L'homelie du dimanche

11 décembre 2017

Que dis-tu de toi-même ?

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Que dis-tu de toi-même ?


Homélie du 3° Dimanche de l’Avent / Année B
17/12/2017

Le Verbe et la voix
Un présent caché
La joie parfaite, et pérenne
Tauler, le métro et « Non sum »
Crier dans le désert
Êtes-vous plutôt centripètes ou centrifuges ?

Qui es-tu ?

Si l’on vous posait la question à brûle pourpoint, que répondriez-vous ?
Après avoir décliné votre identité (nom, prénom, adresse…), on vous relancerait :
- Cela ne nous suffit pas pour te connaître. Qui es-tu vraiment ?
Vous pourriez alors évoquer votre métier, vos passions, votre vie de famille etc. et en même temps, vous sentiriez le piège : cette commission d’enquête qui m’assaille de ses questions doit bien avoir une idée derrière la tête… Elle cherche à me ranger dans une de ses cases préétablies. Mais peut-on définir quelqu’un en quelques signalements ? Le mystère de chacun est si grand qu’il résiste à toute réduction à son métier, sa taille, son origine ou autre. Son identité échappe à toute classification savante.
- Une fois que je vous aurai dit mon nom, mon métier, ma famille, mes hobbies, saurez-vous qui je suis ?

Que dis-tu de toi-même ? dans Communauté spirituelle mp-je-est-un-autre« Je est un autre », écrivait Rimbaud avec son expérience poétique du caractère insondable du mystère de chacun. La psychanalyse a souligné le trait en explorant la part d’inconscient qui nous façonne. « Wo es war, soll Ich werden » (là où ça était, je dois advenir) : la maxime de Freud indique le ‘je suis’ comme un travail sur soi, long, onéreux et patient labeur de parole et d’analyse. Les sciences sociales lui ont emboîté le pas : la sociologie avec le déterminisme social qui prédestine notre identité à reproduire le comportement normatif de sa classe ; l’anthropologie avec les lois et les structures sculptant l’identité d’une ethnie ; l’économie avec d’autres lois qui aliènent ou libèrent celui qui se définit par son travail etc. Bref : l’être humain est un mystère, et bien malin qui pourra répondre « je suis ceci où je suis cela », comme si c’était suffisant pour le définir.

D’ailleurs, Dieu lui-même ne fait pas autre chose. Quand Moïse insiste plusieurs fois : « qui es-tu ? », Dieu répond par l’énigmatique Tétragramme YHWH, qui unifie les trois modalités du verbe être en une seule identité (« je suis qui je serai » est la moins mauvaise traduction sans doute). Comme quoi l’identité divine elle aussi - et elle la première - échappe à toute mainmise humaine, à toute définition ou classement (et c’est d’ailleurs pour cela que le Tétragramme ne doit pas être prononcé dans la foi juive).

Voilà le piège tendu à Jean-Baptiste par la commission d’enquête composée de prêtres et de lévites envoyée par les fonctionnaires du Temple de Jérusalem. S’il répond en cochant une des cases de leur questionnaire (Élie, le Messie, le grand prophète qui doit venir), il sera accusé de blasphème ou traité d’usurpateur. S’il ne répond rien, on le traitera de pauvre fou - avec ses poils de chameau et ses sauterelles - qui ne sait même pas qui il est.

Ce piège nous est souvent tendu à nous également, pourtant bien moins gênants et bien moins prophétiques que Jean-Baptiste ! Au travail, en politique, en famille, la question revient pour nous enfermer sous telle ou telle étiquette : qui es-tu ? que dis-tu de toi-même ?

Jean-Baptiste déjoue ce piège par trois fois en affirmant d’abord ce qu’il n’est pas. Je ne suis pas (cf. le sermon de Tauler intitulé : non sum) Élie, ni le Messie, ni le grand prophète. L’identité personnelle chez Jean-Baptiste est d’abord négative. Il faut éliminer les fausses images préconçues à son sujet pour découvrir qui il est.
La fécondité de cette identité négative est toujours aussi étonnante pour nous aujourd’hui. Je ne suis pas le sauveur du monde (ni de mon conjoint ou de mes enfants). Je ne suis pas l’indispensable maillon de mon entreprise. Je ne suis pas le champion aux exploits indépassables… Cette série de confessions de non-être peut devenir très libératrice, car je n’ai plus besoin alors de courir après des modèles héroïques imposés par d’autres. Elle peut également devenir joyeuse, car faire le deuil de ce que je ne suis pas me recentre avec bonheur sur ce qui me correspond vraiment.

À l’instar de Jean-Baptiste, faites donc votre liste de « non sum », pour ne pas vous laisser embarquer dans des courses à une identité étrangère à la vôtre.

 

Que dis-tu de toi-même ?

Vient ensuite le moment crucial où il ne suffit plus de décrocher les grappins des identités autres que la vôtre.
- Que dis-tu de toi-même ?
Il faut bien répondre quelque chose. Mais quoi ?
- « J’ai telles qualités, tels défauts ? » (on dirait un mauvais entretien d’embauche).
- « Je gagne tant par an, j’ai telles responsabilités et telles médailles » ? (cela sonne comme un éloge funèbre)…

9782251334318 Jean BaptisteLe génie de Jean-Baptiste est là encore de ne pas rester centré sur soi, mais sur un autre. « Je suis la voix qui crie dans le désert… » Or la voix ne peut exister sans le corps qui la porte. Or la voix n’est rien sans la parole au service de laquelle elle met son timbre, sa couleur, sa largeur de tessiture etc.

