L'homelie du dimanche

24 avril 2017

Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Emmaüs : mettre les 5 E dans le même panier

Homélie pour le 3° dimanche de Pâques / Année A
30/04/2017

Cf. également :

Le premier cri de l’Église

La grâce de l’hospitalité

Bon foin ne suffit pas

Ascension : la joyeuse absence

N’avez-vous pas lu dans l’Écriture ?

L’événement sera notre maître intérieur

2, 5, 7, 12 : les nombres au service de l’eucharistie

Le récit d’Emmaüs

La référence à Emmaüs est devenue un passage obligé dans nos représentations eucharistiques, depuis les tableaux de Rembrandt (au moins 9 sur le sujet!) à la prière eucharistique pour les grands rassemblements : « comme jadis pour les disciples d’Emmaüs, il explique pour nous les Écritures et nous partage le pain ». L’expression « comme jadis » tend à mettre le récit d’Emmaüs au même rang fondateur que les récits d’institution de l’eucharistie. Cette prière eucharistique transpose  explicitement le récit d’Emmaüs au « repas de l’amour » qu’est chaque eucharistie.

La liturgie des Heures, depuis la réforme liturgique suite à Vatican II, est profondément marquée par les références à Emmaüs (l’ancien Bréviaire romain ne le mentionnait que deux fois). Un hymne sur six environ du temps ordinaire y renvoie. Les lectures, antiennes et répons du temps pascal y font fréquemment allusion.

 

Les 5 E dans le même panier !

Louis-Marie Chauvet [1] analyse le texte en quatre parties, sur fond d’aller-retour à Jérusalem, qui est à la fois le symbole (spatial) du lien entre Jésus et l’Église, et celui (temporel) de la méditation des Écritures – chère aux Juifs – pendant le temps de marche sur la route (cf. Dt 6,7). On peut reformuler ces résultats, désormais classiques, en disant que l’eucharistie, telle qu’elle apparaît dans cette relecture d’Emmaüs, est la symbolisation (la mise-ensemble) des ‘E’ constitutifs de la vie chrétienne, ce qui signifie alors que les 5 ‘E’ suivants sont « mis dans le même panier » lorsque l’ekklèsia se rassemble pour l’eucharistie.

L’aller-retour symbolique des deux disciples, de Jérusalem à Emmaüs, nous invite en ce temps pascal à mettre tous nos œufs dans le même panier !

Il y a en effet cinq E dans ce texte, que l’Esprit du Ressuscité nous appelle à réunir afin de reconnaître sa présence-absence.

Oeuf coloré, Panier de Pâques, Nid de Pâques, Oeuf de Pâques, Multicolore, Food, Tourner (Mouvoir en rond), Sans Personnage, Stock Footage,

 

1) E comme Événement

« Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. »
Il leur dit : « Quels événements ? »

Et ils racontent…

L'événement sera notre maître intérieurPar définition, l’événement est ce qui surgit, imprévu (ex-venire en latin = venir d’ailleurs), non maîtrisé. C’est aussi bien la crise financière de 2008 qu’un divorce trop rapide, une opportunité professionnelle inespérée qu’une rencontre merveilleuse. L’événement nous surprend, nous déroute, nous oblige à sortir de notre zone de confort. Pour les deux disciples d’Emmaüs, les événements de la semaine sainte sont si perturbants et inattendus qu’ils en ont perdu toute espérance :

« Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël ».

Manifestement rien ne s’est déroulé comme prévu, et le bruit des clous dans le bois de l’infâme  gibet de la croix a résonné comme le glas de leur ultime désillusion.

Pourtant, ils racontent tout cela à l’inconnu de passage. Et c’est ce qui va les préparer à accueillir son interprétation à lui des événements pour eux si obscurs.

« L’événement sera notre maître intérieur » (Emmanuel Mounier).

Nous avons tous besoin de raconter à d’autres les événements qui nous désarçonnent. Il nous faut trouver les mots, construire un récit en se confiant à quelqu’un, même un inconnu de passage (confesseur, accompagnateur spirituel, psychologue, équipe de révision de vie, ami fidèle…).

 

2) E comme Écriture

Le Ressuscité entend la soif de sens qu’expriment les disciples déroutés par les événements.

« Alors, il leur interprète dans l’Écriture ce qui le concernait ».

La Bible est le code qui nous permet de déchiffrer nos existences humaines.

