L'homélie du dimanche (prochain)

6 novembre 2014

Le principe de gratuité

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Le principe de gratuité

Homélie de la fête de la dédicace de la basilique du Latran / Année A
09/11/14

La foi n’est pas un trafic

Depuis la chute du mur de Berlin en 1989 (il y a 25 ans exactement aujourd’hui le 9 Novembre 2014), et du communisme en même temps, l’économie de marché semble ne plus avoir d’adversaire ni d’autre alternative crédible. Même les pays musulmans qui contestent l’Occident ne le font que grâce aux dollars que leur pétrole ou leur  gaz leur procurent. L’échange marchand s’est généralisé à tel point que même la santé, la vie intime ou le sport sont largement régis par les lois du mercato, du calcul, de la rentabilité.

Le principe de gratuité dans Communauté spirituelleLorsqu’il chasse les marchands du Temple de Jérusalem, Jésus pourtant s’oppose à l’omniprésence du marché en toutes choses. « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic » (Jn 2, 13-22) : cet avertissement, prononcé avec violence, fouet et cordes, est à la mesure du défi. De même qu’il remettait le politique à sa juste place (« rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »), Jésus remet ici l’économique à sa juste place également. L’échange marchand est utile entre les hommes, mais complètement inadapté à la relation à Dieu. On ne peut pas marchander avec Dieu. Ce serait contredire ce qu’il est en lui-même : un amour gratuit, une gratuité amoureuse, un échange incessant sans contrepartie entre les trois personnes trinitaires. Il donne et se donne sans compter ; il gracie sans tenir compte de nos mérites (cf. le bon larron) ; il fait pleuvoir sur les justes comme sur les injustes (Mt 5,45) ; il sauve sans condition….

Vouloir introduire le calcul et le marché dans la foi, c’est nier l’identité même de Dieu, et cela déchire Jésus au plus profond de lui-même. Ce trafic dans le Temple est une violence faite à Dieu, et Jésus est obligé d’user de violence pour ne pas se laisser détruire par cette réduction marchande.

Notons que cette violence n’est pas dirigée contre les personnes, mais contre leurs instruments, contre les moyens de l’échange marchand : monnaie d’échange, comptoirs, animaux mis en vente.

 

Le gratuit est le divin

Jn 2,13 précise que cet épisode des vendeurs chassés du Temple se situe dans un contexte liturgique précis : « comme la Pâque des juifs approchait ». Or, aujourd’hui encore, lorsque la Pâque juive approche, les juifs purifient leur maison et enlèvent soigneusement toute trace de levain fermenté qui pourrait encore y rester (le hametz, cf. Ex 12,18-20). Il s’agit d’accueillir la nouveauté pascale sans aucune nostalgie de nos anciens esclavages. Le grand ménage de printemps dans les villages autrefois avait quelque chose de cette signification très pascale. Comme Jésus est chez lui dans la maison de son Père, il purifie le Temple en y enlevant toute trace de ce levain fermenté qu’est la marchandisation de la relation à Dieu, véritable corruption contraire à la Pâque chrétienne.

En purifiant le Temple à la manière des juifs purifiant leur maison pour la Pâque, Jésus nous redit l’importance de la gratuité pour s’approcher de Dieu, pour devenir Dieu. Chasser l’esprit marchand de notre relation à Dieu, c’est arrêter de lui poser des conditions : si tu me donnes… (la santé, la réussite, la richesse etc.) alors je ferai ceci ou cela pour toi. C’est arrêter de le piéger : je t’ai offert tel animal en sacrifice, en retour tu dois exaucer ma prière.

C’est donc que la gratuité caractérise absolument l’amour que Dieu nous porte.

Parce que Dieu en lui-même est communion trinitaire gratuit, il nous éduque à pratiquer cet échange gratuit, cette réciprocité sans calcul, pour entrer dans son intimité, pour aimer à sa manière, en lui.

L’échange est fondamental, pour Dieu comme pour l’homme. L’échange marchand est utile, mais il ne peut dire tout ce qu’est l’homme.

L’homme a besoin de gratuité pour découvrir le divin en lui.

La gratuité, économiquement efficace

OpenOffice_Suite Doctrine sociale dans Communauté spirituelleD’ailleurs, même notre économie libérale qui canonise les marchés (financiers ou autres) voit émerger le rôle indispensable de l’échange gratuit. Regardez sur Internet les freeware  (logiciels gratuits) qui pullulent, à disposition de qui veut les télécharger. Observez le travail acharné de ceux qui mettent leurs logiciels en libre accès (open source) à tous. Parcourez tous les Wikis, tous ces sites de libre partage, dont le plus célèbre – Wikipedia - a depuis longtemps détrôné la tentative marchande que Microsoft avait voulu imposer avec l’encyclopédie Encarta. Et lorsqu’il a fallu décrypter le génome humain de l’ADN, il a été plus facile, plus rapide et évidemment moins coûteux de faire appel à des milliers de chercheurs bénévoles sur le Web qui ont collaboré à ce vaste programme scientifique, avec succès. Un institut marchand, public ou privé, y aurait englouti des millions et des années entières…

Don, réciprocité, gratuité

Biographie Marcel MaussMarcel Mauss a étudié l’importance du don dans les économies primitives [1]. (Lire ici l’homélie de Noël s’y rapportant : Le potlatch de Noël )
Cette importance persiste et reste structurante dans nos sociétés marchandes. Thomas Naguel (né en 1937) a récemment formalisé l’apport de l’éthique de réciprocité [2], basée sur la bonne vieille règle d’or énoncée par Jésus : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le de même pour eux, car c’est là la loi et les prophètes. » (Mt 7,12)

Bien plus loin encore que l’éthique du don ou de la réciprocité, déjà utiles et humanisantes, Jésus rappelle ici que le principe de gratuité est au cœur de la communion avec Dieu. C’est donc il peut également transformer, transfigurer nos échanges économiques. Laisser toute sa place au principe de gratuité dans nos échanges permettra de sortir de l’esclavage des marchés. Telle une pâque économique anticipant la Pâque intégrale.

