L'homelie du dimanche

28 août 2017

Le serpent temporel

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Le serpent temporel

Homélie du 22° Dimanche du temps ordinaire / Année A
03/09/2017

 

Cf. également :

L’effet saumon

Le jeu du qui-perd-gagne

L’effet saumon

L’identité narrative : relire son histoire

L’événement sera notre maître intérieur

Bonne année !

Les trois dimensions de Pentecôte

Les thèmes des lectures de ce dimanche sont nombreux : les jérémiades du prophète devant avertir son peuple, le vrai culte spirituel selon saint Paul, Pierre traité de Satan, l’annonce de la Passion et de la venue ultime du Fils de l’homme, et l’insondable impératif : prendre sa croix, perdre sa vie…

Attachons-nous pour une fois au psaume 62 (63) de ce dimanche, tel que la liturgie  nous le livre :

Dieu, tu es mon Dieu,
je te cherche dès l’aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire,
j’ai vu ta force et ta gloire.
Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
Mon âme s’attache à toi,
ta main droite me soutient.

C’est un petit bijou mystique qui parle de quête, de soif, de désir, de faim et de louange.
Regardons plus précisément les temps des verbes du psaume, et la manière dont ils s’enchaînent :

 Ps62 Temps des verbesOn constate que l’orant navigue sans cesse entre passé / présent / futur mais pas dans l’ordre ! Il va du présent solitaire : « tu (absent) /je » et inquiet (« je te cherche ») au présent apaisé (« mon âme s’attache à toi, ta droite me soutient ») et amoureux (moi <=> toi).

Pour parcourir ce chemin d’apaisement et de communion, le psalmiste plonge dans le passé afin de trouver les traces de l’action de Dieu autrefois en sa faveur, puis il revient au présent pour déclarer son amour, laisse jaillir son désir de célébrer la louange de l’être aimé le reste de sa vie. Puis à nouveau il refait une incursion dans son histoire personnelle pour faire mémoire des moments où Dieu est venu à son secours, et revient ainsi apaisé à la jouissance de la présence de Dieu en lui, et de lui en Dieu.

Ce psaume a les accents du Cantique des cantiques (ou l’inverse !), car c’est la même quête qui pousse la bien-aimée vers son amant.

Le serpent temporel dans Communauté spirituelle H28Pourtant, c’est sans doute un lévite qui l’a composé : « lever les mains » et le « festin » font allusion au sacrifice du Temple ; les « ailes » évoquent celles des chérubins dans le Saint des saints du Temple ; le « sanctuaire » (Temple) est le lieu où il contemple Dieu, où il reste des heures pendant son service à chercher et contempler… Ce n’est guère l’image que nous avons d’un lévite, fonctionnaire attaché aux cérémonies et services d’ordre du Temple de Jérusalem. Nous sommes plutôt habitués au lévite scrupuleux de la parabole de Jésus, qui évite le blessé sur la route pour ne pas devenir impur (Lc 10,32). Ou aux lévites venant avec les prêtres soumettre Jésus à une série de questions (« qui es-tu ? ») pour l’examiner sous toutes les coutures et lui tendre des pièges (Jn 1,19).

Eh bien non ! On peut être fonctionnaire et dévoré d’un feu intérieur ; on peut avoir le souci de construire de belles liturgies et les vivre au plus intime comme une quête amoureuse et passionnée. Eugen Drewermann opposait autrefois les « fonctionnaires de Dieu » (die Klëriker) à ceux qui au seuil de nos églises cherchent sans trouver des compagnons de questionnement. Il n’avait pas tort de souligner ce danger, mais notre lévite de ce dimanche nous rassure : le ‘service public de la religion’ n’est pas incompatible avec une authentique vie spirituelle, voire une bouleversante quête mystique en ce psaume 62 ! Bonne nouvelle pour tous les prêtres et agents pastoraux confrontés sur le terrain aux contraintes de ce service public de la religion : leur mission n’est pas obligatoirement usante, ils peuvent au contraire y trouver la source d’une aventure spirituelle intense…

Revenons à ce serpent temporel dont nous avons repéré la reptation dans le psaume : c’est d’une certaine manière la philosophie juive du temps qui s’y exprime. Non pas le temps cyclique des Grecs et autres civilisations polythéistes, avec le mythe de l’éternel retour auquel il faut sacrifier régulièrement pour rétablir l’harmonie originelle ou presque. Non pas le temps linéaire des Lumières, avec son mythe du Progrès qui a engendré tant de désillusions (dont le réchauffement climatique risque d’être la pire). Non : la conception juive du temps est très originale, irréductible aux autres. Elle s’appuie sur la mémoire du passé pour croire que Dieu agira à nouveau, et ainsi s’ancrer grâce à sa promesse dans un présent ouvert à l’intervention divine.

Notre psaume 62 (et bien d’autres) circule avec aisance entre le mémorial, la promesse, la confiance, à la manière des systèmes complexes se nourrissant de boucles rétroactives (feed-back) pour évoluer d’eux-mêmes.

Le christianisme assumera cette vision complexe du temps, avec un ajout  fondamental : l’eschatologie déjà réalisée en Jésus ressuscité. Pour le dire plus simplement : depuis que Dieu a ressuscité Jésus de Nazareth, le futur est déjà accompli, notre avenir est déjà réalisé en Christ. C’est donc de cet avenir que nous tirons force, courage et confiance afin d’affronter le présent, assuré par la mémoire du passé que Dieu est le même, hier aujourd’hui et demain.

