L'homélie du dimanche (prochain)

21 juin 2026

Meublons notre chambre haute !

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Meublons notre chambre haute !

 

Homélie pour le 13° Dimanche du Temps ordinaire / Année A 

28/06/26 


Cf. également :

Je vis tranquille au milieu des miens
Honore ton père et ta mère
Aimer nos familles « à partir de la fin »
Construisons donc une chambre haute pour notre Élisée intérieur
Dieu est le plus court chemin d’un homme à un autre
Le jeu du qui-perd-gagne
Que signifie : prendre sa croix ?
Prendre sa croix
Prendre sa croix chaque jour

 

C’est le moment d’aller faire quelques achats à l’Ikea de Sunam !
Notre première lecture (2R 4,8–16) nous y invite : 
« Meublons notre chambre haute ! dans Communauté spirituelle 330px-Ashton-u-Lyne-IKEA1Faisons pour ce saint homme de Dieu une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer ». Et le mari de la Sunamite lui obéit : il trouve quelques planches, quelques tôles et meubles à l’Ikea du coin, avec ce qu’il faut pour construire et aménager l’intérieur de cette chambre haute.


Les rabbins – et les Pères de l’Église à leur suite – se sont régalés d’interprétations allégoriques de ce passage, nourrissant une lecture mystique sur l’élévation de l’âme. Parcourons en quelques-unes, en essayant d’actualiser leur portée pour nous aujourd’hui.

 

1. La chambre haute

Le mot hébreu עֲלִיָּה (‘aliyah) fait immédiatement penser à l’alya contemporaine des juifs effectuant leur retour en 49e37a7_1644075659653-000-f28eh chambre dans Communauté spirituelleIsraël. On dit qu’ils « font leur montée (alya) », car Jérusalem est vue comme la chambre haute (‘aliyah), à la fois géographiquement et spirituellement, qui sépare les juifs des autres peuples. Les « psaumes des montées » (Psaumes 120 à 134) accompagnaient la prière des pèlerins gravissant les chemins vers Jérusalem. 

À cause de l’antisémitisme grandissant en France et en Europe, le mouvement de l’alya s’intensifie hélas, après les départs massifs des populations juives des pays musulmans dans les années 50–70. La chambre haute est alors synonyme de protection pour Israël (c’est l’idée à l’origine du sionisme : un pays où la sécurité des juifs serait garantie). 

 

La tradition rabbinique voit dans l’accueil de la Sunamite l’exemple d’une charité concrète, active (l’hospitalité due à l’étranger) et également comme le respect de la vie conjugale (isoler le couple de l’étranger). En plus, cet accueil est désintéressé : la Sunamite ne demande rien pour elle (pas même la fécondité) et ne cherche pas les honneurs de la cour royale : elle désire seulement « vivre tranquille au milieu de son peuple », ce qui est la figure du juif ordinaire.

januarius_zick_elisee_invoquant_le_seigneur EliséeDans le traité Sanhedrin, le Talmud de Jérusalem utilise la Sunamite comme un modèle d’intercession, comparant l’unique mur construit par la femme de Sunam sur sa terrasse pour le prophète aux édifices spirituels érigés par les patriarches. « Rabbi Shmuel bar Nahman a dit : Il [Élisée] a levé les yeux vers le mur de la femme de Sunam, comme il est dit : Faisons-lui une petite chambre haute sur le mur et mettons-y un lit, une table, une chaise et une lampe. Il a dit devant Lui [Dieu] : Maître de tous les mondes, la femme de Sunam a fait un seul mur pour Élisée et Tu as ressuscité son fils. Mes ancêtres ont construit pour Toi toute cette gloire, à combien plus forte raison devrais-Tu épargner ma vie »

En effet, Élisée a ressuscité le fils de la Sunamite en le couchant sur ce lit de la chambre haute (1R 17,17-24) : « Élie répondit : “Donne-moi ton fils !” Il le prit des bras de sa mère, le porta dans sa chambre en haut de la maison et l’étendit sur son lit ». La chambre haute est ainsi le lieu de la résurrection promise aux enfants de Dieu. Les mystiques chrétiens diront que c’est dans ce lieu secret, au plus intime de l’âme, que Dieu nous engendre à la Vie…

 

Dans le Nouveau Testament, le mot grec utilisé pour désigner la chambre haute est hyperōon (περον). Dans la tradition chrétienne, elle est plus communément appelée le Cénacle (du latin cenaculum, qui dérive de cena, le repas). C’est dans une grande chambre haute, meublée et préparée, que Jésus célèbre son dernier repas avec les disciples, instituant l’Eucharistie (Mc 14,15 ; Lc 22,12). C’est ensuite la chambre de l’attente et de la prière (Ac 1,13-14) : après l’Ascension du Christ, les Apôtres, les femmes et Marie se rassemblent dans cette même chambre haute de Jérusalem pour prier dans l’attente de l’Esprit Saint. La chambre haute n’est plus seulement une retraite individuelle comme chez Élisée, elle devient le lieu de rassemblement fraternel de la communauté apostolique.

C’est encore dans ce lieu surélevé que survient le souffle du Saint-Esprit, donnant naissance à l’Église et l’envoyant en mission lors de la Pentecôte (Ac 2,1-2). L’Esprit Saint est donné en hauteur, mais pour descendre ensuite dans les rues et s’adresser à la foule de toutes les nations.

