L'homelie du dimanche

23 décembre 2018

Noël : évangéliser le païen en nous

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 00 min

Noël : évangéliser le païen en nous


Homélie pour la fête de Noël / Année C
24/12/2018

Cf. également :

Tenir conte de Noël
Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…

Guirlande lumineuse sapin noelBien sûr, « le petit Jésus » n’est pas né un 25 décembre, encore moins à minuit.
Bien sûr, la mise en scène des anges a été choisie par Luc parce qu’elle faisait partie du croyable disponible en Palestine il y a 2000 ans.
Bien sûr, l’étable de Bethléem ne ressemblait guère à nos crèches enguirlandées.
Bien sûr, le Père Noël n’a rien à voir avec Noël, sinon dans sa dimension commerciale. Et bien sûr il ne passe pas par la cheminée…
À force de raconter des histoires aux enfants, soi-disant pour les émerveiller, on transforme la Nativité en un événement magique qu’une fois adultes les enfants rangeront dans leurs souvenirs familiaux sans accorder beaucoup de crédit au contenu de cette légende improbable.

Giotto___Legend_of_St_Francis____13____Institution_of_the_Crib_at_GreccioPourtant François d’Assise a eu raison d’inventer la crèche au XIV° siècle pour que le petit peuple se réjouisse dans sa culture paysanne et rurale.
Pourtant la tradition de s’offrir des cadeaux peut être une belle préparation à accueillir le cadeau ultime quelle est la naissance du Verbe on nous.
Pourtant la Pastorale des santons de Provence constitue une formidable catéchèse où tous les métiers peuvent contribuer à l’œuvre de Dieu, où tous les costumes locaux s’intègrent à la procession des offrandes…

Ambigüe, polysémique, contrastée, cette fête de Noël nous parvient à travers une longue histoire d’évangélisation de l’Occident. Il y avait à l’origine les fêtes romaines « saturnales », en l’honneur du dieu Saturne qui aurait séjourné dans le Latium avant la fondation de Rome. L’inversion sociale des rôles faisait de ces réjouissances un espace de décompensation populaire : les esclaves avaient le droit de critiquer les maîtres et de leur commander, nombre d’interdits devenaient possibles en étant levés temporairement. À la fin des saturnales, on fêtait le solstice d’hiver (sol invictus) et la naissance de la divinité solaire Mithra, très célébrée aux I°-III° siècles.

L’Église naissante a très vite compris le parti qu’elle pouvait tirer en superposant le récit chrétien à ces récits païens. Sans choquer le peuple, on l’invitait à orienter ses coutumes vers le Christ, véritable soleil levant, vainqueur des ténèbres. Les conditions humbles et pauvres de la naissance de Jésus relayaient la soif de l’inversion sociale des saturnales (que ne renieraient pas les gilets jaunes ou bonnets rouges chez nous !). Mithra devenait une préfiguration du Christ, et son repas rituel trouvait son accomplissement dans l’eucharistie. En faisant naître Jésus le 25 décembre à minuit, l’Église chargeait Noël de toute cette symbolique solaire, divine, sociale venue du paganisme. Une conversion par accomplissement en quelque sorte.

Noël : évangéliser le païen en nous dans Communauté spirituelle Samedi-saint-Gap-2012-0001Noël n’est pas la seule fête païenne à avoir été ainsi évangélisée. Les juifs avaient commencé bien avant ! Pentecôte était la fête agricole des prémices (premières récoltes) : elle est devenue la fête du don de la Torah. Pâque était une fête païenne du printemps et de son renouveau de vie. Après l’Exode, les juifs l’ont transformé en fête historique, mémorial du passage de l’esclavage à la liberté, programme toujours actuel. À la différence des Romains, le calendrier juif était lunaire et non solaire, et donc davantage marqué par le caractère « lunatique » du temps et du monde. Mais le jour juif commence le soir lorsque la nuit est tombée, pour se terminer dans la lumière de l’après-midi : il va de la nuit au jour, alors que le jour romain (le nôtre) va de la nuit à la nuit (mi-nuit) : l’espérance chrétienne née de la Résurrection du Christ n’a eu aucune peine à conserver ces rythmes lunaires pour sa liturgie, fixant la date de Pâques d’après la lune et commençant la célébration dès le samedi soir par la veillée pascale, ou en célébrant les fêtes dès les vêpres de la veille car le jour liturgique commence le soir etc.