Récitant les psaumes, nous y retrouvons notre colère, notre cri de souffrance, notre clameur d’espérance. Revivant la Passion du Christ dans les Évangiles, nous y reconnaissons les injustices qui nous frappent, les humiliations qui nous dégradent, les exclusions qui nous tuent. Avec Job nous nous révoltons devant Dieu à cause de ce qui nous arrive. Avec Jacob, nous luttons contre Dieu et nous nous roulons avec lui dans la poussière de nos combats intérieurs. Avec Abraham, nous avons envie de lever la main sur ce qui nous est le plus cher, jusqu’à ce que la violence nous apparaisse à nouveau comme interdite.

Impossible de comprendre quelque chose de Dieu dans les événements de nos vies si nous ne revenons pas à l’Écriture, lue, proclamée, interprétée.

bible-image.jpg

Les Pères de l’Église ont abondamment commenté ce texte en ce sens.
Par exemple Guillaume Durand, évêque de Mende (vers 1551), transmet une interprétation où la fraction du pain renvoie à l’explication des Écritures plus qu’à l’eucharistie : « il y est dit qu’ils reconnurent le Christ à la fraction du pain. Qu’est-ce que la fraction du pain sinon l’explication de l’Écriture ? Car c’est là que le Seigneur est reconnu ».

Ambroise de Milan (340-397) établit un parallèle entre la multiplication du pain de la Parole par la prédication et celle du pain eucharistique par la fraction. Dès lors, le pain que rompt Jésus est le pain de la parole, ce pain que distribuent les Apôtres et qui se multiplie à la mesure même de sa distribution : « dum dividitur, augetur » (Augustin), c’est-à-dire « il augmente pendant qu’il est divisé ». Le pain eucharistique « continue et parfait le don du Christ en sa parole ». Autrement dit, la parole conduit au pain eucharistique : « Tu as la nourriture fournie par les Apôtres; mange-la et tu ne défailliras pas. Cette nourriture, mange-la d’abord afin de pouvoir venir ensuite à la nourriture du Christ, à la nourriture du Corps du Seigneur… » Cette théologie du rapport parole et pain renvoie à Origène. On connaît le célèbre passage où celui-ci réclame le même respect pour la parole de Dieu que pour son corps eucharistique : « Si, pour conserver son corps, vous prenez tant de précaution, et à juste titre, comment croire qu’il y a un moindre sacrilège à négliger la parole de Dieu qu’à négliger son corps ? »

 

3) E comme Éthique

« Reste avec nous, car déjà le soir approche ».

Emmanuel Lévinas - Ethique et infini - Dialogues avec Philippe Nemo.L’hospitalité est encore aujourd’hui une vertu cardinale des peuples du Moyen-Orient et d’Afrique. Impensable de laisser un étranger tout seul dans la nuit ! L’éthique est bien ce sentiment de responsabilité envers l’autre, simplement parce qu’il est humain, et envers l’environnement, simplement parce qu’il est création de Dieu. Les événements médités et interprétés à la lumière de la Bible nous conduisent à prendre des engagements concrets, risqués, pour ce et ceux qui nous entourent.

Les Pères de l’Église n’ont cessé de souligner le lien qui unit les sacrements et la morale, la mystique et l’éthique. Grégoire le Grand (pape de 590 à 604) interprète le texte dans un sens éthique : « Les disciples dressent le couvert, servent la nourriture : Dieu qu’ils n’avaient pas reconnu quand il commentait la sainte Écriture, ils le reconnaissent à la fraction du pain. Ce n’est donc pas d’entendre les commandements de Dieu, c’est de les pratiquer qui les a éclairés ». C’est une exhortation à pratiquer l’hospitalité, qui traduit la perception très fine du rapport entre l’éthique chrétienne et l’expérience de la rencontre du Christ : « Recevez le Christ à votre table pour mériter d’être reçus par lui au banquet éternel; offrez maintenant un gîte au Christ-étranger, pour que, au moment du jugement, il ne vous ignore pas comme des étrangers, mais vous reçoive dans son royaume, comme des membres de sa famille ». Lecture mystique, et non moralisante, des implications éthiques de l’eucharistie.

St Augustin (354-430) fondait déjà cette interprétation éthique de Grégoire dans le lien entre l’accueil de l’étranger et la révélation du Christ : « Apprenez donc à pratiquer l’hospitalité; vous lui devez de reconnaître le Christ ».
« Retiens l’étranger si tu veux reconnaître ton Sauveur ».

