L'homelie du dimanche

22 février 2017

Mercredi des Cendres : le lien aumône-prière-jeûne

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Mercredi des Cendres : le lien aumône-prière-jeûne

Homélie du Mercredi des Cendres / Année A
01/03/2017

Cf. également :

Déchirez vos cœurs et non vos vêtements

Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile

La radieuse tristesse du Carême

Carême : quand le secret humanise

Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner

Le symbolisme des cendres

 

L’évangile d’entrée en Carême unit chaque année trois pratiques en une seule démarche de conversion : l’aumône, la prière, le jeûne. Sous condition de secret, ces trois dispositions du cœur marquent les 40 jours du Carême, pour qu’elles soient présentes tout au long de l’année.

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Lisez comment St Pierre Chrysologue (ce surnom grec signifie « paroles d’or »), évêque de Ravenne au V° siècle, commentait les liens entre les trois :

Résultat de recherche d'images pour "Pierre Chrysologue"« Il y a trois actes, mes frères, trois actes en lesquels la foi se tient, la piété consiste, la vertu se maintient : la prière, le jeûne, la miséricorde. La prière frappe à la porte, le jeûne obtient, la miséricorde reçoit. Prière, miséricorde, jeûne : les trois ne font qu’un et se donnent mutuellement la vie.

En effet, le jeûne est l’âme de la prière, la miséricorde est la vie du jeûne. Que personne ne les divise : les trois ne peuvent se séparer. Celui qui en pratique seulement un ou deux, celui-là n’a rien. Donc, celui qui prie doit jeûner ; celui qui jeûne doit avoir pitié ; qu’il écoute l’homme qui demande, et qui en demandant souhaite être écouté ; il se fait entendre de Dieu, celui qui ne refuse pas d’entendre lorsqu’on le supplie.

Celui qui pratique le jeûne doit comprendre le jeûne : il doit sympathiser avec l’homme qui a faim, s’il veut que Dieu sympathise avec sa propre faim ; il doit faire miséricorde, celui qui espère obtenir miséricorde ; celui qui veut bénéficier de la bonté doit la pratiquer ; celui qui veut qu’on lui donne doit donner. C’est être un solliciteur insolent, que demander pour soi-même ce qu’on refuse à l’autre.

Voici la norme de la miséricorde à ton égard : si tu veux qu’on te fasse miséricorde de telle façon, selon telle mesure, avec telle promptitude, fais toi-même miséricorde aux autres, avec la même promptitude, la même mesure, la même façon.

Donc la prière, la miséricorde, le jeûne doivent former un patronage pour nous recommander à Dieu, doivent former un seul plaidoyer en notre faveur, une seule prière en notre faveur sous cette triple forme.

Résultat de recherche d'images pour "mercredi des cendres"Ce que nous avons perdu par le mépris, nous devons le conquérir par le jeûne ; immolons nos vies par le jeûne parce qu’il n’est rien que nous puissions offrir à Dieu de plus important, comme le prouve le Prophète lorsqu’il dit : Le sacrifice qui plaît à Dieu, c’est un esprit brisé ; le cœur qui est broyé et abaissé, Dieu ne le méprise pas.

Donne à Dieu ta vie, offre l’oblation du jeûne pour qu’il y ait là une offrande pure, un sacrifice saint, une victime sainte qui insiste en ta faveur et qui soit donnée à Dieu. Celui qui ne lui donnera pas cela n’aura pas d’excuse. Parce qu’on a toujours soi-même à offrir.

Mais pour que ces dons soient agréés, il faut que vienne vite la miséricorde. Le jeûne ne porte pas de fruit s’il n’est pas arrosé par la miséricorde ; le jeûne se dessèche par la sécheresse de la miséricorde ; ce que la pluie est pour la terre, la miséricorde l’est pour le jeûne. Celui qui jeûne peut bien cultiver son cœur, purifier sa chair, arracher les vices, semer les vertus : s’il n’y verse pas les flots de la miséricorde, il ne recueille pas de fruit.

