiers nord de Marseille, il vit au contact des musulmans et des comoriens, majoritaires dans cette cité Saint Paul. Il raconte qu’après le tremblement de terre en Algérie, l’un des frères vivant dans la banlieue d’Alger (Boudouaou) a vu sa maison s’écrouler, en ruines. Aussitôt et pendant toute une année, ses voisins, musulmans, l’ont hébergé, logé, nourri. L’hospitalité n’est pas un mot vide en Algérie comme d’ailleurs en Afrique ou même chez nous.

Évidement chez nous, depuis qu’il y a des codes pour entrer dans les immeubles, des grilles fermées, et des voisins qui se méfient les uns des autres c’est plus difficile ! C’est moins naturel d’ouvrir sa porte, d’inviter à sa table des inconnus, d’offrir un toit à des gens de passage. Pourtant cela se pratique encore : pensez aux échanges scolaires, aux jumelages? et Frère Henry Quinson raconte tous ces liens d’hospitalité qui se vivent dans sa cité HLM : échanges de gâteaux, de chorbas, de couscous, visites et entraides?

 

Pourrions-nous oublier que l’hospitalité est une attitude du c?ur typiquement biblique ? (depuis la fameuse ‘philoxénie’ d’Abraham = son amour des étrangers, comme en témoigne l’accueil des 3 visiteurs de Gn 18; et d’ailleurs ‘philoxénie’ est le contraire de ‘xénophobie’…)

isaac étranger dans Communauté spirituelle

Avons-nous bien entendu que c’est grâce à l’hospitalité, pressante nous dit le texte, que les disciples d’Emmaüs ont pu reconnaître et accueillir le Ressuscité ?

Saint Grégoire le Grand (Pape de 590 à 604) commente :

« Ils l’invitèrent à partager leur gîte, comme on le fait avec un voyageur. Dirons-nous simplement qu’ils l’invitèrent ? L’Écriture, précise qu’ils le pressèrent. Elle nous montre par cet exemple que lorsque nous invitons des étrangers sous notre toit, notre invitation doit être pressante ».

Et Grégoire insiste sur la fécondité de l’hospitalité, cette ouverture de la maison familiale à l’image de l’ouverture du coeur :

Duccio_di_Buoninsegna_Emaus grâce« Le Seigneur n’a pas été reconnu (par les deux disciples d’Emmaüs) pendant qu’il parlait ; il a daigné se manifester lorsqu’on lui offrit à manger. Aimons donc l’hospitalité, frères très chers. C’est d’elle que Paul nous parle : ?N’oubliez pas l’hospitalité, c’est grâce à elle que quelques uns, à leur insu,  hébergèrent des anges’ (He 13,2). Pierre dit aussi : ‘Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres sans murmurer’ (1P 4,9). Et la vérité elle-même (le Christ) nous en parle : ‘J’étais un étranger et vous m’avez accueilli ? (Mt 25,35)’.

Et malgré cela, nous sommes si paresseux devant la grâce de l’hospitalité ! » s’étonnait Grégoire le Grand hier comme il pourrait le faire aujourd’hui.

« Mesurons, mes frères, la grandeur de cette vertu. Recevez le Christ présent dans l’étranger, afin qu’au jugement il ne nous ignore pas comme des étrangers, mais nous reçoive comme des frères dans son royaume ».

Il fallait citer longuement Grégoire le Grand pour redécouvrir le lien entre les disciples d’Emmaüs et l’hospitalité dans nos maisons aujourd’hui.

Où en sommes-nous de cet accueil gratuit chez nous ?

À qui ouvrons-nous notre table ? Qui invitons-nous à dormir, à loger sous notre toit ?  

Celui qui élargit ainsi l’espace de sa maison élargit en même temps ses horizons, sa soif de l’autre, son désir de la rencontre imprévue.

L’évangile de ce Dimanche nous dit même que c’est le Ressuscité en personne qui peut alors se manifester, être accueilli, lorsque nous pratiquons l’hospitalité.

Voilà une belle résolution pour le temps pascal, en famille ou tout seul : quel hôte de passage puis-je nourrir, accueillir, inviter chez moi ? Les amis des enfants ? Un enfant du Secours Catholique qui cherche une famille d’accueil pour les vacances d’été ? Une personne âgée seule chez elle ? Un touriste de passage ?… Un voisin encore inconnu ?

Comment pratiquer plus généreusement l’hospitalité ?

Vos enfants vous remercieront plus tard d’avoir eu une maison ouverte sur les autres?

Et surtout, vous pouvez peut-être « héberger des anges » sans le savoir, comme le dit justement saint Paul.

Vous pourrez même ouvrir les yeux sur la présence du Ressuscité, grâce à l’hospitalité, celle des disciples d’Emmaüs.

