L'homelie du dimanche

13 février 2010

Aux arbres, citoyens !

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Aux arbres, citoyens !


Homélie du
  4° Dimanche du temps ordinaire / Année C
31/01/10

 

Avez-vous été voir le film est « Invictus » de Clint Eastwood ?

Il raconte la réconciliation que Nelson Mandela a voulu mettre en oeuvre – notamment grâce au rugby ! – après l’apartheid en Afrique du Sud.

Pourtant, Mandela a pourri 27 ans (de 1962 à 1990) dans une prison du régime de l’apartheid ! L’un de ses gardes du corps dans le film s’étonne : « où va-t-il chercher la force de pardonner à ceux qui l’ont maintenu 27 ans en prison ? »

Où ? Dans sa foi chrétienne ! Nelson Mandela est cet arbre qui a traversé non pas une mais 27 années de sécheresse, apparemment perdu pour le monde entier. Son feuillage est resté vert et – grâce au rugby dans le film ! – il porte un fruit de réconciliation entre noirs et blancs.

 

L’homme et l’arbre se ressemblent.

À tel point que dans la Bible, l’arbre est devenu une métaphore du juste, comme dans notre première lecture et le dans le psaume.

Quels traits communs entre les deux ?

L’homme, comme l’arbre, est une ligne verticale tendue entre ciel et terre.

Tous deux sont solidement enracinés dans le sol – ne dit-on pas que sans racines l’homme est perdu ? – et en même temps leurs têtes veulent toucher les nuages.

Le tronc humain, les branches de sa généalogie, les fruits qu’il produit, jusqu’à l’écorce dont il s’entoure… : l’être humain a appris les mots de l’arbre pour se décrire lui-même…

 

« Tel l’arbre, l’homme prospère.

Tel un homme, l’arbre est coupé. 

Et j’ignore où j’ai été et où j’irai -

Tel un arbre des champs.

Quand un homme est-il comme un arbre des champs ? 

Tel l’arbre, il s’étire vers le ciel.

Comme l’homme, il brûle dans le feu.

Tel un arbre il a soif d’eau.

Tel l’homme, l’arbre a toujours soif. »
(Nathan Zach, poète israélien contemporain)

 

 

« La Tora compare les hommes aux arbres car, comme les humains, les arbres ont le pouvoir de grandir. Et comme les humains ont des enfants, les arbres donnent des fruits. Et quand un humain  souffre,  des cris de douleur sont entendus à travers le monde, donc quand un arbre est abattu, ses cris sont entendus dans le monde entier », écrivait un rabbin du 16° siècle.

 

Alors la Bible (qui emploie ce mot 180 fois environ) va pousser plus loin cette comparaison : « Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur, dont le Seigneur est l’espoir. Il sera comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant : il ne craint pas la chaleur quand elle vient, et son feuillage reste vert ; il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas de porter du fruit. » (Jr 17,6-8)

 

Le critère essentiel qui distingue le juste (l’arbre) du « mondain » (le buisson) est de savoir traverser la chaleur, et même une année de sécheresse, sans arrêter de porter du fruit ni d’avoir un feuillage vert.

 

Une année de sécheresse, ça peut arriver à tout le monde, à n’importe quel âge de la vie ! Après un coup dur économique, familial, de santé… L’année de sécheresse peut être également une période de sécheresse spirituelle, affective, professionnelle, où apparemment rien ne se passe.

Qu’est-ce qui permet de tenir dans ces fournaises-là ?

L’arbre de Jérémie ou du psaume 1 nous le dit : il faut étendre ses racines dans le courant d’eau fraîche qui coule là, tout près, un peu plus bas, pour un aller chercher hors de soi les sources qui vont compenser ce que la pluie ne veut plus donner.

S’appuyer sur Dieu d’abord, plus solide que tous les humains ; aller boire à sa parole, s’enraciner dans son amour ; ne pas compter que sur soi ou sur l’aide des autres « mortels » comme dit Jérémie, mais compter sur Dieu d’abord. Loin des calculs, des magouilles, des réseaux d’influence, des appuis humains trop humains?

 

L’homme et l’arbre se ressemblent tant que le peuple juif en a fait une fête : Tou Bichvat, « le nouvel an des arbres ». À l’occasion de Tou Bichvat, on se réunit en famille et le repas est essentiellement  composé de fruits : les 7 fruits d’Israël tels l’olive, la datte, le raisin, la figue, la grenade, etc? chaque consommation étant précédée de la bénédiction qui convient. C’est que le symbolisme de l’arbre est lié à la fécondité que la terre et chaque vie humaine doivent porter. On boit également 3 coupes de vin, fruit de la vigne.