Le réalisme ecclésial fait toujours partie de l’évangélisation pour nous aujourd’hui : plutôt que de combattre de front des traditions païennes en s’y opposant frontalement (ce que hélas nombre de missionnaires chrétiens ou musulmans ont fait en Afrique ou en Asie), mieux vaut les transformer de l’intérieur pour que le meilleur de ce qu’elles recèlent  porte désormais le message évangélique.

Évidemment, la tâche semble ardue. Halloween, le Black Friday, les jouets de Noël, les soldes d’hiver… : comment lutter avec la puissance commerciale de ces rendez-vous païens éclipsant les fêtes chrétiennes ?

300px-Mithras_banquet_Louvre_Ma3441 évangélisation dans Communauté spirituellePaïen  est l’adjectif latin paganus, qui désigne le paysan, l’habitant des campagnes. Or, on l’a vu, la civilisation paysanne était liée par la terre à des divinités transposées de la nature. Il n’en est plus ainsi dans notre monde de mégalopoles où trois habitants sur 4 sont en ville. C’est l’urbain et non plus le païen qu’il nous faut évangéliser ! Mais quelles sont les légendes urbaines, les valeurs et croyances des villes sur lesquelles s’appuyer pour annoncer le Christ ? Serait-ce l’interdépendance mutuelle généralisée, puisque personne n’est autosuffisant en ville ? Ou bien l’interconnexion des services et des réseaux de relations ? Ou encore l’abondance de services et de vie culturelle que seul le nombre permet ? Ce travail reste à faire, sinon nous continuerons de prêcher un christianisme rural et païen à des gens qui ne le sont plus comme autrefois.

 NoëlDernier point enfin : cette fête de Noël nous invite à évangéliser le païen qui est en nous ! Pas seulement dans la culture ambiante, pas d’abord chez les autres, mais en chacun de nous. Car à l’intérieur de nous-mêmes, des zones entières sont encore asservies à des divinités multiples (rurales ou urbaines !), exprimant une soif d’absolu qui souvent se trompe de cible. Le culte des écrans, le culte de la performance économique, le culte du corps sculpté et parfait, le culte de l’apparence sociale… : les petits dieux modernes se bousculent pour capter notre énergie, notre soif spirituelle, nos ressources financières également !

Que chacun s’examine : quelle est la zone païenne qui en moi attend d’être évangélisée ? Comment lui faire porter la symbolique de Noël, naissance de Dieu en nous et de nous en Dieu ?

 

 

Messe de la nuit
Première lecture
« Un enfant nous est né » (Is 9, 1-6)

Lecture du livre du prophète Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés.

 Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

Psaume
(Ps 95 (96), 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13a, 13bc)
R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.
(cf. Lc 2, 11)

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
car il vient pour juger la terre.

Il jugera le monde avec justice
et les peuples selon sa vérité !

Deuxième lecture
« La grâce de Dieu s’est manifestée pour tous les hommes » (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre à Tite

Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Évangile
« Aujourd’hui vous est né un Sauveur » (Lc 2, 1-14) Alléluia. Alléluia.
Je vous annonce une grande joie : Aujourd’hui vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur ! Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. 
Patrick BRAUD

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1 octobre 2018

Le semblable par le semblable

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Le semblable par le semblable


Homélie pour le 27° dimanche du temps ordinaire / Année B
07/10/2018

Cf. également :

L’homme, la femme, et Dieu au milieu
Le mariage et l’enfant : recevoir de se recevoir
Sur quoi fonder le mariage ?
Le festin obligé

 

Bienvenue aux Alcooliques Anonymes !

Le semblable par le semblable dans Communauté spirituelle meres-anonymes1-300x205« – Bonjour. Je m’appelle Caroline.
- Bonjour, Caroline ! clame en chœur le groupe assis en cercle sur des chaises toutes simples.
- Je suis alcoolique. Cela fait trois mois que je n’ai pas touché un verre ».
Et le groupe applaudit.

Ce rituel des Alcooliques Anonymes est célèbre dans le monde entier. Il garantit l’égalité de condition des participants à ce groupe de parole. Il crée un lien de solidarité entre les participants : nous sommes tous confrontés à la même maladie ; nous savons de quoi nous parlons ; nous allons pouvoir nous entraider.

