L'homelie du dimanche

10 mai 2018

Les saints de la porte d’à côté

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 12 h 01 min

Les saints de la porte d’à côté


Homélie pour le 7° dimanche de Pâques / Année B
13/04/2018

Cf. également :

Conjuguer le « oui » et le « non » de Dieu à notre monde
Dieu est un trou noir
Quand Dieu appelle
Le dialogue intérieur
Poupées russes et ruban de Möbius…
Amoris laetitia : la joie de l’amour
Sans condition, ni délai
Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses dures
Le pur amour : pour qui êtes-vous prêts à aller en enfer ?

Soyez dans la joie et l'allégresse, Gaudete et exsultate : exhortation apostolique du Saint-Père FrançoisLe pape François emploie cette belle expression dans sa dernière exhortation apostolique, Gaudete et exultate, du 19/03/2018.

« J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d’amour leurs enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de sourire. Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Église militante. C’est cela, souvent, la sainteté ‘‘de la porte d’à côté’’, de ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou, pour employer une autre expression, ‘‘la classe moyenne de la sainteté’’ [1] » (n° 7).

Cette sainteté ‘ordinaire’ donne un relief particulier aux paroles de Jésus dans notre Évangile de ce dimanche (Jn 17, 11b-19) :

« Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité ».

Être sanctifié dans la vérité n’est donc pas réservé aux héros de la foi, aux martyrs glorieux des persécutions, aux seuls premiers de cordée. Être sanctifié est ce qui arrive  sans cesse à ceux qui nous entourent, « notre propre mère, une grand-mère ou d’autres personnes proches (cf. 2Tm 1,5) comme aime à les décrire le pape François (n° 3). Il enracine la sainteté chrétienne dans la réalité ordinaire.

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Cette sainteté vient de l’Esprit qui nous unit au Dieu seul saint et nous fait vivre l’amour mutuel où se révèle la présence de Dieu en nous, comme l’écrit Jean dans la deuxième lecture (1 Jn 4, 11-16) :

« Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné part à son Esprit. »

 

1026471247 amour dans Communauté spirituelleLes saints de la porte d’à côté nous redisent qu’il nous est également possible d’emprunter cette voie, humble et toute simple, où demeurer dans l’amour et demeurer en Dieu se nourrissent mutuellement l’un de l’autre (1Jn 4,16).

Le secret de cette sainteté d’à côté n’en est pas un : chacun pressent qu’aimer jour après jour, en paroles et en actes, est le vrai critère d’une vie réussie. Plus qu’une Roleix à 40 ans ou une start-up à 30 ans, l’amour familial et amical transforme une existence ordinaire en un parcours qui vaut la peine. C’est un témoignage quasi-sacramentel rendu à la communion d’amour qu’est Dieu en lui-même. C’est pourquoi le concile Vatican II (dans le document Lumen Gentium = LG) n’a pas reculé devant l’audace théologique de définir l’Église, l’assemblée (ekklèsia) des fidèles, comme une communion d’amour dont la source directe est l’amour trinitaire :

LG 1: « sacrement de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain ».
LG 9: « sacrement visible de cette unité salutaire » (l’unité de ceux qui regardent avec foi vers Jésus, auteur du salut, principe d’unité et de paix).
LG 48: « sacrement universel du salut ».

Répondant à l’appel du Christ, l’Église est sacrement de la communion trinitaire (Catéchisme de l’Église Catholique n° 747, 837, 950, 1108, 1126, 1301, 1469, 1522, 1532), lorsqu’elle permet à des hommes et des femmes de faire l’expérience d’une unité dans la foi aussi forte que celle qui unit le Christ à son Père dans l’Esprit. Rien moins que cela ! La foi n’est donc pas une aventure individuelle, privée, n’en déplaise aux néolibéraux ou aux partisans d’une laïcité ultra-stricte. C’est par nature une aventure sociale, où les liens vécus dans la cité, l’entreprise, la famille, le quartier sont des sacrements des liens d’amour trinitaires. Le pape François réaffirme tranquillement cette dimension populaire du salut offert dans et par l’Église :

« L’Esprit Saint répand la sainteté partout, dans le saint peuple fidèle de Dieu, car « le bon vouloir de Dieu a été que les hommes ne reçoivent pas la sanctification et le salut séparément, hors de tout lien mutuel ; il a voulu en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté » (Lumen Gentium n° 9). Le Seigneur, dans l’histoire du salut, a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine sans l’appartenance à un peuple. C’est pourquoi personne n’est sauvé seul, en tant qu’individu isolé, mais Dieu nous attire en prenant en compte la trame complexe des relations interpersonnelles qui s’établissent dans la communauté humaine : Dieu a voulu entrer dans une dynamique populaire, dans la dynamique d’un peuple. (n° 6).

 Augustin

Les saints de la porte d’à côté nous portent, et nous relient à ce réseau spirituel bien plus puissant que Facebook ou Twitter. Souvent à notre insu : tel voisin de palier, tel collègue de travail, tel cousin ou neveu… se révéleront un jour être de vrais amis de Dieu, consciemment ou non, à travers qui circulent l’unité et l’amour dont nous profitons à côté d’eux.

