L'homelie du dimanche

4 novembre 2015

Le Temple, la veuve, et la colère

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Le Temple, la veuve, et la colère

 

Homélie du 32° dimanche du temps ordinaire / Année B
08/11/2015

Cf. également :

Les deux sous du don…

 

C’est fou ce que Jésus doit aux femmes !

De Marie de Nazareth à Marie de Magdala, en passant par la cananéenne et ses petits chiens, Jésus n’a cessé de recevoir des femmes de sa vie de quoi exister, annoncer, grandir. Ici, c’est une pauvre veuve qui va le révéler à lui-même, en confortant son désir de se jeter à corps perdu dans la réforme du judaïsme.

Pour décrypter le fonctionnement religieux du Temple, Jésus se poste dans le parvis de femmes, sur les marches d’un escalier de pierre.

Le parvis des femmes, c’était une vaste cour carrée entourée de trois côtés par une colonnade supportant une galerie d’où les femmes pouvaient assister aux cérémonies religieuses. Un large escalier semi-circulaire de quinze marches conduisait au parvis d’Israël. C’est sans doute sur l’un de ces degrés que Jésus s’était assis ; de là, il voyait sur sa gauche la salle du trésor le long de laquelle, d’après le Talmud, se trouvaient treize troncs au goulot étroit et évasé par le bas, d’où leur nom de trompettes. Les fidèles y jetaient leurs aumônes et, à l’époque de la Pâque, l’affluence autour des troncs était énorme. Certains en profitaient pour jeter à pleines mains et avec ostentation de la monnaie de cuivre ou de bronze. Ils auraient pu s’acquitter plus commodément de la même offrande en monnaie d’argent, mais leur générosité aurait été moins bruyante et n’aurait pas attiré l’attention des pèlerins…

Afficher l'image d'origineTiens, aujourd’hui encore, c’est donc en se plaçant aussi chez du côté des femmes que nous pouvons décrypter la vérité sur notre société. Les féministes du « Care »  disent des choses vraies sur ce qui manque à nos relations de travail, de politique etc. Les théologiennes américaines écrivent des choses vraies sur le système religieux catholique, encore trop dominé par les hommes.

Jésus aurait aimé se placer dans ces parvis des femmes contemporains, pour contempler les foules de nos entreprises, de nos cités, et y révéler à la fois l’hypocrisie des riches et l’aliénation des pauvres. L’Église doit accepter de décaler ainsi son point de vue (sur l’économie, la politique, la famille, l’Église etc.) en regardant et écoutant ce que les femmes disent des relations humaines de notre temps.

Jésus entend le bling-bling clinquant des riches versant ostensiblement leur obole dans les vases de la collecte, mais il entend plus encore le silence – l’énorme silence si lourd de conséquences - de la pauvre veuve jetant de son nécessaire.

 

La colère contre l’institution religieuse du Temple

À lire le texte, on ne sait pas si c’est l’admiration (de la veuve) ou l’indignation (contre le Temple) qui prévaut en Jésus. Le contexte de ce passage est en effet une controverse entre Jésus et les pouvoirs religieux du Temple de Jérusalem : « ils dévorent les biens des veuves ». On peut penser qu’au lieu d’admirer les deux sous du don de cette femme, il continue au contraire à frémir de colère envers le Temple. Comment, ce Temple a été érigé pour la gloire de Dieu et le voici qui dévore tout ce que cette veuve a pour vivre !? Comment la foi d’Israël a-t-elle pu engendrer un système d’offrandes aussi injuste ? D’autant plus que ce Temple, Jésus annonce qu’il n’en restera bientôt plus pierre sur pierre ! Jésus dénonce le caractère stérile et absurde de ces offrandes pour une cause condamnée à disparaître.

Il aurait frémi de colère devant les sacrifices humains exigés par Hitler, Lénine, Staline ou Mao. Il renverserait aujourd’hui les écrans des changeurs de la Bourse et s’indignerait que l’épargne des plus petits soit utilisée pour d’autres buts que la vraie solidarité. Il dénoncerait à nouveau les chefs religieux – les chrétiens, musulmans ou autres - qui vivent comme des nababs aux dépens de leur communauté. Il ne supporterait pas qu’une pauvre veuve soit trompée dans son espérance par les politiques, les puissants.

Afficher l'image d'origineL’aliénation de cette femme est d’autant plus terrible que son don et volontaire : elle a donc intériorisé ce que le système exige d’elle, plus que les puissants n’auraient osé rêver. Hegel a montré que dans la dialectique maître-esclave, la domination est maximum lorsque l’esclave consent à son exploitation et y collabore. C’est cette aliénation que Jésus démasque en public. C’est à cela que les disciples du Christ sont appelés aujourd’hui : démasquer l’hypocrisie des riches qui font semblant de donner, et à grand bruit ; libérer les pauvres de la fausse obligation de se sacrifier pour un système condamné à disparaître.

