L'homelie du dimanche

11 septembre 2021

Quelle vision du monde ont les djihadistes ?

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Quelle vision du monde ont les djihadistes ?
Cf. également :
Les politiques devraient étudier la théologie musulmane

World Trade Center : les attentats du 11 septembre 2001Les djihadistes ne sont pas des fous. Ils ne sont pas non plus des loups solitaires. Les talibans non plus. Ils font partie d’un réseau de pensée plus ou moins diffus, ayant sa propre logique et sa propre stratégie.

20 ans après le 11 septembre 2001 et les milliers de morts de l’attentat des tours du World Trade Center, et alors que s’ouvre le procès des attentats de novembre 2015 à Paris, il n’est pas inutile de prendre du recul pour analyser les causes de ces actes si incompréhensibles pour des mentalités occidentales.

De manière synthétique, on peut distinguer au moins 4 types de causes à l’origine de ces attentats, dont la plus importante est sans doute la cause religieuse, difficile à intégrer pour des non-musulmans.

 

Causes sociales

L’islamisme prospère sur le terreau des inégalités, des injustices, de la précarité. Les talibans en Afghanistan avaient beau jeu de dénoncer la corruption des hommes de paille de Washington. Les Frères musulmans en Égypte ont su s’attirer la sympathie du peuple en palliant les graves lacunes de l’État dans l’aide sociale. Les partis islamistes au Maghreb ont capté la colère des pauvres contre les dirigeants corrompus et inefficaces.

En Occident, certains voudraient y voir l’origine majeure du djihadisme : ‘combattons la pauvreté, les inégalités – disent-ils – et nous verrons le djihadisme disparaître’. Or c’est méconnaître gravement le poids des autres facteurs.

 

Causes géopolitiques

L’islamisme peut séduire parce qu’il propose de renouer avec une grandeur passée (idéalisée) de l’islam. Ou lorsqu’il promet de prendre une revanche sur les ex-colonisateurs. Ou lorsqu’il laisse espérer une issue glorieuse pour l’islam aux conflits géopolitiques de ce siècle, perçus comme des guerres injustes menées par l’Occident : Iran, Irak, Afghanistan, Syrie, Libye, Mali etc. Le rêve d’un califat islamique ressuscité est un puissant moteur s’appuyant sur le désir d’une fierté musulmane retrouvée après les humiliations subies depuis la chute de l’empire ottoman. Les victoires militaires actuelles (Afghanistan) ou à venir (Mal) sont interprétées comme des signes de la véracité de la doctrine djihadiste, renouant avec l’expansion musulmane des premiers siècles après l’hégire : Allah valide nos combats par nos victoires.

 

Causes idéologiques

Après 1989 et la chute du Mur de Berlin, quelle autre alternative au capitalisme libéral triomphant ? Hormis le communisme chinois (dont on aurait tort de sous-estimer la puissance idéologique) ou l’autoritarisme indien façon Modi ou russe façon Poutine, quelle autre idéologie que l’islam peut prétendre incarner l’espérance des opprimés ? Il prend en cela le relais du communisme.

Autrefois, les extrémistes se réclamaient du marxisme pour contester la domination américaine : Mao, Che Guevara, Fidel Castro étaient les figures des combattants de la liberté, encourageant des jeunes du monde entier à prendre les armes. Aujourd’hui, ceux qui veulent un autre monde n’ont pas beaucoup de choix. Les jeunes occidentaux (surtout ceux des CSP+ en fait…) se tournent vers l’écologie pour protester et agir. Mais l’islam apparaît pour beaucoup la seule alternative crédible. L’islamisme ne fait qu’utiliser la violence pour hâter ce changement de société.

 

Causes religieuses

Cette idéologie révolutionnaire est avant tout – et essentiellement – religieuse. Ce qui la rend invisible et incompréhensible aux yeux des Européens encore imprégnés des Lumières plaçant la Raison au-dessus de la foi, et pétris de marxisme réduisant la religion à une superstructure. Les djihadistes sont les ultras d’un mode de pensée largement partagé  dans l’islam. Leur violence repose sur une vision du monde simple et claire (une WeltAnschauung, dirait Max Weber), avec une catégorisation que l’on peut schématiser ainsi :

La vision du monde des djihadistes

Les politiques européens devraient étudier la théologie musulmane ! Tant qu’on ne combat pas les racines idéologiques et religieuses du djihadisme, nous resterons impuissants et hébétés devant des actes dont la portée proprement religieuse nous échappe.

Cette vision du monde est portée par des courants théologiques, comme le wahhabisme, le salafisme, et s’appuie sur une lecture littérale du Coran. On aimerait que les autres courants de l’islam (chiisme, sunnisme, soufisme…) se prononcent nettement sur leur propre interprétation du Coran et la vision du monde qu’elle engendre : en quoi se démarquent-ils des djihadistes ? De leur réponse dépendra l’avenir de l’ensemble du Dar al-Islam : conflit de civilisations ou coexistence pacifique ?