L’Apologie de St Justin (100-165) décrit le partage avec les pauvres comme un élément liturgique structurant de l’eucharistie :
« [le jour du soleil, au cours de la réunion eucharistique] les fidèles, qui sont dans l’aisance et qui veulent donner, donnent librement, chacun ce qu’il veut ; ce qu’on recueille est remis à celui qui préside et c’est lui qui vient en aide aux orphelins et aux veuves, à ceux qui sont dans le besoin par suite de maladie ou pour toute autre cause, aux prisonniers, aux voyageurs, aux étrangers ; bref, il vient en aide à tous les malheureux. »

 

4) E comme Eucharistie

« Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna ».

sacrement de l'eucharistieLe geste est clairement eucharistique. Il ne vient qu’en quatrième position dans le texte. C’est assez dire que le sacramentel doit d’abord être précédé par tout un chemin catéchuménal, où l’on prend le temps de parler de soi, de se référer à l’Écriture, de transformer ses modes de vie. Alors peut venir le temps de la célébration et les sacrements. L’eucharistie enroule autour du geste de la fraction du pain ces différents éléments. Elle unit l’intime de nos vies, le tranchant de l’Écriture et le sérieux de nos engagements éthiques. Elle met un visage – celui du Ressuscité – sur le feu intérieur qui nous brûle. Elle révèle la cohérence de l’amour de Dieu à travers nos Passions. Elle dessine des lignes de force au milieu de nos fractures et de nos trajectoires multiples.

La théologie des deux tables opérée par le Concile Vatican II unit l’interprétation patristique sur la multiplication de la Parole, et celle plus moderne sur la fraction eucharistique comme sacrement pascal. « L’Église a toujours vénéré les divines Écritures, comme elle l’a toujours fait aussi pour le Corps même du Seigneur, elle qui ne cesse pas, surtout dans la sainte liturgie, de  prendre le pain de vie sur la table de la parole de Dieu et sur celle du Corps du Christ, pour l’offrir aux fidèles ». (Dei Verbum 21; Sacrosanctum Concilium 48 ; 51). Le Missel Romain de Paul VI reprend ce thème des deux tables dans la Présentation Générale : « La messe comporte deux parties: la liturgie de la parole et la liturgie eucharistique [...] En effet, la messe dresse la table aussi bien de la parole de Dieu que du Corps du Seigneur, où les fidèles sont instruits et restaurés » (PGMR 8).

 

5) E comme Église

L’eucharistie fait se lever les disciples « à l’instant » pour retourner à Jérusalem retrouver les Onze. Eux qui s’éloignaient de la communauté, avec leurs regrets et leurs déceptions, ils y reviennent maintenant le cœur brûlant.

L’Église naît du besoin impérieux de partager avec d’autres l’éblouissement de nos illuminations les plus personnelles. C’est la joie communicative et extensive des amoureux incapables de taire leur encontre. C’est le chant incompressible, au-delà des paroles, qui nous fait exulter devant un paysage magnifique ou une musique incroyable.

L’Église est le fruit de la communion eucharistique car elle se nourrit de cette séquence d’Emmaüs : événements – écriture – éthique – eucharistie. Revenir vers Jérusalem est le signe d’une résurrection de l’espérance dont l’Église est le réceptacle et le catalyseur.

Elle est le sacrement fondamental de la communion salutaire offerte en Jésus-Christ (Lumen Gentium 1).

St Jérôme (347-420) atteste de l’existence d’une Église à Nicopolis, où l’on conservait la mémoire de notre épisode : « Nicopolis, qui auparavant s’appelait Emmaüs, près de laquelle le Seigneur, reconnu à la fraction du pain, consacra en église la maison de Cléophas (Cleopae domum in ecclesiam dedicavit ) ». Ce qu’on peut relire aujourd’hui, au-delà de l’indice archéologique, comme la trace d’une conviction évidente liant l’eucharistie et l’Église dans la conscience de Jérôme. L’eucharistie « enroule » symboliquement le Christ et l’Église dans une communion d’amour indissoluble.

Le pape François arrive au Campus Misericordiae entouré par des jeunes, samedi soir à Cracovie.

L’évangile des pèlerins d’Emmaüs met ensemble (c’est le sens du mot grec : sym-bole) les cinq E de Pâques  et nous invite à faire de même. Rompre le lien entre un seul de ces points et les autres, c’est morceler le Corps du Christ et rompre l’unité de la foi.

