L'homelie du dimanche

15 mai 2017

L’agilité chrétienne

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L’agilité chrétienne

Homélie pour le 6° dimanche de Pâques / Année A 21/05/2017

Cf. également :

Fidélité, identité, ipséité

Soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous

Tu dois, donc tu peux

Une Loi, deux tables, 10 paroles

Quand Dieu appelle

Le Paraclet, l’Église, Mohammed et nous

L’Esprit et la mémoire

 

Étonnamment, la façon dont les premières communautés chrétiennes ont su géré les événements (cf. 1° lecture) ! Les imprévus que l’Esprit leur faisait traverser peuvent devenir une source d’inspiration pour le management en entreprise aujourd’hui. Expliquons-nous.

De plus en plus d’entreprises explorent ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’agilitéQuatre grandes raisons au moins les poussent à cela [1] :

1. La montée de la complexité et, de façon liée, une perte de sens ;

2. La montée de l’individualité, qui plaide pour une reconnaissance de la capacité de l’individu à penser et à agir, donc à avoir son libre arbitre et ses exigences, qu’il soit placé dans une posture de consommateur sur un marché ou de producteur dans une organisation ;

3. La montée de l’incertitude, qui impose naturellement la nécessité d’anticiper pour améliorer encore nos capacités de réaction.

4. La montée de l’interdépendance, qui implique de partager le pouvoir tant à l’intérieur d’une organisation qu’à l’extérieur.

Nuages de mots Agilité-Accueil

Qu’est-ce qu’être agile ?

Sept principes managériaux, faisant système, caractérisent les entreprises dites agiles :

1. La capacité d’anticipation des ruptures de son environnement, mais aussi des conséquences de ses propres décisions et actions,

2. La coopération, tant en interne de façon à rechercher un optimum collectif plutôt qu’un maximum par fonction, qu’en externe vis-à-vis de tous les acteurs de son environnement grâce à de multiples conventions renégociables à loisir,

3. L’innovation permanente dans son offre client (grâce à un mix « coûts maîtrisés – valeur créée »),

4. Une offre globale s’appuyant bien sûr sur des produits toujours plus performants mais aussi sur des offres de services et une relation personnalisée avec chaque client,

5. Une culture client généralisée dans une organisation par processus où chacun est client de l’autre et réciproquement,

6. Une complexité à échelle humaine visant à favoriser la reconfiguration des équipes ou des services,

7. Une culture du changement faisant de celui-ci un allié souhaité plutôt qu’un ennemi craint.

Revisitons note première lecture ainsi que l’ensemble du livre des Actes des Apôtres, avec ces 7 principes comme grille de lecture.

 

1. Être capable de s’adapter, et mieux encore d’anticiper les ruptures se produisant dans son environnement.

L’agilité chrétienne dans Communauté spirituelle elephant-agile@w_378Pour l’Église de Jérusalem, la rupture c’est la persécution qui éclate après la lapidation d’Étienne (Actes 8). Personne n’avait prévu de sortir hors de Jérusalem au début. C’est la menace de l’emprisonnement et du supplice qui provoque la dispersion des premiers chrétiens, en Samarie notamment. Alors le diacre Philippe (l’un des Sept cf. Actes 6) transforme cette fuite en un nouveau départ, la menace en opportunité. Philippe profite de cette mini-migration forcée pour annoncer le Christ, et les foules de Samarie lui font bon accueil

Les ruptures, les événements disruptifs comme aiment les appeler les économistes sont nombreux aujourd’hui dans le contexte d’une entreprise. Ruptures numériques (ubérisation…), écologiques (transformation des sources d’énergie), ruptures de consommation (le bon, le local, le sain…), ruptures technologiques (robots, automatisation, intelligence artificielle etc.). Seules survivront les entreprises sachant s’adapter, anticiper, transformer le danger en source de progrès.

 

2. La coopération, tant en interne qu’en externe.

Au début d’Actes 8, Philippe semble bien seul en Samarie. Mais très vite, Jérusalem entend parler de ses succès imprévus, et dépêche Pierre et Jean pour faire le lien. La coopération qui se met ainsi en place deviendra un trait structurant des Églises : donner/prendre des nouvelles, s’écrire, se visiter, s’entraider (cf. la collecte que Paul organise autour du bassin méditerranéen pour l’Église de Jérusalem en difficulté financière). Ici, c’est le ministère de Philippe qui est comme complété par celui de Pierre et Jean : ceux-ci imposent  les mains pour donner aux samaritains l’Esprit Saint que le baptême du diacre Philippe n’avait pas suffi à répandre. Certains y ont vu la figure de ce qui allait devenir le sacrement de confirmation ensuite, conféré par l’évêque. D’autres y ont vu la figure de l’effusion de l’Esprit, pratiquée encore aujourd’hui dans les communautés charismatiques. Quoi qu’il en soit, c’est l’indice d’une coopération très forte entre diacres et prêtres/évêques, entre Jérusalem et la Samarie, entre anciens et nouveaux chrétiens etc.

3. L’innovation permanente dans l’offre client.

4. Une offre globale s’appuyant bien sûr sur des produits toujours plus performants mais aussi sur des offres de services et une relation personnalisée avec chaque client.

6. Une complexité à échelle humaine visant à favoriser la reconfiguration des équipes ou des services.

7. Une culture du changement faisant de celui-ci un allié souhaité plutôt qu’un ennemi craint.

Évidemment, l’Église n’est pas une entreprise et n’a pas de clients ! Cependant, le peuple de Dieu est bien destinataire du ministère apostolique, qui doit innover en permanence pour nourrir les baptisés (pasteur = faire paître). C’est ainsi que Philippe, l’un des Sept, avait été institué pour le service des tables, et non pour l’annonce de la parole, apparemment réservée aux apôtres (Ac 6,2–4) ! Pourtant, face à une situation nouvelle, Philippe n’hésite pas à innover, même ministériellement : il proclame l’Évangile, il baptise, il rassemble l’ekklèsia.