 

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22 août 2021

Le pur et l’impur en christianisme

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Le pur et l’impur en christianisme

22° Dimanche du Temps Ordinaire / Année B
29/08/2021

Cf. également :

La coutume sans la vérité est une vieille erreur
Toucher les tsitsits de Jésus
Quel type de pratiquant êtes-vous ?
Signes extérieurs de religion
L’événement sera notre maître intérieur
De la santé au salut en passant par la foi

Le pur et l’impur en christianisme dans Communauté spirituelle 342472_0-674x405Un musulman qui se prépare entrer dans la mosquée sait-il qu’il reproduit le geste de Moïse devant le buisson ardent en enlevant ses chaussures ? Lui a-t-on appris qu’il reproduit les gestes des prêtres juifs (les cohens) lorsqu’il se lave les mains, les pieds et le visage avant d’entrer (cf. Dt 30, 147-21 ; 40, 30-32) ? Pourrait-il expliquer à un occidental que ces ablutions ne sont pas des règles d’hygiène, mais des rituels symboliques de pureté religieuse ?
Comme souvent, l’islam pratique un retour au judaïsme, en annulant la formidable libération que Jésus a pourtant formellement initiée en ne se lavant pas les mains avant de passer à table, et en défendant ses disciples qui s’affranchissaient comme lui de ces « traditions humaines » datées. L’Évangile de notre dimanche  (Mc 7, 1-23) est en effet très clair :
« En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur ».

Depuis cette parole fondatrice sur le pur et l’impur, les chrétiens n’ont plus à multiplier les gestes extérieurs de nettoyage, lavage, purification en tous genres qui étaient devenus envahissants, et stigmatisaient ceux qui ne les appliquaient pas scrupuleusement, ‘comme il faut le faire’, la plupart du temps sans savoir pourquoi il faut le faire ainsi (à part les savants).

 

Pourquoi se laver les mains avant de passer à table ?

Les mains propres ou Les ablutions des mains dans le judaïsmeSoyons justes : les pharisiens aimaient Dieu de tout leur cœur, et cherchaient ce qui correspondait le mieux à sa sainteté. L’intuition d’origine est belle : sanctifier chaque moment de la vie quotidienne en y apposant le sceau de la foi en YHWH grâce à des gestes simples et concrets qui permettent de rester dans l’Alliance avec Lui. On a déjà évoqué par exemple la richesse symbolique des tsitsits, ces franges portées en permanence la journée par les hommes à leurs vêtements pour ne pas perdre de vue les 613 commandements de la Torah. Il suffit de lire le Lévitique, le livre des Nombres et le Deutéronome pour accumuler un nombre impressionnant de prescriptions à observer pour sacrifier un animal, pour faire la prière, pour ne pas manger n’importe quelle viande n’importe comment, pour se purifier le matin, le soir, avant ou après avoir fait telle chose, touché tel objet etc.

La Loi mosaïque expliquait ce qui pouvait rendre impur, notamment les écoulements corporels (règles, sperme etc. cf. Lv 15), la lèpre (Lv 13) ou le contact avec les cadavres d’humains ou d’animaux (Nb 19,13-16). Elle donnait aussi des instructions sur la façon de se purifier : en faisant des sacrifices, en se lavant ou en faisant des aspersions (Lv 11-15 ; Nb 19) etc. Les rabbins interprétaient chaque détail de ces lois. Un ouvrage rapporte que chaque cause d’impureté était soumise à un examen : quelles circonstances pouvaient entraîner l’impureté, comment et dans quelle mesure elle pouvait se transmettre à d’autres, quels ustensiles ou objets étaient susceptibles ou pas de devenir impurs et enfin, par quels moyens ou rites il fallait se purifier. Ils se livraient à de grandes discussions pour décider quel récipient devait être utilisé pour ce rituel, quel type d’eau convenait, qui devait la verser et quelle surface des mains devait être couverte par l’eau. Les sages d’Israël réfléchissant sur toutes ses obligations très concrètes, y ont vu un sens caché plus important encore. Pour le lavage des mains qui nous occupe ce dimanche, laissons une tradition juive nous en développer une signification symbolique :

 ablution dans Communauté spirituelle« Néanmoins, des différences existent également. La première est la façon de verser l’eau. Le matin, au lever, on se lave trois fois chaque main, en alternance. On prend le récipient de la main droite, on le fait passer dans la main gauche, on verse de l’eau sur la main droite, puis sur la gauche. On refait, au total, trois fois ce même geste. Avant le repas, on lave aussi trois fois chaque main, mais sans alternance. On prend alors le récipient dans la main droite, on le passe dans la main gauche, on lave la main droite trois fois de suite, puis trois fois la gauche. Pendant que les mains sont encore mouillées, l’une est frottée contre l’autre. Enfin, on lève les deux mains et l’on dit la bénédiction.

L’élévation des sentiments est possible de deux façons. La première, le lavage des mains du matin, a pour but de se défaire de l’esprit d’impureté qui découle de l’obscurité, inhérente aux comportements du monde. Les mains sont alors lavées par alternance, étape par étape. L’élévation est progressive et concerne, tour à tour, chaque sentiment, jusqu’à ce qu’elles parviennent toutes à la perfection.

La seconde façon est le lavage des mains qui précède le repas. Celui-ci est réalisé d’un seul trait, car il n’a pas pour but de se libérer du mal, mais plutôt de sanctifier les émotions. L’ordre établi doit alors être respecté. Puis, on frotte les mains l’une contre l’autre, afin de souligner l’interdépendance des sentiments, car, dans le domaine de la sainteté, toutes doivent être parfaitement unies. C’est, par exemple, le cas de l’amour et de la crainte. N’avoir que l’une ou l’autre est insuffisant. Toutes à la fois doivent être gouvernées par la compréhension. Dès lors, elles s’unissent et agissent conjointement pour concourir au meilleur résultat. C’est de cette façon que l’homme parvient à la perfection » [1].

On le voit : le lavage des mains n’a rien d’une règle d’hygiène !

