L'homelie du dimanche

9 décembre 2015

Faites votre métier… autrement

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Faites votre métier… autrement


Homélie du 3° dimanche de l’Avent / Année C
13/12/2015

Cf. également :

La joie parfaite, et pérenne

Éloge de la déontologie

Tauler, le métro et « Non sum »

 

Devoir d’état

Et si la vie professionnelle était un des enjeux majeurs de la conversion personnelle ?

Écoutez Jean-Baptiste sur les rives du Jourdain. Des publicains lui posent la question qui hantera plus tard Lénine et tous les révolutionnaires : que faire ? Jean-Baptiste les renvoie à leur pratique professionnelle : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé ». De même pour les soldats : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde » (Lc 3, 10-18).

 

Afficher l'image d'origineC’est donc que le métier exercé est l’un des premiers lieux de la vie spirituelle. On parlait autrefois de devoir d’état, qui englobait tout ce qu’on devait faire au titre de son état de vie : le père de famille envers ses enfants, le mari / la femme envers son conjoint, et ici le travailleur envers sa mission. S’acquitter avec conscience et honnêteté de son devoir d’état est la première marche qui nous élève vers Dieu. Cela commence par assumer l’obligation de travailler, afin de pourvoir à ses besoins élémentaires (un toit, se nourrir, se vêtir) sans peser sur les autres. Comme écrivez saint Paul : « celui qui ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus ! » (2 Th 3,10) Même ceux qui sont au chômage ont une obligation morale envers la société qui les soutient : chercher activement du travail, se former, et peut-être rendre sous forme associative ou bénévole ce que la solidarité nationale leur offre en termes d’allocations et d’aides en tout genre.

 

Travailler est essentiel à la vocation humaine. Le mot allemand pour désigner la profession est Beruf, qui signifie également appel, vocation.

Jean-Baptiste renvoie les pénitents du Jourdain à leur métier : rien de plus incarné que cet appel prophétique à assumer son devoir d’état le mieux possible !

 

Rechercher la justice

Afficher l'image d'origineJean-Baptiste va plus loin : il invite publicains et militaires à pratiquer une certaine justice dans leur activité. Pas de pots-de-vin, pas de corruption ou d’enrichissement personnel pour les publicains. Mais au contraire la recherche d’une application juste et égale de l’impôt. Pour les soldats : pas d’abus de violence, pas d’abus de position dominante pour accuser à tort, pas de course aux salaires excessifs sous prétexte d’être indispensables. Mais au contraire endiguer la violence, rechercher le droit, être désintéressé.

Avouons que ces conseils sont toujours valables, pour nos hommes politiques, nos militaires, nos patrons du CAC 40 ou les fonctionnaires chargés de l’impôt…

 

La recherche de la justice est inhérente à la foi juive et chrétienne : « chercher d’abord le royaume de Dieu et sa justice » (Mt 6,33) a raison de répéter Jésus.

 

Et vous, cherchez-vous la justice dans la pratique de votre métier ?

Êtes-vous passionnés de justice au point d’oublier votre intérêt personnel et immédiat ? Osez-vous poser les bonnes questions, à vos supérieurs comme à vos équipes, pour que progresse ce sens de la justice au travail ? Depuis le respect des plus petits jusqu’aux échelles de salaires, des conditions de travail à l’exercice de l’autorité, la passion de la justice fait du croyant un collègue, un salarié, un indépendant ‘non-aligné’ sur les comportements et les pratiques les plus courantes dans le monde du travail…

 

Donner sens à son travail

Pour oser être ainsi un chercheur de justice au travail, il faut l’inscrire sur un horizon beaucoup plus large que la seule activité ordinaire. Un boulanger ne fait pas que du pain, il crée du bonheur à travers le goût donné aux instants du repas, et le pain a toujours été signe de fraternité, de solidarité partagée. De grandes entreprises ont ainsi réfléchi à leur but profond, à ce qui constitue leur raison d’être. Qu’est-ce qui motive réellement les salariés de Disney, de Nike ou de Ford ? En prenant le temps d’écouter leurs équipes et de se remémorer leur histoire, voici ce que certaines grandes entreprises ont répondu.

But fondamental 

Source : Harvard Business Review, Hors série Automne 2015.

Et vous, quelle est le but ultime de votre travail ? Quelle est la raison d’être de votre entreprise ? Qu’est-ce qui manquerait au monde si elle n’existait pas ? Et donc qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin pour aller travailler avec une motivation capable de se renouveler d’année en année ?

Prenons le temps d’y réfléchir, personnellement et avec d’autres. Tout change quand on sait pour quoi on travaille, et pas seulement comment ou pourquoi !

