L'homélie du dimanche (prochain)

4 août 2012

Éveiller à d’autres appétits

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Éveiller à d’autres appétits


Homélie du 18° dimanche ordinaire / Année B
05/08/12

 

À 22 heures, trouverait-il encore une épicerie ouverte ? Rentré tard du travail, Éric, jeune cadre dynamique, erre dans la rue, la faim au ventre, à la recherche d’une simple tranche de jambon. Soudain, à l’angle du boulevard, il entend une voix intérieure lui murmurer : « Éric, ta vie est plus vide que ton garde-manger ». Parole choc qui fut l’origine d’une conversion foudroyante. Lorsque des années plus tard, devenu moine, Éric faisait le récit de cet événement fondateur, il le concluait en disant avec un beau sourire : « et moi qui ne cherchais qu’une tranche de jambon ! »

L’histoire de ce cadre à la recherche d’une tranche de jambon rejoint celle de la foule affamée sur laquelle Jésus ne se fait aucune illusion : « vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés ».

 

De bas en haut de la pyramide

Pourtant, Jésus ne méprise pas cette première fin basique, fondamentale, à la base de la Éveiller à d'autres appétits dans Communauté spirituelle pyramide_maslowpyramide des besoins de Maslow. Il a pris grand soin de nourrir cette foule dont il a pitié. Les besoins élémentaires des foules ont toujours ému Jésus au plus haut point, jusqu’à déclencher cet acte inouï : distribuer cinq pains et deux poissons pour 5000 hommes !

Les humanitaires de tous poils seront rassurés : l’Église, dans la foulée de Jésus, sera toujours à leurs côtés pour nourrir les peuples du Sahel ou d’Asie, soigner, apporter l’eau potable à disposition du plus grand nombre etc. Mais à la différence des humanitaires, Jésus ne s’arrête pas à cette fin primaire. Pour lui, éveiller la foule à d’autres appétits est tout aussi essentiel que de satisfaire son appétit matériel. « Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle ».

Le ventre plein ne garantit pas un coeur empli de vraies richesses. Il est des ventres creux qui témoignent de plus d’humanité que des nantis. Bien souvent, il faut d’abord apporter nourriture et boisson avant que de pouvoir évoquer d’autres finalités (c’est le sens de la hiérarchie des besoins dans la pyramide de Maslow). Mais pas toujours. Bien des Européens venus en toute bonne conscience sauver de la famine des populations en détresse sont repartis bouleversés par ce qu’ils ont appris : une vraie joie peut exister chez les plus démunis, le sens de l’existence peut apparaître plus lumineux, plus simple et riche à la fois chez des gens pourtant en grande détresse matérielle.

Donner du pain ne suffit pas, car l’homme se nourrit de bien plus substantiel encore : la parole, la relation, l’échange. Jésus a rassasié la foule au bord du lac de Tibériade. Du coup, cette masse a eu assez d’énergie et d’envie pour prendre des barques et le risque de traverser le lac afin de rejoindre Jésus sur l’autre rive. Comme quoi le premier rassasiement n’était que de courte durée ! Au moins cela les a assez motivés pour chercher à suivre Jésus, jusqu’à affronter la traversée du lac.

 

Assumer des appétits mélangés

Cette ambiguïté du désir des foules est très rassurante pour nous. D’autant que Jésus a assumé cette ambiguïté, en cherchant à l’orienter vers un désir plus grand. Chacun peut se mettre en mouvement pour des causes multiples, pas forcément très glorieuses au début. On met un cierge pour réussir un examen. On se met à prier pour conjurer la maladie d’un proche. On partage un peu de son argent pour bénéficier des réductions fiscales. On fait un boulot pour gagner sa vie etc. Un ancien évêque de Koudougou (Burkina Faso) racontait avec humour qu’il était devenu prêtre parce que, enfant, il passait derrière la cuisine des Pères et trouvait que cela sentait délicieusement bon…

 appétit dans Communauté spirituelle

Rien de déshonorant à tout cela, puisque le Christ n’a pas dédaigné nourrir les foules. Ce qui serait désespérant, ce serait d’en rester là. Ce serait de se satisfaire de tonnes de riz envoyées en urgence, ou de se satisfaire de combler ses besoins élémentaires pour soi-même.

Il y a un autre pain, plus substantiel que celui qu’il faut pourtant distribuer à ceux qui en manquent. Le « pain de vie » dont parle Jésus en parlant de lui-même demande un appétit d’une autre nature. C’est cet appétit que l’Église doit éveiller au coeur de nos contemporains, surtout dans la vieille Europe à la fois si comblée matériellement et si inquiète de ce seul matériel.

Révéler d’autre faims, faire surgir d’autres soifs, accueillir et accompagner celles qui déjà se font jour (sur la qualité de vie, sur le respect de l’environnement, sur la recherche de relations plus humaines etc.) : la nouvelle évangélisation de l’Europe demande de re-susciter des appétits plus exigeants que les seules revendications matérielles légitimes (en temps de crise encore plus).

 

Des appétits nouveaux

Des signes encourageants existent en ce sens.