Ce qui est vrai des Alcooliques Anonymes l’est aussi d’autres groupes et associations de personnes touchées par un combat commun : des femmes battues, des victimes d’attentats, des malades de cancer, des veufs et veuves, des parents ayant perdu un enfant etc.

Pourquoi se regrouper ainsi ?

Parce que seuls ceux qui ont vécu telle expérience spécifique savent en parler aux autres. Parce qu’ils peuvent s’écouter mutuellement sans plaquer des aprioris et des clichés de l’extérieur. Entre compagnons de galère, on se reconnaît, on devine ce que l’autre ressent et veut exprimer, car on y est passé soi-même. Entendre quelqu’un parler du cancer en général, c’est bien ; mais rien ne remplace le témoignage personnel de quelqu’un qui a traversé le même cancer que le mien : celui-là, je peux le comprendre, recevoir ses paroles, lui accorder un crédit de confiance car son chemin est proche du mien. À l’inverse, les conseils, les belles paroles et les exhortations de ceux qui n’ont jamais vécu ma situation risquent d’être plaqués, extérieurs, et finalement peu pertinents.

Résultat de recherche d'images pour "Jonathan Pierres Vivantes"Quand un politique discourt sur la grande pauvreté par exemple, on ne peut qu’être méfiant : que connaît-t-il de la bataille quotidienne pour nourrir une famille avec cinq euros ? Que sait-il de l’usure morale et physique d’une mise à l’écart sociale pendant des années ? Même s’il s’appuie sur des études et des associations, ce sera toujours un riche qui se penche sur le problème des pauvres.

C’est pourquoi un prêtre des cités populaires a fondé ATD Quart-Monde. C’est grâce à un jeune aveugle, François Lesueur, que Valentin Haüy a pu créer sa Fondation pour aveugles. Ce sont des parents endeuillés qui ont créé l’association Jonathan Pierres Vivantes etc.

Les Pères de l’Église condensaient cette loi humaine en une formule bien frappée : « ce qui n’a pas été assumé ne peut être sauvé ». Autrement dit : c’est de l’intérieur, par des proches, des gens qui ont vécu la même chose que peut venir l’entraide.

 

Jésus, mon semblable.

La lettre aux Hébreux dans notre deuxième lecture constate que Jésus lui-même s’est soumis à cette loi anthropologique :
« celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères » (He 2,11)

z Action Catholique dans Communauté spirituellez empowermentRésultat de recherche d'images pour "jésus bon larron"La libération ne peut venir de quelqu’un n’ayant pas la même origine. Lorsque quelqu’un ignore cela, il tombe dans la condescendance, l’assistance, la manipulation. Seuls des frères peuvent sauver les frères, sinon la domination ne fera que changer de mains. Quand Moïse par exemple, après son éducation égyptienne, redécouvre son appartenance au peuple hébreu, c’est alors qu’il peut en devenir le libérateur. Dieu l’a renvoyé vers les siens (épisode du buisson ardent) alors qu’il fuyait au désert la vie avec ses semblables.

Parce qu’il a la même origine en humanité, Jésus connaît de l’intérieur nos combats, nos détresses, nos dérélictions les plus extrêmes, car qu’y a-t-il de plus extrême que la croix pour lui ? Parce qu’il est mon semblable en humanité, je peux parler à Jésus comme à un ami, un frère, un compagnon de route. Il a assumé mes tentations, il a vibré à la beauté du monde comme moi, il a connu l’amour, l’amitié, la trahison, la joie, la tristesse, la colère, la souffrance sous toutes ses formes…

« Ce qui n’est pas assumé ne peut être sauvé » : les Pères de l’Église ont martelé cette formule à l’encontre de ceux qui niaient l’humanité de Jésus pour sauvegarder sa divinité. La prière eucharistique n° 4 redit cela avec force (cf. He 4,15) : « il a vécu notre condition d’homme en toutes choses, excepté le péché » (car en réalité le péché n’est pas humain ; il ne fait pas partie de notre vocation humaine).

Jésus se fait le semblable de tous, et surtout des pauvres, des petits, des sans-grades afin que tout être humain trouve en lui un égal, un familier.

 

Pourquoi est-ce si important d’avoir la même origine ?