 

Les Pères de l’Église ont transposé l’élévation de la chambre sur la terrasse en allégorie de la vie spirituelle, et plus précisément de la contemplation. Bède le Vénérable (VI°-VII° siècles) écrivait : « La femme prépara une petite chambre sur le toit. Par cette chambre, nous comprenons la hauteur de la contemplation céleste qui doit être construite au-dessus de la maison terrestre de notre corps. En effet, celui qui désire accueillir le Verbe de Dieu ne doit pas s’attacher aux choses inférieures, mais doit élever son esprit au-dessus des passions de ce monde » (PL 91, col. 61-62).

 

La rencontre entre Élisée et la Sunamite devient l’annonce de la rencontre entre le Christ et l’Église (ou de l’âme pieuse). L’élévation mystique au-dessus du monde est la condition pour porter une vraie fécondité, reçue de Dieu, comme celle de la Sunamite, annonçant la fécondité de Marie et de l’Église.

La Sunamite ne se contente pas de donner un peu de pain au rez-de-chaussée ; elle bâtit une chambre en hauteur. Pour accueillir le Seigneur, nous devons nous aussi quitter le tumulte de nos préoccupations terrestres et élever notre esprit. C’est l’appel à la prière et au recueillement. Prendre le temps de l’oraison, c’est prendre le temps de laisser des activités qui peuvent être bonnes, très bonnes même, pour être avec Dieu, pour se laisser aimer. C’est un temps gratuit donné à Dieu. C’est pourquoi, il est important de changer de lieu pour faire oraison. 

 

Une spiritualité de la chambre haute au XXI° siècle ne nous demande pas de fuir le monde ou de nous retirer dans un désert. Au contraire, elle nous invite à aménager une « cellule intérieure » au cœur même de nos activités quotidiennes – au travail, en famille, avec nos amis ou dans nos engagements associatifs.

Construisons une chambre haute pour notre Élisée intérieur
Dans un univers professionnel souvent régi par la rentabilité et la performance, la chambre haute devient le lieu de la 
conscience et du repos moral. La réalisation concrète de ce sanctuaire intérieur serait par exemple prendre quelques secondes pour recentrer son attention avant une réunion difficile (le « lit » de la conscience). Ou refuser la course effrénée aux résultats pour privilégier la dignité humaine dans nos relations avec nos collègues et nos collaborateurs (le « siège » royal). Ou encore consacrer une pause à une respiration consciente et à une prière silencieuse, créant ainsi une « hauteur » spirituelle au-dessus du stress ou des conflits hiérarchiques.


En famille, la chambre haute fait du foyer un lieu d’accueil inconditionnel. La cellule familiale est le lieu où l’on s’accepte avec nos limites et nos fragilités, à l’image de la Sunamite qui accueille le prophète sans calcul. C’est par exemple aménager un espace ou un moment de gratuité (la « table » du partage). Cela se traduit par une écoute active sans écran ni téléphone (la « lampe » de l’attention à l’autre), en valorisant les moments simples du quotidien plutôt que la surconsommation ou la course aux activités. Il s’agit de voir dans chaque membre de sa famille un reflet de la présence divine, et d’accepter les « stérilités » (les épreuves, les difficultés de communication) comme des lieux que la grâce peut féconder.


Entre amis et dans les loisirs, la chambre haute symbolise la fraternité, et l’écoute spirituelle. Les relations amicales et les loisirs peuvent être le lieu où l’on dépose les masques et où l’on se repose : proposer des moments de rencontre où la conversation n’est pas superficielle mais où l’on ose une écoute profonde, pratiquer la gratuité dans le don de son temps, sans chercher un retour d’image ou une utilité immédiate etc.


Dans la vie associative et nos engagements sociétaux, la Sunamite nous appelle à agir sans recherche de gloire. Elle refuse les honneurs du roi avec la phrase : 
« J’habite tranquille au milieu de mon peuple ». La traduction concrète pour nous serait : s’’engager dans des associations ou des causes solidaires sans chercher à occuper le devant de la scène, mais en servant humblement là où le besoin se fait sentir, lutter contre le besoin de reconnaissance pour trouver la paix dans le travail accompli pour les autres etc.

 

Dans la tradition réformée, l’accent n’est pas mis sur une élévation mystique au-dessus du monde, mais sur la fidélité de Dieu au sein des épreuves quotidiennes du foyer. La souffrance de la stérilité est présentée de manière réaliste et empathique, comme une épreuve humaine concrète résolue par la grâce. Les commentateurs protestants font le parallèle avec l’hospitalité d’Abraham recevant les trois anges (Gn 18) : la pointe du message est alors la pratique en actes d’une foi désintéressée, l’accueil du don de Dieu (l’étranger de passage, la stérilité vaincue).

 

Quelle ‘chambre haute’ allez-vous construire prendre régulièrement de la hauteur par rapport aux événements de notre vie ?

 

2. Le mobilier de la chambre

Enlevons le prix et l’étiquette Ikea, et regardons chacun de ses meubles

 

– le lit, ou l’art du vrai repos en Dieu

L’importance du lit et du sommeil dans la piété juive est soulignée dans la prière du soir (Shema al HaMita – la prière avant le coucher) qui demande à Dieu de veiller sur le sommeil. « Rabbin Shimon a dit : Celui qui va se coucher prononce le Shema sur son lit, il est préservé des mauvais esprits. Car le lit est l’endroit où l’âme se repose et s’élève pour rendre compte de sa journée » (Talmud de Babylone, Traité Berakhot 5a).