 


C’est que le peuple juif lui aussi est tout entier comme un arbre : il est attaché à sa terre au point de dépérir hors d’elle ; appelé à porter du fruit pour le monde entier, obligé de s’enraciner en Dieu plus que dans les calculs politiques, planté au milieu du sable sans être du sable?

Israël vénère l’arbre comme sa propre image. Il en a planté de plus de 200 millions depuis 1948… ! Et au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, on plante un arbre pour chaque « juste parmi les nations » qui est reconnu  comme ayant sauvé des juifs pendant la Shoah.

« J’aime les arbres. J’aime leur patience, leur stabilité, leurs inlassables stratégies de survie, leur manière de s’enfouir pour résister à la durée, au froid, aux intempéries. J’aime les peuplements forestiers dans la complexité de leurs luttes et de leurs collaborations. L’arbre est un témoin fantastique de la vie. Alors que l’animal a choisi la mobilité, ce qui l’a forcé à développer des membres et une organisation cérébrale fort complexe, le végétal a opté pour la fixité, pour l’enracinement, pour l’ancrage. Et c’est à partir de ce point fixe que l’arbre poursuit son inlassable labeur. Il s’enfonce au ventre de la terre, il s’élance en haut. Il relie le ciel et la terre. Il étend ses bras pour la danse et le chant, donnant refuge et abri. Il jette sa semence à profusion, au printemps ou à l’automne, sous forme de mousse, de semences, de graines, de fruits, de glands. De proche en loin, la semence émigre, cherchant le milieu propice pour recommencer l’aventure.

S?urs et frères humains, ayez donc la patience des arbres. Et comme eux, aux soirs d’été, chantez dans le vent l’hymne d’action de grâces de toutes les créatures. Et de grâce, avant qu’il ne soit trop tard, levez-vous pour obtenir une gestion plus raisonnable de la forêt. » (André Beauchamp, théologien et environnementaliste canadien)

 

De l’arbre de vie de la Genèse à l’arbre de vie au milieu de la ville de l’Apocalypse, en passant par l’arbre de la Croix, les hommes devraient davantage aimer et soigner les arbres, pour s’en inspirer, pour leur ressembler.

Alors, même une année de sécheresse ne leur fera pas peur : « jamais son feuillage ne meurt » (Ps 1,3)

 

 

1ère lecture : Comme un arbre planté au bord des eaux  (Jr 17, 5-8)

Lecture du livre de Jérémie

Parole du Seigneur : Maudit soit l’homme qui met sa confiance dans un mortel,
qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son coeur se détourne du Seigneur.
Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur.
Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée et inhabitable.

Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur,
dont le Seigneur est l’espoir.
Il sera comme un arbre planté au bord des eaux, qui étend ses racines vers le courant :
il ne craint pas la chaleur quand elle vient, et son feuillage reste vert ;
il ne redoute pas une année de sécheresse, car elle ne l’empêche pas de porter du fruit.

 

Psaume : Ps 1, 1-6

R/ En Dieu, notre espérance,
en Dieu, notre joie !

Heureux est l’homme qui n’entre pas au conseil des méchants,
qui ne suit pas le chemin des pécheurs,
mais se plaît dans la loi du Seigneur
et murmure sa loi jour et nuit !

Il est comme un arbre planté près d’un ruisseau,
qui donne du fruit en son temps,
et jamais son feuillage ne meurt ;
tout ce qu’il entreprend réussira.

Tel n’est pas le sort des méchants.
Mais ils sont comme la paille balayée par le vent :
Le Seigneur connaît le chemin des justes,
mais le chemin des méchants se perdra.

 

2ème lecture : Résurrection des morts et résurrection du Christ (1Co 15, 12.16-20)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? Si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité.
Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi ne mène à rien, vous n’êtes pas libérés de vos péchés ;
et puis, ceux qui sont morts dans le Christ sont perdus.
Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes.
Mais non ! le Christ est ressuscité d’entre les morts, pour être parmi les morts le premier ressuscité.

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 6, 17.20-26)

Jésus descendit de la montagne avec les douze Apôtres et s’arrêta dans la plaine. Il y avait là un grand nombre de ses disciples, et une foule de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.
Regardant alors ses disciples, Jésus dit :
« Heureux, vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous !
Heureux, vous qui avez faim maintenant : vous serez rassasiés ! Heureux, vous qui pleurez maintenant : vous rirez !
Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous repoussent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme.
Ce jour-là, soyez heureux et sautez de joie, car votre récompense est grande dans le ciel : c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.

Mais malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation !

Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim ! Malheureux, vous qui riez maintenant : vous serez dans le deuil et vous pleurerez !
Malheureux êtes-vous quand tous les hommes disent du bien de vous : c’est ainsi que leurs pères traitaient les faux prophètes. »
Patrick BRAUD

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