L’Esprit fait toutes choses nouvelles : c’est lui qui conduit l’Église à trouver à chaque époque les ministères, les rôles et les fonctions de chacun qui vont permettre à tous de ne pas mourir de faim (spirituelle). Les Sept eux-mêmes sont la preuve éclatante de l’agilité chrétienne. Jésus n’avait jamais prévu ni demandé ce ministère diaconal. Mais l’Esprit a poussé l’Église à innover. Il continue à le faire ! Seuls les traditionalistes refusent l’innovation de l’Esprit : pour eux, la vérité est immobile, l’identité figée. Or ne pas être agile est sans doute le véritable « péché contre l’Esprit » ! L’agilité spirituelle conduit à complexifier relativement l’organisation de l’Église, plutôt dans le sens d’une complexité adaptée à la société environnante que d’une complication rébarbative. Complexité ne signifie pas compliqué !

Lorsque l’Église n’a pas voulu innover, ses raidissements ont provoqué des catastrophes : la rupture d’avec Luther voulant réformer l’Église, le rejet par la Chine (cf. Matteo Ricci et l’affaire des rites chinois) ou le Japon (le dernier film de Martin Scorcèse : Silence, évoque l’imperméabilité du Japon aux croyances et rites romains du XVIIe siècle). À l’inverse, chaque fois que l’Église a su faire du changement un allié, elle a suscité une adhésion immense : en Afrique avec l’inculturation, en Amérique latine avec la théologie de la libération, en Europe ou en Amérique du Nord avec le rétablissement du diaconat permanent etc.

résistance auchangement

5. Une culture client généralisée.

Avec Philippe en Samarie, l’Église expérimente que les ministères sont pour les croyants. Paul exprimera cette « conviction-client » à sa manière : « C’est le Christ qui a donné (à l’Église) certains comme apôtres, d’autres comme prophètes, d’autres comme évangélistes, d’autres enfin comme chargés d’enseignement, afin de mettre les saints en état d’accomplir le ministère pour bâtir le corps du Christ  » (Ep 4, 11-12).

Dans la famille chrétienne, nous sommes tous clients (au sens noble) les uns des autres. Les fidèles sont redevables aux prêtres/diacres/évêques des sacrements et de la présidence ecclésiale. Les ministres se nourrissent de la foi des fidèles, de leur générosité, de leur témoignage de vie en tant que laïcs dans leurs entreprises, familles, communes etc. La réciprocité, multiple et croisée entre tous, est le signe d’une Église en bonne santé. Le Concile de Trente lui-même évoquait cet état d’esprit où le bien commun du peuple de Dieu est le critère final du ministère et de l’eucharistie, « pour que les brebis du Christ ne meurent pas de faim et que les petits ne demandent pas du pain et que personne ne leur en donne » (Session XXII ch VIII).

Résumons-nous : dès le début, les premiers disciples du Ressuscité sont poussés par l’Esprit à innover, à s’adapter, à complexifier le service rendu au peuple élu en fonction des événements (persécution) ou des besoins (s’occuper des veuves, mettre en place des responsables de communauté etc.).

Cette agilité chrétienne est la caractéristique de l’Esprit animant l’Église. Elle n’est pas étrangère à l’agilité managériale que bon nombre d’entreprises recherche aujourd’hui : pourquoi s’en étonner ? C’est de la même humanité qu’il s’agit : une humanité à nourrir spirituellement et économiquement, à écouter dans ses besoins fondamentaux, à accompagner dans les changements de société.

Que l’Esprit du Ressuscité nous donne d’être agiles à sa manière !

 

 


 

 

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint » (Ac 8, 5-8.14-17)

Lecture du livre des Actes des Apôtres
En ces jours-là, Philippe, l’un des Sept, arriva dans une ville de Samarie, et là il proclamait le Christ. Les foules, d’un même cœur, s’attachaient à ce que disait Philippe, car elles entendaient parler des signes qu’il accomplissait, ou même les voyaient. Beaucoup de possédés étaient délivrés des esprits impurs, qui sortaient en poussant de grands cris. Beaucoup de paralysés et de boiteux furent guéris. Et il y eut dans cette ville une grande joie. Les Apôtres, restés à Jérusalem, apprirent que la Samarie avait accueilli la parole de Dieu. Alors ils y envoyèrent Pierre et Jean. À leur arrivée, ceux-ci prièrent pour ces Samaritains afin qu’ils reçoivent l’Esprit Saint ; en effet, l’Esprit n’était encore descendu sur aucun d’entre eux : ils étaient seulement baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors Pierre et Jean leur imposèrent les mains, et ils reçurent l’Esprit Saint.

PSAUME
(Ps 65 (66), 1-3a, 4-5, 6-7a, 16.20)
R/ Terre entière, acclame Dieu, chante le Seigneur ! ou : Alléluia ! (Ps 65, 1)

Acclamez Dieu, toute la terre ; fêtez la gloire de son nom, glorifiez-le en célébrant sa louange. Dites à Dieu : « Que tes actions sont redoutables ! »

« Toute la terre se prosterne devant toi, elle chante pour toi, elle chante pour ton nom. » Venez et voyez les hauts faits de Dieu, ses exploits redoutables pour les fils des hommes.

Il changea la mer en terre ferme : ils passèrent le fleuve à pied sec. De là, cette joie qu’il nous donne. Il règne à jamais par sa puissance.

Venez, écoutez, vous tous qui craignez Dieu : je vous dirai ce qu’il a fait pour mon âme ; Béni soit Dieu qui n’a pas écarté ma prière, ni détourné de moi son amour !

 

DEUXIÈME LECTURE « Dans sa chair, il a été mis à mort ; dans l’esprit, il a reçu la vie » (1 P 3, 15-18)
Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, honorez dans vos cœurs la sainteté du Seigneur, le Christ. Soyez prêts à tout moment à présenter une défense devant quiconque vous demande de rendre raison de l’espérance qui est en vous ; mais faites-le avec douceur et respect. Ayez une conscience droite, afin que vos adversaires soient pris de honte sur le point même où ils disent du mal de vous pour la bonne conduite que vous avez dans le Christ. Car mieux vaudrait souffrir en faisant le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal. Car le Christ, lui aussi, a souffert pour les péchés, une seule fois, lui, le juste, pour les injustes, afin de vous introduire devant Dieu ; il a été mis à mort dans la chair ; mais vivifié dans l’Esprit.

