L'homélie du dimanche (prochain)

31 décembre 2014

Épiphanie : étoile, GPS, boussole…

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Épiphanie : étoile, GPS, boussole…

 

Homélie de l’Épiphanie / Année B
04/01/2015

cf. également :

Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?

L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture

L’inquiétude et la curiosité d’Hérode

Éloge de la mobilité épiphanique

La sagesse des nations

 

En ces fêtes de fin d’années, beaucoup d’entre nous ont fait de la route. Pour nous guider tout au long des kilomètres, il y a maintenant ce petit boîtier étonnant qui vous parle et vous conduit : le GPS. Vous l’allumez, vous rentrez votre adresse de destination, et tout d’un coup une voix étrange venue d’ailleurs vous prend en main, sans jamais se fâcher : « traversez le rond-point à gauche, 2ème sortie ». En plus, ce gentil boîtier vous avertit à l’avance quand une zone de danger vous guette sur le parcours…

Peut-être ce GPS peut-il nous faire redécouvrir ce qu’était l’étoile pour les mages de cette fête de l’Épiphanie ?

Les mages étaient des savants, confiants dans leur science astronomique. Le GPS comme l’étoile traduisent notre confiance dans la science et la technique de notre époque. Tous deux peuvent nous guider et nous faire arriver à bon port. Ne dit-on pas : « se fier à son étoile » en référence aux mages ?

L’étoile des mages en plus les guidait sans afficher la destination précise.

Mais le GPS comme l’étoile sont fragiles et faillibles. Dans l’évangile, l’étoile se cache, disparaît un moment, invisible. Sur la route, à cause d’un tunnel ou d’une mauvaise réception ou d’une carte obsolète, il n’est pas rare que le GPS s’affole, devienne muet ou aveugle. C’est sans doute pour stigmatiser une trop grande confiance, une confiance excessive en la seule technique ou en nos seules forces.

Cela nous arrive tous d’être ainsi en panne à certains moments de nos vies. Benoît XVI évoquait cela avec les jeunes des JMJ à Cologne, la ville des mages, en 2005 :

« C’est comme lorsqu’on se trouve à une croisée de chemins : quelle route prendre ? Celle qui m’est dictée par les passions ou celle qui m’est indiquée par l’étoile qui brille dans ma conscience ? (et non plus dehors dans le ciel devenu noir). Où puis-je trouver les critères pour ma vie ? Les critères pour collaborer de manière responsable à l’édification du présent et de l’avenir du monde ? À qui puis-je faire confiance, à qui me confier ? Où est celui qui peut m’offrir la réponse satisfaisante aux attentes de mon cœur ? »

Épiphanie : étoile, GPS, boussole… dans Communauté spirituelle 48405323


Dans ces moments-là où notre étoile ne brille plus, où le GPS est figé, il nous faut humblement demander notre chemin, comme les mages à Jérusalem, et ne plus compter sur nos seules forces. Même à Hérode qu’ils savent corrompu, ils demandent leur chemin, et Hérode leur indique bien le bon chemin. Comment désespérer alors de l’Église, même pleine de contradictions, pour nous indiquer notre route ?

Quel est le relais pour ne pas se perdre ? Où trouver les repères pour avancer quand mes critères habituels se sont évanouis ? L’évangile de Luc est très clair : dans l’Écriture. « Car voici ce qui est écrit par les prophètes » répond Israël à la demande des mages : « Et toi Bethléem en Judée… ». C’est donc en lisant l’Écriture, en la déchiffrant, en la ruminant, en la priant en Église, que chacun de nous pourra, aux heures décisives, trouver la direction du Bethléem vers lequel il marche.

 

Voilà qui nous ramène à la Bible, véritable étoile de notre pèlerinage d’ici bas.

boussole-compass-flottant-magnetique-navigation Benoît XVI dans Communauté spirituelle« Celui qui ignore les Écritures ignore le Christ » dira St Jérôme. Sans être un livre de recettes, et encore moins de recettes magiques, la Bible peut en toute circonstance devenir pour vous une boussole retrouvée, une lucidité dans la nuit, une grande joie sur le chemin.

Mieux qu’un GPS ou une étoile filante, la Bible vous indiquera la direction où Dieu vous attend, si vous demandez votre chemin à l’Église avec humilité, comme les mages à Jérusalem…

Se fier à son seul GPS humain ne suffit donc pas.

Appliquez cela par exemple à deux défis majeurs qui nous attendent.

- La traversée de la crise économique.