On comprend que cette charge contre le Temple de Jérusalem a été une accusation majeure contre Jésus lors de son procès, suffisante pour éliminer celui qui dit la vérité, pour reprendre des paroles de Guy Béart.

 

La pauvre veuve, icône du Christ

Afficher l'image d'origineIl y a plus encore que l’indignation prophétique de Jésus dans ce texte. Car cette veuve annonce le Christ lui-même dans sa vie, jetée sans rien garder pour lui-même. Vous aurez peut-être remarqué que ce verbe jeter, ballo en grec, revient à sept reprises dans le très court récit consacré à l’obole de la veuve. La foule jette dans le tronc… Des riches jettent beaucoup… Une veuve jette deux petites pièces… Elle a jeté plus que tous ceux qui jettent dans le tronc… Tous ont jeté du superflu… Elle a jeté tout ce qu’elle possédait. A noter que jeter beaucoup en dispersant se rattache en grec au verbe dia-ballo, qui a donné diable en français… Alors que la veuve jette ensemble les deux pièces, syn-ballo en grec, ce qui a donné symbole en français. Le geste de la veuve est symbolique (d’une vie cohérente jusqu’au bout), alors que le geste des riches est diabolique (éparpillant l’être comme les pièces).

Ces deux sous jetés dans le trésor du Temple sont une icône du don total que Jésus va faire de lui-même. Mais lui pourra par ce sacrifice subvertir la logique de domination : le système religieux qui le condamnera sera lui-même renversé par la victoire du Christ dans sa résurrection. Ce que la veuve dans sa faiblesse n’avait pas pu réaliser : la fin de l’iniquité du Temple, le Christ l’obtiendra dans la puissance de l’Esprit qui lui fera traverser la mort. La même offrande : jeter tout son nécessaire, portera des fruits enfin en plénitude.

En voyant cette pauvre veuve donner tout ce qu’elle a, Jésus se voit lui-même devoir aller jusqu’au bout de ce dépouillement de soi, non pour se soumettre à un pouvoir injuste, mais pour « renverser les puissants de leur trône et élever les humbles ».

 

La pauvre veuve, icône de l’Église

Du coup, cette pauvre veuve est également une figure de l’Église. Les Pères de l’Église ont bien vu en elle la vocation des chrétiens : se donner par amour, pour libérer avec le Christ les plus pauvres de la domination des systèmes inhumains.

Afficher l'image d'origine

Ne reconnaissez-vous pas dans cette pauvre veuve l’Église qui apporte ses présents à Dieu ? Elle est pauvre, car elle repousse loin d’elle l’esprit de superbe et l’amour des richesses de la terre. Elle est veuve, car son époux a subi la mort pour elle, et maintenant il est bien loin d’elle. Et pendant que les Juifs offraient orgueilleusement à Dieu leur justice acquise par les œuvres de la Loi, l’estimant une richesse immense, l’Église offrait avec humilité, s’estimant heureuse de la voir acceptée par Dieu, la double obole de sa foi et de sa prière, ou encore de son amour de Dieu et du prochain. En les regardant par rapport à sa faiblesse, elle les estimait peu de chose ; mais à cause de la pureté de son intention, son offrande l’emportait de beaucoup sur l’offrande fastueuse des Juifs.
Saint Bède le Vénérable : commentaire de l’évangile selon saint Marc

 

Que l’indignation prophétique du Christ devienne également la nôtre, pour que les systèmes religieux contemporains arrêtent d’exploiter les plus pauvres.

 

 

 

1ère lecture : « Avec sa farine la veuve fit une petite galette et l’apporta à Élie » (1 R 17, 10-16)

Lecture du premier livre des Rois

En ces jours-là, le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. » La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.

Psaume : Ps 145 (146), 6c.7, 8-9a, 9bc-10

R/ Chante, ô mon âme, la louange du Seigneur ! (Ps 145, 1)

Le Seigneur garde à jamais sa fidélité,
il fait justice aux opprimés ;
aux affamés, il donne le pain ;
le Seigneur délie les enchaînés.

Le Seigneur ouvre les yeux des aveugles,
le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger.

Il soutient la veuve et l’orphelin,
il égare les pas du méchant.
D’âge en âge, le Seigneur régnera :
ton Dieu, ô Sion, pour toujours !

2ème lecture : « Le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude » (He 9, 24-28)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude ; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.

Evangile : « Cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres » (Mc 12, 38-44)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux !
Alléluia
(Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie. Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
 Patrick Braud

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15 juillet 2015

Medium is message

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Medium is message


Homélie du 16° dimanche du temps ordinaire /année B
19/07/15

 Cf. également :

Du bon usage des leaders et du leadership

Briefer et débriefer à la manière du Christ

 

Voilà un passage d’évangile fort bien construit, comme d’habitude.

On y voit les Douze débriefer leur mission, c’est-à-dire raconter à Jésus « tout ce qu’ils avaient fait et enseigné ». Mais on ne nous dit pas ni ce qu’ils ont fait, ni ce qu’ils ont enseigné ! Ici, ce qui compte, c’est de relire auprès de Jésus les événements marquants des dernières semaines occupées à annoncer le règne de Dieu.