LA DAME PATRONNESSERedisons-le : ceux qui veulent résoudre les problèmes des autres sans en avoir l’expérience directe ressemblent aux dames patronnesses du 19° siècle. Ils veulent faire pour, souvent avec générosité, mais hélas avec incompétence. Si bien que leur bonne volonté devient vite dangereuse. C’était par exemple le drame du pouvoir colonial français : il voulait assurer le ‘progrès’ des indigènes en faisant pour eux des infrastructures, des lois, une organisation sociale qu’ils imaginaient pour eux.

À l’inverse, si De Gaulle n’avait pas réussi à imposer la légitimité de son gouvernement aux Alliés en 39-45, si les chars du maréchal Leclerc n’avaient pas symboliquement libéré Paris avant les Américains, nous serions devenus une nation sous tutelle, mineure et assistée. Si les français n’avaient pas parlé aux français depuis Londres, nous aurions perdu notre indépendance pour des années.



 

 

L’empowerment

Comme le chante l’hymne de Ph 2, 6-11, Jésus a quitté sa condition divine pour aller épouser notre humanité, au plus bas, afin de la faire remonter auprès de Dieu dans son triomphe sur le mal et la mort. Il s’est fait proche. Il est devenu notre semblable. Il a voulu que l’homme soit sauvé non pas de l’extérieur, par un Dieu tout autre, mais par un frère qui libère en chacun sa capacité à être fils de Dieu.

On l’a dit : faire pour est peut-être généreux, mais naïf et dangereux. L’étape suivante est d’essayer de faire avec. C’est plus noble. Le risque persiste cependant de faire faire à l’autre ce que je pense être le meilleur. L’Occident décide ainsi de grands projets de développement économique et cherche des partenaires locaux en Afrique ou en Asie pour les réaliser avec eux. Mais qui a pris le temps d’écouter ce que les Africains, les Asiatiques mettent sous le terme ‘développement’ ? Faire avec suppose fait en réalité que l’autre ait déjà pris conscience de ce qu’il souhaite faire. Sinon, c’est une parodie de coopération où finalement j’impose mon point de vue en le faisant réaliser par mes ‘partenaires’.

Empowered

Il s’agit donc de rendre d’abord l’autre capable de vouloir et de faire, puis de faire ensemble. C’est ce qu’exprime le terme anglais empowerment : il s’agit de donner le pouvoir (power) à l’autre sur lui-même. L’empowerment est ce travail d’accompagnement qui consiste à libérer en l’autre sa capacité à décider et entreprendre par lui-même. L’empowerment redonne du pouvoir, de la liberté, de l’autonomie et des moyens pour construire son propre chemin par soi-même, en coopération libre avec d’autres.

Au lieu de faire pour, on donne à l’autre de quoi faire par lui-même, et alors seulement on peut faire avec.

Ainsi lorsque Jésus constate après un miracle : « ta foi t’a sauvé », il suit cette pédagogie : il révèle à l’autre la puissance du désir qui est en lui, et l’invite alors à mettre en œuvre cette puissance de salut par lui-même. C’est sa foi qui l’a sauvé et non pas Jésus de l’extérieur. Jésus agit alors comme un catalyseur : en se décentrant de lui-même, il donne à l’autre de découvrir son centre le plus personnel, et travaille avec lui à la réalisation de son désir le plus vrai, le plus saint.

 

Évangéliser le semblable par le semblable

C’est l’une des intuitions les plus fécondes de l’Action Catholique. Au milieu des questions sociales nées de la Révolution industrielle, les chrétiens ont fait l’expérience que mieux que tout autre les ouvriers savent parler aux ouvriers de l’Évangile dans leur culture, leurs modes de vie. De même les cadres trouvent les mots qui vont toucher d’autres cadres pour témoigner du Christ etc. Ainsi sont nés la JOC, la JEC, la JIC, la JICF, les CMR, l’ACO, le MCC, les EDC, le MCR… Si ces mouvements sont aujourd’hui exsangues, c’est sans doute à cause de leur emprunt idéologique à d’autres pensées (marxiste, socialiste, sociologiques…) qui leur ont fait perdre de vue cette intuition évangélique :
« celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères » (He 2,11)