Si les banquiers, les industriels, les politiques ne se fient qu’aux recettes habituelles, s’ils ne vont pas puiser en eux d’autres repères pour bâtir un monde nouveau, alors la crise risque  d’être à nouveau terrible. Waclav Havel, figure de la révolution tchèque anticommuniste, disait déjà il y a 15 ans à une assemblée de responsables financiers de la planète :

« Vous vous préoccupez des restructurations économiques du monde, et c’est bien. Mais ce qui est à repenser, c’est aussi notre système de valeurs. Et cela n’est possible que sur la base d’un puissant renouveau spirituel ».

C’était prophétique !

- La révision des lois françaises sur la fin de vie.

Si les chercheurs, les scientifiques, les politiques, les associations familiales ne se fient qu’à l’efficacité technique et aux désirs subjectifs, alors la dignité de l’être humain – de sa conception à sa mort – risque d’être mise à mal…

 

Se fier à son seul GPS humain ne suffit pas…

C’est d’ailleurs un Dieu humble qui attend les mages à Bethléem. Ne dit-on pas : « être né sous une bonne étoile » en référence à l’enfant de Bethléem ? Cette humilité de Dieu est toujours offerte dans l’Église, non plus comme aux mages à Bethléem dans l’étable, mais à nous aujourd’hui en chaque eucharistie sur nos autels. Écoutez à nouveau Benoît XVI commenter à Cologne, la ville des mages :

48737416 boussole« Sur l’autel est présent Celui que les Mages virent couché sur la paille : le Christ, le Pain vivant descendu du ciel pour donner la vie au monde, l’Agneau véritable qui donne sa vie pour le salut de l’humanité. Éclairés par cette Parole, c’est toujours à Bethléem – la « Maison du pain » – que nous pourrons faire la rencontre bouleversante avec la grandeur inconcevable d’un Dieu qui s’est abaissé jusqu’à se donner à voir dans une mangeoire, jusqu’à se donner en nourriture sur l’autel.

Pouvons-nous imaginer la stupeur des Mages devant l’Enfant emmailloté! Seule la foi leur permit de reconnaître sous les traits de cet enfant le Roi qu’ils cherchaient, le Dieu vers lequel l’étoile les avait guidés. En lui, comblant le fossé entre le fini et l’infini, entre le visible et l’invisible, l’Éternel est entré dans le temps, le Mystère s’est fait reconnaître, se donnant à nous dans les membres fragiles d’un petit enfant.

« Aujourd’hui, les Mages considèrent avec une profonde stupeur ce qu’ils voient ici le ciel sur la terre, la terre dans le ciel; l’homme en Dieu, Dieu dans l’homme; et celui que le monde entier ne peut contenir, enfermé dans le corps d’un tout-petit » (saint Pierre Chrysologue, Homélie pour l’Épiphanie, 160, n. 2).

Tournons-nous avec la même stupeur vers le Christ présent dans le Tabernacle de la miséricorde, dans le Sacrement de l’Autel. »

 

L’étoile intérieure de notre conscience, la boussole de l’Écriture, l’adoration du Dieu humble : que le chemin des mages devienne le nôtre…

 

 

 

1ère lecture : « La gloire du Seigneur s’est levée sur toi » (Is 60, 1-6)
Lecture du livre du prophète Isaïe

Debout, Jérusalem, resplendis !

Elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples. Mais sur toi se lève le Seigneur, sur toi sa gloire apparaît. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux alentour, et regarde : tous, ils se rassemblent, ils viennent vers toi ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur la hanche. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton cœur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi, vers toi viendront les richesses des nations. En grand nombre, des chameaux t’envahiront, de jeunes chameaux de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens ; ils annonceront les exploits du Seigneur.

Psaume : 71 (72), 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Toutes les nations, Seigneur, se prosterneront devant toi. cf. 71,11

Dieu, donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice, qu’il fasse droit aux malheureux !
En ces jours-là, fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Îles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,  tous les pays le serviront.
Il délivrera le pauvre qui appelle et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre, du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : « Il est maintenant révélé que les nations sont associées au même héritage, au partage de la même promesse » (Ep 3, 2-3a.5-6)   

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Éphésiens  

Frères, vous avez appris, je pense,  en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :  par révélation, il m’a fait connaître le mystère.  Ce mystère n’avait pas été porté à la connaissance  des hommes des générations passées,  comme il a été révélé maintenant  à ses saints Apôtres et aux prophètes,  dans l’Esprit.  Ce mystère,  c’est que toutes les nations sont associées au même héritage,  au même corps,  au partage de la même promesse,  dans le Christ Jésus,  par l’annonce de l’Évangile.