 

Dans nos sociétés où l’efficacité et la performance sont reines, nous sommes souvent épuisés. Le premier meuble de la chambre haute est le lit, symbole du repos. Mais spirituellement, qu’est-ce que cela signifie ?

vue-dessus-femme-souriante-se-detendre-dormir-canape-maison_225067-100 intérioritéC’est l’invitation à faire confiance à Dieu plutôt que dans notre propre agitation. Le Psaume 127 nous le rappelle : « Dieu comble son bien-aimé quand il dort ». Le repos de la chambre haute, c’est ce temps de déconnexion, de respiration, où nous reconnaissons que nous ne sommes pas les maîtres de l’univers et où nous nous abandonnons avec confiance à la puissance de l’Esprit de Dieu travaillant en nous. À l’image du cultivateur qui reconnaît ne pas être à l’origine de la fécondité de la nature : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Mc 4,27).

Au quotidien, c’est par exemple savoir fermer les écrans le soir, faire le silence dans son esprit, et se rappeler que la grâce de Dieu nous précède et nous soutient, même lorsque nous dormons. 

 

Sur quel ‘lit’ allons-nous nous abandonner en confiance à l’œuvre de Dieu en nous ?

 

- La table, ou l’autel domestique

La table est considérée dans le Talmud comme un substitut à l’autel du Temple de Jérusalem (le Mizbeach). Nourrir les invités et partager le pain est l’une des plus hautes formes de Hesed (bonté aimante). « Tant qu’un homme vit, l’autel expie pour lui ; une fois qu’il est mort, ses œuvres d’hospitalité à sa table expient pour lui. Rabbi Yohanan et Rabbi Elazar ont dit tous deux : Quand un homme d’une bonne action s’assied et mange à sa table, la table elle-même expie pour lui » (Talmud de Babylone, Traité Berakhot 55a). Dresser la table, c’est donc offrir le sacrifice, transformant la maison en petit temple de Jérusalem et la table en autel le sacrifice de communion.

 

330px-Comunione_degli_apostoli%2C_cella_35Pour les chrétiens, la table est le lieu de la communion fraternelle, à tel point que la messe ne s’appelait pas la messe au début, mais « la fraction du pain » et « le repas du Seigneur ».

On sait que la commensalité (manger à la même table) a été l’un des sujets de conflit les plus épineux des premières communautés chrétiennes. Les juifs convertis au Christ ne voulaient toujours pas s’asseoir à la même table que les païens nouvellement baptisés, ces incirconcis qui auraient souillé leur nourriture (Ac 15) … On se souvient de l’engueulade célèbre de Paul à l’encontre de Pierre, le pointant du doigt pour n’avoir pas le courage de manger à la même table que les baptisés incirconcis (Ga 2,11-21). Les polémiques actuelles sur le halal, le casher, le cochon et le vin dans des banquets publics ou l’installation de fast-foods (‘Mister Poulet’) montrent à quel point les coutumes alimentaires peuvent être clivantes, et fortement identitaires. 

 

Installer une table dans notre chambre haute, c’est nous poser la question : 

De quoi, de qui est-ce que je me nourris ? Quels sont les nourritures que je reçois de Dieu ? Ceux que je prends sa présence, seul à seul ? Ou avec quels convives ?

 

– le siège, rappel de notre vocation royale

S’asseoir fait référence à l’étude de la Torah et à l’écoute des Sages. Dans la célèbre collecte de maximes Pirkei Avot (l’éthique des Pères), il est enjoint de s’asseoir « dans la poussière aux pieds des Sages » pour recevoir l’enseignement. « Yossi ben Yoezer de Tzereda a dit : Que ta maison soit un lieu de rassemblement pour les Sages ; assieds-toi dans la poussière de leurs pieds et bois leurs paroles avec soif » (Ch. 1, Michna 4). 

 

XIIe siècle - Le Christ en majestéDans la tradition chrétienne, le siège fera penser à la session du Christ à la droite du Père, dans la foulée de l’Ascension. Le siège est alors un trône, qui évoque la royauté du Christ et grâce à lui la vocation royale de tout baptisé. S’asseoir, manger à table dignement est le rituel qui a permis à Soljenitsyne de montrer comment rester humain dans l’enfer des goulags soviétiques (cf. Une journée d’Ivan Denissovitch). Manger une barquette de fast-food sur le pouce dans la rue est peut-être pratique, mais s’asseoir à table en présence de Dieu comme Élisée est la marque du croyant libre et résilient.

 

Quel est le ‘siège’ qui me permettrait de me poser ainsi en présence de Dieu pour me nourrir royalement de sa parole ?

 

– la lampe, ou l’éclairage de la Bible

La lampe représente la lumière de la Torah et le commandement (la Mitzvah) : « La Mitzvah est une lampe et la Torah est une lumière » (Pr 6,23). Le Talmud associe l’allumage de la ta-parole-est-une-lampe-a-mes-pieds-et-une-lumiere-sur-mon-sentier-psaumes-119105lumière à la paix dans le foyer (Shalom Bayit). « Rava a dit : La récompense de celui qui veille à allumer la lampe pour le Shabbat et pour le repos du foyer est qu’il aura des enfants qui seront des érudits de la Torah, car il est dit : Car le commandement est une lampe et la Torah est une lumière » (Talmud de Babylone, Traité Shabbat 23b). 


