L'homelie du dimanche

8 août 2016

N’arrêtez pas vos jérémiades !

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N’arrêtez pas vos jérémiades !

 

Homélie du 20° Dimanche du temps ordinaire / Année C
14/08/2016

Cf. également :

De l’art du renoncement

Sous le signe de la promesse 

L’effet saumon

 

L’expression est moins populaire qu’autrefois, mais tout le monde se souvient vaguement que les jérémiades, ce sont des plaintes interminables et exagérées qui finissent par devenir insupportables. Les synonymes du terme vous donnent une idée de sa connotation négative : doléance, gémissement, geignement, geignerie, girie, glapissement, grogne, lamentation, murmure, plainte, pleurnicherie, récrimination, bêlement, bramement, chevrotement, criaillerie…

Or dans la Bible, les jérémiades sont beaucoup plus légitimes. Rien à voir avec les pleureuses de l’Orient ou de l’Afrique !

Le mot vient du nom du prophète Jérémie bien sûr, et notre première lecture (Jr 38, 4-10) nous aide à comprendre pourquoi il a tant de raisons de se plaindre. Il annonce à Jérusalem que, si tout le monde continue à se détourner de l’Alliance en pratiquant l’injustice et l’idolâtrie, l’histoire d’Israël va mal se terminer. Comme le peuple n’aime pas les prophètes de malheur, on cherche à faire taire ce Jérémie empêcheur de tourner en rond. Et le voici dans la boue, au fond d’une citerne, emprisonné pour avoir annoncé la Parole de Dieu. Il est littéralement jeté aux oubliettes de l’Histoire.

Or lui n’avait rien demandé ! C’est Dieu qui est venu le chercher, de force, pour porter son message. Jérémie a donc bien raison de râler, de protester, de trouver injuste ce qui lui arrive. Ces jérémiades sont légitimes : annoncer la parole de Dieu ne lui rapporte que des ennuis. Il a perdu sa vie d’avant (cohen = prêtre juif dans la ville d’Anatot) et ne la récupérera jamais. Il est resté célibataire – inconcevable pour un juif – à cause de l’urgence de sa mission prophétique. Et en retour, le voilà devenu objet de la vindicte populaire, écarté par les puissants, tombé au plus bas dans sa citerne-prison glauque, humide et repoussante.

Malheureusement pour Jérusalem, Jérémie avait raison. La prise de la ville en 587 av. J.C, les massacres, les pillages, l’exil et la déportation à Babylone attendent les chefs religieux et les bien-pensants qui croyaient s’être débarrassés de leurs iniquités en jetant Jérémie au fond du trou…

La transposition à notre époque contemporaine n’est pas difficile. La mission prophétique des baptisés est d’annoncer l’Évangile, à temps et à contretemps. Inévitablement, s’ils sont fidèles à leur baptême, les chrétiens rencontrent tôt ou tard l’hostilité des puissants qu’ils dérangent. Et le prix à payer est hélas toujours le même, comme au temps de Jérémie : tracasseries administratives, persécutions, mises à l’écart, emprisonnements, exécutions… Dans les pays communistes ou musulmans, faire circuler la Bible, proposer le baptême ou critiquer le pouvoir en place au nom de l’Évangile est source de nombreux problèmes. Et en France, au sein des entreprises, des familles, des quartiers, de la vie politique, oser annoncer un message de conversion et de justice peut vous attirer de graves ennuis ! Nous connaissons tous des leaders syndicaux ostracisés, des cadres humanistes mis sur la touche, des médiateurs sociaux violemment agressés etc.

Alors, pourquoi ne pas faire monter vers Dieu nos reproches et notre amertume ? Pourquoi retenir nos jérémiades tout aussi légitimes que celles du prophète ?

Comment ? Nous aurions pu avoir une vie tranquille, sans problèmes, et voilà que l’exigence de l’Évangile nous oblige à prendre des risques ? Nous aurions pu suivre une carrière ambitieuse grâce aux réseaux d’influence et aux compromissions habituelles, et nous voilà exposer à dénoncer telle corruption, tel copinage, telle âpreté au gain inhumaine ? Mais Dieu aurait mieux fait de nous ignorer ! S’il veut des porte-parole, au moins qu’il aplanisse ce chemin devant nous et nous évite toute cette hostilité qui entoure celui qui dit la vérité !