Apprenons à reconnaître ces saints et saintes « d’à côté », non pour les mettre en avant – ce que leur humilité ne supporterait pas – mais pour se plugger sur la bonté et la vérité qui émanent simplement de leur vie.

Ils nous ramènent à l’essentiel. Ils nous aident à simplifier nos modes de vie. Ils nous feront entendre en nous-mêmes des désirs plus forts. Ils nous élèveront vers Dieu par le  témoignage de leurs responsabilités assumées avec amour. Ils nous invitent à expérimenter nous aussi cette petite voie chère à Thérèse de l’enfant Jésus.

« Pour être saint, il n’est pas nécessaire d’être évêque, prêtre, religieuse ou religieux. Bien des fois, nous sommes tentés de penser que la sainteté n’est réservée qu’à ceux qui ont la possibilité de prendre de la distance par rapport aux occupations ordinaires, afin de consacrer beaucoup de temps à la prière. Il n’en est pas ainsi. Nous sommes tous appelés à être des saints en vivant avec amour et en offrant un témoignage personnel dans nos occupations quotidiennes, là où chacun se trouve.
Es-tu une consacrée ou un consacré ? Sois saint en vivant avec joie ton engagement.
Es-tu marié ? Sois saint en aimant et en prenant soin de ton époux ou de ton épouse, comme le Christ l’a fait avec l’Église.
Es-tu un travailleur ? Sois saint en accomplissant honnêtement et avec compétence ton travail au service de tes frères.
Es-tu père, mère, grand- père ou grand-mère ? Sois saint en enseignant avec patience aux enfants à suivre Jésus.
As-tu de l’autorité ? Sois saint en luttant pour le bien commun et en renonçant à tes intérêts personnels (n° 14) ».

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Si Dieu est amour, si demeurer en Dieu et demeurer dans l’amour ne sont qu’une seule et même chose, alors saint Augustin à raison de nous appeler à tout essentialiser autour de ce roc solide, pour en faire la fondation de notre maison commune :

« Ce court précepte t’est donné une fois pour toutes :
Aime et fais ce que tu veux.
Si tu te tais, tais-toi par amour,
Si tu parles, parle par amour,
Si tu corriges, corrige par amour,
Si tu pardonnes, pardonne par amour.
Aie au fond du cœur la racine de l’amour :
De cette racine, rien ne peut sortir de mauvais. »

St Augustin, Homélie sur la première épître de saint Jean VII, 7-8

 


[1]. Cf. Joseph Malègue, Pierres noires. Les classes moyennes du Salut, Paris 1958.

 

Lectures de la messe
Première lecture
« Il faut que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de la résurrection de Jésus » (Ac 1, 15-17.20a.20c-26)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

En ces jours-là, Pierre se leva au milieu des frères qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes, et il déclara : « Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse. En effet, par la bouche de David, l’Esprit Saint avait d’avance parlé de Judas, qui en est venu à servir de guide aux gens qui ont arrêté Jésus : ce Judas était l’un de nous et avait reçu sa part de notre ministère. Il est écrit au livre des Psaumes : Qu’un autre prenne sa charge. Or, il y a des hommes qui nous ont accompagnés durant tout le temps où le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, depuis le commencement, lors du baptême donné par Jean, jusqu’au jour où il fut enlevé d’auprès de nous. Il faut donc que l’un d’entre eux devienne, avec nous, témoin de sa résurrection. » On en présenta deux : Joseph appelé Barsabbas, puis surnommé Justus, et Matthias. Ensuite, on fit cette prière : « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne, dans le ministère apostolique, la place que Judas a désertée en allant à la place qui est désormais la sienne. » On tira au sort entre eux, et le sort tomba sur Matthias, qui fut donc associé par suffrage aux onze Apôtres.

Psaume
(102 (103), 1-2, 11-12, 19-20ab)
R/ Le Seigneur a son trône dans les cieux. ou : Alléluia ! (102, 19a)

Bénis le Seigneur, ô mon âme,
bénis son nom très saint, tout mon être !
Bénis le Seigneur, ô mon âme,
n’oublie aucun de ses bienfaits !

Comme le ciel domine la terre,
fort est son amour pour qui le craint ;
aussi loin qu’est l’orient de l’occident,
il met loin de nous nos péchés.

Le Seigneur a son trône dans les cieux :
sa royauté s’étend sur l’univers.
Messagers du Seigneur, bénissez-le,
invincibles porteurs de ses ordres !

Deuxième lecture
« Qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui » (1 Jn 4, 11-16)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, puisque Dieu nous a tellement aimés, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres. Dieu, personne ne l’a jamais vu. Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection. Voici comment nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donné part à son Esprit. Quant à nous, nous avons vu et nous attestons que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde.
Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous, et nous y avons cru. Dieu est amour : qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui.

Évangile
« Qu’ils soient un, comme nous-mêmes » (Jn 17, 11b-19)
Alléluia. Alléluia. Je ne vous laisserai pas orphelins, dit le Seigneur ; je reviens vers vous, et votre cœur se réjouira. Alléluia. (Jn 14, 18 ; 16, 22)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes. Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie. Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité. De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde. Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité. »
Patrick BRAUD

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