Autrement dit : l’identité de Jean-Baptiste (et la nôtre !) est relationnelle. Elle vient d’un autre (comme la voix vient du corps), et elle est pour un autre encore (comme la voix est pour la parole ou le chant). Elle est un trait d’union entre des personnes. Les sciences humaines diraient : « je » n’advient comme sujet que dans l’interaction avec d’autres sujets émergeant eux-mêmes de ce réseau de relations, de parole, de communion entre des êtres. Saint Thomas d’Aquin osait dire qu’en Dieu il n’y a pas d’abord l’être (la nature divine) puis les trois Personnes. « En Dieu, la relation est substantielle », disait-il, c’est-à-dire : c’est la communion d’amour unissant le Père et le Fils dans l’Esprit qui fait exister chacune des trois Personnes avec son identité propre.

Notre identité humaine, à l’image de Dieu, n’est pas figée, pré-écrite. Elle n’est pas anarchique non plus. C’est dans à la relation, mieux : dans la communion d’amour avec d’autres que je deviens qui je suis réellement.

« Deviens qui tu seras » est la maxime des chrétiens qui attendent de voir pleine révélation des fils de Dieu dans le Christ en gloire. Alors « nous connaîtrons comme nous sommes connus ». D’ici là, nous ne nous voyons nous-mêmes que de manière floue, comme dans un miroir, en énigme, en attendant que se lève le voile d’ignorance posée sur notre propre connaissance de nous-mêmes (cf. 2Co 13,12).

 

Église, que dis-tu de toi-même ?

Terminons en mentionnant que la question : que dis-tu de toi-même ? vaut pour l’identité collective comme pour l’identité personnelle. Ce fut la principale question au cœur des travaux et des débats du concile Afficher l'image d'origineVatican II. Mgr. Philips, l’un des principaux artisans du texte sur l’Église (Lumen Gentium) le raconte longuement. Il affirme que dès le départ la question centrale pour les Pères est celle-ci : « Église de Dieu que dis-tu de toi-même ? Quelle est ta profession de foi sur ton être et sur ta mission ? » [1].

Pendant quatre ans (de 1962 à 1965), l’Église catholique a parcouru à sa manière le chemin de Jean-Baptiste pour répondre à cette question centrale. Elle l’a fait en répondant d’abord par la négative : non l’Église n’est pas pyramidale. Non elle n’est pas toute entière concentrée à Rome. Non elle n’est pas l’Église des riches et des puissants. Le geste prophétique des papes du concile accompagnèrent ces dénégations successives. Jean XXIII renonça à la tiare et à la chaise à porteurs. Il se fit enterrer dans un simple cercueil de bois nu. Paul VI sortit du diocèse de Rome pour voyager à travers le monde entier. Il se faisait appeler serviteur des serviteurs…

Et puis vint la réponse positive à la manière de Jean-Baptiste.
- Église, que dis-tu de toi-même ?
- Pour parler de moi, je parlerai de ma relation à un autre, le Christ, dont la lumière inonde mon visage pour que je la réfléchisse vers tous les peuples de la terre.
D’où le titre de la constitution conciliaire : le Christ est la lumière des nations (Lumen Gentium) et l’Église renvoie quelque chose de cette lumière à tous pour qu’ils ne marchent plus dans la nuit. Mieux encore, le plan de la constitution conciliaire reprend la dynamique suggérée par l’image de la voix criant dans le désert. L’Église en effet naît de la Trinité (comme la voix sort du corps), elle porte l’Évangile à toute créature (comme la voix est au service de la parole), et elle retourne à la Trinité avec dans ses bagages la part d’humanité qui a écouté sa voix et son message.
Méditez sur le plan de Lumen Gentium : ces huit chapitres sont – dans leurs intitulés et leur succession – un petit bijou spirituel nous aidant à penser notre propre identité, ouverte, relationnelle, communionnelle…

La prochaine fois qu’on vous pressera de questions sur votre identité : qui es-tu ? que dis-tu de toi-même ? (ou équivalent), pensez à l’humble réponse de Jean-Baptiste : je ne suis pas… Je suis la voix…

 


[1]. Mgr Philips, L’Église et son mystère au deuxième Concile du Vatican : histoire, texte et commentaire de la Constitution Lumen Gentium, coll. Unam Sanctam, Tome I, Paris, Desclée et Cie, 1967, p. 15.

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Je tressaille de joie dans le Seigneur » (Is 61, 1-2a.10-11)
Lecture du livre du prophète Isaïe

L’esprit du Seigneur Dieu est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits accordée par le Seigneur.  Je tressaille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a vêtue des vêtements du salut, il m’a couverte du manteau de la justice, comme le jeune marié orné du diadème, la jeune mariée que parent ses joyaux. Comme la terre fait éclore son germe, et le jardin, germer ses semences, le Seigneur Dieu fera germer la justice et la louange devant toutes les nations.

 

CANTIQUE
(Lc 1, 46b-48, 49-50, 53-54)
R/ Mon âme exulte en mon Dieu.   (Is 61, 10) 

Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;
Saint est son nom !
Sa miséricorde s’étend d’âge en âge
sur ceux qui le craignent.