Ignace Semmelweis: l'homme qui avait compris l'importance pour les médecins de SE LAVER LES MAINSRappelons d’ailleurs que ce n’est qu’au XIX° siècle qu’on a mis en évidence le rôle prophylactique du lavage des mains. On le doit à Ignace Philippe Semmelweis, médecin obstétricien hongrois. Il démontra l’utilité du lavage des mains après la dissection d’un cadavre, avant d’effectuer un accouchement. Il démontra également que le lavage des mains diminuait le nombre des décès causés par la fièvre puerpérale des femmes après l’accouchement. Jusqu’alors les médecins accoucheurs essayaient en vain de comprendre d’où venaient les fièvres puerpérales en faisant de nombreuses autopsies. Ce fut un coup terrible pour ceux qui furent finalement convaincus par les idées de Semmelweis : il s’avérait qu’eux-mêmes transmettaient involontairement la maladie.

Les occidentaux très matérialistes voudraient ramener les ablutions rituelles et interdits alimentaires juifs ou musulmans à de simples précautions sanitaires (inconnues de l‘époque). On ne mange pas de porc à l’époque – disent-ils – pour des raisons de mauvaise conservation de la viande et de risques de contamination. Mais alors, pourquoi interdire le lapin ou le homard ? l’escargot ou le chameau ? le mélange du lait et de la viande ? En fait, le principe de la cacherout n’est pas hygiénique mais théologique : respecter la séparation entre les ordres du vivant, car Dieu crée par séparation (cf. le livre de la Genèse). Les animaux qui transgressent cette séparation sont impurs, car ils contribuent en quelque sorte à la dé-création du monde en ne respectant pas les différences. Ainsi ceux qui ont le sabot fendu mais qui ne sont pas des ruminants alors qu’ils devraient l’être (Lv 11,28) : le porc, le chameau… ou les poissons sans écailles : mollusques, anguilles etc.

On retrouve ici le sens du mot saint, kaddosh en hébreu, qui veut dire séparé. Être saint, c’est être séparé des autres qui ne le sont pas. D’ailleurs les pharisiens eux-mêmes se voulaient séparés, selon l’étymologie de leur nom. Et leurs successeurs actuels, les ultra religieux hassidim, se regroupent dans des quartiers à part à Jérusalem car le contact avec les autres – impurs – pourrait les souiller.

Les rites d’ablution sont une frontière qui sépare le pur de l’impur, les saints des pécheurs, et fait passer du profane au sacré. La contestation par Jésus de la pureté légale est cohérente avec sa critique radicale du sacré par séparation. Dans la foi chrétienne, rien n’est sacré parce que tout est à consacrer.

 

Jésus abolit la frontière entre pur et impur, sacré et profane

acceptation-des-migrants-avec-la-fronti%C3%A8re-ouverte-60281094 ipmpuretéJésus a contesté radicalement cette conception de la sainteté par la seule séparation, pour la compléter par l’indispensable communion. Lui, le Saint de Dieu, est venu faire corps avec les pécheurs, depuis le baptême du Jourdain au milieu de la file des pénitents jusqu’au supplice de la croix faisant de lui un criminel et un maudit. Pour Jésus, être saint n’est pas être séparé mais être avec, en communion. C’est la sainteté d’amour de la Trinité, communion des Trois Personnes divines, à laquelle il nous offre de participer gratuitement.

Pour en revenir au lavage des mains avant le repas, le souci n’est donc pas hygiénique mais symbolique. À tel point que les sages d’Israël préconisent de se laver les ongles et les mains s’ils sont sales avant de pratiquer le rituel de l’ablution à table ! Il faut avoir les mains propres pour pouvoir faire l’ablution rituelle. C’est donc que le but de l’ablution n’est pas sanitaire, mais religieux. La tradition juive citée plus haut l’interprète en termes de modération des sentiments (dont l’appétit à table est une figure) grâce à l’intelligence, à la raison qui doivent tempérer l’avidité des désirs et des sentiments.

Les passages de l’Écriture qui font allusion à un lavage des mains l’interprètent en termes d’innocence : « Tous les anciens de cette ville qui se sont approchés de la victime se laveront les mains au-dessus de la génisse dont la nuque a été brisée dans le torrent. Et ils déclareront : ‘Nos mains n’ont pas répandu le sang de cet homme’… » (Dt 21, 6 9). Un psaume mentionne ce geste pour aller à l’autel : « Je lave mes mains en signe d’innocence pour approcher de ton autel, Seigneur » (Ps 26, 6). Depuis la destruction du Temple de Jérusalem, la table familiale est considérée comme le petit autel de substitution, si bien que les rites du Temple ont été transposés dans l’univers familial juif. Pilate refera devant la foule juive ce geste si parlant pour elle, afin de témoigner de son innocence : « Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien, sinon à augmenter le tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, en disant : ‘Je suis innocent du sang de cet homme : cela vous regarde !’ » (Mt 27, 24)

L’univers musulman n’a fait que reprendre les traditions juives bien connue du temps de Mahomet. Mais l’islam, en tant que judaïsme universel, annule hélas au passage la révolution que Jésus a accomplie entretemps  sur le pur et l’impur…

 

Que conclure de tout cela pour nous aujourd’hui ?

D’abord que nous sommes libérés de l’obsession rituelle du pur ou de l’impur, de ce qui est péché ou non (comme le disent les musulmans) dans l’habillement, la cuisine, les aliments, les gestes soi-disant à faire ou à ne pas faire. Tout cela n’est que « traditions humaines », respectables certes à une époque donnée, mais obsolètes à l’époque d’après ! On peut très bien se laver les mains avant de passer à table par souci hygiénique. Mais on peut très bien également ne pas se les laver (si elles sont déjà propres) avant de passer à table, et cela ne nous rend pas impurs pour autant !