 

ÉVANGILE « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur » (Jn 14, 15-21) Alléluia. Alléluia.  Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, dit le Seigneur ; mon Père l’aimera, et nous viendrons vers lui. Alléluia (Jn 14, 23)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. En ce jour-là, vous reconnaîtrez que je suis en mon Père, que vous êtes en moi, et moi en vous. Celui qui reçoit mes commandements et les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; moi aussi, je l’aimerai, et je me manifesterai à lui. »
Patrick BRAUD

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20 décembre 2016

Les 3 naissances de Noël

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Les 3 naissances de Noël

Homélie pour la fête de Noël 2016 / Année A
24/12/2016

Cf. également :

Noël : solstices en tous genres
Noël : Il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune…
Noël : la trêve des braves
Noël : croyance dure ou croyance molle ?
Le potlatch de Noël
La bienveillance de Noël
Noël « numérique », version réseaux sociaux…
Noël : « On vous écrira… »
Enfanter le Verbe en nous…

Le mot français Noël vient du latin natal, natalis = naissance. Le vieux français disait Naël. L’espagnol ou l’italien s’en souviennent : on se salue avec un Feliz Navidad, qui vient du latin nativitatem = naissance. La plupart des langues européennes font dériver Noël de la naissance (sauf l’Allemand Weihnachten = nuits de veille et l’anglais Christmass = messe du Christ).

Afficher l'image d'origineÀ regarder l’enfant déposé dans la crèche cette nuit, on devine que c’est bien la naissance physique de Jésus de Nazareth qui est en jeu. Mais à bien y réfléchir, il n’y a pas une seule mais trois naissances en jeu à Noël. La mystique rhénane, ce courant spirituel du XIV° siècle, a popularisé cette conception de Noël. Jean Tauler par exemple commente ainsi le sens de la fête :

« On fête aujourd’hui, dans la sainte chrétienté, une triple naissance où chaque chrétien devrait trouver une jouissance et un bonheur si grands qu’il en soit mis hors de lui-même ; il y a de quoi le faire entrer en des transports d’amour, de gratitude et d’allégresse ; un homme qui ne sentirait rien de tout cela devrait trembler.
- La première et la plus sublime naissance est celle du Fils unique engendré par le Père céleste dans l’essence divine, dans la distinction des personnes.
- La seconde naissance fêtée aujourd’hui est celle qui s’accomplit par une mère qui dans sa fécondité garda l’absolue pureté de sa virginale chasteté.
- La troisième est celle par laquelle Dieu, tous les jours et à toute heure, naît en vérité, spirituellement, par la grâce et l’amour, dans une bonne âme.
Telles sont les trois naissances qu’on célèbre aujourd’hui par trois messes. »
Jean Tauler, sermon pour la nuit de Noël.

Examinons rapidement les conséquences de ces trois naissances pour nous.

1. L’engendrement éternel du Verbe en Dieu

La première naissance est la plus mystérieuse, celle qui nous échappe radicalement.
Comment décrire avec des Afficher l'image d'originemots humains ce qui appartient à l’essence divine : se partager sans se diviser ? La clé de la naissance du Verbe en Dieu est sans doute l’amour. Un Dieu unique et solitaire pourrait être tout-puissant, créateur, rédempteur comme dans le judaïsme et l’islam, mais il ne pourrait être amour en lui-même. Parce que Dieu est amour, pas seulement pour l’homme mais en lui-même, il suscite une altérité au plus intime de son être. « Engendré non pas créé », le Verbe est de toute éternité le résultat de l’amour qui se donne sans se diviser. Et le mouvement de cet élan mutuel, c’est l’Esprit de Dieu, vivante relation tissant la communion trinitaire.

Quelles conséquences pour nous ?

Puisque nous sommes à l’image de Dieu, l’engendrement éternel du Verbe au nom de l’amour nous pousse à engendrer nous-mêmes, non pas en copiant (c’est impossible !) mais en participant à cet élan de don et de réception dans toutes nos relations humaines. Donner sans contrepartie est le propre du Père. Se recevoir inconditionnellement quoi qu’il arrive est la marque du Fils. Ne pas interrompre cette circulation du donner et du recevoir est le sceau de l’Esprit.

La structure de l’engendrement éternel du Verbe appliqué à l’humain pourrait donc ressembler à une circulation du don, une économie du don comme disent les Pères grecs : demander /donner / recevoir /rendre.

Nous passerons ainsi de la première « naissance » à un système d’échanges économiques où ce qui est échangé n’est pas des biens (argent, richesses, choses matérielles) mais des relations sociales (être alliés, solidaires, pouvoir compter les  uns sur les autres etc.). Rien que pour cela, il serait dommage de fêter Noël à rebours de cette économie du don ! Nos cadeaux ne sont pas là pour nous faire plaisir, ni faire pression ou exiger du donnant-donnant. Les paquets enrubannés sous les sapins témoignent que nous sommes faits pour engendrer et être engendrés,  ainsi que cela se passe au cœur de la Trinité. Les réveillons à côté de la crèche ne seront pas parjures s’ils nourrissent l’affection partagée, la communauté de destin réaffirmée, le désir de faire un tout en restant plusieurs.

2. La naissance historique de Jésus de Nazareth

La deuxième naissance est la plus facile apparemment à percevoir. Le fils né de Marie, dans une mangeoire Afficher l'image d'origine(prémonitoire ! car il est à croquer ce divin enfant qui deviendra pain de vie…) : scène de famille à la rue, hélas familière sur nos écrans de télévision et dans nos villes. Pourtant, ces quelques kilos de chair recèlent une équation impossible : beaucoup verront dans cet homme quelqu’un qui partage une intimité unique avec Dieu. Jésus se révélera à la fois comme entièrement de Dieu, et pleinement humain. Jamais un homme n’aura été aussi proche de Dieu, au point de faire un avec lui. Noël passa inaperçu aux yeux de la société juive de l’époque, car cette double appartenance ne se voyait pas encore. La naissance du Verbe en notre histoire nous appelle ainsi à ouvrir les yeux sur ces commencements obscurs où l’humain et le divin se rencontrent, en des ébauches improbables.

Dans l’art, le désintéressement, la sortie de soi, l’innovation véritable…

Il y a tant de façons pour Dieu de s’incarner !

3. La naissance du Verbe en nous

Cette troisième dimension de Noël est sans aucun doute la plus méconnue des foules de la nuit du 24 décembre. C’est pourtant un thème constant de la spiritualité chrétienne que la mystique rhénane a porté au plus haut. Chacun de nous en effet peut devenir la mère de Jésus, selon sa parole en Mc 3,31 35 : « quiconque fait la volonté de mon père est pour moi un frère, une sœur, une mère ». Les témoignages des Pères de l’Église sur cette maternité spirituelle sont innombrables. Ainsi la lettre à Diognète (III° siècle) se termine en mentionnant « le Logos toujours renaissant dans le cœur des  Saints ».

