L'homélie du dimanche (prochain)

15 avril 2014

Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique

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Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique

 

Homélie pour le Jeudi Saint / Année A
17/04/2014

« Je soutiens que le Décalogue est une carte.
Il commence par ces mots : Je suis YHWH, ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte. Vous reconnaissez aussitôt deux motifs importants de la raison cartographique, à savoir le point fixe (l’Éternel, ton Dieu) et le chemin (sortir du pays d’Égypte). »

Ainsi s’exprime un géographe suédois, Gunnar Olsson, dans sa relecture originale de l’histoire comme une tentative de cartographier le chemin de l’aventure humaine (Philosophie Magazine n° 77, Mars 2014, p. 35).

Jésus a enraciné sa propre Pâque dans celle de son peuple.

La première lecture du Jeudi Saint nous dit que le dernier repas du Christ accomplit le repas de la sortie d’Égypte pour ceux qui allaient devenir le peuple juif (Ex 22,1-14). L’agneau pascal, le sang sur la porte, le mémorial ainsi institué : tout indique que notre eucharistie chrétienne se situe dans le prolongement de la sortie d’Égypte.

L’apport original de Gunnar Olsson est d’interpréter ce repas comme une cartographie de l’aventure humaine. Ainsi, en communiant, nous recevons de quoi nous repérer dans l’itinéraire de nos vies !

Jeudi Saint : la nappe-monde eucharistique dans Communauté spirituelle

Carte d’Ératosthène , 220 av. JC (première carte connue) 

Que faut-il en effet pour réaliser une carte géographique ?

Il faut d’abord un point fixe qui permette de se situer par rapport à lui. C’était l’Est au Moyen Âge à cause de sa signification spirituelle : le Christ ressuscité se lève à l’Est comme le soleil levant. Ce fut ensuite le Nord magnétique à partir de la Renaissance.

Il faut ensuite un support de projection : un carton plat (d’où le mot carte), une sphère (pour une mappemonde), ou toute autre forme.

Il faut enfin une échelle de projection, c’est-à-dire une convention qui permette de passer de la réalité physique au support choisi. La projection de Peters par exemple donne une vision de la Terre différente de nos cartes habituelles (projection de Mercator).

Regardez le repas pascal qui marque la sortie d’Égypte (Ex 12,1-14). Il comporte effectivement comme le note Olsson un point fixe : « je suis le Seigneur », un support existentiel : « la ceinture aux reins » pour sortir d’Égypte, et une échelle, une convention pour projeter l’un sur l’autre : c’est la Pâque, qui va guider Israël puis l’Église dans leur voyage vers la liberté : « ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

 

L’eucharistie est donc une mappemonde où nous pouvons visualiser, mesurer, étalonner les itinéraires de nos vies. D’ailleurs le vieux mot latin mappa qui a donné mappemonde vient de la nappe (nappa) que l’on dépose sur l’autel comme une surface de projection de l’agir du Christ ici. La mappemonde est donc en ce Jeudi Saint une  nappe-monde, une manière de s’orienter dans l’existence en s’appuyant sur le point fixe (Dieu Sauveur) qui rend possible l’orientation (se tourner vers l’orient) de nos vies vers la libération pleine et entière.

Comme toute projection géographique, l’eucharistie peut donc donner lieu à de multiples représentations : orthodoxe, catholique, protestante… sans qu’aucune ne puisse se prétendre définitive.

Comme toute carte géographique, l’eucharistie peut devenir portative à l’image du plan de métro qu’on emporte avec soi dans son smartphone pour ne pas se perdre, et trouver la bonne correspondance.

Comme toute carte moderne couplée à un bon GPS connecté, l’eucharistie peut nous fournir des recommandations détaillées, écrites ou vocales, afin d’optimiser notre trajet, éviter les encombrements, les accidents, les zones dangereuses…

Comme nos vieilles cartes Vidal de la Blache, l’eucharistie exposée peut nous donner des envies de voyager ailleurs, autrement, d’apprendre des noms étrangers, d’aller rencontrer ceux qui sont à l’autre extrémité…

Comme les schémas précis de l’architecte, la carte eucharistique nous donnera les cotes précises, les plans de coupe, la perspective 3D pour mener à bien un chantier de construction, qu’il soit conjugal, professionnel ou autre.