Comme si parfois le fait de raconter était plus important que ce que l’on raconte.
Comme si être rassemblés à nouveau autour du Christ était plus important que le contenu de ce qu’il leur dirait.
Et cela se prolonge pour Jésus lui-même : « il se mit à enseigner longuement » les foules, sans que Marc prenne soin de nous en livrer quelques sentences bien choisies.
Comme si le fait d’enseigner prenait le pas sur l’enseignement.
Comme si le message réside davantage dans Jésus lui-même parlant aux foules que dans le contenu de sa parole. Comme s’il était la Parole personnifiée.

Autrement dit, Marc semble suggérer que le message c’est Jésus en personne, bien plus encore que son discours !

 Medium is message

Medium is message dans Communauté spirituelle 9782020045940C’est ce qu’un célèbre théoricien des médias, Marshall Mac Luhan, a synthétisé en une formule célèbre : medium is message.

« [...] en réalité et en pratique, le vrai message, c’est le médium lui-même, c’est-à-dire, tout simplement, que les effets d’un médium sur l’individu ou sur la société dépendent du changement d’échelle que produit chaque nouvelle technologie, chaque prolongement de nous-mêmes, dans notre vie *»

Le message réside dans le médium (les médias) employé. La télévision a révolutionné les rapports familiaux et l’ouverture au monde de par sa présence même et sa manière de fonctionner, plus que par ses  programmes. De même, Internet bouleverse notre culture actuelle (d’UberPop au crowfounding, en passant par Instagram ou Tweeter etc.) plus par la vision du monde qu’il engendre que par le contenu qu’il véhicule.

Bref : la manière de dire des choses compte autant (sinon plus) que les choses dites.

 

D’ailleurs, pour le thème du bon berger qui est le fil rouge des lectures de ce dimanche, c’est bien le cas. On ne sait pas ce que dit Jésus, mais on le voit incarner en lui-même une posture de bon berger : il rassemble les siens, il prend soin d’eux  (« venez vous reposer un peu ») avec une délicatesse que les féministes du care ne renieraient pas ; il est saisi de compassion devant les foules en attente ; il les enseigne, et bientôt va les nourrir… ‘Qui il est’ est au coeur de son message. Message is Jesus himself, pourrait-on dire en parodiant Mac Luhan. Il incarne ce qu’il annonce : un Dieu qui fait attention aux besoins des hommes, qui les accompagne, est à leur service, désire leur croissance matérielle et spirituelle.

Des bons bergers qui ont marqué nos histoires personnelles, nous retenons souvent leur sourire, leur affection, leur capacité d’écoute, leur présence aux moments importants plus que des sermons ou des listes de recommandations…

 

En termes de leadership, la capacité que Marc met en avant pour Jésus pourrait s’appeler l’exemplarité. Aujourd’hui, bon nombre de dirigeants sont conscients que rien ne changera dans leur entreprise s’ils ne changent pas d’abord eux-mêmes. Plus de proximité, plus d’écoute, un vrai sens du service des collaborateurs, un management vraiment collaboratif et pas seulement participatif… : rien ne sert de faire des grand-messes avec de grandes ambitions devant tout le personnel si le patron et l’encadrement n’incarnent pas eux-mêmes ce qu’ils annoncent ! Dire à des employés : ‘prenez des initiatives, libérez votre capacité d’innovation, devenez plus responsables et autonomes’, cela demande au minimum de la part de celui qui le dit : confiance jusqu’au bout, moins de contrôles, plus d’accompagnement, donner le droit à l’erreur etc. sinon, la posture managériale de l’encadrement contredira en pratique le message de liberté qu’il essaie de faire passer.

Faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais-800x362 berger dans Communauté spirituelle 

Medium is message

S’il fallait un (triste) exemple de la pertinence de cette formule de Mac Luhan, prenez cette très belle phrase : le travail rend libre. Prononcée par Gandhi ou Mandela, elle ouvre des perspectives de libération par la noblesse de l’activité-travail, par la lutte contre le chômage et l’exclusion sociale. Mais inscrite en allemand à l’entrée d’un centre de détention près d’un village nommé Auschwitz, cette même phrase devient inhumaine et diabolique.

Tout dépend donc de la personne qui la prononce et de la manière dont elle la proclame.

L%E2%80%99exemplarite-n-est-pas-une-facon-d-influencer-Albert-Schweitzer-e1429423271374 exemplaritéSeule une certaine exemplarité rend crédible le message : en Jésus, sa cohérence personnelle est si forte qu’elle le désigne comme le bon berger en personne. La vérité en christianisme n’est pas une doctrine, pas une liste d’interdits ou de commandements, pas un système d’idées : c’est une personne vivante, Jésus le Christ. Devenir chrétien, c’est entrer toujours davantage en communion avec lui, et non adhérer à une idéologie.

Les bons bergers dont nous avons besoin, en entreprise comme en politique par exemple, sont ceux qui incarnent personnellement leurs idées et leurs convictions.