La réciprocité, le don, la gratuité sont très présents dans beaucoup de domaines de la vie sociale que le marché n’a pas pu totalement asservir à sa logique d’intéressement : la culture (l’art tout particulièrement), le sport (au moins au niveau local…), l’associatif, le bénévolat, l’humanitaire, l’innovation sous toutes ses formes etc.

 

Le principe de gratuité

La-place-du-don-et-de-la-gratuite-dans-l-economie_medium donBenoit XVI s’est fait l’écho de cet aspect majeur de la Doctrine sociale de l’Église dans son encyclique : Caritas in veritate (2009).

Si le marché envahit toute la sphère des relations humaines, il n’y a plus de communion possible :

n° 34 : … si le développement économique, social et politique veut être authentiquement humain, il doit prendre en considération le principe de gratuité comme expression de fraternité.

La fraternité entre tous ne peut en effet reposer sur le seul échange marchand :

n° 35 : abandonné au seul principe de l’équivalence de valeur des biens échangés, le marché n’arrive pas à produire la cohésion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique. Aujourd’hui, c’est cette confiance qui fait défaut, et la perte de confiance est une perte grave.

Le principe de gratuité doit donc trouver sa place, non pas comme correctif, mais comme un pôle d’équilibre :

n° 36 : dans les relations marchandes le principe de gratuité et la logique du don, comme expression de la fraternité, peuvent et doivent trouver leur place à l’intérieur de l’activité économique normale. C’est une exigence de l’homme de ce temps, mais aussi une exigence de la raison économique elle-même. C’est une exigence conjointe de la charité et de la vérité.

Autrement dit, les chrétiens ne pratiquent pas la gratuité au nom d’une théorie économique, mais par imitation, ou plutôt par anticipation de la manière d’être de Dieu-Trinité : circulation gratuite du don de soi à l’autre.

Dans la relation que Dieu établit avec nous, c’est sa paternité qui fonde son offre gratuite. Entre nous, c’est la fraternité commune issue de cette paternité divine qui s’exprime dans la gratuité économique.

Il y a alors trois domaines dans une économie moderne ouverte : le marché, l’État, la vie civile :

n° 38 : Mon prédécesseur Jean-Paul II avait signalé cette problématique quand, dans Centesimus annus, il avait relevé la nécessité d’un système impliquant trois sujets: le marché, l’État et la société civile. Il avait identifié la société civile comme le cadre le plus approprié pour une économie de la gratuité et de la fraternité, mais il ne voulait pas l’exclure des deux autres domaines. Aujourd’hui, nous pouvons dire que la vie économique doit être comprise comme une réalité à plusieurs dimensions: en chacune d’elles, à divers degrés et selon des modalités spécifiques, l’aspect de la réciprocité fraternelle doit être présent. À l’époque de la mondialisation, l’activité économique ne peut faire abstraction de la gratuité, qui répand et alimente la solidarité et la responsabilité pour la justice et pour le bien commun auprès de ses différents sujets et acteurs. Il s’agit, en réalité, d’une forme concrète et profonde de démocratie économique.

Cet équilibre entre les 3 pôles de l’activité économique est capital pour ne pas imposer aux pays émergents un type de développement inhumain :

n° 39 : Vaincre le sous-développement demande d’agir non seulement en vue de l’amélioration des transactions fondées sur l’échange et des prestations sociales, mais surtout sur l’ouverture progressive, dans un contexte mondial, à des formes d’activité économique caractérisées par une part de gratuité et de communion. Le binôme exclusif marché-État corrode la socialité, alors que les formes économiques solidaires, qui trouvent leur terrain le meilleur dans la société civile sans se limiter à elle, créent de la socialité. Le marché de la gratuité n’existe pas et on ne peut imposer par la loi des comportements gratuits. Pourtant, aussi bien le marché que la politique ont besoin de personnes ouvertes au don réciproque.

Ce bref rappel du principe de gratuité, qui s’enracine dans l’épisode des vendeurs chassés du Temple, nous pose à chacun une vraie question à laquelle il est important de ne pas répondre trop vite ou superficiellement :

- quelle est ma conscience des dons gratuits dont j’ai bénéficié jusqu’à présent ? (de la part des autres, des hasards de la vie, de Dieu…)

- où en suis-je moi-même de la pratique de la gratuité ? (vis-à-vis des autres ? vis-à-vis de Dieu ?)

 


[1]. cf. Marcel MAUSS, Essai sur le don. Forme et raison de l’échange dans les sociétés archaïques (1925), Quadrige/Presses universitaires de France, 2007

[2]. Thomas NAGEL, The Possibility of Altruism, Princeton University Press, 1970

 

 

1ère lecture : La source de vie qui jaillit du Temple de Dieu (Ez 47, 1-2.8-9.12)

Lecture du livre d’Ézékiel

Au cours d’une vision reçue du Seigneur, l’homme qui me guidait me fit revenir à l’entrée du Temple, et voici : sous le seuil du Temple, de l’eau jaillissait en direction de l’orient, puisque la façade du Temple était du côté de l’orient. L’eau descendait du côté droit de la façade du Temple, et passait au sud de l’autel. L’homme me fit sortir par la porte du nord et me fit faire le tour par l’extérieur, jusqu’à la porte qui regarde vers l’orient, et là encore l’eau coulait du côté droit.