À y regarder de près, nous avons donc raison de nous plaindre auprès de Dieu, de lui exposer l’infortune où nous met notre fidélité à notre baptême. C’est peut-être même une de nos plus belles prières. Elle ressemble à celle de Job qui convoque Dieu au tribunal pour qu’il s’explique sur le malheur innocent. Elle rejoint le cri de détresse des psaumes où le juste s’éprouve pauvre et malheureux à cause de sa fidélité. Elle prolonge celle de Jérémie regrettant le jour où il est né : « Ma mère, tu m’as enfanté homme de querelle pour tout le pays » (Jr 15,10).

Se battre avec Dieu dans la prière pour lui demander des comptes est en effet l’attitude de l’homme libre qui ne veut pas se soumettre, mais comprendre et agir. Rappelez-vous : Jacob est devenu Israël justement parce qu’il a lutté avec Dieu toute la nuit, seul, dans la poussière (Gn 32). Il en a été blessé à jamais (nerf sciatique déboîté !). Mais il a obtenu ce pourquoi il combattait : « je ne te lâcherai pas avant que tu ne m’aies béni ».

Nous aussi, nous nous roulons avec Dieu dans la poussière de nos moments de doute, d’amertume, de solitude. Nous aussi nous accusons Dieu de ne jamais être là quand nous aurions besoin de lui. Nous aussi, nous aurions parfois préféré ne jamais connaître son appel si exigeant.

Et pourtant, Jérémie finit par accepter sans tout comprendre.
Et pourtant les psaumes se terminent sur la louange du malheureux mettant tout son espoir en Dieu.
Et pourtant Jérémie dans sa citerne restera fidèle et continuera d’être prophète.

N’arrêtons pas nos jérémiades : elles nous mettent à vif et nous prépare à être vrais devant Dieu.

Continuons à dialoguer avec Dieu, même lorsque la déception et l’aigreur nous font l’accuser et l’accuser encore.

Après Auschwitz, les juifs qui n’ont plus pris Dieu au collet pour le sommer de s’expliquer sur la Shoah sont devenus athées. Ceux qui comme Élie Wiesel ont inlassablement exploré la question du pourquoi, du pour-quoi de la Shoah, en scrutant les Écritures, en se battant avec Dieu sur cette énorme faille de la providence, ceux-là sont devenus des croyants plus profonds, plus authentiques. Car Dieu n’aime pas la soumission d’esclaves et n’a que faire des béni-oui-oui.

N’arrêtons pas nos jérémiades !

N’arrêtons pas non plus de prendre des risques pour l’Évangile, de dénoncer les injustices, d’avertir des impasses dangereuses, quitte à susciter l’hostilité de nos contemporains…

Mieux vaut être au fond de la citerne à nous plaindre que dans le palais du roi de Jérusalem à être bientôt dispersé, les yeux crevés, vers une terre d’infamie et d’esclavage !

 

 

1ère lecture : « Ma mère, tu m’as enfanté homme de querelle pour tout le pays » (cf. Jr 15, 10) (Jr 38, 4-6.8-10)
Lecture du livre du prophète Jérémie

En ces jours-là, pendant le siège de Jérusalem, les princes qui tenaient Jérémie en prison dirent au roi Sédécias : « Que cet homme soit mis à mort : en parlant comme il le fait, il démoralise tout ce qui reste de combattant dans la ville, et toute la population. Ce n’est pas le bonheur du peuple qu’il cherche, mais son malheur. » Le roi Sédécias répondit : « Il est entre vos mains, et le roi ne peut rien contre vous ! » Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue. Ébed-Mélek sortit de la maison du roi et vint lui dire : « Monseigneur le roi, ce que ces gens-là ont fait au prophète Jérémie, c’est mal ! Ils l’ont jeté dans la citerne, il va y mourir de faim car on n’a plus de pain dans la ville ! » Alors le roi donna cet ordre à Ébed-Mélek l’Éthiopien : « Prends trente hommes avec toi, et fais remonter de la citerne le prophète Jérémie avant qu’il ne meure. »

Psaume : Ps 39 (40), 2, 3, 4, 18
R/ Seigneur, viens vite à mon secours ! (Ps 39, 14b)

D’un grand espoir,
j’espérais le Seigneur :
il s’est penché vers moi
pour entendre mon cri.

Il m’a tiré de l’horreur du gouffre,
de la vase et de la boue ;
il m’a fait reprendre pied sur le roc,
il a raffermi mes pas.