Il comble de biens les affamés,
renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur,
il se souvient de son amour

DEUXIÈME LECTURE
« Que votre esprit, votre âme et votre corps soient gardés pour la venue du Seigneur » (1 Th 5, 16-24)

Lecture de la première lettre de saint Paul apôtre aux Thessaloniciens

Frères, soyez toujours dans la joie, priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal. Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie tout entiers ; que votre esprit, votre âme et votre corps, soient tout entiers gardés sans reproche pour la venue de notre Seigneur Jésus Christ. Il est fidèle, Celui qui vous appelle : tout cela, il le fera.

ÉVANGILE

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas » (Jn 1, 6-8.19-28)
Alléluia. Alléluia. L’Esprit du Seigneur est sur moi : il m’a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres.
Alléluia. (cf. Is 61, 1)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Il y eut un homme envoyé par Dieu ; son nom était Jean. Il est venu comme témoin, pour rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui. Cet homme n’était pas la Lumière, mais il était là pour rendre témoignage à la Lumière.  Voici le témoignage de Jean, quand les Juifs lui envoyèrent de Jérusalem des prêtres et des lévites pour lui demander : « Qui es-tu ? » Il ne refusa pas de répondre, il déclara ouvertement : « Je ne suis pas le Christ. » Ils lui demandèrent : « Alors qu’en est-il ? Es-tu le prophète Élie ? » Il répondit : « Je ne le suis pas. – Es-tu le Prophète annoncé ? » Il répondit : « Non. » Alors ils lui dirent : « Qui es-tu ? Il faut que nous donnions une réponse à ceux qui nous ont envoyés. Que dis-tu sur toi-même ? » Il répondit : « Je suis la voix de celui qui crie dans le désert :Redressez le chemin du Seigneur, comme a dit le prophète Isaïe. » Or, ils avaient été envoyés de la part des pharisiens. Ils lui posèrent encore cette question : « Pourquoi donc baptises-tu, si tu n’es ni le Christ, ni Élie, ni le Prophète ? » Jean leur répondit : « Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. »  Cela s’est passé à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain, à l’endroit où Jean baptisait.
Patrick BRAUD

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15 juin 2016

Question d’identité

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Question d’identité

 

Homélie du 12° Dimanche du temps ordinaire / Année C
19/06/2016

Cf. également :

Le consentement de soi à soi 

Prendre sa croix chaque jour 

Jésus évalué à 360° 


Afficher l'image d'origineRetour d’ailleurs

Souvenez-vous d’une réelle expérience de dépaysement que vous avez vécue : lors d’un voyage, d’un séjour dans une autre culture, avec une autre langue, d’autres coutumes… Si vous vous êtes sentis vraiment ailleurs, étranger au milieu d’une société si différente, vous avez comme un choc en retour perçu les spécificités de votre propre identité. Immergé par exemple au coeur d’un village africain traditionnel pour qui les forces invisibles régissent la nature sont omniprésentes, vous percevrez plus nettement combien votre culture occidentale est marquée par la rationalité scientifique et technique. Ou bien, découvrant avec délices les traditions culinaires d’un pays inconnu, vous mesurerez combien vos propres habitudes alimentaires sont particulières et originales. Et cela vaut de même pour notre façon de s’habiller, de parler, de se saluer, de travailler…

Le détour par l’autre me permet de mieux me connaître moi-même, par comparaison, par différenciation.

Aller rendre visite à un autre me permet de mieux savoir qui je suis.

Autrement dit : notre identité, personnelle ou collective, est d’abord réceptive. Elle se reçoit d’un autre, au double sens de la transmission (j’hérite de l’identité transmise par mes parents, mon pays, ma langue etc.) et de l’altérité (je me construis en étant différent).

 

Afficher l'image d'origineEnquête d’identité

Dans ce passage d’évangile, Jésus s’interroge sur sa propre identité : « qui suis-je ? » Question radicalement humaine, qui travaille d’autant plus Jésus qu’il se perçoit comme habité par la présence divine d’une manière unique (d’où le titre de « fils unique de Dieu »). Au moment d’affronter sa Passion qui approche, il a besoin d’être ré-assuré dans cette identité qui va être fortement contestée et même niée dans le scandale de la croix.

Alors, humblement, au lieu de s’affirmer fils de Dieu de façon péremptoire et autoritaire, il va enquêter auprès de ses proches pour savoir ce que les gens disent de lui. Non pas qu’il ait la bonne réponse, comme s’il faisait passer un examen, en piégeant les disciples. Non : il a simplement besoin de connaître ce que les gens pensent de lui, pour mieux découvrir qui il est, pour mieux habiter son identité la plus personnelle.

Afficher l'image d'origineD’ailleurs, il ne reprend pas les premières réponses qu’on lui transmet (prophète, Élie…) comme un professeur corrigerait en rouge les mauvaises copies de ses élèves. Il recueille précieusement ces premières indications, car elles lui renvoient quelque chose de lui-même. Oui, il se situe bien dans la lignée des prophètes d’Israël. Oui, il est bien comme Élie dont la seconde venue devait inaugurer les temps messianiques. Oui, il est bien celui dont Jean-Baptiste a annoncé la mission, au prix de sa vie.

L’opinion publique peut certes se tromper. Mais elle a le plus souvent un certain flair, une réelle capacité à deviner bien des éléments de la personnalité de quelqu’un, et cela se manifeste à travers ce que les gens disent de lui. Dans l’Église, on appelle même cette capacité le « sens de la foi » (sensus fidei) des fidèles : on peut faire confiance à ce qu’une assemblée croit et perçoit, dès lors qu’elle est habitée par l’Esprit saint, qui est un esprit de discernement, de jugement, de conseil…

 

Notre identité nous renseignent sur nous-mêmes

La réponse de Pierre ne viendra pas contredire celle de l’opinion publique sur l’identité de Jésus. Elle la précisera : Jésus est le Messie, le fils de Dieu.