Quels sont les œufs de Pâques qui manquent à votre panier ?

Comment allez-vous laisser l’espérance pascale vous ressusciter ?

 


[1] . Cf. CHAUVET Louis-Marie,  Du symbolique au symbole. Essai sur les sacrements,  Cerf, coll. Rites et Symboles, Paris, 1979 ; étude reprise et amplifiée dans : CHAUVET L.M.,  Symbole et Sacrement. Une relecture sacramentelle de l’existence chrétienne, Cerf, coll. Cogitatio Fidei n° 144, Paris, 1987, pp. 167-194.

 

LECTURES DE LA MESSE

PREMIÈRE LECTURE
« Il n’était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir » (Ac 2, 14.22b-33)
Lecture du livre des Actes des Apôtres

Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et leur fit cette déclaration : « Vous, Juifs, et vous tous qui résidez à Jérusalem, sachez bien ceci, prêtez l’oreille à mes paroles. Il s’agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous en accomplissant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes. Cet homme, livré selon le dessein bien arrêté et la prescience de Dieu, vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n’était pas possible qu’elle le retienne en son pouvoir. En effet, c’est de lui que parle David dans le psaume : Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche : il est à ma droite, je suis inébranlable. C’est pourquoi mon cœur est en fête, et ma langue exulte de joie ; ma chair elle-même reposera dans l’espérance : tu ne peux m’abandonner au séjour des morts ni laisser ton fidèle voir la corruption. Tu m’as appris des chemins de vie, tu me rempliras d’allégresse par ta présence. Frères, il est permis de vous dire avec assurance, au sujet du patriarche David, qu’il est mort, qu’il a été enseveli, et que son tombeau est encore aujourd’hui chez nous. Comme il était prophète, il savait que Dieu lui avait juré de faire asseoir sur son trône un homme issu de lui. Il a vu d’avance la résurrection du Christ, dont il a parlé ainsi : Il n’a pas été abandonné à la mort, et sa chair n’a pas vu la corruption. Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez.

PSAUME

(Ps 15 (16), 1-2a.5, 7-8, 9-10, 11)

R/ Tu m’apprends, Seigneur, le chemin de la vie.
ou : Alléluia ! (Ps 15, 11a)

Garde-moi, mon Dieu : j’ai fait de toi mon refuge.
J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !
Seigneur, mon partage et ma coupe :
de toi dépend mon sort. »

Je bénis le Seigneur qui me conseille :
même la nuit mon cœur m’avertit.
Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;
il est à ma droite : je suis inébranlable.

Mon cœur exulte, mon âme est en fête,
ma chair elle-même repose en confiance :
tu ne peux m’abandonner à la mort
ni laisser ton ami voir la corruption.

Tu m’apprends le chemin de la vie :
devant ta face, débordement de joie !
À ta droite, éternité de délices !

 

DEUXIÈME LECTURE
« Vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans tache, le Christ » (1 P 1, 17-21)
Lecture de la première lettre de saint Pierre apôtre

Bien-aimés, si vous invoquez comme Père celui qui juge impartialement chacun selon son œuvre, vivez donc dans la crainte de Dieu, pendant le temps où vous résidez ici-bas en étrangers. Vous le savez :ce n’est pas par des biens corruptibles, l’argent ou l’or, que vous avez été rachetés de la conduite superficielle héritée de vos pères ; mais c’est par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ. Dès avant la fondation du monde, Dieu l’avait désigné d’avance et il l’a manifesté à la fin des temps à cause de vous. C’est bien par lui que vous croyez en Dieu, qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous mettez votre foi et votre espérance en Dieu.

ÉVANGILE
« Il se fit reconnaître par eux à la fraction du pain » (Lc 24, 13-35)
Alléluia. Alléluia.
Seigneur Jésus, ouvre-nous les Écritures ! Que notre cœur devienne brûlant tandis que tu nous parles. Alléluia. (cf. Lc 24, 32)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

 Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine),deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.
 Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit :« De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes. L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit :« Quels événements ? » Ils lui répondirent :« Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié. Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau, elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.
Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. »Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , ,

8 avril 2015

Le maillon faible

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 1 h 01 min

Le maillon faible

Homélie du 2ème Dimanche de Pâques
Année B    12/05/2015

Vous souvenez-vous du « maillon faible » ?