C’est à la lumière de la Parole de Dieu que je suis invité comme Élisée à relire ma vie en me retirant dans ma chambre haute intérieure. Déchiffrer les événements qui m’ont touché, interpréter les Écritures pour éclairer mes choix et décisions à venir, ne pas foncer tête baissée dans l’action mais réfléchir en lisant, étudiant, priant, en recevant la lumière d’un autre pôle que moi-même : la lampe de la chambre haute est l’appel au discernement intérieur, qui demande un travail long, laborieux, austère parfois.

 

Comment laisser les Écritures jouer ce rôle de ‘lampe’ pour m’éclairer dans ma vie ?

 

IMG_20190925_095135-1-1024x768« Faisons donc, mes frères, une chambre haute dans notre cœur. [...] 

La Sunamite prépara pour l’homme de Dieu un lit, une table, un siège et une lampe. 

Le lit est le repos de la conscience tranquille, où le Seigneur peut reposer ; 

la table est la nourriture spirituelle de l’Écriture ; 

le siège est l’enseignement qui redresse l’intelligence ; 

enfin, la lampe, c’est la lumière de la foi ».
(Césaire d’Arles, V°-VI° siècles, Sermon 12)

 

Voilà donc les quatre piliers de l’intériorité symbolisés à travers ce mobilier de la chambre haute du prophète Élisée. 

Répondons dès aujourd’hui à cet appel de Césaire d’Arles commentant notre première lecture !

 

 

LECTURES DE LA MESSE


PREMIÈRE LECTURE
« Celui qui s’arrête chez nous est un saint homme de Dieu » (2 R 4, 8-11.14-16a)


Lecture du deuxième livre des Rois
Un jour, le prophète Élisée passait à Sunam ; une femme riche de ce pays insista pour qu’il vienne manger chez elle. Depuis, chaque fois qu’il passait par là, il allait manger chez elle. Elle dit à son mari : « Écoute, je sais que celui qui s’arrête toujours chez nous est un saint homme de Dieu. Faisons-lui une petite chambre sur la terrasse ; nous y mettrons un lit, une table, un siège et une lampe, et quand il viendra chez nous, il pourra s’y retirer. »
Le jour où il revint, il se retira dans cette chambre pour y coucher. Puis il dit à son serviteur : « Que peut-on faire pour cette femme ? » Le serviteur répondit : « Hélas, elle n’a pas de fils, et son mari est âgé. » Élisée lui dit : « Appelle-la. » Le serviteur l’appela et elle se présenta à la porte. Élisée lui dit : « À cette même époque, au temps fixé pour la naissance, tu tiendras un fils dans tes bras. »


PSAUME
(Ps 88 (89), 2-3, 16-17, 18-19)
R/ Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante ! (Ps 88, 2a)


L’amour du Seigneur, sans fin je le chante ;
ta fidélité, je l’annonce d’âge en âge.
Je le dis : C’est un amour bâti pour toujours ;
ta fidélité est plus stable que les cieux.


Heureux le peuple qui connaît l’ovation !
Seigneur, il marche à la lumière de ta face ;
tout le jour, à ton nom il danse de joie,
fier de ton juste pouvoir.


Tu es sa force éclatante ;
ta grâce accroît notre vigueur.
Oui, notre roi est au Seigneur ;
notre bouclier, au Dieu saint d’Israël.


DEUXIÈME LECTURE
Unis, par le baptême, à la mort et à la résurrection du Christ (Rm 6, 3-4.8-11)


Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Frères, ne le savez-vous pas ? Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d’entre les morts. Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c’est au péché qu’il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c’est pour Dieu qu’il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.


ÉVANGILE
« Celui qui ne prend pas sa croix n’est pas digne de moi. Qui vous accueille m’accueille » (Mt 10, 37-42)
Alléluia. Alléluia. Descendance choisie, sacerdoce royal, nation sainte, annoncez les merveilles de Celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. Alléluia. (cf. 1 P 2, 9)


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres : « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi n’est pas digne de moi ; celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. Qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Qui vous accueille m’accueille ; et qui m’accueille accueille Celui qui m’a envoyé. Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète recevra une récompense de prophète ; qui accueille un homme juste en sa qualité de juste recevra une récompense de juste. Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d’eau fraîche, à l’un de ces petits en sa qualité de disciple, amen, je vous le dis : non, il ne perdra pas sa récompense. »
Patrick BRAUD

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28 mai 2023

Trinité : quelle sera votre porte d’entrée ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 30 min

Trinité : quelle sera votre porte d’entrée ?

Homélie pour le Dimanche de la fête de la Trinité / Année A
04/06/2023

Cf. également :
La structure trinitaire de l’eucharistie
La Trinité est notre programme social

Trinité économique, Trinité immanente
Les trois vertus trinitaires
Vivre de la Trinité en nous
La Trinité, icône de notre humanité
L’Esprit, vérité graduelle
Trinité : Distinguer pour mieux unir
Trinité : ne faire qu’un à plusieurs
Les bonheurs de Sophie
Trinité : au commencement est la relation
La Trinité en actes : le geste de paix
La Trinité et nous

Sur les chemins noirs
Sur les chemins noirs
Le film sorti en mars 2023 adapte à l’écran le roman éponyme de Sylvain Tesson, sorti en 2016. On y suit la marche en travers de la France d’un homme qui a vu sa vie basculer, littéralement, après une chute d’un balcon d’immeuble lors d’une soirée parisienne trop arrosée… Fracassé de partout, le corps en miettes, il voit également voler en éclats son couple, son mode de vie de bobo parisien gâté, superficiel et léger… Plusieurs mois de marche seront pour lui comme un reset informatique : il cherche à se retrouver lui-même en se perdant sur des chemins qui n’existent plus sur les cartes, les fameux chemins noirs qui pourtant permettent de traverser la France dans toute la splendeur de ses paysages sauvages.