Dans ma bouche il a mis un chant nouveau,
une louange à notre Dieu.
Beaucoup d’hommes verront, ils craindront,
ils auront foi dans le Seigneur.

Je suis pauvre et malheureux,
mais le Seigneur pense à moi.
Tu es mon secours, mon libérateur :
mon Dieu, ne tarde pas !

2ème lecture : « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée » (He 12, 1-4)
Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, nous qui sommes entourés d’une immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu. Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché.

Evangile : « Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division » (Lc 12, 49-53)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ; moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
Patrick BRAUD

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24 février 2016

Le malheur innocent

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Le malheur innocent

Cf. également :

Les multiples interprétations symboliques du buisson ardent

Les résistances de Moïse… et les nôtres

Lire les signes des temps

Pour quoi m’as-tu abandonné ?

Homélie du 3° dimanche de carême / Année C
28/02/2016

 

De l’importance des faits divers

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Les Évangiles font rarement place aux faits divers.  Le sensationnalisme et la flatterie du goût pour le morbide ne sont pas les clés du succès littéraire du Nouveau Testament…

Pourtant, notre passage de Luc 13, 1-9 contient de ces faits divers que la presse en tout genre adore et nous sert quotidiennement dans leur « une » de papier ou d’écran. Pourquoi Luc s’intéresse-t-il tout d’un coup aux exactions de Pilate ou aux accidents de chantiers de Siloé ? Serait-il comme Hegel, qui affirmait que « la lecture des journaux est la prière du matin moderne » ?

« Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » (Lc 13, 1-5)

Visiblement, il veut montrer comment lire « les signes des temps », c’est-à-dire déchiffrer  dans l’actualité les appels salutaires à nous convertir. Jésus ne méprise pas le bulletin des news quotidiennes de France Info ou BFM TV. Il est au courant des drames qui émeuvent « les gens » (comme dit Luc) ordinaires. Ils posent une vraie question : comment croire en Dieu alors que le malheur innocent frappe des pratiquants (galiléens massacrés par Pilate) et indistinctement des passants (les victimes de la chute de la tour de Siloé) ?

Redoutable question à l’origine de l’athéisme pratique de tant de nos contemporains. Si Dieu existe, pourquoi laisse-t-il arriver tant de souffrances injustes ? Qu’elles viennent des hommes (Pilate) ou des lois de la nature (la tour de Siloé), le mal s’impose contre la puissance d’un Dieu réputé être bon pour l’homme. Mais qu’est-ce que la bonté d’un Dieu s’il est impuissant à nous protéger ? À quoi sert l’amour d’un Dieu qui subit le mal et ne peut rien contre le malheur innocent ?

C’est la vieille question de la théodicée, terme théologique qui désigne le défi de concilier l’amour qu’est Dieu avec la réalité du mal, de la souffrance et du malheur innocent.

 

La non-réponse du Christ

Afficher l'image d'origineVisiblement, Jésus ne se lance pas dans de savantes explications sur l’origine de ce mal  politique ou technologique. Le plus important pour lui n’est pas tant de savoir pourquoi cela arrive que de discerner pour quoi cela nous touche. Le pour quoi est lié ici à une réflexion sur la finalité plus que sur les causes. La lecture qu’en fait Jésus est à la fois très simple et très profonde : ces faits divers vous montrent combien la vie de chacun est fragile et éphémère. Tirez donc parti du temps présent pour réorienter votre existence avant qu’il ne soit trop tard. N’attendez pas demain pour vous convertir, car demain vous pouvez fort bien ne plus être là.

Bien sûr, il faut des analystes politiques pour démonter les mécanismes du totalitarisme façon Pilate qui hier engendraient des massacres au nom de l’orthodoxie romaine, où des massacres de dissidents dans les goulags soviétiques.

Bien sûr, il faut des analyses scientifiques et techniques pour comprendre la chute d’une tour à Siloé ou d’un panneau d’affichage à Paris engendrant des morts absurdes.

Dans les deux cas, expliquer les causes pourra permettre d’éviter que cela se reproduise.