Il me dit : « Cette eau coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain, et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux. En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre, et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent. Au bord du torrent, sur les deux rives, toutes sortes d’arbres fruitiers pousseront ; leur feuillage ne se flétrira pas et leurs fruits ne manqueront pas. Chaque mois ils porteront des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire. Les fruits seront une nourriture, et les feuilles un remède. »

Psaume : 45, 2-3, 5-6, 8-9a.10

R/ Voici la demeure de Dieu parmi les hommes.

Dieu est pour nous refuge et force,secours dans la détresse, toujours offert.
Nous serons sans crainte si la terre est secouée,
si les montagnes s’effondrent au creux de la mer.

Le Fleuve, ses bras réjouissent la ville de Dieu,
la plus sainte des demeures du Très-Haut.
Dieu s’y tient : elle est inébranlable ;
quand renaît le matin, Dieu la secourt.

Il est avec nous, le Seigneur de l’univers ;
citadelle pour nous, le Dieu de Jacob !
Venez et voyez les actes du Seigneur,
Il détruit la guerre jusqu’au bout du monde.

2ème lecture : Vous êtes le temple que Dieu construit (1 Co 3, 9b-11.16-17) 

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
vous êtes la maison que Dieu construit.
Comme un bon architecte, avec la grâce que Dieu m’a donnée, j’ai posé les fondations. D’autres poursuivent la construction ; mais que chacun prenne garde à la façon dont il construit.
Les fondations, personne ne peut en poser d’autres que celles qui existent déjà : ces fondations, c’est Jésus Christ.
N’oubliez pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous.
Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira ; car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous.

Evangile : Le corps du Christ, nouveau temple de Dieu (Jn 2, 13-22)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. L’heure vient, et c’est maintenant, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité. Alléluia. (Jn 4, 23-24)

Évangile de Jésus christ selon saint Jean 

Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem.
Il trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. »
Ses disciples se rappelèrent cette parole de l’Écriture : L’amour de ta maison fera mon tourment.
Les Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »
Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais le Temple dont il parlait, c’était son corps.
Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Patrick BRAUD

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9 octobre 2014

Tenue de soirée exigée…

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Tenue de soirée exigée…

Homélie du 28° Dimanche du temps ordinaire Année A
12/10/2014

 

Tenue de soirée exigée… dans Communauté spirituelle menu

         Reines de l’océan en Belle-Vue
         Turbot au chablis
         Veau braisé soubise
         Poulardes truffées
         Salade mimosa
         Fromages
         Bavaroise
         Fruits – Café                 

Ça vous met l’eau à la bouche !

 

J’avais retrouvé ce menu d’un repas de noces dans ma famille, d’un mariage célébré en 1945 ! À écouter un tel menu de noces, on se demande pourquoi il y en a qui refuseraient de s’asseoir à la table ! Et pourtant, la parabole de ce Dimanche nous rappelle que ce refus est toujours possible, et que Jésus s’y est exposé, jusqu’à la Croix.

« Le Royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils ».

Quand Jésus évoque le Royaume des cieux, il prend l’une des plus vieilles réalités humaines : les noces.

C’est lui le Fils qui célèbre ses épousailles avec l’humanité.

Et chacun de nous est demandé en mariage aujourd’hui par le Fils de Dieu lui-même !

C’est la grandeur et la dignité du mariage, et c’est pour cela que le mariage est pour nous un sacrement. En regardant vivre les gens mariés, on devrait pouvoir deviner combien le Christ désire épouser chacun. D’où la responsabilité particulière des couples mariés à l’église : témoigner des noces que Dieu célèbre pour son fils avec tout être humain, toute l’humanité. Heureux les invités à ce repas de noces où le Christ lui-même dresse la table de l’eucharistie, nouvelle Alliance !

Or certains refusent de venir.

1nouve12 César dans Communauté spirituelle

La violence meurtrière

Et nous sommes parfois de ceux-là qui ne tiennent aucun compte de cette invitation, à cause de fausses bonnes raisons : un champ à cultiver, un commerce à faire tourner – comme dans la parabole -, c’est-à-dire une vie professionnelle qui devient envahissante, une vie trop remplie de choses à faire pour entendre l’invitation. Pire encore, le Christ sait qu’il s’expose à la violence, alors même qu’il est porteur d’une invitation d’amour. L’homme est ainsi fait qu’il peut choisir de répondre par la violence à une invitation d’amour.

Il peut saccager ce qu’il a de plus cher.

Là encore, reprenez l’image-sacrement du couple : la violence peut répondre à l’amour ; c’est un constat, malheureusement.

Dieu, lui, envoie son invitation sans se lasser. Dans un couple, on se lasse vite de la violence de l’autre, et on n’accepte que difficilement d’être la bête grasse égorgée pour lui ou pour elle ! Dieu dénonce cette violence, qui se retourne d’ailleurs contre ceux qui la commettent : ils s’y détruisent, en refusant d’être aimés…

La violence peut répondre à l’amour. La Croix en est le signe.

L’indifférence suicidaire

La violence ou, pire encore, l’indifférence.
« Ils n’en tirent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce. »
Regardez les dégâts que peut provoquer l’indifférence dans un couple : lorsque s’installe silencieusement la juxtaposition et non la communion, lorsque chacun s’investit dans son champ, son commerce – comme dit la parabole – sans tenir compte de l’autre. L’indifférence est peut-être le plus grand péché contre l’Amour. C’est elle qui nous rend imperméable aux appels de nos frères, aux appels de Dieu.

 

Le silence incompréhensible

Un dernier mot enfin sur les pleurs et les grincements de dents qui attendent l’invité qui n’a pas revêtu son vêtement de noces. Cela fait penser aux bristols très officiels à la carte d’invitation précise : « Tenue de soirée exigée ! ».

Que signifie ce vêtement de noces ?

On peut penser à la robe de baptême. Il ne suffit pas d’être invité, encore faut-il se laisser revêtir de cette robe baptismale.

