L'homélie du dimanche (prochain)

23 juin 2012

Personne dans la famille ne porte ce nom-là

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Personne dans la famille ne porte ce nom-là

 

Homélie pour la nativité de saint Jean-Baptiste / année B

24 juin 2012

 

Je me souviens encore de ces fiancés qui avaient choisi ce texte d’Évangile pour leur mariage. Choix peu courant en effet ! Loin des standards habituels (la maison bâtie sur le roc, « il n’est pas bon que l’homme soit seul » etc.), ce récit de la naissance de Jean-Baptiste les avait emballés. Pourquoi ? Et quel rapport avec leur mariage ? Parce qu’ils sentaient clairement, sans avoir les mots pour le dire, que la nouveauté apportée par Jean-Baptiste dans sa famille était libératrice pour eux également. Il désirait cette même liberté pour leur couple, et comptaient (à juste titre) sur leur mariage religieux pour les aider à trouver symboliquement la bonne distance avec leurs parents respectifs.

 

Relisons ce texte attentivement.

 

Le 8° jour

La nativité de Jean-Baptiste n’a rien de spécial. C’est sa conception rappelons-le qui était hors normes. Zacharie, le mari d’Élisabeth, avait douté de l’annonce qui lui avait été faite de cette naissance alors qu’il était en service sacerdotal dans le temple de Jérusalem. Du coup, il était ressorti muet du temple : ne pas faire confiance à la parole donnée par Dieu lui avait coupé sa propre parole !

Tout va se dénouer le huitième jour après la naissance, le jour de la circoncision de l’enfant. Huit : le chiffre de la résurrection dans le Nouveau Testament (le Christ est ressuscité le huitième jour de la semaine juive, c’est-à-dire le premier jour de la nouvelle semaine de la nouvelle création du monde). C’est également le chiffre du Messie pour les juifs (cf. les huit lumières de la menorrah). Le huitième jour désigne donc Jean-Baptiste comme celui qui va inaugurer l’ère messianique, celui qui annonce la résurrection du Christ.

 

Huit est en plus le jour de la circoncision des garçons dans la tradition juive. Un jour Personne dans la famille ne porte ce nom-là dans Communauté spirituelledonc où le couteau tranche dans la chair pour séparer ce qui est formellement femelle (le prépuce) du sexe mâle : les rabbins y ont vu, non seulement l’alliance « dans le sang » avec Dieu (c’est pourquoi d’ailleurs les femmes n’en ont pas besoin), mais encore le symbole de l’apprentissage de la juste différence homme/femme, sans confusion. La circoncision apprend à chacun quelle est sa place dans l’humanité sexuée, la juste distance, la juste relation entre hommes et femmes.

Au moment où son fils est circoncis, Zacharie va apprendre lui aussi, comme par une circoncision du coeur, la juste distance, la juste relation avec son enfant. En effet, au lieu de vouloir que son fils lui ressemble, il va accepter qu’il soit autre. Au lieu de photocopier en lui ses projets inassouvis, Zacharie va accepter que Jean-Baptiste soit lui-même, avec une vocation unique et singulière.

 

Le choix du prénom

Le choix du prénom est là encore éminemment symbolique : appeler un fils comme son père (coutume largement répandue jusque avant guerre même chez nous) était lui apposer une marque de fabrique : « tu dois prolonger l’oeuvre de ton père, mon fils, et te situer comme héritier ».

La première, sa mère a protesté contre cette possession paternelle : « non, il s’appellera Jean ». Il a le droit d’être différent et de ne pas vivre à l’ombre de son père. « Vos enfants ne sont pas vos enfants » écrivait le poète libanais Khalil Gibran dans son livre : « le prophète ».

Zacharie accepte alors que le couteau passe aussi entre lui et son fils. : « son nom est Jean » écrit-il puisqu’il est devenu muet. La puissance de cet écrit est immédiate : il retrouve l’usage de la parole, pour « bénir », pour dire du bien de Dieu, lui qui l’avait raillé.