51EKW7SBRQL._AC_US400_ évangélisationAu congrès de Besançon en 1898, l’ACJF avait déjà entendu la revendication d’une évangélisation du semblable par le semblable. Le souci d’atteindre les masses a conduit l’Action Catholique à se spécialiser par milieu social, à partir de cette idée que ce sont les jeunes d’un milieu qui sont capables de toucher l’ensemble des jeunes de ce milieu : « entre eux, par eux, pour eux ». Cette idée, c’est l’abbé Cardjin, puis l’abbé Guérin qui vont véritablement la mettre en œuvre. En 1925 la JOC est fondée en Belgique, en 1926 en France. Pie XI (pontificat 1922-1939) consacrera cette intuition dans son encyclique Quadragesimo anno dans le langage de l’époque :

« Les circonstances nous tracent clairement la voie dans laquelle nous devons nous engager. Comme à d’autres époques de l’histoire de l’Église, nous affrontons un monde retombé en grande partie dans le paganisme. Pour ramener au Christ ces diverses classes d’hommes qui l’ont renié, il faut avant tout recruter et former dans leur sein même des auxiliaires de l’Église qui comprenne leur mentalité et leurs aspirations et qui sachent parler à leur cœur dans un esprit de fraternelle charité. Les premiers apôtres, les apôtres immédiats des ouvriers seront les ouvriers ; les apôtres du monde industriel et commerçant seront des industriels et des commerçants ».

Les effectifs sont importants : en 1937, la JOC compte 30 000 adhérents et réunit 85 000 jeunes au Parc des Princes pour célébrer son dixième anniversaire. Les prêtres ouvriers naissent de la même intuition de proximité : ils sont 10 en 1947, 25 un an plus tard, puis une centaine. L’objectif n’est plus de convertir la masse ouvrière mais de réinventer l’Église en milieu ouvrier ; les maîtres mots sont « naturalisation » des prêtres et « incarnation » de l’Église. C’est à propos de la question communiste que leur aventure va prendre fin, dans le contexte de la guerre froide. En 1954, Rome met fin à l’expérience des prêtres ouvriers. Certains refusent de se soumettre et d’abandonner leur travail. La mission de France poursuit actuellement cette conception de l’évangélisation, en y incluant des laïcs.

Le constat demeure : avoir la même origine (sociale, géographique, culturelle, intellectuelle etc.) que l’autre m’en rend plus naturellement frère. Cette proximité me permet d’acculturer l’Évangile, de le traduire dans sa mentalité, son vocabulaire, sa vision du monde afin qu’il puisse entendre comme à Pentecôte le message dans sa langue maternelle.

 

Mais qui est mon semblable ?

Jésus s’est fait le semblable de tout homme. Mais moi, de qui suis-je naturellement le semblable ? Qui a la même origine que moi, si bien que nous pourrons facilement échanger, nous confier l’un à l’autre, interpréter ensemble l’Évangile dans notre condition commune ?
Le jeune homme riche demandait à Jésus : qui est mon prochain ?
Il nous faut lui demander aujourd’hui : qui est mon semblable ? quelle est mon origine ? qui la partage avec moi ?
Nous pourrons alors, de façon privilégiée et non exclusive, nous tourner vers nos semblables pour fraternellement leur proposer la belle aventure de la foi chrétienne qu’ils écriront avec nous.

Demandez-vous donc – et demandez au Christ – cette semaine : qui est mon semblable ?

 

 

 

Lectures de la messe

Première lecture
« Tous deux ne feront plus qu’un » (Gn 2, 18-24)

Lecture du livre de la Genèse

Le Seigneur Dieu dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. » Avec de la terre, le Seigneur Dieu modela toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les amena vers l’homme pour voir quels noms il leur donnerait. C’étaient des êtres vivants, et l’homme donna un nom à chacun. L’homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde. Alors le Seigneur Dieu fit tomber sur lui un sommeil mystérieux, et l’homme s’endormit. Le Seigneur Dieu prit une de ses côtes, puis il referma la chair à sa place. Avec la côte qu’il avait prise à l’homme, il façonna une femme et il l’amena vers l’homme. L’homme dit alors : « Cette fois-ci, voilà l’os de mes os et la chair de ma chair ! On l’appellera femme – Ishsha –, elle qui fut tirée de l’homme – Ish. » À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux ne feront plus qu’un.