On retrouve dans son livre nombre des motivations de ceux qui prennent la route pour marcher, dans une sorte de pèlerinage sans transcendance.
Sylvain Tesson voulait :
- réparer son corps fracturé en miettes. La marche serait une guérison.
- fuir le progrès technique envahissant, et retrouver la belle France loin des artifices
- surmonter le deuil de sa mère qui visiblement l’obsédait depuis longtemps
- redevenir libre, quitte à provoquer le départ de sa compagne d’avant
- écrire, écrire, jour après jour, comme les Pères Blancs en Afrique tenaient leur diaire en notant soigneusement les évènements et ce que cela leur s’inspirait
- refaire à l’envers l’itinéraire de sa vie (les flash-backs sont omniprésents), comme si la réparation du corps nourrissait la réparation de l’esprit
- partager un bout de route avec sa sœur, un ami, des inconnus croisés sur les chemins noirs pendant quelques jours…
Jean Dujardin est comme d’habitude formidable dans ce film. Le rythme en est très lent, rempli des méditations métaphysiques et philosophiques de l’auteur, un brin intello donc malgré les paysages superbes traversés (du Mercantour à La Hague). Il en bave, littéralement (crise d’épilepsie en route !), mais il s’accroche…

Ils sont des milliers comme Sylvain Tesson à marcher sur des chemins intérieurs inconnus, tout en se dirigeant vers Saint-Jacques-de-Compostelle, ou Rome ou Jérusalem, ou tout simplement le long des côtes et des forêts. Ils sont les vivants témoins d’une aspiration spirituelle que la vie artificielle des villes et leur confort ne peut combler. Ces aventuriers des profondeurs intimes n’iront pas forcément chercher du côté des grandes religions ou institutions officielles. Mais ils sont mus par un dynamisme plus grand qu’eux-mêmes. Dieu serait peut-être un trop gros mot pour eux, alors que la dimension spirituelle leur est familière. Liturgie, rituels, Églises ou Évangile ne sont pas dans leur référentiel, mais la contemplation, l’émotion devant l’harmonie du monde et la communion avec lui font bien partie de leur démarche.

En cette fête de la Trinité, célébrer le Dieu Un en trois personnes peut nous inviter à distinguer différents portes d’entrée dans le mystère. Qui pourrait prétendre le posséder tout entier ? Il faut bien cheminer vers l’au-delà de tout. Et l’entrée est différente pour chacun, comme les 12 portes de la Jérusalem céleste.

 

1. Entrer en Dieu par l’intériorité
Trinité 3 portes d'entrée Esprit
C’est la voie de Sylvain Tesson sur les chemins noirs du Mercantour au Cotentin. C’est sans doute la vision privilégiée pour bon nombre de nos contemporains en Europe. Lassés de la transcendance des pouvoirs autoritaires non démocratiques, méfiants envers les récupérations de toutes sortes, ils cherchent une réconciliation intérieure, une unité personnelle, une harmonie avec l’univers. L’hypersensibilité écologique actuelle - qui se traduit chez les jeunes par une surprenante éco-anxiété presque pathologique - remet à l’honneur des thèmes qui ont bien des résonances avec le patrimoine monastique, mystique et patristique chrétien. Ainsi la communion avec la nature, la continuité du vivant, le respect de toute forme d’existence, l’intuition d’un ordre naturel à préserver, la redécouverte d’une sobriété presque franciscaine etc.

Les discours souvent nébuleux des gourous en développement personnel et autres  techniques de bien-être reprennent sans le savoir des éléments de la spiritualité des Pères du désert, de la mystique rhénane, des béguines du Nord ou des grandes figures de l’aventure intérieure chrétienne (la nuit de la foi de Saint Jean de la Croix, le château de l’âme de Thérèse d’Avila, la petite voie de l’enfance de Thérèse de Lisieux, la sobriété heureuse de François d’Assise etc…).

Ces courant de quête intérieure ne signeraient pas forcément pour être appelés « spirituels ». Pourtant, c’est bien l’Esprit de Dieu qui suscite en eux inquiétude, soif d’absolu, désir d’unité et recherche d’harmonie. Car l’Esprit est l’unité des Trois, et la communion qu’il réalise entre le Père et le Fils est l’autre nom de l’harmonie dont ont soif les marcheurs sur les chemins noirs.

C’est le même Esprit qui affleure à la surface d’une émotion musicale, ou plus largement artistique. L’art a cette capacité de bouleverser les certitudes, de laisser transparaître l’infini, d’annoncer qu’il y a en l’homme et autour de lui de l’infiniment grand.

C’est l’Esprit encore qui est à l’œuvre dans la rationalité si pointue de nos technologies récentes. Les meilleurs physiciens vous le diront : les sciences du XXI° siècle réintroduisent de la liberté, de l’imprévisible, de l’étonnement et même de l’émerveillement devant le réel plus complexe que nos représentations, jouant à cache-cache avec nous comme Dieu avec Élie sur le mont Carmel.