Les parents, les responsables d’associations etc. sont également concernés !

 

À nous de susciter de tels leaders, en choisissant d’appeler aux responsabilités ceux qui ont la passion de servir les autres, en acceptant nous-mêmes d’endosser un certain leadership lorsque les foules ou les Douze d’aujourd’hui nous le demandent.

 

 _________________________

 *  Marshall Mc Luhan, Pour comprendre les médias, Seuil, coll. Points essais, 1977.

 

 

1ère lecture : « Je ramènerai le reste de mes brebis, je susciterai pour elles des pasteurs » (Jr 23, 1-6)
Lecture du livre du prophète Jérémie

Quel malheur pour vous, pasteurs ! Vous laissez périr et vous dispersez les brebis de mon pâturage – oracle du Seigneur !          C’est pourquoi, ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple : Vous avez dispersé mes brebis, vous les avez chassées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Eh bien ! Je vais m’occuper de vous, à cause de la malice de vos actes – oracle du Seigneur.         Puis, je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai chassées. Je les ramènerai dans leur enclos, elles seront fécondes et se multiplieront.          Je susciterai pour elles des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées ni effrayées, et aucune ne sera perdue – oracle du Seigneur.           Voici venir des jours – oracle du Seigneur, où je susciterai pour David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice.          En ces jours-là, Juda sera sauvé, et Israël habitera en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice. »  

Psaume : Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger :
rien ne saurait me manquer.  
(cf. Ps 22, 1)

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : « Le Christ est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité » (Ep 2, 13-18)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens

Frères,          maintenant, dans le Christ Jésus, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du Christ.          C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, le Juif et le païen, il a fait une seule réalité ; par sa chair crucifiée, il a détruit ce qui les séparait, le mur de la haine ;               il a supprimé les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Ainsi, à partir des deux, le Juif et le païen, il a voulu créer en lui un seul Homme nouveau en faisant la paix,          et réconcilier avec Dieu les uns et les autres en un seul corps par le moyen de la croix ; en sa personne, il a tué la haine.          Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches.          Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons, dans un seul Esprit, accès auprès du Père.

Evangile : « Ils étaient comme des brebis sans berger » (Mc 6, 30-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, après leur première mission,     les Apôtres se réunirent auprès de Jésus,  et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.  Il leur dit :  « Venez à l’écart dans un endroit désert,  et reposez-vous un peu. »  De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux,  et l’on n’avait même pas le temps de manger.      Alors, ils partirent en barque  pour un endroit désert, à l’écart.      Les gens les virent s’éloigner,  et beaucoup comprirent leur intention.  Alors, à pied, de toutes les villes,  ils coururent là-bas  et arrivèrent avant eux.      En débarquant, Jésus vit une grande foule.  Il fut saisi de compassion envers eux,  parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger.  Alors, il se mit à les enseigner longuement.
Patrick BRAUD

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10 juin 2015

Le management du non-agir

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 02 min

Le management du non-agir

 

Homélie du 11° dimanche du temps ordinaire / Année C
Dimanche 14/06/2015

 

Laisser la semence grandir d’elle-même

Un patron décrivait ainsi le principe philosophique qui l’a aidé à révolutionner le management dans son entreprise :

Le management du non-agir dans Communauté spirituelle« Une conclusion provisoire que je peux aujourd’hui tirer de 40 ans d’expérimentation sociale dans les organisations, c’est que plus on libère les hommes, plus il faut organiser entre eux la coopération. Moins on est directif en matière de management, plus il faut l’être sur le respect des principes de non-directivité.

Comme l’écrit un auteur que j’apprécie, le philosophe et sinologue François Jullien, « l’agir-sans-agir est un laisser faire, mais qui n’est pas rien faire du tout ». Il ne s’agit pas de laisser s’installer la loi de la jungle, de donner une prime aux « forts en gueule » qui, à force d’intimidations et d’artifices rhétoriques, finissent par faire passer leur option individuelle pour une décision collective. Pour libérer réellement la parole au sein d’une équipe, débrider les capacités créatives des uns et des autres, il faut un garant des formes dans lesquelles va pouvoir s’opérer la discussion. Un chef d’orchestre, donc, responsable de faire circuler équitablement la parole, de réfréner l’un, d’encourager l’autre, en s’interdisant lui-même d’intervenir sur le fond du débat. Ce connecteur chargé de mettre du liant entre des coéquipiers nécessairement divers dans leurs aspirations et capacités à s’exprimer, c’est le manager. »

Source : http://www.proconseil.fr/blog/pour-cooperer-mieux-manager-autrement/, posté par Michel Hervé, président fondateur du groupe Hervé Thermique, le 11/12/2012.