Le plus dur dans l’amour, ce n’est pas aimer, c’est d’accepter d’être aimé, et d’accepter que cet amour nous change. « Dépouillez-vous du vieil homme et revêtez l’homme nouveau » disait St Paul en évoquant lui aussi ce vêtement de noces.

Reprenez l’image-sacrement de l’amour humain : revêtir la robe de l’amour mutuel, c’est laisser l’être aimé me dépouiller de mon égoïsme, faire tomber mes blocages, mes défenses, mes forteresses intérieures…

En cela, le mariage est dans le droit fil du baptême, et la mariée a raison d’être en blanc ! Car se marier est un chemin pour mourir à soi-même et renaître à l’autre, comme le Christ est mort et ressuscité pour nous. Alors, celui qui est dans la salle de noces, dans l’Église, et fait semblant d’être chrétien alors que sa vie n’est pas en accord avec ce qu’il croit, celui-là abîme le témoignage de l’Église. Dieu l’interroge : « Mon ami – car il est toujours son ami à ce stade – comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ? »

Mais le silence répond à l’amour. « L’autre garda le silence ».

 

Après l’indifférence ou la violence, voilà maintenant le silence, la non communication, le non-dit, ce que l’on cache, le refus d’entrer en dialogue.

Demandez aux couples en difficulté combien cette non-communication est la pire des épreuves ! Se taire alors qu’il y a des contradictions à lever, fuir alors que Dieu nous propose la confiance et le dialogue, c’est finalement suicidaire. Cela n’engendre que des pleurs et des grincements de dents.

Heureusement, l’invitation au repas des noces reste la plus forte : Dieu fait le nécessaire pour remplir la salle des noces avec les mauvais et les bons que nous sommes tous. À nous de nous laisser transformer de fond en comble par notre présence ici, pour revêtir « la tenue de soirée » qui va avec.

Que ce banquet de l’eucharistie nous rappelle la grandeur et l’exigence de notre baptême.
Que ce festin des noces renouvelle pour les époux la grâce de leur mariage.
Que cette invitation à nous laisser aimer par le Christ ne rencontre en nous ni indifférence, ni violence, ni silence coupable.

 

 

1ère lecture : Le festin messianique (Is 25, 6-9)

Lecture du livre d’Isaïe

Ce jour-là, le Seigneur, Dieu de l’univers, préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples et le linceul qui couvrait toutes les nations. Il détruira la mort pour toujours. Le Seigneur essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l’humiliation de son peuple ; c’est lui qui l’a promis.
Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c’est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! »

Psaume : 22, 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6

 R/ Près de toi, Seigneur, sans fin nous vivrons.

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

2ème lecture : La vraie richesse dans le Christ (Ph 4, 12-14.19-20)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Philippiens

Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi avoir tout ce qu’il me faut. Être rassasié et avoir faim, avoir tout ce qu’il me faut et manquer de tout, j’ai appris cela de toutes les façons. Je peux tout supporter avec celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de m’aider tous ensemble quand j’étais dans la gêne. Et mon Dieu subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse, dans le Christ Jésus.
Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.

Evangile : Parabole des invités au festin (brève : 1-10) (Mt 22, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Voici la Pâque du Seigneur au milieu de son peuple. Heureux les invités au festin du Royaume ! Alléluia.

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus disait en paraboles : « Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : ‘Voilà : mon repas est prêt, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez au repas de noce.’ Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ‘Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives. Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce, et lui dit : ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs : ‘Jetez-le, pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres ; là il y aura des pleurs et des grincements de dents.’
Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. »
Patrick BRAUD

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1 août 2014

2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

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2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

Homélie du XVIII° dimanche du temps ordinaire / Année A
03/08/2014

Après le rite juif du repas pascal (le Seder Pessah), les enfants autour de la table entonnent quelques comptines liées à la fête. Et notamment ce curieux « chant des nombres » qui est à lui seul une belle catéchèse sur la symbolique des nombres : 

E’HOD MI YODEA – CHANT DES NOMBRES

« Un, je sais ce qui est un.
Unique est notre Dieu, Lui qui vit et Lui qui plane sur la terre et dans les cieux.

Deux, voilà qui est plus ; je sais ce qui est deux : deux, ce sont les Tables de la Loi.

Unique est notre Dieu…

Treize, voilà qui est plus ; je sais ce qui est treize.
Treize, ce sont les attributs (divins) ;
douze, les tribus d’Israël;
onze, les songes (de Joseph);
dix, les Commandements;
neuf, les mois de la grossesse;
huit, la circoncision;
sept, la célébration du Shabbat;
six, les ordres de la Michna ;
cinq, les Livres de la Thora;
quatre, les Mères ;
trois, les Patriarches;
deux, les Tables de la Loi.

Unique est notre Dieu, Lui qui vit et Lui qui plane sur la terre et dans les cieux. »

On le voit : tout est symbolique dans le repas pascal juif, et l’eucharistie chrétienne assume pleinement cette symbolique. Les aliments (oeuf dur, os d’agneau grillé, herbes amères…), les vêtements (talith…), la lumière (la menorrah), les quatre questions de quatre enfants : tout renvoie à une lecture de l’histoire autre qu’un récit journalistique.

Le chant des nombres s’inscrit dans cette interprétation du monde où les nombres ne sont pas là par hasard, mais pour nous aider à déchiffrer l’événement raconté.