Evangile : Nous sommes venus d’Orient adorer le roi (Mt 2, 1-12)   

Acclamation : Alléluia. Alléluia.  Nous avons vu son étoile à l’orient, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia.  (cf. Mt 2, 2) 

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu  

Jésus était né à Bethléem en Judée,  au temps du roi Hérode le Grand.  Or, voici que des mages venus d’Orient  arrivèrent à Jérusalem  et demandèrent :  « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ?  Nous avons vu son étoile à l’orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »  En apprenant cela, le roi Hérode fut bouleversé,  et tout Jérusalem avec lui.  Il réunit tous les grands prêtres et les scribes du peuple,  pour leur demander où devait naître le Christ.  Ils lui répondirent :  « À Bethléem en Judée,  car voici ce qui est écrit par le prophète :  Et toi, Bethléem, terre de Juda,  tu n’es certes pas le dernier  parmi les chefs-lieux de Juda, car de toi sortira un chef,  qui sera le berger de mon peuple Israël. »  Alors Hérode convoqua les mages en secret  pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ;  puis il les envoya à Bethléem, en leur disant :  « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant.  Et quand vous l’aurez trouvé, venez me l’annoncer  pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »  Après avoir entendu le roi, ils partirent.  Et voici que l’étoile qu’ils avaient vue à l’orient les précédait,  jusqu’à ce qu’elle vienne s’arrêter au-dessus de l’endroit  où se trouvait l’enfant.  Quand ils virent l’étoile,  ils se réjouirent d’une très grande joie.  Ils entrèrent dans la maison,  ils virent l’enfant avec Marie sa mère ;  et, tombant à ses pieds,  ils se prosternèrent devant lui.  Ils ouvrirent leurs coffrets,  et lui offrirent leurs présents :  de l’or, de l’encens et de la myrrhe.   Mais, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode,  ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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4 janvier 2014

Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?

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Épiphanie : qu’est-ce que l’universel ?

 

Homélie pour la fête de l’Épiphanie / Année A
05/01/14

« Les païens sont associés au même héritage que les juifs » : Paul résume en une phrase la révolution qui s’allume à l’Épiphanie et explose à la Pentecôte.

Tous les peuples sont appelés à devenir enfants de Dieu comme l’est Israël depuis l’Alliance avec Abraham.
Toutes les cultures peuvent porter la révélation d’un Dieu transcendant et immanent tout à la fois.
Chacun, quel que soit son origine, est appelé à être divinisé, à devenir Dieu lui-même, par le Christ dans l’Esprit.

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Cet universalisme chrétien fortement signifié dans la fête de l’Épiphanie à travers les trois mages de trois continents différents s’est épanoui en une Église catholique (= universelle) qui préside à l’unité du monde chrétien depuis des siècles.

Mais qu’est-ce que l’universel aujourd’hui ? Comment être « épiphanique », c’est-à-dire manifester que tous les peuples sont associés à la même promesse ?

Parcourons une petite et trop rapide histoire de l’universel, pour pouvoir nous interroger au passage sur la manière de réinvestir cette note de l’Église (universelle) dans le contexte contemporain.

 

UNE PETITE HISTOIRE DE L’UNIVERSEL

1. Le particularisme juif

product-891 commerce dans Communauté spirituelleParadoxalement, on peut commencer cette histoire avec le particularisme juif. Alors que les peuples étaient éclatés en empires et divinités diverses coexistant plus ou moins bien, voilà qu’un peuple minuscule, ne pouvant revendiquer aucune domination globale, ose croire en un seul Dieu unique, le même et le seul pour tous ! On a peine à mesurer aujourd’hui la prétention révolutionnaire de cette revendication monothéiste. Le Dieu d’Israël est le Dieu de toutes les nations. Par contre, cet universel divin  se traduit par une farouche différence juive : la circoncision, les interdits alimentaires de la cashrout juive, le mariage entre juifs, les 613 commandements réglant la vie quotidienne… tout est fait pour empêcher l’identité juive de se dissoudre dans le concert des nations. Pourtant la traduction grecque de la Torah (la Septante) montre que ce particularisme pouvait fort bien migrer dans d’autres cultures et dans d’autres langues.