Saint Augustin (‘maghrebin’ des années 354-430) osait écrire à propos de cet évangile :

« Retiens l’étranger si tu veux connaître ton Sauveur ».

C’est bien parce que les disciples ont retenu à manger cet étranger de passage qu’ils ont reconnu le vivant.

« L’hospitalité leur a rendu ce que le doute leur avait pris ».

« Pratiquez donc l’hospitalité, sans murmurer » (St Pierre), comme à Emmaüs.

Ceux que vous accueillerez à votre table vous accueilleront auprès de Dieu.

Ceux que vous aurez logés vous introduiront dans la demeure de Dieu.

Et déjà, vous verrez votre regard, votre coeur se dilater jusqu’à des horizons insoupçonnés…

 

1ère lecture : Pierre annonce le Christ ressuscité (Ac 2, 14.22b-33)
Lecture du livre des Actes des Apôtres
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, prit la parole ; il dit d’une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez à Jérusalem, comprenez ce qui se passe aujourd’hui, écoutez bien ce que je vais vous dire.
Il s’agit de Jésus le Nazaréen, cet homme dont Dieu avait fait connaître la mission en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez bien.
Cet homme, livré selon le plan et la volonté de Dieu, vous l’avez fait mourir en le faisant clouer à la croix par la main des païens.
Or, Dieu l’a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir.
En effet, c’est de lui que parle le psaume de David : Je regardais le Seigneur sans relâche, s’il est à mon côté, je ne tombe pas.
Oui, mon c?ur est dans l’allégresse, ma langue chante de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance :
tu ne peux pas m’abandonner à la mort ni laisser ton fidèle connaître la corruption.
Tu m’as montré le chemin de la vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence.
Frères, au sujet de David notre père, on peut vous dire avec assurance qu’il est mort, qu’il a été enterré, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Mais il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un de ses descendants. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé dans la gloire par la puissance de Dieu, il a reçu de son Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous : c’est cela que vous voyez et que vous entendez. »

Psaume : Ps 15, 1-2a.5, 7-8, 9-10, 2b.11

R/ Tu m’as montré, Seigneur, le chemin de la vie.

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu ! 
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. » 

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon coeur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable. 

Mon c?ur exulte, mon âme est en fête, 
ma chair elle-même repose en confiance : 
tu ne peux m’abandonner à la mort 
ni laisser ton ami voir la corruption. 

Je n’ai pas d’autre bonheur que toi.
Tu m’apprends le chemin de la vie : 
devant ta face, débordement de joie ! 
À ta droite, éternité de délices !

2ème lecture : Le Christ ressuscité donne à notre vie son vrai sens (1 P 1, 17-21)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frères, 
vous invoquez comme votre Père celui qui ne fait pas de différence entre les hommes, mais qui les juge chacun d’après ses actes ; vivez donc, pendant votre séjour sur terre, dans la crainte de Dieu.
Vous le savez : ce qui vous a libérés de la vie sans but que vous meniez à la suite de vos pères, ce n’est pas l’or et l’argent, car ils seront détruits ; c’est le sang précieux du Christ, l’Agneau sans défaut et sans tache.
Dieu l’avait choisi dès avant la création du monde, et il l’a manifesté à cause de vous, en ces temps qui sont les derniers.
C’est par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

Evangile : Apparition aux disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Seigneur Jésus, fais-nous comprendre les Écritures ! Que notre c?ur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Le troisième jour après la mort de Jésus, deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s’était passé.

Or, tandis qu’ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient aveuglés, et ils ne le reconnaissaient pas.
Jésus leur dit : « De quoi causiez-vous donc, tout en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.
L’un des deux, nommé Cléophas, répondit : « Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth : cet homme était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. Les chefs des prêtres et nos dirigeants l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.
Et nous qui espérions qu’il serait le libérateur d’Israël ! Avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.
À vrai dire, nous avons été bouleversés par quelques femmes de notre groupe. Elles sont allées au tombeau de très bonne heure, et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont même venues nous dire qu’elles avaient eu une apparition : des anges, qui disaient qu’il est vivant.
Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »
Il leur dit alors : « Vous n’avez donc pas compris ! Comme votre c?ur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes !
Ne fallait-il pas que le Messie souffrît tout cela pour entrer dans sa gloire ? »
Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.
Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous : le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, il prit le pain, dit la bénédiction, le rompit et le leur donna.
Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.
Alors ils se dirent l’un à l’autre : « Notre c?ur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route, et qu’il nous faisait comprendre les Écritures ? »
À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :
« C’est vrai ! le Seigneur est ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »
À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment ils l’avaient reconnu quand il avait rompu le pain.
Patrick Braud

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