775PASS35 islamL’enseignement le plus important de Jésus n’est pas cette relativisation des coutumes trop humaines, mais l’attention qu’il nous invite à porter sur l’intérieur de nous-même, plutôt que sur l’extérieur (les choses à faire ou ne pas faire). « Rien de ce qui sort de l’homme ne le rend impur. C’est de l’intérieur… » Cette déclaration reste révolutionnaire, pour toutes les mentalités religieuses attachées aux rites, aux ablutions, aux interdits alimentaires etc. Nous ne sommes pas des fétichistes de la pureté ! L’impureté n’est pas dans la viande de porc, mais lorsque l’homme se conduit comme un porc. Elle n’est pas dans des mains sales à table, mais dans des gens qui se salissent les mains par la corruption, la cupidité, la malhonnêteté, les activités mafieuses etc. Jésus s’appuyait sur Isaïe pour rappeler que rien ne sert d’honorer Dieu par gestes extérieurs si l’intérieur n’est pas d’abord tourné vers lui : « Ce peuple s’approche de moi en me glorifiant de la bouche et des lèvres, alors que son cœur est loin de moi, parce que la crainte qu’ils ont de moi n’est que précepte enseigné par les hommes » (Is 29, 13). Jacques rappelle cette exigence de la conversion intérieure et non pas extérieure : « Approchez-vous de Dieu, et lui s’approchera de vous. Pécheurs, enlevez la souillure de vos mains ; esprits doubles, purifiez vos cœurs » (Jc 4, 8).

Voilà pourquoi nous sommes libérés des prescriptions juives et musulmanes sur la nourriture (cacherout, halal), sur les vêtements (kippa, voile), sur la pureté rituelle (ablutions).

Pas besoin de se déchausser, ni de se laver les mains, le visage ou les pieds pour entrer dans l’église : il vaut mieux laver son cœur (c’est le rôle du rite pénitentiels au début de la messe), purifier sa relation à autrui (c’est le sens du geste de paix), et communier à l’unique sainteté de Dieu (c’est le rôle de la communion eucharistique) au lieu de vouloir se séparer des pécheurs (que nous sommes !).

Le christianisme n’est pas une religion du pur et de l’impur, à la différence du judaïsme et de l’islam (et de bien d’autres). Nous prônons la communion et non la séparation. Cherchons à transformer ce qui sort de notre bouche, notre cœur, notre intelligence, et non à adopter des habits, une nourriture ou des pratiques rituelles n’agissant que sur l’extérieur, magique et fétichiste.

Rien de ce qui entre dans l’homme ne peut le rendre impur. C’est de l’intérieur de nous-mêmes que sort ce qui peut nous rendre impur.

Où en suis-je de mon propre rapport au pur et à l’impur ?

 


 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne… vous garderez les commandements du Seigneur » (Dt 4, 1-2.6-8)

Lecture du livre du Deutéronome

Moïse disait au peuple : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne, et vous n’y enlèverez rien, mais vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quand ceux-ci entendront parler de tous ces décrets, ils s’écrieront : ‘Il n’y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation !’ Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation dont les décrets et les ordonnances soient aussi justes que toute cette Loi que je vous donne aujourd’hui ? »

PSAUME
(Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5)
R/ Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? (Ps 14, 1a)

Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son cœur.
Il met un frein à sa langue.

Il ne fait pas de tort à son frère
et n’outrage pas son prochain.
À ses yeux, le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du Seigneur.

Il ne reprend pas sa parole.
Il prête son argent sans intérêt,
n’accepte rien qui nuise à l’innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.

DEUXIÈME LECTURE
« Mettez la Parole en pratique » (Jc 1, 17-18.21b-22.27)

Lecture de la lettre de saint Jacques

Mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières, lui qui n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses. Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde.

 

ÉVANGILE
« Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes » (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)
Alléluia. Alléluia.Le Père a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Alléluia. (Jc 1, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres,mais son cœur est loin de moi.C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
 Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »
.Patrick Braud

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30 mai 2021

L’Alliance dans le sang

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

L’Alliance dans le sang

Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ / Année B
06/06/2021

Cf. également :

Les 4 présences eucharistiques
Bénir en tout temps en tout lieu
Les deux épiclèses eucharistiques
Les trois blancheurs
Comme une ancre jetée dans les cieux
Boire d’abord, vivre après, comprendre ensuite
De quoi l’eucharistie est-elle la madeleine ?
Donnez-leur vous-mêmes à manger
Impossibilités et raretés eucharistiques
Je suis ce que je mange
L’eucharistie selon Melchisédech
2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

L’Alliance dans le sang dans Communauté spirituelle rambouilletLa presse n’a guère souligné un aspect terrifiant du meurtre de Stéphanie Monfermé, l’officier de police assassinée le 23 avril dernier dans le commissariat de Rambouillet : son égorgement. Parler d’assassinat d’une policière était déjà suffisamment horrible ; pas besoin d’en rajouter. Pourtant, le fait que l’assassin ait utilisé un poignard et égorgé sa victime en citant le nom d’Allah comme on procède à un sacrifice rituel en islam ou à l’abattage d’un animal selon le rite halal fait immanquablement penser à un sacrifice religieux [1]. Circonstance aggravante : c’était un vendredi, jour de la prière, et le jour ne fut pas choisi au hasard. Et c’était pendant le mois du ramadan pendant lequel les djihadistes croient que leur soi-disant martyr les conduit  directement au paradis d’Allah.

Cette pratique d’égorgement nous est peu familière, depuis que le christianisme a aboli les sacrifices d’animaux en proclamant que le Christ est l’unique victime, rendant inutiles les sacrifices de la première Alliance. Et depuis la destruction du second Temple de Jérusalem en 70 après J.-C., les juifs ne pratiquent plus les sacrifices rituels qui lui étaient réservés, hormis peut-être le traditionnel agneau pascal, mais sans rites particuliers.