 

Ce modèle d’universalisme, fondée sur le droit à la différence qui garantit une identité spécifique, pourrait bien à nouveau inspirer l’Église. Proclamer que Dieu appartient à tous, tout en laissant chaque peuple, et chacun dans le peuple, conclure une alliance particulière avec ce Dieu commun…

2. L’universel politique : le syncrétisme romain

Auguste_empereur EpiphaniePrenant le relais des cités grecques (réservées aux seuls citoyens, donc excluant les femmes et les esclaves), l’empire romain pendant cinq siècles environ a imposé un autre modèle d’universalisme : par addition. Loin de proclamer un Dieu unique (un empereur unique suffit pour maintenir l’unité), les romains ont la plupart du temps respecté chaque culture des peuples soumis militairement. La pax romana a permis aux cultures barbares de s’enrichir par échange, diffusion, mélange (héritage de la metis grecque), juxtaposition.

C’est le lien politique qui fait l’unité, qui symbolise l’universel. Les liens religieux, raciaux, culturels sont des carreaux d’une immense mosaïque ne reniant rien des diversités conquises, mais les intégrant au puzzle de l’empire en faisant coexister toutes les tendances.

La mondialisation actuelle pourrait bien prendre ce visage d’un gigantesque syncrétisme généralisé. Mais quel lien politique sera assez fort pour intégrer tous les communautarismes actuels dans un espace commun ?

 

3. L’universel religieux : la chrétienté, l’umma

pt59273 modernitéL’empire romain s’écroulant au IVe siècle sous la poussée des barbares, l’Église catholique (latine) prend le relais en Occident. Les Églises orthodoxes feront de même en Orient. Elle développe avec génie  ? notamment grâce à la figure de l’évêque de Rome transformé en pape de toutes les Églises locales  ? un universalisme basé sur le lien religieux. Elle reste pentecostale, c’est-à-dire parlant toutes les langues de la terre, même si le latin (la langue du peuple) tend à devenir l’unique. L’oubli du rôle de l’Esprit Saint dans l’histoire et les cultures des peuples finira par lui faire confondre monothéisme et monoculture. Cet universel a souffert de n’être pas assez trinitaire. Pourtant, du IVe siècle au XVIe siècle il a forgé une conscience commune en Europe ; il a fait émerger la notion de sujet à partir des  débats sur la personne du Christ ; il a symbolisé l’unité des peuples et la réalité pour tous des grands concepts de la tradition chrétienne.

Son concurrent islamique  ? l’umma  ?  n’a jamais fait qu’imiter (la dimension trinitaire en moins) la volonté catholique d’unifier le monde en le convertissant à une seule foi.

Malgré les splendeurs de la civilisation médiévale, ce modèle a éclaté, irréversiblement, sous les coups de boutoir de l’économie marchande, puis de la Raison des Lumières. Reste que le lien religieux pourrait redevenir un puissant ferment d’unité, à condition que le dialogue interreligieux soit source de paix et de concorde entre les peuples, ce qui n’est pas une mince affaire?

 

4. L’universel marchand : le doux commerce

Marchands_de_vin_XVe universelÀ partir du Xe siècle environ, les marchands  ? et avec eux les banquiers  ? sont devenus plus importants que les clercs. Ils ont fait émerger une autre vision du monde, où ce qui unit les hommes n’est plus la piété ni la messe, mais les écus sonnants et trébuchants. Peu importe la religion ou le pays, l’universel marchand s’impose à tous ; les foires commerciales essaiment dans toute l’Europe ; la soif de la richesse fait traverser les mers. Le seul vrai lien reliant les peuples peut alors reposer sur l’échange marchand. Montesquieu consacrera cette intuition et ces pratiques dans sa célèbre thèse du doux commerce : « partout où il y a des moeurs douces, il y a du commerce, et partout où il y a du commerce, il y a des moeurs douces » (de l’Esprit des Lois XX,1). Les marchands peuvent donc s’émanciper du lien politique comme du lien religieux. Ils préfigurent la société civile, qui ne veut d’autre universel que l’économique, renvoyant les religions à des particularités dangereuses pour les affaires, devant donc être limitées à la sphère privée.

François d’Assise avait bien compris cette nouvelle vision du monde apporté par les marchands. Il l’avait baptisée dans l’universel franciscain, fait de simplicité, d’égalité, de mobilité, valeurs nouvelles apportées par les marchands.

Ne faudrait-il pas à nouveau baptiser les valeurs marchandes de la mondialisation actuelle ?

 

5. L’universel moderne : les 3 M

La modernité s’est construite sur cette double émergence du sujet et de l’échange marchand. Elle a promu une Raison censée éclairer l’humanité sur les phénomènes que les religions maintenaient obscures et réservées au sacré. C’est la période des Lumières du XVIIIe siècle. La raison moderne, supposée triompher dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (dans la lignée de celle de 1789), s’impose comme le seul universel, parce que la raison est la même pour tous. Cette suprématie universelle de la raison s’épanouit dans les trois universaux modernes transcendants toute différence, les fameux 3 M : Mathématique / Monnaie / Musique.