 

Travailler en accord avec ses valeurs

Jean-Baptiste ne le dit pas ici, mais les premiers chrétiens ont réfléchi aux liens entre baptême et métier. Ils en ont conclu que certains métiers aux premiers siècles leur semblaient incompatibles avec l’identité chrétienne : gladiateurs, prostituées, militaires…
Comment peut-on se dire disciple du Christ par exemple et faire profession de torturer des gens, que ce soit au goulag ou dans une police secrète ? On osait refuser le baptême chrétien à ceux qui ne voulaient pas quitter ces métiers…

« Qu’on fasse une enquête sur les métiers et professions de ceux qu’on amène pour les instruire.
Si quelqu’un est tenancier d’une maison qui entretient des prostituées, qu’il cesse ou qu’on le renvoie.
Si quelqu’un est sculpteur ou peintre, qu’on lui apprenne à ne pas faire d’idole. S’il ne veut pas cesser, qu’on le renvoie.
Si quelqu’un est acteur ou qu’il donne des représentations théâtrales, qu’il cesse ou qu’on le renvoie.
Si quelqu’un enseigne aux enfants les sciences profanes, il est préférable qu’il cesse; mais s’il n’a pas de métier, qu’on le lui permette. De même qu’un conducteur ou quelqu’un qui prend part aux jeux publics ou qui y va, cesse ou qu’on le renvoie. Qu’un gladiateur ou quelqu’un qui apprend aux gladiateurs à combattre ou quelqu’un qui s’occupe de la chasse ou un officier public qui s’occupe des jeux de gladiateurs cesse ou qu’on le renvoie.
Si quelqu’un est prêtre des idoles ou gardien d’idoles, qu’il cesse ou qu’on le renvoie.
A un soldat qui se trouve auprès d’un gouverneur, qu’on dise de ne pas mettre à mort. S’il en reçoit l’ordre, qu’il ne le fasse pas. S’il n’accepte pas, qu’on le renvoie, Que celui qui possède le pouvoir du glaive ou le magistrat d’une cité, qui porte la pourpre, cesse ou qu’on le renvoie. Si le catéchumène ou un fidèle veut se faire soldat, qu’on le renvoie, car il a méprisé Dieu.
Qu’une prostituée, un sodomite ou quelqu’un qui fait ce dont on ne peut parler soit renvoyé, car il est souillé.
Que le mage ne soit pas non plus admis à l’examen. Qu’un sorcier, un astrologue, un devin, un interprète de songes, un prestidigitateur, ou un fabricant de phylactères cesse ou qu’on le renvoie.
Que la concubine de quelqu’un, si elle est son esclave, si elle a élevé ses enfants et si elle n’a de relations qu’avec lui, soit admise, sinon qu’on la renvoie. Qu’un homme qui a une concubine cesse et se marie légalement. S’il refuse, qu’on le renvoie.
Si nous avons omis quelque chose, prenez vous mêmes la décision convenable, car nous avons tous l’Esprit de Dieu.  »
Hippolyte de Rome, « La Tradition apostolique » 3° siècle

Aujourd’hui encore, comment ne pas souligner des contradictions flagrantes entre la foi au Christ et certaines professions ? ou au moins certaines manières de pratiquer certaines professions ? Comment peut-on se dire par exemple chrétien et mafieux ? Ou faire travailler des enfants dans des mines africaines ou des usines chinoises ? Ou organiser la traite d’esclaves en tout genre ? Ou vendre des armes de destruction massive à n’importe quel client ? Etc. etc.

Faites l’exercice de lister les valeurs les plus importantes pour vous (la beauté, l’innovation, l’amitié, la justice…). Si votre métier ne vous permet pas d’honorer et de vivre ces valeurs au travail, alors ayez le courage de démissionner ! Changez de métier ou d’entreprise avant qu’il ou elle ne vous change à son image. Car tous les métiers ne sont pas humanisants. Car toutes les entreprises ne sont pas au service du bien commun.

 

Devoir d’état, justice, sens, valeurs : oui la vie professionnelle est bien l’un des lieux majeurs de la vie spirituelle !

Que l’appel de Jean-Baptiste nous convertisse jusque dans cette dimension-là.

 

 

 

1ère lecture : « Le Seigneur exultera pour toi et se réjouira »(So 3, 14-18a)

Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem ! Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis. Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.

Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir ! Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut. Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ; il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. »

Cantique : Is 12, 2-3, 4bcde, 5-6
R/ Jubile, crie de joie,car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël.  (cf. Is 12, 6)

Voici le Dieu qui me sauve : j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.

Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut.

Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut.

« Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom, annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! »
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence, et toute la terre le sait. Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

2ème lecture : « Le Seigneur est proche » (Ph 4, 4-7)

Frères, soyez toujours dans la joie du Seigneur ; je le redis : soyez dans la joie. Que votre bienveillance soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.