« Par  Dieu  seul  se  réalise  cette  naissance.  Et  elle  s’accomplit lorsque, comme une mère,  quelqu’un conçoit,  dans  le fond  vivant  de son  cœur,  l’immortalité  de  l’Esprit.  Il enfante  par  suite  sagesse  et justice,  sainteté  et  pureté  intérieure.  Et ainsi  chacun  peut  devenir mère de  Celui  qui,  par essence,  est  tout cela,  ainsi  que le  Seigneur lui-même  l’a dit  :  ‘quiconque  fait  la volonté  de mon  Père  des  cieux, celui-là m’est une mère’ »[1].

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Maître Eckhart a creusé jusqu’à l’incandescence cet appel à engendrer le Verbe au-dedans de soi :

« À la source la plus profonde, je sourds dans l’Esprit Saint ; là n’est plus qu’une vie, qu’un être, qu’une œuvre. Tout ce que Dieu met en œuvre est unité. 

«  Le Père engendre dans l’éternité le Fils, comme son image.  » Le Verbe était auprès de Dieu et Dieu était le Verbe  » : comme le même que lui et de la même nature. Mais je vais plus loin et je dis : il l’a engendré dans mon âme ! [3]C’est pourquoi il m’engendre en tant que son Fils, sans restriction. [2] »

Engendrer le Verbe en nous : qu’est-ce à dire ?

- En se tournant vers Marie, on comprendra davantage ce que cet engendrement demande de confiance (« qu’il me soit fait selon ta parole »), de silence (les neuf mois de Nazareth), de relations à réordonner (cf. la crise avec son fiancé Joseph), de déplacements à opérer (dont celui de Nazareth à Bethléem est le symbole), d’exclusion à traverser (« il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune »).

Former le Christ en nous relève de cette attention maternelle de tous les instants, pour ne pas mettre en danger mais conforter ce début de vie si intime et si différent.

- En se tournant vers le Père, on découvrira sa capacité à se donner qui est l’engendrement véritable. La troisième naissance de Noël, intérieure, nous appelle à nous donner plutôt qu’à donner des choses, des cadeaux, des subsides. À nourrir ce germe de vie divine qui s’émerveille, se reçoit, s’alimente de toute parole venant de Dieu.

Noël résonne ainsi comme notre vocation à devenir le père du Verbe, au sens de l’engendrement éternel de l’amour se communiquant. Noël nous appelle par le même mouvement à devenir la mère du Christ, comme un liquide amniotique est un écosystème où notre vie, notre identité divine puise de quoi grandir, s’épanouir, sortir vers autrui et revenir en Dieu sans jamais le quitter ni se quitter soi-même.

Le Père engendre le Fils, de toute éternité à toute éternité : c’est la première naissance de Noël.
Par amour des hommes, le Verbe est engendré en Marie : c’est la deuxième naissance de Noël.
Par amour de Dieu, je participe à l’engendrement du Verbe en moi : c’est la troisième naissance de Noël.

Que ces trois engendrements transforment notre manière de donner la vie et de la recevoir !


[1] . Saint Grégoire de Nysse, Sur la  Virginité  (2  et 13), P.G. XLVI, 324 B et  380 D.
[2] . Les justes qui se dépouillent totalement deviennent Dieu, sermon 6.
[3] . La grâce divine de l’accomplissement, sur Lc 1,26.

 

1ère lecture : Le prince de la paix (Is 9, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Tu as prodigué l’allégresse, tu as fait grandir la joie : ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit en faisant la moisson, comme on exulte en partageant les dépouilles des vaincus.
Car le joug qui pesait sur eux, le bâton qui meurtrissait leurs épaules, le fouet du chef de corvée, tu les as brisés comme au jour de la victoire sur Madiane.
Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés : le feu les a dévorés.
Oui ! un enfant nous est né, un fils nous a été donné ; l’insigne du pouvoir est sur son épaule ; on proclame son nom : « Merveilleux-Conseiller, Dieu-Fort,Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Ainsi le pouvoir s’étendra, la paix sera sans fin pour David et pour son royaume. Il sera solidement établi sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Voilà ce que fait l’amour invincible du Seigneur de l’univers.

Psaume : Ps 95, 1-2a, 2b-3, 11-12a, 12b-13ac

R/ Aujourd’hui, un Sauveur nous est né : c’est le Christ, le Seigneur.

Chantez au Seigneur un chant nouveau,
chantez au Seigneur, terre entière,
chantez au Seigneur et bénissez son nom !

De jour en jour, proclamez son salut,
racontez à tous les peuples sa gloire,
à toutes les nations ses merveilles !

Joie au ciel ! Exulte la terre !
Les masses de la mer mugissent,
la campagne tout entière est en fête.

Les arbres des forêts dansent de joie
devant la face du Seigneur, car il vient,
pour gouverner le monde avec justice.

2ème lecture : La grâce de Dieu s’est manifestée (Tt 2, 11-14)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre à Tite

La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes.
C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnable, justes et religieux,
et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur.
Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile : Naissance de Jésus (Lc 2, 1-14)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Je vous annonce une grande joie. Aujourd’hui nous est né un Sauveur : c’est le Messie, le Seigneur !Alléluia. (cf. Lc 2, 10-11)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre ; ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie.
Et chacun allait se faire inscrire dans sa ville d’origine.
Joseph, lui aussi, quitta la ville de Nazareth en Galilée, pour monter en Judée, à la ville de David appelée Bethléem, car il était de la maison et de la descendance de David.
Il venait se faire inscrire avec Marie, son épouse, qui était enceinte.
Or, pendant qu’ils étaient là, arrivèrent les jours où elle devait enfanter.
Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
Dans les environs se trouvaient des bergers qui passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
L’ange du Seigneur s’approcha, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte, mais l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je viens vous annoncer une bonne nouvelle, une grande joie pour tout le peuple :
Aujourd’hui vous est né un Sauveur, dans la ville de David. Il est le Messie, le Seigneur.
Et voilà le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime. »
Patrick Braud

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20 juillet 2016

Que demander dans la prière ?

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Que demander dans la prière ?