Quoi de plus universel en effet que le langage mathématique, financier ou musical ?

Et pourquoi pas en effet réinvestir ces universaux avec des scientifiques, des entrepreneurs, des artistes inspirés par la foi chrétienne ?

 

6. L’universel postmoderne

En réaction à cette hégémonie finalement très coloniale et occidentale, la post-modernité proclame depuis l’après-guerre la mort du sujet, ou son rétrécissement à un petit moi revendiquant ses particularités plus que sa commune humanité. Les écologies voudraient déloger l’homme de l’universel. Le pluralisme démocratique consacre la différence sans transcendance. Même l’économie ou la politique renonce aux grands modèles pour expérimenter une multitude d’alternatives fragmentées, découpant des micro-univers sans lien véritable. La prétention musulmane ou catholique de refaire l’unité du monde ?à l’ancienne’ n’est dans ce contexte qu’un intégrisme à contre-courant de l’histoire. Alors que l’Épiphanie et les trois mages manifestent justement qu’il n’y a pas besoin de renoncer à son caractère européen, africain ou asiatique pour que l’enfant juif devienne « lumière des nations » !

 

On le voit : cette trop rapide histoire de l’universel peut inspirer aux chrétiens un renouveau de présence au monde.

Les six modèles n’ont pas disparu et se superposent, tels des strates géologiques, dans notre inconscient collectif. Chaque modèle dit quelque chose de l’universel de la foi chrétienne. Aucun ne l’épuise.

Même minoritaires en France et en Europe, les catholiques peuvent porter un ferment d’universel (épiphanique), à condition d’interpréter avec justesse les cultures environnantes, à condition de croire au travail de l’Esprit de Dieu chez les autres.

Car « l’Esprit associe les païens à la même promesse que les juifs dans le Christ Jésus » (Mt 16 3,2-6).

 

 

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)
Lecture du livre d’Isaïe

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton c?ur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur.

Psaume : Ps 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux !

En ces jours-là, fleurira la justice, 
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer, 
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents,
les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui, 
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle 
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre, 
du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères,
vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes.
Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent :
« À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète :
Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. » Sur ces paroles du roi, ils partirent. 

Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe. 

Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick Braud

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5 janvier 2013

L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’Épiphanie, ou l’éloge de la double culture

Homélie de l’Épiphanie / Année C
06/01/12

 

Connaissez-vous Grégoire de Nysse ?

Au IV° siècle, il est évêque de la ville de Nysse (pas sur la côte d’Azur ! mais près de Constantinople, l’actuelle Istanbul en Turquie).
Il a écrit un commentaire de la vie de Moïse qui reste aussi savoureux qu’un bon réveillon de premier de l’an?
Dans son commentaire, il y a un thème qui revient souvent, et qui rejoint la belle fête de l’Épiphanie d’aujourd’hui.
C’est le thème de la double culture.

Pourquoi Moïse a-t-il pu libérer son peuple ?
Parce qu’il était mi-égyptien, mi-hébreu, et qu’il a su tirer parti de cette double appartenance.
Pourquoi les Magesnous intéressent-ils aujourd’hui ?
Parce que justement ils s’ouvrent à une double appartenance : leur science, et la foi au Christ. Ils ne restent pas repliés, immobiles, sur leur culture païenne d’origine. Ils se bougent, ils marchent et ils s’ouvrent à un autre savoir. Vous devinez que c’est de nous que nous parlons à travers eux !

- Comme Moïse, les Mages acceptent de recevoir une double alimentation, une double Patrick Braudration : leur culture scientifique (l’astrologie) et la culture biblique (la référence à la loi, le Messie annoncé par la Bible).

Moïse était égyptien, élevé à la cour royale de Pharaon, mais sa mère hébreu lui faisait boire le lait du monothéisme sous l’alibi d’être sa nourrice.

Grégoire de Nysse interprète :
« Si nous fréquentons la culture profane, au temps de notre éducation, nous ne devons pas cependant être sevrés du lait nourrissant de l’Église. »

Or chacun de vous possède - comme Moïse, comme les Mages - une double culture, une double appartenance Par exemple celle de votre vie professionnelle (actuelle ou passée), et celle de votre vie chrétienne en Église.
Avez-vous conscience de cette richesse ?
Comment faites-vous le lien ?
Comment jouez-vous des deux ?
Comment laissez-vous la Bible éclairer votre route professionnelle, comme les Mages ont laissé la prophétie du livre de Michée éclairer leur chemin jusqu’à la crèche ?
Comment laissez-vous le lait de votre mère nourricière l’Église vous rendre fort dans le monde profane environnant comme Moïse a bu avec le lait hébreu de quoi résister au conformisme égyptien ? (comme Jésus a bu le lait de Marie et avec lui de quoi annoncer au monde une liberté plus grande?)