 

Entraînez-vous à regarder l’eucharistie comme une carte géographique, et vous verrez que vous n’aurez plus jamais le sentiment d’être perdu au milieu d’événements ou de périodes chaotiques.

La sortie d’Égypte, c’est ici et maintenant pour chacun de nous, les paumes ouvertes pour recevoir le pain consacré.

« Que chacun ce soir se considère comme personnellement sorti d’Égypte » fait répéter le rituel juif de la Pâque au père de famille chaque année.

 

 eucharistie dans Communauté spirituelle 

La nappe-monde de l’autel eucharistique nous invite à chercher ce chemin libérateur, jusqu’à la libération ultime à travers notre mort physique.

 

 

 

Messe du soir en mémoire de la Cène du Seigneur

1ère lecture : L’agneau pascal (Ex 12,1-8.11-14)

Lecture du livre de l’Exode

Dans le pays d’Égypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron :
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l’année.
Parlez ainsi à toute la communauté d’Israël : le dix de ce mois, que l’on prenne un agneau par famille, un agneau par maison.
Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l’agneau d’après ce que chacun peut manger.
Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d’un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau.
Vous le garderez jusqu’au quatorzième jour du mois. Dans toute l’assemblée de la communauté d’Israël, on l’immolera au coucher du soleil.
On prendra du sang, que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères.
Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c’est la Pâque du Seigneur.
Cette nuit-là, je traverserai le pays d’Égypte, je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : je suis le Seigneur.
Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte.

Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C’est une loi perpétuelle : d’âge en âge vous la fêterez. »

Psaume : Ps 115, 12-13, 15-16ac, 17-18

R/ Bénis soient la coupe et le pain, où ton peuple prend corps.

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur 
de voir mourir les siens ! 
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur, 
moi, dont tu brisas les chaînes ? 

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce, 
j’invoquerai le nom du Seigneur. 
Je tiendrai mes promesses au Seigneur, 
oui, devant tout son peuple.

 

2ème lecture : Le repas du Seigneur (1 Co 11, 23-26)

Lecture de la première lettre de saint Paul Apôtre aux Corinthiens

Frères, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »
Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

Evangile : Le lavement des pieds (Jn 13, 1-15)

Acclamation :

Gloire et louange à toi,
Seigneur Jésus.
« Tu nous donnes un commandement nouveau :
Aimez-vous les uns les autres
domme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi,
Seigneur Jésus. 
(cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout.
Au cours du repas, alors que le démon a déjà inspiré à Judas Iscariote, fils de Simon, l’intention de le livrer, Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est venu de Dieu et qu’il retourne à Dieu, se lève de table, quitte son vêtement, et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ; puis il verse de l’eau dans un bassin, il se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit : « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds ! »
Jésus lui déclara : « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ; plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit : « Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! » Jésus lui répondit : « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. »
Simon-Pierre lui dit : « Alors, Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit : « Quand on vient de prendre un bain, on n’a pas besoin de se laver : on est pur tout entier. Vous-mêmes, vous êtes purs, … mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ; et c’est pourquoi il disait : « Vous n’êtes pas tous purs. »

Après leur avoir lavé les pieds, il reprit son vêtement et se remit à table. Il leur dit alors : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez ‘Maître’ et ‘Seigneur’, et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous. »
Patrick Braud

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9 juin 2012

Impossibilités et raretés eucharistiques

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Impossibilités et raretés eucharistiques

Homélie pour la fête du Corps et du Sang du Christ
10/06/2012

Quelle est l’importance de l’eucharistie pour chacun de nous ?

Cette fête du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ – la Fête-Dieu - est le bon moment pour se poser ce genre de questions : si je communie, qu’est-ce que cela irrigue dans le reste de ma vie ? Si je ne communie pas, ou puis-je trouver ma nourriture intérieure pour assumer la semaine à venir ?

La question de la communion eucharistique est devenue très douloureuse en Occident. Pour au moins deux raisons : la présence massive de divorcés remariés dans nos assemblées, la raréfaction du nombre de prêtres.