 

Cette capacité à agir, non pas directement de manière volontariste, mais en suscitant le désir d’action et de réussite de ses collaborateurs, rejoint la sagesse de Jésus exprimée dans notre parabole de ce dimanche :

« Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »  Mc 4,26-28

 

De manière étonnante, ce « non-agir » du jardinier rejoint l’expérience de la sagesse chinoise telle que la formule par exemple Lao Tseu. Le non-agir (wu-wei) est le principe clé du taoïsme : « Le sage pratique le non-agir, il s’occupe de la non-occupation [...] » Il ne s’agit pas de passivité ou d’inaction mais bien de l’absence d’action, à l’instar de l’eau qui coule et qui se moque des obstacles : « L’homme d’une vertu supérieure est comme l’eau. L’eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point. »

« Par wu-wei, il ne faut pas entendre ne rien faire, il faut entendre qu’on laisse chaque chose se faire spontanément, de sorte à être en accord avec les lois naturelles » (Kuo Ksiang).

 « C’est l’art de maîtriser les circonstances sans leur opposer de résistance ; le principe d’esquiver une force qui vient sur vous en sorte qu’elle ne puisse vous atteindre. Ainsi, celui qui connaît les lois de la vie, jamais ne s’oppose aux événements ; il en change le cours par son acceptation, son intégration, jamais par le refus. Il accepte toutes choses jusqu’à ce que, les ayant assimilées toutes, il parvienne à leur maîtrise parfaite »  (Lin Yu-tang).

Cf. « Laisse faire » : éloge du non-agir

 

Pour Lao Tseu comme pour Jésus (et sans doute également pour un ‘éveillé’   bouddhiste), la pointe de l’action ne se situe pas dans la transformation immédiate, mais dans la confiance en l’énergie transformatrice de l’autre (et du Tout-Autre dans le cas du royaume de Dieu).

 

 entreprise dans Communauté spirituelleÀ juste titre, le patron d’Hervé Thermique (comme ceux des entreprises dites libérées selon l’expression consacrée par Isaac Getz [1]) y a vu la source d’un nouveau management plus humain. Plus humain parce que basé sur la confiance, plus efficace parce que laissant advenir les choses au lieu de vouloir les maîtriser et en garder le contrôle. Le manager-jardinier (selon l’esprit de notre parabole) aura à cœur de libérer l’enthousiasme, la créativité et l’autonomie de ses équipes au lieu de leur imposer en permanence ses solutions à lui et sa vision des choses.

Comme tout bon jardinier, ce manager aura pour responsabilité – et elle est grande – de créer les conditions d’une telle croissance en autonomie chez ses collaborateurs. Il devra désherber (avant le courage d’exclure ceux qui compromettent la réussite de tous en étant hors-jeu par rapport aux valeurs de l’équipe), mettre de l’engrais  (nourrir la réflexion de chacun et de tous, par des lectures, vidéos, visites d’entreprises, conférences, témoignages etc.), inviter à s’appuyer sur un tuteur si besoin (compagnonnage entre pairs, études de cas, relectures de pratiques etc.), et au final valoriser auprès de ses clients comme de l’entreprise les succès ainsi obtenus.

 

Le non-agir, ce n’est donc pas ne rien faire !

Agir sans agir, c’est laisser faire, sans forcer, en accompagnant, en créant les conditions de maturité d’une équipe, en veillant sur son développement. C’est au passage accepter les tâtonnements, les inévitables jeux d’essais et d’erreurs qui font partie de la créativité. Le droit à l’erreur doit être garanti, et formellement reconnu, pour libérer le goût du risque. Bien plus, le manager devra s’appuyer sur ces erreurs – inévitables, rappelons-le – pour débriefer, accompagner et progresser grâce à la relecture qui en sera faite avec tous.

 

Non-agir et servant leadership

Ce manager du non-agir est très proche du servant leader (cher à l’école de Robert Greenleaf). Pour laisser la semence jetée en terre pousser toute seule, il devra d’abord faire confiance au terreau ainsi ensemencé. Sans cette confiance, totale et entière, faite à ses collaborateurs, il ne pourra jamais s’empêcher d’intervenir en direct pour penser à la place des personnes concernées (hélas)… Confiance est d’ailleurs le maître mot de la deuxième lecture, alors que pourtant Paul était confronté à bien des difficultés avec les corinthiens :

« Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur (…).
Oui, nous avons confiance (…) » 2 Co 5,6-7.

Sur la base de cette confiance sans cesse renouvelée, il jouera d’autant mieux son rôle de jardinier qu’il pratiquera les 10 attitudes du servant leader : écouter, s’ouvrir à l’autre, faire grandir, se doter d’une vision, prévoir, fédérer, soutenir, transformer, persuader, avoir conscience…

La sagesse de Jésus, ayant longuement observé les champs de Nazareth et le savoir-faire des agriculteurs jusqu’à l’âge de 30 ans, se révèle être un trésor pour le management contemporain ! Évidemment la croissance du Royaume de Dieu en chacun de nous est une réalité spirituelle incomparable, appelant l’Église à une vraie humilité envers cette exubérance de vie qui la dépasse de toute part. Mais la croissance personnelle et collective des équipes en milieu professionnel participe de cette réalité-là. Mystérieusement, quelque chose grandit de plus grand que nous, qui nous vient d’ailleurs, lorsque nous dormons, c’est-à-dire lorsque nous faisons confiance à la puissance de vie à l’oeuvre chez les autres. Un psaume ne dit-il pas : « Dieu comble son bien aimé quand il dort » ? (Ps 127,2)