 

L'Épiphanie, ou l'éloge de la double culture dans Communauté spirituelle rois_mages

- Un député témoignait un jour : « Quand on est militant dans un parti politique, puis élu alors qu’on affiche des convictions chrétiennes, on est soupçonné de ne pas être « idéologiquement sûr » et 100 % fidèle au parti, à cause de cette double appartenance. C’est plutôt bon signe, car effectivement la liberté chrétienne fait qu’il y aura toujours des limites face à certaines idéologies, mais aussi une profondeur secrète que les non-chrétiens ne peuvent comprendre et qui les inquiète. «  

- Un diplômé d’HEC affirmait quant à lui : « en entreprise, ceux qui ont une double culture sont ceux qui font avancer leurs équipes, et souvent les plus qualifiés pour l’innovation. Une double culture - par exemple littéraire/scientifique, commerciale/humaniste - permet de féconder l’une par l’autre sans jamais sacraliser aucune ».

* Car la thématique de la double appartenance vaut également en sens inverse.

Les Mages ont apporté leurs trésors à l’enfant, les trésors de leurs pays et leur savoir-faire. Et vous, qu’allez-vous apporter comme trésors à l’autel de la crèche ?

Moïse demande au peuple d’emporter avec lui les richesses des égyptiens au moment de l’Exode : « Les Israélites firent ce qu’avait dit Moïse et demandèrent aux Égyptiens des objets d’argent, des objets d’or et des vêtements. Yahvé fit que le peuple trouvât grâce aux yeux des Égyptiens qui les leur prêtèrent. Ils dépouillèrent ainsi les Égyptiens » (Ex 12,35-36)

Grégoire commente :
« Celui qui se met en mouvement vers la liberté doit se nourrir également des richesses de la culture profane dont les païens tirent avantage. »

Comment faites-vous pour que les trésors de vos compétences profanes servent l’Église ?

 

* À l’Épiphanie, il y a un échange, une circulation réciproque entre la culture des Mages et la culture juive de l’enfant de Bethléem, une fécondation mutuelle. Les Mages se prosternent devant le Roi des Juifs ; et le petit juif de la crèche accepte de recevoir les trésors de l’Asie, de l’Occident et de l’Afrique. Notre mondialisation à nous, elle est en germe là?

À Noël, on a coutume de dire que Dieu s’est fait homme. C’est juste. Mais ce n’est pas suffisant.

Il faut oser dire que Dieu s’est fait juif.

C’est-à-dire qu’il a épousé la culture, l’histoire particulière, la langue, les coutumes, la mentalité de ce petit peuple du Moyen-Orient. C’est un paradoxe énorme de l’Incarnation : le Dieu immense, que rien ne peut contenir, plus grand que les galaxies et les étoiles, ce Dieu si grand choisit de se manifester à tous les peuples à partir du coeur de la culture juive. Mais Dieu ne s’est pas fait juif pour s’enfermer dans cette seule culture : dès sa naissance, il veut ouvrir chaque peuple à la foi en lui.

wood culture dans Communauté spirituelle

 

À Noël, on a encore coutume – et on a raison – de dire que « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (Irénée de Lyon).

À l’Épiphanie, on peut oser proclamer que « Dieu s’est fait juif pour que toute culture puisse dire Dieu ».

* Si nous sommes les mages d’aujourd’hui, notre feuille de route est tracée : chercher les signes de l’action de Dieu aujourd’hui, se mettre en marche (accepter de changer), aller puiser à la culture biblique, rencontrer le Messie, lui offrir les trésors de notre savoir-faire, et repartir chez nous transformés par un autre chemin (à l’image des mages).

* Avec le pain et le vin, dans cette eucharistie, offrons nous aussi à l’enfant nouveau-né notre milieu social, notre milieu culturel, afin que cette célébration soit vraiment la manifestation, l’épiphanie du Christ à toutes les cultures d’aujourd’hui.

Patrick Braud

 

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)

Lecture du livre d’Isaïe

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi.
Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi.
Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.
Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras.
Alors tu verras, tu seras radieuse, ton coeur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations.
Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encens et proclamant les louanges du Seigneur

Psaume : 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut.