Ajoutons que cette porte d’entrée en Dieu qu’est la spiritualité sous toutes ses formes a  l’immense mérite aujourd’hui d’être féminine. En effet, l’intériorité, la communion, le ‘care’, l’accueil au lieu de la prédation, tout cela relève d’une symbolique plutôt féminine. Et en hébreu, n’oublions jamais que l’Esprit est féminin : la « Ruah YHWH » – souffle divin – est répandue sur toute chair et informe la vie de Dieu en chacun.

Enfin, nul doute que l’évangélisation des immenses Inde et Chine devra mettre en avant cette porte d’entrée spirituelle : les sagesses millénaires de ces deux tiers de l’humanité sont comme des préparations évangéliques sur lesquelles planter, semer et récolter.

 

2. Entrer en Dieu par la fraternité
Trinité 3 portes d'entrée FilsCette porte d’entrée est plus familière aux générations de la deuxième moitié du siècle dernier. C’est celle des combats pour la justice sociale dans lesquels nous avons vu le Royaume de Dieu se rapprocher. C’est celle de la fraternité universelle, que la mondialisation libérale a trahie mais dont le rêve ne peut pas disparaître. C’est la voie royale de tous ceux que la figure historique du Christ éblouit par son audace, son humanité, son courage, sa vérité anthropologique. On espère toujours des prophètes pour notre temps, et les Évangiles n’ont rien perdu de cette force prophétique-là, capable de renverser les puissants de leur trône et d’élever les humbles. En Jésus de Nazareth, l’amour du prochain conduit à l’amour de Dieu et réciproquement.

La compassion sociale, les combats pour le logement, la santé, la dignité des plus pauvres etc. sont toujours portés à bout de bras par les innombrables associations chrétiennes. Même l’État-providence doit reconnaître que ce souci du vivre ensemble lui a en partie été légué par le christianisme, qui parle du sacrement du frère indissociable de celui de l’autel.

L’aspiration à la fraternité est universelle. Elle est le signe de notre vocation à nous retrouver tous en Christ : faire corps avec lui nous rend solidaires les uns des autres, et réciproquement.

Entrer en Dieu par la fraternité demeure le tapis rouge déroulé sous les pieds de ceux qui se battent pour l’homme, tout l’homme, tous les hommes.

 

3. Entrer en Dieu par la transcendance
Trinité 3 portes d'entrée PèreC’est la porte d’entrée traditionnelle des civilisations antiques. Fascinées par le soleil, la foudre ou la puissance vitale, les religions d’autrefois situaient les dieux au-dessus, dans un autre monde, plus grands que l’homme. Les monothéismes ont canalisé cette peur du sacré,  et le judaïsme a consacré Dieu comme le Tout-autre, l’ineffable, le plus grand que tout, celui dont on ne peut prononcer le nom : YHWH. L’islam a repris cette proclamation du Dieu unique, en l’appauvrissant quelque peu puisque l’Esprit de Dieu de la Genèse – la Ruah YHWH - n’est plus connue dans le Coran.

La grandeur de la Création, de l’esprit humain, les merveilles de l’infiniment grand comme de l’infiniment petit sont encore en Occident des voies d’initiation au divin. L’homme passe l’homme, disait Pascal : l’humanisme occidental n’en finit pas de s’émerveille de la grandeur de l’esprit humain. Et les scientifiques pointant leurs télescopes vers l’origine de l’univers  où explorant les interactions quantiques en ressortent troublés, interrogatifs : d’où vient la grandeur de ce qui nous entoure ?

Transcendance, altérité, différence : tous ceux qui sont sensibles à ces dimensions du vivant, du réel, ne sont pas loin de découvrir le Dieu-Père de la Bible, irréductible à toute projection humaine, si grand et pourtant si proche…

 

Trois accès à la déité
Ces 3 portes d’entrée conduisent, par des chemins différents, à expérimenter peu à peu la vie de Dieu, la vie en Dieu. Ce que les orthodoxes appellent la divinisation, selon la belle définition de Pierre : « de la sorte nous sont accordés les dons promis, si précieux et si grands, pour que, par eux, vous deveniez participants de la nature divine » (2P 1,4).

Au XIV° siècle, Maître Eckhart a proposé d’appeler déité ce fonds commun aux 3 personnes de la Trinité. La déité est la nature divine, faite de communion, d’amour, de relation, qui unit le Père et le Fils dans le baiser commun de l’Esprit [1]. La déité est la présence de Dieu en nous, qui nous permet de participer à la vie divine et de devenir un avec lui.

On peut risquer alors une schématisation d’ensemble des 3 accès à la déité évoqués plus haut :

Trinité 3 portes d'entrée

Bien sûr, il faudrait également explorer les interactions entre ces 3 chemins, car celui qui avance sur une de ces voies se rapproche nécessairement des deux autres. L’Esprit nous révèle le Père qui nous dévoile le Fils. Le Fils n’est rien sans son Père, et l’Esprit est commun aux deux etc.

Il nous suffit pour ce dimanche de méditer sur notre propre perception de la Trinité : à quelle dimension parmi les 3 suis-je le plus sensible ? Comment m’ouvrir aux deux autres ?
Et pour mes proches, ceux dont je suis responsable : quelle porte leur ouvrir ? Comment me mettre au service de leur chemin à eux vers Dieu, qui n’est pas le mien ?