Le pape François donne un très beau commentaire de cette croissance mystérieuse, dont les chrétiens comme les managers peuvent devenir des témoins émerveillés :

« Comme nous ne voyons pas toujours ces bourgeons, nous avons besoin de certitude intérieure, c’est-à-dire de la conviction que Dieu peut agir en toute circonstance, même au milieu des échecs apparents, car nous tenons ce trésor dans des vases d’argile (2 Co 4,7). Cette certitude s’appelle ‘sens du mystère’. C’est savoir avec certitude que celui qui se donne et s’en remet à Dieu par amour sera certainement fécond (cf. Jn 15,5). L’Esprit Saint  agit comme il veut, quand il veut et où il veut ; nous nous dépensons sans prétendre cependant voir des résultats visibles. Nous savons seulement que notre don de soi est nécessaire. Apprenons à nous reposer dans la tendresse des bras du Père, au cœur de notre dévouement créatif et généreux. Avançons, engageons-nous à fond, mais laissons le rendre féconds nos efforts comme bon lui semble. » (Evangelii Gaudium, n° 279, 2013)

 

 GetzCela demande également un véritable lâcher prise : ne plus planifier ni contrôler ce qui doit être produit, mais accueillir ce qui advient en l’harmonisant dans un ensemble. Les chefs d’ateliers et de production étaient autrefois - du temps du taylorisme - ceux qui savaient, et qui faisaient appliquer leurs décisions par des exécutants fidèles et obéissants. Les leaders des entreprises ‘libérées’ s’appuient sur l’envie de leurs équipes, sur leur savoir-faire, pour construire ensemble les défis de leurs métiers et les chemins pour les relever. L’exécution est remplacée par la co-construction, le directif descendant cède la place au collaboratif. Toutes ces métamorphoses demandent au manager de lâcher le contrôle absolu et direct qu’il effectuait auparavant sur les tâches, les rôles, voire les hommes eux-mêmes.

 Alexandre Gerard, Président du Groupe Inov-On, tentait d’avertir ses confrères :

« Mon inquiétude est grande… Oui mon inquiétude est grande en ce moment car je croise beaucoup de dirigeants qui m’annoncent des étoiles plein les yeux : « Je vais libérer mon entreprise, et pour commencer je vais faire ceci ou cela… »
Et si la question n’était pas « Qu’est ce que je vais faire… », mais plutôt « Qu’est ce que je vais laisser faire…. » ?
Et là on ne parle plus de la même chose ! Car pour être capable de ‘laisser faire’ les choses, il est indispensable de se préparer personnellement.
Eh oui, nous ‘les chefs d’entreprise’ sommes des hommes d’action, et là il s’agit d’agir par… le non agir, comme l’explique si bien Jean-François Zobrist l’ancien patron emblématique de la fonderie FAVI​ qui est la 1ère société libérée en France.
Et donc se préparer à libérer son entreprise c’est surtout se préparer à accueillir tout ce qui va arriver, et surtout ce que l’on a pas prévu ! »
Source : http://liberation-entreprise.org/e%E2%80%8Bntreprises-liberees-alerte-generale/

La métaphore du jardinier, de l’agriculteur de la parabole du grain qui pousse tout seul, nous invite à pratiquer ce type de management du non-agir.

Cela vaut en famille, en entreprise, en Église…

 


[1]Isaac Getz / Brian M. Carney : Liberté & Cie, Quand la liberté des salariés fait le bonheur des entreprises, Fayard, 2012 (édité chez Flammarion, Champs Essais, poche, en 2013).

 

 

 

1ère lecture : « Je relève l’arbre renversé » (Ez 17, 22-24)
Lecture du livre du prophète Ézékiel

Ainsi parle le Seigneur Dieu : « À la cime du grand cèdre, je prendrai une tige ; au sommet de sa ramure, j’en cueillerai une toute jeune, et je la planterai moi-même sur une montagne très élevée. Sur la haute montagne d’Israël je la planterai. Elle portera des rameaux, et produira du fruit, elle deviendra un cèdre magnifique. En dessous d’elle habiteront tous les passereaux et toutes sortes d’oiseaux, à l’ombre de ses branches ils habiteront. Alors tous les arbres des champs sauront que Je suis le Seigneur : je renverse l’arbre élevé et relève l’arbre renversé, je fais sécher l’arbre vert et reverdir l’arbre sec. Je suis le Seigneur, j’ai parlé, et je le ferai. »

Psaume : 91 (92), 2-3, 13-14, 15-16

R/ Il est bon, Seigneur, de te rendre grâce ! (cf. 91, 2a)

Qu’il est bon de rendre grâce au Seigneur,
de chanter pour ton nom, Dieu Très-Haut,
d’annoncer dès le matin ton amour,
ta fidélité, au long des nuits.