Nos proches sont ceux qui nous connaissent le mieux et peuvent renvoyer une image plus juste de nous-mêmes. Nos intimes savent sur nous des choses que nous ignorons. À nous de les demander, pour recueillir humblement la part de notre identité qui est entre leurs mains, dans leur regard, à notre contact.

Afficher l'image d'origine

Le fait que Pierre ne comprenne pas bien le contenu de sa réponse ne diminue en rien la pertinence de celle-ci. Il aide Jésus à assumer son identité la plus profonde en lui transmettant ce que l’Esprit de Dieu a produit en lui de connaissance de sa personne.

Si le Christ lui-même s’est soumis à ce test de personnalité, s’il a accepté de recevoir son identité de la bouche de ses proches et des foules, qui serions-nous pour avoir l’orgueil de prétendre nous connaître sans demander aux autres comment ils nous perçoivent ?

En entreprise, on appelle cela l’évaluation 360°. Pour apprécier le professionnalisme et le relationnel d’un salarié, on ne demande pas seulement à son N+1 de l’évaluer, mais également à ses collègues, directs et indirects, à ceux dont il est responsable, à ceux à qui il doit rendre des comptes etc. Impossible d’évaluer quelqu’un sans recueillir de manière exhaustive cet ensemble d’appréciations (dans l’anonymat, pour préserver la liberté des réponses). Un collègue peut se tromper, mais l’ensemble des évaluations se trompe rarement. Jésus se soumet volontairement à un 360° en demandant ainsi à ses disciples de lui rapporter ce qu’on dit de lui.

Afficher l'image d'origine

Quel parent aura le courage de le faire auprès de sa famille ?

Quel patron acceptera de consulter ainsi l’ensemble de ses salariés sur lui-même ?

Quel évêque aura l’humilité de demander comment il est perçu par le plus grand nombre ?

 

L’enjeu est évidemment pour nous de progresser : en acceptant l’image qui nous est  renvoyée, nous pouvons identifier les aspects de notre identité qui sont des atouts ou des obstacles à notre mission, qu’elle soit familiale, professionnelle ou ecclésiale.

Ré-assuré dans son identité de Messie, Fils unique, Jésus va pouvoir affronter résolument le conflit qui l’oppose aux pouvoirs religieux et politiques de Jérusalem.

 

Afficher l'image d'origineLa question est d’autant plus actuelle en ces temps ou certains courants de pensée en Occident voudraient faire croire que l’identité personnelle n’est qu’une construction sociale, qui pourrait donc être remodelée selon la seule volonté supposée libre de chaque individu. Choisir son sexe – pardon, son ‘genre’ – est par exemple emblématique de ces conceptions d’une identité choisie et non reçue. La contestation de la nature sociale de l’identité contraste d’ailleurs étonnamment avec la revendication écologique où l’être humain se reçoit de la nature tout autant qu’il la maîtrise.

Découvrir que l’identité est d’abord reçue avant d’être construite critique donc radicalement les prétentions à se modeler chacun sa propre identité sans vouloir dépendre de personne. Le mythe capitaliste du self-made-man récupéré par l’extrême gauche à son insu, en quelque sorte…

 

Prenez le temps cette semaine de poser la question par oral ou par écrit, à plusieurs autour de vous : pour toi, pour vous, qui suis-je ?

Acceptez les traits de personnalité dérangeants qui vous sont ainsi renvoyés, en positif comme en négatif, et vous verrez que vous serez de plus en plus vous-même…

 

 

 

1ère lecture : « Ils regarderont vers celui qu’ils ont transpercé » (Jn 19,37) (Za 12, 10-11a ; 13, 1)
Lecture du livre du prophète Zacharie

Ainsi parle le Seigneur : Je répandrai sur la maison de David et sur les habitants de Jérusalem un esprit de grâce et de supplication. Ils regarderont vers moi. Celui qu’ils ont transpercé, ils feront une lamentation sur lui comme on se lamente sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement comme on pleure sur un premier-né. Ce jour-là, il y aura grande lamentation dans Jérusalem.
Ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché et de leur souillure.

Psaume : Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 8-9

R/ Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu.

(cf. Ps 62, 2b)

Dieu, tu es mon Dieu,
je te cherche dès l’aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire,
j’ai vu ta force et ta gloire.
Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
Mon âme s’attache à toi,
ta main droite me soutient.

2ème lecture : « Vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ » (Ga 3, 26-29)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Galates

Frères, tous, dans le Christ Jésus, vous êtes fils de Dieu par la foi. En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ ; il n’y a plus ni juif ni grec, il n’y a plus ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, car tous, vous ne faites plus qu’un dans le Christ Jésus. Et si vous appartenez au Christ, vous êtes de la descendance d’Abraham : vous êtes héritiers selon la promesse.

Evangile : « Tu es le Christ, le Messie de Dieu. – Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup » (Lc 9, 18-24)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Mes brebis écoutent ma voix, dit le Seigneur ;
moi, je les connais, et elles me suivent.
Alléluia. (Jn 10, 27)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Au dire des foules, qui suis-je ? » Ils répondirent : « Jean le Baptiste ; mais pour d’autres, Élie ; et pour d’autres, un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. » Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Pierre prit la parole et dit : « Le Christ, le Messie de Dieu. » Mais Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne, et déclara : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. » Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. »
Patrick BRAUD

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26 août 2015

Quel type de pratiquant êtes-vous ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Quel type de pratiquant êtes-vous ?