Evangile : « Que devons-nous faire ? » (Lc 3, 10-18)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres. Alléluia. (cf. Is 61, 1)

 En ce temps-là, les foules qui venaient se faire baptiser par Jean lui demandaient : « Que devons-nous faire ? » Jean leur répondait : « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Des publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) vinrent aussi pour être baptisés ; ils lui dirent : « Maître, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » Des soldats lui demandèrent à leur tour : « Et nous, que devons-nous faire ? » Il leur répondit : « Ne faites violence à personne, n’accusez personne à tort ; et contentez-vous de votre solde. » Or le peuple était en attente, et tous se demandaient en eux-mêmes si Jean n’était pas le Christ. Jean s’adressa alors à tous : « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient à la main la pelle à vanner pour nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera le grain dans son grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Par beaucoup d’autres exhortations encore, il annonçait au peuple la Bonne Nouvelle.
Patrick Braud

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2 décembre 2015

Devenir des précurseurs

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Devenir des précurseurs

 

Homélie du 2° dimanche de l’Avent / Année C
10/12 2000/2015

 

Cf. également :

Le Verbe et la voix

Une foi historique

 

Devenir des précurseurs

Dans chaque église orthodoxe, il y a un panneau d’icônes (l’iconostase) séparant l’autel eucharistique de l’assemblée. À droite et à gauche de ce mur d’icônes, il y a toujours d’un côté Marie et de l’autre Jean-Baptiste. Car Jean-Baptiste est le troisième personnage le plus populaire pour les orthodoxes. Ils le vénèrent sous le nom de Précurseur, littéralement celui qui court devant (le Christ).

Puisque Jean-Baptiste est le personnage central de ce deuxième dimanche de l’Avent, essayons de voir ce qu’il nous révèle de notre vocation commune.

S’il est Précurseur, c’est donc que chacun de nous est appelé à le devenir.

Comment ?

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Précurseurs dans nos familles

On n’oublie pas que Jean-Baptiste était cousin de Jésus (à la mode de Bretagne, puisque issu d’Élisabeth, la cousine de Marie). Sans attendre Jésus, pourtant du même âge que lui, Jean-Baptiste part au désert, proclame un baptême de conversion, bref prend les devants sur ce qui doit arriver. Il aurait pu attendre son cousin, s’entendre avec lui sur ce qu’il y avait à dire : un plan de communication en quelque sorte ! Mais non, il part devant.

Chacun de nous est appelé à prendre ainsi les devants en famille, quel que soit son âge.

Afficher l'image d'origineDes parents bien sûr seront précurseurs pour leurs enfants, à qui ils ouvrent la voie par leur exemple, par leurs sacrifices, par la recherche de voies nouvelles pour leur fils/fille. Mais entre frères et soeurs également on a besoin de précurseurs. Ceux qui vont défricher  avant les autres les modes de vie étudiante par exemple, des engagements politiques, associatifs ou sportifs etc. Ceux qui vont avant les autres vivre à deux. Ceux qui devront  surmonter une séparation du couple qui arrivera à d’autres ensuite. La liste est longue des aînés qui expérimentent  avant nous telle situation, tel appel, tel engagement : nous les regardons attentivement, ils nous ouvrent la voie, ils élargissent le champ de nos possibles. Si je n’avais pas vu partir mon grand frère en coopération en Afrique, je n’y aurais jamais pensé moi-même.

À tour de rôle nous sommes des précurseurs pour nos frères et soeurs, cousins et cousines.

Jean-Baptiste, qui pourtant avait pris de l’avance, a accepté humblement que son cousin Jésus prenne le relais lorsqu’il a rejoint au Jourdain : c’est à lui maintenant de courir devant. Le passage de témoin se fait ainsi plusieurs fois par existence, avec plusieurs proches. Tantôt devant, tantôt suiveurs, nous avons besoin - comme dans une équipe cycliste qui est en tête - de relais permanents pour nous emmener plus vite, plus loin.

 

Précurseurs au travail

Que ce soit dans le domaine du management ou des organisations, les entreprises doivent beaucoup à ceux et celles qui ont été des explorateurs de nouvelles manières de travailler et de produire de la richesse. Ford et la démocratisation de l’automobile. Godin et les phalanstères. Les mutuelles, les coopératives etc.

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Des pionniers ont osé imaginer d’autres façons de rémunérer (l’intéressement, de participation…), de donner plus de revenus à ceux qui ont besoin de plus (les allocations familiales), d’impliquer les usines dans l’accession à la propriété de leurs salariés (le 1 % logement) etc.

Aujourd’hui comme hier nous avons besoin de ces Jean-Baptiste nouveaux, expérimentant un autre rapport à l’autorité, au pouvoir, à la démocratie en entreprise.

 

Les chrétiens sont appelés comme tous les autres à prendre des risques, à innover, à tester ces voies nouvelles. Ils le feront avec la figure prophétique de Jean-Baptiste en filigrane de leur action : ne pas avoir peur d’être une voix qui crie (un peu seule peut-être au début…) dans le désert, appeler à une conversion des mentalités (cf. le courant des  entreprises libérées que prône Isaac Getz), montrer que c’est possible de travailler  autrement…

 

Précurseurs dans l’Église

Vieille institution ayant l’inertie (et en même temps la sagesse) de 20 siècles d’expérience, l’Église catholique est toujours à réformer (reformata, sed semper reformanda) ! Pour s’adapter aux nouvelles cultures et mentalités, il faut des hommes comme François d’Assise au XIIIe siècle au tournant capitaliste, ou des femmes comme les béguines (du XIIIe au XVIe siècle) pour l’aspiration à la fraternité et la promotion de la femme : ces précurseurs explorent devant, hors des sentiers battus, ce que l’époque requiert pour vivre l’Évangile. De tels précurseurs n’ont jamais manqué à l’Église : des premiers ermites fuyants la mollesse constantinienne du IVe siècle en allant au désert en Égypte jusqu’aux prêtres ouvriers du XXe siècle osant se mélanger à des foules de bleus de travail, chaque période de mutation a suscité des figures étonnantes en avance sur leur temps, ou plutôt ajustées aux temps nouveaux, avant les autres.