Durant l’été par exemple, les hôtelleries des monastères ne désemplissent pas, 783088 faimfréquentées par des personnes de tous horizons religieux à la recherche d’intériorité, de silence, d’écoute.

Autre exemple : les expositions, les musées, les festivals, les manifestations culturelles de tous ordres pullulent en France avec un succès croissant entre juin et septembre, signe que les touristes ne se contentent pas de sable et de soleil.

Regardez encore ces jeunes prêts à donner une année de leur carrière au service d’une cause qui leur tient à coeur. Le service civique, la coopération au développement, les engagements associatifs prouvent qu’il existe d’autres moteurs à l’action que la maximisation du profit personnel.

Dans la multiplicité des aspirations écologiques actuelles émergent également des appétits différents : habiter autrement, mieux gérer l’équilibre vie privé/vie professionnelle, réintroduire une certaine sobriété dans la consommation et une certaine simplicité dans le train de vie etc.

 

Renoncer à l’instrumentalisation

En accompagnant et confortant ces aspirations, l’Église aura à coeur d’aller encore plus loin : en tout homme existe le désir de profondeur intérieure, de dialogue avec Dieu, de libres interrogations sur le sens de la mort, de la souffrance, de l’injustice.

Quand Jésus nourrissait les foules, il leur donnait du pain et des paroles vitales, sans instrumentaliser l’un au service de l’autre.

On sait que la tentation de tous les intégrismes réside justement dans cette instrumentalisation. Faire du social pour asservir au pouvoir religieux est la tactique des Frères musulmans en Égypte ou ailleurs. L’Église doit dénoncer cet asservissement et refuser de le pratiquer. Quand le Secours Catholique donne, il n’exige aucune contrepartie – surtout pas religieuse – en retour. Quand l’Abbé Pierre a fondé Emmaüs, et le Père Joseph Wrezinski ATD Quart-Monde, ils ont tout de suite rendus leur association non confessionnelle, pour éviter cette confusion. Ce qui n’empêche pas un certain esprit évangélique d’y souffler ; et ce qui rend libre d’être une force d’inspiration, une proposition sans contrainte.

On n’instrumentalise pas la misère ou les difficultés économiques d’un peuple pour le ranger sous une bannière quelconque.

La nouvelle évangélisation doit s’inspirer de cette gratuité fondatrice : nourrir les foules avec du pain pour le ventre et du « pain de vie » pour tout l’être, sans instrumentalisation aucune.

Cela commence par chacun de nous.

Quelle est ma nourriture ? Quelle est la nourriture que je donne à ceux qui m’entourent ?

 

 

1ère lecture : Le don de la manne au désert (Ex 16, 2-4.12-15)
Lecture du livre de l’Exode
Dans le désert, toute la communauté des fils d’Israël récriminait contre Moïse et son frère Aaron. Les fils d’Israël leur dirent : « Ah ! Il aurait mieux valu mourir de la main du Seigneur, au pays d’Égypte, quand nous étions assis près des marmites de viande, quand nous mangions du pain à satiété ! Vous nous avez fait sortir dans ce désert pour faire mourir de faim tout ce peuple assemblé ! » 

Le Seigneur dit à Moïse : « Voici que, du ciel, je vais faire pleuvoir du pain. Le peuple sortira pour recueillir chaque jour sa ration quotidienne, et ainsi je vais le mettre à l’épreuve : je verrai s’il obéit, ou non, à ma loi. J’ai entendu les récriminations des fils d’Israël. Tu leur diras : ‘Après le coucher du soleil, vous mangerez de la viande et, le lendemain matin, vous aurez du pain à satiété. Vous reconnaîtrez alors que moi, le Seigneur, je suis votre Dieu.’ »  Le soir même, surgit un vol de cailles qui recouvrirent le camp ; et, le lendemain matin, il y avait une couche de rosée autour du camp. Lorsque la couche de rosée s’évapora, il y avait, à la surface du désert, une fine croûte, quelque chose de fin comme du givre, sur le sol. Quand ils virent cela, les fils d’Israël se dirent l’un à l’autre : « Mann hou ? » (ce qui veut dire : Qu’est-ce que c’est ?) car ils ne savaient pas ce que c’était. Moïse leur dit : « C’est le pain que le Seigneur vous donne à manger. »

Psaume : 77, 3.4ac, 23-24, 25.52a.54a

R/ Donne-nous Seigneur, le pain du ciel !

Nous avons entendu et nous savons
ce que nos pères nous ont raconté ;
nous le redirons à l’âge qui vient,
les titres de gloire du Seigneur,

Il commande aux nuées là-haut,
il ouvre les écluses du ciel :
pour les nourrir il fait pleuvoir la manne,
il leur donne le froment du ciel.

Chacun se nourrit du pain des forts,
il les pourvoit de vivres à satiété.
Tel un berger, il conduit son peuple,
Il les fait entrer dans son domaine sacré.