Cf. également :

La force de l’intercession
Les 10 paroles du Notre Père
Ne nous laisse pas entrer en tentation 

Homélie du 17° dimanche du temps ordinaire / Année C
24/07/2016


Des milliers de cierges brûlent chaque jour devant la grotte de Lourdes. Ils portent  les espoirs de ceux qui les ont déposés là : pour guérir, pour moins souffrir, pour des proches… Pourtant chacun de nous a déjà fait l’amère expérience d’une prière déçue : j’ai demandé ceci, et rien n’est arrivé, au contraire…

Il y a une énigme dans la prière que Jésus veut lever à travers l’enseignement du Notre Père et de ses paraboles sur la force de l’intercession (Lc 11, 1-13). La plupart des malades à Lourdes savent bien qu’ils ne guériront pas par la seule force de la prière, et pourtant ils ne cessent pas de demander. À l’opposé, beaucoup sont devenus athées parce qu’ils ont assisté, impuissants malgré leur prière, à la mort d’un parent, au succès de l’injuste, à la victoire des puissants, à la réussite des  malfaisants…

Qu’est-ce donc qu’une prière de demande ?

 

Pas d’instrumentalisation de la prière

Le Décalogue commande : « Tu n’invoqueras pas le Nom du Seigneur ton Dieu en vain ». C’est vrai du blasphème, mais plus encore de cette prière païenne que serait utiliser le Nom de Dieu pour ses propres intérêts.

Maître Eckhart stigmatisait avec un humour féroce ceux qui utilisent la foi pour leurs objectifs purement terrestres :

« Celui qui aime Dieu en vue de son propre intérêt l’aime comme il aime sa vache…
pour le lait et le fromage qu’elle lui donne…
Ainsi font toutes les personnes qui aiment Dieu pour l’extérieur ou la consolation intérieure…
ils n’aiment pas vraiment Dieu …
mais leur propre avantage… »
Sermon 16b

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Saint Augustin allait encore plus loin, dénonçant tous les « Gott mit uns » futurs  comme des impostures :

Beaucoup demandent ce qu’il ne faut pas demander, dans l’ignorance où ils sont de ce qui leur est vraiment utile. Il faut éviter deux choses dans la prière, demander ce qu’il ne faut pas demander et demander à celui qu’il n’est pas permis d’invoquer. Il ne faut rien demander au démon, aux idoles, aux faux dieux. C’est à Jésus-Christ, le Seigneur notre Dieu, au Dieu, Père des prophètes, des apôtres et des martyrs, au Père de Notre Seigneur Jésus-Christ, au Dieu, Créateur du ciel, de la terre, de la mer et de tout ce qu’ils contiennent, c’est à lui qu’il faut demander ce dont vous avez besoin. Cependant il faut éviter de demander même à Dieu des choses défendues. Sous prétexte qu’on doit demander ce qui est nécessaire à la vie présente, ta prière sera sans fruit si tu l’adresses à des idoles sourdes et muettes ; de même si tu demandes à Dieu le Père qui est dans les cieux la mort de tes ennemis, à quoi ta prière te servira-t-elle ? N’avez-vous pas entendu dire ou lu vous-mêmes, dans le psaume où est prédit le châtiment du traître Judas, comment le prophète parle de lui : « Que sa prière lui soit imputée comme un nouveau péché ! » Si donc, quand tu te lèves pour prier, c’est du mal que tu souhaites à tes ennemis, ta prière t’est comptée comme un péché (…).
Saint Augustin, sermon LVI

Demander un scorpion pour empoisonner son voisin n’est évidemment pas une prière chrétienne. Crier Allah Akbar en se faisant sauter au milieu d’une foule encore moins. Au moment le plus tragique pour lui, Jésus a crié non pas pour être sauvé, mais pour que ses bourreaux soient sauvés : « Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».

 

Essentialiser la demande

Alors, est-il encore légitime de demander quelque chose à Dieu pour soi-même ?

Des milliers de personnes persévèrent dans la supplication, mais des milliers d’autres ont renoncé à demander quoi que ce soit à Dieu, parce qu’il semble impuissant à agir dans l’histoire des hommes. D’ailleurs, ne serait-il pas profondément injuste que Dieu change le cours des choses pour quelques-uns seulement en échange de leur soumission dans la prière ? Et les autres ? Un tel Dieu serait inique, et ennemi de la liberté humaine…

Afficher l'image d'origineFace à toutes ces contestations de la prière de demande, la Bible n’a cessé de purifier cet élan de l’homme vers Dieu pour que la prière devienne accueil plus que manipulation, disponibilité plus qu’exigence, cheminement plus que volontarisme. Le plus bel exemple dans l’Ancien Testament de cette essentialisation de la prière est la demande de Salomon. Alors que Dieu lui offre de demander ce qu’il veut, Salomon condense son désir en allant au plus important : la sagesse, la capacité de discerner ce qui est bon pour le peuple dont il a la charge.

Dieu dit à Salomon : « Puisque tel est ton désir, puisque tu n’as demandé ni richesse, ni trésors, ni gloire, ni la vie de tes ennemis, puisque tu n’as pas même demandé de longs jours, mais sagesse et savoir pour gouverner mon peuple dont je t’ai établi roi,  la sagesse et le savoir te sont donnés. Je te donne aussi richesse, trésors et gloire comme n’en eut aucun des rois qui t’ont précédé et comme n’en auront point ceux qui viendront après toi « . (Sg 1, 11-12)

Voilà le deuxième cheminement qui est le nôtre : après le renoncement à demander ce qui est contraire à l’amour, essentialiser notre demande pour finalement nous concentrer sur le plus important : le pain quotidien, le pardon, la délivrance du mal, ainsi que nous l’enseigne le Christ dans le Notre Père.

Que demander dans la prière ? dans Communauté spirituelle rafael-salomon2b 

Demander l’Esprit Saint

Jésus va encore plus loin : le véritable objet de la prière chrétienne de demande n’est pas quelque chose, mais quelqu’un : l’Esprit Saint en personne.

« Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Demander l’Esprit Saint, ce n’est pas demander la richesse ou la santé, la réussite ou la gloire, c’est chercher à habiter dans l’intimité divine, la laisser habiter en nous, pour traverser tous les événements qui nous arrivent en pleine communion avec Dieu.

St Ignace de Loyola a très bien indiqué à ses compagnons jésuites que l’objet de la prière n’est pas de demander ceci ou cela, mais de demeurer en Dieu quoiqu’il arrive. Cette « indifférence » ignacienne est aujourd’hui encore enseignée dans les exercices spirituels des retraites jésuites :

Afficher l'image d'origine« L’homme est créé pour louer, révérer et servir Dieu notre Seigneur et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé.