Afficher l'image d'origine Béguinage d’Amsterdam

Et cela arrive également à l’échelle locale. À chaque diocèse, dans bien des paroisses, il y a des précurseurs possédant ce flair évangélique leur permettant de détecter avant tout le monde des attentes spécifiques de telle communauté, de tel quartier, de telle population.

À nous d’encourager ces Jean-Baptiste ordinaires, de les soutenir, les suivre lorsqu’ils nous indiquent une direction salutaire.

À nous d’endosser parfois ce rôle lorsque nous ressentons fortement qu’il y a quelque chose à dire ou à faire pour inculturer l’évangile autrement.

 

Précurseurs, et donc dissidents

Si nous devenons de tels précurseurs, nous croisons la route des dissidents de tous horizons qui explorent des alternatives dans tous les domaines : écologie, spiritualité, économie, finance même. Devenir précurseur est une manière d’entrer en dissidence, spirituellement. Mais le dissident résiste en dénonçant l’idéologie dominante, alors que le précurseur ouvre d’autres voies et déblaie le chemin devant ce qui doit venir.

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Reste que précurseurs et dissidents sont du côté du cri plus que du silence, de la voix précédant la parole, du différent plus que du majoritaire.

 

Il serait bien étonnant que vous ne soyez pas appelés à devenir un jour Jean-Baptiste envers quelqu’un, ou à suivre un Jean-Baptiste qui vous indique votre chemin…

 

 

 

1ère lecture : « Dieu va déployer ta splendeur » (Ba 5, 1-9)
Jérusalem, quitte ta robe de tristesse et de misère, et revêts la parure de la gloire de Dieu pour toujours,  enveloppe-toi dans le manteau de la justice de Dieu, mets sur ta tête le diadème de la gloire de l’Éternel.  Dieu va déployer ta splendeur partout sous le ciel,  car Dieu, pour toujours, te donnera ces noms : « Paix-de-la-justice » et « Gloire-de-la-piété-envers-Dieu ».  Debout, Jérusalem ! tiens-toi sur la hauteur, et regarde vers l’orient : vois tes enfants rassemblés du couchant au levant par la parole du Dieu Saint ; ils se réjouissent parce que Dieu se souvient.  Tu les avais vus partir à pied, emmenés par les ennemis, et Dieu te les ramène, portés en triomphe, comme sur un trône royal.  Car Dieu a décidé que les hautes montagnes et les collines éternelles seraient abaissées, et que les vallées seraient comblées : ainsi la terre sera aplanie, afin qu’Israël chemine en sécurité dans la gloire de Dieu.  Sur l’ordre de Dieu, les forêts et les arbres odoriférants donneront à Israël leur ombrage ;  car Dieu conduira Israël dans la joie, à la lumière de sa gloire, avec sa miséricorde et sa justice.

Psaume : Ps 125 (126), 1-2ab, 2cd-3, 4-5, 6

R/ Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !
(Ps 125, 3)

Quand le Seigneur ramena les captifs à Sion,
nous étions comme en rêve !
Alors notre bouche était pleine de rires,
nous poussions des cris de joie.

Alors on disait parmi les nations :
« Quelles merveilles fait pour eux le Seigneur ! »
Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous :
nous étions en grande fête !

Ramène, Seigneur, nos captifs,
comme les torrents au désert.
Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie.

Il s’en va, il s’en va en pleurant,
il jette la semence ;
il s’en vient, il s’en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes.

2ème lecture : « Dans la droiture, marchez sans trébucher vers le jour du Christ » (Ph 1, 4-6.8-11)

Frères,  à tout moment, chaque fois que je prie pour vous tous, c’est avec joie que je le fais,  à cause de votre communion avec moi, dès le premier jour jusqu’à maintenant, pour l’annonce de l’Évangile.  J’en suis persuadé, celui qui a commencé en vous un si beau travail le continuera jusqu’à son achèvement au jour où viendra le Christ Jésus.  Dieu est témoin de ma vive affection pour vous tous dans la tendresse du Christ Jésus.  Et, dans ma prière, je demande que votre amour vous fasse progresser de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance  pour discerner ce qui est important. Ainsi, serez-vous purs et irréprochables pour le jour du Christ,  comblés du fruit de la justice qui s’obtient par Jésus Christ, pour la gloire et la louange de Dieu.