2ème lecture : L’homme nouveau (Ep 4, 17.20-24 )

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Frères, je vous le dis, je vous l’affirme au nom du Seigneur : vous ne devez plus vous conduire comme les païens qui se laissent guider par le néant de leur pensée. Lorsque vous êtes devenus disciples du Christ, ce n’est pas cela que vous avez appris, si du moins c’est bien lui qu’on vous a annoncé et enseigné, selon la vérité de Jésus lui-même. Il s’agit de vous défaire de votre conduite d’autrefois, de l’homme ancien qui est en vous, corrompu par ses désirs trompeurs. Laissez-vous guider intérieurement par un esprit renouvelé. Adoptez le comportement de l’homme nouveau, créé saint et juste dans la vérité, à l’image de Dieu.

Evangile : Le pain venu du ciel (Jn 6, 24-35)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur a nourri son peuple au désert, il l’a rassasié du pain du ciel. Alléluia. (cf. Ps 77, 24)
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

La foule s’était aperçue que Jésus n’était pas au bord du lac, ni ses disciples non plus. Alors les gens prirent les barques et se dirigèrent vers Capharnaüm à la recherche de Jésus.
L’ayant trouvé sur l’autre rive, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? »
Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : vous me cherchez, non parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et que vous avez été rassasiés. Ne travaillez pas pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui se garde jusque dans la vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, lui que Dieu, le Père, a marqué de son empreinte. »
Ils lui dirent alors : « Que faut-il faire pour travailler aux ?uvres de Dieu ? » Jésus leur répondit :
« L’?uvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé. »
Ils lui dirent alors : « Quel signe vas-tu accomplir pour que nous puissions le voir, et te croire ? Quelle oeuvre vas-tu faire ? Au désert, nos pères ont mangé la manne ; comme dit l’Écriture : Il leur a donné à manger le pain venu du ciel. »
Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : ce n’est pas Moïse qui vous a donné le pain venu du ciel ; c’est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel.
Le pain de Dieu, c’est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »
Ils lui dirent alors : « Seigneur, donne-nous de ce pain-là, toujours. »
Jésus leur répondit : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura plus jamais soif. »
Patrick Braud

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21 juillet 2012

Du bon usage des leaders et du leadership

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Du bon usage des leaders et du leadership

Homélie du 16° dimanche ordinaire / Année B
22/07/2012

Le thème du bon berger relie la première lecture (Jr 23,3-6), le psaume (22), l’évangile ce dimanche (Mc 6,13-34). Du coup, la question nous est posée à nous également : quel « berger » suivons-nous ? Comment sommes-nous bergers nous-mêmes ?

 

Quel berger suivons-nous ?

Il est assez courant hélas de voir des chrétiens professer leur foi le dimanche et suivre un tout autre credo la semaine au travail. Que ce soit pour suivre la dernière technique de management à la mode, ou pour approuver tel projet présenté par tel chef etc., beaucoup de chrétiens sont comme hypnotisés et perdent leur liberté critique. Comme si leur foi ne pouvait pas jouer dans leur vie professionnelle. Or, suivre aveuglement les objectifs fixés par une hiérarchie peut amener à une forme de schizophrénie intérieure douloureuse ; sans compter l’amertume de se voir un jour abandonné par ceux-là mêmes que l’on a imité.

Le portrait du mauvais leader brossé par Jérémie reste toujours valable : il égare et disperse, il apeure et accable, il rend stérile ceux qui le suivent. Bien des gourous les affaires se sont comportées ainsi - avec succès - jusqu’à ce que leur vrai leadership soit enfin révélé. Bien des chefs, petits ou grands, ont suscité une adhésion a posteriori étonnante, ou ont imposé par la peur et la contrainte des comportements formatés à leurs équipes.

Quel est votre berger au travail ?

Ne dites pas que vous êtes libres et que vous n’en avez pas… Il y a toujours quelqu’un qui a autorité sur vous, qui peut vous forcer à faire des choses que vous n’aimez pas. Plus subtil : il y a toujours des modèles que vous voudrez imiter, consciemment ou non. Le ?désir mimétique’ analysé par René Girard est si puissant qu’il arrive même à se faire oublier, pour mieux manipuler.

Pourtant il faut bien des modèles et des chefs hiérarchiques. La question de Jérémie est : les avez-vous réellement choisis ? Correspondent-ils à vos valeurs les plus précieuses ? Comment les laissez-vous avoir une influence sur vous-même ?

Les moutons de Panurge ne se sont pas réveillés à temps et ont sauté dans le vide en croyant suivre le bon berger…

 Du bon usage des leaders et du leadership dans Communauté spirituelle ascensi01

Le portrait du bon leader court dans toute la Bible : il exerce le droit et la justice (Jérémie, les psaumes) ; il fait reposer ceux dont il a la charge, leur fait traverser les épreuves et même les ravins de la mort selon le psaume de ce dimanche ; il devine les vrais besoins de ceux qui lui sont confiés ; il les instruit et les nourrit en joignant le geste à la parole.

Avant de suivre une idéologie politique quelconque, une culture d’entreprise, des objectifs professionnels, posons la question : quel est le berger qui est caché derrière ce à quoi on me demande d’adhérer ? Puis-je lui faire confiance ? Puis-je le suivre en restant en accord avec moi-même ? En les passant au tamis des critères bibliques, quelles finalités puis-je choisir pour courir après des objectifs qui me correspondent  vraiment ?