Le maillon faible dans Communauté spirituelle lmfapc0bCe jeu télévisé était mené chaque samedi soir sur TF1 par l’inénarrable Laurence Boccolini du 9 juillet 2001 au 12 août 2007 (puis prolongé par Laurent Courbet sur D8 depuis le 8 Septembre 2014), jouant à la maîtresse d’école impitoyable devant les candidats ridiculisés à tour de rôle. À chaque question qu’elle posait, les joueurs votaient pour éliminer le plus faible d’entre eux, celui qui avait le plus mal répondu. Invariablement, Laurence Boccolini prenait son air le plus sévère derrière ses lunettes carrées pour éliminer l’infortuné perdant : « Éric, vous êtes le maillon faible. Au revoir. »  Quelquefois la perversité du jeu poussait les participants à éliminer le plus fort, celui qui avait le mieux répondu, par peur de se retrouver contre lui en finale…

0eff19e9 angulaire dans Communauté spirituelle* Et si « le maillon faible », c’était la pierre dont parle le psaume 117 : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs »c’est à dire la pierre qu’on a jugée inintégrable dans la construction commune, la pierre éliminée parce qu’elle a un défaut. Voilà un des sens les plus profonds de Pâques que la liturgie nous livre par ce psaume 117 en ce 2ème dimanche de Pâques : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ». Le Christ, qui avait été rejeté, éliminé comme le maillon faible de la société juive et romaine, est devenu le fondement d’une cité nouvelle. Sur la Croix, le Christ est le maillon faible ‘par excellence’, si j’ose dire.

Voilà donc le sens de sa Passion : faire corps avec les exclus, les rejetés, les maillons faibles de tous les temps, de tous les lieux, cultures ou ethnies, les damnés de la terre.  « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ».

Voilà donc le sens de sa Résurrection : le Christ réintègre dans le peuple nouveau ceux dont personne ne voulait. Mieux encore, il bâtit son Corps qu’est l’Église, « l’humanité réconciliée » (Saint Augustin), à partir des maillons faibles !

 

* Et si « le maillon faible » était également une parabole de notre société ? Regardez les plans sociaux et les restructurations d’entreprises qui se succèdent en France : « Vous êtes de la  masse salariale surnuméraire.Au revoir. »

* Pensez aux personnes handicapées dont notre société aimerait bien se débarrasser, à coup de thérapie génique ou de diagnostic anténataux.

Yz2YJW5LtjPZXeVpg9gv3Hi7MFc@271x258 Arche dans Communauté spirituelleHeureusement, il y a des témoins du Ressuscité comme Jean Vanier qui est venu au nom du Christ réinventer la vie ensemble, handicapés ou non, en créant des CAT (Centre d’Aide par le Travail, aujourd’hui ESAT) et des foyers de vie à partir de ces êtres rejetés, maillons faibles entre tous. Ces communautés de vie en ville ou en CAT appliquent le psaume 117 intégralement : les rejetés deviennent les pièces maîtresses des Foyers de l’Arche.

Mais cela ne suffit pas encore. Tant d’autres personnes handicapées continuent de s’entendre dire : «  Vous êtes un cas hors norme. Au revoir ». « Votre maladie est orpheline. Nous n’avons pas les moyens de la traiter. Au revoir ».

* Depuis l’hiver 1954, la communauté Emmaüs accueille les SDF et les rejetés de la société qui errent dans nos rues. Dans l’esprit de l’Abbé Pierre – témoin du ressuscité s’il en est – donner à ces zonards la possibilité de redevenir des êtres humains, des personnes respectées, gagnant leur vie, c’est vraiment appliquer le Psaume 117 à la lettre : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur ».

photo gérard, 63 ans, compagnon d'emmaüs, avec le chanteur guinéen abdul karim bangoura  accueilli à la communauté emmaüs de saint-jean-de-lignières. 

*  À l’autre bout de l’existence, pensez aux milliers d’enfants qui ne naissent pas chaque année en France.

210 000 avortements dont personne ne veut parler parce que c’est politiquement incorrect. Rien à voir avec les réels cas de détresse où seuls le silence et l’accompagnement miséricordieux conviennent.