Evangile : « Tout être vivant verra le salut de Dieu » (Lc 3, 1-6)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers :
tout être vivant verra le salut de Dieu.
Alléluia. (cf. Lc 3, 4.6)

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode étant alors au pouvoir en Galilée, son frère Philippe dans le pays d’Iturée et de Traconitide, Lysanias en Abilène,    les grands prêtres étant Hanne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, le fils de Zacharie.

Il parcourut toute la région du Jourdain, en proclamant un baptême de conversion pour le pardon des péchés,  comme il est écrit dans le livre des oracles d’Isaïe, le prophète : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.  Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les chemins rocailleux seront aplanis ;  et tout être vivant verra le salut de Dieu.
Patrick BRAUD

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14 janvier 2015

Libres ricochets…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 00 min

Libres ricochets…

Homélie du 2° Dimanche Année du temps ordinaire / Année B 
18/01/2015

cf. également :  Quel Éli élirez-vous ?

·         Avez-vous déjà médité sur ce jeu que les enfants adorent au bord d’un lac : les ricochets… ?

Vous choisissez un caillou bien plat. Normalement, il doit couler. Normalement, il ne peut pas traverser le lac. Mais si vous lui imprimez une vitesse de rotation assez grande, grâce à un coup de poignet astucieux – auquel enfant je m’exerçais pendant des heures ! – et si vous le propulsez au ras de l’eau avec une trajectoire tangentielle et une force bien choisies, alors vous avez la surprise de voir ce caillou voler… rebondir… et de ricochet en ricochet accomplir l’impensable : traverser l’eau, aller d’une rive à l’autre…

·         C’est un peu ce qui se passe dans l’évangile d’aujourd’hui (Jn 1, 35-42) : l’appel à suivre le Christ ricoche des uns aux autres, les entraînant là où ils n’auraient jamais pensé pouvoir aller. Jean-Baptiste « lance » ses deux disciples à la suite de Jésus (et Dieu sait si pour un prophète comme Jean- Baptiste c’était dur à l’époque de « donner » ses disciples à un autre maître). L’un de ces deux, André, va chercher son frère Simon, et le propulse ainsi dans l’aventure où il deviendra Pierre (c’est-à-dire l’aventure de l’Église). Juste après, Philippe va chercher Nathanaël…

Libres ricochets… dans Communauté spirituelle 102awebIl en est souvent ainsi dans l’évangile de Jean : c’est par ricochets que l’appel se transmet d’une personne à une autre, constituant l’Église, de proche en proche. Et cet appel donnera à ces hommes et à ces femmes de traverser toutes les épreuves, de traverser la mort même, comme le caillou tout surpris de voler de rebond en rebond vers l’autre rive…

·         Si nous pratiquions cet appel « par ricochets », n’aurions-nous pas plus de chrétiens motivés ? plus de prêtres, de religieuses ? Demandez aux prêtres et religieuses que vous connaissez : c’est souvent grâce à telle rencontre, telle discussion, telle retraite avec d’autres, que le Christ leur a dit : « viens ». C’est rarement en direct !

Comme l’appel de Samuel (1° lecture), il y a toujours un Élie, un visage ami qui révèle ce que je porte en moi confusément et que je n’arrive pas à entendre du premier coup.

De ricochet en ricochet, Dieu fait feu de tout bois pour, patiemment, m’appeler à le rejoindre…

 

·   Mais si cet appel est une invitation très ferme : « viens », il est en même temps infiniment respectueux de la liberté : « viens et vois ». Plus encore : il suscite la liberté, il l’informe (au double sens de lui donner des informations pour décider oui  ou non, et de lui donner une formation pour l’éduquer à répondre).

.  La « Lettre aux catholiques de France » (1996) sur la « proposition de la foi » décrivait ainsi cette transformation de la pastorale de l’Eglise :

Dans la mise en œuvre de la mission de l’Église selon ses modalités les plus habituelles, notamment dans la vie des paroisses et dans la pastorale des sacrements, une transformation du même ordre est en train de se produire. Des institutions ecclésiales « classiques », qui semblaient ne rien réclamer d’autre que la conformité à des procédures bien rodées, réclament aujourd’hui, sous peine de dépérir, d’être incessamment améliorées, vérifiées, relancées. Ce qu’il suffisait naguère d’entretenir doit être aujourd’hui voulu et soutenu. Toutes sortes de démarches qu’une population majoritairement catholique nous demandait, en se coulant dans des automatismes communément admis, doivent être désormais proposées comme l’objet d’un choix.

De sorte que la pastorale dite « ordinaire », souvent vécue comme une pastorale de l’accueil, doit de plus en plus devenir aussi une pastorale de la proposition. Cette évolution a quelque chose d’onéreux. Certains la vivent comme une véritable épreuve. Mais de plus en plus nombreux sont les prêtres et les laïcs qui disent s’en trouver mûris et renouvelés dans leur foi. Un nombre croissant de pasteurs et, plus largement, d’acteurs de la pastorale comprennent qu’il y a là une exigence de la mission. Ils se découvrent du même coup appelés à aller davantage au cœur même de la foi. (n° 2)

.    Proposer la foi n’est pas l’imposer.