Toi qui jeûnes, ton champ jeûne aussi, s’il est privé de miséricorde; toi qui jeûnes, ce que tu répands par ta miséricorde rejaillira dans ta grange. Pour ne pas gaspiller par ton avarice, recueille par tes largesses. En donnant au pauvre, donne à toi-même ; car ce que tu n’abandonnes pas à autrui, tu ne l’auras pas. »

St Pierre Chrysologue : Homélie sur la prière, le jeûne et l’aumône, (+ 451).

 

PREMIÈRE LECTURE
« Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Jl 2, 12-18)

Lecture du livre du prophète Joël

Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu. Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! Entre le portail et l’autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” »
Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

PSAUME(50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17)

R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. 50, 3) 

Pitié pour moi, mon Dieu,
dans ton amour, selon ta grande miséricorde,
e
fface mon péché.

Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.
 Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.

Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.
 Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.

Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.
Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

DEUXIÈME LECTURE
« Laissez-vous réconcilier avec Dieu. Voici maintenant le moment favorable » (2 Co 5, 20 – 6, 2)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture: Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

ÉVANGILE

« Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 1-6.16-18)
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
Aujourd’hui, ne fermez pas votre cœur, mais écoutez la voix du Seigneur.
Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (cf. Ps 94, 8a.7d)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

 Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

 Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

 Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »
Patrick BRAUD

 

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15 février 2015

Mercredi des cendres : de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 13 h 59 min

Mercredi des cendres :
de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile


Homélie du Mercredi 18 Février 2015
Mercredi des Cendres

cf. également : La radieuse tristesse du Carême

Carême : quand le secret humanise

Mercredi des Cendres : 4 raisons de jeûner

Le symbolisme des cendres

 

Mercredi des cendres :  de Grenouille à l’Apocalypse, un parfum d’Évangile dans Communauté spirituelleConnaissez-vous « Le Parfum », de Patrick Süskind ? C’est un roman assez extraordinaire, où le héros nous fait découvrir le monde de l’odorat, comme un 5ème continent oublié.

Grenouille, ce héros, a un nez extraordinaire. Il devient parfumeur ; il apprend à tirer la quintessence olfactive des fleurs, des choses, et même des êtres humains (hélas ! car il en deviendra meurtrier).

Au-delà de l’aventure romanesque de ce personnage qui capte l’odeur des autres pour en faire la sienne, l’auteur nous entraîne dans un univers étonnant de communication non verbale.

Beaucoup de choses sont dites, ressenties et perçues grâce et à travers les parfums de nos vies : la fragrance d’un concentré de lavande, l’épice d’un musc ambré, la sensualité d’un mélange aromatique exotique… Vous savez bien que l’odeur corporelle de quelqu’un est capable d’attirer ou de repousser plus fortement que ses paroles. Chacun de nous a une empreinte olfactive, comme une empreinte digitale, unique. Elle est souvent liée à notre identité spirituelle. Chacun de nous a une « odeur spirituelle » qui nous fait laisser une trace odoriférante derrière nous, suave ou puante …

Bref, il existe dans le parfum un pouvoir relationnel, pour le meilleur et pour le pire, dont nous sommes largement inconscients, et qui pourtant influence fortement nos relations.

 

J’imagine facilement Jésus lui-même écarquillant les narines pour sentir le monde à plein nez.

Il a du goûter les odeurs du bois de charpentier dans l’atelier de Joseph, les effluves des champs autour de Nazareth, la senteur des soldats romains ou celle des esclaves, le souffle presque marin du Lac de Tibériade, la puanteur de la vallée de la Géhenne, le mélange des essences au marché de Jérusalem etc.…

Il a appris que la relation de l’homme à l’univers et aux autres humains passe aussi par l’odorat.

Aussi, quand il nous dit aujourd’hui : « Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête », il nous invite à communiquer notre joie de Carême par une autre forme de présence que la parole : le parfum de notre vie.

 

Paradoxalement, au lieu d’être une privation, le jeûne devient une exhalaison pour les autres.

Au lieu d’afficher le manque, notre visage diffuse une bonne odeur de joie.

Au lieu de promener une « face de Carême », notre tête rayonne d’une odeur subtile d’Évangile.

Comme on dit de quelqu’un qu’il est mort « en odeur de sainteté », le Carême nous appelle alors à vivre « en odeur de joie » !

 

La femme au parfum chez Simon* Rappelez-vous la femme qui avait gaspillé 300 deniers pour acheter du parfum précieux et le répandre sur les pieds de Jésus : « et la maison s’emplit de la senteur du parfum » dit Jean (12, 3).