Psaume
(Ps 127 (128), 1-2, 3, 4-6)
R/ Que le Seigneur nous bénisse tous les jours de notre vie ! (cf. Ps 127, 5ac)

Heureux qui craint le Seigneur
et marche selon ses voies !
Tu te nourriras du travail de tes mains :
Heureux es-tu ! À toi, le bonheur !

Ta femme sera dans ta maison
comme une vigne généreuse,
et tes fils, autour de la table,
comme des plants d’olivier.

Voilà comment sera béni l’homme qui craint le Seigneur.
De Sion, que le Seigneur te bénisse !
Tu verras le bonheur de Jérusalem tous les jours de ta vie,
et tu verras les fils de tes fils. Paix sur Israël.

Deuxième lecture
« Celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine » (He 2, 9-11)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Frères, Jésus, qui a été abaissé un peu au-dessous des anges, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de sa Passion et de sa mort. Si donc il a fait l’expérience de la mort, c’est, par grâce de Dieu, au profit de tous. Celui pour qui et par qui tout existe voulait conduire une multitude de fils jusqu’à la gloire ; c’est pourquoi il convenait qu’il mène à sa perfection, par des souffrances, celui qui est à l’origine de leur salut. Car celui qui sanctifie et ceux qui sont sanctifiés doivent tous avoir même origine ; pour cette raison, Jésus n’a pas honte de les appeler ses frères.

Évangile
« Ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » (Mc 10, 2-16) Alléluia. Alléluia.
Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous ; en nous, son amour atteint la perfection. Alléluia. (1 Jn 4, 12)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

En ce temps-là, des pharisiens abordèrent Jésus et, pour le mettre à l’épreuve, ils lui demandaient : « Est-il permis à un mari de renvoyer sa femme ? » Jésus leur répondit : « Que vous a prescrit Moïse ? » Ils lui dirent : « Moïse a permis de renvoyer sa femme à condition d’établir un acte de répudiation. » Jésus répliqua : « C’est en raison de la dureté de vos cœurs qu’il a formulé pour vous cette règle. Mais, au commencement de la création, Dieu les fit homme et femme. À cause de cela, l’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme, et tous deux deviendront une seule chair. Ainsi, ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Donc, ce que Dieu a uni, que l’homme ne le sépare pas ! » De retour à la maison, les disciples l’interrogeaient de nouveau sur cette question. Il leur déclara : « Celui qui renvoie sa femme et en épouse une autre devient adultère envers elle. Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle devient adultère. »
Des gens présentaient à Jésus des enfants pour qu’il pose la main sur eux ; mais les disciples les écartèrent vivement. Voyant cela, Jésus se fâcha et leur dit : « Laissez les enfants venir à moi, ne les empêchez pas, car le royaume de Dieu est à ceux qui leur ressemblent. Amen, je vous le dis : celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas. » Il les embrassait et les bénissait en leur imposant les mains.
Patrick BRAUD

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15 avril 2015

Le premier cri de l’Église

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

Le premier cri de l’Église

 

Homélie du 3° Dimanche de Pâques / Année B
19/04/15

 cf. également :  Le cognac de la foi

Bon foin ne suffit pas

Le cri primal

Le premier cri de l'Église dans Communauté spirituelle 18815341Vous souvenez-vous du premier cri d’un bébé juste sorti du ventre de sa mère ?

Lorsque les eaux refluent de ses poumons, et que la dilatation subite de ses alvéoles le fait  crier sous l’effet de la pression de l’air ?

Nous interprétons à juste titre ce premier cri comme un heureux signe, joie et douleur mêlées, car c’est le cri de la vie naissante.

        

Le kérygme

Eh bien, ce matin vous entendez le 1° cri du bébé-Église !

Près du Temple de Jérusalem, au Portique de Salomon – lieu symbolique ! – Pierre laisse sortir du groupe des Douze ce cri qui déchire la foule en attente : « Lui, le serviteur Jésus, le chef des vivants, vous l’avez tué, mais Dieu l’a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins » (Ac 3, 13-19).

Cette annonce de la Résurrection, c’est le premiercri de l’Église naissante, c’est le cœur de son message.

Droit au but : Pierre annonce l’essentiel, sans se perdre en fioritures ou détails accessoires. « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité, il est vivant dans la force de l’Esprit. Nous en sommes témoins. C’est notre espérance pour toute l’humanité ».