En 5 ans, 1 million d’enfants en France se seront entendus dire : « Tu n’es pas désiré, tu ne viens pas au bon moment, tu présentes un risque de malformation. Au revoir ». Personne ne s’en émeut plus : ces maillons sont si faibles qu’ils n’ont plus de voix pour les défendre. Notre belle culture occidentale qui se veut championne des Droits de l’Homme devient  sous nos yeux une « culture de mort », comme le disait hélas fort justement Jean-Paul II en dénonçant l’accoutumance à l’IVG massive, comme on s’habitue à une drogue délétère.

 

* L’avertissement de Pâques est fort : si vous éliminez les plus faibles, vous devenez une société inhumaine.Vous mettez Dieu à la porte. Vous vous suicidez à petit feu  en croyant bâtir une grande civilisation, car elle n’est bâtie que sur le rejet et l’exclusion.

18019_apercu avortement 

Une bonne nouvelle de Pâques est ce renversement absolu des valeurs dans lequel Dieu s’engage absolument, jusqu’à livrer son Fils unique : « la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. C’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant vos yeux. »

C’est comme si on disait aujourd’hui : « vous les éliminés des plans sociaux, vous les personnes handicapées qu’on voudrait cacher, vous les enfants que l’on va tuer avant de naître, vous les damnés de la terre, vous les personnes âgées qu’on va bientôt trouver inutiles et trop chères à entretenir, vous tous les maillons faibles de notre société, venez au Christ : il fait de vous les fondations d’un monde nouveau, il rebâtit l’humanité nouvelle à partir de vous, afin que nul ne soit exclu. »

 

Saurons-nous témoigner de ce renversement inouï que Pâques opère sous nos yeux ? Saurons-nous agir pour que les maillons faibles ne soient plus éliminés ? Pour que les pierres rejetées deviennent d’autres pièces maîtresses ?

Que l’Esprit qui a ressuscité Jésus d’entre les morts fasse aussi surgir en nous cette espérance et cet engagement pascal !

 

 

 

1ère lecture : « Un seul cœur et une seule âme » (Ac 4, 32-35)

Lecture du livre des Actes des Apôtres

La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous. Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun.

Psaume : 117 (118), 2-4, 16ab-18, 22-24

R/ Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! ou : Alléluia ! (117,1)

Oui, que le dise Israël :
Éternel est son amour !
Que le dise la maison d’Aaron :
Éternel est son amour !
Qu’ils le disent, ceux qui craignent le Seigneur :
Éternel est son amour 

Le bras du Seigneur se lève,
le bras du Seigneur est fort !
Non, je ne mourrai pas, je vivrai
pour annoncer les actions du Seigneur.
Il m’a frappé, le Seigneur, il m’a frappé,
mais sans me livrer à la mort

La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs
est devenue la pierre d’angle :
c’est là l’œuvre du Seigneur,
la merveille devant nos yeux.
Voici le jour que fit le Seigneur,
qu’il soit pour nous jour de fête et de joie !

2ème lecture : « Tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde » (1 Jn 5, 1-6)

Lecture de la première lettre de saint Jean

Bien-aimés, celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu ; celui qui aime le Père qui a engendré aime aussi le Fils qui est né de lui.

Voici comment nous reconnaissons que nous aimons les enfants de Dieu : lorsque nous aimons Dieu et que nous accomplissons ses commandements. Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau, puisque tout être qui est né de Dieu est vainqueur du monde. Or la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi. Qui donc est vainqueur du monde ? N’est-ce pas celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu ?

 C’est lui, Jésus Christ, qui est venu par l’eau et par le sang : non pas seulement avec l’eau, mais avec l’eau et avec le sang. Et celui qui rend témoignage, c’est l’Esprit, car l’Esprit est la vérité.

Evangile : « Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31)

Acclamation : Alléluia. Alléluia.
Thomas, parce que tu m’as vu, tu crois, dit le Seigneur. Heureux ceux qui croient sans avoir vu !
Alléluia. (Jn 20, 29)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. » Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu. Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara :

« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! » Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. » Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.
Patrick BRAUD

Mots-clés : , , , , , , ,

10 novembre 2012

Les deux sous du don…

Classé sous Communauté spirituelle — lhomeliedudimanche @ 0 h 01 min

Les deux sous du don…

Homélie du 32° Dimanche / Année B
Dimanche 11 Novembre 2012

 

Le mil de l’hospitalité

Un coopérant en Afrique racontait cette anecdote :