L’annonce prophétique de la Passion du Christ est passée par cette odeur de nectar précieux.

 

* Rappelez-vous l’autel des parfums que Dieu demanda à Moïse : « Procure-toi des essences parfumées : storax, ambre, galbanum, encens. Tu es feras un parfum mélangé, travail de parfumeur : salé, pur, sacré »(Ex 30). Et ces parfums fumaient sur l’autel, et ils devenaient des « parfums d’apaisement » pour Yahvé.

La prière peut émaner de nous comme une baguette d’encens brûle sur l’autel…

 

* Rappelez-vous le chant d’amour du Cantique des Cantiques : « L’arôme de tes parfums est exquis… » « Qui est celle-là qui monte du désert, vapeur de myrrhe et d’encens et de tous parfums exotiques ? » « Le parfum de tes vêtements est comme le parfum du Liban… »

Notre désir d’aimer s’exhale de nous, inconsciemment, et les autres le perçoivent alors clairement, plus qu’un discours…

 

* Rappelez-vous encore la grande liturgie odoriférante de l’Apocalypse, où l’encens fume à flots, où les 4 vivants tiennent dans leurs mains des coupes d’or pleines de parfums qui sont, précise St Jean, « les prières des saints »(Ap 5, 8). Et à l’ouverture du 7ème sceau, l’Ange fait monter devant Dieu la fumée des parfums qu’il offre « avec les prières de tous les saints », sur l’autel des parfums placé devant le trône (Ap 8,2 4).

Notre communion des saints se reconnaît à la colonne de parfum qui monte de nous-mêmes…

 

m39400_P2377_princ_hero Carême dans Communauté spirituelleAlors se parfumer la tête pour jeûner en Carême, ce n’est pas seulement répandre quelques gouttes d’Instant de Guerlain ou J’adore de Dior, c’est répandre en tous lieux la bonne odeur du Christ, diffuser des effluves de joie, laisser s’exhaler à travers soi des senteurs pleines de vie, mystérieuses de profondeur, envoûtantes d’énigmes.

Un jeûne de Carême produit des chrétiens qui respirent la confiance, qui fleurent la bonté, qui sentent bon dans leur manière d’être…

Être chrétien, ça se sent ! Ça ne fait pas que se voir, se dire, se goûter ou se toucher : ça se sent !

 

Le Christ, qui nous appelle au « secret » du Carême, nous invite en même temps au « parfum » du Carême : cette bonne odeur du Christ qui, au-delà des mots, communique à tous un message sans parole, rien que par les « arômes spirituels » qui émanent d’une présence.

 

« Quand tu jeûnes, parfume-toi la tête » : que l’Esprit du Christ soit notre ‘huile essentielle’, notre concentré de senteurs, pour que ce Carême diffuse un parfum d’Évangile à ceux qui croisent notre route.

 

1ère lecture : « Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements » (Jl 2, 12-18)
Lecture du livre du prophète Joël

Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre cœur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos cœurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu. Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! Entre le portail et l’autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra- t-il qu’on dise : “Où donc est leur Dieu ?” »  Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

Psaume : 50 (51), 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17

R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché ! (cf. 50, 3)

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave- moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint

Rends- moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

2ème lecture : « Laissez- vous réconcilier avec Dieu. Voici maintenant le moment favorable » (2 Co 5, 20 – 6, 2)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui- même qui lance un appel : nous le demandons au nom du Christ, laissez- vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. En tant que coopérateurs de Dieu, nous vous exhortons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui. Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé,au jour du salut je t’ai secouru. Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut.

Evangile : « Ton Père qui voit dans le secret te le rendra » (Mt 6, 1-6.16-18)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité,et ta loi, délivrance.Aujourd’hui, ne fermez pas votre coeur, mais écoutez la voix du Seigneur. Ta Parole, Seigneur, est vérité,et ta loi, délivrance. (cf. Ps 94, 8a.7d)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

 Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux- là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

 Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux- là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

 Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux- là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume- toi la tête et lave- toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »
Patrick BRAUD

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3 mars 2014

La radieuse tristesse du Carême

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

La radieuse tristesse du Carême

Homélie du Mercredi des Cendres / Année A
05/03/2014

Homélie pour entrer en Carême : 

La « radieuse tristesse » de ces 40 jours

La radieuse tristesse du Carême dans Communauté spirituelle saint-careme2 

« Radieuse tristesse »

C’est par cette belle et énigmatique expression que nos frères orthodoxes saluent ces 40 jours du Carême qui commencent.