2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l'eucharistie dans Communauté spirituelle rdv_pessah_plateau_seder_27

  

La première multiplication : 5,7 et 12

Le nombre 5

bible_4 Bible dans Communauté spirituelleIl en est bien ainsi dans cette première version de la multiplication des pains en Mt 14,13-21. Les nombres qui y sont placés ont un sens. Les 5000 hommes présents ne sont pas comptés à la manière de la préfecture de police ni des manifestants lors d’une même protestation populaire ! Ils renvoient à la signification du nombre 5, multiplié par 1000 (donc étendu à tous). D’après nos enfants du Seder Pessah, il s’agit d’une foule de la Torah (les cinq livres du Pentateuque), essentiellement juive donc. Cela est confirmé par les 5 pains dont disposent les disciples (et non un jeune garçon comme en Mc). Les rompre, c’est ouvrir ces 5 livres, les travailler, les étudier, les interpréter *. Les distribuer à la foule, c’est nourrir le peuple juif d’une interprétation renouvelée de la Torah, où le commandement de l’amour accomplit toute la Loi. La foule n’a pas besoin de s’en aller ailleurs : elle a dans l’Écriture tout ce qu’il lui faut pour nourrir sa faim de vivre et de chercher Dieu.

Le nombre 2

Et les 2 poissons ? Pourquoi sont-ils mentionnés, alors que le texte semble indiquer qu’ils ne sont pas distribués en nourriture avec les cinq pains ? (ils sont pourtant « eucharistiés » : Jésus prononce la bénédiction juive et rituelle sur eux ensemble)

D’après la comptine chantée par les enfants à Pâques, 2 est le nombre des tables de la Toi. Mais ce serait alors une symbolique redondante avec les 5 pains. Saint Augustin, le nombre 2 désigne le couple prêtre / roi qui recevaient l’onction pour gouverner le peuple. Les 2 poissons renvoient alors pour lui à la personne du Christ, l’Oint de Dieu chargé de conduire l’Église. Mais, problème : il manque le prophète, qui lui aussi reçoit l’onction de Dieu.

Pour Saint Ambroise de Milan, les 2 poissons renverraient aux 2 Testaments, destinés à devenir l’unique nourriture du nouvel Israël. Mais, problème : ces deux poissons ne sont justement pas distribués en nourriture…

Il faut sans doute interpréter ensemble le symbolisme du nombre 2 et celui des poissons à qui il est associé ici.

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On a retrouvé des poissons dessinés, gravés et peints sur les murs des catacombes chrétiennes des premiers siècles. C’était un signe de reconnaissance et de ralliement en période de persécutions romaines. Car le mot poisson (ictus en grec) est l’acronyme désignant la véritable identité de Jésus. Iesus Christos Theo Uïos Sôter = Jésus Christ fils de Dieu Sauveur. Le poisson cache donc l’affirmation nouvelle de la foi chrétienne : Jésus est vraiment Dieu et vraiment homme, deux  natures réunies en une seule personne. Les 2 poissons visent sans doute 

cette affirmation christologie si centrale – et si dangereuse – au moment où Mathieu écrit son évangile (70-90). On n’est pas loin de l’interprétation de Saint Augustin, mais c’est l’union du divin et de l’humain en Jésus qui est en jeu plus que celle du roi et du prêtre.

Ajoutons que dans la tradition juive, il faut toujours au moins 2 témoins pour que leurs témoignages soient pris en compte au tribunal. Les 2 poissons attestent que Jésus de Nazareth est vraiment le Christ attendu par Israël, annoncé par l’Écriture, qui conduit l’Église à travers le désert en la nourrissant de la Parole de Dieu partagée à tous.

 

Le nombre 7

 exégèseAu passage se profile le nombre 7 : 5 pains + 2 poissons. La comptine pascale l’associe à juste titre au shabbat. Ce premier récit de la multiplication des pains s’adresse donc à Israël : nulle volonté ici d’abolir le shabbat. Au contraire, Jésus veut lui donner tout son sens. Les premiers chrétiens annonçaient l’Évangile en se servant du réseau des synagogues tout autour de la Méditerranée, et donc en respectant le shabbat, en profitant de la liturgie du samedi à la synagogue pour commenter les Écritures à la lumière de la Pâque du Christ.

Ce n’est qu’après la séparation violente d’avec la synagogue (vers 90) que le dimanche chrétien (le jour du Seigneur) supplantera le shabbat, sans pour autant en perdre le sens du repos et de l’Alliance qu’il véhicule.

En Mt 14, le respect du shabbat est bien en filigrane des premières assemblées judéo-chrétiennes (les adventistes « du septième jour » s’inscrivent dans cette tradition).

 

Le nombre 12

« On ramassa 12 paniers ».

Impossible de ne pas y voir le symbole des 12 apôtres, eux-mêmes prolongeant et accomplissant les 12 tribus d’Israël (cf. les 12 portes de la Jérusalem céleste dans l’Apocalypse). C’est donc la plénitude de l’Église, « l’Israël de Dieu », que visent ces 12 paniers. Toute l’Église est nourrie en plénitude du pain partagé par Jésus : ici le premier Testament, bientôt le pain eucharistique qui y sera associé.

Comme 5 + 7 = 12, on voit que l’on retrouve ce que l’on évoquait précédemment : l’Écriture partagée lors du shabbat nourrit l’Église judéo-chrétienne et lui permet de traverser ses déserts.

njerusalemgems Jésus 


La seconde multiplication : 3, 4 et 7

Le symbolisme des nombres permet d’interpréter le deuxième récit de multiplication des pains comme s’adressant cette fois-ci aux non-juifs (Mt 15,32?39).

4000 hommes sont nourris et il reste 7 paniers (au lieu de 5000 et 12). On ne sait pas combien il y a de poissons ; par contre on sait que la foule jeûne depuis 3 jours. Le nombre 3 renvoie ici aux 3 jours du Christ au tombeau : la foule est associée à la Passion et la Résurrection de Jésus en jeûnant symboliquement 3 jours avec lui. Nul doute qu’il y ait ici un écho du cheminement catéchuménal des baptisés adultes  venant du paganisme au moment où Mathieu écrit. Les 4000 hommes évoquent alors la totalité de l’humanité nourrie par l’eucharistie (4 = les quatre points cardinaux = l’univers entier). Les 7 paniers ne renvoient plus aux tribus d’Israël, mais à tous les peuples de la terre créée lors des 7 jours symboliques de la Genèse.