Nous ne sommes pas des témoins de Jéhovah ou des sectes cherchant à manipuler l’adhésion de leurs membres. Plusieurs fois le Christ a pris le risque de la libre réponse de ses amis : « voulez-vous partir vous aussi ? » demande-t-il aux 12 lorsque la foule le quitte, déçue par ses paroles trop fortes sur l’eucharistie. Sans cesse il appelle :« si tu veux… ». Le jeune homme riche d’ailleurs s’en va, librement (même s’il en est tout triste).

Autrement dit, le fait d’appeler quelqu’un suscite et fait grandir sa liberté.

C’est le débat – quelque fois difficile – que nous avons souvent avec des parents qui demandent le baptême de leur enfant.

« Voudrez-vous lui parler du Christ et de l’Évangile, l’inscrire au caté en CE2 pour qu’il puisse découvrir ce qu’il y a dans son baptême ? »

« Mais nous on ne veut rien lui imposer, il choisira plus tard… »

« Comment voulez-vous qu’il choisisse si vous ne l’appelez pas à choisir ? comment choisir de faire du rugby si jamais les parents ne l’inscrivent au club ? idem pour la danse, la musique, le tennis… Allez-vous violer sa liberté quand vous lui imposerez l’école obligatoire ? quand vous lui apprendrez à être propre ? à respecter les règles de politesse et de vie en commun ?… »

 

·         C’est une fausse conception de la liberté de croire qu’on pourrait choisir dans le vide. Ne rien proposer, c’est enfermer l’autre dans l’impuissance, dans le non-choix. Appeler quelqu’un librement, c’est lui donner les moyens de dire oui ou non, et respecter sa réponse.

 

* appeler-au-mariage-de-dinechin-olivier-de-885878209_ML appel dans Communauté spirituelleC’est ce que nous essayons de faire au caté lorsque nous demandons aux enfants d’écrire une lettre, très personnelle, au moment où ils sont appelés à faire leur 1° communion. Ce n’est pas automatique de faire sa 1° communion : c’est la réponse à un appel, qui fonde et garantit leur liberté. S’ils ne le veulent pas cette année, alors ce sera peut-être l’année prochaine, ou dans 15 ans… Dieu est patient ! Il est également tenace, voire têtu, et ne renonce pas facilement à appeler chacun à vivre davantage…

 

* C’est ce que nous essayons de faire avec les futurs mariés : il n’est pas rare que, grâce à la préparation sérieuse qui s’étale sur plusieurs mois (1 an en pratique), ils réfléchissent et découvrent d’eux-mêmes qu’ils ne sont pas prêts ou pas volontaires pour le sacrement de mariage. Librement, ils peuvent alors dire oui ou non à l’appel que leur lance l’Église pour être dans le mariage sacrements de l’amour de Dieu, avec tout ce que cela comporte.

 

·         Vous voyez : lancer des ricochets au bord de l’eau peut nous entraîner très très loin ! De visage en visage, d’appels en rencontres, de discussions en événements intérieurs, nous nous surprendrons nous-mêmes à voler de rive en rive.

Caillou lancé avec force et agilité, tournoyant sans cesse sur lui-même, chacun pourra non seulement ne pas se laisser engloutir par les flots à traverser, mais aller de l’avant, vers son avenir, vers lui-même, au-delà…

 

·         Que ces libres ricochets continuent de nourrir la pratique de l’appel en Église : appel pour devenir catéchiste, pour fleurir l’église, pour accompagner les familles en deuil etc… Si nous transmettons à d’autres cette invitation, c’est pour que nos paroisses, nos communautés  soient de plus en plus invitantes, à l’école même du Christ : « venez, et vous verrez »

 

1ère lecture : Vocation de Samuel (1S 3, 3b-10.19)

Lecture du premier livre de Samuel

Samuel couchait dans le temple du Seigneur, où se trouvait l’arche de Dieu. Le Seigneur appela Samuel, qui répondit : « Me voici ! » Il courut vers le prêtre Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je ne t’ai pas appelé. Retourne te coucher. » L’enfant alla se coucher. De nouveau, le Seigneur appela Samuel. Et Samuel se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Éli répondit : « Je ne t’ai pas appelé, mon fils. Retourne te coucher. » Samuel ne connaissait pas encore le Seigneur, et la parole du Seigneur ne lui avait pas encore été révélée.
Une troisième fois, le Seigneur appela Samuel. Celui-ci se leva. Il alla auprès d’Éli, et il dit : « Tu m’as appelé, me voici. » Alors Éli comprit que c’était le Seigneur qui appelait l’enfant, et il lui dit : « Retourne te coucher, et si l’on t’appelle, tu diras : ‘Parle, Seigneur, ton serviteur écoute.’ » Samuel retourna se coucher. Le Seigneur vint se placer près de lui et il appela comme les autres fois : « Samuel ! Samuel ! » et Samuel répondit : « Parle, ton serviteur écoute. »
Samuel grandit. Le Seigneur était avec lui, et aucune de ses paroles ne demeura sans effet.

Psaume : 39, 2abc.4ab, 7-8a, 8b-9, 10cd.11cd

R/ Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté.