 

Quel berger sommes-nous ?

Chacun est tantôt conduit tantôt conducteur, tantôt suiveur tantôt leader. Avec le risque d’ailleurs de faire payer à ceux qui me voient dans un rôle ce dont je souffre dans un autre rôle. Tel salarié obéissant et fidèle devient un tyran à la maison. Tel bon père de famille devient insupportable au bureau.

Nous avons tous des moments, des responsabilités, des situations où nous sommes le berger d’autrui. Consciemment, pour aider un enfant à choisir ses études par exemple, son avenir. Inconsciemment, en se forgeant une aura telle que les autres n’ont plus qu’à m’imiter etc.

Là encore il vaut mieux reconnaître avec joie et humilité ces moments où il nous faut assumer un leadership. Ce serait une illusion de vouloir abdiquer de toute forme de responsabilité à conduire d’autres personnes. Par l’exemple, par la parole : on a besoin de figures charismatiques qui donnent le bon cap à une association, un club sportif, dans une ambiance de quartier entre voisins, dans la famille bien sûr etc. Toujours imiter et suivre les autres est normalement impossible, sauf à n’être plus que l’ombre de soi-même.

Alors, comment exercerons-nous l’autorité lorsqu’il nous faut le faire ? Comment et vers où conduisons-nous des collègues, des enfants, des amis ?

 

Du bon leadership

Jésus précise dans l’évangile de Jean que le bon berger est celui qui « donne sa vie pour ses brebis ».

Voilà un sacré critère pour examiner nos leaderships !
Voilà une attitude du coeur qui devrait éviter à des parents de dire à leur enfant : « après tout ce que nous avons fait pour toi… ».
Voilà un sens du service qui devrait amener un chef hiérarchique à manager son équipe bien différemment des standards habituels.
Voilà une intelligence du coeur qui transformera toute responsabilité exercée en engagement pour les autres.

berger4 berger dans Communauté spirituelle

 

La deuxième lecture complète d’ailleurs ce portrait du bon berger par des qualités essentielles : faire tomber les murs qui séparent, rassembler, faire la paix entre les ennemis d’hier, créer du nouveau, réconcilier, donner à tous l’accès à l’essentiel (Ep 2, 13-18).

Transposez à chaque domaine de votre vie (famille, amis, travail, voisin…) et vous verrez que le bon berger de nos lectures peut inspirer vos choix.

Quel leader suivez-vous ?

Quel leadership assumez-vous ?

 

1ère lecture : Les bons pasteurs du peuple de Dieu (Jr 23, 1-6)

Lecture du livre de Jérémie

Parole du Seigneur. Misérables bergers, qui laissent périr et se disperser les brebis de mon pâturage ! C’est pourquoi ? ainsi parle le Seigneur, le Dieu d’Israël, contre les pasteurs qui conduisent mon peuple ? : À cause de vous, mes brebis se sont égarées et dispersées, et vous ne vous êtes pas occupés d’elles. Eh bien ! Moi je vais m’occuper de vous, à cause de vos méfaits, déclare le Seigneur. Puis je rassemblerai moi-même le reste de mes brebis de tous les pays où je les ai dispersées. Je les ramènerai dans leurs pâturages, elles seront fécondes et se multiplieront. Je leur donnerai des pasteurs qui les conduiront ; elles ne seront plus apeurées et accablées, et aucune ne sera perdue, déclare le Seigneur. 

Voici venir des jours, déclare le Seigneur, où je donnerai à David un Germe juste : il régnera en vrai roi, il agira avec intelligence, il exercera dans le pays le droit et la justice. Sous son règne, le royaume de Juda sera sauvé, et Israël habitera sur sa terre en sécurité. Voici le nom qu’on lui donnera : « Le-Seigneur-est-notre-justice ».

Psaume : 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

R/ Le Seigneur est mon berger : rien ne saurait me manquer.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer. 

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : Jésus est la Paix pour tous les hommes (Ep 2, 13-18)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Frères, vous qui autrefois étiez loin du Dieu de l’Alliance, vous êtes maintenant devenus proches par le sang du Christ.
C’est lui, le Christ, qui est notre paix : des deux, Israël et les païens, il a fait un seul peuple ; par sa chair crucifiée, il a fait tomber ce qui les séparait, le mur de la haine,
en supprimant les prescriptions juridiques de la loi de Moïse. Il voulait ainsi rassembler les uns et les autres en faisant la paix, et créer en lui un seul Homme nouveau.
Les uns comme les autres, réunis en un seul corps, il voulait les réconcilier avec Dieu par la croix : en sa personne, il a tué la haine.
Il est venu annoncer la bonne nouvelle de la paix, la paix pour vous qui étiez loin, la paix pour ceux qui étaient proches.
Par lui, en effet, les uns et les autres, nous avons accès auprès du Père, dans un seul Esprit.