Et il y a dans les Actes des Apôtres une vingtaine de cris de ce type (qu’on appelle le ‘kérygme’ en termes exégétiques) : comme une maternité où les nouveaux-nés s’entraînent mutuellement à crier pour tester leur souffle vital, le Moyen-Orient bruisse dans les Actes des Apôtres de ces communautés chrétiennes proclamant à pleins poumons l’essentiel de leur foi : « Dieu l’a ressuscité. Nous en sommes témoins. Et c’est pour tous ! ».

Ne faudrait-il pas aujourd’hui en France retrouver le courage de cette première annonce ? L’audace d’un premier cri sur la Résurrection du Christ ? 

 

Pour une pastorale de la première annonce

Prenons acte des changements de la société française : 1 enfant sur 2 seulement sera baptisé, 1 sur 4 à peine sera catéchisé, 1 sur 10 aura un contact réel avec des chrétiens en Église. 

2052318_graphe annonce dans Communauté spirituelle

Les données actualisées sont issues d’un cumul d’enquêtes réalisées par l’institut CSA au premier semestre 2012
auprès d’échantillons représentatifs de la population française âgée de 18 ans et plus.
22.101 personnes ont été interrogées,
dont 12.340 individus se déclarant de religion catholique.

Source © Le Télégramme

http://www.letelegramme.fr/ig/generales/france-monde/france/france-dans-20-ou-30-ans-les-sans-religion-seront-majoritaires-29-03-2013-2052297.php

Au lieu de s’en lamenter, au lieu de pleurer sur les anciennes coutumes qui ne seront plus connues, regardons autrement cette réalité en face : pour beaucoup de nos contemporains – et de plus en plus – la foi chrétienne sera une idée neuve, l’Évangile une nouvelle complètement inconnue, Jésus un homme à découvrir absolument.

Voyez les touristes qui passent dans nos églises tout l’été : plutôt que de se plaindre de leur manque de culture chrétienne, on peut se passionner pour leur livrer avec la beauté de nos édifices l’essentiel de notre espérance telle qu’elle gravée sur la pierre comme dans notre cœur.

Ils ne connaissent pas la signification de la Croix ? Réjouissons de leur faire découvrir pour la première fois !

Ils n’ont jamais entendu parles des 4 évangiles ? Réjouissons-nous de leur en faire découvrir quelques pages, et déchiffrons avec eux nos façades romanes ou gothiques !

Ils ont plein d’idées préconçues ? Raison de plus pour débattre, argumenter, annoncer le cœur de la foi… !

Un adulte n’est pas baptisé ? Mais c’est l’appel à lui proposer une première découverte du Christ, une première expérience de l’amour de Dieu…

Nous autres, « vieux chrétiens », faisons souvent « comme si » les autres devaient déjà savoir qui est le Christ, comment prier, comment interpréter le patrimoine chrétien etc… D’où une certaine amertume lorsque la réalité contraire s’impose à nous. Il vaudrait mieux prendre acte de cette ignorance, et saisir la chance d’une première invitation à découvrir le Christ. Beaucoup de gens chez nous ne sont plus ni hostiles, ni indifférents ; tout simplement, ils ne connaissent pas, ils n’ont jamais vraiment entendu parler de l’Évangile. Ils n’ont au mieux que des images médiatiques, pour le meilleur et pour le pire. Mais du coup ils sont vierges sur le plan spirituel. Et même curieux. Et même intéressés lorsqu’on leur propose de découvrir le cœur de la foi.

Les fiancés qui se plongent dans la lecture de la Bible pour préparer leur mariage en ressortent des perles inconnues (qui nous étonnent, nous les ‘vieux chrétiens’).

Les enfants qui marchent vers le baptême se plongent avec délice dans leurs premières expériences de prière.

Les touristes curieux de beauté et d’histoire sont prêts à entendre un témoignage de foi qui parle de l’art sacré.

Bref, avant la catéchèse qui en sera la prolongation, avant la pratique sacramentelle qui viendra nourrir la suite, il nous faut redécouvrir en France l’importance et l’urgence de la première annonce de l’Évangile, à la manière des Actes des Apôtres.