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux ! 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Éphésiens

Frères, vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous :
par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes.
Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. »
En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : « À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. »
Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Sur ces paroles du roi, ils partirent. Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant.
Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie.
En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.  Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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7 janvier 2012

L’inquiétude et la curiosité d’Hérode

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

L’inquiétude et la curiosité d’Hérode


Homélie pour la fête de l’Épiphanie
08/01/2012

Qu’est-ce qui soucie les rois ?

« Lorsqu’il apprit cela, Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. »
Pourquoi un roi s’inquiète-t-il ?

L'inquiétude et la curiosité d'Hérode dans Communauté spirituelle photo_hd_pdt_3015

Qu’est-ce qui fait peur aux grands de ce monde ? Décevoir leur peuple, échouer dans leur mission ? L’inquiétude d’Hérode semble bien plus vulgaire dans cet évangile de l’Épiphanie : il a tout simplement peur de perdre sa place. Il est inquiet de cette vague rumeur au sujet d’un roi concurrent. Il se demande s’il doit lui accorder du crédit. Alors, au cas où, il navigue entre deux eaux : ?revenez me voir pour que je me prosterne devant lui’. Évidemment, on pense tout de suite à une ruse de sa part : utiliser les mages comme patrouille de repérage pour localiser le concurrent et l’éliminer ensuite est une stratégie somme toute courante chez les « N° 1 » de chaque époque. Peut-être va-t-on trop vite. Peut-être Hérode est-il sincère à cet instant de son règne : il cherche à savoir qui est cet enfant. Si c’est vraiment un « N+1 », pourquoi ne pas se prosterner devant lui ? C’est un bon calcul politique. D’ailleurs, on retrouve la même curiosité d’Hérode à la fin de l’histoire de Jésus. Il veut le voir, car il est impressionné par sa renommée de prophète et de guérisseur. Du coup, lorsque Jésus comparaît devant lui, Hérode a encore la curiosité de l’épisode des mages. Mais il sera vite déçu par ce thaumaturge qui ne fait rien d’éblouissant devant lui, par cet illuminé enchaîné qui se prend pour un roi différent.

 

Hérode est décidément l’homme de l’inquiétude et de la curiosité.

Devant Jean-Baptiste, il perçoit la grandeur du personnage. Il en est inquiet, car Jean-Baptiste ose contester publiquement son union avec la femme de son frère, et ça fait tache lorsque le cortège royal se fait ainsi insulter en public par cette hirsute vêtu de poils de chameau ! Là encore il navigue entre deux eaux. Il fait emprisonner Jean-Baptiste, car ?trop c’est trop’, et un puissant ne peut pas supporter un tel effet miroir de ses fautes. Cependant, il répugne à le faire mourir. Il faudra toute la séduction de Hérodiade pour qu’à regret il livre la tête de sa conscience sur un plateau d’argent à sa belle-fille.

 

L’inquiétude d’Hérode devant les mages aurait pu le conduire à la crèche.

La curiosité d’Hérode devant l’étoile aurait pu lui faire accepter d’être moins grand que Jésus.

Ni l’un ni l’autre : Hérode ne bougera pas de Jérusalem. Il instrumentalisera les mages pour faire le chemin à sa place. Un peu comme les seigneurs des XII° et XIII° siècles payaient des mercenaires pour faire les croisades à leur place ou le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle en leur nom.

Cette ruse est éventée grâce au songe des mages. Hérode laissera la peur du concurrent le dominer : il éliminera tout rival potentiel en tuant les nouveau-nés mâles de Bethléem.

 

Nos inquiétudes


L’inquiétude et la curiosité d’Hérode pourraient bien être les nôtres.

Combien de fois vivons-nous comme lui entrent deux eaux, essayant de jouer sur tous les tableaux ? Lorsque l’inquiétude d’un rival nous assaille, que ce soit sur le plan professionnel, affectif ou social, comment réagissons-nous ? À la manière d’Hérode qui hésite, explore toutes les voies pour finalement se résoudre à éliminer le concurrent par tous les moyens ? À la manière de Jean-Baptiste qui salue avec joie un plus grand que lui ? Repérez dans votre vie les moments où l’inquiétude et la curiosité se sont trouvés mêlées : laquelle des deux l’a emporté ? Souvenez-vous des moments où on vous a parlé de quelqu’un plus grand que vous, comme les mages à Hérode : comment avez-vous réagi ? Comment passer d’Hérode à Jean-Baptiste dans notre réponse à ces situations de rivalité apparente ?