Bien des parents/enfants ont expérimenté cela : lorsque la parole est difficile avec un enfant/parent, voire impossible, il reste encore l’écrit. Dans une lettre, des choses peuvent être dites, se dénouer, et cela devient libérateur.

Il y a si peu d’écrits entre générations, surtout actuellement à l’heure du téléphone omniprésent ! Même les SMS, les mails ou les rapides tweets ne remplaceront jamais les vraies lettres, construites et fortes, où l’on peut se confier en déroulant de A à Z ce que l’on a besoin de dire à l’autre. Entre époux également, on s’écrit si peu ! Et c’est dommage, car une lettre après 25 ans ou 50 ans de vie commune peut avoir une saveur et une intensité extraordinaires.

 

À partir du moment où Elizabeth et Zacharie acceptent que leur fils ne soit pas « comme son père », ils s’ouvrent à la nouveauté radicale que Dieu veut produire à travers eux. « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » objecte-t-on à Élisabeth. Car si on ne donnait pas le nom du père, on donnait au moins un nom connu porté par quelqu’un d’autre dans la famille (un oncle, une tante le plus souvent). Comme s’il fallait absolument répéter pour être rassuré, comme si c’était dangereux de ne pas reproduire ce que nos ancêtres ont déjà réalisé.

 

Le mythe de l’éternel retour

Beaucoup de cultures gardent encore aujourd’hui la trace de cette peur de la nouveauté.  famille dans Communauté spirituelleLes animistes dans leurs rituels cherchent à reproduire ce que les dieux, les génies ou les esprits ont fait autrefois pour rétablir l’harmonie du monde. Le bouddhisme considère la répétition cyclique comme un tel enfer que justement l’anéantissement est le seul moyen d’en sortir, pas la nouveauté. L’islam veut restaurer une révélation monothéiste des origines, et se méfie comme de la peste de toute innovation en matière de religion.

L’historien roumain Mircea Eliade a magistralement étudié cette conception cyclique du temps dans les religions qui veulent revenir « in illo tempore ». Le « mythe de l’éternel retour » qu’il analyse avec finesse est caractéristique de ces religions naturelles : le monde était en harmonie avant, « en ce temps-là », et c’est seulement en revenant en arrière qu’on peut rétablir cet ordre idéal que l’histoire et l’homme ont dégradé.

La Bible rompt avec cette fascination de la répétition : elle ose annoncer un avenir qui n’est pas dans la prolongation du présent, ni du passé ; elle révèle un Dieu qui « fait toutes choses nouvelles » (Apocalypse) et qui introduit de vraies ruptures dans l’histoire humaine.

 

Jean le Baptiste est l’une de ces nouveautés divines. Il ne ressemble à personne de sa famille. Il annoncera celui en qui tout est renouvelé.

On le voit : le choix du prénom est d’une importance capitale dans ce texte.

On comprend mieux pourquoi des fiancés qui avaient besoin de construire une nouvelle relation avec leur famille s’y sont reconnus sans hésiter !

 

Savoir s’interroger

Dernier point enfin.

 Jean BaptisteLes voisins, les proches passent d’une attitude de possession à une attitude d’interrogation : « que sera cet enfant ? » Question ouverte où ils acceptent de ne pas savoir à l’avance ce que deviendra le fils de Zacharie, qui ne lui appartient pas.

 

Ne pas programmer l’identité des générations suivantes, savoir attendre comment cet enfant va être manifesté à Israël, s’émerveiller de la nouveauté que Dieu suscite ainsi pour préparer la route à son messie, savourer la liberté ainsi rétablie entre les générations, faire grandir les plus jeunes sans les prédéterminer : l’enjeu de la circoncision de Jean-Baptiste est notre propre capacité à engendrer, non à reproduire, à devenir nous-mêmes, en faisant du neuf.