Le juste grandira comme un palmier,
il poussera comme un cèdre du Liban ;
planté dans les parvis du Seigneur,
il grandira dans la maison de notre Dieu.

Vieillissant, il fructifie encore,
il garde sa sève et sa verdeur
pour annoncer : « Le Seigneur est droit !
Pas de ruse en Dieu, mon rocher ! »

2ème lecture : « Que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur » (2 Co 5, 6-10)
Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens

Frères, nous gardons toujours confiance, tout en sachant que nous demeurons loin du Seigneur, tant que nous demeurons dans ce corps ; en effet, nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision. Oui, nous avons confiance, et nous voudrions plutôt quitter la demeure de ce corps pour demeurer près du Seigneur. Mais de toute manière, que nous demeurions dans ce corps ou en dehors, notre ambition, c’est de plaire au Seigneur. Car il nous faudra tous apparaître à découvert devant le tribunal du Christ, pour que chacun soit rétribué selon ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps.

Evangile : « C’est la plus petite de toutes les semences, mais quand elle grandit, elle dépasse toutes les plantes potagères » (Mc 4, 26-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
La semence est la parole de Dieu ; le semeur est le Christ ;
celui qui le trouve demeure pour toujours.
Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, parlant à la foule, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d’un homme qui jette en terre la semence : nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D’elle-même, la terre produit d’abord l’herbe, puis l’épi, enfin du blé plein l’épi. Et dès que le blé est mûr, il y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. »  Il disait encore : « À quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole pouvons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences. Mais quand on l’a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »  Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. Il ne leur disait rien sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier.
Patrick BRAUD

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11 février 2015

Quelle lèpre vous ronge ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

Quelle lèpre vous ronge ?

 

Homélie du 6ème Dimanche – Année B
Dimanche 15 Février 2015

cf. également : Pour en finir avec les lèpres


Si vous avez vu Ben-Hur, le film aux onze oscars, il vous suffit de fermer les yeux pour retrouver la scène : la mère et la sœur de Ben-Hur, défigurées parmi la caverne aux lépreux.

Dans cette anfractuosité où grouille la vermine, soudain, Jésus descend. Sans rien dire, lentement, il touche chacune des deux femmes, et disparaît. On saura plus tard que ce toucher aura suffit à rendre leur peau saine et guérie…

Quelle lèpre vous ronge ? dans Communauté spirituelle


Ou bien, même si vous ne connaissez pas la vie de St François d’Assise, vous pouvez imaginer facilement cette autre scène, le « baiser au lépreux » :

« François rapportait dans son testament : ‘Quand je vivais dans le péché, la vue des lépreux me paraissait insupportable ; mais Dieu m’a conduit parmi eux.’
Il racontait que l’aspect de ces malheureux lui était jadis tellement à charge, qu’au temps de sa vanité, il se bouchait le nez quand il apercevait leur refuge à deux milles de distance.
Il vivait encore dans le monde lorsqu’un jour (…) il lui arriva de rencontrer un lépreux. Surmontant son dégoût, il s’approcha de lui et lui donna un baiser. Il se prit dès lors à se mépriser de plus en plus (c’est-à-dire : à ne plus faire cas de son apparence), jusqu’à ce qu’il fût arrivé, par la miséricorde du Rédempteur, à une parfaite maîtrise de soi.

Ensuite, il descendit parmi les lépreux. Il demeurait avec eux, les servant en tout avec le plus grand zèle pour l’amour de Dieu, lavant leurs plaies, épongeant le pus de leurs ulcères » (Thomas de Celano, vie de Saint François d’Assise, ch. VII).

lepreux François dans Communauté spirituellePour ma part, en Afrique, j’ai fait une expérience de ce type. Pendant un an – comment dire ? -  par hasard, par chance, par un insigne honneur, par un clin d’œil de Dieu, je ne sais, nous avions comme voisin Ibrahim. Ibrahim était un vieil homme, ou du moins il paraissait si vieux à cause de la maladie. La lèpre lui avait dévoré les yeux et il était aveugle. La lèpre lui avait rongé les mains et les pieds. On ne savait au début si le plus horrible était ses plaies, ses moignons, sa peau qui partait en lambeaux, ou ses gestes pitoyables pour parvenir à manger un bol de riz, ou se laver avec le fond d’un seau. Il allait mendier à la mosquée chaque jour, conduit par un gamin qui le guidait au bout d’un bâton. Le soir, nous allions porter du riz à notre voisin, et là tout changeait : en recevant notre don, son visage s’illuminait - comment cela pouvait-il se faire sans yeux ? je ne sais pas – mais son visage était transfiguré alors qu’il faisait descendre sur nous les multiples bénédictions dont il abreuvait chacune de nos visites. Chaque fois, nous nous retirions confus d’avoir sous-estimé la dignité de ce vieillard, émus d’avoir été accueillis ainsi, et tout heureux d’avoir été jugés dignes de vivre un peu à ses côtés…