Evangile : Jésus a pitié de la foule (Mc 6, 30-34)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Jésus, le bon Pasteur, connaît ses brebis et ses brebis le connaissent : pour elles il a donné sa vie. Alléluia. (cf. Jn 10, 14-15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Après leur première mission, les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu’ils ont fait et enseigné.
Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu’on n’avait même pas le temps de manger.
Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l’écart.
Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement.
Patrick Braud

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14 juillet 2012

Plus on possède, moins on est libre

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Plus on possède, moins on est libre

 Homélie du 15° dimanche ordinaire / Année B
15/07/2012

Le ressentiment contre une Église trop riche

Qu’est-ce qui a en grande partie causé le rejet de l’Église catholique chez les Français de toutes classes sociales au XVIII° siècle ? Essentiellement les privilèges matériels qu’elle avait accumulés au fil des siècles. Le ressentiment des paysans était grand contre ces princes de l’Église qui possédaient trop et exigeaient toujours plus, en collectes, taxes et autres dons en nature. Les nobles voyaient d’un mauvais oeil ces concurrents parader à la cour royale ou dans les demeures aristocratiques comme s’ils y étaient chez eux. Même le bas clergé, rangé au côté du Tiers État lors des États Généraux de 1789, se plaignait des conditions de vie extravagantes de leurs évêques et responsables directs, alors que eux arrivaient tout juste à survivre dans les paroisses pauvres. Il régnait entre prêtres, entre les clercs et le peuple, une grande inégalité et une grande injustice. Si bien que les confiscations des biens ecclésiaux par la Révolution devinrent le symbole de l’exaspération de la population envers une Église devenue trop riche, trop puissante.

En cette période où la Grèce fait beaucoup parler d’elle au coeur de la crise de l’euro, il se pourrait que l’Église grecque comprenne un jour qu’elle aussi doit accepter de lâcher de ses possessions et de ses privilèges, si elle veut garder l’estime de ses enfants. Cette Église grecque est hégémonique, comme si elle voulait faire contrepoids à l’hégémonie musulmane qui risque d’étouffer hélas les pays voisins. Lorsque tout un peuple souffre sur le plan économique, voir les popes, les monastères, les paroisses continuent à mener grand train, ne pas payer d’impôts et bénéficier d’aides de l’État va être de plus en plus insupportable.

Est-ce à ce genre de contradictions que Jésus pense lorsqu’il prescrit à ses 12 envoyés « de ne rien emporter pour la route, de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture », ni même de tunique de rechange ! (Mc 6,7-13).

Jésus sait d’expérience que pour libérer les autres (« chasser les démons »), il faut d’abord être soi-même libéré de toute possession. Pour être plus fort que le mal, (« il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais »), il leur faut être libre de toute soif de pouvoir économique ou social.

Pour être au service, Jésus a voulu que son Église soit pauvre.

Chaque fois que les chrétiens ont oublié cette prescription, l’Église a commencé à décliner spirituellement, même si elle s’installait socialement. Chaque fois que les réformateurs l’ont ramené à cet ordre évangélique (les ermites, François d’Assise, Charles de Foucauld ou autres), elle a retrouvé un rayonnement bien au-delà de ses appartenances.

 

Pour une Église servante et pauvre

« Pour une Église servante et pauvre » : ce leitmotiv du concile Vatican II a entraîné un renouveau en profondeur, des favelas d’Amérique latine aux bidonvilles de Calcutta en passant par les ‘igloos’ du quart-monde en Europe (cabanes de tôle où se réfugiaient les familles dans les cités d’urgence).

Il se pourrait que cet élan conciliaire soit aujourd’hui mis à mal et contesté par de jeunes générations rêvant de reconquête et de pouvoir sur les masses. Mais ce serait une illusion de croire que l’avenir de l’Église passe par la puissance sociale et institutionnelle.

D’autres Églises, notamment baptistes et pentecôtistes, vivent à la lettre la finale de notre évangile de ce dimanche : chasser les démons, faire des onctions d’huile pour guérir les malades etc. On connaît les rassemblements charismatiques spectaculaires où des milliers de personnes proclament leur conversion et disent être guéris, libérés. Si tout cela s’accompagne du désintéressement prescrit par Jésus à ses apôtres, rien à redire. Si par contre ce soi-disant service se traduit en sommes d’argents mirobolantes, en domination d’un leader sur ses convertis, en lutte insensée pour prendre le pouvoir sur une société supposée pervertie (cf. les scandales des télévangélistes aux USA), alors l’avertissement du Christ résonne comme une mise en garde : « n’emportez rien pour la route… ».

Évidemment, il faut bien quelques moyens matériels pour vivre. Jésus n’est pas naïf. Il est même très réaliste en revendiquant l’efficacité de sa pauvreté apostolique :« Quand je vous ai envoyés sans bourse, ni besace, ni sandales, avez-vous manqué de quelque chose ?  ’De rien’, dirent-ils. » (Lc 22,35)  Il sait que l’hospitalité ne manquera jamais à ceux qui se dévouent pour les autres. La nourriture sera offerte à ceux qui se dépensent sans compter pour la communauté. Comme le dira Paul en parlant de son ministère : « tout ouvrier mérite son salaire ». Il est juste que l’apôtre reçoive de ceux à qui il est envoyé. Ce qui l’amène d’ailleurs à faire l’expérience de la dépendance, par amour. Les bonzes tibétains doivent mendier leur bol de riz dans la rue. Les ouvriers de l’Évangile doivent compter sur la générosité de ceux à qui ils annoncent l’Évangile, sans esprit d’accumulation ni de domination.