 

1ère lecture : Le prophète bien-aimé du Seigneur (Is 49, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Écoutez-moi, îles lointaines ! Peuples éloignés, soyez attentifs ! J’étais encore dans le sein maternel quand le Seigneur m’a appelé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand il a prononcé mon nom. Il a fait de ma bouche une épée tranchante, il m’a protégé par l’ombre de sa main ; il a fait de moi sa flèche préférée, il m’a serré dans son carquois.
Il m’a dit : « Tu es mon serviteur, Israël, en toi je me glorifierai. »
Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. »
Et pourtant, mon droit subsistait aux yeux du Seigneur, ma récompense auprès de mon Dieu. Maintenant le Seigneur parle, lui qui m’a formé dès le sein de ma mère pour que je sois son serviteur, que je lui ramène Jacob et que je lui rassemble Israël. Oui, j’ai du prix aux yeux du Seigneur, c’est mon Dieu qui est ma force.
Il parle ainsi : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob et ramener les rescapés d’Israël : je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre. »

 

Psaume : 138, 1-2.3b, 13-14b, 14c-15b

R/ Je te rends grâce, ô mon Dieu, pour tant de merveilles

 

Tu me scrutes, Seigneur, et tu sais !
Tu sais quand je m’assois, quand je me lève ;
de très loin, tu pénètres mes pensées.
tous mes chemins te sont familiers. 

C’est toi qui as créé mes reins, 
qui m’as tissé dans le sein de ma mère. 
Je reconnais devant toi le prodige, 
l’être étonnant que je suis. 

Étonnantes sont tes oeuvres 
toute mon âme le sait. 
Mes os n’étaient pas cachés pour toi 
quand j’étais façonné dans le secret.

 

2ème lecture : Jean Baptiste a préparé la venue de Jésus (Ac 13, 22-26)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

Dans la synagogue d’Antioche de Pisidie, Paul disait aux Juifs : « Dieu a suscité David pour le faire roi, et il lui a rendu ce témoignage ; J’ai trouvé David, fils de Jessé, c’est un homme selon mon c?ur ; il accomplira toutes mes volontés. Et, comme il l’avait promis, Dieu a fait sortir de sa descendance un sauveur pour Israël : c’est Jésus, dont Jean Baptiste a préparé la venue en proclamant avant lui un baptême de conversion pour tout le peuple d’Israël. Au moment d’achever sa route, Jean disait : ‘Celui auquel vous pensez, ce n’est pas moi. Mais le voici qui vient après moi, et je ne suis pas digne de lui défaire ses sandales.’ Fils de la race d’Abraham, et vous qui adorez notre Dieu, frères, c’est à nous tous que ce message de salut a été envoyé. »

 

Evangile : La naissance de Jean Baptiste (Lc 1, 57-66.80)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Réjouissons-nous de la naissance de Jean : il sera le prophète du Très-Haut, il marchera devant le Seigneur pour lui préparer le chemin. Alléluia. (cf. Lc 1, 76)

 

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Quand arriva le moment où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle.
Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara : « Non, il s’appellera Jean. » On lui répondit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! »
On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Son nom est Jean. » Et tout le monde en fut étonné. À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors les gens du voisinage, et dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements.
Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.
L’enfant grandit et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il devait être manifesté à Israël.
Patrick Braud

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25 décembre 2010

Une famille réfugiée politique

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Une famille réfugiée politique 

 

Homélie pour la fête de la Sainte Famille / Année A

Dimanche 26 Décembre 2010

 

·       D’habitude, pour la fête de la Sainte Famille, on parle… de la vie familiale ! Une foisn’est pas coutume, projetons une autre lecture sur l’évangile de cette fête. Peut-être à cause des récentes Semaines Sociales de France qui avaient pour thème : « Migrants. Un avenir à construire ensemble » les 26 – 28 novembre derniers à Paris (cf. http://www.ssf-fr.org )

 

·       Car notre Sainte Famille traverse visiblement ce que beaucoup de familles réfugiées politiques traversent aujourd’hui.

Lisez bien les deux premiers chapitres de l’évangile de Matthieu : on ne sait pas dans le texte où habitait Joseph avant la naissance de Jésus. Comme si son village d’origine était « flouté ». Bon nombre de clandestins vous diront qu’ils ne peuvent parler de leur pays d’origine, sous peine d’y être ramenés de force, et qu’ils sont obligés à cause de cela de cacher leur passé.