Or, nous redécouvrons avec l’abattage rituel que des religions pratiquent encore cet égorgement bestial en croyant obéir à Dieu (les animistes en Afrique, les musulmans partout dans le monde). Le Coran est clair sur ce point :

« Vous sont interdits la bête trouvée morte, le sang, la chair de porc, ce sur quoi on a invoqué un autre nom que celui de Dieu, la bête étouffée, la bête assommée ou morte d’une chute ou morte d’un coup de corne, et celle qu’une bête féroce a dévoré – sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit morte » (Sourate 5,3, La Table servie).

Abattage hallalLa tradition musulmane a fixé le déroulement de l’abattage rituel (dhabiha en arabe) pour qu’il soit certifié halal. Il faut tuer l’animal en respectant trois points essentiels :
- il faut qu’il soit conscient, donc non étourdi
- il faut qu’il soit égorgé de façon large jusqu’aux vertèbres cervicales
- il faut que l’animal soit tourné vers La Mecque et que soit prononcée par un musulman agréé la formule : “Bismillah  Allahou Akbar”.
Cette invocation du nom d’Allah au moment de l’égorgement est une obligation. Sans cette invocation, le rituel sacrificiel n’est pas « hallal ».
Cet égorgement ne peut pas être fait par un non musulman.
La saignée doit être réalisée par une personne, forcément musulmane, formée et habilitée par l’un des trois organismes agréés depuis les années 1990 par l’État : la Grande Mosquée de Paris, la Mosquée d’Évry et la Grande Mosquée de Lyon. Par ailleurs, la tête de l’animal abattu doit être tournée vers la Kaaba, la pierre sacrée de La Mecque, pendant qu’il se vide de son sang. Enfin, la viande halal ne doit avoir aucun contact avec des carcasses qui ne le seraient pas.

Dans la pratique, il est très difficile de savoir si ces rites sont respectés. Car l’État n’intervient à aucun moment dans le processus de certification de la viande halal, et n’exerce aucun contrôle sur l’abattage rituel. La certification est donc le fait d’une quarantaine d’organismes privés et indépendants des pouvoirs publics.

Selon des chiffres de la Direction générale de l’alimentation, dépendante du ministère de l’Agriculture, 30% du gros milliard de bêtes abattues en France le sont selon des rites religieux. Mais rapporté au tonnage, la proportion tombe à 14%. Cette différence s’explique par le fait que le mouton ou l’agneau, plus légers que le bœuf ou le veau, sont privilégiés par les clients musulmans ou juifs. Cette production reste pourtant supérieure à la demande. À en croire l’Interbev (association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes), qui regroupe tous les acteurs du secteur, la demande de viande halal dans l’Hexagone représente environ 7% de la consommation totale, auquel il faut ajouter 2,5% pour la demande de viande casher.

Notons au passage qu’il y a un enjeu économique important à ce contrôle par les mosquées. Une rémunération de 10 à 15 centimes d’euros le kilogramme de viande est prélevée au titre de la certification, au bénéfice des organismes certificateurs.

Il y a des débats éthiques – légitimes – sur la souffrance animale provoquée par cet égorgement sans anesthésie, sans étourdissement préalable. Pas sûr que le bien-être animal soit vraiment respecté dans ces coutumes d’un autre âge.

Un boucher montre à des écoliers comment sacrifier un animal pour l'Aïd el-Kebir, Le Caire, Egypte, le 11 novembre 2010.Le sang coule également à flots lors de la fête de l’Aïd (ou Tabaski), la « fête du mouton », lorsque ces animaux sont égorgés par centaines de milliers pour commémorer le remplacement d’Isaac (Ismaël en fait dans la version arrangée du Coran) par un bélier.

Et il (Abraham) dit:  » Moi, je pars vers mon Seigneur et Il me guidera. Seigneur, fais-moi don d’une (progéniture) d’entre les vertueux « .
Nous lui fîmes donc la bonne annonce d’un garçon (Ismaïl) longanime.
Puis quand celui-ci fut en âge de l’accompagner, (Abraham) dit:  » Ô mon fils, je me vois en songe en train de t’immoler Vois donc ce que tu en penses « .
(Ismaël) dit:  » Ô mon cher père, fais ce qui t’es commandé: tu me trouveras, s’il plaît à Allah, du nombre des endurants « .
Puis quand tous deux se furent soumis (à l’ordre d’Allah) et qu’il l’eut jeté sur le front, voilà que Nous l’appelâmes :  » Abraham ! Tu as confirmé la vision C’est ainsi que Nous récompensons les bienfaisants « .
C’était là certes, l’épreuve manifeste. Nous le rançonnâmes d’une immolation généreuse. Et Nous perpétuâmes son renom dans la postérité :  » Paix sur Abraham  » (Sourate 37, 99-109).

Le Christ a rendu inutile ce sacrifice sanglant en prenant sur lui la violence symbolique de ces anciens rites. Quelle régression spirituelle d’en revenir à des sacrifices d’animaux pour célébrer une alliance avec Dieu !