Le festin dont parle le psaume 62 fait sûrement allusion aux festins d’animaux qu’engendraient les sacrifices de communion au Temple : on partageait les morceaux après l’offrande entre les membres de la famille et le prêtre. Il nous fait évidemment penser au festin eucharistique où notre espérance est « ancrée dans les cieux » (He 6,19). Dans l’eucharistie nous faisons mémoire de la Pâque du Christ, lui  qui est désormais au-devant de nous, assis à la droite de Dieu, d’où il peut nous accompagner dans nos combats actuels. Notre ‘serpent temporel’ chrétien ressemblerait alors plutôt à ceci :

Serpent temporel

C’est du futur eschatologique que nous viennent foi, espérance, et amour en s’appuyant sur la mémoire de ce que Dieu a fait pour nous, pour chacun. Ce n’est donc pas à la force des  poignets (mythe du Progrès) ni en soumission au destin (mythe de l’éternel retour) que nous construisons notre présent. Nous le recevons, gracieusement, de l’avenir auquel Dieu nous appelle et qui est déjà avec réalisé en Christ ressuscité nous  précédant en avant. Le passé n’a plus le dernier mot, comme dans la plupart des sciences humaines qui font du présent-futur la prolongation du passé (psychanalyse, économétrie, sociologie…). Il y a de l’imprévu, de l’évènementiel  qui surgit de l’avenir, radicalement imprédictible et irréductible à ce que nous connaissons déjà ou pouvons prévoir.

Cette grammaire des temps chrétienne se plogue bien fort bien avec celle du psaume 62 : il suffit d’ajouter cette note eschatologique où le futur (en Christ) in-forme (donne forme à) notre présent humain.

Les rabbins le disaient à leur manière : « souviens-toi de ton futur »

Que la quête amoureuse et mystique du psaume 62 devienne la nôtre.

Apprenez-le par cœur, il est fait pour cela. Vous vous surprendrez à laisser ses mots monter à vos lèvres lorsque le désir de vivre sera le plus intense, la soif de Dieu la plus inextinguible…

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« La parole du Seigneur attire sur moi l’insulte » (Jr 20, 7-9)
Lecture du livre du prophète Jérémie
Seigneur, tu m’as séduit, et j’ai été séduit ; tu m’as saisi, et tu as réussi. À longueur de journée je suis exposé à la raillerie, tout le monde se moque de moi. Chaque fois que j’ai à dire la parole, je dois crier, je dois proclamer : « Violence et dévastation ! » À longueur de journée, la parole du Seigneur attire sur moi l’insulte et la moquerie. Je me disais : « Je ne penserai plus à lui, je ne parlerai plus en son nom. » Mais elle était comme un feu brûlant dans mon cœur, elle était enfermée dans mes os. Je m’épuisais à la maîtriser, sans y réussir.

Psaume
(Ps 62 (63), 2, 3-4, 5-6, 8-9)
R/ Mon âme a soif de toi, Seigneur, mon Dieu ! (cf. Ps 62, 2b)

Dieu, tu es mon Dieu,
 je te cherche dès l’aube :
mon âme a soif de toi ;
après toi languit ma chair,
terre aride, altérée, sans eau.

Je t’ai contemplé au sanctuaire,
j’ai vu ta force et ta gloire.
Ton amour vaut mieux que la vie :
tu seras la louange de mes lèvres !

Toute ma vie je vais te bénir,
lever les mains en invoquant ton nom.
Comme par un festin je serai rassasié ;
la joie sur les lèvres, je dirai ta louange.

Oui, tu es venu à mon secours :
je crie de joie à l’ombre de tes ailes.
Mon âme s’attache à toi,
ta main droite me soutient.

Deuxième lecture
« Présentez votre corps en sacrifice vivant » (Rm 12, 1-2)
Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains
Je vous exhorte, frères, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps – votre personne tout entière –, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu : c’est là, pour vous, la juste manière de lui rendre un culte. Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait.

Évangile
« Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même » (Mt 16, 21-27)
Alléluia. Alléluia.
Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel. Alléluia. (cf. Ep 1, 17-18)
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu
En ce temps-là, Jésus commença à montrer à ses disciples qu’il lui fallait partir pour Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué, et le troisième jour ressusciter. Pierre, le prenant à part, se mit à lui faire de vifs reproches : « Dieu t’en garde, Seigneur ! cela ne t’arrivera pas. » Mais lui, se retournant, dit à Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. »
 Alors Jésus dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera. Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? Et que pourra-t-il donner en échange de sa vie ? Car le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père ; alors il rendra à chacun selon sa conduite. »
Patrick BRAUD

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24 avril 2017

Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier

Homélie pour le 3° dimanche de Pâques / Année A
30/04/2017

Cf. également :

Le premier cri de l’Église

La grâce de l’hospitalité

Bon foin ne suffit pas

Ascension : la joyeuse absence

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

L’événement sera notre maître intérieur

2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

Le récit d’Emmaüs

La référence à Emmaüs est devenue un passage obligé dans nos représentations eucharistiques, depuis les tableaux de Rembrandt (au moins 9 sur le sujet!) à la prière eucharistique pour les grands rassemblements : « comme jadis pour les disciples d’Emmaüs, il explique pour nous les Écritures et nous partage le pain ». L’expression « comme jadis » tend à mettre le récit d’Emmaüs au même rang fondateur que les récits d’institution de l’eucharistie. Cette prière eucharistique transpose  explicitement le récit d’Emmaüs au « repas de l’amour » qu’est chaque eucharistie.

La liturgie des Heures, depuis la réforme liturgique suite à Vatican II, est profondément marquée par les références à Emmaüs (l’ancien Bréviaire romain ne le mentionnait que deux fois). Un hymne sur six environ du temps ordinaire y renvoie. Les lectures, antiennes et répons du temps pascal y font fréquemment allusion.

 

Les 5 E dans le même panier !

Louis-Marie Chauvet [1] analyse le texte en quatre parties, sur fond d’aller-retour à Jérusalem, qui est à la fois le symbole (spatial) du lien entre Jésus et l’Église, et celui (temporel) de la méditation des Écritures – chère aux Juifs – pendant le temps de marche sur la route (cf. Dt 6,7). On peut reformuler ces résultats, désormais classiques, en disant que l’eucharistie, telle qu’elle apparaît dans cette relecture d’Emmaüs, est la symbolisation (la mise-ensemble) des ‘E’ constitutifs de la vie chrétienne, ce qui signifie alors que les 5 ‘E’ suivants sont « mis dans le même panier » lorsque l’ekklèsia se rassemble pour l’eucharistie.

L’aller-retour symbolique des deux disciples, de Jérusalem à Emmaüs, nous invite en ce temps pascal à mettre tous nos œufs dans le même panier !