Ce second récit est donc une catéchèse eucharistique et ecclésiale pour les païens, alors que le premier l’était pour les juifs.

Les deux multiplications superposées

Nous sommes 2000 ans après l’événement. Nous gardons la mémoire de ces deux catéchèses. Et nous pouvons légitimement les superposer en une seule pour aujourd’hui : l’Église se situe bien dans le prolongement d’Israël, dont elle n’abolit pas la vocation, mais cherche à l’accomplir pour toutes les nations.art-plastique-autel-tibouchi-2 nombresAinsi le premier but de nos assemblées est de rompre le pain de la Parole de Dieu telle que les deux Testaments donnent à la ruminer. Tous doivent y avoir accès : c’est la responsabilité des apôtres. L’eucharistie est indissolublement le lieu où la Parole se multiplie en la partageant, et où le pain eucharistique nourrit la faim  spirituelle des chercheurs de Dieu actuels. « Dum dividetur, augetur » commentait Saint Augustin : lorsqu’il est partagé, le pain (de la parole, de l’eucharistie) augmente.

Il y a donc 2 tables (encore 2 !) à l’eucharistie : la table où l’Écriture se fait Parole, et la table où le corps du Christ est rompu et distribué. L’ambon et l’autel sont inséparables. À tel point que Vatican II a réaffirmé solennellement cette doctrine des deux tables que nous avions un peu oubliée dans le monde catholique :

« L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a toujours fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de prendre le pain de vie sur la table de la parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles. »
Concile Vatican II, Dei Verbum 21 (cf. SL 48 ;51 ;56).

La parole et le corps / le corps et la parole : ne séparons pas dans nos assemblées ce que Dieu a uni en Jésus-Christ, comme l’atteste les deux multiplications des pains dans l’évangile de Mathieu.

_________________________________________________________________

* Les 5 maris de la Samaritaine (Jn 4,18) peuvent renvoyer à ces 5 livres de la Loi, les seuls livres que les samaritains ont conservés. On pense également aux 5 vierges sages (Mt 25,2) ou aux 5 mois du mal causé par les criquets (Ap 9,10). Ou encore aux 5 portiques de Béthesda (Jn 5,8), ou aux 5 mois où Elisabeth se tient cachée (Lc 1,24) etc. 

 

1ère lecture : Dieu nourrit son peuple (Is 55, 1-3)

Lecture du livre d’Isaïe

Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent et sans rien payer.
Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi donc : mangez de bonnes choses, régalez-vous de viandes savoureuses !
Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je ferai avec vous une Alliance éternelle, qui confirmera ma bienveillance envers David.

Psaume : Ps 144, 8-9, 15-16, 17-18

R/ Tu ouvres la main : nous voici rassasiés.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
la bonté du Seigneur est pour tous,
sa tendresse, pour toutes ses oeuvres.

Les yeux sur toi, tous, ils espèrent : 
tu leur donnes la nourriture au temps voulu ;
tu ouvres ta main : 
tu rassasies avec bonté tout ce qui vit.

Le Seigneur est juste en toutes ses voies, 
fidèle en tout ce qu’il fait.
Il est proche de ceux qui l’invoquent, 
de tous ceux qui l’invoquent en vérité.

2ème lecture : Rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ(Rm 8, 35.37-39)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le supplice ? Non, car en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les esprits ni les puissances, ni le présent ni l’avenir, ni les astres, ni les cieux, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus Christ notre Seigneur.

Evangile : Jésus nourrit la foule (Mt 14, 13-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur a nourri son peuple au désert, il l’a rassasié du pain du ciel. Alléluia. (cf. Ps 77, 24)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de pitié envers eux et guérit les infirmes.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et il se fait tard. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter à manger ! »
Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les moi ici. »
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Tous mangèrent à leur faim et, des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.
Patrick BRAUD

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27 juin 2014

Jésus évalué à 360°

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Jésus évalué à 360°

Homélie pour la fête de Saint Pierre et Saint Paul / Année A
29/06/2014

 

Recevoir son identité

Connaissez-vous cette pratique managériale qu’on appelle l’évaluation à 360° ?

D’habitude, en entreprise, un salarié est évalué une fois l’an par son responsable direct. Cet entretien d’évaluation conditionne souvent une augmentation de salaire ou une évolution de carrière. Mais certaines entreprises se sont aperçues que se limiter au seul N+1 introduit un biais dans l’évaluation. D’où l’idée de demander à tous les collègues du salarié, voire à ses clients, ses fournisseurs, de contribuer eux aussi à cette évaluation. Un salarié est ainsi jaugé (dans la confidentialité, l’anonymat et si possible la bienveillance !) par ses pairs, ses N+1, ses N-1… à 360° donc.

Jésus aurait-il appris cette technique managériale à l’école de commerce de Nazareth ? L’épisode de ce dimanche (Mt 16, 13-19) nous met en tout cas en présence d’une pratique de cet ordre, transposée sur le plan spirituel.

En effet, en posant la question : « pour vous qui suis-je ? », Jésus demande à ses amis de l’aider à faire le point sur lui-même.

S’il avait voulu faire une interrogation orale à la manière d’un examen dont il connaîtrait les bonnes réponses, il aurait tout de suite rectifié les ?fausses’ identités proposées par les disciples. Non : il est à un moment stratégique de sa vie, et il a besoin du discernement de ceux qui le connaissent pour avancer. Répondre « Jean-Baptiste ressuscité » ou « Élie qui doit venir » le met déjà sur la voie. Car Jean-Baptiste est bien le prophète le plus proche du Messie, « le plus grand des enfants des hommes ». Et Élie est bien celui dont le retour annoncerait les temps messianiques.