Mais soyons réalistes : malgré la formidable intelligence humaine, cela se reproduit toujours de siècle en siècle. Là comme ailleurs, « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », comme l’écrivait l’Ecclésiaste (Si 1,9). Le totalitarisme resurgit, changeant d’habits ou d’idéologie, mais toujours aussi meurtrier. Les catastrophes naturelles ou technologiques font toujours la une des médias. Du tremblement de terre de Lisbonne (Voltaire) à l’Amoco-Cadiz sur les côtes bretonnes ou la fonte des glaces aux pôles, rêver d’une planète sans malheur (innocent ou non) est irréaliste, et largement démenti par l’histoire.
Sans dévaloriser ce combat permanent contre le mal, le Christ refuse d’en rester là : puisque ce mal existe, s’impose concrètement aujourd’hui, qu’allez-vous en faire ?

Allez-vous vous laisser submerger par le désespoir ? Le cynisme ? Où allez-vous y puiser une force pour orienter votre vie autrement, c’est-à-dire vous convertir, vous tourner vers la finalité ultime de vos actes ?

Réfléchissez sur le pour quoi de vos efforts, de vos aspirations les plus vraies, et vous verrez que même le malheur innocent ne pourra plus rien contre vous.

À la façon de St Ignace méditant sur lui-même suite à une fracture de la jambe, ou de Nelson Mandela se transformant dans sa prison en artisan de réconciliation nationale, tirez  profit même de la catastrophe la plus imprévue pour revenir à vous-même, pour redonner sens à ces quelques éclairs fugaces que sont nos parcours sur terre.

Même la Shoah, catastrophe des catastrophes, malheur innocent en quelque sorte personnifié, même la Shoah peut devenir pour le peuple juif un appel à la conversion de  l’intérieur. Qu’au moins ces 6 millions de morts injustes soient à l’origine d’un État d’Israël le plus juste possible, et d’une prise de conscience universelle !

« Des pauvres, vous en aurez toujours au milieu de vous » (Mc 14,7) : le réalisme de Jésus heurte  l’utopie révolutionnaire de Judas de plein fouet. Non pas pour le détourner de la transformation sociale, mais pour l’appeler à donner sens dès maintenant à la présence des pauvres parmi nous : ils ne demandent pas que du pain et du travail, mais également du beau, du vrai, de la relation à Dieu, ce qu’exprime le parfum précieux de l’onction de Béthanie, au grand dam de Judas scandalisé par ce gaspillage (Jn 12, 1-11).

 

Théodicée : les autres réponses

Afficher l'image d'origineLa non-réponse du Christ à la lancinante question de la théodicée est assez unique dans l’histoire.

Les sagesses antiques ont plutôt cherché des explications diverses d’où ont découlé leurs  attitudes spirituelles. Par exemple, l’hindouisme ou le bouddhisme ont localisé dans le désir la source de la souffrance humaine devant le malheur innocent. Et c’est dans l’extinction du désir qu’est alors la solution.

En Occident, Leibnitz penche lui pour l’ignorance humaine : seul Dieu a une vue globale de ce qui arrive, et ce qui est pour nous un mal apparent n’est peut-être que la condition indispensable pour un bien plus grand à l’échelle globale. Nous sommes dans « le meilleur des mondes possibles » et la sagesse consiste alors à vivre avec, humblement.

Les stoïciens ont vu dans la souffrance une école d’humanisation : changer ce qui dépend de nous et supporter le reste. C’est la grandeur stoïcienne.
Les épicuriens ont plutôt interprété le malheur innocent comme une invitation à jouir du présent sans attendre, car demain est incertain.

Les révolutionnaires marxistes ont érigé la révolte contre le mal en principe absolu. Mais en cherchant à éradiquer le mal ils ont engendré un mal plus monstrueux encore.

Les nouveaux révolutionnaires, scientifiques et technologiques, nous promettent un corps humain ‘augmenté’, une vie sociale totalement interconnectée, une maîtrise technologique stupéfiante : mais la question de la douleur ne pourra se résoudre à coups de promesses numériques ou de traitements chimiques.

 

Bref, l’énigme de la théodicée n’en finit pas de travailler l’aventure humaine, et resurgit à chaque époque, multiforme, vieille question en habits neufs.