Il y a en effet cinq E dans ce texte, que l’Esprit du Ressuscité nous appelle à réunir afin de reconnaître sa présence-absence.

Oeuf coloré, Panier de Pâques, Nid de Pâques, Oeuf de Pâques, Multicolore, Food, Tourner (Mouvoir en rond), Sans Personnage, Stock Footage,

 

1) E comme Événement

« Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit : « Quels événements ? »

Et ils racontent…

L'événement sera notre maître intérieurPar définition, l’événement est ce qui surgit, imprévu (ex-venire en latin = venir d’ailleurs), non maîtrisé. C’est aussi bien la crise financière de 2008 qu’un divorce trop rapide, une opportunité professionnelle inespérée qu’une rencontre merveilleuse. L’événement nous surprend, nous déroute, nous oblige à sortir de notre zone de confort. Pour les deux disciples d’Emmaüs, les événements de la semaine sainte sont si perturbants et inattendus qu’ils en ont perdu toute espérance :

« Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël ».

Manifestement rien ne s’est déroulé comme prévu, et le bruit des clous dans le bois de l’infâme  gibet de la croix a résonné comme le glas de leur ultime désillusion.

Pourtant, ils racontent tout cela à l’inconnu de passage. Et c’est ce qui va les préparer à accueillir son interprétation à lui des événements pour eux si obscurs.

« L’événement sera notre maître intérieur » (Emmanuel Mounier).

Nous avons tous besoin de raconter à d’autres les événements qui nous désarçonnent. Il nous faut trouver les mots, construire un récit en se confiant à quelqu’un, même un inconnu de passage (confesseur, accompagnateur spirituel, psychologue, équipe de révision de vie, ami fidèle…).

 

2) E comme Écriture

Le Ressuscité entend la soif de sens qu’expriment les disciples déroutés par les événements.

« Alors, il leur interprète dans l’Écriture ce qui le concernait ».

La Bible est le code qui nous permet de déchiffrer nos existences humaines.

Récitant les psaumes, nous y retrouvons notre colère, notre cri de souffrance, notre clameur d’espérance. Revivant la Passion du Christ dans les Évangiles, nous y reconnaissons les injustices qui nous frappent, les humiliations qui nous dégradent, les exclusions qui nous tuent. Avec Job nous nous révoltons devant Dieu à cause de ce qui nous arrive. Avec Jacob, nous luttons contre Dieu et nous nous roulons avec lui dans la poussière de nos combats intérieurs. Avec Abraham, nous avons envie de lever la main sur ce qui nous est le plus cher, jusqu’à ce que la violence nous apparaisse à nouveau comme interdite.

Impossible de comprendre quelque chose de Dieu dans les événements de nos vies si nous ne revenons pas à l’Écriture, lue, proclamée, interprétée.

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Les Pères de l’Église ont abondamment commenté ce texte en ce sens.
Par exemple Guillaume Durand, évêque de Mende (vers 1551), transmet une interprétation où la fraction du pain renvoie à l’explication des Écritures plus qu’à l’eucharistie : « il y est dit qu’ils reconnurent le Christ à la fraction du pain. Qu’est-ce que la fraction du pain sinon l’explication de l’Écriture ? Car c’est là que le Seigneur est reconnu ».

Ambroise de Milan (340-397) établit un parallèle entre la multiplication du pain de la Parole par la prédication et celle du pain eucharistique par la fraction. Dès lors, le pain que rompt Jésus est le pain de la parole, ce pain que distribuent les Apôtres et qui se multiplie à la mesure même de sa distribution : « dum dividitur, augetur » (Augustin), c’est-à-dire « il augmente pendant qu’il est divisé ». Le pain eucharistique « continue et parfait le don du Christ en sa parole ». Autrement dit, la parole conduit au pain eucharistique : « Tu as la nourriture fournie par les Apôtres; mange-la et tu ne défailliras pas. Cette nourriture, mange-la d’abord afin de pouvoir venir ensuite à la nourriture du Christ, à la nourriture du Corps du Seigneur… » Cette théologie du rapport parole et pain renvoie à Origène. On connaît le célèbre passage où celui-ci réclame le même respect pour la parole de Dieu que pour son corps eucharistique : « Si, pour conserver son corps, vous prenez tant de précaution, et à juste titre, comment croire qu’il y a un moindre sacrilège à négliger la parole de Dieu qu’à négliger son corps ? »

 

3) E comme Éthique

« Reste avec nous, car déjà le soir approche ».

Emmanuel Lévinas - Ethique et infini - Dialogues avec Philippe Nemo.L’hospitalité est encore aujourd’hui une vertu cardinale des peuples du Moyen-Orient et d’Afrique. Impensable de laisser un étranger tout seul dans la nuit ! L’éthique est bien ce sentiment de responsabilité envers l’autre, simplement parce qu’il est humain, et envers l’environnement, simplement parce qu’il est création de Dieu. Les événements médités et interprétés à la lumière de la Bible nous conduisent à prendre des engagements concrets, risqués, pour ce et ceux qui nous entourent.

Les Pères de l’Église n’ont cessé de souligner le lien qui unit les sacrements et la morale, la mystique et l’éthique. Grégoire le Grand (pape de 590 à 604) interprète le texte dans un sens éthique : « Les disciples dressent le couvert, servent la nourriture : Dieu qu’ils n’avaient pas reconnu quand il commentait la sainte Écriture, ils le reconnaissent à la fraction du pain. Ce n’est donc pas d’entendre les commandements de Dieu, c’est de les pratiquer qui les a éclairés ». C’est une exhortation à pratiquer l’hospitalité, qui traduit la perception très fine du rapport entre l’éthique chrétienne et l’expérience de la rencontre du Christ : « Recevez le Christ à votre table pour mériter d’être reçus par lui au banquet éternel; offrez maintenant un gîte au Christ-étranger, pour que, au moment du jugement, il ne vous ignore pas comme des étrangers, mais vous reçoive dans son royaume, comme des membres de sa famille ». Lecture mystique, et non moralisante, des implications éthiques de l’eucharistie.