Pourquoi a-t-il besoin de consulter ainsi ses amis ? N’est-il pas le fils de Dieu ? Il devrait le savoir mieux que les autres !

Jésus évalué à 360° dans Communauté spirituelle 51FQVJFQ0HL._SY300_Pourtant, dans son humanité, Jésus hésite. Avant de prendre avec courage la route de Jérusalem, dont il devine qu’elle lui sera fatale, Jésus a besoin qu’on lui dise qui il est vraiment. Dans son humanité, Jésus s’interroge ici sur son identité (va-t-il jusqu’à douter ?…), comme il questionne la volonté de son Père à Gethsémani sans pour autant la contester, au contraire. L’évaluation à 360° à laquelle il procède avec les Douze va l’aider à discerner ce pour quoi il est fait.

Ce faisant, il est profondément fidèle à sa double identité de fils (de Dieu, de l’homme). Être fils, c’est se recevoir d’un autre, accepter de ne pas être à soi-même sa propre origine. Fils de l’homme, Jésus se reçoit des hommes : il a besoin de recevoir son identité de ses compagnons de route aussi, comme il la reçoit de son Père.

 

Aussi, lorsque Pierre risque sa propre réponse (et non plus celle des autres), Jésus reconnaît en lui un message de Dieu lui-même : « ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux ». Dieu est donc capable de parler à travers les autres pour nous révéler qui nous sommes !

D’où l’importance pour nous aussi d’oser poser la question à nos compagnons de route : pour vous qui suis-je ?

D’où l’intérêt d’écouter attentivement les avis des autres sur notre action, notre personnalité.

Retour d’image

Lorsque c’est trop compliqué d’organiser une évaluation à 360° avec beaucoup de collaborateurs à consulter, on peut également procéder à un « retour d’image ». En individuel, quelqu’un demande alors à un collègue (ou client, ou N-1?) de lui dire quelle image il se fait de lui. L’entretien est plus qualitatif, et donne lieu à plus d’approfondissement des situations perçues  positivement ou négativement.

La Bible connaît de tels retours d’image, et notablement ceux que prodiguent les prophètes ? sans qu’on leur ait demandé ! ? à l’encontre de puissants de ce monde. Le plus célèbre est sans doute le retour d?image que le prophète Nathan donne au roi David, avec tact, pédagogie et grande fermeté, pour lui faire comprendre qui il est (suite à son adultère avec Bethsabée, la femme de son général d’armée, Urie, qu’il a en plus envoyé se faire tuer au front !) 

« Yahvé envoya le prophète Nathan vers David. Il entra chez lui et lui dit :
Il y avait deux hommes dans la même ville, l’un riche et l’autre pauvre. Le riche avait petit et gros bétail en très grande abondance. Le pauvre n’avait rien du tout qu’une brebis, une seule petite qu’il avait achetée. Il la nourrissait et elle grandissait avec lui et avec ses enfants, mangeant son pain, buvant dans sa coupe, dormant dans son sein: c’était comme sa fille. Un hôte se présenta chez l’homme riche qui épargna de prendre sur son petit ou gros bétail de quoi servir au voyageur arrivé chez lui. Il vola la brebis de l’homme pauvre et l’apprêta pour son visiteur. »
David entra en grande colère contre cette homme et dit à Nathan: « Aussi vrai que Yahvé est vivant, l’homme qui a fait cela est passible de mort ! Il remboursera la brebis au quadruple, pour avoir commis cette action et n’avoir pas eu de pitié. »
Nathan dit alors à David: « Cet homme, c’est toi!
Ainsi parle Yahvé, Dieu d’Israël: Je t’ai oint comme roi d’Israël, je t’ai sauvé de la main de Saül, je t’ai livré la maison de ton maître, j’ai mis dans tes bras les femmes de ton maître, je t’ai donné la maison d’Israël et de Juda et, si ce n’est pas assez, j’ajouterai pour toi n’importe quoi. Pourquoi as-tu méprisé Yahvé et fait ce qui lui déplaît ? Tu as frappé par l’épée Urie le Hittite, sa femme tu l’as prise pour ta femme, lui tu l’as fait périr par l’épée des Ammonites. Maintenant l’épée ne se détournera plus jamais de ta maison, parce que tu m’as méprisé et que tu as pris la femme d’Urie le Hittite pour qu’elle devienne ta femme. » (2S 12, 1-10)

« Cet homme, c’est toi ! » 

On connaît tous des patrons, des hommes de pouvoir, des responsables d’Église ou d’associations qui sont sourds à l’avis des autres sur eux-mêmes. Ils ne pratiqueront jamais l’évaluation à 360°… alors qu’ils se permettent de juger leurs subordonnés, de les muter ailleurs, de les promouvoir ou de les sanctionner.

Le Christ, « doux et humble de coeur », s’est soumis à cette évaluation à 360°, car il savait en avoir besoin pour assumer son identité messianique.

Qui serions-nous pour refuser cette évaluation et nous priver du pouvoir révélateur qu’elle véhicule ?

 

Effet boomerang

La suite de cet entretien est tout aussi étonnante. Simon a contribué à révéler à Jésus qu’il est vraiment le Messie, et Jésus en retour lui révèle qu’il est Pierre et pas seulement Simon. « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Déjà, il avait reconnu en lui le « fils de Yonas », saluant ainsi en Simon quelqu’un qui lui aussi se reçoit d’un autre. Et quel autre ! Yonas est en effet le prénom du fameux prophète à la baleine, destiné à élargir le salut aux non-juifs (cf. le livre de Jonas), ce que fera effectivement Pierre avec le centurion Corneille plus tard (Ac 10).

En complément de cette révélation qui va marquer la mission de Simon, Jésus lui révèle encore plus : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Jésus, qui est la pierre bientôt rejetée par les bâtisseurs mais bientôt élevée par Dieu en pierre d’angle, donne à Simon la mission d’être la pierre de fondation de son Église.