 

S’il n’y avait qu’Hérode, si cela ne concernait que lui… Mais l’évangile précise qu’Hérode fut saisi d’inquiétude, « et tout Jérusalem avec lui ». Il est roi, et il entraîne la ville avec lui dans son inquiétude bientôt meurtrière.

 

Chacun de nous a le pouvoir, même s’il n’est pas roi, d’entraîner ainsi d’autres autour de lui dans des inquiétudes dangereuses. Inquiétude au sujet de ceux qui seraient sensés vouloir prendre notre place. Inquiétude sur la menace que des petits pourtant bien faibles pourraient à terme représenter pour notre bien-être. Inquiétude devant une étoile qui se lève alors qu’elle annonce une grande espérance.

Prenons conscience de la responsabilité qui est la nôtre lorsque nous entraînons d’autres autour de nous dans nos inquiétudes malsaines.

 

Gardons d’Hérode sa curiosité et son interrogation devant l’étoile et les mages d’aujourd’hui.

Gardons de Jean-Baptiste sa joie à reconnaître un plus grand que lui, à le manifester (épiphanie = dévoilement, manifestation) à tous.

 

LECTURES DE LA MESSE

1ère lecture : Les nations païennes marchent vers la lumière de Jérusalem (Is 60, 1-6)

Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore. Lève les yeux, regarde autour de toi : tous, ils se rassemblent, ils arrivent ; tes fils reviennent de loin, et tes filles sont portées sur les bras. Alors tu verras, tu seras radieuse, ton c?ur frémira et se dilatera. Les trésors d’au-delà des mers afflueront vers toi avec les richesses des nations. Des foules de chameaux t’envahiront, des dromadaires de Madiane et d’Épha. Tous les gens de Saba viendront, apportant l’or et l’encenset proclamant les louanges du Seigneur.

 

Psaume : Psaume 71 71, 1-2, 7-8, 10-11, 12-13

R/ Parmi toutes les nations, Seigneur, on connaîtra ton salut

Dieu, donne au roi tes pouvoirs,
à ce fils de roi ta justice.
Qu’il gouverne ton peuple avec justice,
qu’il fasse droit aux malheureux ! 

En ces jours-là, fleurira la justice,
grande paix jusqu’à la fin des lunes !
Qu’il domine de la mer à la mer,
et du Fleuve jusqu’au bout de la terre !

Les rois de Tarsis et des Iles apporteront des présents.
les rois de Saba et de Seba feront leur offrande.
Tous les rois se prosterneront devant lui,
tous les pays le serviront.

Il délivrera le pauvre qui appelle
et le malheureux sans recours.
Il aura souci du faible et du pauvre,
du pauvre dont il sauve la vie.

 

2ème lecture : L’appel au salut est universel (Ep 3, 2-3a.5-6)

Lecture de la lettre de saint Paul Apôtre aux Ephésiens

Frères,
vous avez appris en quoi consiste la grâce que Dieu m’a donnée pour vous ; par révélation, il m’a fait connaître le mystère du Christ.
Ce mystère, il ne l’avait pas fait connaître aux hommes des générations passées, comme il l’a révélé maintenant par l’Esprit à ses saints Apôtres et à ses prophètes. Ce mystère, c’est que les païens sont associés au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse, dans le Christ Jésus, par l’annonce de l’Évangile.

 

Evangile : Les mages païens viennent se prosterner devant Jésus (Mt 2, 1-12)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Nous avons vu se lever son étoile, et nous sommes venus adorer le Seigneur. Alléluia. (cf. Mt 2, 2)

 

Lecture de la première lettre de saint Jean

Jésus était né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode le Grand. Or, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : « Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu se lever son étoile et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » En apprenant cela, le roi Hérode fut pris d’inquiétude, et tout Jérusalem avec lui. Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d’Israël, pour leur demander en quel lieu devait naître le Messie. Ils lui répondirent : « A Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem en Judée, tu n’es certes pas le dernier parmi les chefs-lieux de Judée ; car de toi sortira un chef, qui sera le berger d’Israël mon peuple. » Alors Hérode convoqua les mages en secret pour leur faire préciser à quelle date l’étoile était apparue ; puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant. Et quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que j’aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
Sur ces paroles du roi, ils partirent.
Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait ; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. Quand ils virent l’étoile, ils éprouvèrent une très grande joie. En entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie sa mère ; et, tombant à genoux, ils se prosternèrent devant lui. Ils ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents : de l’or, de l’encens et de la myrrhe.
Mais ensuite, avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.
Patrick BRAUD

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