 

Les questions venant de divorcés remariés

Dans nos assemblées, beaucoup ne peuvent pas (et ne doivent pas au regard de la loi actuelle de l’Église catholique) communier physiquement même s’ils sont régulièrement à la messe. Or il y a tant de personnes mariées religieusement et divorcées civilement en France (presque un mariage sur deux) que dans nos assemblées, soit elles se sentent rejetées, soit elles font « comme si », quitte à tomber dans un « pas vu pas pris » qui est infantilisant pour tout le monde. C’est une telle souffrance que cela en devient un fossé, une source d’amertume et d’incompréhension.

Impossibilités et raretés eucharistiques dans Communauté spirituelleIl faut cependant rappeler que la première souffrance est celle du divorce lui-même. Et non seulement les mariés qui se séparent souffrent (avant, ou pendant, ou après ou les trois…) mais l’Église également souffre, car comment peut-elle parler d’un Dieu d’amour si ses membres en pratique disent que l’amour n’est qu’un CDD, révocable quand le coeur ne bat plus pour l’autre ?

On n’évoque pas souvent cette souffrance ecclésiale liée au divorce de ses membres. Pourtant, comme dans une famille où on est déchiré par le déchirement de ses proches, nos assemblées sont marquées et meurtries par ces séparations. Et répétons-le, leur témoignage s’en trouve extraordinairement affaibli.

Reste que le divorce arrive si fréquemment qu’on ne peut pas se draper dans une attitude pharisienne en se contentant de répéter : « la loi c’est la loi : pas de communion pour les divorcés remariés », sans rien faire d’autre.

Plus de 300 prêtres autrichiens en 2011 avaient osé mettre en débat public cette question (avec d’autres sujets de réforme). Mais le titre de leur « appel à la désobéissance » était d’emblée une mauvaise réponse : la désobéissance n’est féconde que si elle s’accompagne d’un intense travail d’argumentation, et donc de dialogues contradictoires qui demandent du temps, de l’humilité, et beaucoup de respect fraternel. Faire évoluer la loi est plus difficile que de la contourner parce qu’elle gêne. Par contre, lorsque la loi ne peut manifestement plus être observée par la grande majorité du peuple, alors il faut se poser de bonnes questions…

Paradoxalement, les divorcés remariés nous redisent l’importance de l’eucharistie : s’ils souffrent de ne pouvoir communier physiquement au corps et au sang du Christ, c’est parce que cela a une grande importance pour eux. Sinon ils s’en passeraient volontiers, sans faire de problèmes. Tout ceux qui restent à leur place dans l’assemblée alors que les autres se lèvent pour la procession de communion sont de vivants rappels : ne vous habituez jamais à ce geste si impressionnant !

 

La rareté eucharistique

La deuxième raison pour laquelle la question de la communion est devenue douloureuse en Horaires%20des%20messes divorce dans Communauté spirituelleOccident est la raréfaction du nombre de prêtres. Dans le monde rural, il faut maintenant consulter un planning digne d’un horaire SNCF pour trouver une messe quelque part. Et en plus il faut faire des kilomètres en voiture pour aller rejoindre une assemblée où le prêtre comme les participants sont plutôt du troisième âge.

Dans les centres urbains, c’est plus facile. Et on a le choix du style de liturgie et d’assemblée qu’on désire rejoindre (avec le piège de se choisir son Église au lieu d’accepter de faire Église avec ceux qu’on n’a pas choisi). La raréfaction des célébrations eucharistiques régulières en France rejoint la faim eucharistique de bien des paroisses en Afrique ou en Amérique latine, qui ne peuvent avoir la messe qu’une fois par mois (ou par an !) à cause du manque de prêtres.

Est-il juste de priver les fidèles de pain eucharistique avec comme seul argument le manque des ministres ordonnés ? Ne faudrait-il pas renverser la logique, et ordonner des ministres en fonction des besoins des communautés chrétiennes ? Le livre des Actes des Apôtres donne maints exemples de situations ou des apôtres, Pierre et Paul en tête, imposent les mains à des membres d’une Église locale pour que celle-ci puisse vivre et se nourrir du corps et du sang du Christ après le départ des apôtres. « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16) avait dit Jésus?