« Radieuse tristesse » : en français, on appelle cela un oxymore, c’est-à-dire une association de deux contraires logiquement incompatibles (comme ?aigre-doux’ ou ?clair-obscur’). Mais Dieu n’est-il pas justement dans l’union des contraires ?

« Radieuse tristesse » : on y entend d’abord la tristesse, en écho à la lecture du prophète Joël : « Revenez à moi de tout votre coeur, dans le jeûne, les larmes, et le deuil ! Entre le portail et l’autel, les prêtres iront pleurer : ‘pitié Seigneur pour ton peuple’? » (Jl 2,12-18)

Impossible de rayer la tristesse de cette période de Carême sous prétexte que ce ne serait pas à  la mode, ou commercialement peu attractif !

Cette tristesse parcourt toute la Bible en fait :

- celle de Marie-Madeleine pleurant sur ses nombreux péchés,

- celle de David se couvrant de cendres en découvrant qu’il a commis un adultère et un meurtre,

- la tristesse de l’enfant prodigue qui revient poussé par la faim,

- ou encore la tristesse de Pierre qui s’entend dire par 3 fois : « M’aimes-tu ? »?

- c’est notre propre tristesse, le front marqué de cendres, conscient de la conversion que nous avons à vivre…

Saint André de Crète a composé un très bel hymne qui est chanté par l’Église orthodoxe pendant le Carême. Olivier Clément l’appelle « le chant des larmes ». Il constitue une confession publique, dans un élan de sincérité religieuse absolue, après repentance.

« Viens donc, âme endurcie, revêtue de ta chair,
confesse-toi au Créateur de toutes choses ;
rejette loin de toi ton délire et offre à Dieu des larmes de pénitence.

Comme David, je suis tombé dans la folie. Et je me suis roulé dans la boue.
Mais lave-moi, ô mon Sauveur, par mes larmes.

Ne t’abandonne pas au désespoir, ô mon âme.
Médite la foi de la Cananéenne, dont la fille fut guérie par une seule parole de Dieu, et avec elle, crie du fond de ton coeur : « Fils de David, sauve-moi !’ »
 

 

Ainsi s’exprime la liturgie orthodoxe dans le chant des larmes du Carême…

Mais cette tristesse est radieuse, parce qu’elle est déjà illuminée de l’évènement pascal.

De même qu’à Noël nous ne faisons pas semblant de faire naître l’enfant Jésus dans la crèche, car cela est accompli une fois pour toutes, de même pendant le Carême nous ne faisons pas semblant de vivre la Passion sans avoir déjà la force de la Résurrection en nous. Comme le dit Paul, il s’agit de « le connaître, lui, le Christ, avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts » (Ph 3, 10). 

Dans cet ordre: la Résurrection d’abord (celle du Christ), puis la Passion, puis la Résurrection ensuite (la nôtre) !

Parce que nous sommes d’après Pâques, la tristesse du Carême est radieuse de cette promesse de vie déjà accomplie en Christ.

Les lamentations de la Semaine Sainte sont rayonnantes de la consolation pascale.

L’office des Ténèbres du Vendredi Saint lui-même est diaphane de la victoire du Christ sur le mal et la mort.

Une beauté intérieure illumine ces jours de tristesse, comme les premiers rayons de l’aurore illuminent l’au-delà de l’horizon courbe des marins alors qu’ils naviguent dans la nuit noire?

 

« Radieuse tristesse » : tristesse de notre exil, du gâchis que nous faisons parfois de notre vie ; radieuse espérance de retrouver par là même le désir de chercher Dieu, le goût de sa présence, la paix du domicile retrouvé…

« Radieuse tristesse »  est donc bien le climat liturgique de ce Carême.