St Augustin (354-430) fondait déjà cette interprétation éthique de Grégoire dans le lien entre l’accueil de l’étranger et la révélation du Christ : « Apprenez donc à pratiquer l’hospitalité; vous lui devez de reconnaître le Christ ».
« Retiens l’étranger si tu veux reconnaître ton Sauveur ».

L’Apologie de St Justin (100-165) décrit le partage avec les pauvres comme un élément liturgique structurant de l’eucharistie :
« [le jour du soleil, au cours de la réunion eucharistique] les fidèles, qui sont dans l’aisance et qui veulent donner, donnent librement, chacun ce qu’il veut ; ce qu’on recueille est remis à celui qui préside et c’est lui qui vient en aide aux orphelins et aux veuves, à ceux qui sont dans le besoin par suite de maladie ou pour toute autre cause, aux prisonniers, aux voyageurs, aux étrangers ; bref, il vient en aide à tous les malheureux. »

 

4) E comme Eucharistie

« Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna ».

sacrement de l'eucharistieLe geste est clairement eucharistique. Il ne vient qu’en quatrième position dans le texte. C’est assez dire que le sacramentel doit d’abord être précédé par tout un chemin catéchuménal, où l’on prend le temps de parler de soi, de se référer à l’Écriture, de transformer ses modes de vie. Alors peut venir le temps de la célébration et les sacrements. L’eucharistie enroule autour du geste de la fraction du pain ces différents éléments. Elle unit l’intime de nos vies, le tranchant de l’Écriture et le sérieux de nos engagements éthiques. Elle met un visage – celui du Ressuscité – sur le feu intérieur qui nous brûle. Elle révèle la cohérence de l’amour de Dieu à travers nos Passions. Elle dessine des lignes de force au milieu de nos fractures et de nos trajectoires multiples.

La théologie des deux tables opérée par le Concile Vatican II unit l’interprétation patristique sur la multiplication de la Parole, et celle plus moderne sur la fraction eucharistique comme sacrement pascal. « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a toujours fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de  prendre le pain de vie sur la table de la parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles ». (Dei Verbum 21; Sacrosanctum Concilium 48 ; 51). Le Missel Romain de Paul VI reprend ce thème des deux tables dans la Présentation Générale : « La messe comporte deux parties: la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique [...] En effet, la messe dresse la table aussi bien de la parole de Dieu que du Corps du Seigneur, où les fidèles sont instruits et restaurés » (PGMR 8).

 

5) E comme Église

L’eucharistie fait se lever les disciples « à l’instant » pour retourner à Jérusalem retrouver les Onze. Eux qui s’éloignaient de la communauté, avec leurs regrets et leurs déceptions, ils y reviennent maintenant le cœur brûlant.

L’Église naît du besoin impérieux de partager avec d’autres l’éblouissement de nos illuminations les plus personnelles. C’est la joie communicative et extensive des amoureux incapables de taire leur encontre. C’est le chant incompressible, au-delà des paroles, qui nous fait exulter devant un paysage magnifique ou une musique incroyable.

L’Église est le fruit de la communion eucharistique car elle se nourrit de cette séquence d’Emmaüs : événements – écriture – éthique – eucharistie. Revenir vers Jérusalem est le signe d’une résurrection de l’espérance dont l’Église est le réceptacle et le catalyseur.

Elle est le sacrement fondamental de la communion salutaire offerte en Jésus-Christ (Lumen Gentium 1).

St Jérôme (347-420) atteste de l’existence d’une Église à Nicopolis, où l’on conservait la mémoire de notre épisode : « Nicopolis, qui auparavant s’appelait Emmaüs, près de laquelle le Seigneur, reconnu à la fraction du pain, consacra en église la maison de Cléophas (Cleopae domum in ecclesiam dedicavit ) ». Ce qu’on peut relire aujourd’hui, au-delà de l’indice archéologique, comme la trace d’une conviction évidente liant l’eucharistie et l’Église dans la conscience de Jérôme. L’eucharistie « enroule » symboliquement le Christ et l’Église dans une communion d’amour indissoluble.

Le pape François arrive au Campus Misericordiae entouré par des jeunes, samedi soir à Cracovie.

L’évangile des pèlerins d’Emmaüs met ensemble (c’est le sens du mot grec : sym-bole) les cinq E de Pâques  et nous invite à faire de même. Rompre le lien entre un seul de ces points et les autres, c’est morceler le Corps du Christ et rompre l’unité de la foi.

Quels sont les œufs de Pâques qui manquent à votre panier ?

Comment allez-vous laisser l’espérance pascale vous ressusciter ?

 


[1] . Cf. CHAUVET Louis-Marie,  Du symbolique au symbole. Essai sur les sacrements,  Cerf, coll. Rites et Symboles, Paris, 1979 ; étude reprise et amplifiée dans : CHAUVET L.M.,  Symbole et Sacrement. Une relecture sacramentelle de l’existence chrétienne, Cerf, coll. Cogitatio Fidei n° 144, Paris, 1987, pp. 167-194.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence. Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.

PSAUME

(Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11)

R/ Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie.
ou : Alléluia ! (Ps 15, 11a)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)
Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez :ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

ÉVANGILE
« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)
Alléluia. Alléluia.
Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine),deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
 Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit :« De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit :« Quels événements ? » Ils lui répondirent :« Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. »Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Patrick BRAUD

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23 décembre 2015

Une sainte famille « ruminante »

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Une sainte famille « ruminante »

Cf. également :

Fêter la famille, multiforme et changeante
La vieillesse est un naufrage ? Honore la !
La Sainte Famille : le mariage homosexuel en débat
Une famille réfugiée politique
Familles, je vous aime ?

Homélie pour la fête de la Sainte famille / Année C
27/12/15

Marie la ruminante

Évidemment, dit comme cela, c’est un peu vache pour Marie !

Pourtant c’est peut-être le terme qui en français correspond le mieux au verbe grec employé par Luc : dia-tereo (δια-τηρέω) = garder précieusement, conserver au-dedans de soi. « Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements » (cf. l’épisode de Jésus au Temple de Jérusalem Lc 2, 41-52). 