D’où il suit que l’homme doit user de ces choses dans la mesure où elles l’aident pour sa fin
et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles sont pour lui un obstacle à cette fin.

Pour cela il est nécessaire de nous rendre indifférents à toutes les choses créées,
en tout ce qui est laissé à la liberté de notre libre-arbitre et ne lui est pas défendu ;
de telle sorte que nous ne voulions pas, pour notre part, davantage
la santé que la maladie,
la richesse que la pauvreté,
l’honneur que le déshonneur,
une vie longue qu’une vie courte
et de même pour tout le reste,
mais que nous désirions et choisissions uniquement ce qui nous conduit davantage à la fin pour laquelle nous sommes créés. »

Exercices Spirituels de saint Ignace, n° 23, Principe et Fondement

Afficher l'image d'origineCharles de Foucauld à sa manière avait découvert lui aussi que l’essentiel de la prière est de se laisser tomber dans les bras de Dieu, en lui faisant confiance au point de ne rien lui demander d’autre que lui-même :

Mon Père,

Je m’abandonne à toi,
fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi,
je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.
Pourvu que ta volonté
se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d’autre, mon Dieu….

 

Qu’est-ce qui est le meilleur pour moi ?

Demander l’Esprit Saint, ce n’est donc pas faire pression sur Dieu pour obtenir ce que je veux, car moi-même je ne sais pas ce qui est le meilleur pour moi. Peut-être tel succès deviendrait-il ma perte spirituelle ? Peut-être telle guérison m’emmènerait-elle loin de ma vocation cachée ? Peut-être ce divorce se révélera-t-il finalement plus fécond que je ne peux le penser ? Peut-être ce licenciement m’orientera-t-il sur d’autres réussites professionnelles ?

Nous ne savons pas où nous conduisent les événements : pourquoi vouloir à tout prix maîtriser ce qui arrive ? Pourquoi ne pas nous laisser façonner par ces événements pour que Dieu invente avec nous un autre accomplissement, sur d’autres routes ?

Jésus a incarné au plus haut point cette prière de demande : décentrée de ses intérêts propres, renonçant à imposer sa vision de l’avenir (« Père, si cette coupe peut passer loin de moi… Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux… »), habitée par l’Esprit jusqu’au bout (« il rendit l’Esprit »).

Apprenons à convertir notre prière de demande, pour qu’elle devienne finalement le désir fort, le désir vrai de vivre en communion avec Dieu tout ce qui nous arrive, ce qui est le propre de l’Esprit Saint habitant en nous.

 

 

1ère lecture : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère si j’ose parler encore » (Gn 18, 20-32)

Lecture du livre de la Genèse

En ces jours-là, les trois visiteurs d’Abraham allaient partir pour Sodome. Alors le Seigneur dit : « Comme elle est grande, la clameur au sujet de Sodome et de Gomorrhe ! Et leur faute, comme elle est lourde ! Je veux descendre pour voir si leur conduite correspond à la clameur venue jusqu’à moi. Si c’est faux, je le reconnaîtrai. » Les hommes se dirigèrent vers Sodome, tandis qu’Abraham demeurait devant le Seigneur. Abraham s’approcha et dit : « Vas-tu vraiment faire périr le juste avec le coupable ? Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les faire périr ? Ne pardonneras-tu pas à toute la ville à cause des cinquante justes qui s’y trouvent ? Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? » Le Seigneur déclara : « Si je trouve cinquante justes dans Sodome, à cause d’eux je pardonnerai à toute la ville. » Abraham répondit : « J’ose encore parler à mon Seigneur, moi qui suis poussière et cendre. Peut-être, sur les cinquante justes, en manquera-t-il cinq : pour ces cinq-là, vas-tu détruire toute la ville ? » Il déclara : « Non, je ne la détruirai pas, si j’en trouve quarante-cinq. » Abraham insista : « Peut-être s’en trouvera-t-il seulement quarante ? » Le Seigneur déclara : « Pour quarante, je ne le ferai pas. » Abraham dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère, si j’ose parler encore. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement trente ? » Il déclara : « Si j’en trouve trente, je ne le ferai pas. » Abraham dit alors : « J’ose encore parler à mon Seigneur. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement vingt ? » Il déclara : « Pour vingt, je ne détruirai pas. » Il dit : « Que mon Seigneur ne se mette pas en colère : je ne parlerai plus qu’une fois. Peut-être s’en trouvera-t-il seulement dix ? » Et le Seigneur déclara : « Pour dix, je ne détruirai pas. »

Psaume : Ps 137 (138), 1-2a, 2bc-3, 6-7ab, 7c-8

R/ Le jour où je t’appelle, réponds-moi, Seigneur. (cf. Ps 137, 3)

De tout mon cœur, Seigneur, je te rends grâce :
tu as entendu les paroles de ma bouche.
Je te chante en présence des anges,
vers ton temple sacré, je me prosterne.

Je rends grâce à ton nom pour ton amour et ta vérité,
car tu élèves, au-dessus de tout, ton nom et ta parole.
Le jour où tu répondis à mon appel,
tu fis grandir en mon âme la force.

Si haut que soit le Seigneur, il voit le plus humble ;
de loin, il reconnaît l’orgueilleux.
Si je marche au milieu des angoisses, tu me fais vivre,
ta main s’abat sur mes ennemis en colère.

Ta droite me rend vainqueur.
Le Seigneur fait tout pour moi !
Seigneur, éternel est ton amour :
n’arrête pas l’œuvre de tes mains.

2ème lecture : « Dieu vous a donné la vie avec le Christ, il nous a pardonné toutes nos fautes » (Col 2, 12-14)
Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Colossiens

Frères, dans le baptême, vous avez été mis au tombeau avec le Christ et vous êtes ressuscités avec lui par la foi en la force de Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts. Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes et n’aviez pas reçu de circoncision dans votre chair. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix.