 40 dans Communauté spirituelleLes orthodoxes, explorant cette piste de l’union des contraires en Dieu, disent aussi : « douloureuse joie », car la joie de la renaissance passe par les douleurs de l’enfantement, ou encore : « triste clarté » car la clarté de Pâques dévoile les ombres de notre existence que nous découvrons alors avec tristesse, au moment même où elles sont dissipées.

Une traduction musicale de cette étonnante tristesse pourrait s’entendre dans l’oeuvre d’Arnold Schoenberg : la « nuit transfigurée » : un pèlerinage nocturne magnifique à travers l’épreuve d’un couple qui réussit à surmonter la nuit de sa désunion…


Nuit transfigurée,

triste clarté,

douloureuse joie …: 

que ce Carême nous donne d’expérimenter la radieuse tristesse des enfants de Dieu que nous sommes, pécheurs et aimés, pardonnés et encore en chemin vers la liberté parfaite !

 

1ère lecture : Appel à la pénitence (Jl 2, 12-18)

Lecture du livre Joël

Parole du Seigneur : « Revenez à moi de tout votre coeur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! »
Déchirez vos coeurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment.
Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et vous combler de ses bienfaits : ainsi vous pourrez offrir un sacrifice au Seigneur votre Dieu.
Sonnez de la trompette dans Jérusalem : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre !
Entre le portail et l’autel, les prêtres, ministres du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : ‘Où donc est leur Dieu ?’ »

Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

Psaume : Ps 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17

R/ Pitié, Seigneur, car nous avons péché.

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un c?ur pur, ô mon Dieu, 
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit. 
Ne me chasse pas loin de ta face, 
ne me reprends pas ton esprit saint. 

Rends-moi la joie d’être sauvé ; 
que l’esprit généreux me soutienne. 
Seigneur, ouvre mes lèvres, 
et ma bouche annoncera ta louange.

2ème lecture : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20-21; 6, 1-2)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu.
Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.
Et puisque nous travaillons avec lui, nous vous invitons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu.
Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je suis venu à ton secours. Or, c’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut.

Evangile : L’aumône, la prière et le jeûne comme Dieu les aime(Mt 6,1-6.16-18)

Acclamation : Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. « Convertissez-vous, dit le Seigneur, car le Royaume des cieux est proche. » Ta Parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Mt 4, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

 Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. »
Patrick BRAUD

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12 février 2013

Carême : quand le secret humanise

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Carême : quand le secret humanise

Homélie du Mercredi des Cendres  Année C
13/02/2013

         6 fois le mot secret revient dans cette page d’évangile, ou plutôt 3 fois 2 fois ; comme un leitmotiv :

         « Ton Père est là, dans le secret

         Ton Père voit ce que tu fais en secret ».

N’agis donc pas pour la façade, essaie plutôt de mettre ce qui est caché dans ta vie en conformité avec ce que tu crois.

 

Le secret…

. Il y a des secrets qui détruisent.

Est secret ce que nous avons écarté de notre vue et de celle des autres pour le laisser dans l’ombre, ou bien ce qui à l’insu de notre volonté s’est caché de lui-même dans notre inconscient.

Devant les autres, nous donnons souvent le change. Nous jouons un rôle, nous avons des masques comme les masques du Carnaval d’avant Carême.

Seul dans notre chambre, déjà beaucoup de choses changent. On sait bien qu’il y a des secrets de couples, heureux ou terribles, que personne ne peut deviner de l’extérieur.

Chacun de nous peut se retrouver, grâce à la solitude, face à ses secrets.

Il y a les secrets qu’on n’ose pas regarder en face, ceux que l’on porte comme un fardeau.

Il y a des secrets auxquels on s’est habitué et qui nous font accepter une double vie pourtant peu glorieuse.

Il y a des secrets de famille, si lourds à porter qu’ils empoisonnent ceux qui en sont tenus à l’écart (ex : des avortement cachés, manifestés des années après…).

Il y a des secrets d’État, au nom desquels on emprisonne ou élimine des gens, arbitrairement.

Et puis il y a ces secrets qui nous échappent à nous-mêmes, ces vagues silhouettes impossibles à nommer qui traversent notre histoire, et qui tirent des ficelles cachées…

 

. Il y a également des secrets qui humanisent.

Le secret d’un aveu qui permet une parole libératrice.