D’un grand espoir j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi.
En ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.

Tu ne voulais ni offrande ni sacrifice,
tu as ouvert mes oreilles ;
tu ne demandais ni holocauste ni victime,
alors j’ai dit : « Voici, je viens. »

Dans le livre, est écrit pour moi
ce que tu veux que je fasse.
Mon Dieu, voilà ce que j’aime :
ta loi me tient aux entrailles.

Vois, je ne retiens pas mes lèvres,
Seigneur, tu le sais.
J’ai dit ton amour et ta vérité
à la grande assemblée.

2ème lecture : Notre corps appartient au Seigneur (1Co 6, 13b-15a.17-20)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
notre corps n’est pas fait pour la débauche, il est pour le Seigneur Jésus, et le Seigneur est pour le corps ; et Dieu, par sa puissance, a ressuscité le Seigneur et nous ressuscitera nous aussi. Ne le savez-vous pas ? Vos corps sont les membres du Christ. Quand on s’unit au Seigneur, cela ne fait qu’un seul esprit. Fuyez la débauche. Tous les péchés que l’homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais la débauche est un péché contre le corps lui-même.
Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l’Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur a payé le prix de votre rachat. Rendez donc gloire à Dieu dans votre corps.

Evangile : Vocation des trois premiers disciples (Jn 1, 35-42)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
En Jésus Christ, nous avons reconnu le Messie : par lui nous viennent grâce et vérité. Alléluia. (cf. Jn 1, 41.17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Jean Baptiste se trouvait avec deux de ses disciples. Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit :
« Voici l’Agneau de Dieu. »
Les deux disciples entendirent cette parole, et ils suivirent Jésus. Celui-ci se retourna, vit qu’ils le suivaient, et leur dit :
« Que cherchez-vous ? »
Ils lui répondirent : « Rabbi (c’est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? »
Il leur dit : « Venez, et vous verrez. »
Ils l’accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là.
C’était vers quatre heures du soir.
André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu Jean Baptiste et qui avaient suivi Jésus. Il trouve d’abord son frère Simon et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie (autrement dit : le Christ).
André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Képha » (ce qui veut dire : pierre).
Patrick BRAUD

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7 janvier 2015

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 00 min

Le plongeur de Dieu


Homélie du Baptême du Seigneur
Dimanche 11 Janvier 2014 – Année B

cf. également :

« Laisse faire » : éloge du non-agir

Le baptême du Christ : une histoire « sandaleuse »

« Laisse faire » : l’étrange libéralisme de Jésus

Lot de consolation

 

En cette froide et (enfin !) neigeuse saison d’hiver, transportons-nous par la pensée en plein été, au bord d’une immense piscine bleu lagon…

Souvenez-vous des jeux d’eau que l’on organise pour les enfants au bord de la piscine.

Un de ces jeux consiste à laisser tomber des billes au fond de la piscine, et les enfants doivent plonger pour aller les repêcher. Pour y arriver, ils plongent le plus profond possible, jusqu’à toucher le carrelage du fond, ramasser la bille, et remonter ensuite en donnant un vigoureux coup de pied contre le fond de la piscine.

 

Baptême du Christ : le plongeur de Dieu dans Communauté spirituelle 

C’est ce que l’Esprit fait faire à Jésus aujourd’hui dans le Jourdain.

Il lui donne assez de souffle pour plonger au plus profond de notre humanité, se ranger dans la file des pécheurs publics sans se noyer dans le péché. Il lui donne assez d’amour pour aller chercher et sauver ceux qui étaient perdus, comme le plongeur ramassant l’objet perdu au fond de l’eau…

Au sud du lac de Tibériade, l’endroit où Jésus est plongé dans le Jourdain n’est pas une belle piscine d’eau immaculée, mais le lieu où l’eau est la plus polluée par les villes du bord du lac, car tous les égouts y convergent. Dans son baptême, Jésus accepte donc de « faire les poubelles » de l’humanité, d’être compté parmi les pécheurs. Il descend au plus bas, au plus sordide. Il descendra même aux enfers, au séjour des morts, nous dit le Credo, pour que même les morts remontent à la surface dans le sillage de ce plongeur étonnant.

 

 cf. Yardén : le descendeur


Voilà – dès le début de l’évangile de Marc – de quoi nous révéler la véritable identité de Jésus.

- Parce qu’il est le Fils bien-aimé, il peut aller rejoindre ceux qui ne se croient plus des fils/filles.

- Parce qu’il est rempli d’Esprit (ruah = souffle en hébreu) Saint, il peut faire corps avec ceux qui sont à bout de souffle et désespèrent d’eux-mêmes.

- Parce qu’il est l’Homme en plénitude, il n’a pas peur de se ranger avec ceux qu’on ne considère plus comme des êtres humains (les silhouettes fantomatiques qui errent au milieu de nos poubelles pour y récupérer de quoi survivre…).