 

Homélie du 22° Dimanche du temps ordinaire / Année B
30/08/2015

 

Cf. également :  Signes extérieurs de religion

 

Que veut dire être pratiquant aujourd’hui en France ?


L’approche liturgique

Pratique religieuse

Les sociologues et statisticiens suivent cette question de près depuis longtemps. Dans les années 60, les célèbres enquêtes du chanoine Boulard ont fait prendre conscience de la ‘déchristianisation’ de la France, en relevant méthodiquement le nombre de ‘messalisants’ (ceux qui vont à la messe chaque dimanche), de ‘pascalisants’ (ceux qui ‘font leurs Pâques’ en se confessant et communiant) etc.

On obtient alors des courbes impressionnantes par leur déclin : la pratique religieuse se juge selon cette approche au nombre d’actes liturgiques et sacramentels posés par un pourcentage de citoyens de plus en plus restreint chez nous.

Cette définition de la pratique par la liturgie marque toujours notre inconscient. Dire : je ne suis pas très pratiquant signifie pour beaucoup : je ne vais pas souvent à la messe. À Normale Sup, on a même fini par appeler les étudiants catholiques les talas, parce qu’ils sont les rares qui vont-à-la messe…

Actuellement, selon cette approche liturgique, il n’y aurait ainsi que 5 % à 10% environ de pratiquants plus ou moins réguliers en France (cf. encadré).

 

L’approche éthique

Les lectures du jour semblent pourtant critiquer fortement cette approche finalement très réductrice où la liturgie est le seul marqueur de la pratique religieuse. Saint Jacques est le plus explicite dans notre deuxième lecture : « Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde… » (Jc 1, 17-27)

Pour lui, la véritable pratique religieuse est donc éthique. Rien ne sert d’aller à la messe si nos comportements quotidiens ne sont pas profondément transformés, et différents de ceux des païens.

Jésus dans l’évangile de ce dimanche (Mc 7, 1-23) souligne l’importance de la priorité de l’éthique sur les rites : lavage de coupes, de carafes et de plats sont des pratiques inventées par les hommes, des traditions purement humaines qui servent d’alibi à l’hypocrisie des scribes et des pharisiens. La vraie pureté ne vient pas de la façon de cuisiner (casher ou halal) ou de manger, mais de l’intérieur du cœur de l’homme. La longue liste des comportements contraires à la pratique religieuse selon Jésus (« inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure »…) démontre que le prophète de Nazareth appelle à une éthique fraternelle comme premier marqueur de l’identité croyante. En cela, il est le digne héritier de tous les prophètes juifs, qui n’ont cessé de spiritualiser les obligations légales pour mettre l’amour de l’autre au cœur de la pratique de la foi.

 Ablution Photo stock éditorial

Liturgie / Éthique / Foi

Liturgie, éthique : un troisième terme vient également jouer dans la composition de la pratique religieuse. C’est tout simplement la foi. Saint Pierre l’affirme de manière très claire à propos du baptême : « être baptisé, ce n’est pas être purifié de souillures extérieures, mais s’engager envers Dieu avec une conscience droite » (1P 3, 18-21).

Jésus d’ailleurs avait déconcerté ses disciples en affirmant que « faire l’œuvre de Dieu, c’est croire en celui qu’il a envoyé ». Voilà donc que pratiquer a également à voir avec affirmer sa foi. Les Églises protestantes qu’on appelle confessantes ont redécouvert cette dimension de l’identité chrétienne au XVI° siècle en affirmant l’éthique comme une résultante de la foi et non l’inverse.

 

Nous voici alors devant un triangle : liturgie / éthique / foi, qui est celui du baptême lui-même. Souvenez-vous : l’onction d’huile (chrismation) qui fait du baptisé un autre Christ est accompagnée de la parole : « Dieu te marque de l’huile sainte afin que tu demeures éternellement membre de Jésus-Christ, prêtre prophète et roi ».

Prêtre renvoie à la dimension liturgique de la pratique (célébrer).

Prophète renvoie à la dimension de la foi (annoncer la Parole de Dieu).

Roi à la dimension éthique (gouverner le monde).

Être pratiquant, c’est articuler ces trois dimensions : il y a donc plusieurs manières de pratiquer, qui découlent de la hiérarchisation faite par chacun entre la Foi (F), la Liturgie (L), l’Éthique (E).

FLE

En ne retenant que les positions les plus claires (idéal-typiques, diraient les wébériens), on obtient 6 configurations de la pratique religieuse, selon l’ordre d’importance accordée à chaque composante :

 

· FLE : la foi est première, la liturgie et l’éthique sont secondes, dans cet ordre. Cela correspond assez bien historiquement à la position des Églises évangéliques, très confessantes. L’insistance est mise sur l’annonce (le kérygme) et la relation personnelle à Jésus reconnu comme Seigneur et Sauveur. Le culte et l’assemblée sont plus importants que dans le reste du protestantisme. L’éthique vient ensuite.

· FEL : Restant sauve la priorité de la foi, l’éthique vient juste après. La liturgie est bien là, mais moins importante.

C’est grosso modo la situation de la plupart des Églises réformées : la relation personnelle au Christ est première, et l’engagement social vient largement avant la dimension ecclésiale ou cultuelle.

· EFL : la transformation de la société est plus importante que les questions de dogmes, et la liturgie est minimisée. On peut y reconnaître la position du catholicisme social façon Action Catholique du début du XXe siècle : par notre action militante, ‘nous referons chrétiens nos frères’.