Les divorcés remariés et la raréfaction des célébrations eucharistiques reposent de graves questions à notre Église : sommes-nous vraiment persuadés que l’eucharistie est « la source et le sommet de la vie chrétienne » (LG 11) et « la source et le sommet de toute évangélisation » (PO 5) selon les mots du concile Vatican II (cf. également SC 10) ?

En tirons-nous vraiment toutes les conséquences, pour nous-mêmes personnellement comme pour notre Église ?

 

 

1ère lecture : Conclusion solennelle de la première Alliance (Ex 24, 3-8)

Lecture du livre de l’Exode

En descendant du Sinaï, Moïse vint rapporter au peuple toutes les paroles du Seigneur et tous ses commandements. Le peuple répondit d’une seule voix : « Toutes ces paroles que le Seigneur a dites, nous les mettrons en pratique. »
Moïse écrivit toutes les paroles du Seigneur ; le lendemain matin, il bâtit un autel au pied de la montagne, et il dressa douze pierres pour les douze tribus d’Israël. Puis il chargea quelques jeunes Israélites d’offrir des holocaustes, et d’immoler au Seigneur de jeunes taureaux en sacrifice de paix. Moïse prit la moitié du sang et le mit dans des bassins ; puis il aspergea l’autel avec le reste du sang. Il prit le livre de l’Alliance et en fit la lecture au peuple. Celui-ci répondit : « Tout ce que le Seigneur a dit, nous le mettrons en pratique, nous y obéirons. »
Moïse prit le sang, en aspergea le peuple, et dit : « Voici le sang de l’Alliance que, sur la base de toutes ces paroles, le Seigneur a conclue avec vous. »

Psaume : 115, 12-13, 15-16ac, 17-18

R/ Nous partageons la coupe du salut en invoquant le nom du Seigneur.

Comment rendrai-je au Seigneur
tout le bien qu’il m’a fait ?
J’élèverai la coupe du salut,
j’invoquerai le nom du Seigneur.

Il en coûte au Seigneur
de voir mourir les siens !
Ne suis-je pas, Seigneur, ton serviteur,
moi, dont tu brisas les chaînes ?

Je t’offrirai le sacrifice d’action de grâce,
j’invoquerai le nom du Seigneur.
Je tiendrai mes promesses au Seigneur,
oui, devant tout son peuple.

2ème lecture : Le Christ nous purifie par son propre sang (He 9, 11-15)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ est le grand prêtre du bonheur qui vient. La tente de son corps est plus grande et plus parfaite que celle de l’ancienne Alliance ; elle n’a pas été construite par l’homme, et n’appartient donc pas à ce monde.
C’est par elle qu’il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel en répandant, non pas le sang des animaux, mais son propre sang : il a obtenu ainsi une libération définitive.
S’il est vrai qu’une simple aspersion avec du sang d’animal, ou avec de l’eau sacrée, rendait à ceux qui s’étaient souillés une pureté extérieure pour qu’ils puissent célébrer le culte, le sang du Christ, lui, fait bien davantage : poussé par l’Esprit éternel, Jésus s’est offert lui-même à Dieu comme une victime sans tache ; et son sang purifiera notre conscience des actes qui mènent à la mort pour que nous puissions célébrer le culte du Dieu vivant.
Voilà pourquoi il est le médiateur d’une Alliance nouvelle, d’un Testament nouveau : puisqu’il est mort pour le rachat des fautes commises sous le premier Testament, ceux qui sont appelés peuvent recevoir l’héritage éternel déjà promis.

Evangile : L’institution de l’Eucharistie, sacrement de la nouvelle Alliance (Mc 14, 12-16.22-26)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Tu es le pain vivant venu du ciel, Seigneur Jésus. Qui mange de ce pain vivra pour toujours. Alléluia. (cf. Jn 6, 51-52)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? »
Il envoie deux disciples : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le. Et là où il entrera, dites au propriétaire : ‘Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous montrera, à l’étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque.
Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Patrick Braud

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25 juin 2011

Je suis ce que je mange

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Je suis ce que je mange

Homélie pour la Fête du Corps et du sang du Christ / Année A
26/05/2011

 

« Er ist was er ißt »

·       L’homme est lié à son alimentation. « Il est ce qu’il mange ». Le jeu de mots allemand de Feuerbach prend un relief particulier en cette période où les bactéries des concombres et autres légumes bio ont fait trembler l’Europe jusqu’en Russie.