 


[1]. En islam, la notion de déité est exprimée à travers le concept de tawhid, qui se traduit littéralement par « unicité » ou « unité ». Tawhid est considéré comme le fondement de la foi islamique, et il affirme que Dieu est un et unique, sans aucun associé ni égal. Ainsi, bien que le concept de déité ne soit pas explicitement utilisé en islam, le concept de tawhid exprime une notion similaire d’une réalité divine unique et absolue, qui est au-dessus de tout ce qui existe et qui est la source de toute création.

 


LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux » (Ex 34, 4b-6.8-9)

Lecture du livre de l’Exode
En ces jours-là, Moïse se leva de bon matin, et il gravit la montagne du Sinaï comme le Seigneur le lui avait ordonné. Il emportait les deux tables de pierre. Le Seigneur descendit dans la nuée et vint se placer là, auprès de Moïse. Il proclama son nom qui est : LE SEIGNEUR. Il passa devant Moïse et proclama : « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Aussitôt Moïse s’inclina jusqu’à terre et se prosterna. Il dit : « S’il est vrai, mon Seigneur, que j’ai trouvé grâce à tes yeux, daigne marcher au milieu de nous. Oui, c’est un peuple à la nuque raide ; mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu feras de nous ton héritage. »

CANTIQUE
(Dn 3, 52, 53, 54, 55, 56)
R/ À toi, louange et gloire éternellement ! (Dn 3, 52)

Béni sois-tu, Seigneur, Dieu de nos pères : R/
Béni soit le nom très saint de ta gloire : R/
Béni sois-tu dans ton saint temple de gloire : R/

Béni sois-tu sur le trône de ton règne : R/
Béni sois-tu, toi qui sondes les abîmes : R/
Toi qui sièges au-dessus des Kéroubim : R/
Béni sois-tu au firmament, dans le ciel, R/

DEUXIÈME LECTURE
« La grâce de Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit » (2 Co 13, 11-13)

Lecture de la deuxième lettre de saint Paul apôtre aux Corinthiens
Frères, soyez dans la joie, cherchez la perfection, encouragez-vous, soyez d’accord entre vous, vivez en paix, et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous. Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix. Tous les fidèles vous saluent.
Que la grâce du Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du Saint-Esprit soient avec vous tous.

ÉVANGILE
« Dieu a envoyé son Fils, pour que, par lui, le monde soit sauvé » (Jn 3, 16-18)
Alléluia. Alléluia. Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient ! Alléluia. (cf. Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé. Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Patrick BRAUD

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4 juin 2011

Le dialogue intérieur

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Le dialogue intérieur

 

Homélie du 7° Dimanche de Pâques    05/06/11

 

·      La force de cet homme, c’est qu’il semble habité par une relation d’échange continu avec un autre qui l’aime. Le courage de cet homme, qui va plonger dans sa Passion, il le puise dans un dialogue intérieur, qui visiblement le soutient et lui donne la force d’avancer.

 

Dans l’Évangile de Jean, c’est encore plus flagrant que dans les trois autres : Jésus n’est lui-même qu’en étant tendu vers un Autre que lui-même, avec qui il est profondément uni. D’où ces longs passages où Jésus parle à son Père. Il « lève les yeux » vers lui et lui dit en confiance sa joie, son désir, son attente.

Supprimez ce dialogue intérieur et Jésus s’effondre, incapable de rien faire par lui-même.

Il est celui qui incarne au plus haut point une relation vivante où l’autre fait tellement partie de soi qu’on se surprend à lui parler même en marchant, en travaillant, en se rasant le matin…

 

Ici, c’est à un moment particulièrement angoissant que ce dialogue se fait intense : Jésus serait qu’il va « passer » de ce monde à son Père (Jn 17). Il parle longuement à celui qui est la source et le terme de sa trajectoire humaine. Il s’appuie sur ce dialogue intérieur pour confier ceux qu’il aime, pour ne pas perdre courage, pour aller jusqu’au bout : « je viens vers toi » (Jn 17,11).

 

·      D »ailleurs, que faisons-nous à l’eucharistie, pendant ce long moment solennel où les prêtres semblent absorbés par la prière eucharistique ? Avez-vous déjà réalisé qu’en fait, c’est à un long dialogue de Jésus avec son Père dans lequel nous sommes ainsi introduits ? La prière eucharistique s’adresse au Père, à travers ce que le Fils a fait ou fait pour nous.

Le lien d’unité qu’est l’Esprit Saint, lien vivant unissant les deux, nous unit alors au Christ pour entrer à travers lui dans l’intimité de ce dialogue trinitaire.

 

L’eucharistie est une initiation au dialogue intérieur…

 

Le Christ nous associe à la conversation qu’il entretient avec son Père. D’où cet « admirable commerce » eucharistique, où l’échange amical et aimant divinise ceux qui s’y laissent introduire.

 

·      Où en sommes-nous de notre « dialogue intérieur » ?

Acceptons-nous de laisser le silence, la solitude nous décoller de notre immédiat pour nous  situer en face d’un autre ? Si nous sommes toujours le nez dans le guidon, rivés à nos objectifs à court terme, envahis par les bruits du monde, nous risquons d’étouffer cette capacité de trouver en nous un partenaire « plus intime à nous-mêmes que nous-mêmes ».