Les deux sous du don... dans Communauté spirituelle medium_17-voyager-afrique-314881« Un jour, en pleine saison des pluies, surpris par un gros orage en mobylette en brousse, la piste se transforme en torrent de boue. Je demande l’hospitalité à des cases toutes proches. La famille m’accueille une journée et me nourrit avec des restes froids de mil. Je n’ose pas refuser. Et j’apprends après, en parlant avec eux, en cette période de soudure entre deux récoltes, qu’ils ne préparent le mil que tous les 3 jours jusqu’à la prochaine récolte : ils m’avait donné ce qui leur restait. « Mais, disaient-ils, avec l’aide de Dieu, on tiendra bien les 2 jours qui viennent ». Ils ne connaissaient pas le chapitre 12 de l’Évangile selon St Marc que nous venons de lire, mais ils venaient de l’écrire devant moi avec leur simplicité, leur joie et leur confiance.
Me donner à moi, un étranger, un blanc, même le mil nécessaire pour leur famille !…
J’étais heureux d’avoir pu accepter, car refuser aurait été leur faire injure. »

Enlever à quelqu’un la capacité de donner, de se donner, c’est le priver de toute dignité humaine. Et, dans l’ordre du don sans retour, les pauvres souvent sont nos maîtres.

Personne n’est jamais si pauvre qu’il ne puisse rien donner.

Ce serait même humilier quelqu’un que de ne plus oser lui demander de donner quelque chose de lui-même.

 

Donner à l’autre de se donner

Élie, l’a bien compris : dans sa première lecture, il ose demander à la veuve de Sarepta, le peu de pain qu’elle peut encore faire cuire. Il ose lui demander la seule nourriture qu’il lui reste. Parce qu’il sait l’effet multiplicateur de l’amour : ce que la veuve donnera avec confiance lui sera redonné au centuple.

Élie ne donne rien à la veuve. Il lui donne de donner. Plus encore : il lui donne de se donner.

Personne n’est jamais si pauvre qu’il ne puisse rien donner.

Jésus, lui aussi a bien compris que la dignité de la veuve du Temple réside dans sa capacité à donner encore, malgré sa pauvreté. Enlevez à quelqu’un la possibilité de donner, de se donner, et vous le rabaissez à n’être qu’un assisté perpétuel.

 aumône dans Communauté spirituelle

Souvenez-vous des débuts des chiffonniers d’Emmaüs : un désespéré relevant juste d’une tentative de suicide, demande à l’Abbé Pierre de l’aider. L’Abbé lui répond : « je ne peux pas t’aider. Mais toi, tu peux aider ceux qui sont dans la rue. Viens, on va voir ce qu’on peut faire avec eux.’ Et les chiffonniers d’Emmaüs étaient nés ».

Regardez les jeunes des cités actuellement : ils désespèrent, pas d’abord à cause du manque de subventions publiques, mais parce qu’ils n’ont pas pu rencontrer ou écouter des adultes qui les appelleraient à donner d’eux-mêmes : « donne de ton temps pour encadrer des plus jeunes, donne de ta présence pour faire reculer la solitude des plus âgés ; donne de toi-même, de tes talents (musique, théâtre, sport) pour faire vivre ton quartier, on compte sur toi ! »

La meilleure façon d’aider quelqu’un c’est souvent de l’appeler à se donner?

Et personne n’est jamais si pauvre qu’il ne puisse rien donner.

On est alors sur une autre piste que les scribes médiatiques actuels, Téléthon ou autres dîners de galas solidaires, où il faut montrer qu’on signe de gros chèques, comme les riches du Temple de Jérusalem faisaient clinquer les pièces de monnaie dans les troncs.

 

Puiser dans le don de l’autre la force de son propre don

Jésus s’émerveille de la capacité de don qu’a cette femme, pauvre et seule. Le regard de Jésus sait discerner dans la foule du Temple, non pas ceux qui veulent être vus, mais celle qui donne tout ce qu’elle a pour vivre. Il reconnaît en elle une soeur, sa soeur, car lui aussi va bientôt sur la Croix donner toute sa vie, pauvre et seul. Peut-être même puise-t-il chez cette femme le courage d’aller lui aussi jusqu’au bout du don de soi ?…

 

Changer de regard

Patrick BraudEn tout cas, pour observer cette scène, Jésus a dû se retirer dans le parvis des femmes. Car vous savez qu’au Temple de Jérusalem, les hommes et les femmes ne se mélangeaient pas. Une vaste cour carrée entourée de colonnades était réservée aux femmes qui pouvaient assister aux cérémonies depuis une galerie. C’est sans doute sur l’une des marches de l’escalier qui permettait aux femmes d’accéder à la salle du Trésor que Jésus a passé un long moment à observer la foule de ceux qui déposaient de l’argent dans les 13 troncs.