Je suis ce que je mange dans Communauté spirituelleIl y a réellement un lien entre notre culture et notre nourriture. Lévi Strauss a montré comment « le cru et le cuit » différencient les peuples : la cuisine façonne l’humanité d’une civilisation. Le récent classement de notre cuisine française au patrimoine mondial de l’Unesco le réaffirme avec éclat : s’alimenter est un art de vivre.

On comprend que les chrétiens aient très tôt perçu ce lien vital. « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ».À cause de toutes les paroles de Jésus sur la vraie nourriture et la vraie boisson (Jn 6), ils ont tout de suite expérimenté que ce qu’on mange nous transforme à son image, et la manière dont on le mange peut nous diviniser ou nous abrutir.

 

La liberté alimentaire

Ils ne se sentent plus liés par les interdits alimentaires païens, juifs ou musulmans. Pas besoin de viande casher, de produits hallal, pas de tabous culinaires : tout aliment est donné à l’homme pour qu’il s’humanise. L’impur n’est pas dans l’assiette, mais dans le coeur de l’homme.

 

Les chrétiens ne suivront pas non plus Freud aveuglément dans sa réduction du corps à l’oral ou à l’anal. Ils ne se précipiteront pas sans réfléchir à la suite des modes bios où la sacralisation de la terre leur rappellera des cultes païens d’autrefois. Et le légitime intérêt soulevé par le commerce équitable ne pourra les détourner du souci de nourrir les plus pauvres au meilleur prix. La « malbouffe » (junkfood) n’en sera pas pour autant leur credo. Et si certains sont végétariens (les moines cisterciens notamment), ils n’en font pas un absolu. Ils aimeront la cuisine du terroir comme le mélange des cuisines du monde. Manger light ou se soigner par les aliments fera partie de l’éventail des possibles, sans y attacher de valeur définitive. Bref : les chrétiens sont libres vis-à-vis de toutes les modes alimentaires qui depuis les siècles se succèdent ou coexistent.

 

« Er ist was er ißt »

·       Feuerbach utilisait cette dépendance de l’homme vis-à-vis de l’univers pour étayer sa vision matérialiste où l’être humain n’est qu’une parcelle de l’univers, fait de la même poussière que les étoiles ou les légumes dans l’assiette. Saint Augustin disait à peu près la même chose, en parlant de l’eucharistie. « Soyez ce que vous voyez. Recevez ce que vous êtes. Devenez ce que vous recevez. » C’est la solidarité avec Dieu que cette nourriture-là exprime ; alors que l’autre nourriture exprime notre solidarité avec l’univers créé.

 cru dans Communauté spirituelleLe parallélisme est antithétique pour Augustin. De même que l’estomac a le pouvoir de digérer la matière pour la transformer en de l’organique et du vivant (les tissus humains, le sang), de même symétriquement le Christ ressuscité a le pouvoir de faire de nous son Corps en nous incorporant à lui par la communion eucharistique.

« Je suis la nourriture des forts : croîs et tu me mangeras (cresce et manducabis me). Tu ne me changeras pas en toi, comme la nourriture de ta chair, mais c’est toi qui te changeras en moi (sed tu mutaberis in me) » (Confessions ; Livre VII ; X,16).

 

Voilà en quoi cette nourriture est sacramentelle : au moment où notre corps semble l’assimiler, c’est elle en fait qui nous assimile, qui nous transforme en ce qu’elle est : le corps du Christ.

En faisant cela, elle transforme du même coup notre rapport à la nourriture ordinaire. Les chrétiens ne regardent plus dans les entrailles des poulets ou des animaux sacrifiés pour connaître leur avenir. Leur seul augure (haru-spicere : en latin = regarder les entrailles), c’est le sacrifice du Christ, une fois pour toutes.

 

·       Voilà une conséquence inattendue de la conception catholique de l’eucharistie : une réelle liberté alimentaire !

Se nourrir du corps du Christ, c’est établir une autre relation aux nourritures ordinaires, très originale, très différente. Ni idolâtrie du régime, ni mépris du corps, la liberté chrétienne se traduit dans l’assiette par une joie de goûter et de savourer qui ne se laisse enfermer par rien.