Le contexte est célèbre. C’est celui du premier signe d’autonomie du jeune Jésus, pré-ado  de 12 ans, qui échappe à la surveillance de ses parents pour rester au Temple de Jérusalem. Un peu comme un de ces grands ados perdus dans la lecture des BD des rayons de la FNAC, qu’on oublierait en partant et qui serait toujours là trois jours après pour ferrailler avec les meilleurs vendeurs spécialistes de Goscinny ou de Bilal…

Le fait est que Marie (et Joseph) ne comprend pas pourquoi il leur a fait ce coup-là. Il n’y avait pas eu de signes avant-coureurs de cette volonté d’indépendance. La peine de Marie est celle de toutes les mères croyant que leur fils leur échappe, vers un inconnu menaçant.

Afficher l'image d'origineMarie est loin de dramatiser et d’en faire toute une scène. Non, après un simple reproche, la vie familiale semble reprendre son cours d’avant (« il leur était soumis »). Du coup, Marie aurait pu oublier, classant comme anecdotique et sans réelle signification cet écart bénin de Jésus, ainsi que son énigmatique réponse. Mais non, elle sait bien qu’il y a là l’amorce de quelque chose d’important qu’elle ne comprend pas encore. Alors, sans bousculer les choses, elle met en mémoire cet événement non déchiffré, un peu comme on enregistre sur son disque dur un fichier dont on se dit qu’il faudra bien aller le décortiquer plus tard.

Depuis l’Annonciation, Marie sent bien qu’elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive ; il lui faut faire confiance, et attendre la fin de l’histoire (la Résurrection) pour saisir enfin le vrai sens des événements étranges qui jalonnent la vie de son enfant. Ici c’est au Temple de Jérusalem. Plus tard ce sera à Cana (Jn 2, 1-12), où sans comprendre de quelle « heure » lui parle Jésus, elle dira pourtant aux serviteurs de « faire tout ce qu’il vous dira ». Puis ce sera quand elle le cherchera à nouveau, le croyant perdu, voulant le ramener à Nazareth avec ses cousins et sa famille : « ta mère et tes frères sont là dehors qui te cherchent ». La réponse de Jésus sera cinglante : « qui est ma mère ? » (Lc 8, 19-20). Là encore elle ne comprendra pas tout de suite mais elle gardera cette parole en son coeur : « celui qui fait la volonté de mon Père, voilà ma mère, mes frères, mes sœurs ».

Et que dire de l’incompréhension douloureuse de Marie devant la croix ? Comment : c’est ainsi que tout se termine ? Tout cela n’avait donc aucun sens ? À travers ses larmes, Marie gardera pourtant la parole de son fils crucifié : « voici ton fils » (Jn 19,26) , en désignant Jean, et elle découvrira plus tard que Jésus l’a confiée à l’Église, et a confié l’Église à Marie.

« Ruminer » les événements (au sens positif du terme), alors même qu’ils sont incompréhensibles sur l’instant, fait donc partie de la vie spirituelle de Marie, du début à la fin de l’existence de Jésus. Elle ne se laisse pas dérouter par l’étrangeté apparente du comportement de son fils, ni même par sa mort infâme. Elle ne comprend pas tout ce qui lui arrive [1], mais elle sait qu’elle ne comprend pas, et sans s’affoler en fait l’objet d’une méditation intérieure : un jour, tout s’éclairera. Comme les pièces d’un puzzle tombant de manière désordonnée sur une table, Marie ne perd pas une miette des événements, les met de côté, essaie de les assembler peu à peu, et attend, pleine d’espérance, que le motif général du puzzle apparaisse enfin à travers les morceaux éparpillés.

Cette attitude intérieure de Marie est devenue la nôtre : nous ne comprenons pas tout ce qui nous arrive. Il nous faut ruminer ces événements, les tourner et retourner au dedans de nous jusqu’à ce qu’une parole, une rencontre les éclaire, les insère dans le puzzle de notre histoire personnelle…

Les autres usages du verbe dia-tereo dans la Bible

Le verbe « garder précieusement » n’est utilisé que deux fois dans la Bible : ici en Luc 12,8, et en Ac 15,9 :

« L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d’autres charges que celles-ci, qui sont indispensables : vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes. Vous ferez bien de garder tout cela. Adieu. »

On le voit : il s’agit de conserver et d’appliquer fidèlement les décisions du concile de Jérusalem. Le verbe se colore en Ac 15,9 d’une nuance pratique : garder précieusement en son coeur, ce n’est pas seulement se souvenir et chercher à interpréter, c’est également mettre en pratique ce qui est dit, et vivre déjà de ce qu’on ne comprend pas encore totalement.
Ainsi en est-il pour nous aujourd’hui.

Il y a deux autres usages  du verbe ‘garder’ qui se rapprochent de Luc 12,7 : Gn 37,11 et Ps 12,8

Gn 37,11 : « Joseph eut encore un autre songe, et il le raconta à ses frères. Il dit : J’ai eu encore un songe ! Et voici, le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant moi. Il le raconta à son père et à ses frères. Son père le réprimanda, et lui dit : Que signifie ce songe que tu as eu ? Faut-il que nous venions, moi, ta mère et tes frères, nous prosterner en terre devant toi ? Ses frères eurent de l’envie contre lui, mais son père garda  (tereo) le souvenir de ces choses. »

Jacob, le père de Joseph, réagit comme Marie au récit du rêve étrange des astres s’inclinant que vient de faire Jacob. Il ne comprend pas ce rêve, ne sait pas l’interpréter  (et pas seulement parce que Sigmund Freud n’avait pas encore écrit son livre sur l’interprétation des rêves, fortement inspiré par la Bible…). Alors il engrange précieusement : cela me servira sans doute plus tard. Et de fait, quand Jacob deviendra premier ministre d’Égypte et se fera reconnaître de sa famille, son père se souviendra de cette annonce voilée de la dignité de Joseph qu’il n’avait pas pu déchiffrer à l’époque.