Le secret d’une intimité partagée, où chacun se reçoit de l’autre.

Le secret d’un don fait à l’autre qui ignore qui lui a fait ce don (cf. la parabole du bon Samaritain).

La joie secrète et si personnelle de la communion avec la nature, la musique, l’intelligence?

 

Les 3 secrets du Carême

Secrets qui détruisent / humanisent?

. Le Christ nous livre encore 3 secrets qui « divinisent » pourrait-on dire.

Le secret de l’aumône, car c’est reconnaître que je dois tout à Dieu et que je ne possède ma vie.

Le secret de la prière, car c’est l’intimité partagée avec Dieu et en Lui.

Le secret du jeûne, car c’est avoir faim et soif de Dieu avant tout, de Dieu plus que tout.

Ces 3 secrets sont « comme une ancre jetée dans les cieux » (He 6,19) : ils nous enracinent en Dieu, ils nous donnent d’aimer à partir « du Père qui est aux cieux » et non à partir de nous-mêmes.


L’ambivalence du secret

Quel est le statut du secret dans le Nouveau Testament ?

Comme toujours, la réalité du secret est ambivalente, et décrite comme telle par Jésus.

- C’est dans le secret que Marie accueille l’incroyable nouvelle de la vie divine déposée en elle. Malgré son amour pour Joseph, Marie ne lui a rien dit de la transformation secrète de son corps, ni de l’origine étonnante de sa grossesse (Lc 1, 18-25).

Joseph découvre que sa fiancée est enceinte, d’un autre que lui. Et parce qu’il est « juste », il décide de la répudier en secret, « sans bruit ». Ici, la justice et le secret sont donc liés en la personne de Joseph. À l’inverse de la volonté de tout étaler ou presque sur la place publique (qui caractérise bien les réseaux sociaux actuels), Joseph veut préserver la réputation de Marie, et accepte de ne pas dévoiler sa faute apparente.

Mais tout cela l’a tellement travaillé qu’il en rêve la nuit, et un songe lui permet de découvrir la vérité de ce secret. L’Esprit Saint lui-même est à l’oeuvre en Marie, mais c’est « en secret ». Joseph choisit alors de coopérer à ce secret de Dieu agissant en Marie. Il assume la paternité de cet enfant qui n’est pas de lui, en gardant le secret de son origine, jusqu’à ce que Jésus lui-même lève le voile.

- C’est le même secret dont Jésus a entouré cette période de 40 jours qu’est le Carême  pour nous préparer à Pâques : « Ton Père voit ce que tu fais en secret : il te le revaudra » (Mt 6, 4.6.18). Il n’y a que 7 usages du mot « secret » en Mt, 7 étant le chiffre de la Création (les 7 jours de la Genèse) : c’est en secret que la création du monde s’accomplit en nous.

- Il n’y a rien de secret qui ne doive être un jour être proclamé sur les toits (Lc 8,17 ; Mc 4,22 ; 1Co 4,5 ; 14,25). Les paroles prophétiques ne doivent pas être tenues secrètes (Ap 22,10), et Jésus revendique de parler au grand jour (Jn 18,20).

- Mais il y a pourtant des paroles qui doivent rester secrètes (Ap 10,4). Jésus lui-même monte « en secret » à Jérusalem pour une fête de pèlerinage (Jn 7,10), alors qu’on lui demande de se manifester au grand jour, pas « en secret » (Jn 7,4). Et surtout, il y a l’appel de Jésus à agir « dans le secret », que ce soit pour l’aumône, la prière où le jeune : « ton Père est là, dans le secret, il te le revaudra ». (Mt 6,1-18).

Saint François de Sales en tirera la maxime célèbre : « le bien ne fait pas de bruit ; le bruit ne fait pas de bien ». Jésus déjà avait recommandé: « que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône soit secrète…» (Mt 6,3)

C’est donc à un discernement que le Christ se livre : certains secrets sont garants de l’action de Dieu, d’autres doivent impérativement être levés.

 

Secret et discernement

Carême : quand le secret humanise dans Communauté spirituelle 9782853136105Le mot secret vient d’un mot latin qui veut dire « séparé », « écarté ».

Travailler sur la part de secret qui est en soi, en latin cela s’appelle discerner.