Matthieu précise ensuite que Jésus est né à Bethléem, et qu’après la venue des mages, la famille a été obligée de fuir : « va te réfugier au pays d’Égypte » entend-il en rêve… C’est donc trois réfugiés politiques qui arrivent d’Israël en Égypte : ils fuient la violence du régime d’Hérode où leur vie est menacée. Ils sont obligés de rester immigrés en Égypte jusqu’à la mort du tyran. Quand ils pourront enfin revenir, après cette période d’exil et de migration, ils ne pourront même pas revenir dans le village d’origine de Joseph. En effet, le fils d’Hérode règne en Judée, et Joseph a peur d’y retourner. Il subit alors comme une deuxième émigration, intérieure à son pays, en allant s’établir à Nazareth (toujours averti en rêve), village dont il ne connaît rien sinon qu’il est en Galilée, région plus sûre pour sa famille.

 

·       Voilà donc notre Sainte Famille : d’un village d’origine inconnue, migrante en Égypte, réfugiée politique pendant plusieurs années, déracinée puis replantée ailleurs à Nazareth, l’inconnue…

 

Peut-on alors fêter la Sainte Famille sans penser à toutes ces familles de notre époque encore déracinées, obligées d’émigrer, mendiant le statut de réfugiés politiques là où leurs pas les conduisent ?

Jean-Paul II réaffirmait régulièrement le droit à l’émigration comme un droit fondamental :

« [le bien commun universel] englobe toute la famille des peuples, au-dessus de tout égoïsme nationaliste. C’est dans ce contexte qu’il faut considérer le droit à émigrer. L’Eglise reconnaît ce droit à tout homme, sous son double aspect: possibilité de sortir de son pays et possibilité d’entrer dans un autre pays à la recherche de meilleures conditions de vie » (Message pour la Journée mondiale des migrations 2001).

 

Une famille réfugiée politique dans Communauté spirituelle Familles+r%C3%A9fugi%C3%A9es+%C3%A0+Bassikounou

 

Benoît XVI est lui aussi très clair. Dans son message du 26/10/10 pour la journée mondiale du migrant et du réfugié, il écrit :

« De ce lien profond entre tous les êtres humains découle le thème que j’ai choisi cette année pour notre réflexion : »Une seule famille humaine », une seule famille de frères et s?urs dans des sociétés qui deviennent toujours plus multiethniques et interculturelles, où les personnes de diverses religions aussi sont encouragées au dialogue, afin que l’on puisse parvenir à une coexistence sereine et fructueuse dans le respect des différences légitimes. (?)

Dans le même temps, les États ont le droit de réglementer les flux migratoires et de défendre leurs frontières, en garantissant toujours le respect dû à la dignité de chaque personne humaine. En outre, les immigrés ont le devoir de s’intégrer dans le pays d’accueil, en respectant ses lois et l’identité nationale ».

 

·       Les récentes Semaines Sociales invitaient à dédramatiser le débat sur l’immigration. Chaque année, 80 millions de passagers franchissent les frontières de la France. Sur ce nombre il y a entre 150 000 et 200 000 migrants, soit un pour 400 !

Environ 3 % (seulement) de la population mondiale (6,5 milliards) se transforme en migrants, en se répartissant ainsi :

Migrations Nord => Nord 53 millions / Sud => Sud 61 millions / Nord => Sud 14 millions

Sud => Nord 62 millions.

Ce n’est donc pas un raz-de-marée massif et incontrôlé…

En France, il y a 3,5 millions d’étrangers (soit 5,8 % de la population totale) dont 2 millions sont devenus français. Cette immigration, relativement stable, date de loin (italiens, polonais…). Elle contribue lentement à renouveler et à transformer la société. On estime que un quart de la population résidante en France a au moins un grand parent né à l’étranger !

 

·       Derrière ces chiffres, il y a des visages, des familles, valises à la main, se retrouvant à la rue dans des pays dont ils ne comprennent pas la langue.