Manger le Corps du Christ, c’est se laisser transformer en lui. Manger l’univers, c’est déguster le bonheur d’être créé pour justement transcender cet univers.

  cuit

Que la fête du Saint-Sacrement nous rende libres pour goûter toute nourriture avec bonheur, digérant celle-là comme l’autre nous transforme…

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5 juin 2010

L’eucharistie selon Melchisédek

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L’eucharistie selon Melchisédek

 

Homélie pour la Fête du Corps et du Sang du Christ

06/06/2010

 

Curieux personnage que ce Melchisédek dont la première lecture nous donne l’unique citation le concernant dans la Bible en cette « Fête Dieu » (Gn 14,18-20).

On ne sait pas d’où il vient, quelle est sa lignée. On ne connaît pas son rôle exact dans l’ancien Orient d’Abraham. Cette unique mention de Melchisédek dans la Bible nous laisse juste penser que c’était un prêtre-roi très important, puisque même Abraham lui paye la dîme, et reçoit sa bénédiction avec reconnaissance

 

·      Visiblement, Melchisédek n’est pas juif. Pourtant il est roi, et même « roi de justice » (Melki = roi /  Tsedek = justice), et « roi de paix » et (Salem =  paix). Sa mission de roi est donc de faire régner la justice et la paix. En plus, il est « prêtre du Dieu très haut », d’un sacerdoce qui est antérieur à celui qui naîtra  d’Abraham dans le peuple juif (les Cohen). Cette figure mystérieuse semble donc indiquer qu’avant le grand prêtre juif, il a existé un prêtre-roi dont le sacerdoce n’est pas d’offrir des sacrifices d’animaux, mais du pain et du vin… On comprend alors pourquoi la lettre aux Hébreux (He 7) et toute la tradition chrétienne a reconnu en Melchisédek l’annonce de l’unique grand prêtre qu’est le Christ : à travers le pain et le vin, Jésus s’offre lui-même. Dans l’eucharistie Jésus s’offre à son Père dans la communion d’amour de l’Esprit. Il nous incorpore à lui, nous associe à l’offrande qu’il fait de toute sa personne à son Père, afin que nous devenions « une vivante offrande à la louange de la gloire du Père » (prière eucharistique n°4) par l’Esprit Saint, en Jésus-Christ, (prière eucharistique n°3).

La prière eucharistique n°1 mentionne explicitement Melchisédek comme une clé prophétique pour comprendre l’eucharistie :

« Et comme il t’a plu d’accueillir les présents d’Abel le Juste, le sacrifice de notre père Abraham, et celui que t’offrit Melkisédek, ton grand prêtre, en signe du sacrifice parfait, regarde cette offrande avec amour et, dans ta bienveillance, accepte-la. »

Et saint Jérôme résumait ainsi la relecture chrétienne de Melchisédek :

Melkisédek est une figure du Christ : n’étant pas juif de race mais cananéen, il anticipa, par son sacerdoce, celui du Fils de Dieu, comme le dit le psaume CIX : « Tu es prêtre à jamais selon l’ordre du roi Melkisédeck ». 

Cet ordre de Melkisédek a été interprété de façons très diverses : d’abord, seul, Melkisédek fut à la fois roi et prêtre.

Puis, c’est avant l’établissement de la circoncision qu’il exerça son ministère : il montrait par là que ce n’est pas des Juifs que les païens ont reçu le sacerdoce, mais bien les Juifs des païens (…) 

Melkisédek enfin n’a pas immolé des victimes de chair et de sang, ni reçu dans ses mains des entrailles d’animaux privés de raison, mais il a inauguré le sacrement du Christ par un sacrifice simple et pur, l’offrande du pain et du vin.

En outre, l’Épître aux Hébreux expose longuement d’autres ressemblances entre Melkisédek et le Christ. Melkisédek, dont le nom signifie « roi juste », était roi de Salem, c’est-à-dire « roi de paix ». Il était sans père, sans mère, sans généalogie (…) Par ces mots, l’Apôtre souligne que Melkisédek apparaît subitement dans la Genèse, allant à la rencontre d’Abraham qui s’en revenait après le massacre de ses ennemis. Ni avant ni après, le nom de Melkisédek ne se retrouve dans le livre saint. Son sacerdoce est donc une figure du sacerdoce du Christ et de son Église, sacerdoce éternel, sans limites dans le passé comme dans l’avenir, tandis que le sacerdoce d’Aaron, chez les Juifs, eut un commencement et une fin.