Ps 12,8 : « Parce que les malheureux sont opprimés et que les pauvres gémissent, maintenant, dit l’Éternel, je me lève, j’apporte le salut à ceux contre qui l’on souffle. Les paroles de Éternel sont des paroles pures, un argent éprouvé sur terre au creuset, et sept fois épuré. Toi, Éternel ! tu les garderas (tereo), tu les préserveras de cette génération à jamais. »

C’est Dieu lui-même qui va sauvegarder les pauvres de son peuple, les protéger du mal. Ruminer sa parole est pour Dieu un engagement très concret à sauver les humiliés, les opprimés du peuple.
Ainsi doit-il en être également pour nous.

 

Nous sommes un peuple de ruminants

Afficher l'image d'origineCette attitude de Marie ruminant les événements surprenants est devenue celle de l’Église scrutant les signes des temps. Persécution par des musulmans au Moyen-Orient, en Asie ou en Afrique, désaffection de la part des jeunes générations européennes, chute du mur de Berlin, soif d’une spiritualité écologique… : tant de choses nous arrivent que les chrétiens mettent du temps à comprendre. Il aura fallu le génie prophétique de saint Jean XXIII pour lire dans les aspirations des années 60 une préparation évangélique extraordinaire (mondialisation, décolonisation, promotion de la femme, montée en puissance des sciences  et des techniques etc.). Il aura fallu la clairvoyance de saint Jean-Paul II pour comprendre que le communisme était en train de s’effondrer, ouvrant la voie à un renouveau spirituel inouï à l’Est. Il aura fallu l’attachement franciscain du jésuite pape François pour publier la première encyclique écologique (Laudato si), texte fondateur accompagnant la prise de conscience d’un environnement menacé (COP 21) etc.

 

Chacun de nous est un ruminant !

Ce qui est vrai au plan collectif l’est aussi au plan individuel.

Bon nombre d’événements  nous percutent, nous bousculent, dont nous ne savons trop quoi faire sur l’instant.

Une visite médicale qui décèle une tumeur à opérer en urgence, un SMS caché dans le téléphone du conjoint qui révèle une relation où le couple se délite, un licenciement brusque et brutal qui vient tout compromettre… Ces tuiles nous tombent dessus avec plus de violence que l’argile tombant du toit. Qu’en faire ? Comment réorienter sa vie à partir de là ? Qu’y a-t-il à écouter, à comprendre dans cet événement imprévu qui s’impose ? Heureusement il n’y a pas que des tuiles, il y a également des cadeaux inattendus : une confidence, une perspective qui s’éclaire, une découverte enthousiasmante, un éblouissement devant la beauté d’une nature, d’une musique, d’un livre…
Qu’en faire ?

Là encore, la rumination de Marie nous invite à ne pas réagir trop vite. Il faut parfois savoir attendre pour comprendre, et garder précieusement dans son coeur le choc – douleur ou bonheur - de l’événement, pour savoir en distiller l’arôme et le nectar pour la suite.

 

Une famille ruminante

La bonne nouvelle est que nous pouvons nous aider en famille à ruminer ainsi ce qui nous arrive. Regardez la Sainte Famille. Joseph avait bien vu que Marie était enceinte sans lui. Il n’a pas sur-réagi ; il a pris le temps de réfléchir ; et cela lui a permis d’accueillir en songe la clé de ce qui lui nouait le coeur. Jésus quant à lui a pris 30 ans pour observer, apprendre la vie humaine à Nazareth. Il a ruminé ce que lui disaient les métiers, les paysages, le lac, la pêche, la loi, la synagogue… Et tous ses enseignements montrent que c’est dans cette rumination du quotidien qu’il puise la plupart de ses paraboles et de ses maximes.

Marie et Joseph, et Jésus avec eux, ne cessaient pas de garder précieusement dans leur coeur ce qui leur arrivait, pour en faire leur miel.

Afficher l'image d'origineNous aussi, devenons des ruminants des événements qui nous tombent dessus, grâce à la Parole de Dieu qui projette sur eux une interprétation nouvelle, grâce également au temps et à la patience sans lesquels tout demeure confus. Il ne s’agit pas de ressasser négativement, mais de garder précieusement dans sa mémoire, dans son intelligence, dans son coeur, ce qui va constituer l’humus de notre avenir en marche vers nous…

Ruminez la journée écoulée le soir avant de vous coucher.

Ruminez en couple les heurts et bonheurs de votre relation, de votre famille.

Ruminez dans votre travail tous les signes annonciateurs ‘d’autre chose’.

Ruminez, ruminez…

Et la cohérence profonde de votre existence vous apparaîtra, tel le motif d’un puzzle où  enfin tout se met en place.

Jusqu’à ce que, à la fin, grâce à notre soeur la mort, nous puissions enfin connaître comme nous sommes déjà connus.

 


[1]. Les disciples non plus ! cf. Lc 18,34 : « Les disciples ne comprirent rien à tout cela, c’était pour eux un langage énigmatique et ils ne savaient pas ce que Jésus voulait dire ».

 

 

1ère lecture : « Samuel demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie » (1 S 1, 20-22.24-28)
Lecture du premier livre de Samuel

Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle. Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle, « Je l’ai demandé au Seigneur. » Elcana, son mari, monta au sanctuaire avec toute sa famille pour offrir au Seigneur le sacrifice annuel et s’acquitter du vœu pour la naissance de l’enfant. Mais Anne n’y monta pas. Elle dit à son mari : « Quand l’enfant sera sevré, je l’emmènerai : il sera présenté au Seigneur, et il restera là pour toujours. » Lorsque Samuel fut sevré, Anne, sa mère, le conduisit à la maison du Seigneur, à Silo ; l’enfant était encore tout jeune. Anne avait pris avec elle un taureau de trois ans, un sac de farine et une outre de vin. On offrit le taureau en sacrifice, et on amena l’enfant au prêtre Éli. Anne lui dit alors : « Écoute-moi, mon seigneur, je t’en prie ! Aussi vrai que tu es vivant, je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier le Seigneur. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. À mon tour je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à la disposition du Seigneur tous les jours de sa vie. » Alors ils se prosternèrent devant le Seigneur.