 

Évidemment, des circonstances dramatiques obligent parfois à cette plongée en soi : une chimiothérapie longue avec tant de passages à vide, un divorce qui n’en finit pas, une période de chômage désespérante… D’ailleurs dans ces situations le dialogue intérieur prend plutôt la forme d’une révolte, d’une colère, d’une accusation devant tant d’injustice et d’insignifiance, ou d’un silence résigné… Mais le simple fait de dire tout cela à quelqu’un, au lieu de le garder pour soi, est salutaire.

 

En ce sens, prier peut être ne rien dire, mais le dire à quelqu’un.

 

Se tenir devant l’autre intérieur, que ce soit pour l’accuser, se réjouir, le bénir ou rester muet en face de lui, c’est déjà un dialogue intérieur qui ouvrira bien des portes.

 

Jésus est habitué à cette échange de souffle entre lui et son Père : que ce soit devant le tombeau de Lazare pour le remercier à l’avance, à Gethsémani pour transpirer son angoisse, ou ici en Jn 17 pour confier ceux qu’il aime au moment de partir.

Ce dialogue intérieur est comme une basse continue qui constitue l’identité la plus vraie de cet homme étonnant. À tel point qu’en l’appelant Christ, ses amis reconnaissent en lui l’image du Père, le partenaire privilégié d’une relation de dialogue unique, grâce à l’Esprit qui les unit.

 

Dans l’eucharistie, Jésus nous fait entrer dans ce dialogue continu qui l’alimente.

 

Dans le Notre Père, il nous tourne avec lui et en lui vers la source ultime. Jésus ne conduit pas à lui-même : il oriente vers l’Autre avec lequel il ne fait qu’un.

 

·      Voilà donc l’enjeu du dialogue intérieur : nous maintenir perpétuellement en état d’accueillir ce que Dieu nous donne ; exprimer le désir qui nous anime.

 

C’est peut-être cela la prière perpétuelle à laquelle aspirait Paul, les ermites du désert et les Pères de l’Église : tout faire sans interrompre jamais notre dialogue intérieur.

Faire 300 km en voiture, se laver les dents le matin, saluer le voisin, goûter une musique qui convient à notre âme, savourer un beau paysage, déguster un bon vin, un moment d’amitié? [1] : soignons notre dialogue intérieur !

 


[1]Les bénédictions juives expriment très bien ce désir de parler à Dieu en toutes circonstances : bénir Dieu à l’occasion d’un repas, d’un voyage, d’une visite, et même des toilettes (oui, il existe une bénédiction juive pour ce moment-là aussi, car rien de ce qui est créé ne peut être exclu du dialogue intérieur !).

1ère lecture : Les disciples réunis dans la prière après l’Ascension (Ac 1, 12-14)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Les Apôtres, après avoir vu Jésus s’en aller vers le ciel, retournèrent du mont des Oliviers à Jérusalem, qui n’est pas loin. (La distance ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.)
Arrivés dans la ville, ils montèrent à l’étage de la maison ; c’est là qu’ils se tenaient tous : Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, arthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques.
D’un seul coeur, ils participaient fidèlement à la prière, avec quelques femmes dont Marie, mère de Jésus, et avec ses frères.

Psaume : Ps 26, 1, 4abcd, 7-8

R/ Oui, nous verrons la bonté de Dieu sur la terre des vivants

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ;
de qui aurais-je crainte ?
Le Seigneur est le rempart de ma vie ;
devant qui tremblerais-je ? 

J’ai demandé une chose au Seigneur, 
la seule que je cherche : 
habiter la maison du Seigneur 
tous les jours de ma vie.

Écoute, Seigneur, je t’appelle ! 
Pitié ! Réponds-moi ! 
Mon coeur m’a redit ta parole : 
« Cherchez ma face. »

2ème lecture : Bienheureux les persécutés pour le Christ (1P 4, 13-16)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Mes bien-aimés, puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera.
Si l’on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, puisque l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu, repose sur vous.
Si l’on fait souffrir l’un de vous, que ce ne soit pas comme meurtrier, voleur, malfaiteur, ou comme dénonciateur.
Mais si c’est comme chrétien, qu’il n’ait pas de honte, et qu’il rende gloire à Dieu à cause de ce nom de chrétien.

 

Evangile : La grande prière de Jésus : « Père, glorifie ton Fils » (Jn 17, 1-11a)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Le Seigneur ne vous laisse pas orphelins : il reviendra vers vous, alors votre c?ur connaîtra la joie.Alléluia. (cf. Jn 14, 18; 16, 22)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il leva les yeux au ciel et pria ainsi : « Père, l »heure est venue. Glorifie ton Fils, afin que le Fils te glorifie.
Ainsi, comme tu lui as donné autorité sur tout être vivant, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
Or, la vie éternelle, c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ.

Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’oeuvre que tu m’avais confiée.
Toi, Père, glorifie-moi maintenant auprès de toi : donne-moi la gloire que j’avais auprès de toi avant le commencement du monde.
J’ai fait connaître ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé fidèlement ta parole.
Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi,
car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis venu d’auprès de toi, et ils ont cru que c’était toi qui m’avais envoyé. 

Je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés : ils sont à toi, et tout ce qui est à moi est à toi, comme tout ce qui est à toi est à moi, et je trouve ma gloire en eux.
Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. »

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