Derrière ces chiffres, il y a tant d’associations, chrétiennes notamment : la Cimade, le Secours Catholique, le CCFD, les conférences Saint-Vincent-de-Paul, la Pastorale des migrants etc….

Derrière ces chiffres, il y a… la Sainte famille elle-même : ballottée de Judée à l’Égypte, de l’Égypte à la Galilée, Joseph et Marie protègent leur enfant de la violence politique et religieuse en partant sur les chemins de la migration…

 

Faisons chacun ce que nous pouvons pour soutenir ceux qui les soutiennent, pour participer au débat public sur l’immigration, et y faire entendre la petite voix de l’Évangile…

 

 

1ère lecture : Les vertus familiales (Si 3, 2-6.12-14)

 

Lecture du livre de Ben Sirac le Sage

Le Seigneur glorifie le père dans ses enfants, il renforce l’autorité de la mère sur ses fils.
Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes,
celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor.
Celui qui honore son père aura de la joie dans ses enfants, au jour de sa prière il sera exaucé.
Celui qui glorifie son père verra de longs jours, celui qui obéit au Seigneur donne du réconfort à sa mère.
Mon fils, soutiens ton père dans sa vieillesse, ne le chagrine pas pendant sa vie.
Même si son esprit l’abandonne, sois indulgent, ne le méprise pas, toi qui es en pleine force.
Car ta miséricorde envers ton père ne sera pas oubliée, et elle relèvera ta maison si elle est ruinée par le péché.

 

Psaume : Ps 127, 1-2, 3, 4.5bc

 

R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! A toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni
l’homme qui craint le Seigneur.
Tu verras le bonheur de Jérusalem
tous les jours de ta vie.

2ème lecture : Vivre ensemble dans le Christ (Col 3, 12-21)

 

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Colossiens

Frère,
puisque vous avez été choisis par Dieu, que vous êtes ses fidèles et ses bien-aimés, revêtez votre coeur de tendresse et de bonté, d’humilité, de douceur, de patience.
Supportez-vous mutuellement, et pardonnez si vous avez des reproches à vous faire. Agissez comme le Seigneur : il vous a pardonné, faites de même.
Par-dessus tout cela, qu’il y ait l’amour : c’est lui qui fait l’unité dans la perfection.
Et que, dans vos coeurs, règne la paix du Christ à laquelle vous avez été appelés pour former en lui un seul corps. 

Vivez dans l’action de grâce.
Que la parole du Christ habite en vous dans toute sa richesse ; instruisez-vous et reprenez-vous les uns les autres avec une vraie sagesse ; par des psaumes, des hymnes et de libres louanges, chantez à Dieu, dans vos coeurs, votre reconnaissance.
Et tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus Christ, en offrant par lui votre action de grâce à Dieu le Père.
Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient.
Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle.
Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ; dans le Seigneur, c’est cela qui est beau.
Et vous les parents, n’exaspérez pas vos enfants ; vous risqueriez de les décourager.

 

Evangile : La Sainte Famille en Égypte et à Nazareth (Mt 2, 13-15.19-23) 

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Vraiment, tu es un Dieu caché, Dieu parmi les hommes, Jésus Sauveur ! Alléluia. (cf. Is 45, 15)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Après le départ des mages, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu’à ce que je t’avertisse, car Hérode va rechercher l’enfant pour le faire périr. »
Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l’enfant et sa mère, et se retira en Égypte,
où il resta jusqu’à la mort d’Hérode. Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : D’Égypte, j’ai appelé mon fils.

Après la mort d’Hérode, l’ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l’enfant et sa mère, et reviens au pays d’Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l’enfant. »

Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère, et rentra au pays d’Israël.

Mais, apprenant qu’Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s’y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth.
Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.
Patrick Braud 

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26 décembre 2009

Familles, je vous aime ?

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 03 min

Familles, je vous aime ?

 

Homélie de la fête de la sainte Famille / Année C

27/12/2009

 

Fêter la Sainte Famille à partir des textes de ce dimanche, et dans le contexte social des familles actuelles, cela relève d’une double gageure !