Psaume : Ps 83 (84), 2-3, 5-6, 9-10

R/ Heureux les habitants de ta maison, Seigneur ! (Ps 83, 5a)

De quel amour sont aimées tes demeures,
Seigneur, Dieu de l’univers.
Mon âme s’épuise à désirer les parvis du Seigneur ;
mon cœur et ma chair sont un cri vers le Dieu vivant !

Heureux les habitants de ta maison :
ils pourront te chanter encore !
Heureux les hommes dont tu es la force :
des chemins s’ouvrent dans leur cœur !

Seigneur, Dieu de l’univers, entends ma prière ;
écoute, Dieu de Jacob.
Dieu, vois notre bouclier,
regarde le visage de ton messie.

2ème lecture : « Nous sommes appelés enfants de Dieu – et nous le sommes » (1 Jn 3, 1-2.21-24)
Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu – et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est.

 Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.

 Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.

Evangile : « Les parents de Jésus le trouvèrent au milieu des docteurs de la Loi » (Lc 2, 41-52)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Seigneur, ouvre notre cœur pour nous rendre attentifs aux paroles de ton Fils.
Alléluia. (cf. Ac 16, 14b)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Chaque année, les parents de Jésus se rendaient à Jérusalem pour la fête de la Pâque. Quand il eut douze ans, ils montèrent en pèlerinage suivant la coutume. À la fin de la fête, comme ils s’en retournaient, le jeune Jésus resta à Jérusalem à l’insu de ses parents. Pensant qu’il était dans le convoi des pèlerins, ils firent une journée de chemin avant de le chercher parmi leurs parents et connaissances. Ne le trouvant pas, ils retournèrent à Jérusalem, en continuant à le chercher. C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant ! » Il leur dit : « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. Il descendit avec eux pour se rendre à Nazareth, et il leur était soumis. Sa mère gardait dans son cœur tous ces événements. Quant à Jésus, il grandissait en sagesse, en taille et en grâce, devant Dieu et devant les hommes.
Patrick BRAUD

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26 novembre 2014

Se laisser façonner

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Se laisser façonner

Homélie du premier dimanche de l’Avent / Année B
30/11/2014

cf. également : L’absence réelle

 

« Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains. » (cf. Is 63,16-64,7)

L’atelier d’un sculpteur

Un atelier d’artiste est toujours un pèlerinage à accomplir.

Une amie sculptant l’argile m’a fait visiter le sien récemment, et l’enchantement ne m’a pas quitté pendant une heure de voyage à travers les univers émergeant de ses mains.

Tout commence par la brique de terre argileuse, compacte, dense, empaquetée comme un pain de plastic prêt à libérer sa charge. Puis il y a les multiples couteaux, en bois ou en acier, les estèques, ébauchoirs, fils à découper, mirettes et autres outils qui permettent de trancher l’argile, de le rouler en boudins, pour les assembler, leur donner figures et formes. Parfois quelques pigments sont à mélanger pour obtenir les reflets désirés. Certaines créations demandent des semaines avant d’atteindre leur maturité. Précieusement préservées de la dessiccation, humidifiées avec délicatesse, elles évoluent au gré de l’inspiration de l’artiste et du travail de ses mains. Puis vient le four et sa cuisson dosée avec soin, en durée et en température, par paliers. Moment de vérité où les défauts incrustés peuvent faire éclater la composition, où la jambe d’une girafe peut prendre une mauvaise position dans laquelle l’animal va se figer, déséquilibré à jamais. Reste enfin à mettre en scène la sculpture ainsi réalisée : faire asseoir tel gamin sur un bout de bois, accrocher tel pivert à son arbre, mettre la famille des hérissons en file indienne pour traverser la route…

Les chevaliers réglables en hauteur témoignent dans l’atelier du face-à-face argile  / artiste, d’où émergent le regard, la silhouette, le vêtement de la sculpture.

« Liens d’argile » : le nom choisi pour l’atelier convenait idéalement aux créations ocres, blanches ou grises assises sur les étagères. Un père faisant la lecture à ses deux garçons ; deux jeunes filles partageant une tablette numérique ; une grand-mère à lunettes en bonne compagnie de son roman sur un banc public… L’argile était ici mise au service de la relation entre les âges, les rôles, les êtres.

Se laisser façonner dans Communauté spirituelle modelage-sculpture-argile


Les évènements nous façonnent

Dans un tel atelier de sculpture, les paroles d’Isaïe résonnent avec une force extraordinaire :
« Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains. »

Isaïe médite sur les déboires d’Israël. Exilé à Babylone, il est quasiment en voie de disparition à son époque. Il lui serait naturel de se croire abandonné. Isaïe invite Israël à se découvrir façonné.
mots_101217 argile dans Communauté spirituelle
Façonné par les événements qui viennent de le marquer : l’orgueil des élites de Jérusalem oubliant l’Alliance, l’injustice sociale grandissante, la catastrophe de la prise de la ville par Nabuchodonosor, la déportation douloureuse et humiliante comme toutes les déportations…

À travers tout cela, Isaïe voit Dieu agir à la manière d’un potier : obligé de tenir compte de l’argile telle qu’elle est, avec ses impuretés et ses imperfections, mais obstiné pour en tirer quelque chose, quitte à s’y reprendre à plusieurs fois.
Du coup, le creuset de la déportation qui sonne d’abord comme l’échec de l’orgueil d’Israël peut devenir l’annonce d’une cuisson à travers le feu de l’épreuve. Ce qui est d’emblée une catastrophe va devenir l’expérience de la renaissance, pour peu que le petit reste des croyants se laisse façonner par le feu de l’espérance.

Et de fait, dépouillé de sa volonté de puissance, le germe d’Israël reviendra sur sa terre parce qu’il aura laissé Dieu revenir au coeur de son identité.
Parce qu’il ne pouvait plus appuyer ni sur son roi, ni sur son temple, ni sur sa terre, le peuple est revenu à ce qui le caractérise le mieux : l’Alliance avec Dieu, telle que les textes bibliques la racontent.