· ELF : l’éthique reste première, mais la liturgie vient la nourrir et soutenir le militantisme. C’est le catholicisme social façon Semaines sociales de la deuxième moitié du XXe siècle : nourris par les sacrements, les catholiques pourront exercer leurs responsabilités sociale pour le bien commun. Ce courant est plus marqué par l’appartenance ecclésiale que le précédent (qui était plus contestataire, au moins au début).

· LFE : c’est l’ordre choisi par la Lettre aux catholiques de France (1996) : leitourgia / kerygma / martyria. La « proposition de la foi » est cette construction assez originale de la pratique religieuse où, minoritaire, le petit reste catholique français sent qu’il ne tiendra pas s’il ne se nourrit pas d’abord des sacrements vécus dans l’assemblée liturgique.

· LEF : assez proche de la proposition de la foi, cette triade en est cependant distincte par l’importance accordée à l’éthique. On peut y reconnaître l’appartenance vécue dans la plupart des communautés dites nouvelles. L’expérience charismatique est essentiellement liturgique (au cours de la prière, en assemblée), et débouche sur un changement radical de vie (il y a un avant et un après la conversion). La foi fait est un peu le parent pauvre (proclamer Jésus Seigneur suffit).

 

Idéal-typiques, ces 6 configurations de la pratique religieuse ne se rencontrent jamais à l’état pur dans les personnes et les groupes réels. Elles permettent cependant de se repérer dans la constellation des sentiments d’appartenance.

On peut les projeter dans un espace identité religieuse / engagement social, car ces deux axes sont ceux qui produisent des effets visibles dans la société.

On obtient la visualisation suivante :

Pratique religieuse

Pratique religieuse

Les voisinages deux à deux de ces différentes formes de pratiques religieuses peuvent étonner, mais sont finalement très logiques. La proposition de la foi rejoint l’intuition évangélique d’une minorité active qui doit être la lumière du monde. Les communautés nouvelles reprennent en fin de compte les principes de l’Action Catholique la plus fidèle à l’enseignement ecclésial, en conciliant liturgie et éthique. Les sensibilités réformées (protestantes traditionnelles) sont assez proches de celles des militants d’Action Catholique dans leur aspect contestataire et prophétique des injustice sociales etc.

 

Entre ces 6 façons de pratiquer, il y a bien sûr une infinité de nuances et de gradations. Demandez par exemple à un groupe de personnes de noter de 0 à 3 l’importance que chacune donne à la foi, la liturgie et l’éthique dans la pratique religieuse, et vous verrez qu’il y a environ… 64 combinaisons et possibilités de se définir plus ou moins religieux !

 

L’important n’est pas de complexifier cette classification au risque de s’y perdre, mais de repérer ‘à la louche’ dans quel endroit et proche de quelle configuration vous vous situez.

Tenir ensemble foi / liturgie / éthique demande d’être à la fois lucide et critique sur l’articulation pratiquée entre les trois (personnellement d’abord, mais également collectivement, dans la paroisse, le groupe, l’Église qui est la mienne).

Seule une circulation incessante entre ces trois dimensions nous permettra de marcher à la suite du Christ, de pratiquer en vérité.

 

 

1ère lecture : « Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne… vous garderez les commandements du Seigneur » (Dt 4, 1-2.6-8)
Lecture du livre du Deutéronome
Moïse disait au peuple : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique. Ainsi vous vivrez, vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères. Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne, et vous n’y enlèverez rien, mais vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique ; ils seront votre sagesse et votre intelligence aux yeux de tous les peuples. Quand ceux-ci entendront parler de tous ces décrets, ils s’écrieront : ‘Il n’y a pas un peuple sage et intelligent comme cette grande nation !’ Quelle est en effet la grande nation dont les dieux soient aussi proches que le Seigneur notre Dieu est proche de nous chaque fois que nous l’invoquons ? Et quelle est la grande nation dont les décrets et les ordonnances soient aussi justes que toute cette Loi que je vous donne aujourd’hui ? »

Psaume : Ps 14 (15), 2-3a, 3bc-4ab, 4d-5
R/ Seigneur, qui séjournera sous ta tente ? (Ps 14, 1a)

Celui qui se conduit parfaitement,
qui agit avec justice
et dit la vérité selon son cœur.
Il met un frein à sa langue.

Il ne fait pas de tort à son frère
et n’outrage pas son prochain.
À ses yeux, le réprouvé est méprisable
mais il honore les fidèles du Seigneur.

Il ne reprend pas sa parole.
Il prête son argent sans intérêt,
n’accepte rien qui nuise à l’innocent.
Qui fait ainsi demeure inébranlable.

2ème lecture : « Mettez la Parole en pratique » (Jc 1, 17-18.21b-22.27)
Lecture de la lettre de saint Jacques
Mes frères bien-aimés, les présents les meilleurs, les dons parfaits, proviennent tous d’en haut, ils descendent d’auprès du Père des lumières, lui qui n’est pas, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses. Il a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures. Accueillez dans la douceur la Parole semée en vous ; c’est elle qui peut sauver vos âmes. Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion. Devant Dieu notre Père, un comportement religieux pur et sans souillure, c’est de visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse, et de se garder sans tache au milieu du monde.