Le rite de la première Alliance que nous avons lu dans la première lecture (Ex 24, 3-8) est certes sanglant : Moïse asperge les 4 points de l’autel avec le sang des bêtes égorgées en l’honneur de HYWH. Dans la Bible, le sang c’est la vie, et la vie appartient à Dieu seul, qui en est le maître. L’homme ne peut donc pas prendre la part de sang qui ne lui revient pas :: en le laissant s’écouler hors de la bête sacrifiée, en le répandant sur l’autel, l’homme reconnaît ainsi symboliquement qu’il n’est pas le maître de la vie, et qu’à Dieu seul revient le titre de Créateur et Seigneur de tous les êtres vivants. Aucun souci hygiénique ou sanitaire dans ces pratiques qui sont avant tout religieuses.

image alliance dans Communauté spirituelleCe que Moïse accomplissait au désert avec le sang des animaux, ce que les prêtres juifs répétaient ensuite au Temple de Jérusalem, Jésus l’a accompli une fois pour toutes avec son propre sang, abolissant ainsi toutes les pratiques anciennes où égorger l’animal était supposé s’attirer les faveurs du divin. Parler de l’unique sacrifice du Christ, réalisé une fois pour toutes, non réitérable, est donc révolutionnaire : le vrai sacrifice dans l’eucharistie est de s’offrir soi-même, uni au Christ, et non d’offrir quelque chose d’extérieur à soi. L’eucharistie ne nous demande pas de tuer (un animal, un ennemi) pour être agréable à Dieu (que ce soit YHWH ou Allah), mais au contraire de donner notre vie pour ceux que nous aimons, et même pour ceux que nous n’aimons pas (nos ennemis).

La subversion du sacrifice est totale en christianisme : le sang de l’Alliance est celui du Christ, unique dans l’histoire humaine, et non celui d’animaux ou d’adversaires. Dans l’eucharistie, nous ne répétons pas cet unique sacrifice, accompli une fois pour toutes comme aime à le répéter cinq fois la Lettre aux Hébreux. Nous nous rendons contemporains de ce sacrifice, pour laisser le Christ nous unir à lui dans cette dépossession de lui-même, par amour, qui le conduit à la mort. « Afin que notre vie ne soit plus à nous-même, mais à lui qui est mort et ressuscité pour nous… », aime à dire la Prière eucharistique n° 4.

1409168298_99225_medium coranDepuis la croix, les sacrifices d’animaux nous paraissent à juste titre des rites régressifs et dangereux. De même que nous paraissent archaïques et obsolètes les interdits alimentaires de la cacherout et du halal, qui reposent sur une vision du monde périmée (le pur et l’impur, le permis et le défendu).

Respecter les autres croyants n’implique pas de supprimer le débat théologique ! Comment ne pas dénoncer le retour à ces pratiques d’un autre âge, qui enchaînent dans la peur et la soumission les enfants de Dieu appelés à la liberté, qui utilisent le sang des animaux comme ‘garantie’ de l’alliance ?

Célébrons donc l’eucharistie avec reconnaissance : nous n’avons plus à faire couler le sang des autres, mais à laisser celui du Christ nous unir à l’offrande de lui-même qu’il fait à son Père, dans la force de l’Esprit. Le sang sacramentel que nous buvons dans la coupe de la nouvelle Alliance est la subversion des anciens sacrifices païens, des sacrifices animistes ou musulmans d’aujourd’hui.

Notons au passage que cela devrait nous faire réfléchir sur l’utilisation de nos compagnons animaux, et notamment sur notre manière de les tuer pour nous nourrir…

Puisse la fête du Corps et du Sang du Christ nous faire voir autrement ce que conclure une alliance de sang signifie : donner sa vie par amour, et non prendre la vie des autres en instrumentalisant le Nom de Dieu, le plus manipulé de tous les noms en ce siècle…

 


[1]. La décapitation du professeur Samuel Paty le 16 octobre 2020 au nom d’Allah relevait d’une logique similaire.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Voici le sang de l’Alliance que le Seigneur a conclue avec vous » (Ex 24, 3-8)

Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et toutes ses ordonnances. Tout le peuple répondit d’une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. » Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur. Il se leva de bon matin et il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël. Puis il chargea quelques jeunes garçons parmi les fils d’Israël d’offrir des holocaustes, et d’immoler au Seigneur des taureaux en sacrifice de paix. Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des coupes ; puis il aspergea l’autel avec le reste du sang. Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. » Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »

PSAUME
(115 (116b), 12-13, 15-16ac, 17-18)

R/ J’élèverai la coupe du salut, j’invoquerai le nom du Seigneur.
ou : Alléluia ! (115, 13)

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

DEUXIÈME LECTURE
 Le sang du Christ purifiera notre conscience » (He 9, 11-15)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, le Christ est venu, grand prêtre des biens à venir. Par la tente plus grande et plus parfaite, celle qui n’est pas œuvre de mains humaines et n’appartient pas à cette création, il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang. De cette manière, il a obtenu une libération définitive. S’il est vrai qu’une simple aspersion avec le sang de boucs et de taureaux, et de la cendre de génisse, sanctifie ceux qui sont souillés, leur rendant la pureté de la chair, le sang du Christ fait bien davantage, car le Christ, poussé par l’Esprit éternel, s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans défaut ; son sang purifiera donc notre conscience des actes qui mènent à la mort, pour que nous puissions rendre un culte au Dieu vivant. Voilà pourquoi il est le médiateur d’une alliance nouvelle, d’un testament nouveau : puisque sa mort a permis le rachat des transgressions commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel jadis promis.