Tel est bien le sens du denier de l’Église par exemple. Indispensable aux diocèses et aux paroisses pour survivre, il dépend entièrement de la libre générosité des habitants ; il traduit leur attachement à l’Église et aux services qu’elle leur procure; il est suffisant pour vivre (à peine en réalité, car sans les legs et les dons le déficit serait grand) mais pas pour s’enrichir. Et c’est très bien ainsi !

Le vrai enjeu pour chacun est d’examiner ce qu’il possède : ma richesse est-elle un obstacle au service des autres ? Suis-je assez libre pour servir avec désintéressement ? Pour accepter d’être envoyé quelque part « sans pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans la ceinture » ?

Et bien sûr on peut étendre cette pauvreté matérielle à toute forme de pauvreté « en esprit » (Mt 5) : être envoyé ailleurs, que ce soit dans un cadre professionnel, associatif ou ecclésial, suppose un réel détachement intérieur, en ne possédant pas trop de certitudes, de jugements établis ou de positions dominantes qui empêcheraient de se mettre au service de ceux vers qui nous sommes envoyés.

Amos dans la première lecture témoigne qu’il n’a pas recherché la mission de prophète qui lui est tombée dessus. « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël » (Am 7,15). Il a quitté son troupeau, s’est frotté au roi d’Israël, il n’a gagné ni terre, ni argent ni titre dans cette mission. 

Sa pauvreté à lui était d’aller « les mains nues » au devant des inconnus que Dieu lui désignait.

Cette pauvreté est toujours la nôtre. Conjuguée à une simplicité de vie matérielle, elle sera le ferment le plus puissant de la nouvelle évangélisation de notre vieux continent…

 

Plus on possède, moins on est mobile.

Plus on accumule, moins il est facile de se laisser envoyer ailleurs.

Tous ceux qui ont déménagé souvent le savent d’expérience !

Tout en gardant « un bâton pour la route », à quelle simplification matérielle sommes-nous appelés pour mieux répondre à l’appel du Christ ?

 

1ère lecture : La mission divine du prophète (Am 7, 12-15)

Lecture du livre d’Amos

Amazias, prêtre de Béthel, dit au prophète Amos : « Va-t’en d’ici avec tes visions, enfuis-toi au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser ; car c’est un sanctuaire royal, un temple du royaume.»
Amos répondit à Amazias : « Je n’étais pas prophète ni fils de prophète ; j’étais bouvier, et je soignais les figuiers. Mais le Seigneur m’a saisi quand j’étais derrière le troupeau, et c’est lui qui m’a dit : ‘Va, tu seras prophète pour mon peuple Israël.’ »

Psaume : 84, 9ab.10, 11-12, 13-14

R/ Fais-nous voir, Seigneur, ton amour, et donne-nous ton salut

J’écoute : que dira le Seigneur Dieu ? 
Ce qu’il dit, c’est la paix pour son peuple. 
Son salut est proche de ceux qui le craignent,
et la gloire habitera notre terre.

Amour et vérité se rencontrent,
justice et paix s’embrassent ;
la vérité germera de la terre
et du ciel se penchera la justice.

Le Seigneur donnera ses bienfaits,
et notre terre donnera son fruit.
La justice marchera devant lui,
et ses pas traceront le chemin.

2ème lecture : Dieu nous a choisis depuis toujours (brève : 3-10) (Ep 1, 3-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ. En lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l’amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a d’avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ : voilà ce qu’il a voulu dans sa bienveillance, à la louange de sa gloire, de cette grâce dont il nous a comblés en son Fils bien-aimé, qui nous obtient par son sang la rédemption, le pardon de nos fautes. Elle est inépuisable, la grâce par laquelle Dieu nous a remplis de sagesse et d’intelligence en nous dévoilant le mystère de sa volonté, de ce qu’il prévoyait dans le Christ pour le moment où les temps seraient accomplis ; dans sa bienveillance, il projetait de saisir l’univers entier, ce qui est au ciel et ce qui est sur la terre, en réunissant tout sous un seul chef, le Christ. 
En lui, Dieu nous a d’avance destinés à devenir son peuple ; car lui, qui réalise tout ce qu’il a décidé, il a voulu que nous soyons ceux qui d’avance avaient espéré dans le Christ, à la louange de sa gloire. Dans le Christ, vous aussi, vous avez écouté la parole de vérité, la Bonne Nouvelle de votre salut ; en lui, devenus des croyants, vous avez reçu la marque de l’Esprit Saint. Et l’Esprit que Dieu avait promis, c’est la première avance qu’il nous a faite sur l’héritage dont nous prendrons possession au jour de la délivrance finale, à la louange de sa gloire.