Evangile : « Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes » (Mc 7, 1-8.14-15.21-23)
Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Le Père a voulu nous engendrer par sa parole de vérité, pour faire de nous comme les prémices de toutes ses créatures.
Alléluia. (Jc 1, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées. – Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats. Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. » Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres,mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »
Patrick BRAUD

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23 mai 2014

Fidélité, identité, ipséité

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Fidélité, identité, ipséité

Homélie du sixième dimanche de Pâques / Année A
25/05/2014

Fidélité, identité, ipséité dans Communauté spirituelle« Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent »

Cette citation célèbre d’Edgar Faure illustre son parcours pour le moins multi-cartes sous la IV° République, faisant sans cesse des allers-retours entre le centre droit, Mendès France, la présidence du Conseil, jusqu’au gouvernement de Pompidou ensuite !
Être une girouette est devenu synonyme en français de l’infidélité maximum !

 

Que veut dire : demeurer fidèle ?

Comment rester soi-même alors que tout change autour de soi et en soi ?

Qu’est-ce que la fidélité à l’heure où il y a un divorce pour deux mariages, où les politiques semblent incapables de tenir la parole donnée en campagne électorale ?

Comment changer pour demeurer soi-même ? 

Le Christ nous donne dans cet évangile du sixième dimanche de Pâques trois mots qui font système : « si vous m’aimez, vous demeurez fidèles à mes commandements » (cf. Jn 14, 15­­?21).

Chaque mot s’appuie sur les deux autres pour exister.

Que serait une fidélité rigide observant scrupuleusement les commandements sans amour ?

Que serait un amour-girouette obéissant aux seuls sentiments sans tenir compte des grands impératifs de la vie ensemble ?

Et que serait la loi ou l’éthique si elles nous éloignaient de la fidélité pratiquée avec amour ?

ancreflo fidélité dans Communauté spirituelle 

Pour le Christ – et d’abord parce qu’il le vit ainsi lui-même – la fidélité se nourrit de l’amour et du respect des commandements.

 

On a là deux pôles apparemment en tension l’un avec l’autre : les commandements sont réputés immuables, universels (« tu ne tueras pas »…), alors que l’amour est vivant, donc changeant, évolutif, dynamique.

Observer les commandements, c’est jeter une ancre puissante pour stabiliser le navire et l’empêcher de dériver. Mais c’est une ancre flottante, car aimer oblige à passer sans cesse d’une rive à l’autre…

Paul Ricoeur – philosophe façonné par sa tradition protestante – a formulé avec génie cette dialectique du permanent et du changeant qui est en jeu dans la fidélité. Il distingue l’identité de l’ipséité, dans l’accomplissement de la personnalité de celui qui veut tenir parole.

« D’un côté, l’identité comme mêmeté (latin : idem ; anglais : sameness ; allemand : Gleichheit), de l’autre, l’identité comme ipséité (latin : ipse ; anglais : selfhood ; allemand : Selbstheit) » 1.

- L’identité désigne le côté stable, permanent, structurant du caractère et de la personnalité de quelqu’un

- L’ipséité vise plutôt le mouvement réfléchi de celui qui travaille sur soi pour devenir vraiment lui-même. À cause des événements extérieurs, à cause de la maturation intérieure, chacun évolue et prend conscience de façon plus affinée, de façon différente, de son identité profonde.

Il faut donc conjuguer ces deux dimensions, tout au long d’une existence, de façon dialectique. Car la grande question de la fidélité est d’intégrer le temps humain sans se renier 2.

Se figer sur une identité statique (la mêmeté, dit Ricoeur) et immuable peut engendrer tous les intégrismes, tous les communautarismes et rejets de l’autre que nous voyons proliférer.

Se laisser fasciner par l’ipséité, par la possibilité d’engendrement de soi, peut également aboutir à toutes les dérives, de celles de la théorie du genre aux innombrables fidélités successives qui détruisent les couples, les partis politiques, les entreprises… Alain Finkielkraut a essayé ? avec un esprit polémique discutable - de diagnostiquer cette pathologie de « l’identité malheureuse » qui oublie l’enracinement, et engendre « le vertige de la désidentification » 3.

 

Sans vouloir calquer les deux analyses, on peut quand même entendre dans le trio amour/fidélité/commandements un signe annonciateur (ou du moins cohérent avec) de la dialectique entre l’identité et l’ipséité de Ricoeur.

- Les commandements en effet sont plutôt du côté de l’identité-mêmeté. Ils n’ont pas bougé depuis 2000 ans (depuis 5000 ans même si l’on remonte au code d’Hammourabi). Jésus ne veut surtout pas les abolir (cf. « Accomplir, pas abolir« ). L’interdit du meurtre ou de l’inceste sont gravés dans l’inconscient collectif comme des structurants  fondamentaux du vivre ensemble. Et cela ne bougera pas de sitôt !

- L’amour lui est plutôt du côté de l’ipséité. Par amour de l’autre, on se lance dans de nouveaux projets qui changent la vie : acquérir une maison, devenir parent, donner un autre sens à son travail… Par amour d’une idée ou d’une conviction, on peut être amené à faire des choses nouvelles inconcevables auparavant : partir en Afrique, adopter des enfants, changer de métier, accepter des responsabilités, bref être emmené là où vous n’aviez jamais pensé aller.

 

Comment unir les deux ?