SÉQUENCE

« Lauda Sion » (ad libitum) () Sion, célèbre ton Sauveur, chante ton chef et ton pasteur par des hymnes et des chants. Tant que tu peux, tu dois oser, car il dépasse tes louanges, tu ne peux trop le louer. Le Pain vivant, le Pain de vie, il est aujourd’hui proposé comme objet de tes louanges. Au repas sacré de la Cène, il est bien vrai qu’il fut donné au groupe des douze frères. Louons-le à voix pleine et forte, que soit joyeuse et rayonnante l’allégresse de nos cœurs ! C’est en effet la journée solennelle où nous fêtons de ce banquet divin la première institution. À ce banquet du nouveau Roi, la Pâque de la Loi nouvelle met fin à la Pâque ancienne. L’ordre ancien le cède au nouveau, la réalité chasse l’ombre, et la lumière, la nuit. Ce que fit le Christ à la Cène, il ordonna qu’en sa mémoire nous le fassions après lui. Instruits par son précepte saint, nous consacrons le pain, le vin, en victime de salut. C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son corps, que le vin devient son sang. Ce qu’on ne peut comprendre et voir, notre foi ose l’affirmer, hors des lois de la nature. L’une et l’autre de ces espèces, qui ne sont que de purs signes, voilent un réel divin. Sa chair nourrit, son sang abreuve, mais le Christ tout entier demeure sous chacune des espèces. On le reçoit sans le briser, le rompre ni le diviser ; il est reçu tout entier. Qu’un seul ou mille communient, il se donne à l’un comme aux autres, il nourrit sans disparaître. Bons et mauvais le consomment, mais pour un sort bien différent, pour la vie ou pour la mort. Mort des pécheurs, vie pour les justes ; vois : ils prennent pareillement ; quel résultat différent ! Si l’on divise les espèces, n’hésite pas, mais souviens-toi qu’il est présent dans un fragment aussi bien que dans le tout. Le signe seul est partagé, le Christ n’est en rien divisé, ni sa taille ni son état n’ont en rien diminué. * Le voici, le pain des anges, il est le pain de l’homme en route, le vrai pain des enfants de Dieu, qu’on ne peut jeter aux chiens. D’avance il fut annoncé par Isaac en sacrifice, par l’agneau pascal immolé, par la manne de nos pères. Ô bon Pasteur, notre vrai pain, ô Jésus, aie pitié de nous, nourris-nous et protège-nous, fais-nous voir les biens éternels dans la terre des vivants. Toi qui sais tout et qui peux tout, toi qui sur terre nous nourris, conduis-nous au banquet du ciel et donne-nous ton héritage, en compagnie de tes saints. Amen.

ÉVANGILE
« Ceci est mon corps, ceci est mon sang » (Mc 14, 12-16.22-26) Alléluia. Alléluia. Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel, dit le Seigneur ; si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Alléluia. (Jn 6, 51)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? » Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le, et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?” Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque. Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. » Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
.Patrick Braud

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29 octobre 2020

Les politiques devraient étudier la théologie musulmane

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 20 h 51 min

Les politiques devraient étudier la théologie musulmane

·      L’assassin de Samuel Paty avait posté ce message de revendication sur Twitter juste après avoir décapité le professeur le 16/10/2020 :
 « Au nom d’Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux, (…) à Macron, le dirigeant des infidèles, j’ai exécuté un de tes chiens de l’enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant qu’on ne vous inflige un dur châtiment. »

·      Le jour choisi pour les assassinats de Nice (ce 29/10/2020) – Mawlid, fête de la naissance de Mahomet – n’est pas un hasard : « défendre » l’honneur du « prophète » le jour de son anniversaire est la marque d’une piété certaine (du moins dans la tête des islamistes, hélas)… Et l’assassin des trois victimes chrétiennes dans l’église de Nice ne cessait de répéter dans l’ambulance qui le menait à l’hôpital : « Allahou Akbar», « Allahou Akbar ». Il avait emporté un Coran avec lui.

Tant que les politiques ne regarderont pas les motivations proprement religieuses des terroristes, ils ne comprendront rien à la guerre dans laquelle nous sommes plongés. Car les motifs socio-économiques ne sont pas premiers (seule la gauche vaguement marxiste le croit encore), même s’ils comptent. Car les motifs géopolitiques (la droite aimerait diriger les débats vers là : immigration, choc des civilisations…) ne sont pas les plus importants, même s’ils comptent.

La vraie motivation des islamistes est religieuse.
Ils décapitent au nom d’Allah.
Ils récitent le Coran en allant au djihad.
Ils prient et se prosternent avant de poser des bombes.
Ils cherchent la vie éternelle, et acceptent joyeusement de faire mourir et de mourir à cause de cela, s’appuyant sur leur lecture du Coran, par exemple des versets suivants :

coranSourate 2, 193. Et combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’association (= polythéisme, christianisme) et que la religion soit entièrement à Allah seul.

Sourate 4,95. Ne sont pas égaux ceux des croyants qui restent chez eux – sauf ceux qui ont quelque infirmité – et ceux qui luttent corps et biens dans le sentier d’Allah. Allah donne à ceux qui luttent corps et biens un grade d’excellence sur ceux qui restent chez eux. Et à chacun Allah a promis la meilleure récompense; et Allah a mis les combattants au-dessus des non combattants en leur accordant une rétribution immense.   

Sourate 8,111. Certes, Allah a acheté des croyants, leurs personnes et leurs biens en échange du Paradis. Ils combattent dans le sentier d’Allah: ils tuent, et ils se font tuer. C’est une promesse authentique qu’Il a prise sur Lui-même dans la Thora, l’Évangile et le Coran.

Et Dieu sait qu’on trouve de tout dans le Coran, notamment tant de versets pour justifier des meurtres d’infidèles, des châtiments d’apostats, des guerres au nom d’Allah !