Nous avons oublié ce qu’est la lèpre en Occident. Et c’est tant mieux. Car c’est véritablement une maladie laide, honteuse, dégradante. Corporellement, tout s’en va : la peau se détache, les plaies s’infectent, les extrémités meurent. La vue et l’odeur des lépreux sont devenues dans l’Antiquité un symbole de terreur, et bientôt de punition divine. C’est pourtant de cette lèpre-là que Jésus n’a pas eu peur d’approcher. Il la prend sur lui, par simple contact. À tel point que l’exclusion sociale qui pesait sur les lépreux, obligés de se tenir à l’écart, en-dehors de la ville, va retomber sur Jésus : « il ne lui était plus possible d’entrer ouvertement dans une ville » dit l’évangile (Mc 1, 44). « Il était obligé d’éviter les lieux habités, comme les lépreux ». Et il sera crucifié en-dehors de la ville, au Golgotha. Nous voilà avertis : à force de fréquenter les lépreux d’aujourd’hui, ne soyons pas étonnés de partager également l’opprobre publique qui pèse sur eux…

 JésusSi vous voulez retrouver la frayeur qu’inspirait la lèpre – et encore aujourd’hui, hélas – souvenez-vous de la peur qui accompagnait les premiers signes de la maladie du Sida. Même encore maintenant, la phase terminale du sida est souvent terrible : le corps est vulnérable à toute infection, les complications se développent à l’extrême, et la déchéance physique peut être insupportable, spectaculaire, éprouvante au plus haut point pour l’entourage aussi. Et dire qu’il y a encore des fondamentalistes pour croire que c’est un châtiment de Dieu ! Ils devraient relire notre évangile où Jésus purifie l’homme de ce qui le défigure ; ou relire le baiser au lépreux de François d’Assise, et aller embrasser eux aussi les sidéens de nos hôpitaux et de nos familles !

Outre le combat contre la maladie, contre l’exclusion sociale et religieuse liée à la maladie, Jésus  mène en même temps le combat contre ce qui rend l’homme impur.

L’image de la lèpre ou du sida s’applique alors à tout ce qui en moi me défigure : quels sont les aspects de ma personnalité qui partent en lambeaux comme la peau d’un lépreux ? Quelles sont les mutilations spirituelles, affectives ou intellectuelles qui m’handicapent comme la cécité ou les moignons d’Ibrahim ? À quelle déchéance intérieure me suis-je trop habitué au point d’être plus vulnérable à de noires tentations qu’un sidéen aux infections virales ?

Faisons nôtre en cette eucharistie la supplication du lépreux : « si tu le veux, tu peux me purifier ». Visualisons la lèpre qui nous ronge intérieurement (indifférence, jalousie, amertume, soif de puissance, d’argent, idolâtrie du plaisir, alcool…) et redisons au Christ ressuscité :« Si tu le veux, tu peux me purifier ». 

 

1ère lecture : Le lépreux habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp » (Lv 13, 1-2.45-46)
Lecture du livre des Lévites
Le Seigneur parla à Moïse et à son frère Aaron, et leur dit : « Quand un homme aura sur la peau une tumeur, une inflammation ou une pustule, qui soit une tache de lèpre, on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils. Le lépreux atteint d’une tache portera des vêtements déchirés et les cheveux en désordre, il se couvrira le haut du visage jusqu’aux lèvres, et il criera : “Impur ! Impur !” Tant qu’il gardera cette tache, il sera vraiment impur. C’est pourquoi il habitera à l’écart, son habitation sera hors du camp. »

Psaume : 31 (32), 1-2, 5ab, 5c.11
R/ Tu es un refuge pour moi ; de chants de délivrance, tu m’as entouré. (31, 7acd)

 Heureux l’homme dont la faute est enlevée,
et le péché remis !
Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense,
dont l’esprit est sans fraude !

Je t’ai fait connaître ma faute,
je n’ai pas caché mes torts.
J’ai dit : « Je rendrai grâce au Seigneur
en confessant mes péchés. »

Toi, tu as enlevé l’offense de ma faute.
Que le Seigneur soit votre joie !
Exultez, hommes justes !
Hommes droits, chantez votre allégresse !

2ème lecture : « Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ » (1 Co 10, 31 – 11, 1)
Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, tout ce que vous faites : manger, boire, ou toute autre action, faites-le pour la gloire de Dieu. Ne soyez un obstacle pour personne, ni pour les Juifs, ni pour les païens, ni pour l’Église de Dieu. Ainsi, moi-même, en toute circonstance, je tâche de m’adapter à tout le monde, sans chercher mon intérêt personnel, mais celui de la multitude des hommes, pour qu’ils soient sauvés. Imitez-moi, comme moi aussi j’imite le Christ.

Evangile : « La lèpre le quitta et il fut purifié » (Mc 1, 40-45)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. Alléluia. (Lc 7, 16)
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc
En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.
Patrick BRAUD

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