 

C’est pour sauver ceux qui étaient perdus que Jésus descend dans cette décharge publique, dans cette poubelle de l’humanité qu’était devenu le Jourdain à l’endroit du baptême de Jean. Pourquoi lui refuserais-je de descendre aujourd’hui dans ma déchetterie intérieure, dans ces zones d’ombre en moi, où moi-même je n’ose plus m’aventurer ?

C’est pour sauver ceux qui étaient perdus que le Christ n’a cessé toute sa vie d’aller au plus bas de la condition humaine : en accueillant les putains, les collabos, les mendiants, les samaritains (ces hérétiques), les païens (ces étrangers), les lépreux (ces impurs).
Descendant toujours plus bas, le Christ a fait corps avec l’homme abîmé, dégradé par le mal commis ou subit. Saint Paul dira : « Il a été fait péché pour nous » (2 Co 5,21). Dans le Jourdain, c’est ce qui se passe : il est identifié aux pécheurs.

Lui, le Saint de Dieu, se soumet à un rite destiné aux impurs !

 

Il nous révèle ainsi un Dieu à contre-courant de nos représentations morales instinctives.
Nous, nous aurions envoyé Jésus prêcher aux pécheurs, mais pas se mélanger avec eux !
imgscan-contrepoints-990.jpg-morale-811x1024 baptême dans Communauté spirituelleNous, nous aurions d’abord exigé de Zachée qu’il rende l’argent volé, de la femme adultère qu’elle regrette son infidélité, de la prostituée qu’elle arrête son commerce avant de verser des larmes sur les pieds de Jésus… Eh bien Jésus fait exactement l’inverse : il va rejoindre le pécheur, lui révèle qui est Dieu « riche en miséricorde » – et l’appelle après, en réponse, à ajuster sa vie au don gratuit qu’il vient de recevoir sans condition préalable.

« Le Dieu de Jésus-Christ n’est pas une récompense que la religion serait chargée d’accorder aux vertueux et de refuser aux pécheurs. »

« Le Dieu de Jésus Christ n’est pas une récompense pour le pécheur converti, qui semble au contraire être une récompense pour Dieu » (J. Pohier) selon les mots même de Jésus : « il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,7).

 


Dans le baptême de Jésus au Jourdain, comme dans son accueil fait aux pécheurs, vous avez un renversement formidable de la morale. La morale chrétienne n’est pas une morale de préalable : « fais ceci et alors tu seras proche de Dieu ». C’est une morale de réponse : « éprouve combien Dieu est proche de toi, puis alors ajuste ta vie en conséquence ».

La morale chrétienne ne fait pas de Dieu une récompense pour les justes, mais elle proclame que ceux qui étaient perdus sont la récompense pour Dieu qui va les rechercher, à la manière du plongeur ramassant l’agate coulée au fond de la piscine pour la sortir hors de l’eau…

 

Méditons là-dessus : le baptême du Christ dans le Jourdain nous invite à une morale de réponse et non de préalable.

Les conséquences dans le domaine de l’éducation des enfants, dans la gestion de la culpabilité, dans l’accueil des pécheurs d’aujourd’hui etc. sont incalculables…

 

 

1ère lecture : « Venez, voici de l’eau ! Écoutez, et vous vivrez » (Is 55, 1-11)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Ainsi parle le Seigneur :
Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m’engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j’en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef.  Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d’Israël, car il fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu’il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu’il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l’homme perfide, ses pensées ! Qu’il revienne vers le Seigneur  qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu  qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission

Cantique : (Is 12, 2, 4bcd, 5-6)

Voici le Dieu qui me sauve :
j’ai confiance, je n’ai plus de crainte.
Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ;
il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur,
proclamez son nom,
annoncez parmi les peuples ses hauts faits !
Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence,
et toute la terre le sait.
Jubilez, criez de joie, habitants de Sion,
car il est grand au milieu de toi, le Saint d’Israël !

2ème lecture : « L’Esprit, l’eau et le sang » (1 Jn 5, 1-9)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés,

celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ;  celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui. Voici comment nous reconnaissons  que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ;  et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu  est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit  que Jésus est le Fils de Dieu ? C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité. En effet, ils sont trois qui rendent témoignage, l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un. Nous acceptons bien le témoignage des hommes ; or, le témoignage de Dieu a plus de valeur, puisque le témoignage de Dieu,  c’est celui qu’il rend à son Fils.

– Parole du Seigneur.

Evangile : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Mc 1, 7-11)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Voyant Jésus venir à lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. » Alléluia.  (Jn 1, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, Jean le Baptiste proclamait : « Voici venir derrière moi  celui qui est plus fort que moi ;  je ne suis pas digne de m’abaisser  pour défaire la courroie de ses sandales.  Moi, je vous ai baptisés avec de l’eau ;  lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. »

En ces jours-là, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée,  et il fut baptisé par Jean dans le Jourdain.  Et aussitôt, en remontant de l’eau,  il vit les cieux se déchirer  et l’Esprit descendre sur lui comme une colombe.  Il y eut une voix venant des cieux : « Tu es mon Fils bien-aimé ;  en toi, je trouve ma joie. »
Patrick BRAUD

 

 

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