Il nous faut susciter un intérêt pour l’Évangile : « la première annonce fait naître dans le cœur du non-croyant, de l’indifférent, ou du membre d’une autre religion un intérêt pour l’Évangile, sans qu’il s’agisse encore d’une décision ferme » (Directoire Général pour la Catéchèse n° 56).

RO30078665 criDans la mise en oeuvre de la mission de l’Église selon ses modalités les plus habituelles, notamment dans la vie des paroisses et dans la pastorale des sacrements, une transformation du même ordre est en train de se produire. Des institutions ecclésiales « classiques », qui semblaient ne rien réclamer d’autre que la conformité à des procédures bien rodées, réclament aujourd’hui, sous peine de dépérir, d’être incessamment améliorées, vérifiées, relancées. Ce qu’il suffisait naguère d’entretenir doit être aujourd’hui voulu et soutenu. Toutes sortes de démarches qu’une population majoritairement catholique nous demandait, en se coulant dans des automatismes communément admis, doivent être désormais proposées comme l’objet d’un choix. De sorte que la pastorale dite « ordinaire », souvent vécue comme une pastorale de l’accueil, doit de plus en plus devenir aussi une pastorale de la proposition. Cette évolution a quelque chose d’onéreux. Certains la vivent comme une véritable épreuve. Mais de plus en plus nombreux sont les prêtres et les laïcs qui disent s’en trouver mûris et renouvelés dans leur foi. Un nombre croissant de pasteurs et, plus largement, d’acteurs de la pastorale comprennent qu’il y a là une exigence de la mission. Ils se découvrent du même coup appelés à aller davantage au coeur même de la foi.

Lettre aux catholiques de France (les évêques français, 1996)

 

« Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ! »

« Ce Jésus que vous avez tué, Dieu l’a ressuscité. Nous en sommes témoins ».

Que cette première annonce par Pierre suscite et encourage nos premières annonces ici chez nous, car là aussi nous sommes témoins de la Résurrection du Christ.

« Si eux se taisent, les pierres crieront » disait Jésus.

Nous ne pouvons pas nous taire.

Avec respect et amour, nous ne pouvons pas ne pas laisser ce cri nous traverser pour aller toucher le cœur de ceux qui ne connaissent pas le Christ, et ils sont nombreux.

 

Criez fort ! Criez bien, avec délicatesse ! Mais ne vous taisez pas….

 

1ère lecture : « Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts » (Ac 3, 13-15.17-19)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, devant le peuple, Pierre prit la parole : « Hommes d’Israël, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de nos pères, a glorifié son serviteur Jésus, alors que vous, vous l’aviez livré, vous l’aviez renié en présence de Pilate qui était décidé à le relâcher. Vous avez renié le Saint et le Juste, et vous avez demandé qu’on vous accorde la grâce d’un meurtrier. Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. D’ailleurs, frères, je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs. Mais Dieu a ainsi accompli ce qu’il avait d’avance annoncé par la bouche de tous les prophètes : que le Christ, son Messie, souffrirait. Convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés. »

Psaume : 4, 2, 4.7, 9

R/ Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage ! ou : Alléluia ! (4, 7b)

Quand je crie, réponds-moi,
Dieu, ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse,
pitié pour moi, écoute ma prière !

Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,
le Seigneur entend quand je crie vers lui.
Beaucoup demandent : « Qui nous fera voir le bonheur ? »
Sur nous, Seigneur, que s’illumine ton visage !

Dans la paix moi aussi,
je me couche et je dors,
car tu me donnes d’habiter, Seigneur,
seul, dans la confiance.

2ème lecture : « C’est lui qui obtient le pardon de nos péchés et de ceux du monde entier » (1 Jn 2, 1-5a)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Mes petits enfants, je vous écris cela pour que vous évitiez le péché. Mais si l’un de nous vient à pécher, nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste. C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement des nôtres, mais encore de ceux du monde entier. Voici comment nous savons que nous le connaissons : si nous gardons ses commandements. Celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur : la vérité n’est pas en lui. Mais en celui qui garde sa parole, l’amour de Dieu atteint vraiment la perfection.

Evangile : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour » (Lc 24, 35-48)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles.
Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain. Comme ils en parlaient encore,  lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! » Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. » Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » Ils lui présentèrent une part de poisson grillé qu’il prit et mangea devant eux. Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : “Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” » Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. »
Patrick BRAUD

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