Regardez les familles dans ces textes :

- Anne était stérile ; ou du moins se croyait telle, comme tant de couples aujourd’hui qui ont du mal à avoir des enfants. Elle n’a eu Samuel que tardivement, sur le fil, après avoir supplié Dieu si longtemps. Du coup, elle reconnaît que Samuel – « Dieu exauce » – n’est pas à elle, n’est pas sa propriété : elle le donne au Seigneur, sans retour. Samuel sera élevé dans le temple de Silo, au service de Dieu. Voilà donc un couple qui souffre d’hypo-fécondité, et qui pourtant abandonne son fils unique loin de la cellule familiale…

- Saint Jean lui, dans la deuxième lecture, nous affirme que nous sommes enfants de Dieu, de sa famille donc. Sacrée famille, qui se moque des liens du sang, puisque seuls les liens du baptême comptent !

- L’Évangile nous montre une famille encore plus étrange : Marie, vierge – mère, avec son compagnon Joseph, et le jeune Jésus de 12 ans. Cet épisode ressemble à une fugue à l’envers : ce sont les parents qui partent, et l’enfant qui reste. Mais ce faisant, l’enfant prend le risque d’inquiéter ses parents en marquant en plus une troublante volonté d’autonomie, d’indépendance, voire de séparation. Jusqu’à réclamer une autre filiation que celle, naturelle, qu’on lui avait enseignée. « C’est chez mon Père – mon vrai Père, au temple de Jérusalem – que je dois être ». De quoi mettre en colère Marie et Joseph, ou du moins de quoi les angoisser, et faire de vifs reproches à leur fils.

Voilà donc une autre famille, atypique, confrontée à la première crise de croissance de leur enfant déjà adolescent.

nullDe quoi rassurer nos familles actuelles qui sont elles aussi bouleversées par les évolutions sociales !
Quelques chiffres pour vous rappeler l’ampleur des mutations en cours : 180 000 pactes civils de solidarité (PACS) ont été signé en 2009, pour environ 270 000 mariages (66 %). L’âge moyen du mariage est passé de 22 ans en 1975 à 29 ans aujourd’hui : à cause des études et de la recherche d’emploi, on se marie plus tard.

Les couples non mariés sont passés de 3 % vers 1970 à 22 % en 2006 ! Les divorces ont augmenté de même : de 40 000 divorces en 1970 à 130 000 par an actuellement  (50 % des mariages).

Du coup, les familles monoparentales – expression pudique qui recouvre en fait de grandes solitudes, et de grandes difficultés pour les femmes – sont nombreuses, plus exposées à la précarité et à la pauvreté que les autres… Les familles – en se recomposant – résistent plus ou moins bien à ces ruptures et ces nouvelles alliances.

On pourrait allonger le constat. La famille change, c’est sûr !

Sans qu’il y ait eu d’âge d’or, d’ailleurs, comme nous le montrent les textes bibliques très réalistes sur la complexité familiale.

 

Mais la bonne nouvelle, c’est la capacité de nos familles, d’hier et d’aujourd’hui, à assumer l’éducation de leurs enfants.

Beaucoup de parents, comme Anne, acceptent de ne pas posséder leurs fils, leur fille, et de les laisser aller à leur vocation, comme pour Samuel.

Beaucoup de familles sont capables d’aller au-delà des liens du sang pour recomposer de vraies solidarités.

Beaucoup de parents, comme Marie et Joseph, sont confrontés à de sérieuses difficultés dans l’éducation de leurs enfants. Pourtant, à travers reproches, angoisse, et parfois colère, ils apprennent leur métier d’éducateur : accepter de ne pas tout comprendre, pas tout de suite, faire confiance à la puissance de vie que chaque enfant a en lui, rester disponible aux signes ultérieurs qui aideront l’enfant a trouver sa voie…

 

Pourquoi désespérer de nos familles, telles quels sont ?