 

Deux enseignements peuvent être tirés de cet échange d’évaluations croisées :

- dire à l’autre qui il est m’aide à savoir qui je suis moi-même.

Au lieu de se taire par peur du responsable hiérarchique, ou par pudeur devant ses pairs, prendre la parole pour dire à l’autre ce que je perçois de lui (avec bienveillance et esprit constructif !) me permet de recevoir en retour des éléments sur ma propre identité.

- « seul le Christ manifeste pleinement l’homme à lui-même ». Cette phrase de Vatican II (GS 12) convient parfaitement à l’expérience de Pierre à Césarée de Philippe. Elle nous convient également parfaitement. Plus nous scrutons les Écritures, plus nous persévérons dans la prière, et plus nous découvrons qui nous sommes.

Le détour par Dieu est le plus court chemin vers soi-même !

Cette expérience est ancienne. Elle est aux origines du peuple d’Israël. « Je ne te lâcherai pas que tu ne m’aies béni » insistait Jacob se battant contre Dieu. Et voilà que son adversaire lui révèle (comme à Pierre) qui il est vraiment : Israël (le fort contre Dieu), source de bénédiction pour tous les peuples. (Gn 32).

En ce sens, la Bible est beaucoup moins une révélation sur Dieu (qui est toujours plus grand que ce qu’on dit de lui) que sur l’homme, déchiffrant à travers les événements quelle est sa dignité, sa grandeur, sa vocation.

 

Pratiquons donc entre nous l’évaluation à 360°, avec humilité et bienveillance.

Recevons des autres notre identité.

Battons-nous avec Dieu jusqu’à ce qu’il nous éclaire sur nous-mêmes.

Faisons le détour par le Christ pour qu’il nous manifeste pleinement à nous-mêmes.

 

 

Messe du jour

 1ère lecture : Pierre est délivré de prison par le Seigneur (Ac 12, 1-11)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

À cette époque, le roi Hérode Agrippa se mit à maltraiter certains membres de l’Église. Il supprima Jacques, frère de Jean, en le faisant décapiter. Voyant que cette mesure était bien vue des Juifs, il décida une nouvelle arrestation, celle de Pierre. On était dans la semaine de la Pâque. Il le fit saisir, emprisonner, et placer sous la garde de quatre escouades de quatre soldats ; il avait l’intention de le faire comparaître en présence du peuple après la fête. Tandis que Pierre était ainsi détenu, l’Église priait pour lui devant Dieu avec insistance. Hérode allait le faire comparaître ; la nuit précédente, Pierre dormait entre deux soldats, il était attaché avec deux chaînes et, devant sa porte, des sentinelles montaient la garde.
Tout à coup surgit l’ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. L’ange secoua Pierre, le réveilla et lui dit : « Lève-toi vite. » Les chaînes tombèrent de ses mains. Alors l’ange lui dit : « Mets ta ceinture et tes sandales. » Pierre obéit, et l’ange ajouta : « Mets ton manteau et suis-moi. » Il sortit derrière lui, mais, ce qui lui arrivait grâce à l’ange, il ne se rendait pas compte que c’était vrai, il s’imaginait que c’était une vision. Passant devant un premier poste de garde, puis devant un second, ils arrivèrent à la porte en fer donnant sur la ville. Elle s’ouvrit toute seule devant eux. Une fois dehors, ils marchèrent dans une rue, puis, brusquement, l’ange le quitta. Alors Pierre revint à lui, et il dit : « Maintenant je me rends compte que c’est vrai : le Seigneur a envoyé son ange, et il m’a arraché aux mains d’Hérode et au sort que me souhaitait le peuple juif. »

Psaume : 33, 2-3, 4-5, 6-7, 8-9

R/ De toutes leurs épreuves, Dieu délivre ses amis.

Je bénirai le Seigneur en tout temps,
sa louange sans cesse à mes lèvres.
Je me glorifierai dans le Seigneur :
que les pauvres m’entendent et soient en fête !

Magnifiez avec moi le Seigneur,
exaltons tous ensemble son nom.
Je cherche le Seigneur, il me répond :
de toutes mes frayeurs, il me délivre.

Qui regarde vers lui resplendira,
sans ombre ni trouble au visage.
Un pauvre crie ; le Seigneur entend :
il le sauve de toutes ses angoisses.

L’ange du Seigneur campe à l’entour
pour libérer ceux qui le craignent.
Goûtez et voyez : le Seigneur est bon !
Heureux qui trouve en lui son refuge !

2ème lecture : Confiance de Paul au soir de sa vie (2Tm 4, 6-8.16-18)

Lecture de la seconde lettre de saint Paul Apôtre à Thimothée

Me voici déjà offert en sacrifice, le moment de mon départ est venu. Je me suis bien battu, j’ai tenu jusqu’au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n’ai plus qu’à recevoir la récompense du vainqueur : dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire. La première fois que j’ai présenté ma défense, personne ne m’a soutenu : tous m’ont abandonné. Que Dieu ne leur en tienne pas rigueur. Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force pour que je puisse annoncer jusqu’au bout l’Évangile et le faire entendre à toutes les nations païennes. J’ai échappé à la gueule du lion ; le Seigneur me fera encore échapper à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer au ciel, dans son Royaume. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

Evangile : Confession de foi de Pierre (Mt 16, 13-19)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Sur la foi de Pierre le Seigneur a bâti son Église, et les puissances du mal n’auront sur elle aucun pouvoir.Alléluia. (cf. Mt 16, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples : « Le Fils de l’homme, qui est-il, d’après ce que disent les hommes ? »
Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres encore, Jérémie ou l’un des prophètes. »
Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? »
Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. »
Patrick BRAUD

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