Evangile : Jésus envoie les Douze appeler les hommes à la conversion (Mc 6, 7-13)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Sur toute la terre est proclamée la Parole, et la Bonne Nouvelle aux limites du monde. Alléluia. (cf. Ps 18, 5)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus appelle les Douze, et pour la première fois il les envoie deux par deux. Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais, et il leur prescrivit de ne rien emporter pour la route, si ce n’est un bâton ; de n’avoir ni pain, ni sac, ni pièces de monnaie dans leur ceinture.
« Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ. Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez en secouant la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir.
Ils chassaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.
Patrick Braud

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23 juin 2012

Personne dans la famille ne porte ce nom-là

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Personne dans la famille ne porte ce nom-là

 

Homélie pour la nativité de saint Jean-Baptiste / année B

24 juin 2012

 

Je me souviens encore de ces fiancés qui avaient choisi ce texte d’Évangile pour leur mariage. Choix peu courant en effet ! Loin des standards habituels (la maison bâtie sur le roc, « il n’est pas bon que l’homme soit seul » etc.), ce récit de la naissance de Jean-Baptiste les avait emballés. Pourquoi ? Et quel rapport avec leur mariage ? Parce qu’ils sentaient clairement, sans avoir les mots pour le dire, que la nouveauté apportée par Jean-Baptiste dans sa famille était libératrice pour eux également. Il désirait cette même liberté pour leur couple, et comptaient (à juste titre) sur leur mariage religieux pour les aider à trouver symboliquement la bonne distance avec leurs parents respectifs.

 

Relisons ce texte attentivement.

 

Le 8° jour

La nativité de Jean-Baptiste n’a rien de spécial. C’est sa conception rappelons-le qui était hors normes. Zacharie, le mari d’Élisabeth, avait douté de l’annonce qui lui avait été faite de cette naissance alors qu’il était en service sacerdotal dans le temple de Jérusalem. Du coup, il était ressorti muet du temple : ne pas faire confiance à la parole donnée par Dieu lui avait coupé sa propre parole !

Tout va se dénouer le huitième jour après la naissance, le jour de la circoncision de l’enfant. Huit : le chiffre de la résurrection dans le Nouveau Testament (le Christ est ressuscité le huitième jour de la semaine juive, c’est-à-dire le premier jour de la nouvelle semaine de la nouvelle création du monde). C’est également le chiffre du Messie pour les juifs (cf. les huit lumières de la menorrah). Le huitième jour désigne donc Jean-Baptiste comme celui qui va inaugurer l’ère messianique, celui qui annonce la résurrection du Christ.

 

Huit est en plus le jour de la circoncision des garçons dans la tradition juive. Un jour Personne dans la famille ne porte ce nom-là dans Communauté spirituelledonc où le couteau tranche dans la chair pour séparer ce qui est formellement femelle (le prépuce) du sexe mâle : les rabbins y ont vu, non seulement l’alliance « dans le sang » avec Dieu (c’est pourquoi d’ailleurs les femmes n’en ont pas besoin), mais encore le symbole de l’apprentissage de la juste différence homme/femme, sans confusion. La circoncision apprend à chacun quelle est sa place dans l’humanité sexuée, la juste distance, la juste relation entre hommes et femmes.

Au moment où son fils est circoncis, Zacharie va apprendre lui aussi, comme par une circoncision du coeur, la juste distance, la juste relation avec son enfant. En effet, au lieu de vouloir que son fils lui ressemble, il va accepter qu’il soit autre. Au lieu de photocopier en lui ses projets inassouvis, Zacharie va accepter que Jean-Baptiste soit lui-même, avec une vocation unique et singulière.

 

Le choix du prénom

Le choix du prénom est là encore éminemment symbolique : appeler un fils comme son père (coutume largement répandue jusque avant guerre même chez nous) était lui apposer une marque de fabrique : « tu dois prolonger l’oeuvre de ton père, mon fils, et te situer comme héritier ».

La première, sa mère a protesté contre cette possession paternelle : « non, il s’appellera Jean ». Il a le droit d’être différent et de ne pas vivre à l’ombre de son père. « Vos enfants ne sont pas vos enfants » écrivait le poète libanais Khalil Gibran dans son livre : « le prophète ».

Zacharie accepte alors que le couteau passe aussi entre lui et son fils. : « son nom est Jean » écrit-il puisqu’il est devenu muet. La puissance de cet écrit est immédiate : il retrouve l’usage de la parole, pour « bénir », pour dire du bien de Dieu, lui qui l’avait raillé.

Bien des parents/enfants ont expérimenté cela : lorsque la parole est difficile avec un enfant/parent, voire impossible, il reste encore l’écrit. Dans une lettre, des choses peuvent être dites, se dénouer, et cela devient libérateur.

Il y a si peu d’écrits entre générations, surtout actuellement à l’heure du téléphone omniprésent ! Même les SMS, les mails ou les rapides tweets ne remplaceront jamais les vraies lettres, construites et fortes, où l’on peut se confier en déroulant de A à Z ce que l’on a besoin de dire à l’autre. Entre époux également, on s’écrit si peu ! Et c’est dommage, car une lettre après 25 ans ou 50 ans de vie commune peut avoir une saveur et une intensité extraordinaires.