Pour l’argile, se laisser façonner demande souplesse, consentement, malléable et ferme à la fois. Pour le croyant, se laisser façonner demande d’abandonner sa seule volonté pour vouloir avec Dieu, de décrypter les événements pour en épouser le sens, de passer à travers le feu pour incarner avec force l’élan désiré par son créateur.

Les événements nous façonnent parfois avec bonheur : un mariage, une réussite professionnelle, des amitiés fécondes qui nous influencent…
L’argile vous racontera aussi qu’il est souvent façonné dans la douleur : on le tranche, on lui enlève, on le malaxe, on le tord, sans qu’il sache tout de suite ce qui est en train de naître de lui.

Voilà donc un enjeu spirituel pour ces cinq semaines d’Avent qui commencent : apprenez à vous laisser façonner !

Pour cela il est indispensable de relire son histoire.

Comment décoder ce qui m’arrive si je ne prends pas le temps et les moyens de réaliser quels chocs, quelles rencontres, quelles batailles jalonnent mon histoire ? Certains le font avec un soutien psychologique, utile parce que compétent. D’autres le font avec l’appui d’un accompagnateur spirituel, ou avec les deux. D’autres passent par l’écrit, car les mots tapés au clavier recèlent les combinaisons codées des événements cryptés. D’autres le font en lisant les mots des autres, dans lesquels ils reconnaissent leur propre chemin, et les mots de la Bible en font partie. D’autres encore…

Peu importe en réalité : l’essentiel est de ruminer ce qui nous arrive pour nous ouvrir à l’oeuvre de Dieu en nous, pour coopérer à l’oeuvre de ses mains sur l’argile de nos vies.

emmanuel-mounier-l-evenement-sera-notre-maitre-9782889182848 évènementSe laisser façonner sera alors un intense travail de consentement à ce que nous sommes en train de devenir à travers tout cela.
Sans résignation aucune : con-sentir, c’est sentir avec Dieu ce vers quoi tel événement nous appelle.

C’est s’engager résolument à habiter la forme qui émerge de l’épreuve ou du bonheur.
C’est épouser le nouveau visage, la nouvelle posture qui sort de main de l’artiste nous façonnant.

« L’événement sera votre maître intérieur » (Emmanuel Mounier).

Quel que soit l’événement, quels que soient les événements qui en ce moment vous réjouissent ou vous inquiètent, laissez-vous façonner à travers eux par la main experte du potier.

« Nous sommes l’argile, c’est toi qui nous façonnes : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains ».

 

 

1ère lecture : Appel au Seigneur pour qu’il vienne (Is 63, 16b-17.19b; 64, 2b-7)
Lecture du livre d’Isaïe

Tu es, Seigneur, notre Père, notre Rédempteur : tel est ton nom depuis toujours. Pourquoi Seigneur, nous laisses-tu errer hors de ton chemin, pourquoi rends-tu nos cœurs insensibles à ta crainte ? Reviens, pour l’amour de tes serviteurs et des tribus qui t’appartiennent. Ah ! Si tu déchirais les cieux, si tu descendais, les montagnes fondraient devant toi. Voici que tu es descendu, et les montagnes ont fondu devant ta face. Jamais on ne l’a entendu ni appris, personne n’a vu un autre dieu que toi agir ainsi envers l’homme qui espère en lui. Tu viens à la rencontre de celui qui pratique la justice avec joie et qui se souvient de toi en suivant ton chemin. Tu étais irrité par notre obstination dans le péché, et pourtant nous serons sauvés. Nous étions tous semblables à des hommes souillés, et toutes nos belles actions étaient comme des vêtements salis. Nous étions tous desséchés comme des feuilles, et nos crimes, comme le vent, nous emportaient. Personne n’invoquait ton nom, nul ne se réveillait pour recourir à toi. Car tu nous avais caché ton visage, tu nous avais laissés au pouvoir de nos péchés. Pourtant, Seigneur, tu es notre Père. Nous sommes l’argile, et tu es le potier : nous sommes tous l’ouvrage de tes mains. 

Psaume : 79, 2.3bc, 15-16a, 18-19
R/ Dieu, fais nous revenir ; que ton visage s’éclaire, et nous serons sauvés !

Berger d’Israël, écoute,
toi qui conduis, ton troupeau : resplendis !
Réveille ta vaillance
et viens nous sauver.

Dieu de l’univers reviens !
Du haut des cieux, regarde et vois :
visite cette vigne, protège-la,
celle qu’a plantée ta main puissante.

Que ta main soutienne ton protégé,
le fils de l’homme qui te doit sa force.
Jamais plus nous n’irons loin de toi :
fais-nous vivre et invoquer ton nom !

2ème lecture : L’Église est fidèle dans l’attente du Seigneur(1Co 1, 3-9)
Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères,
que la grâce et la paix soient avec vous, de la part de Dieu notre Père et de Jésus Christ le Seigneur. Je ne cesse de rendre grâce à Dieu à votre sujet, pour la grâce qu’il vous a donnée dans le Christ Jésus ; en lui vous avez reçu toutes les richesses, toutes celles de la Parole et toutes celles de la connaissance de Dieu. Car le témoignage rendu au Christ s’est implanté solidement parmi vous. Ainsi, aucun don spirituel ne vous manque, à vous qui attendez de voir se révéler notre Seigneur Jésus Christ. C’est lui qui vous fera tenir solidement jusqu’au bout, et vous serez sans reproche au jour de notre Seigneur Jésus Christ. Car Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à vivre en communion avec son Fils, Jésus Christ notre Seigneur.

Evangile : « Veillez ! » (Mc 13, 33-37)
Acclamation : Alléluia. Alléluia. Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde : fais-nous voir le jour de ton salut. Alléluia. (cf. Ps 84, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Jésus parlait à ses disciples de sa venue :
« Prenez garde, veillez : car vous ne savez pas quand viendra le moment.
Il en est comme d’un homme parti en voyage : en quittant sa maison, il a donné tout pouvoir à ses serviteurs, fixé à chacun son travail, et recommandé au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra, le soir ou à minuit, au chant du coq ou le matin.
Il peut arriver à l’improviste et vous trouver endormis. Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! »
Patrick BRAUD

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