 

L’originalité du christianisme réside sans doute dans la non-réponse du Christ (qui rejoint et accomplit celle de Job) : ne restez pas fascinés par le scandale du malheur innocent, mais interrogez-vous sur ce qu’il vous révèle du sens de votre existence. Sans négliger le combat contre le mal, investissez dans la recherche du sens. Essayez de trouver le pourquoi du malheur innocent afin de le réduire, et mettez encore plus d’énergie à discerner le pour quoi de ce qui arrive…

 

 

1ère lecture : « Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : Je-suis » (Ex 3, 1-8a.10.13-15)
Lecture du livre de l’Exode

En ces jours-là, Moïse était berger du troupeau de son beau-père Jéthro, prêtre de Madiane. Il mena le troupeau au-delà du désert et parvint à la montagne de Dieu, à l’Horeb. L’ange du Seigneur lui apparut dans la flamme d’un buisson en feu. Moïse regarda : le buisson brûlait sans se consumer. Moïse se dit alors : « Je vais faire un détour pour voir cette chose extraordinaire : pourquoi le buisson ne se consume-t-il pas ? » Le Seigneur vit qu’il avait fait un détour pour voir, et Dieu l’appela du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Il dit : « Me voici ! » Dieu dit alors : « N’approche pas d’ici ! Retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » Et il déclara : « Je suis le Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob. » Moïse se voila le visage car il craignait de porter son regard sur Dieu. Le Seigneur dit : « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » Moïse répondit à Dieu : « J’irai donc trouver les fils d’Israël, et je leur dirai : ‘Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous.’ Ils vont me demander quel est son nom ; que leur répondrai-je ? » Dieu dit à Moïse : « Je suis qui je suis. Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : ‘Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est : Je-suis’. » Dieu dit encore à Moïse : « Tu parleras ainsi aux fils d’Israël : ‘Celui qui m’a envoyé vers vous, c’est Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob’. C’est là mon nom pour toujours, c’est par lui que vous ferez mémoire de moi, d’âge en d’âge. »

Psaume : Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 6-7, 8.11

R/ Le Seigneur est tendresse et pitié.  (Ps 102, 8a)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Car il pardonne toutes tes offenses
et te guérit de toute maladie ;
il réclame ta vie à la tombe
et te couronne d’amour et de tendresse.

Le Seigneur fait œuvre de justice,
il défend le droit des opprimés.
Il révèle ses desseins à Moïse,
aux enfants d’Israël ses hauts faits.

Le Seigneur est tendresse et pitié,
lent à la colère et plein d’amour ;
Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint.

2ème lecture : La vie de Moïse avec le peuple au désert, l’Écriture l’a racontée pour nous avertir (1 Co 10, 1-6.10-12)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, je ne voudrais pas vous laisser ignorer que, lors de la sortie d’Égypte, nos pères étaient tous sous la protection de la nuée, et que tous ont passé à travers la mer. Tous, ils ont été unis à Moïse par un baptême dans la nuée et dans la mer ; tous, ils ont mangé la même nourriture spirituelle ; tous, ils ont bu la même boisson spirituelle ; car ils buvaient à un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher, c’était le Christ. Cependant, la plupart n’ont pas su plaire à Dieu : leurs ossements, en effet, jonchèrent le désert. Ces événements devaient nous servir d’exemple, pour nous empêcher de désirer ce qui est mal comme l’ont fait ces gens-là. Cessez de récriminer comme l’ont fait certains d’entre eux : ils ont été exterminés. Ce qui leur est arrivé devait servir d’exemple, et l’Écriture l’a raconté pour nous avertir, nous qui nous trouvons à la fin des temps. Ainsi donc, celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber.

Evangile : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même » (Lc 13, 1-9)

Acclamation : Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur.
Convertissez-vous, dit le Seigneur, car le royaume des Cieux est tout proche.
Gloire au Christ, Sagesse éternelle du Dieu vivant. Gloire à toi, Seigneur. 
(Mt 4, 17)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Un jour, des gens rapportèrent à Jésus l’affaire des Galiléens que Pilate avait fait massacrer, mêlant leur sang à celui des sacrifices qu’ils offraient. Jésus leur répondit : « Pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autres Galiléens, pour avoir subi un tel sort ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. Et ces dix-huit personnes tuées par la chute de la tour de Siloé, pensez-vous qu’elles étaient plus coupables que tous les autres habitants de Jérusalem ? Eh bien, je vous dis : pas du tout ! Mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Jésus disait encore cette parabole : « Quelqu’un avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint chercher du fruit sur ce figuier, et n’en trouva pas. Il dit alors à son vigneron : ‘Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n’en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol ?’ Mais le vigneron lui répondit : ‘Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas.’ »
Patrick BRAUD

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