Dans la philosophie de Ricoeur – qui veut rester méthodologiquement athée – c’est la personne, le sujet parlant (et voulant tenir sa parole c’est-à-dire être fidèle à la parole donnée) qui fait l’unité entre eux identité et ipséité. Dans la bouche du Christ, nous l’avons entendu, c’est un autre acteur – pourtant très intime - qui fait le lien : « l’Esprit de vérité ». C’est l’Esprit qui nous permet de discerner ce qui est à conserver et ce qui doit évoluer. C’est dans l’Esprit que nous sommes amenés à décider comment être plus fidèle à nous-mêmes. La vie spirituelle est justement cet aller-retour permanent entre ce qui fait notre être profond et les décisions à prendre pour y correspondre pleinement. L’Esprit nous fait naviguer sur de nouveaux horizons sans nous débarrasser de l’ancre flottante des commandements régulant notre allure, surtout par forte houle et tempête…

Du coup, devenir fidèle est très concret.

lfloikeren01g identitéPrenez la fidélité de l’Église aux commandements juifs. À la lettre, les chrétiens y sont infidèles : nous ne respectons plus le shabbat, ni les 613 commandements très précis encadrant la vie des juifs pratiquants. Pourtant, nous avons l’audace de croire que nous respectons mieux encore l’esprit de ses commandements depuis que le Christ nous a montré comment les accomplir (sans les abolir). L’accomplissement est dans l’amour (de Dieu / de l’autre) : c’est la règle ultime au-dessus de toutes les autres qui permet de les vivre en cohérence avec la présence de Dieu en nous. Au nom de cet accomplissement, le Christ a permis à ses disciples de travailler le jour du shabbat, et lui-même a guéri des malades et handicapés ce jour là. Au nom de l’ipséité pourrait-on dire, l’Église a ensuite permis aux juifs de manger avec les non- juifs, aux païens de ne pas être circoncis pour entrer dans le baptême, aux chrétiens de manger les animaux autrefois déclarés impurs etc.

La vraie fidélité est dynamique, on le voit bien. Pas n’importe quelle dynamique, pas celle de la girouette d’Edgar Faure ! Non : une dynamique pour mieux accomplir les commandements qui structurent notre dignité humaine.

Cette fidélité-là est exigeante : à la fois créatrice et enracinée, souple et avec une forte colonne vertébrale, attentive aux signes des temps et ferme sur ce qui n’est pas négociable.

Cette fidélité-là est féconde : « vous ferez des oeuvres plus grandes que moi » ose dire Jésus (Jn 14,10).

 

« Si vous m’aimez, vous demeurerez fidèles à mes commandements » : examinons les fidélités (ou infidélités) qui ont été / sont les nôtres. Comment peuvent-elles se laisser transformer par ce que le Christ nous en dit aujourd’hui ?

____________________________________________________________________________________________________________

1. Paul Ricoeur, Soi-même comme un autre, Paris, Seuil, coll. Points essais, 1990, p. 140.

2. Dans Temps et récit, Paul Ricoeur avait introduit la notion d’identité narrative à l’occasion d’une discussion sur le sens du temps dans les récits de fiction ; dans Soi-même comme un autre qui porte principalement sur la question de l’identité, il développe à nouveau ce concept en l’explicitant :
« Je me propose de remettre ici en chantier la théorie narrative, non plus dans la perspective de ses rapports avec la constitution du temps humain, comme il a été fait dans Temps et récit, mais de sa contribution à la constitution du soi » ; ibid., p. 138.

3. Alain Finkelkraut, L’identité malheureuse, Stock, 2013.

1ère lecture : Évangélisation de la Samarie (Ac 8, 5-8.14-17)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Philippe, l’un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ.
Les foules, d’un seul c?ur, s’attachaient à ce que disait Philippe, car tous entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même ils les voyaient.
Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits mauvais, qui les quittaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et d’infirmes furent guéris.
Et il y eut dans cette ville une grande joie.

Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils leur envoyèrent Pierre et Jean.
À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour les Samaritains afin qu’ils reçoivent le Saint-Esprit ; en effet, l’Esprit n’était encore venu sur aucun d’entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus.
Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils recevaient le Saint-Esprit.

Psaume : Ps 65, 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20

R/ Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur !

Acclamez Dieu, toute la terre ; 
fêtez la gloire de son nom, 
glorifiez-le en célébrant sa louange.
Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! »

Toute la terre se prosterne devant toi, 
elle chante pour toi, elle chante pour ton nom.
Venez et voyez les hauts faits de Dieu, 
ses exploits redoutables pour les fils des hommes. 

Il changea la mer en terre ferme : 
ils passèrent le fleuve à pied sec. 
De là, cette joie qu’il nous donne. 
Il règne à jamais par sa puissance. 

Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu : 
je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme.
Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, 
ni détourné de moi son amour !

2ème lecture : Soyez les témoins de notre espérance au milieu des hommes (1 P 3, 15-18)

Lecture de la première lettre de saint Pierre Apôtre

Frère,
c’est le Seigneur, le Christ, que vous devez reconnaître dans vos c?urs comme le seul saint. Vous devez toujours être prêts à vous expliquer devant tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. 
Ayez une conscience droite, pour faire honte à vos adversaires au moment même où ils calomnient la vie droite que vous menez dans le Christ.
Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal.
C’est ainsi que le Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes ; lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a été rendu à la vie.

Evangile : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14, 15-21)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Dans l’Esprit Saint, rendez témoignage que Jésus est le Fils de Dieu, car l’Esprit est vérité. Alléluia. (cf. 1 Jn 5, 6)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

À l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité. Le monde est incapable de le recevoir, parce qu’il ne le voit pas et ne le connaît pas ; mais vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous, et qu’il est en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous.
D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous.
Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »
Patrick BRAUD

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