Et c’est en se plaçant du côté des femmes, dans le Temple, que Jésus a pu s’émerveiller de la force du don de soi.

Bonne Nouvelle : pour Dieu, la manière dont nous donnons est beaucoup plus importante que le montant versé. Jésus ne regarde pas les zéros alignés sur le chèque, mais le coeur de celui qui donne (ce qui d’ailleurs n’empêche pas les zéros, mais les remet à leur place, seconde).

Personne n’est si pauvre qu’il ne puisse rien donner?

St Vincent de Paul – « Monsieur Vincent » – disait : « Heureusement pour les pauvres qu’il y a des pauvres : eux savent donner ». 

 

Une veuve à deux sous…

Les Pères de l’Église ont vu dans cette pauvre veuve la figure de l’Église : son époux est mort, mais elle donne au monde, avec confiance, les 2 pièces de la foi et de la charité. Une « veuve à deux sous » en quelque sorte, comme il y a des ‘romans de quatre sous’?

Ou bien encore les 2 pièces peuvent figurer l’image et la ressemblance de l’homme avec Dieu, car l’Église sait que le Trésor de Dieu, c’est l’humanité vivante.

Mais cette veuve à 2 sous continue de nous émerveiller lorsque, sous les traits de telle ou telle personne modeste, elle donne ce qu’elle a pour vivre. Jusqu’à donner le pain eucharistique qui chaque jour se renouvelle, comme pour la veuve de Sarepta. Jusqu’à se donner soi-même, comme le Christ sur la Croix :

Personne n’est si pauvre qu’il ne puisse rien donner?.

Que l’Esprit du Christ nous donne de discerner avec émerveillement la qualité du don de chacun, au-delà des apparences. Jusqu’à nous aussi oser donner de notre nécessaire, de notre indigence même.

 

1ère lecture : La veuve de Sarepta (1R 17, 10-16)

Lecture du premier livre des Rois

Le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? »
Elle alla en puiser. Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. »
Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. »
Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi un petit pain et apporte-le moi, ensuite tu feras du pain pour toi et ton fils.
Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. »
La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger.
Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par la bouche d’Élie.

Psaume : 145, 5-6a, 6c-7ab, 8bc-9a, 9b.10

R/ Je te chanterai, Seigneur, tant que je vivrai.

Heureux qui s’appuie sur le Dieu de Jacob,
qui met son espoir dans le Seigneur son Dieu,
lui qui a fait le ciel et la terre.

Il garde à jamais sa fidélité, 
il fait justice aux opprimés ; 
aux affamés, il donne le pain. 

Le Seigneur redresse les accablés,
le Seigneur aime les justes,
le Seigneur protège l’étranger. 

Il soutient la veuve et l’orphelin.
D’âge en âge, le Seigneur régnera : 
ton Dieu, ô Sion, pour toujours ! 

2ème lecture : Le sacerdoce du ciel (He 9, 24-28)

Lecture de la lettre aux Hébreux

Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire construit par les hommes, qui ne peut être qu’une copie du sanctuaire véritable ; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu.
Il n’a pas à recommencer plusieurs fois son sacrifice, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis le commencement du monde. Mais c’est une fois pour toutes, au temps de l’accomplissement, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice.
Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois, puis de comparaître pour le jugement, ainsi le Christ, après s’être offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude, apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.

Evangile : L’ostentation des scribes – L’aumône de la pauvre veuve (brève : 41-44) (Mc 12, 38-44)

Acclamation : Alléluia. Alléluia. Heureux les pauvres de c?ur : le Royaume des cieux est à eux ! Alléluia. (Mt 5, 3)

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc

Dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques,
les premiers rangs dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners.
Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d’autant plus sévèrement condamnés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l’argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes.
Une pauvre veuve s’avança et déposa deux piécettes.
Jésus s’adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
Patrick Braud

Mots-clés : , , , , ,

Servants d'Autel |
Elder Alexandre Ribera |
Bibliothèque paroissiale de... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Tishrimonaco
| Elder Kenny Mocellin.
| Dixetsept