Il suffit de citer en vrac quelques versets dont on voit vite quels dégâts ils peuvent faire dans la tête de croyants zélés si on les interprète uniquement dans leur sens littéral. Par exemple :

Une synthèse des recherches scientifiques sur le Coran

 Sourate 4,89. Ils aimeraient vous voir mécréants, comme ils ont mécru: alors vous seriez tous égaux ! Ne prenez donc pas d’alliés parmi eux, jusqu’à ce qu’ils émigrent dans le sentier d’Allah. Mais s’ils tournent le dos, saisissez-les alors, et tuez-les où que vous les trouviez; et ne prenez parmi eux ni allié ni secoureur,  

Sourate 5.33. La récompense de ceux qui font la guerre contre Allah et Son messager, et qui s’efforcent de semer la corruption sur la terre, c’est qu’ils soient tués, ou crucifiés, ou que soient coupées leur main et leur jambe opposées, ou qu’ils soient expulsés du pays. Ce sera pour eux l’ignominie ici-bas; et dans l’au-delà, il y aura pour eux un énorme châtiment.

 Sourate 8,12. Et ton Seigneur révéla aux Anges: Je suis avec vous: affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les coeurs des mécréants. Frappez donc au-dessus des cous et frappez-les sur tous les bouts des doigts.  

 Sourate 8,17. Ce n’est pas vous qui les avez tués: mais c’est Allah qui les a tués. […]  

 Sourate 8,5. Après que les mois sacrés expirent, tuez les associateurs où que vous les trouviez. Capturez-les, assiégez-les et guettez-les dans toute embuscade. […]  

 Sourate 8,123. Ô vous qui croyez ! Combattez ceux des mécréants qui sont près de vous; et qu’ils trouvent de la dureté en vous. Et sachez qu’Allah est avec les pieux.

 Sourate 33.61. Ce sont des maudits. Où qu’on les trouve, ils seront pris et tués impitoyablement.

Le problème vient donc autant du Coran (des hadiths, de la Sira, de la charia) que des islamistes. Tant qu’il demeure la parole incréée de Dieu (qui aurait parlé arabe via Gabriel en direct à Mahomet), il est non critiquable, non interprétable (de même pour les autres textes de la tradition musulmane).

Si nous voulons lutter contre le terrorisme, il faut lire le Coran pour en débattre, l’étudier pour l’interpréter, le critiquer pour démasquer son instrumentalisation, et demander aux musulmans eux-mêmes quelle lecture ils font des versets dont se réclament les islamistes.

Tant qu’on reste extérieur au Coran, aux motifs proprement religieux des musulmans violents, on ne comprend rien à ce qui se passe en Turquie, au Yémen, au Cachemire, au Soudan, au Bangladesh, en Iran, en Irak… et chez nous.

Rémi Brague met les points sur les « i » [1] :

« Le christianisme est depuis le début de la part de l’islam l’objet d’une haine mêlée de mépris. Celui-ci est pour lui une religion dépassée, qui a trahi le message d’Issâ (Jésus), qui a trafiqué l’Évangile (au singulier) pour en effacer l’annonce de la venue de Mahomet, qui associe au Dieu unique deux créatures, par exemple Jésus et Marie.
Dans la cité musulmane d’autrefois, le christianisme, comme le judaïsme, était toléré tant que c’était dans l’intérêt de l’islam dominant. Les chrétiens y versaient un impôt spécial et devaient se soumettre à des règles destinées à les humilier (Coran, IX, 29) afin qu’ils comprennent qu’il serait dans leur avantage de passer à la religion « vraie ». […]

L’islamisme et l’islam sont en effet différents, mais j’y vois une différence de degré plus que de nature. L’islamisme est l’islam pressé, bruyant, brouillon ; l’islam est un islamisme patient, discret, méthodique. L’islam a pour but avoué, dès le début, non pas la conversion du monde entier, mais sa conquête – pas nécessairement militaire. Il cherche à établir des régimes dans lesquels une forme ou une autre de la loi islamique sera en vigueur, de sorte qu’en un second temps leurs sujets auront intérêt, à long terme, à se convertir.

Il y a dans les sources de l’islam, à savoir le Coran, les déclarations de Mahomet (Hadith), et la biographie officielle de celui-ci (Sira) un peu de tout, y compris pas mal de sucré. Mais il y a aussi du salé, tout ce qu’il faut pour légitimer l’usage de la pire violence. Mahomet savait pardonner à ceux qui, après l’avoir combattu, finissaient par accepter sa prétention au statut d’« envoyé de Dieu ». Mais il faisait assassiner, sans distinction d’âge ou de sexe, quiconque avait osé la nier, voire s’en moquer. Or le Coran dit du Prophète qu’il est « le bel exemple » (XXXIII, 21). À côté de quantité de musulmans pacifiques, on trouvera toujours des barbus pour s’en inspirer. »

Les politiques français sauront-ils s’intéresser au contenu et pas seulement à l’utilisation du Coran ? La laïcité à la française leur interdit apparemment d’étudier la parole religieuse de ceux qui se proclament nos ennemis : la guerre idéologique commence pourtant là ; et nous désertons.

Les célébrations de la Toussaint vont se dérouler sous haute surveillance, dans l’inquiétude. Qu’elles nous aident à répondre au mal par le bien, selon la parole de Paul :
« Bénissez ceux qui vous persécutent ; souhaitez-leur du bien, et non pas du mal. […]
Ne rendez à personne le mal pour le mal, appliquez-vous à bien agir aux yeux de tous les hommes.
Autant que possible, pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. » (Rm 12, 14 18)


[1]. Rémi Brague, « Que cela plaise ou non, la France est attaquée en tant que nation chrétienne », Le Figaro du 30/10/2020, p.20.

 

La croix, l'étoile de David et le croissant, symboles des trois religions monothéistes, le christianisme, le judaïsme et l'islam

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