Tout ce passage de l’Épître aux Hébreux (…) montre bien qu’avant Lévi et Aaron, Melkisédek, un païen, fut véritablement prêtre. Bien mieux, un si grand prêtre, qu’il lui fut donné de bénir, en la personne d’Abraham, les futurs prêtres des Juifs qui descendraient du patriarche.

Tout ce qui est dit ici à la louange de Melkisédek concerne le Christ dont il est la figure. Et le déploiement du sacerdoce du Christ, ce sont les sacrements de Église (saint Jérôme : épître LXXIII, 2-3).

 

·      L’eucharistie selon Melchisédek présente des caractéristiques pleinement accomplies en Jésus-Christ :

- Melchisédek n’est pas juif, mais il bénit le peuple juif.

L’eucharistie n’est pas enfermée dans ses sources juives, et pourtant elle demeure une bénédiction offerte à tous les descendants d’Abraham. Pas le moindre antisémitisme dans cette théologie, au contraire ! L’ouverture à tous les peuples de la table eucharistique ne se joue pas contre le peuple juif, mais également en sa faveur

 

- Melchisédek ne sacrifie pas des animaux, comme dans le Temple de Jérusalem (ou dans les religions traditionnelles), où le sang devait couler pour apaiser et se concilier la divinité. Non : Melchisédek offre du pain et du vin, « sacrifice non sanglant » (Concile de Trente) qui met fin à la violence sacrée et aux victimes émissaires (cf. René Girard). L’unique sacrifice du Christ sur la croix a fait cesser « une fois pour toutes » (lettre aux Hébreux) les exigences sanglantes d’une justice trop humaine.

 

- la paix et la justice apportées dans l’eucharistie ne le sont pas à la manière des hommes, mais à la manière du Ressuscité, à l’image de Melchisédek roi de justice et de paix. Une justice qui sauve et non pas qui condamne. Une paix qui est donnée, non pas négociée, à partir de la victoire sur toutes les forces de mort qu’est la Pâque du Christ.

 

·      Universalité, offrande de soi, justice et paix : ce ne sont là que quelques aspects de « l’eucharistie selon Melchisédek », mais que le Christ porte à une telle plénitude qu’on reste encore tout étonné de relire dans la Tora quelques petites lignes uniques sur ce personnage qui éclaire notre eucharistie chrétienne avec tant de force !

 

Première lecture : Melkisédek      Genèse 14,18-20

Comme Abraham revenait d’une expédition victorieuse contre quatre rois, Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin; il était prêtre du Dieu très-haut. Il prononça cette bénédiction: « Béni soit Abraham par le Dieu très-haut, qui a fait le ciel et la terre; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abraham lui fit hommage du dixième de tout ce qu’il avait pris.

 

Deuxième lecture : 1 Corinthiens 11,23-26

Frères et s?urs, moi, Paul, je vous ai transmis ce que j’ai reçu de la tradition qui vient du Seigneur: la nuit même où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit: « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. »

Après le repas, il fit de même avec la coupe en disant: « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. »

Ainsi donc, chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez à cette coupe, vous proclamez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne.

 

Évangile : Luc 9,11b-17

Jésus parlait du règne de Dieu à la foule, et il guérissait ceux qui en avaient besoin. Le jour commençait à baisser. Les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent: « Renvoie cette foule, ils pourront aller dans les villages et les fermes des environs pour y loger et trouver de quoi manger: ici nous sommes dans un endroit désert. » Mais il leur dit: « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent: « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons … à moins d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce monde. » Il y avait bien cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples: « Faites-les asseoir par groupes de cinquante. » Ils obéirent et firent asseoir tout le monde. Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il les bénit, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à tout le monde. Tous mangèrent à leur faim, et l’on ramassa les morceaux qui restaient: cela remplit douze paniers.
 Patrick Braud

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