 

À partir du moment où Elizabeth et Zacharie acceptent que leur fils ne soit pas « comme son père », ils s’ouvrent à la nouveauté radicale que Dieu veut produire à travers eux. « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » objecte-t-on à Élisabeth. Car si on ne donnait pas le nom du père, on donnait au moins un nom connu porté par quelqu’un d’autre dans la famille (un oncle, une tante le plus souvent). Comme s’il fallait absolument répéter pour être rassuré, comme si c’était dangereux de ne pas reproduire ce que nos ancêtres ont déjà réalisé.

 

Le mythe de l’éternel retour

Beaucoup de cultures gardent encore aujourd’hui la trace de cette peur de la nouveauté.  famille dans Communauté spirituelleLes animistes dans leurs rituels cherchent à reproduire ce que les dieux, les génies ou les esprits ont fait autrefois pour rétablir l’harmonie du monde. Le bouddhisme considère la répétition cyclique comme un tel enfer que justement l’anéantissement est le seul moyen d’en sortir, pas la nouveauté. L’islam veut restaurer une révélation monothéiste des origines, et se méfie comme de la peste de toute innovation en matière de religion.

L’historien roumain Mircea Eliade a magistralement étudié cette conception cyclique du temps dans les religions qui veulent revenir « in illo tempore ». Le « mythe de l’éternel retour » qu’il analyse avec finesse est caractéristique de ces religions naturelles : le monde était en harmonie avant, « en ce temps-là », et c’est seulement en revenant en arrière qu’on peut rétablir cet ordre idéal que l’histoire et l’homme ont dégradé.

La Bible rompt avec cette fascination de la répétition : elle ose annoncer un avenir qui n’est pas dans la prolongation du présent, ni du passé ; elle révèle un Dieu qui « fait toutes choses nouvelles » (Apocalypse) et qui introduit de vraies ruptures dans l’histoire humaine.

 

Jean le Baptiste est l’une de ces nouveautés divines. Il ne ressemble à personne de sa famille. Il annoncera celui en qui tout est renouvelé.

On le voit : le choix du prénom est d’une importance capitale dans ce texte.

On comprend mieux pourquoi des fiancés qui avaient besoin de construire une nouvelle relation avec leur famille s’y sont reconnus sans hésiter !

 

Savoir s’interroger

Dernier point enfin.

 Jean BaptisteLes voisins, les proches passent d’une attitude de possession à une attitude d’interrogation : « que sera cet enfant ? » Question ouverte où ils acceptent de ne pas savoir à l’avance ce que deviendra le fils de Zacharie, qui ne lui appartient pas.

 

Ne pas programmer l’identité des générations suivantes, savoir attendre comment cet enfant va être manifesté à Israël, s’émerveiller de la nouveauté que Dieu suscite ainsi pour préparer la route à son messie, savourer la liberté ainsi rétablie entre les générations, faire grandir les plus jeunes sans les prédéterminer : l’enjeu de la circoncision de Jean-Baptiste est notre propre capacité à engendrer, non à reproduire, à devenir nous-mêmes, en faisant du neuf.

 

1ère lecture : Le prophète bien-aimé du Seigneur (Is 49, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi sa flèche préférée, il m’a serré dans son carquois.
Il m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai. »
Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. »
Et pourtant, mon droit subsistait aux yeux du Seigneur, ma récompense auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force.
Il parle ainsi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

 

Psaume : 138, 1-2.3b, 13-14b, 14c-15b

R/ Je te rends grâce, ô mon Dieu, pour tant de merveilles

 

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;
de très loin, tu pénètres mes pensées.
tous mes chemins te sont familiers. 

C’est toi qui as créé mes reins, 
qui m’as tissé dans le sein de ma mère. 
Je reconnais devant toi le prodige, 
l’être étonnant que je suis. 

Étonnantes sont tes oeuvres 
toute mon âme le sait. 
Mes os n’étaient pas cachés pour toi 
quand j’étais façonné dans le secret.

 

2ème lecture : Jean Baptiste a préparé la venue de Jésus (Ac 13, 22-26)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, Paul disait aux Juifs : « Dieu a suscité David pour le faire roi, et il lui a rendu ce témoignage ; J’ai trouvé David, fils de Jessé, c’est un homme selon mon c?ur ; il accomplira toutes mes volontés. Et, comme il l’avait promis, Dieu a fait sortir de sa descendance un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean Baptiste a préparé la venue en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. Au moment d’achever sa route, Jean disait : ‘Celui auquel vous pensez, ce n’est pas moi. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de lui défaire ses sandales.’ Fils de la race d’Abraham, et vous qui adorez notre Dieu, frères, c’est à nous tous que ce message de salut a été envoyé. »

 

Evangile : La naissance de Jean Baptiste (Lc 1, 57-66.80)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Réjouissons-nous de la naissance de Jean : il sera le prophète du Très-Haut, il marchera devant le Seigneur pour lui préparer le chemin. Alléluia. (cf. Lc 1, 76)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand arriva le moment où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle.
Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara : « Non, il s’appellera Jean. » On lui répondit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »
On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Son nom est Jean. » Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors les gens du voisinage, et dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements.
Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.
L’enfant grandit et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il devait être manifesté à Israël.
Patrick Braud

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