 

L'arbre de Jessé, d'où est issu le ChristLa Bible regorge de généalogies mélangées, d’histoires familiale tordues, de séparations et de ruptures, jusque dans la propre histoire familiale de Jésus. Et pourtant Dieu ne cesse pas d’agir à travers tout cela ; et pourtant des rois sont issus d’adultères, des prophètes d’unions polygames, des prêtres de fratries sanglantes…

Jésus lui-même a dans ses ancêtres des assassins, des prostituées, des adultères, des incestueux (cf. Matthieu 1, 1-16) : lui, le fils de David, assume cette histoire compliquée et douloureuse, confiant en la puissance de l’Esprit qui lui fera porter le Messie d’Israël…

 


Fêtons donc la Sainte Famille, non pas avec la nostalgie d’un âge d’or familial qui n’a jamais existé, mais avec la confiance de Marie qui croit en son fils qu’elle a pourtant tant de mal à comprendre…

 

 

 

 

1ère lecture : L’enfant donné par le Seigneur (1 S 1, 20-22.24-28)

Lecture du premier livre de Samuel

Le temps venu, Anne conçut et mit au monde un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle : « Je l’ai demandé au Seigneur. »
Elcana, son mari, monta au sanctuaire avec toute sa famille pour offrir au Seigneur le sacrifice habituel et celui du voeu pour la naissance de l’enfant.
Anne, elle, n’y monta pas. Elle dit à son mari : « Quand l’enfant sera sevré, je l’emmènerai : il sera présenté au Seigneur, et il restera là pour toujours. »
Lorsque Samuel eut été sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la maison du Seigneur, à Silo ; elle avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin.
On offrit le taureau en sacrifice, et on présenta l’enfant au prêtre Éli.
Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi en priant le Seigneur.
C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande.
A mon tour je le donne au Seigneur. Il demeurera donné au Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur.

 

Psaume : 83, 3, 4, 5-6, 9-10

R/ Seigneur, en ta demeure, toute paix, toute joie !

Mon âme s’épuise à désirer
les parvis du Seigneur ;
mon coeur et ma chair sont un cri

vers le Dieu vivant ! 

L’oiseau lui-même s’est trouvé une maison,
et l’hirondelle, un nid :
tes autels, Seigneur de l’univers,
mon Roi et mon Dieu !

Heureux les habitants de ta maison :
ils pourront te chanter encore !
Heureux les hommes dont tu es la force :
des chemins s’ouvrent dans leur coeur !

Seigneur, Dieu de l’univers, entends ma prière ;
écoute, Dieu de Jacob.
Dieu, vois notre bouclier,
regarde le visage de ton messie.

2ème lecture : Dieu fait de nous ses enfants (1 Jn 3, 1-2.21-24)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes bien-aimés, voyez comme il est grand, l’amour dont le Père nous a comblés :il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu- et nous le sommes. Voilà pourquoi le monde ne peut pas nous connaître : puisqu’il n’a pas découvert Dieu.
Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement. Nous le savons : lorsque le Fils de Dieu paraîtra, nous serons semblables à lui parce que nous le verrons tel qu’il est.

Mes bien-aimés,si notre coeur ne nous accuse pas,nous nous tenons avec assurance devant Dieu.
Tout ce que nous demandons à Dieu, il nous l’accorde, parce que nous sommes fidèles à ses commandements, et que nous faisons ce qui lui plaît.
Or, voici son commandement :avoir foi en son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autresc omme il nous l’a commandé.
Et celui qui est fidèle à ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné son Esprit.

 

Evangile : Les parents de Jésus le retrouvent chez son Père (Lc 2, 41-52)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Chaque année, les parents de Jésus allaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque.
Quand il eut douze ans, ils firent le pèlerinage suivant la coutume.
Comme ils s’en retournaient à la fin de la semaine, le jeune Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s’en aperçoivent.
Pensant qu’il était avec leurs compagnons de route, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances.
Ne le trouvant pas, ils revinrent à Jérusalem en continuant à le chercher.
C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions,
et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses.
En le voyant, ses parents furent stupéfaits, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! »
Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être. »
Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
Il descendit avec eux pour rentrer à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son coeur tous ces événements.
Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, sous le regard de Dieu et des hommes.
Patrick BRAUD

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