Évangile : « Demandez, on vous donnera » (Lc 11, 1-13)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Vous avez reçu un Esprit qui fait de vous des fils ; c’est en lui que nous crions « 
Abba », Père.
Alléluia. (Rm 8, 15bc)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : ‘Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation. » Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : ‘Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.’ Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : ‘Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose’. Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira. Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »
Patrick BRAUD

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18 mai 2016

L’Esprit, vérité graduelle

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’Esprit, vérité graduelle

 

Homélie pour la fête de la Trinité / Année C
22/05/2016

Cf. également :

Trinité : Distinguer pour mieux unir

Trinité : ne faire qu’un à plusieurs

Les bonheurs de Sophie

Trinité : au commencement est la relation

La Trinité en actes : le geste de paix

La Trinité et nous

Pensez-vous être parvenu à la plénitude de votre vie de couple ?
Êtes-vous à 100 % cohérent avec vos principes de vie ?
Avez-vous atteint le sommet de votre vie professionnelle, si bien qu’il n’y ait plus rien à découvrir ?

Le départ du Ressuscité et l’envoi concomitant de l’Esprit répondent à ce constat inévitable : nous sommes toujours en chemin, jamais arrivés au terme. « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. » (Jn 16, 12-13)

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C’est donc qu’il y a des choses que nous n’avons pas la force de porter aujourd’hui, mais peut-être demain, avec la force de l’Esprit. C’est donc que nous habitons une région de la vérité, mais pas la vérité tout entière. Il nous faut accepter d’être conduits – pas d’y aller par nous-mêmes – par l’Esprit vers la vérité tout entière.

Qui serait alors si fanatique qu’il prétendait détenir seul la vérité, et toute la vérité ?

Qui serait assez fou pour ne pas reconnaître le chemin qu’il a encore à parcourir, guidé par l’Esprit, pour aller vers une plénitude de vérité que seule la mort nous donnera de rencontrer en personne ?

Dans la foulée de Pentecôte, le Christ avertit ses disciples qu’ils sont en chemin, qu’ils ne doivent jamais se croire arrivés au but. Ce chemin n’est ni l’erreur ni la vérité absolue, ni les ténèbres ni la pure clarté, mais cet entre-deux où le discernement spirituel tâche de reconnaître les formes de l’éternité dans les événements de nos vies. Entre chiens et loups, nous avançons, événement après événement, en déchiffrant une part de vérité, en restant aveugles sur bien d’autres…

Afficher l'image d'origineC’est ce que la théologie morale appelle la loi de gradualité : la vérité révélée en Jésus Christ ne se communique pas en une seule fois, ni totalement. Nous allons certes vers la vérité, mais graduellement, marche après marche, avec des progrès parfois spectaculaires et des régressions qui peuvent l’être tout autant.

La meilleure définition de cette loi de gradualité a été formulée par Jean-Paul II, à propos des époux dans le mariage, mais cela vaut pour tout parcours humain :
[…] Il faut une conversion continuelle, permanente, qui, tout en exigeant de se détacher intérieurement de tout mal et d’adhérer au bien dans sa plénitude, se traduit concrètement en une démarche conduisant toujours plus loin. Ainsi se développe un processus dynamique qui va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle et sociale de l’homme. C’est pourquoi un cheminement pédagogique de croissance est nécessaire pour que les fidèles, les familles et les peuples, et même la civilisation, à partir de ce qu’ils ont déjà reçu du mystère du Christ, soient patiemment conduits plus loin, jusqu’à une conscience plus riche et à une intégration plus pleine de ce mystère dans leur vie.
Familiaris Consortio n° 9, Jean-Paul II, 1981

Autrement dit, on ne peut pas tout demander tout de suite à ceux qui viennent de se marier. Il leur faudra beaucoup de joies et de peines partagées, beaucoup d’essais et d’erreurs pour grandir ensemble vers la vérité de leur amour. Même après 50 ou 70 ans de vie commune, ils n’auront jamais fini d’explorer la grandeur, la profondeur de leur relation, jusqu’à ce que la mort les sépare, et même après !

Le Pape François reprenait ce concept pour demander à l’Église d’accompagner avec patience et délicatesse les jeunes couples qui commencent souvent par cohabiter (en Occident), sans renoncer pour autant à leur proposer l’intégralité de l’idéal évangélique :

Dans ce sens, saint Jean-Paul II proposait ce qu’on appelle la ‘‘loi de gradualité’’, conscient que l’être humain « connaît, aime et accomplit le bien moral en suivant les étapes d’une croissance ». Ce n’est pas une ‘‘gradualité de la loi’’, mais une gradualité dans l’accomplissement prudent des actes libres de la part de sujets qui ne sont dans des conditions ni de comprendre, ni de valoriser ni d’observer pleinement les exigences objectives de la loi. En effet, la loi est aussi un don de Dieu qui indique le chemin, un don pour tous sans exception qu’on peut vivre par la force de la grâce, même si chaque être humain « va peu à peu de l’avant grâce à l’intégration progressive des dons de Dieu et des exigences de son amour définitif et absolu dans toute la vie personnelle et sociale de l’homme ».
Amoris Laetitia n° 295, 2016

Ce cheminement pédagogique de croissance ne vaut pas que pour le mariage. Le Directoire Général pour la Catéchèse prend bien soin d’évoquer la pédagogie des étapes qui doit animer la proposition de la foi :

88. La foi, animée par la grâce de Dieu et alimentée par l’action de l’Église, connaît un processus de maturation. La catéchèse, au service de cette croissance, est une activité graduelle. Une catéchèse opportune se fait par degrés. […]
89. Ces étapes, pleines de la sagesse de la grande tradition catéchuménale, inspirent la gradualité de la catéchèse. […]
Celle-ci, comme accompagnement du processus de conversion, est essentiellement graduelle; et, étant au service de celui qui a décidé de suivre Jésus-Christ, elle est éminemment christocentrique.

Afficher l'image d'origineD’ailleurs, le catéchuménat des adultes est lui-même structuré autour de cette pédagogie de la progressivité :

287 Cette gradualité se perçoit aussi dans les noms que l’Église utilise pour désigner ceux qui suivent les diverses étapes du catéchuménat baptismal : « sympathisant », pour celui qui a un penchant pour la foi même s’il ne croit pas pleinement; « catéchumène » pour celui qui est fermement décidé à suivre Jésus; « élu », ou « concourant » pour celui qui est appelé à recevoir le baptême; « néophyte », pour celui qui vient de naître à la lumière grâce au baptême; « fidèle chrétien », pour celui qui atteint la maturité de la foi et qui est membre actif de la communauté chrétienne.
Directoire Général pour la Catéchèse / JP II / 15 Août 1997

« On ne naît pas chrétien, on le devient » : à cette maxime si juste de Tertullien, on pourrait rajouter qu’on le devient sans cesse, rencontre après rencontre, de sécheresse en illumination, de période de foi tranquille aux remises en question orageuses…

Comment dès lors désespérer d’un conjoint, d’un enfant, d’un collègue, sous prétexte qu’il ne serait pas encore arrivé assez haut selon votre attente ?