C’est la même racine « cenere » : dis-cenere = discerner qui a forgé le terme se-« cenere » = secret.

Le discernement a donc quelque chose à voir avec le secret, avec la mise à jour de nos secrets. Le discernement spirituel aide à mettre la part secrète de nos vies en accord, autant que possible, avec la part publique. Ne pas être un autre, à l’intérieur, de celui/celle qui parait à l’extérieur. L’enjeu de la vie spirituelle passe alors par là : descendre en moi, dans les oubliettes où j’ai rangé des habitudes, des blessures, des sentiments que je ne veux plus voir, alors qu’elles sont bien là. Si, dans ce secret-là, je laisse le Christ m’initier au don (à l’aumône), à la prière et au jeûne, alors le renouveau viendra du plus profond et pas seulement de mes lèvres. « Ton Père voit ce que tu fais dans le secret, et il te le revaudra ».

Au début de ce Carême, Christ nous invite : « travaille sur la part de secret qui est en toi. Dieu mieux que toi connaît les secrets de ton c?ur ; c’est lui qui t’a façonné dans le secret du ventre de ta mère ; c’est lui qui sonde les reins et les c?urs, dévoilant ainsi les secrets que nous voudrions laisser dans l’ombre. »


Que ce Carême nous aide à évangéliser nos profondeurs secrètes !

Alors nous découvrirons l’autre sens du mot secret : le secret d’amour du Père, qui est inépuisable, infini, au-delà des mots : le secret de la vie éternelle, à partir de nos secrets réduits en cendres aujourd’hui?.

 

 1ère lecture : Appel à la pénitence (Jl 2, 12-18)

Lecture du livre de Joël

Parole du Seigneur : « Revenez à moi de tout votre coeur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! »
Déchirez vos coeurs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour, renonçant au châtiment.
Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et vous combler de ses bienfaits : ainsi vous pourrez offrir un sacrifice au Seigneur votre Dieu.
Sonnez de la trompette dans Jérusalem : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une solennité, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre !
Entre le portail et l’autel, les prêtres, ministres du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n’expose pas ceux qui t’appartiennent à l’insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu’on dise : ‘Où donc est leur Dieu?’»
Et le Seigneur s’est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

Psaume : Ps 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17

R/ Donne-nous, Seigneur, un coeur nouveau,
mets en nous, Seigneur, un esprit nouveau.

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour,
selon ta grande miséricorde, efface mon péché.
Lave-moi tout entier de ma faute,
purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché,
ma faute est toujours devant moi.
Contre toi, et toi seul, j’ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait.

Crée en moi un c?ur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
Ne me chasse pas loin de ta face,
ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d’être sauvé ;
que l’esprit généreux me soutienne.
Seigneur, ouvre mes lèvres,
et ma bouche annoncera ta louange.

2ème lecture : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 5, 20-21; 6, 1-2)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, nous sommes les ambassadeurs du Christ, et par nous c’est Dieu lui-même qui, en fait, vous adresse un appel. Au nom du Christ, nous vous le demandons, laissez-vous réconcilier avec Dieu. Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu.
Et puisque nous travaillons avec lui, nous vous invitons encore à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de Dieu.

Car il dit dans l’Écriture : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je suis venu à ton secours. Or, c’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut.

Evangile : Les trois secrets du Carême (Mt 6,1-6.16-18)

Acclamation : Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance.
Fais-nous revenir à toi, Seigneur,
jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous revenir, et nous serons sauvés.
Ta parole, Seigneur, est vérité, et ta loi, délivrance. (Ps 79, 8.19-20)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Comme les disciples s’étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait :
« Si vous voulez vivre comme des justes, évitez d’agir devant les hommes pour vous faire remarquer. Autrement, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.
Ainsi, quand tu fais l’aumône, ne fais pas sonner de la trompette devant toi, comme ceux qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu fais l’aumône, que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous priez, ne soyez pas comme ceux qui se donnent en spectacle : quand ils font leurs prières, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et les carrefours pour bien se montrer aux hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu pries, retire-toi au fond de ta maison, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra.
Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme ceux qui se donnent en spectacle : ils se composent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu’ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont touché leur récompense.
Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père voit ce que tu fais dans le secret : il te le revaudra. »
Patrick Braud

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