Comment désespérer de soi-même, puisque je suis également sur ce chemin, guidé par l’Esprit – à travers heurts, bonheurs et malheurs – vers la vérité tout entière ?

Les intransigeants sont ceux qui se croient déjà arrivés, ceux qui croient posséder la vérité. Les religieux extrémistes, quel que soit leur bannière, commettre un réel péché contre l’Esprit ! Ils figent ce qui est vivant, ils objectivent ce qui est de l’ordre de la relation, ils imposent aux autres leur part de vérité sans se laisser conduire plus avant eux-mêmes.

Pour nous conduire vers la vérité, l’Esprit du Christ fait feu de tout bois. Tantôt patiemment, imperceptiblement, comme à feu doux. Tantôt avec violence, renversant Paul sur la route de Damas ou faisant pleurer Claudel écoutant le Magnificat derrière les piliers de Notre-Dame de Paris…

Le plus difficile pour nous est de nous laisser conduire. Pierre on a fait l’expérience, lui qui croyait être l’apôtre de Jérusalem, mais qui a planté l’Eglise de Rome en mourant dans le cirque Romain du Vatican. « Quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller » (Jn 21,18).

Se laisser conduire vers la vérité tout entière est donc un cheminement graduel, une ascension col après col, une croisière port après port.

La gradualité nourrit notre humilité, car qui peut se dire déjà arrivé ?

La gradualité ravive en même temps notre désir, car il y a toujours à découvrir.

Que ce soit au premier emploi ou au départ en retraite, la vie professionnelle est également placée sous le signe de cette loi de la gradualité. Sans être une trajectoire linéaire, tout parcours professionnel peut devenir un « cheminement pédagogique de croissance », pour en découvrir toujours davantage sur l’être humain, sur la grandeur et la misère du travail humain, sur l’intelligence qui produit, la solidarité qui unit, l’amour d’un métier, la compétence dans un domaine puis un autre…

À y réfléchir, il n’y a pas un aspect de notre existence qui serait hors gradualité ! Même la politique, avec ses renouvellements réguliers des formes de gouvernement et de participation des peuples, est sur le chemin d’une vérité plus grande que nos seules formes démocratiques occidentales.

Découvrir la puissance de transformation qui réside dans le principe de gradualité nous invite à ne jamais absolutiser ce que nous avons seulement commencé à découvrir de la vérité d’un être, d’un métier, d’une entreprise, d’une société.

Car en christianisme, la vérité n’est pas un système de pensée, mais une personne.

La foi chrétienne n’est pas une doctrine, mais une relation de communion avec Jésus le Christ.

Ce n’est pas un ensemble de choses à croire ou à faire, mais un compagnonnage avec Celui qui est déjà sur l’autre rive, guidés par son Esprit qui devient peu à peu notre souffle, notre respiration.

Il y a bien des révélations que nous n’avons pas la force de porter aujourd’hui. Comme le plongeur remontant à la surface, il nous faut des paliers de décompression, et bien des étapes avant d’émerger enfin totalement hors de l’océan.

Afficher l'image d'origineSoyons donc humbles et patients, avec les autres et avec nous-mêmes, car le chemin n’est pas fini. Et l’Esprit de réserve bien des surprises !

Prions l’Esprit du Christ de nous guider pas à pas « vers la vérité tout entière »

 

 

1ère lecture : La Sagesse a été conçue avant l’apparition de la terre (Pr 8, 22-31)
Lecture du livre des Proverbes

Écoutez ce que déclare la Sagesse de Dieu : « Le Seigneur m’a faite pour lui, principe de son action, première de ses œuvres, depuis toujours. Avant les siècles j’ai été formée, dès le commencement, avant l’apparition de la terre. Quand les abîmes n’existaient pas encore, je fus enfantée, quand n’étaient pas les sources jaillissantes. Avant que les montagnes ne soient fixées, avant les collines, je fus enfantée, avant que le Seigneur n’ait fait la terre et l’espace, les éléments primitifs du monde. Quand il établissait les cieux, j’étais là, quand il traçait l’horizon à la surface de l’abîme, qu’il amassait les nuages dans les hauteurs et maîtrisait les sources de l’abîme, quand il imposait à la mer ses limites, si bien que les eaux ne peuvent enfreindre son ordre, quand il établissait les fondements de la terre. Et moi, je grandissais à ses côtés.
Je faisais ses délices jour après jour, jouant devant lui à tout moment, jouant dans l’univers, sur sa terre, et trouvant mes délices avec les fils des hommes. »

Psaume : Ps 8, 4-5, 6-7, 8-9

R/ Ô Seigneur, notre Dieu, qu’il est grand, ton nom, par toute la terre ! (Ps 8, 2)

À voir ton ciel, ouvrage de tes doigts,
la lune et les étoiles que tu fixas,
qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui,
le fils d’un homme, que tu en prennes souci ?

Tu l’as voulu un peu moindre qu’un dieu,
le couronnant de gloire et d’honneur ;
tu l’établis sur les œuvres de tes mains,
tu mets toute chose à ses pieds.

Les troupeaux de bœufs et de brebis,
et même les bêtes sauvages,
les oiseaux du ciel et les poissons de la mer,
tout ce qui va son chemin dans les eaux.

2ème lecture : Vers Dieu par le Christ dans l’amour répandu par l’Esprit (Rm 5, 1-5)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Romains

Frères, nous qui sommes devenus justes par la foi, nous voici en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné, par la foi, l’accès à cette grâce dans laquelle nous sommes établis ; et nous mettons notre fierté dans l’espérance d’avoir part à la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans la détresse elle-même, puisque la détresse, nous le savons, produit la persévérance ; la persévérance produit la vertu éprouvée ; la vertu éprouvée produit l’espérance ; et l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné.

Evangile : « Tout ce que possède le Père est à moi ; l’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître » (Jn 16, 12-15)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. 
Gloire au Père, et au Fils, et au Saint-Esprit : au Dieu qui est, qui était et qui vient !
Alléluia. (Ap 1, 8)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître. Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »
Patrick BRAUD

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